•^^ dlw- ^V'" -^-.-^Y ^^'•\À. jr rf%?> •VW|^' 5^ i- L».*' ar"»-'«»v*»~^î \ ^ n. ......r REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE NOGENT-LE-ROTROU, IMPRIMERIE DE A. GOUVERNEUR. REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE PUBLIEE SOUS LA DIRECTION DE MM. C. DE LA BERG.E, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS. Secrétaire de la Rédaction : M. Stanislas Guyard. NEUVIÈME ANNÉE PREMIER SEMESTRE. PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE RUE RICHELIEU, 67 1875 "2L 1007 R-4S- i.l7 ANNÉE 1875 TABLE DU PREMIER SEMESTRE Art. Pages Académie des inscriptions et belles-lettres. Voy. Sociétés savantes. Africa. Voy. Pétrarque. Agenais (Architecture religieuse de V). Voy. Tholin. Alciphron, Lettres, tr. p. De Rou ville (A. Boucherie) 47 150 Alcuin. Voy, Jaffé. Alexandre III (Lettre du pape) à Prêtre Jean. Voy. Zarncke. Allemagne (Géographie de P). Voy. Kuhff. — (Le premier Conflit de la Pologne avec 1'). Voy. Merwart. — (Sources de l'histoire d'). Voy. Dahlmann. Allemande (Littérature). Voy. Hillebrand (J.). Alsace. Voy. Chansons, Curiosités. Ammon-Ra. Voy. Hymne. Anglais (Vieil). Voy. Zupitza. Anglaise (Origines de la nation). Voy. Yeatman. Angleterre (Histoire de la Philosophie en). Voy. Rémusat. Annuaire géographique. Voy. Variétés. Architecture religieuse de l' Agenais. Voy. Tholin. Archives (Les) de Simâncas. Voy. Romero de Castilla. Argonautes. Voy. Stender. Aristote, Poétique, p. et tr. p. Susemihl, 2* éd. ; Baumgart, Pa- thos et Pathema (Charhs Thurot) 36 115 — p. p. Vahlen, 2^ éd. (Charles Thurot). ... 40 129 Aryabhatîya (L'), p. p. Kern (A. Barth) 72 242 Asie-Mineure (Voyage en). Voy. Davis. Assézat. Voy. Fail (Noël Du). AuBiGNÉ (D'), Œuvres complètes, p, p. Réaume et De Caussade, t. III; D'AuBiGNÉ, Le printemps, p. p. Read (T. de L.) 48 15 j Auvergne (Histoire des Institutions de 1'). Voy. Rivière. VJ TABLE DES MATIÈRES. Art PâÊfcs Backer (De), Bidasari, poème malais 120 293 Barreau (L'éloquence et le) dans la première moitié du xvi^s. Voy. Froment. Bartrihari. Voy. Stances. Bartsch, Chrestomathie provençale , 5" éd 103 248 — Voy. Chanson de Roland. Baschet, Histoire du dépôt des Archives des Affaires étrangères (A.). 39 120 Baumgart. Voy. Aristote. Beaux-arts (Bibliographie des). Voy. Vinet. Bégon (Michel). Voy. Duplessis. Behm. Voy. Variétés. Bernhardi. Voy. Milton. Bezsonoff. Voy. Chansons. Bhagavad-Gîtâ. Voy. Hurrychund Chintamon. , . \ ,/,....;. .;:i,. Bible (La), tr. p. Reuss (A. Carrière) .;....,... 7 20 Erratum 64 Bibliographie méthodique et raisonnée des beaux-arts. Voy. Vinet. Bidasari. Voy. Backer. Blaisois (Dialecte). Voy. Talbert. Boissier, La Religion romaine d'Auguste aux Antonins (C. de la Berge) 1 0 1 337 Errata 384 BoNAVENTURE DES PÉRIERS, Le Cymbalum Mundi, p. p. F. Frank. 123 398 Bons mots (Recueil de). Voy. Recueil. Boucher de Molandon, La Salle des thèses de l'Université d'Orléans (R. L-) 24 75 Brandebourg (Acquisition par Charles IV de l'Électorat de). Voy. SCHOLZ. Brandes, Mémoires sur l'histoire ancienne de l'Orient 125 406 Brugsch, Histoire d'Egypte, i''''p.j 2^ éd. (G. Maspero) 119 390 •Bulgares (Chants) du Rhodope. Voy. Variétés. Busson, Contribution à l'histoire de la ligue de paix conclue entre plusieurs villes allemandes en 1254 (Rod. Reuss) 67 214 Catalans (Contes populaires). Voy. Contes. Caussade (De). Voy. Aubigné. Chanson de Roland (La), p. p. Bartsch 32 98 Chansons russes contemporaines, p. p. Kirejevsky et Bezsonoff (A. Kirpitchnikoff) 100 331 — (Deux) sur le passage en Alsace de l'armée de Navarre, en 1587, p. p. Reuss (X. Mossmann) 44 141 Chants bulgares du Rhodope. Voy. Variétés. Charles IV (Acquisition par) de l'Électorat de Brandebourg. Voy. SCHOLZ. TABLE DES MATIÈRES. VÎj Art. Pages Charles VII (Les Écorcheurs sous). Voy. Tuetey, Châtelains (Les) de Lille. Voy. Leuridan. Chrestomaîliie paléo-anglaise. Voy. Zupitza. — provençale. Voy. Bartsch. — védique. Voy. Delbrûck. Chrétienne (Littérature latine-). Voy. Ebert. Christ, Métrique des Grecs et des Romains (Henri Weil) .... 46 146 Chronique de Robert de Torigni, p. p. Delisle, t. II ...... . 14 40 Chroniques de Saint-Martial de Limoges, p. p. Duplès-Agier (A. Molinier) 15 45 Civilisation musulmane. Voy. Kremer. Claretie. Voy. Pibrac. Concile tenu en 836 à Jérusalem. Voy. Lettre. Contes populaires catalans, p. p. Maspons y Labros, je série (Th. de Puymaigre) 99 3 5° CooMARA Swamy. Voy. Sutta Nipâta. Correspondance : Remarques supplémentaires sur le Dictionnaire étymologique latin, etc. -sanscrit de Zehetmayr (Th. N.) 120 — Lettre de M. G. d'Eichthal à M. Vidal-Lablache . 363 Cortambert, Histoire des progrès de la géographie de 1 8 5 7 à 1 874. 1 07 350 Courbet. Voy. Magny. Courrière, Histoire de la littérature contemporaine en Russie (Louis Léger) 117 379 Création (Mémoire sur le texte primitif du i*"" récit de la) Voy. EiCH- thal. Croisades. Voy. Rœhricht. Curiosités de voyages en Alsace, p. p. Stœber (R.) 59 181 Cymbalum Mundi. Voy. Bonaventure des Périers. Dahlmann, Sources de l'histoire d'Allemagne, p. p. Waitz, 2^ éd. 86 294 Dantès, Tableau chronologique et alphabétique des principaux évé- nements de l'histoire du monde 105 349 Daremberg. Voy. Dictionnaire. Davis, Journal d'un voyage en Asie-Mineure (G. Perrot) 127 407 De. Voy. à leur lettre initiale les noms précédés de cette particule. Delbrûck, Chrestomathie védique (Abel Bergaigne) 6 17 — Le Verbe dans la langue védique (Abel Bergaigne) . . 11 33 Delisle. Voy. Chronique. Delitzsch , Poésies juives-arabes antéislamiques (St. Guyard) . . i 3 Erratum 32 Derenbourg (h.). Voy. Djawaliki, Recherches orientales. Dialecte blaisois. Voy. Talbert. Dialectes germaniques. Voy. Heyne, Viîj TABLE DES MATIÈRES. Art. Pages Dialogues (de Sénèque). Voy. Gertz. Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, p. p. Daremberg et Saglio (C. de la Berge) 5 8 • — étymologique latin, etc. -sanscrit de Zehetmayr. Voy. Correspondance. Dissertations philologiques de Halle. Voy. Variétés. Dîwân de Moslim, p. p. De Goeje (Barbier de Meynard) 89 305 Djawaliki, Le livre des locutions vicieuses, p. p. H. Derenbourg (Barbier de Meynard) 75 257 — (M.-J. de Goeje) 291 Documents inédits pour servir à l'histoire de la Réforme et de la Ligue, p. p. LouTCHiTZKY (T. de L.) 116 377 DoNiOL, La Révolution française et la Féodalité (H. Lot) 34 101 Erratum 128 Drdimg (Le) populaire de Faust, p. p. Engel (***) 106 349 Du. Voy. à leur lettre initiale les noms précédés de cette particule. DuHN (De), Examen critique de l'épisode de ['Odyssée relatif au voyage en Egypte de Ménélas (H. Weil) 57 177 Dùmmler. Voy. Jaffé. Duplès-Agier. Voy. Chroniques. Duplessis, Michel Bégon (T. de L.) ; . . . 33 99 Ebert, Histoire de la littérature latine chrétienne (Gaston Boissier). 109 3 56 Économie politique. Voy. Mesnil-Marigny. Ëcorcheurs (Les) sous Charles VIL Voy. Tuetey. Egger, Notions élémentaires de grammaire comparée, 7^ éd.; Les substantifs verbaux, 2'' éd. (M. B.) 65 209 Egypte (Épisode de VOdyssée relatif au voyage en) de Ménélas. Voy. Duhn. — (Histoire d'). Voy. Brugsch. Egyptologiques (Études). Voy. Pierret. EiCHTHAL (D'), Le site de Troie; Perrot, Excursion à Troie (P. Vidal-Lablache) 80 273 — Voy. Correspondance. — Mémoire sur le texte primitif du i" récit de la création. I (J. Derenbourg) 124 402 II (Michel Bréal) » 4^4 Ellis, Peruvia-Scythica 126 407 Éloquence (L') judiciaire en France. Voy. Froment. ÉNÉE, Poliorcétique, p. p. Hug (Charles Graux) 18 $4 Engel, Voy. Drame. Erasme. Voy. Feugère. Érinyes (Les). Voy. Rosenberg. Ethé, Le poète épique Jules Grosse (C. J.) . 16 47 TABLE DES MATIÈRES. ÏX Art. Pages — Voy. Recherches orientales. EucLiDE. Voy. Proclus. Fables de Phèdre. Voy. Muller (L.). Fabre-D'Envieu, Méthode pour apprendre le dictionnaire de la langue grecque (M. B.) 2 6 Fail (Noël Du), Œuvres facétieuses, p. p. Assézat (C. Defrémery). 60 182 Faust. Voy. Engel. Feugère, Erasme (Th. Gerold) 7^ 267 Fierville, Le Cardinal Jean Joufïroy et son temps (A. Molinier) . 42 13? Frank. Voy. Bonaventure des Périers. Friedlein. Voy. Proclus. Froment, Essai sur l'éloquence judiciaire en France avant le xyii^s. ; l'Éloquence et le Barreau dans la première moitié du xvi« s. (Léonce Couture) 82 280 Gantrelle, Grammaire et style de Tacite (Max Bonnet) 37 116 Géographie de l'Allemagne en allemand. Voy. Kuhff. — (Histoire des Progrès de la). Voy. Cortambert. — (Nouvelle). Voy. Reôlus. Géographique (Annuaire). Voy. Variétés. — (L'année). Voy. Variétés. Germaniques (Dialectes). Voy. Heyne. Gertz, Études critiques sur les Dialogues de Sénèque (Ch. Thurot). 22 68 Gevaert, Histoire et théorie de la musique de l'antiquité, t. I (E.). 83 282 GoEJE (De), Contributions à l'histoire des Tsiganes (E. Fagnan). . 93 321 — Voy. Dîwân. Grammaire comparée (Notions élémentaires de). Voy. Egger. — des dialectes germaniques. Voy. Heyne. — et style de Tacite. Voy. Gantrelle. Grébaut. Voy. Hymne. Grecque (Méthode pour apprendre le dictionnaire de la langue). Voy. Fabre d'Envieu. — (Métrique). Voy. Christ. Grecques (Antiquités) et romaines. Voy. Dictionnaire. — (Honneurs qu'on rendait aux fondateurs des cités). Voy. Lampros. Greville, Mémoires, p. p. Reeve (Francis de Pressensé) 64 203 Grosse (Jules). Voy. Ethé. Gubernatis (De), Lectures sur la Mythologie védique (Abel Ber- gaigne) -. 17 49 — Suite et fin 21 65 Hehn, Introduction en Europe des Plantes cultivées et des Animaux X TABLE DES MATIÈRES. Art. Pages domestiques, 2" éd. (F. Baudry) 73 255 Heller, Études critiques sur le texte de la Républitjue de Platon (Charles Graux) 85 294 Henri V (d'Angleterre). Voy. Lenz. Herbert de Cherbury. Voy. Rémusat. Heyne, Courte grammaire des anciens dialectes germaniques, 3^ éd. (C. J.) 12 36 HiLLEBRAND (J.), La Littérature nationale allemande auxviii^etau xix®s., ?«éd., p. p. K. Hillebrand (C. J.) 92 317 — (K.). Voy. HiLLEBRAND (J,), Variétés. Histoire ancienne de l'Orient. Voy. Brandes. — critique de la fable de l'expédition des Argonautes. Voy. Stender. — (Contribution à 1') de la ligue de paix conclue entre plusieurs villes allemandes en 1254. Voy. Busson. — (Contributions à 1') de la Nouvelle en Italie. Voy. Landau. — (Contributions à 1') des Tsiganes. Voy. Goeje. — (Introduction à 1') de la littérature slave. Voy. Krek. — (Source de 1') d'Allemagne. Voy. Dahlmann. — d'Egypte. Voy. Brugsch. — de la civilisation musulmane. Voy. Kremer. — de la littérature contemporaine en Russie. Voy. Courriére. — de la littérature latine chrétienne. Voy. Ebert. — de la littérature nationale allemande au xviii^ et au xix"^ s. Voy. HiLLEBRAND (J.). — de la littérature romaine. Voy. Teuffel. — de la Philosophie en Angleterre. Voy. Rémusat. — de la Réforme et de la Ligue. Voy. Documents. — de l'économie politique des anciens peuples. Voy. Mesnil- Marigny. — de l'écriture runique. Voy. Wimmer. — de l'Inde. Voy. Talboys Wheeler. — de l'Union évangélique. Voy. Ritter. — de saint Louis. Voy. Joinville. — des Croisades. Voy. Rœhricht. — des Idées Messianiques. Voy. Vernes. — des Institutions de l'Auvergne. Voy. Rivière. — des progrès de la géographie de 1857 à 1874. Voy. Cor- TAMBERT. — des troubles des Pays-Bas au xvi^s. Voy. Paillard. — des troubles religieux de Valenciennes. Voy. Paillard. — et critique des Prolégomènes sur Homère. Voy. Volkmann. — et théorie de la musique de l'antiquité. Voy. Gevaert. — populaire des Saxons de Transylvanie. Voy. Teutsch. TABLE DES MATIÈRES. XJ Art. Pages Histoire romaine. Voy. Tite-Live. — Voy,. aussi Dantès, Lenz, Merwart. HoDGSON, Essai sur les langues, la littérature et la religion du Népal et du Tibet 56 177 Homère. Voy. Volkmann. HuG. Voy. Enée. HuRRYCHUND Chintamon, Commentaire sur la Bhagavad-Gità (A. Barth) 50 162 Hymne à Ammon-Ra, tr. p. Grébaut (Paul Pierret) \2î )6ç) Ibérique (Les races historiques de la péninsule). Voy. Vilhena. • Idylle (Première) de Théocrite. Voy. Krumbholz. Inde (Histoire de 1'). Voy. Talboys Wheeler. Italia, p. p. HiLLEBRAND. Voy. Variétés. Italie (Histoire de la Nouvelle en). Voy. Landau. Jacob. Voy, Œuvres de Tacite. Jaffé, Monuments Alcuiniens, p. p. Wattenbach et Dùmmler (F.). 52 168 Jean, précurseur de Prêtre Jean. Voy. Zarncke. — (Prêtre). Voy. Zarncke. Jérusalem (Concile tenu en 836 à). Voy. Lettre. Jeux de l'enfance, recueillis p. Maspons y Labros 104 ^48 Jimenez de la Espada. Voy. Voyages. JoiNViLLE (De), Histoire de saint Louis, p. et tr. p. De Wailly (Léopold Pannier) 23 72 Jouffroy (Le Cardinal Jean). Voy. Fierville. Keil. Voy. Variétés. Kern. Voy. Aryabhalîya. KiREJEVSKY. Voy. Chansons. Krek, Introduction à l'histoire de la littérature slave (Louis Léger), 28 87 Kremer (De), Histoire de la Civilisation musulmane, t, I (Barbier de Meynard) 108 353 Krumbholz, Recherches sur la première Idylle de Théocrite (Charles Graux) 113 372 KuHFF, Géographie de l'Allemagne en allemand (H. Gaidoz) , . . 130 414 Lamentations de la Vierge. Voy. Schœnbach. Lampros, Des honneurs qu'on rendait aux fondateurs des cités grecques (***) 8 21 Landau, Contributions à l'histoire de la Nouvelle en Italie 98 330 Latine (Métrique). Voy, Christ. Laun. Voy. Molière. Lenz, Le roi Sigismond et Henri V d'Angleterre (Rod. Reuss) - . 70 235 Xlj TABLE DES MATIÈRES. Art PscÉ^s Lettre adressée à l'empereur Théophile par les Pères d'un concile tenu en 836 à Jérusalem, p.p. Sakkélion (L. Duchesne). . 95 325 Erratum ,^8 — de Prêtre Jean à Manuel I. Voy. Zarncke. — du pape Alexandre III à Prêtre Jean. Voy. Zarncke. Lettres du rhéteur Alciphron. Voy. Alciphron. Leuridan, Les Châtelains de Lille (A. Giry) 19 58 Ligue. Voy. Documents. Lille (Les Châtelains de). Voy, Leuridan. Littérature allemande. Voy. Hillebrand (J.). . — du Népal et du Tibet. Voy. Hodgson. — latine-chrétienne. Voy. Ebert. — romaine. Voy. Teuffel. — russe. Voy. Courrière. — slave. Voy. Krek. Livre du Voir dit. Voy. Machaut. Locutions vicieuses (Le livre des). Voy. Djawaliki. Loth. Voy. Recherches orientales. Louis (de Bavière). Les Adversaires littéraires des Papes en son temps. Voy. Riezler. Loutchitzky. Voy. Documents. Machaut (Guillaume De), Le Livre du Voir dit, p. p. Paris (T. de L.). 121 394 Madvig. Voy. Tite-Live. Magny(De), Les Souspirs, p. p. Courbet (T. de L.) 71 237 Manuel I (Lettre de Prêtre Jean à). Voy. Zarncke. Manuel du vieil anglais. Voy. Zupitza. Maspons y Labros. Voy. Contes, Jeux. Max Mùller. Voy. Rig-Veda-Sanhitâ. Mayhoff, Nouvelles Études sur le texte de Pline l'Ancien (Emile Châtelain) 102 345 Ménélas (Épisode de VOdyssée relatif au voyage en Egypte de). Voy. DuHN. Merwart, Le premier conflit de la Pologne avec l'Allemagne (Ernest Lavisse) 128 410 Mesnil-Marigny (Du), Histoire de l'économie politique des anciens peuples, etc., 2eéd. (E. Caillemer) 41 132 Messianiques (Histoire des Idées). Voy. Vernes. Méthode pour apprendre le dictionnaire de la langue grecque. Voy. Fabre d'Envieu. Métrique des Grecs et des Romains. Voy. Christ. MlCHELET. Voy. MONOD. Miklosich, Théorie des formes en Paléoslovène (J. Martinov, S. J.). 62 1 97 Minon, Œuvres politiques, ir. p. BEKîiHkRDi {A. Slern) 25 76 TABLE DES MATIÈRES. Xllj Art. Pages Molière, Le Misanthrope, Les Femmes savantes, Les Précieuses ridi- cules, Le Tartuffe, Le Bourgeois gentilhomme, p. p. Laun (C. J.) . 129 41 ? MoNOD, Jules Michelet 35 107 Monuments Alcuiniens. Voy. Jaffé. Morel-Fatio. Voy. Variétés. MosLiM. Voy. Dîwân. MÛLLER (A.). Voy. Recherches orientales. — (L.), Supplément à son édition des Fables de Phèdre. . . 94 324 Musique de l'antiquité. Voy. Gevaert. Musulmane (Civilisation). Voy. Kremer. Mythologie védique. Voy. De Gubernatis. Népal. Voy. Hodgson. Nietzsche, Schopenhauer éducateur 20 63 Nouvelle (Histoire de la) en Italie. Voy. Landau. Odyssée (Épisode de T) relatif au voyage en Egypte de Ménélas. Voy. DuHN. Œuvres complètes de D'Aubigné. Voy. ce nom. — de Jean Rus. Voy. ce nom. — de Tacite, p. p. Jacob (Gantrelle) 61 193 — facétieuses. Voy. Fail (Noël Du). — poHtiques. Voy. Milton. Orient (Histoire ancienne de 1'). Voy. Brandes. Orléans (La Salle des thèses de l'Université d'). Voy. Boucher de Molandon. Paillard, Considérations sur les causes générales des troubles des Pays-Bas au xvi* siècle ; Histoire des troubles religieux de Valen- ciennes, 1 560-1 $67 (T. de L.) 54 171 Paléoanglais. Voy. Zupitza. Paléoslovène. Voy. Miklosich. Papanti. Voy. Recueil. Papes (Les adversaires littéraires des). Voy. Riezler. Paris. Voy. Machaut. Pascal, Pensées {A. Molinier) 30 91 Pathema. Voy. Aristote. Pathos. Voy. Aristote. Pays-Bas. Voy. Paillard. Peiper. Voy. Querolus. Pensées. Voy. Pascal. Pero Tafur. Voy. Voyages. Perrot. Voy. Eichthal. Peruvia-Scythica. Voy. Ellis. Xiv TABLE DES MATIÈRES. Art. Pages PÉTRARQUE, Africd, p. p. PiNGAUD (Léoncc Couturc) 77 26$ Phèdre. Voy. Mûller (L.). Philippi. Voy. Recherches orientales. Philologiques (Dissertations) de Halle. Voy. Variétés. Philosophie (Histoire de la) en Angleterre. Voy. Rémusat. PiBRAC (De), Quatrains, p. p. Claretie (T. de L.) 29 89 Pierret, Études égyptologiques, 2* livr. (Eugène Grébaut) .... 26 81 PiNGAUD. Voy. Pétrarque. Platon. Voy. Heller. Pline (l'Ancien), Voy. Mayhoff. Poésies juives-arabes. Voy. Delitzsch. Poétique. Voy. Aristote. Poliorcétique. Voy. Enée. Pologne (Le premier conflit de la) avec l'Allemagne. Voy. Merwart. Printemps (Le). Voy. Aubigné. Proclus, Commentaire sur le i^' livre des Éléments d'Euclide, p. p. Friedlein (Charles Thurot) 31 97 Provençale (Chrestomathie). Voy. Bartsch. Quatrains. Voy. PmKkC. .,;,: ;.-.• Querolus, p. p. Peiper (G. P.) . . . . ,,-:-^;. . i' * 115 374 Races historiques de la péninsule ibérique. Voy. Vilhena. READ.Voy. Aubigné. Réaume. Voy. Aubigné. Recherches orientales , p. p. Derenbourg, Ethé, Loth, Mûller, Philippi, Stade et Thorbecke (M. -J. de Goeje) 84 289 Errata 368 Reclus, Nouvelle Géographie universelle, fasc. i et 2 (H. Gaidoz). m 361 Recueil de bons mots du xv^ et du wf s., p. p. PAPPiUri 97 329 Réforme. Voy. Documents. Regnaud. Voy. Stances. Religion (La) romaine. Voy. Boissier. — du Népal et du Tibet. Voy. Hodgson. RÉMUSAT (De), Lord Herbert de Cherbury; Histoire de la Philoso- phie en Angleterre (Y.) 97 269 République de Platon. Voy. Heller. Reuss (E.). Voy. Bible. — (R.). Voy. Chansons. Riese, L'Idéalisation des peuples du Nord dans les littératures grecque et latine (T.) 114 373 Riezler, Les adversaires littéraires des Papes, au temps de Louis de Bavière (Th. Gerold) 87 29$ Rig-Veda-Sanhitâ, p. p. Max Mûller, t. VI (A. Barth) 68 225 TABLE DES MATIÈRES. RiTTER, Histoire de l'Union'évangélique, t. II (Rod. Reuss). . . Rivière, Histoire des Institutions de l'Auvergne (A, Molinier) . . Rœhricht, Contribution à l'histoire des Croisades, 1. 1. 1 (G. M.) — — II (C. Defrémery) Romaine (Histoire). Voy. Tite-Live. — (Littérature). Voy. Teuffel. — (Religion). Voy. Boissier. Romaines (Antiquités grecques et). Voy. Dictionnaire. ROMERO DE Castilla Y Perosso, Les Archives de Simâncas (Alfred Morel-Fatio) 91 Rosenberg, Les Erinyes (p. Decharme) 27 Rouville (De). Voy. Alciphron. Runes. Voy. Wimmer. Rus (Jean), Œuvres, p. p. Tamizey de Larroque (G. P.) . . . . 122 Russes (Chansons). Voy. Chansons. Russie (Littérature contemporaine en). Voy. Courrière. XV 88 Pages 296 76 260 10 25 » 27 312 84 397 Saglio. Voy. Dictionnaire. Saint Louis. Voy. Joinville. Saint Martial (de Limoges). Voy. Chroniques. Sakkélion. Voy. Lettre. Salle des thèses de l'Université d'Orléans. Voy. Boucher de Molandon. Saxons de Transilvanie. Voy. Teutsch. ScHŒNBkCH, Sur les Lamentations de la Vierge 38 119 ScHOLz, Acquisition par Charles IV de l'Électorat de Brandebourg ■-•* (R-) • 5 3 170 Schopenhauer. Voy. Nietzsche. Scyîhica (Peruvia-). Voy. Ellis. SÉNÈQUE. Voy. Gertz. Sigismond (Le roi). Voy. Lenz. Simdncas (Les Archives de). Voy. Romero de Castilla. Slave (Littérature). Voy. Krek. Société des anciens textes français. Voy. Variétés. Sociétés savantes : Académie des inscriptions et belles-lettres, 2 3 déc. 1874 (Julien Havet). . . 15 — — j G décembre »... 31 — — 8 janvier 1 87 5 » ... 48 — — 1 5 » »... 64 — — 22 » »... 78 — — 29 » »... 9 s — — Erratum 112 — — 5 février » ... mi — — 12 » »... 126 — — 19 » »... 142 XV) TABLE DES MATIÈRES. — 26 » ;) — 5 mars )) — 12 » » — 19 » » — 24 » » — 2 avril )) ■ — 9 » )) — 16 » » — 23 » » . — 30 )j )) — 7 mai )) — 14 » » — 21 » » — 28 )) » — 4 juin » — 1 1 » » — — 18 » » Souspirs (Les). Voy. Magny. Stade. Voy. Recherches orientales. Stances de Bhartrihari, tr. p. Regnaud, 2" éd. (A. Barth) Stender, Histoire critique de la fable de l'expédition des Argonautes (P. Vidal-Lablache) Stœber. Voy. Curiosités. Style de Tacite. Voy. Gantrelle. Substantifs verbaux (Les). Voy. Egger. SusEMiHL. Voy. Aristote. Sutta Nipâta, tr. p. Coomara Swamy Art. Pages 158 17$ 206 207 225 258 255 270 286 302 318 33$ 351 367 383 399 4'5 118 385 66 211 45 MS Tacite. Voy. Gantrelle, Œuvres. Talbert, Du dialecte blaisois fArsène Darmesteter) 13 Talboys Wheeler, Histoire de l'Inde . n^^.rt. V;er<,';..M^î*f,iïîM^;ifr 49 Tamizey de Larroque. Voy. Rus. - Teuffel, Histoire de la littérature romaine (L, Havet) 74 Teutsch, Histoire populaire des Saxons de Transilvanie (Edouard Sayous) 58 Théocrite. Voy. Krumbholz. Théophile (Lettre adressée à l'empereur) par les Pères d'un concile tenu en 836 à Jérusalem. Voy. Lettre. Tholin, Études sur l'architecture religieuse de l'Agenais (R. L.) . Thorbecke. Voy. Recherches orientales. Tibet. Voy. Hodgson. Tite-Live, Histoire romaine , p. p. Madvig et Ussing, t. I, p. i (Charles Thurot) Torigni (Robert de). Voy. Chronique. 37 161 2$4 179 96 327 1 1 TABLE DES MATIÈRES. Xvij Art. Pages Transilvanie (Saxons de). Voy. Teutsch. Troie. Voy. Eichthal. Tsiganes (Contributions à l'histoire des). Voy. Goeje. TuETEY, Les Écorcheurs sous Charles VII (Rod. Reuss) 81 276 Union évangéliqne. Voy. Ritter Université d'Orléans. Voy. Boucher de Molandon. UssiNG. Voy. T1TE-L1VE. Vahlen. Voy. Aristote. Valenciennes (Troubles religieux de). Voy. Paillard. Variétés : Société des anciens textes français 1 07 — Italia,p. p. Hillebrand, t. II 157 — Les Chants bulgares du Rhodope (Louis Léger) 216 — Annuaire géographique, p. p. Behm, t. V; Vivien de Saint- Martin, L'ia/zne'e geogra;7/î/^ue, t. XII (H. Gaidoz). . . 218 — Dissertations philologiques de Halle, p. p. Keil, t. I (G. Perrot) 298 — Sur deux relations de voyageurs espagnols (Alfred Morel- Fatio) 380 Védique (Chrestomathie). Voy. Delbrûck. — (Le Verbe dans la langue). Voy. Delbrûck. — (Mythologie). Voy. Gubernatis. Vernes, Histoire des Idées messianiques (X.) 90 ?io Vidal-Lablache. Voy. Correspondance. Vilhena(De), Les races historiques de la péninsule ibérique (G. P.). 9 22 Vinet, Bibliographie méthodique et raisonnée des beaux-arts (Eug. Mûntz) , .^^ %iV* :' • • ^^ '"^^ Vivien de Saint-Martin. Voy. Variétés. VoLKMANN, Histoire et critique des Prolégomènes sur Homère, de Wolf (Henri Weil) 51 165 Voyage en Asie-Mineure. Voy. Davis. W'.>if..'i ./cu.iitHv'^ Voyages de Pero Tafur, p. p. Jimenez de la Espada (Alfred Morel- Fatio) • • •. 4? ni — Voy. Variétés. -f-?"»'''' — en Alsace. Voy. Curiosités. Wailly (De). Voy. Joinville. Waitz. Voy. Dahlmann. Wattenbach. Voy. Jaffé. Wimmer, Histoire de l'écriture runique dans le Nord (K. Maurer) . 69 227 Wolf. Voy. Volkmann. WÙLCKER. Voy. ZUPITZA. Yeatman, Origines de la nation anglaise (Alphonse Rivier) . . ,„,.,. 5 i? XViij TABLE DES MATIÈRES. Art. Pages Zarncke, Dissertation sur la lettre de Prêtre Jean à Manuel I ; Dis- sertation sur la lettre du pape Alexandre III à Prêtre Jean; Dis- sertation sur le patriarche Jean, précurseur de Prêtre Jean ... 6j 202 Zehetmayr. Voy. Correspondance. ZupiTZA, Manuel du vieil anglais; Wûlker, Chrestomathie paléo- anglaise, l'^p. (C. J.) 110 360 PERIODIQUES ETRANGERS ANALYSÉS SUR LA COUVERTURE. Academy (The). New séries, N"' 1 36-161 N"' 1-26 Anzeiger fur Kunde der deutschen Vorzeit. 1 874. N»"!! I 12 7 1875. 1 9 2 14 3 n 4 24 Athenseum (The). N"' 2459-2484 1-26 Bibliographia critica de Historia e Litteratura. Fasc. XI-XII. ... 22 Geographical Magazine (The). Janvier 1875 4 Germania. Neue Reihe, siebenter Jahrg. Heft IV 8 achter Jahrg. Heft I 19 Indian Antiquary (The). Part XXXVI 3 XXXVII 7 XXXVIII 9 XXXIX 15 XL 18 Jenaer Literaturzeitung. 1874, N"' 46-47 i 48-49 2 50-52 3-5 1875 I 6 5-10 18-21 1 1-14 23-25 Literarisches Centralblatt, N"' 51-52 de 1874. 1-2 1-24 de 1875 3-26 Mittheilungen aus der historischen Litteratur. IIF année. N** i. . . 8 2. . . 21 TABLE DES MATIÈRES. xix Nordisk Tidskrift for Filologi og Paedagogik. Ny Raeke, 2 Bd., Haefte 1 N'" 22 Nuove Effemeridi Siciliane. Série terza, vol. 1 21 Philosophische Monatshefte. XI Band. Livr. i et 2 16 3 22 4 25 Propugnatore (II) 1 874. N"' 4, 5 et 6 6 1875. 1-2 21 Revue d'Alsace. 1875. Janvier-Mars 10 Revue de l'Instruction publique (supérieure et moyenne) en Belgique. Nouv. série, t. XVII, G^ livr 2 XVIII, iMivr 10 2^ livr 18 3^ livr 26 Rivista Europea (La), 1874, décembre 4 1875, janvier 7 février 8 mars 22 jg» ± Neuvième année 2 Janvier 1875 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS. Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Guyard. Prix d'abonnement : Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus suivant le pays. PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 67, RUE RICHELIEU, 6j Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). MM. les Souscripteurs qui ne veulent pas éprouver de retard dans la réception de la Revue sont priés de renouveler de suite leur abonnement. Pour les départements, envoyer un mandat de poste au nom de M. F. VieTveg. ANNONCES En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 67, rue de Richelieu. F|->w 1 T~^ rjr Grammaire des langues romanes. 3<= édition refondue et • L^ 1 CjZ^ augmentée. Tome II traduit par A. Morel-Fatio et G. Paris. 2e fascicule (complément du volume). 6 fr. ATV/r A D T ITT^T^ 17 D r?\/ Monuments divers recueillis . IVlArvl EL I 1 EL" D EL Y en Egypte et en Nubie. Livraisons 9 à 11 . Chaque 6 fr. En vente à la librairie Hinrichs, à Leipzig, et se trouve à Paris, à la librairie A. Franck (F. Viev^eg propriétaire), 67, rue de Richelieu. HOpTTr'QPl-T-RT?V "'^^^^'■^ d'Egypte, i '' par- • OlXLJvjro^n DELI tie: Introduction-Histoire des dynasties I à XVII. Seconde édition. In-8°. 6 fr. PERIODIQUES. The Academy, N* 136, new séries, 12 décembre. A lost Chapter in the History of Mary Queen of Scots recovered. By John Stuart, Edinburgh, Ed- monston and Douglas (Allan J, Crosby : dissertation sur les événements qui se rattachent à la dispense de mariage entre Bothwell et Lady Jane Gordon; M. Stuart a découvert l'original de la dispense). — Diary of H. M. the Shah of Persia. A Verbatim Transi, by Redhouse. London, Murray (A. Lang : n'a de curieux que son insignifiance). — Registrum Palatinum Dunelmense : The Regis- ter of Richard de Kellawe, Lord Palatine, and Bishop of Durham, 1^14-1316. Vol. II. Ed. by Sir Thomas Duffus Hardy. In the Master of the Rolls' séries (James Raine . importante publication). — Notes and News. — Notes of Travel. — The Palestine Exploration Fund (W. Besant : identifications de noms de lieu proposées par M. Conder). — John Douglas, Bishop of Salisbury, and his Correspondents (J. J. Cartwright). — Oxford Letter (A. H. Sayce) — Corres- pondence. The Moabite forgeries (Ad. Neubauer : affirme de nouveau que les poteries moabites sont fausses, comme l'a démontré M. Clermont-Ganneau ; il est surprenant que M. Schlottmann s'obstine à publier des traductions des inscriptions fantaisistes qui chargent ces poteries). — The Barhut Sculptures (Jas. Fergusson : réfute MM. Childers et Beal; M. Childers réplique), — Shakspere and Marlowe (F. J. Furnivall). — Meetings of Societies (Soc. de philologie de Cambridge, asiatique, d'anthropologie). The Athenseum, N" 2459, 1 2 décembre. The Last Journals of David Living- stone. Ed. by the Rev. H. Waller. 2 vols. Murray (cette relation offre un double intérêt, car elle n'est pas seulement un récit d'aventures, mais encore une confession). — Th. Martin, The Life of His Royal Highness the Prince Consort. Vol. I. Smith, Elder and Co. (écrit avec beaucoup de tact et d'habileté). — J. Thomson, The Straits of Malacca, Indo-China, and China; or Ten Years' Travels, Adventures and Résidence Abroad. Sampson Low and Co. — Hans Conon von der Gabelentz (notice nécrologique). — The Survey of Palestine (cf. ci-dessus VAcademy').— Literary Gossip. — Hebrev^ Metrology (réponse de M. Conder à la lettre de M. Madden, Athen., n° 2457). — Societies (Soc. asia- tique, d'archéologie britannique, de l'institut archéol. , de philologie de Cambridge). — Illustrations of the Life of Shakespeare. Part I. Longmans and Co. (impor- tante publication). Literarisches Ceutralblatt, N' 51, 19 décembre. Schmid, Der heilige Meinrad. Sigmaringen, Liehner'sche B. In-8", vj-74 p. (essai sur la parenté du fondateur du cloître d'Einsiedeln avec la maison de Hohenzollern). — Von Reu- MONT, Lorenzo de' Medici il Magnifico. 2 Bde. Leipzig, Duncker u. Humblot. In-8", xxiv-606; xviij-604 p. (ouvrage considérable, mais dépourvu des qualités littéraires qu'on aime à rencontrer dans un travail de ce genre). — Herodotos. Fur den Schulgebrauch erkl. v. Abicht. i. Heft. 3. Aufl. Leipzig, Teubner. In-8°, x-234 p. (ne présente aucune modification). — Ammiani Marcellini rerum gestarum libri qui supersunt. Rec. etc. Gardthausen. Vol. prius. Leipzig, Teubner. In-S", xxvj-339 p. (cette édition marque un progrès sensible dans la critique du texte). — Ein altladinisches Gedicht in Oberengadiner Mundart. Herausg., ûbers. und erkl. v. Rochat. Zurich, Schabelitz. In-8°, 56 p. (sans grande valeur). — Duntzer, Charlotte v. Stein, Gœthe's Freundin. i . Bd. Stuttgart, Cotta. In-8'', x-386 p. — Brandes, Die Hauptstrœmungen der Lite- ratur des 19. Jahrh. Uebers. und eingel. v. Strodtmann. 5. Bd. Die Reaktion in Frankreich. Berlin, Duncker. In-8'', 364 p. (traduction magistrale de ce nou- veau volume qui ne le cède en rien à ses aînés). Jenaer Literaturzeitung, 1874, "M^, 14 novembre. Ewald, Die Lehre der Bibel von Gott. Bd. III, Haslfte2. Leipzig, Vogel. In-S", 504p. (Schrader). REVUE CRITIQ^UE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE N° 1 — 2 Janvier — 1875 Sommaire: A nos lecteurs. — i. Delitzsch, Poésies juives-arabes antéislamiques. — 2. Fabre d'Envieu, Méthode pour apprendre le dictionnaire de la langue grecque. — 3. Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, p. p. Daremberg et Saglio. — 4. TiTE-LiVE, Histoire romaine, p. p. Madvig et Ussing, t. I,p. i. — 5. Yeat- MAN, Origines de la nation anglaise. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions. A NOS LECTEURS. Nous devons encore annoncer une modification dans la direction de la Revue. M. Charles Morel, l'un des fondateurs de notre recueil, ne pouvait depuis longtemps lui consacrer qu'une collaboration bien intermittente ; établi mainte- nant à Genève, il aura plus de loisir, et, tout en n'étant plus un des directeurs de la Revue, il en deviendra un collaborateur plus assidu. Nous avons fait appel pour le remplacer à M. Camille de la Berge, dont nos lecteurs connaissent la compétence en fait d'histoire ancienne et d'archéologie : nous espérons que son concours nous aidera à donner à cette partie de notre tâche toute l'importance qu'elle mérite. Nous avons d'ailleurs peu de chose à dire cette année à nos abonnés. Us apprendront avec plaisir que l'existence matérielle de la Revue est, grâce à eux, mieux assurée qu'elle ne l'a été jamais. L'esprit qui la dirige est toujours celui qui a présidé à sa fondation, et qui arrive à se faire de plus en plus accepter: on reconnaît généralement que la Revue rend de véritables services. Nous avons répondu plus d'une fois aux diverses objections qui nous ont été faites quant à notre façon d'entendre la critique; nous n'y reviendrons pas. Parmi les personnes qui nous sont sympathiques, plusieurs nous adressent des observations dont nous reconnaissons la justesse, mais dont il ne dépend pas de nous de pro- fiter. On appelle notre attention, par exemple, sur le manque de proportions dans la place accordée aux diverses branches des études historiques; on se plaint de trouver des articles trop fréquents et trop longs sur telle science, trop rares ou trop courts sur telle autre; on signale les disparates de ton et d'étendue qui régnent entre les articles, les uns étant de simples annonces ou de brèves appréciations , les autres constituant quelquefois de véritables analyses critiques , ou même des suppléments aux ouvrages examinés ; ceux-ci s'étonnent qu'un livre important soit expédié en quelques lignes, ceux-là qu'une brochure sans grande valeur soit l'objet d'un long article ; tous regrettent XV 1 2 REVUE CRITIQUE que les publications nouvelles attendent d'ordinaire trop longtemps le compte- rendu qui leur est consacré, et que plusieurs des plus intéressantes soient com- plètement omises. Tous ces griefs sont fondés : nous ne voyons dans leur ex- pression qu'une preuve de l'intérêt que nous portent nos lecteurs, et nous sentons mieux qu'eux-mêmes tout ce qui manque à la Revue pour réaliser l'idée que nous nous faisons d'un parfait journal de critique. Mais nous ne sommes pas encore en état de nous rapprocher autant que nous le voudrions du but que nous aperce- vons clairement. Pour réaliser ce que nous désirons autant que nos abonnés, il nous faudrait au moins trois choses : avoir à notre disposition tous les livres de notre ressort qui sont publiés et choisii" ceux dont nous voulons rendre compte; disposer de deux fois plus d'espace; recruter pour toutes les branches de nos études des collaborateurs à la fois habiles et zélés, qui donneraient à leurs articles des proportions calculées en vue d'un ensemble homogène. Actuellement ces trois conditions nous font défaut : le choix des Hvres dont nous parlons est souvent déterminé par le fait que tel ouvrage nous est ou ne nous est pas envoyé; nos collaborateurs sont trop peu nombreux et font défaut pour plus d'une spé- cialité : il en résulte que nous cherchons avant tout à remplir la Revue de bons articles, sans pouvoir prétendre à être ni complets ni très-bien proportionnés, et surtout sans songer à augmenter l'espace dont nous disposons. Enfin comment exiger des articles absolument conformes à un plan méthodique , et surtout livrés rapidement, de personnes qui travaillent bénévolement pour notre recueil et qui souvent même n'ont pas reçu de nous les livres dont nous leur devons le compte-rendu ? Nous espérons bien que nous arriverons quelque jour à faire mieux, que nous pourrons rétribuer largement nos collaborateurs, leur distribuer tous les livres intéressants et ne leur distribuer que ceux-là, et imprimer à leur activité une direction plus uniforme. Alors peut-être trouverons-nous aussi plus facilement à compléter notre phalange de travailleurs, et pourrons-nous, en agrandissant nos colonnes, satisfaire successivement les vœux de toutes nos catégories de lecteurs. Mais ils ont déjà compris que ce qui nous manque pour le moment, ce n'est ni la bonne volonté ni le sentiment de nos lacunes, c'est la puissance de les combler. A eux de nous aider en continuant à soutenir notre entreprise et en lui gagnant des sympathies, Nous avons aujourd'hui quatre cents abonnés; le jour où nous en aurons cinq cents, nous pourrons déjà réaliser bien des progrès; si nous en avions mille, nous leur fournirions un journal qui satis- ferait, pensons-nous, les plus exigeants. d'histoire et de littérature. 3 I . — Jûdisch-arabische Poesien aux vormuhammedischer Zeit. Ein Spé- cimen aus Fleischers Schule als Beitrag zur Feier seines Jubileums von Franz Delitzsch. Leipzig, Dœrffling und Franke, 1874. In-S", 40 p. — Prix : 2 fr. 25. M. Delitzsch a voulu montrer à son maître, M. Fleischer, que depuis 1836 il n'a pas oublié les excellentes leçons qu'il en a reçues, alors que sous sa direc- tion il expliquait le Hamâsah^ ce beau recueil d'anciennes poésies arabes dont nous devons à Freytag l'édition complète avec le commentaire de Tébrîzî. M. D. a donc choisi, dans le Hamâsah, comme se rapportant le plus à ses études, une pièce attribuée à un prince juif Samaw'al (Samuel) fils de 'Adiyâ, contemporain du fameux Imro'ol-qaïs, il l'a traduite avec le commentaire qui l'accompagne, et l'a fait précéder de quelques détails biographiques sur Samuel. Il a terminé sa brochure par un petit nombre de réflexions sur l'authenticité de ce morceau, sur l'origine des noms propres Samaw'al et 'Adiyâ, enfin par quelques notes sup- plémentaires. Chemin faisant, M. D, distribue avec un visible plaisir force horions à Freytag, à Rûckert et à quelques autres encore, il se donne la satis- faction de terrasser Schultens, Reiske, Michaelis et Bernstein qui n'en peuvent mais, et c'est sur un monceau de victimes qu'il dépose son offrande au vénérable doyen des arabisants. Je reconnais volontiers que M. D. a déployé beaucoup d'érudition et de saga- cité dans son petit travail, qu'en plusieurs endroits il apporte une correction heureuse au texte de Freytag, qu'en plusieurs autres sa traduction est préférable à celle de ce laborieux orientaliste. Mais je déplore les airs de triomphateur qu'il prend à l'égard de celui qui lui a facilité la tâche en lui fournissant un bon texte et une excellente traduction latine qu'il aurait souvent pu mieux utiliser. M. D. se croit-il donc lui-même à l'abri de l'erreur par ce fait seul qu'il marche sous la bannière d'un homme illustre? J'espère lui prouver qu'il se fait illusion et qu'il a pu, lui aussi, se tromper, même en 40 pages, si Freytag, qu'il taxe de légèreté (p. 3 5), ne s'est pas toujours montré infaillible dans les 2,330 pages qui représentent son édition et sa traduction du Hamâsah. Pour commencer, M. D. nous apprend (p. 1-2) que dans la préface du com- mentaire publié par Freytag, Tébrîzî dit avoir composé successivement trois commentaires du Hamâsah : 1° un commentaire circonstancié, renfermant tous les morceaux de poésie, dans lequel toutefois Tébrîzî avait expliqué séparément chaque membre de phrase; 2° un commentaire sommaire, dans lequel les scholies n'étaient pas non plus distribuées après les distiques; 3° un commentaire qui intercale entre chaque distique l'interprétation qui s'y rapporte (comme c'est le cas dans l'édition de Freytag). « Sur ce point, ajoute M. D., Freytag est tombé » dans une telle confusion, qu'il ne sait pas lequel des trois commentaires il a » publié. Sans aucun doute c'est le dernier, continue M. D., cela ressort des « paroles de Tébrîzî. » Je regrette d'avoir à le constater, M. D. s'est absolument mépris sur le sens du passage de la préface qu'il invoque; qui plus est, il ne s'est pas douté de la petite difficulté apparente que soulève la question des trois commentaires. Dans la préface du commentaire imprimé du Hamâsah , Tébrîzî ne parle en 4 REVUE CRITIQUE réalité que de deux commentaires qu'il a composés, dont le premier, que j'ap- pellerai A, présentait chaque pièce de vers transcrite au long, sans interruption, un commentaire général venant à la suite, et dont le second, au contraire', — celui que Tébrîzî présente au lecteur, que Freytag a édité, et que je nommerai B, — intercale après chaque vers les explications qui s'y rapportent'. Mais Ibn Khallikân, dans la notice biographique qu'il consacre à Tébrîzî, et Hâdji Khalfa attribuent trois commentaires à Tébrîzî : i ° un Petit commentaire, dans lequel chaque pièce est transcrite au long, sans interruption ; 2" un Commentaire moyen, dans lequel chaque vers est séparé par l'explication qui s'y rapporte ; 3° un Commentaire développé^. Comment concilier ces données? D'une façon toute simple. Il résulte de la comparaison entre le passage de Tébrîzî et le pas- sage de Hâdji Khalfa que le commentaire A et le Petit commentaire ne font qu'un, que le commentaire B et le Commentaire moyen sont un seul et même ouvrage. Si donc, comme l'affirment Ibn Khallikân et Hâdji Khalfa, Tébrîzî a encore composé un troisième commentaire C, c'est qu'il l'a rédigé postérieurement à B, que nous offre l'édition de Freytag, puisqu'on n'en trouve aucune mention dans la préface de B. Je demande à présent de quel côté est la confusion, de quel côté la légè- 1 . Voici la traduction de ce passage, c'est Tébrîzî qui parle : « J'avais composé sur le » livre du Hamâsah un commentaire intégral ; seulement j'y avais fait entrer chaque pièce » de vers en totalité (c'est-à-dire les vers se suivant sans interruption) , et ensuite j'expli- » quais en bloc (en résumant le sens général du morceau) chaque poésie, sans séparer les » vers par leur commentaire respectif. Je m'aperçus que là plupart de ceux qui étudiaient » ce livre sous ma direction désiraient que l'interprétation de chaque vers vint à la suite, » et qu'ils souhaitaient cela pour que la connaissance fou l'intelligence) des passages dif- » ficiles de chaque vers leur fût facilitée, et que l'intention du poète leur apparût claire- » ment par l'explication que j'en donnerais. Alors, implorant l'aide de Dieu, je résolus de » commenter le livre du Hamâsah d'un bout à l'autre, d'une manière complète, et vers » par vers, etc. » — C'est ainsi que Freytag a compris. Voyons maintenant comment M. D. a pu trouver dans ce passage la mention de 3 commentaires. D'abord il ne s'est pas aperçu que lorsque Tébrîzî parle du livre du Hamâsah, il se sert du pronom maso. ho (lui, le livre), que là où on rencontre le pronom fém. hâ, ce pronom s'applique aux pièces de vers qiVah; ensuite, il a cru que ^/t'^/z signifie membre de phrase « Redeglied, » il n'a pas vu que modjmllan indique ici la manière dont était interprétée chaque pièce (en gros, en donnant le sens général); puis, il substitue gratuitement afradto à awradto; il s'imagine que djamî'ahâ signifie toutes les pièces de vers, quand cela veut dire chaque pièce transcrite en entier, sans séparation entre les vers. Rencontrant scharahtoho (je l'avais commenté, lui le livre du Hamâsah) et un peu plus loin thomma scharahtohd (et ensuite je les expliquais, elles, les pièces de vers transcrites sans interruption dans le premier com- mentaire), il prend le second scharahto comme une indication d'un second commentaire. De la sorte, quand il arrive à la mention du véritable deuxième commentaire, il en fait un troisième. 2. Cf. Hâdji Khalfa, t. III, p. 115: « Tébrîzî écrivit d'abord sur le Hamâsah un » petit commentaire, dans lequel il fit entrer chaque morceau de poésie en totalité » (les vers se suivant sans interruption). » Ensuite il écrivit un second commentaire, vers par vers (l'explication venant entre chaque vers). Enfin, il composa un long com- mentaire circonstancié. Les premiers mots du commentaire moyen (le second) sont : « Après la louange rendue à Dieu, dont les attributs ne peuvent être décrits, etc. » On remarquera que c'est par ces mots que commence la préface de Tébrîzî dans l'édition de Freytag. Le commentaire moyen de Hâdji Khalfa est donc celui que Tébrîzî présente en dernier lieu aux lecteurs, dans sa préface précitée. Cela ressort d'ailleurs de la description qu'en donne Hâdji Khalfa. ' d'histoire et de littérature, 5 reté ! Freytag sait si bien que le commentaire qu'il édite est le dernier cité par Tébrîzî et le second cité par Ibn Khallikân et Hâdji Khalfa, que voici comment il s'exprime à ce sujet : « Ibn Khallikân rapporte que Tébrîzî a composé trois » commentaires sur le Hamâsah, et dans la préface latine que j'ai placée en tête » du texte, j'ai dit que le commentaire de Tébrîzî que j'édite est le second des » trois. Ce que j'ai avancé est corroboré par ce qu'on lit dans la préface de » Tébrîzî, dans laquelle il est question de deux commentaires seulement'. » Freytag aurait pu être plus explicite, sans doute, principalement en ce qui concerne le troisième commentaire; mais il faudrait être aveugle pour ne pas reconnaître qu'il savait très-bien à quoi s'en tenir sur l'ouvrage qu'il publiait, et que si quelqu'un s'est embrouillé dans les trois commentaires c'est à coup sûr M. D. Cet exemple suffirait pour établir que M. D., aussi bien que tout autre savant, peut avoir quelquefois besoin d'indulgence, mais je ne puis à mon tour résister au plaisir de lui signaler les endroits où il aurait mieux fait de consulter la tra- duction de Freytag que de se' confier à ses propres forces. P. 1 3, M. D. prétend que lam yathbot signifie : le mot « n'a pas été incorporé dans les anciens diction- >) naires ». Je ne surprendrai aucun arabisant en constatant avec Freytag que le vrai sens de cette expression est : « cela n'est pas fondé. » — P. 1 5, M. D. fait dire à Tébrîzî que le mot 4Mm signifie penchant d'une montagne parce qu'il désigne « un endroit vers lequel on se dirige en s'écartant de la route. » Freytag fait rapporter avec raison ta'dilo à nâhiyah, et traduit : « endroit qui » incline vers la montagne, « ce qui est tout naturel de la part d'une montée. — Ibid., lisez 'Adî, si vous voulez bien, au lieu de 'Ada. — P. 17, note 3. Ce n'est pas le vers ajouté entre crochet qui prouve que dans le vers précédent il faut substituer manV à monîf, c'est, comme l'a fait observer Freytag, le passage même du commentaire où Tébrîzî interprète le mot manî', sans parler de la leçon monîf, élevé, laquelle d'ailleurs s'accorderait très- bien aussi avec le sens du vers placé entre crochet. — P. 20. Pourquoi M. D. traduit-il : « denn es » verschmâht sie der Tod ? » le vrai sens est celui que donne Freytag : « parce » qu'ils ont horreur de la mort. » — Ihid., M. D. n'a pas compris le vers qu'il rend ainsi : « Es verschmâhen den Schlachtentod nur Simma's Mânner nicht : sie ;) verschmâhen jeden andern, wie denn die Grosse der(ihrentsprechenden) Grosse )) zueilt.» Freytag l'a également mal rendu à cet endroit, mais ensuite il s'est corrigé en traduisant plus loin le même vers qui revient, cette fois commenté, à la page 3 8 1 du texte, ce dont, par parenthèse, M. D. ne s'est pas avisé. Le sens est : « La mort » refuse de prendre d'autres guerriers que ceux de Simmah, et ceux-ci, de leur » côté, refusent toute chose autre que la mort. Ils courent d'eux-mêmes au- ;) devant de leur destin. » — P. 22. Quel sens forcé M, D. prête à l'expression li 'annaho minho yataqadhdha 'r-ramaqo : « weil von ihr (der Nase) die letzte I. Voici le texte, trad., t. I, p. xx-xxj : « Ebn Chaliikanus Tebrisium très commen- » tarios in Hamasae opus composuisse narravit et in praefatione Latina textui praeposita » a me editum Tebrisii commentarium iilorum médium esse dixi. Quae mea sententia ver- » bis Tebrisiij in quibus in praefatione de duobus commentariis sermo est, adiuvatur. » 6 REVUE CRITIQUE » Athemzug gleichsam als eine Schuld eingefordert wird ! » La phrase signifie : « parce que c'est par le nez que s'exhale le dernier souffle. » — P. 23, M, D. emploie treize mots pour rendre tafkhîm, emphase, redondance. — P. 24, note 3, M. D. prétend que le vers commençant par 'alawnâ manque dans Tébrîzî. C'est une erreur : le vers s'y trouve, mais sans commentaire ; et il signifie, comme l'a bien vu Freytag : « Nous avons d'abord été portés par les plus nobles des » reins (ceux de nos pères), et au moment voulu, nous avons été lancés (litt. une )) descente nous a fait descendre) dans les plus nobles des matrices. » M. D. a transformé les reins en hauteurs fertiles que gravissent parfois les héros dont il s'agit, les matrices en vallées fleurissantes dans lesquelles ces mêmes héros aiment parfois à camper. — Ibïd., la parenthèse : « weil helles nicht dunkles » Gewôlk sich schnell und unvermuthet entladet » est parfaitement inutile, car le commentateur n'oppose pas l'eau qui tombe d'un nuage blanc à celle qui tombe d'un nuage noir, mais l'eau de la pluie à toutes les autres eaux : « son )) eau (celle de la pluie) est la plus pure des eaux, parce qu'elle n'a encore servi » à aucun usage. « — Ibid., nokhlifo 'l matara n'est pas : « wir lassen hinter » uns einen Regen (von Wohlthaten) zurùck, » mais bien : « nous remplaçons )) la pluie; j) c'est-à-dire, quand il y a disette, par suite de la sécheresse, nous remplaçons la pluie en répandant nos bienfaits sur les pauvres. Je n'irai pas plus loin dans cette énumération. La brochure de M. D., je le répète, contient beaucoup de bonnes choses et contribue pour une très-large part à l'interprétation du poème de Samaw'al. Elle témoigne des fortes études arabes qu'a faites son auteur et montre que, bien que détourné par d'autres occupations, il n'a cessé de s'entretenir dans ses connaissances acquises. Mais d'autre part, elle amène à la conclusion que fût-on élève de M. Fleischer on n'en est pas moins sujet à l'erreur, même là où, pour l'éviter, il suffisait pour ainsi dire de se baisser et de ramasser la vérité. St. GUYARD. 2. — Méthode pour apprendre le dictionnaire de la langue grecque et les mots primitifs de plusieurs autres langues anciennes et modernes. — Onomatologie de la géographie grecque ou l'art d'apprendre le dictionnaire grec en étudiant la géographie de la Grèce ancienne et de ses colonies, par l'abbé J. Fabre d'Envieu, pro- fesseur à la Faculté de théologie de Paris. 1874. Paris, Thorin. In-8'. Dans le premier de ces ouvrages, qui est une introduction à l'autre, M. l'abbé J. Fabre fait la critique des moyens employés pour apprendre la langue grec- que. Il se plaint avec raison qu'on ne fasse pas la part assez grande à l'étude du vocabulaire. Le Jardin des racines grecques de Port-Royal avait été composé dans cette intention : mais « les enfants s'habituent à répéter les vers sans songer aux idées ; ils apprennent les racines par cœur machinalement, et ne les reconnais- sent plus quand ils les trouvent détachées du groupe. » D'autres hellénistes ont essayé de condenser le dictionnaire grec dans quelques pages écrites en vers ou en prose. « Mais cette méthode décourage les enfants, parce que, arrêtés sans cesse par de nouvelles difficultés, ils n'ont jamais la satisfaction de voir que les d'histoire et de littérature. 7 mots déjà appris servent pour Pintelligence de ceux qui leur succèdent. » M. F. passe ensuite aux recueils de racines tels que celui de M. Bailly. « Nous avouerons que pour quelques groupes de mots cette méthode peut offrir certains avantages... Mais il faut beaucoup de temps, beaucoup de travail, pour donner aux élèves la clef qui leur serait indispensable pour pénétrer dans la grammaire et dans la lexicologie comparées. » L'auteur s'est donc avisé d'un autre moyen, qui consiste à prendre les mots grecs déjà connus des élèves, soit par la géogra- phie, soit par l'histoire, soit par la littérature ou les sciences mathématiques ou naturelles, et à les décomposer en leurs éléments, ces éléments resteront plus facilement dans la mémoire, puisqu'ils sont donnés par des mots déjà familiers à l'enfant. « On ne pourra, par exemple, penser à Tclémaque, on ne pourra exprimer le mot télégraphe, sans remettre devant l'esprit et sans enfoncer plus avant dans la mémoire le sens de quelques radicaux grecs Qzrike loin, au loin, de loin; \myyi combat, f^iyo\jm je combats; Ypaçw, j'écris). » M. F., qui a déjà appliqué cette méthode aux langues sémitiques en un ouvrage resté manuscrit, et qui se propose de l'appliquer plus tard, si son travail est bien accueilli, à l'allemand, à l'anglais, au russe, au sanscrit, au turc, au persan, au chinois, fait la première épreuve publique de son système sur le grec. Il se borne d'ailleurs aux seuls mots tirés de la géographie. On ne peut nier qu'il n'y ait une part de vérité dans les idées de M. l'abbé F. Mais le procédé qu'il recommande, et qui d'ailleurs a été plus ou moins prati- qué de tout temps par beaucoup de professeurs, ne peut donner de bons résultats qu'à la condition d^une grande sévérité en matière étymologique. Autrement l'étymologie fait place aux artifices mnémoniques. M. F. n'est pas toujours resté en deçà des justes limites, et ce qui est plus fâcheux, il les a franchies sciemment. « Je ne me dissimule en aucune façon que quelques-unes des étymologies indiquées sont plutôt des conjectures que des inductions légi- times. On peut leur appliquer ce mot d'Homère relatif à Ulysse : tj^euBéa r^oWà Xlysiv èT6[ji,oiaiv ct;.oia. Aussi me garderai-je bien de donner ces opinions sous forme de thèse. Je les présente comme des homophonies destinées à établir une liaison entre certains noms propres et des noms communs, dont on retiendra, de la sorte, la signification beaucoup plus aisément. Je rapporte donc des étymo- logies enfantines imaginées par les anciens géographes, mais je ne les adopte pas et je m'approprie à cet égard le mot de Pollux : -rà Se Tciaura h6^.axa [xvjvuetv [AS y.ai [j.Yj xpiveiv voij^t^e. Je cite ces étymologies et je laisse aux professeurs et aux élèves le soin d'appliquer les principes de critique qui ont été, dans cette matière, très-souvent méconnus. « Nous trouvons, en effet, dès les premières pages, des étymologies que le savant professeur de la Faculté de théologie ne considère certainement pas comme sérieuses : mais elles n'appartiennent pas toutes aux anciens. Je citerai, par exemple (p. 21), les deux (ou plutôt les cinq) étymologies de l'Afrique, entre lesquelles le choix nous est laissé : le phénicien jaraq « couper » d'oili ha-friqah « la séparée »; le grec p'^Yvuj;/., en htm frango; le grec çpiccw avec à privatif; le verbe ûctito) « je brûle, je rôtis, » d'où un substantif inusité fjçpoç; le verbe çpÙYw « je fais frire, je fais sécher » avec à 8 - REVUE CRITIQUE augmentatif. La ville de Larisse (p. 93) tire son nom du radical Lar qui signifie « prince » dans l'ancien toscan d'après Vossius. On retrouve ce mot dans l'anglais lord, qui est pour lared « celui qui possède, le propriétaire. » Cette étymologie, ajoute hauteur, pourrait être préférée à celle qui tire lord de hlaf-ord ou hlaf-vard « donneur de pain. » Quant à la seconde partie de Larisse, c'est le radical hys, en allemand haus, en hollandais ou en flamand huis, en slave hisha « maison. « Sur la page i, Fauteur nous prévient que la choro- GRAPHiE ne doit pas être confondue avec la chorégraphie : toutefois xwpoç « pays » et /opoç « danse » se rattachent à un même radical khor qui signifie la rondeur : cf. les danses ou rondes et les ar-ROND-issements. Ces extraits suffisent pour donner une idée de l'ouvrage : nous croyons que les intentions de M. F. sont excellentes, mais les moyens qu'il emploie soulèvent beaucoup d'objections. Comment l'élève saura-t-il faire entre plusieurs étymo- logies un choix dont l'auteur n'a pas voulu prendre la responsabilité ? Ou croit- il qu'au fond l'étymologie soit indifférente, pourvu que l'élève retienne les mots ? C'est sans doute là sa pensée. Mais l'enseignement est chose sérieuse, non pas seulement par l'objet qu'il a en vue, mais par les habitudes d'esprit qu'il doit donner, et l'utilité du résultat, en supposant qu'on pût l'atteindre par cette voie, ne rachèterait pas le caractère équivoque des procédés employés pour y parvenir. M. B. 3 . — Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments, ouvrage rédigé par une société d'écrivains spéciaux d'archéologues et de professeurs sous la direction de MM. Ch. Daremberg et Edm. Saglio. Paris, librairie Hachette. ^-4°. Fascicules I-III. — Prix du fascicule : 5 fr. On vient de distribuer le troisième fascicule du Dictionnaire des antiquités grecques et romaines rédigé sous la direction de MM. Ch. Daremberg et Edm. Saglio. La publication régulière de ce grand ouvrage, la valeur soutenue des articles qu'il renferme, confirment l'opinion favorable qu'on en avait conçue quand parut le premier fascicule , et légitiment le bon accueil qu'il reçut dès ce moment. Pour exprimer ici un jugement d'une suffisante compétence, il faudrait consti- tuer une réunion de critiques pareille à celle des auteurs qui ont travaillé au Dictionnaire : le domaine de l'antiquité classique, bornée si l'on veut à ce qui concerne la vie publique et la vie privée des anciens, s'est tellement agrandi, que l'homme le plus intelligent et le plus actif ne songe ordinairement à en cultiver ou même à en visiter qu'un petit coin. Nécessairement tous les collaborateurs de M. Saglio ont quelque chose à apprendre les uns des autres. Le critique le mieux pourvu d'Adversaria ne pourrait de même aborder que quelques points d'une œuvre aussi vaste, et il la ferait involontairement mal apprécier en n'atta- chant qu'à quelques points ses éloges ou ses corrections. Nous ne devons pas néanmoins laisser plus longtemps, sans le saluer de nos encouragements, s'avancer un ouvrage que son étendue et son importance d'histoire et de LITTÉRAIURE. 9 recommandent si hautement aux antiquaires et aux humanistes. Nous pourrons d'ailleurs, et nous devrons même, quand nous aurons à rendre compte de quel- que livre nouveau sur l'antiquité, revenir sur les articles publiés et sur les opi- nions émises dans cette encyclopédie qui représente, d'une manière satisfaisante, l'état actuel des questions. Ajoutons que certains articles sont de véritables mémoires et doivent être étudiés et jugés comme tels. Ainsi l'article Alphabe- TUM, qui comprend 57 colonnes et plusieurs tableaux, où M. Fr. Lenormant a condensé les faits développés dans son travail couronné, il y a quelques années, par l'Académie des inscriptions, mérite évidemment un examen approfondi et une critique détaillée. Pour prendre une idée du Dictionnaire, comparons-le à un ouvrage analogue, bien connu et justement estimé, qui a probablement suggéré l'idée première de la publication présente. Nous voulons parler du Dictionary of Greek and Roman Antiquities publié par W. Smith. Notre troisième fascicule s'arrête au milieu de l'article Asîronomia, et nous avons déjà $78 figures. Dans le dictionnaire anglais, jusqu'au même point, je n'en ai relevé, en comptant les plus petites, que 97 '. Ici elles sont, on le voit, incomparablement plus nombreuses et elles offrent, vu le choix du format, une dimension beaucoup plus favorable à l'étude. Au mot Amphitheatrum les deux dictionnaires donnent, comme on s'y attend, le plan du Colysée : dans l'ouvrage anglais le grand axe de l'ellipse n'a que 1 1 centi- mètres, dans l'ouvrage français il en a 18. Au mot As je ne trouve dans le dic- tionnaire anglais que ^ figures de monnaies; ici j'en vois 14, et la plupart (y compris un decussis de 1 1 centimètres de diamètre) sont figurées en vraie gran- deur. Au mot Apotheosis Smith n'offre que le dessin réduit d'un camée de la Bibliothèque nationale représentant l'apothéose de Germanicus; ici nous avons 6 médailles et 2 bas-reliefs de la colonne Antonine dont l'un (représentant une decursio) occupe sur la page 325 un rectangle de 172 milHmètres sur 112. Ces exemples suffisent pour faire apprécier la valeur du dictionnaire au point de vue des figures. Nous comptons bien que le dernier fascicule donnera une table complet^ et méthodique des gravures, qui rendra facile l'usage de cet immense et utile répertoire, tenant lieu, à bien des égards, de mainte publication coûteuse. Les figures sont souvent empruntées aux monuments céramographiques. Un, bon nombre reproduit les célèbres peintures du Virgile du Vatican, et ce ne sont pas les moins bien choisies, car très-peu de personnes possèdent la repro- duction qu'en a donnée Aug. Mai et peu même l'ont vue 2. Les gravures sur bois du Dictionnaire, dues à M. P. Sellier, sont habilement exécutées et reproduisent assez heureusement le caractère des monuments. Tou- tefois la figure 5 5 {Achille Citharède) est censée représenter une magnifique 1. Asîronomia dans le D'° de Smith n'a pas de figures, et ici nous avons déjà trois re- présentations d'Atlas soutenant le globe céleste. 2. Virglid pictura antiqua ex codicibus Vaticanis. Roma. 1835. f». Cet ouvrage, dont les figures passent pour supérieures à celles de Bellori, manque à la Bibliothèque natio- nale. ÏO REVUE CRITIQUE améthyste du Cabinet des Médailles, mais elle a été copiée sur quelque mauvaise gravure où l'aspect du monument original est absolument défiguré; en outre la dimension a été agrandie, sans qu'on en soit prévenu, La hauteur du dessin dans le Dictionnaire est de 42 millimètres ; la hauteur de la pierre n'est que de 17. Passons au texte. On trouve ici bien des articles (Achilles, vEsculapius, Apollo qui manquent dans le Dictionary of Anîiqiiiîies et que les lecteurs anglais vont chercher dans une autre publication de Smith , le Dictionary of Greek and Roman Biography and Mythology, où les dieux et les héros coudoient les gens de lettres et les princes. Ce nivellement évhémériste offre deux inconvénients graves. D'abord il froisse, au plus haut point, les mythologues. En second lieu il sépare, de la façon la plus illogique, deux idées manifestement corrélatives : le dieu et son culte ; en effet ce dernier est nécessairement classé dans les antiquités de la vie publique. On approuvera les directeurs du Dictionnaire de n'avoir pas disjoint deux choses aussi bien liées. La disposition matérielle du livre nous paraît heureuse : les articles sont bien coupés, les figures judicieusement placées. L'air et la lumière circulent dans ces colonnes énormes. Les notes, en quantité très- rassurante, sont rejetées au bas des pages. Par là est évité ce fourmillement de parenthèses qui, joint à l'absence d'alinéas, rend si pénible l'usage de V Encyclopédie de Pauly, et oblige à repasser tout un article pour retrouver le moindre détail. Ici, au contraire, prenons l'ar- ticle Apollo dû à la plume élégante de M. L. de Ronchaud. Les 21 colonnes, que remplit ce travail complet, précis, bien distribué, pondéré avec sagesse, offrent une lecture instructive, attrayante et facile. Mais n'est-il pas vrai que les éditeurs nous auraient gâté tout notre plaisir s'ils nous eussent forcés à enjamber les deux cent trente-sept pièces de l'échafaudage au moyen duquel M. R. a reconstruit la légende, les caractères, les fonctions et le culte du dieu de Délos ' ? Parmi les articles,x[ue recommande leur importance, leur étendue ou la signa- ture des auteurs, nous citerons : Ammon par M. Blondel; Apothéose par M. Boissier; Aqua par M. Briau; Amnestia, Anacrisis, Archai, Archontes, Areopagus par M. Caillemer; Am- PHYCTiONES, Apeleutheroi par M. Foucart; Adoptio, Antidosis par MM. Gide et Caillemer; Arcus par M. Guadet; Acropolis Agora par M. Guillaume; Accu- SATOR, Acta, Advocatio, ./Ediles, .Erarium, Ager (publicus, romanus), AGRARîyE leges, Ambitus, Annales Leges, Annona, Argentarm, Artifices (romani) par M. Humbert; Amuletum Aqu-îiductus (administration) par M. Labatut; Alphabetum As par M. Lenormant; Agmen par M. Masquelez; Asiarcha par M. Perrot; ^Esculapius par M. Robiou; ^Eneas, Apollo par M. de Ronchaud; Arithmetica par M. Ruelle; Abacus, Acroama, Acus, Adonis, Mois, Agger, Amentum, Annulus, Ara, Arbores Sacr^, par M. Saglio; Amphitheatrum, Antefixa, AQUyEDUCTUs (construction) par M. Thierry; Achilles, Amazones, Amphiaraus par M. Vinetr On les retrouve, soigneusement rangées et numérotées, au pied du monument. d'histoire et de littérature. I I On voit que le Dictionnaire sera, pour l'intelligence des auteurs classiques, un puissant auxiliaire. Nous devons dire cependant que nous n'entrerons dans la pleine connaissance de l'antiquité qu'au moyen d'ouvrages tels que ceux de Preller, de Schœman, de Marquardt, d'Overbeck, où la mythologie, la vie publique, l'art conservent leur rapport harmonieux et complet, où les rapports historiques ou logiques des éléments qui les composent sont respectés et mis en lumière, et non rompus au hasard de l'ordre alphabétique. Mais en attendant que nous possédions en français de pareils livres, le Dictionnaire des Antiquités va jeter immédiatement dans le public un nombre infini de faits bien contrôlés, rectifier une bonne quantité d'idées fausses, multiplier les représentations de monuments de tout âge et de toute nature, et rendre ainsi d'incontestables services. C. DE LA Berge. 4. — Titi Livii historiarum romanorum libri qui supersunt. Ex recensione lo. Nie. Madvigii. Iterum ediderunt lo. Nie. Madvigius et lo. L. Ussingius. Vol. I, pars I. libres quinque primes centinens. Havniae, 1873, Gyldendal. In-8°, xxxiij-31 1 p. L'illustre latiniste danois, M. Madvig, avait publié d'abord un volume d'obser- vations critiques sur le texte de Tite-Live ' ; puis il a donné, avec le concours de M. Ussing, une édition du texte, en plusieurs parties, qui ont paru en 1861 et les années suivantes. L'ouvrage dont nous rendons compte ici est une seconde édition des cinq premiers livres. M. M. est resté fidèle aux principes qu'il avait posés avec une grande sûreté de jugement. Il a évité d'introduire dans le texte des formes rares, parce qu'elles se trouvent dans d'anciens manuscrits, où elles peuvent provenir d'une erreur de copiste, et il a suivi l'orthographe commune, telle que les grammairiens latins nous l'ont transmise ; l'autorité de manuscrits copiés dans des temps de barbarie et d'ignorance n'est ici d'aucune valeur, M. M. a eu à sa disposition, pour cette seconde édition, l'espèce de fac- similé du manuscrit palimpseste de Vérone que M. Mommsen a publié en 1868 dans le recueil des mémoires de l'Académie de Berlin (p. 31-206) et qu'il a accompagné d'observations intéressantes, où l'on reconnaît sa profonde con- naissance des antiquités romaines. M. Mommsen a vu, ce que M. M. n'avait pu qu'entrevoir dans la première édition (p. IV), que les fragments étendus des livres III, IV, V, VI de la pre- mière décade contenus, dans ce palimpseste offrent une récension très-ancienne et différente de celle des autres manuscrits qui nous sont parvenus et qui ont conservé la mention de ses auteurs, Victorianus, Nicomachus Flavianus et Nicomachus Dexter. Le manuscrit de Vérone est à beaucoup d'égards très-pré- cieux. Ainsi on lisait dans les autres manuscrits (IV, 25, 4) « Magna... clades in » urbe agrisque promiscua hominum pecorumque pernicie accepta. Famem » cultoribus agrorum timentes in Etruriam... frumenti causa miserunt. » Crevier, I. lo. Nie. Madvigii, professons Havniensis, Emendatienes Livianas. Havniae, Gylden- dal, 1860. In-8'. 12 REVUE CRITIQUE dont le travail sur Tite-Live est estimé de M. M. ', avait compris que ce n'était pas pour les cultivateurs que la famine était particulièrement à craindre; comme il est question d'une peste dans ce qui précède immédiatement, il avait conjecturé qu'un mot comme absumptis manquait devant cultoribus, et M. M. avait conjecturé deficientibas après cultoribus pour que l'omission fût paléographi- quement plus vraisemblable. Le palimpseste de Vérone montre qu'il manquait ,« quoque ex pestilentia morbo implicitis «, devant cultoribus, omission qui, comme tant d'autres, ne s'explique pas du tout paléographiquement. Dans le discours de Camille (V, 53, i) on lisait : « Veiosne haec [c.-à-d. comitia) » transferemus, an comitiorum causa populus tanto incommode in desertam hanc » ab diis hominibusque urbera conveniet ? Sed res ipsa cogit vastam incendiis » ruinisque relinquere urbem... hanc autem jactari magis causam quam veram » esse... apparere vobis puto. » Personne n'avait soupçonné et ne pouvait soupçonner qu'après conveniet il manquait « at enim apparet quidem... ^ nia nec » ullis piaculis expiari posse. » Cette omission ne s'explique pas mieux que la précédente. Il en est autrement de celle qui a été comblée par le manuscrit de Vérone dans IV, 26, 12 : « Ab eo L. Iulius magister equitum est dictus. Simul )) edicitur et justitium. » Il manquait dilectus devant simul. Il était impossible de deviner, sans le manuscrit de Vérone, qu'il faut lire le nom obscur et rare Folio au lieu de Fabio dans V, 41, 3 : « Sunt ^ui M. Fabio pontifice maximo » praefante carmen devovisse eos se pro patria... tradant. » Le manuscrit de Vérone a confirmé un certain nombre de conjectures, en particulier de M. M. Ainsi dans IV, 56, 13, les tribuns du peuple refusent d'intervenir pour forcer les tribuns militaires d'obéir au Sénat et disent dans le texte qu'on avait autrefois qu'ils n'interviendront, que quand les honneurs seront accessibles aux plébéiens : « intérim patricii, soluti legum magistratuumque » verecundia, per se quoque tribuniciam potestatem agerent. « M. M. avait remarqué {Emendationes Livianae, p. 107) que agere potestatem trib. pour exercere était d'une latinité suspecte, que quoque qui devait tomber sur tribuniciam potes- tatem était mal placé et surtout qu'il n'y avait pas de rapports entre 5o/un/ggum... verecundia et l'exercice de la puissance tribunitienne, qui était elle aussi une magistrature. Il conjectura qu'il fallait lire, après quoque, et qui avait bien pu être omis entre quoque et tribuniciam ; et on avait ainsi un sens tout-à-fait satis- faisant : « Que les patriciens vivent sans respect des lois et des magistrats ; ce » n'est pas eux (les tribuns du peuple) ni la puissance tribunitienne qui les en )) empêcheront. » Per s'emploie souvent avec ce sens « sans obstacle, empêche- « ment de, » et Tite-Live dit (IX, 20) « sine legibus certis, sine magistratibus )) agere. » Le manuscrit de Vérone confirme cette correction non moins bril- lante par la sagacité qui avait découvert l'altération du texte que par la simpli- cité et l'évidence de la restitution. 1. « Creverius recti elegantisque iudicii home non ita pauca acute emendavit, » subsidiorum, quac Lutetia ei subministrare poterat , nimis incuriosus. » Emendationes Liviana, p. 3 5. 2. Ces points indiquent quelques lettres qui n'ont pu être lues; M. M. suppose « pollui » om. » d'histoire et de littérature. 13 Une autre conjecture de M. M., qui est confirmée, mérite d'appeler l'attention parce qu'elle est fondée sur l'emploi judicieux d'un moyen dont les philologues sont trop portés à se servir aujourd'hui. On lisait dans IV, 21, 7 « Fidenates, » qui se primo aut oppido aut montibus aut mûris tenuerant. » Duker s'était demandé quelle différence il pouvait y avoir entre oppido et maris et entendait le dernier mot de châteaux forts ou de villages fortifiés. M. M. avait fait la remar- que suivante [Emend. Liv. p. 97) : « Sed neque muros sic quisquam absolute » dixit, praesertim oppido in eadem sententia appellato, neque huius modi cas- )> tella mûris munita in Fidenati agro aut commemorantur unquam a Livio aut )) esse potuerunt. Addidit aut oppido aliquis, qui oppidum murorum appellatione » contineri non videbat. » Le manuscrit de Vérone ne donne pas en effet aut oppido. La conjecture de M. M. était très-plausible parce que les mots qu'il proposait de supprimer nuisaient au sens et que leur intercalation s'expliquait avec quelque probabilité. Il faut que ces deux raisons se réunissent pour qu'une intercalation, faute infiniment plus rare que les omissions, soit admissible. M. Mommsen, qui ne se fait d'ailleurs aucune illusion sur la valeur du manuscrit de Vérone, qui est très-fautif, a peut-être admis trop facilement comme probable l'intercalation de mots omis parle manuscrit. Ainsi III, 44, 5 « ratoa Veronensi )) abest; recte puto. » 65, i (cf M. M. p. xxiii). 67, 10 « ecquando unam )) urbem liabere abest a Veronensi fortasse recte. » IV, 11, 7 c coloni adscripti » ...iam admoniti ab antiquissimo libro omnino ejiciemus. ». 14, 6 « obtran- » cati... eleganter Veronensis omittit. « 17, i « regem ac Veientes... eo libenter )) carebimus. » V, 3, 7 « nisi forte hoc dicitis Veronensis non habet... quod apte » omitti pauci, opinor, negabunt. » 8, 3 « per agros vicinasqae urbes ab Livio » aliéna esse intelliguntur ex Veronensi. » M. M. n'a adopté aucune de ces suppressions; et il me semble avoir eu raison : pour supprimer des mots omis par un manuscrit, il ne suffit pas qu'ils soient inutiles à l'intelligence de la pensée ; il faut encore montrer pourquoi ils ont été intercalés. Le Tite-Live de M. Madvig ne saurait être trop recommandé dans notre pays, où cet auteur tient une place si importante dans l'enseignement classique. Charles Thurot. 5. — The History of the Common La°w of Great Britain and Gaul from the earliest period to the time of english légal memory, by John Pym Yeatman, of Lin- coln's Inn, Esquire, Barrister-at-Law , author of « An Outline of the practice of the » Mayor's Court of London, » etc. Part I. Second titre : A Revie-w of the Com- mon La-w of Great Britain and Gaul. Historical Introduction. Part I. The pre- historic period. Londres, Stevens et fils. 1874. In- 12, xii-200 p. Sous prétexte d'Introduction historique, l'auteur fait une prétendue histoire, extrêmement diffuse, des origines de la nation anglaise jusqu'à Guillaume le Conquérant. Cette histoire est surtout une diatribe contre les Saxons. M. Y. les déteste, au moins autant que les Allemands d'aujourd'hui, auxquels il reproche entr'autres d'être dépourvus de sens musical ! Il n'est d'ailleurs point sûr que ces barbares fussent de race germanique ou Scandinave : peut-être venaient-ils directement des steppes asiatiques; plus probablement, ils n'avaient pas de nationalité propre 14 REVUE CRITIQUE (p. 199, 200). Leur nom signifie assassins; ils n'avaient point de chants natio- naux; ils n'avaient pas même de langue; absolument illettrés, ils étaient en outre incivilisables... Pour caractériser ce ramassis de sauvages, avec lequel le peuple anglais d'aujourd'hui ne peut avoir aucun rapport, M. Y. renchérit sur les lamentations de Gildas. Us n'avaient ni foi ni loi. Ce qu'on a donné, plusieurs siècles après, pour du droit anglo-saxon, n'est que le fruit d'impostures gros- sières, comme ce qu'on donne aujourd'hui pour de la littérature saxonne. Et l'on a créé une chaire à Cambridge pour enseigner le jargon de ces misérables ! Au reste, leur funeste domination ne s'est étendue que sur une partie minime de la Grande-Bretagne, partie reconnaissable encore maintenant à la stupidité de ses habitants. Leur roitelet, le trop fameux Alfred, dit le Grand depuis la Réformation, n'était qu'un ignorant grossier qui a volé les actes mémorables d'Arthur. Au surplus, il n'était probablement pas Saxon, mais Romain d'origine. Les récits attribués à Asser ont été forgés sous les Normands par un imposteur (177-181). Edouard le Confesseur était beaucoup plus Normand que Saxon. Le nom à'Anglo-Saxon a été imaginé par les écrivains modernes (p. 18). Les Saxons avaient tous les vices, sauf l'incontinence; les Bretons, en revanche, étaient doués de presque toutes les vertus. Supérieurs par leur droit aux Romains mêmes, ils avaient surtout des rapports moraux, intellectuels et religieux avec les Grecs. César les a calomniés; la polyandrie et les cruautés du culte druidique sont de pures inventions. Diodore est plus digne de foi. Les Bretons sont des Angles, les Angles ou Llogrians des Ligures, les Ligures sont des Celtes, les Celtes des Pelages, les Pelages des Cimmériens (p. 19-22). Les Romains, qui appelaient la Grande-Bretagne Anglia, ne les ont pas latinisés, et ils les faisaient probablement gouverner de préférence par des Ligures (p. i8, 27, 76). Les Grecs appelaient les Bretons Angeloi, peut-être parce qu'ils voyaient en eux les messagers des Dieux (p. 26). Ce nom peut aussi se ratta- cher aux Angeles de la tribu Pandionis d'Athènes, d'oil Prydain serait venu (p. 25). Enfin Angeloi se rapproche de Leleges, équivalent de Ligures (p. 25). Le gallois actuel est encore plein de mots grecs (23, 36). L'origine grecque ou thrace de l'anglais est encore attestée par le th, que jamais Germain n'a su pro- noncer (26, 27). L'angle, ou ogrien, ou ligure, est encore l'anglais actuel : « Why should we hesitate to admit that English and Ligurian are identical ? » (p. 27-31, 35). C'est de la Hnguistique selon la méthode de M. Granier de Cassagnac. Plutarque rapporte que les Ligures de l'armée de Marius s'appe- laient entre eux Ambiones (sic) : c'est peut-être une corruption de Umbriones^ alors cela rappelle VHumber britannique; peut-être aussi est-ce une corruption d'Albion. Naturellement M. Y. croit à l'authenticité du Cosmos d'Aristote. — En somme, l'Angleterre a été peuplée par des descendants de Gomer, de Tubal, de Javan, de Meseck, de Tiras, et de Gog. C'était probablement déjà du temps de Noé un établissement d'une certaine importance (p. 38-40). En voilà bien assez, je pense, pour faire juger des connaissances et de la compétence de M. Y. en matière ethnographique et philologique. On a quelque peine à se persuader que son livre est imprimé en la présente année 1 874. M. Y. traite les Romains avec une certaine bienveillance, et les Danois aussi, d'histoire et de littérature. 15 qu'il estime très-supérieurs aux Saxons. Il ne tient nul compte de la parenté originaire des Saxons avec les Danois et les Normands ; il ne met en relief que les différences. Le droit ne tient qu'une place modeste dans ce fastidieux fatras. La thèse que M. Y. entend soutenir est annoncée par l'épigraphe : « Currat lex communis sicut prias currere consueviî », et résumée dans le premier chapitre sous le titre de The pedigree of the Common law. La voici : Le Common law n'est autre chose, au fond, que le droit préromain, le droit des anciens Bretons. Il y a, sans doute, quelques infiltrations romaines, mais il faut se garder de voir des infiltrations partout où il y a similitude ; en effet, il peut et il doit y avoir plus d'un trait commun au droit breton et au droit romain, l'origine de tous deux étant la même. M. Y. a l'air de croire que cette origine est grecque (p. 13-15). Les modifications postromaines ont été graduelles et partielles. Les Saxons n'ont rien su créer; l'aptitude leur faisait défaut non moins que le pouvoir. Guillaume, héritier naturel des rois danois, n'a pas voulu faire de changement. Il y a donc eu continuité dès les plus anciens temps jusqu'à nos jours. M. Y. attribue cette stabilité du droit national à sa grandeur intrinsèque qui commandait à tous le respect (p. 11). — Cette thèse est intéressante et je crois qu'elle contient un noyau de vérité générale trop longtemps méconnue. Je suis, en effet, disposé à croire qu'il y a dans les divers droits des nations indo-européennes plus de traits communs qu'on ne pense, et que dans les institutions juridiques la perma- nence est, plus qu'on ne pense aussi, la règle, et le changement l'exception. Mais pour mener à bonne fin des investigations d'une nature aussi complexe et aussi délicate, il faut une méthode sévère et une préparation scientifique quasi- universelle. Je ne puis voir ni l'une ni l'autre dans le petit volume de M. Y. Cependant, il ne serait pas équitable de prononcer un jugement définitif avant d'avoir étudié les autres parties de l'ouvrage, Alphonse Rivier. SOCIÉTÉS SAVANTES. ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. Séance du 2^ décembre 1874. On annonce que M. Naudet a fait une chute ces jours derniers, mais cet accident n'a pas eu de suites fâcheuses ; les nouvelles qu'on a de lui sont rassu- rantes. — Les nouvelles de la santé de M. d'Avezac sont au contraire peu satisfaisantes. M. de Sainte-Marie envoie la photographie d'une statue qu'il a trouvée à Car- ihage ; elle est conservée presque tout entière; c'est, selon lui, une statue de Junon. M. Desnoyers présente de la part de l'auteur un ouvrage intitulé Antiquités préhistoriques, gauloises et romaines, du Cheylonnet {Haute-Loire), par M. Aymard, Le Puy 1874, 8°. — M. Pavet de Courteille offre de la part de M. Barbier de Meynard une publication intitulée : Le seïd himyarite, recherches sur la vie et les œuvres d'un poète hérétique du deuxième siècle de l'hégire. — M. Maury dépose de la part de l'auteur L'archipel indien, par M. L. de Backer. l6 REVUE CRITIQUE D'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. M. Jourdain lit un mémoire intitulé : Nicolas Oresme et les astrologues de la cour de Charles V. Mémoire sur les ouvrages de N. Oresme contre l'astrologie. Il expose qu'on a exagéré le nombre des écrits de Nicolas Oresme contre l'astro- logie, parce qu'on a pris pour des ouvrages différents les titres divers d'un même ouvrage ou les différents chapitres qui le composaient. M. F. Meunier, dans l'étude qu'il a consacrée à Nicolas Oresme, a corrigé une partie de ces erreurs, mais il en a encore laissé subsister quelques-unes. Après avoir rétabli la vérité sur ce point, M. Jourdain indique le caractère des écrits en question et l'esprit qui y règne. Il signale des observations d'une sagacité remarquable sur les erreurs auxquelles l'homme est exposé par ses sens et dont la cause principale est, selon Oresme, la puissance de l'imagination, et sur la complexité réelle des perceptions sensuelles qui nous paraissent les plus simples. C'est un développement des doctrines d'Aristote, mais on doit remarquer combien le commentaire qu'il en donne est ]ud\c\eux.L'ouvrage Contra iudiciariosastronomos est écrit pour détourner les rois de s'adonner à l'astrologie. Cette étude était alors en grande vogue, et elle était spécialement en faveur à la cour de Charles V, qui, dit-on, s'en occupait lui-même. Un chapitre spécial est consacré à rappeler les malheurs dont ont été frappés les rois qui s'occupaient d'astrologie. Le prince, dit Oresme, a assez à faire de s'occuper du gouvernement de l'état. Toutefois il distingue entre l'astrologie judiciaire et la science que nous appelons aujourd'hui plus particulièrement astronomie. Pour celle-ci, il trouve bon qu'on la cultive, que le prince l'encourage, et qu'il en acquière lui-même des notions par les leçons des savants, pourvu qu'il ne perde pas son temps en recherches personnelles ; ce qu'il proscrit, ce sont les horoscopes tirés de l'astrologie. M. Jourdain fait ressortir ce qu^il y a de remarquable dans ces attaques diri- gées par Oresme, qui avait été l'un des maîtres de Charles V, et qui vivait à la cour, comblé de ses bienfaits, contre un art qui jouissait alors d'une telle faveur auprès du roi lui-même. Il en conclut que Charles V ne devait pas être si adonné à cet art qu'on l'a rapporté : c'était sans doute la science astronomique, plutôt que l'astrologie judiciaire, qu'il aimait et cultivait. M. Duruy donne une seconde lecture de son mémoire sur la distinction des honestiores et des humiliores dans l'empire romain. Ce travail est destiné aux mémoires de l'académie. M. de Longpérier lit une note sur la statue dont la photographie a été envoyée par M. de S^" Marie. Cette statue est du temps de Trajan. Le visage est certai- nement celui d'une femme de la famille impériale. En comparant la coiffure de la statue aux diverses coiffures qu'on sait avoir été à la mode à la cour impé- riale en ce temps-là, M. de Longpérier suppose que la personne représentée est peut-être Sabina, femme d'Hadrien : la statue aurait été faite au moment de son mariage, en l'an loo. Mais la photographie envoyée ne permet pas d'en juger suffisamment : une vue de profil aurait été utile. Julien Havet. Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. — Sewin, Chronologie des Lebens Jesu. 2. Aufl. Tùbingen, Laupp'sche B. In-S", iij-169 p. (Lipsius). — Von Amira, Erbenfolge und Verwandtschafts- Gliederung nach den altniederdeutschen Rechten. Mùnchen, Ackermann. In-8°, x-225 p. (0. Stobbe). — Venetianer, Der Allgeist. Berlin, Duncker's Verl. In-S", iv-279 p. (Fritz Schulze). — Bùnger, Theopompea. Argentorati, Trùbner. In-S", 71 p. (Ed. Wœlfflin). — Bûcher, Die Aufstaende der un- freien Arbeiter 143-129 v. Chr. Frankfurt a. M., Sauerlaender. In-S", 132 p. (C. Peter). — A. L. Ewald, Die Eroberung Preussens durch die Deutschen. 2. Buch. Halle, Buchh. d. Waisenhauses. In-8°, ix-357 p. (G. Hertzberg). — Dantis Alligherii de monarchia libri III, codicum mss. ope emendati per C. WiTTE. Ed. altéra. Vindob., Brauraûller. In-8% lxxxiij-144 p. (Wegele). — Verhandlungen ûber Thomas von Absberg. Hrsg. v. Baader. Tùbingen. In-8°, 576 p. (H. Ulmann), — Fischer, Geschichte der auswsertigen Politik und Diplomatie im Reformationszeitalter 1485-1556. Gotha, Perthes. In-8°, V-269P, (Varrentrapp). — Hostmann, Der Urnenfriedhof bei Darzau. Braunschweig, Vieweg. In-8", vj-129 p. (J. H. Mùller). — Ewald, Hebrseische Sprachlehre fur Anfsenger. IV. Ausg. Gœttingen, Dieterich'sche B. In-8", iv-235 p. Vosen, Kurze Anleitung zum Erlernen der hebrseischen Sprache. 12. Aufl. v. Kaulen. Freiburg im Breisgau, Herder'sche Verlagsh. In-8°, iij-124 P- (Schrader). — Seeliger, De Dionysio Halicarnassensi Plutarchi qui vulgo fertur in vitis X ora- torum auctore (F. Blass). — Dr^eger, Historische Syntax der lateinischen Sprache. Bd. I. Leipzig, Teubner. In-8°, xxxij-626 p. (Lùbbert). — T. Lu- creti Cari de rerum natura libri sex, redigirt und erkl. v, Bockemùller. I. IL Strade, Verl. v. Steudel Sen. In-8", 255 p. (W. Hœrschelmann). — M Tullii Ciceronis Orationes selectae XVIII in usum schol. edd. Eberhard et Hirsch- FELDER. Lipsiae, Teubner. In-8", xix-668 p. (Frey). — DieMurbacher Hymnen. Herausg. v, Sievers. Halle, Buchh. des Waisenhauses. In-8°, vj-105 p. (Stein- meyer). — Laur, Zur Geschichte der franzœsischen Litteratur, Mannheim, Schneider. In-8°, iij-119 p. (G. Grœber). N° 47, 2 1 novembre. Riehm , Handwœrterbuch des biblischen Alter- thums. Lief. i. Bielefeld und Leipzig, Velhagen und Klasing. In-8", iv-96 p. (C. Siegfried). — Des Magisters Petrus de Ebulo liber ad honorem Augusti. Hrsg, v, WiNKELMANN. Leipzig, Duncker u. Humblot. In-8°, x-96 p. (W. Arndt). — Wecklein, Der Areopag, die Epheten und die Naukraren; Lange, De ephetarum Atheniensium nomine; Ders., Die Epheten und der Areopag vor Solon; Philippi, Der Areopag und die Epheten; Ders., Der Athenische Volks- beschluss von 409/8; Ders., Das Amnestiegesetz des Solon und die Prytanen der Naukraren zur Zeit des Kylonischen Aufstandes (R. Schœll). — Weber, Disputatio de M. Valerii Messalse qui dicitur libello de progenie Augusti. Edidit Julius C^ESAR. Pars i. 2. Marburgi, typis acad. Elwerti. In-4", xix; xxiv p. (Emil ByEHRENs). — Von Friesen , Altengland und William Shakspere. Wien, ÇraumûUer. In-S", viij-452 p. (Richard Wûlcker). j Anzeiger fijr Kunde der deutschen Vorzeit, 1874, n° il. Buntglasierte Thonwaaren des 1 5.-18. Jahrh. im germ. Muséum. IX. (A. Essenwein). — Summarische Beschreibung deren im fùrstlichen Schloss zu Marpurg am 22 De- cember Ao. 1625 angestellten Déposition etc. (Dr. Baur). — Vorbereitungen zur Taufe des erstgebornen Prinzen Albert's VII. (Stifters des schwarzb.-rudolst. Linie), Cari Gùnther 1 576 (B. Anemùller). — Ueber die Vernichtung und Verschleppung der verschiedenen Archive zu Mainz vor der franzœsischen Oc- cupation und waehrend derselben (Dr. Nolte). — Zur Geschichte des Àugsburger Reichstages vom Jahr 1 5 30 (Dr. Wilhelm Vogt). — Berichtigung (W. Watten- bach). — Beilage zum n° 11. Chronik d. germ. Muséums. — Chronik der histo- rischen Vereine. — Nachrichten. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en magasin. Beaumont Vassy (De), Histoire intime du second empire. In- 18 jésus, 421 p. Paris (Sartorius). j fr. 50 Chapman (G.). Works of: Plays. Edited with Notes, by R. H. Shepherd. In-8', 550 p. cart. London (Chatto et W.). 7 fr- 50 Clément (P.). Histoire de Colbert et de son administration. Précédée d'une pré- face par M. A. Geffroy. 2 vol. in-8*, XX-1080 p. Paris (Didier et C*). 16 fr. Colonna Geccaldi (G.). Nouvelles ins- criptions grecques de Chypre. In-8*, 19 p. et pî. Paris (Franck). Confucius. Essai historique par un mis- sionnaire. In- 16, 128 p. Rome (imp. Polyglotte). Con-way (M. D.). TheSacred Anthology : a Book of Ethnical Scriptures. 2d Edit. In-S", 480 p. cart. London (Trùbner). 15 fr. Dauphin (H.). Quelques fragments d'une traduction en vers du second chant de l'Enéide. In-8% 20 p. Amiens (imp. Yvert). Delaporte (H.). Vie de Mahomet, d'après le Coran et les historiens arabes^ ^-8°, 272 p. Paris (Leroux). 10 fr. Die2(F.). Grammaire des langues romanes. y éd., refondue et augmentée. T. 2. Traduit par A. Morel-Fatio et G. Paris. In-8*, 460 p. Paris (Franck). 12 fr. Dodsley's Select Collection of Old Eng- iish Plays. 4th Edit., by W. C. Hazlitt. Vol. V. In-8*, 410 p. cart. London (Reeves et T.). 15 fr. 15 Elzas(El.). The Minor Prophets. Trans- lated from the Hebrew Text. Vol. 2. In-8* cart. London (Trûbner). 3 fr. 7J Fragment of a Samaritan Targum. With Introduction by J. W. Nutt. In-8° cart. London (Trùbner). 18 fr. 75 Furness (H. H.). Concordance toShaks- peare's Poems. Gr. in-8'' cart. London (Trùbner). 22 fr. 50 Lebas (H.) et V^addington (W. H.). Voyage en Grèce et en Asie-Mineure fait par ordre du gouvernement français pen- dant les années 1843 et 1844 et publié sous les auspices du ministère de l'instruc- tion publique, avec la coopération d'E. Landon, architecte. Gravure de Lemaître. 81* et 82e livraisons. Inscriptions. T. 2. Gr. in-4° à 2 col. 481-512 p. et 6 pi. Paris (Didot frères fils et C*). Philippi (A.). Der Areopag u. die Ephe- ten. Eine Untersuchg. zur athenischen Verfassungsgeschichte. In-8*, xx-367 s. Berlin (Weidmann). 10 fr. 75 Reynolds (J.). Catalogue Raisonné of the Engraved Works of Sir J. Reynolds. With Short Biographical Sketches of each Engraver. Gr. in-8* cart. London (Coinaghi). 13 fr. 1 j Sievers (E.). Paradigmen zur deutschen Grammalik. Gotisch, Altnordisch, Angel- saechsich, Altsaechsisch, Althochdeutsch, Mittelhochdeutsch. Zum Gebrauch bei Vorlesgn. zusammengestellt. In-4'', 5 s. mit 30 Taf. Halle (Buchh. d. Waisenh.). 4fr. Spencer (H.). Descriptive Sociology. N* 3. Div. I. In-fol. London (Williams et N.). 22 fr. $0 Veniero (S.). Relazione : ritornato da potestà di Verona. MDLXVIII. In-4*, 28 p. Venezia (Antonelli). Vielge"wandt's Sprucheu. Groa's Zau- bersang (Fiœlvinnsmal-Grongelder). Zwei Norraenische Gedichte der Saemunds-Edda kritisch dargestellt, ùbersetzt u. erkiaert v. F. W. Bergmann. In-8*, 186 s. Strassburg (Trùbner). 6 fr. "Walcott (M. E. C). Scoti Monasticon; the Ancient Church of Scotland : a His- tory of the Cathedrals etc. of Scotland. In-4* cart. London (Virtue). 52 fr. jo "Wasserschleben (H.). Die irische Ka- nonensammlung. In- 8°, xij-274 s. Gies- sen (Ricker). 8 fr. Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur. X* 2 Neuvième année. 9 Janvier 1875 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS. Secrétaire de la Rédaction : M. Stanislas Guyard. Prix d'abonnement : Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Étranger, le port en sus suivant le pays. PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 67, RUE RICHELIEU, 67 Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). MM. les Souscripteurs qui ne veulent pas éprouver de retard dans la réception de la Revue sont priés de renouveler de suite leur abonnement. Pour les départements, envoyer un mandat de poste au nom de M. F. Vieweg. ANNONCES iiiî^iïfii En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 67, rue de Richelieu. . ; "\ BIBLIOTHÈQUE DE l'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES 18^ ET 19e FASCICULES. Rn pr I A QT* FT V R T F ^^^^^ ^"'" ^^^ ^°^^^^ ^^ • LJ i-jt l_ijr\.i3 1 IL I rX 1 IL vicomtes de Limoges antérieurs à l'an 1000. 5 fr. A HA R MFr^TFrTFP '^'^^'^^ ^^ '^ formation des • UrYIviVl tliO i IL 1 ILlV mots composés dans la langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. 12 fr. CC^ Tj A O A TVT tr A T T ^''^S^^^ts d'un mystère proven- • V-< il A. t)/\ IN EL A.LJ cal découverts à Périgueux , ;publiés, traduits et annotés. Gr. in-8°. i fr. 50 PERIODIQUES. Revue de Tlnstruction publique (supérieure et moyenne) en Belgique. Nouv. série. T. XVIL 6^ livr. Un mot sur la question des humanités. — Un axiome de M. Jules Simon. — De quelques parisianismes populaires et d'autres locutions non encore ou mal expliquées (Ch. Nisard; ^^ suite). — Comptes- rendus. — Actes officiels. — Varia. The Academy, N" i ^7, new séries. The Greville Memoirs. A Journal of the Reigns of King George IV. and King William IV. By the late Charles C. F. Greville. Ed. by H. Reeve. London, Longmans and Co. (T. E. Kebbel : ces mémoires offrent un intérêt soutenu). — Gregorovius, Lucrezia Borgia. 2, Bde. Stuttgart, Cotta (M. Creighton : appréciation très-favorable). — Notes and News (on annonce pour paraître prochainement deux manuels, Pun sur la science du langage, l'autre sur la mythologie, d'après Max MùUer; une histoire de la famine en Asie-Mineure; M. Thibaut vient d'être nommé professeur de sanskrit à Bénarès). — Notes of Travel. — Boston Letter (T. S. Perry). — Corres- pondence. Shelley and Peter Finnerty (W. M. Rossetti). — An Allusion in « Hamlet » (Richard Simpson). — Menant, Annales des Rois d'Assyrie. Paris, Maisonneuve (A. H. Sayce : recommande chaudement cet ouvrage). — Univer- sities Commission Report. Vols. II and III (James S. Cotton). — The Washington Academy of Science (James C. Welling). — Notes and News (analyse du mémoire de M. Halévy sur les prétendus touraniens de la Babylonie). — Meetings of Societies (Soc. de philologie, d'anthropologie, de géographie). The Athenseum, N" 2460, 19 décembre. Tomlinson, The Sonnet : its Ori- gin, etc. Murray. — Blanc, L'art dans la parure. Paris, Renouard. — The last Journals of Livingstone. Ed. by Waller. 2 vols. Murray (2* article). — Spéci- mens of the Languages of India, including those of the Aboriginal Tribes of Bengal, the Central Provinces, and the Eastern Frontier. With a Préface by sir G. Campbell. Calcutta, Bengal Secrétariat Press (l'article dit que cet ouvrage est « un tissu de bévues »). — The Diary of H. M. The Shah of Persia. Transi, by Redhouse. Murray. (article développé), — Professor von Tischendorf (notice nécrol.). — Bishops and Curâtes in the Sixteenth Century. — Literary Gossip (on annonce que M. Fausbœll travaille à une édition, qui sera complète en cinq volumes, des Jâtakas bouddhiques; la traduction sera faite par M. Childers). — African exploration (exploration des bords occidentaux du lac Tanganyika par le lieut. Cameron). — Societies (Soc. royale, des arts, d'anthropologie). — La- croix (Bibliophile Jacob), Military and Religious Life in the Middle Ages and at the Period of the Renaissance. Chapman and Hall (art. très-favorable). — Miscellanea. Jéricho (Edward Peacock). — Glamour (Alexander J. Ellis). — Gower's Epitaph (J. W. Hales). Literarisches Centralblatt, N' 52, 26 décembre. An Unsere Léser. -- Verzeichniss der Mitarbeiter aus den Jahren 1850 bis 1874. — Ratzel, Die VorgeschichtedeseuropaeischenMenschen. Mùnchen, Oldenbourg. In-8*', 300 p. (ouvrage très-recommandable : forme le 1 1* vol. de la bibliothèque populaire des sciences naturelles). — Dimitz, Geschichte Krains. i. Th. Von der Urzeit bis zum Tode Kaiser Friedrich's III (i49?)- i- "• 2. Lief. Laibach, Kleinmayr u. Baraberg. In-S", p. 1-198 (ouvrage devant être pris en considération, bien qu'il ne soit pas très-scientifique). — Zwiedineck-Sùdenhorst, Fùrst Christian der Andere von Anhalt. Graz, Leuschner u. Lubensky. In-S", 84 p. — K^emmel, Johannes Hass. Dresden, Burdach. In-8°, 246 p. (bonne contribution à l'histoire de la Réforme). — Delbrûck, Vedische Chrestomathie (note favorable; on regrette seulement l'absence d'une esquisse de grammaire). — Hehn, Kultur- pflanzen und Hausthiere. 2. umgearb. Aufl. Berlin, Borntraeger. In-8% xij-jjj REVUE CRITIQ^UE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE N* 3 — 9 Janvier — 1875 Sommaire : 6. Delbruck, Chrestomathie védique. — 7. La Bible, tr. p. Reuss. — 8. Lampros, Des honneurs qu'on rendait aux fondateurs des cités grecques. — 9. De Vilhena, Les races historiques de la péninsule ibérique. — 10. Rœhricht, Contribution à l'histoire des Croisades, t. l. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions. 6. — Vedische Chrestomathie mit Anmerkungen und Glossar von B. Delbruck. Halle, Buchhandlung des Waisenhauses. 1874. i vol. in-S", 128 p. — Prix : 4 fr. La publication de la Chrestomathie védique de M. D. répond à un véritable besoin de l'enseignement. Nous savons par expérience combien il était difficile jusqu'à présent d'introduire dans un cours élémentaire l'explication du Rig-Veda. Après avoir traduit les quelques hymnes que renferme la Chrestomathie de M. Benfey, il fallait avoir immédiatement recours à l'édition complète de M. Aufrecht (ou à celle qu'a récemment publiée M. Max Mûller) et au diction- naire de Pétersbourg, c'est-à-dire à deux ouvrages qui ne pouvaient guère être, le second surtout, à la disposition de tous les étudiants. Grâce au secours qui nous vient si à propos de M. D., ils trouveront dans un livre d'un usage com- mode et d'un prix peu élevé la matière d'exercices qui pourront les mettre en état, non pas sans doute de comprendre le texte entier du Rig-Veda, mais au moins d'en aborder l'étude pour leur propre compte. La nouvelle Chrestomathie fournira en un mot, avec la partie védique de la Chrestomathie de M. Benfey dont elle ne reproduit qu'un seul morceau (l'hymne I, 48), un texte suffisant aux premières leçons du maître. Dans le choix des morceaux, l'auteur paraît s'être proposé surtout de faire connaître aux élèves les principales divinités du Rig-Veda, et de les leur faire connaître dans des hymnes offrant quelque intérêt littéraire. Il a cependant omis les Maruts qui ne figurent qu'accidentellement dans son recueil, particulièrement dans un hymne à Rudra (11,33). Peut-être aurait-on pu souhaiter en général l'introduction d'un plus grand nombre d'hymnes tout à fait faciles dans un livre naturellement destiné à des commençants. Le texte est très-correct. Nous n'avons relevé dans un examen à la vérité fort superficiel qu'un nombre insignifiant de fautes : une apostrophe indûment placée dewanl jahur (II, 24, 7), 'catru pour 'çatru (V, 2, 12), sânkâh pour sdnkâh (VI, 75, 5). Le seul défaut du texte que nous donne M. D., mais il est grave à nos yeux, c'est d'être transcrit en caractères romains. Autant nous approuvons pour les publications qui s'adressent aux savants l'usage de la transcription qui diminue les frais d'impression, et, ce qui n'est pas à dédaigner non plus, la fatigue de la vue, autant nous jugeons indispensable de maintenir XV 2 l8 REVUE CRITIQUE l'emploi des caractères indiens dans les livres destinés aux étudiants, La lecture courante de l'écriture Devanâgarî est trop difficile à apprendre et à retenir pour qu'il soit prudent de les en dispenser trop tôt. Il peut moins encore venir à la pensée d'un maître ayant quelque pratique de l'enseignement de les en dispenser dès l'abord, et de différer, sous le prétexte de ne pas rebuter des commençants, une étude qui est naturellement liée à celle de la première partie de la gram- maire, c'est-à-dire de PEuphonie. M. D. est probablement du même avis que nous là-dessus, et peut-être a-t-il dû reculer devant des difficultés d'impression. L'usage des caractères romains dans sa Chrestomathie n'en est pas moins regrettable. L'absence du Pada-pâtha, même sous la forme abrégée donnée dans l'édition de M. Aufrecht, se justifie mieux. Quoique l'euphonie des hymnes védiques, un peu plus arbitraire que celle des livres écrits en sanscrit classique^ offre des difficultés qui ne peuvent pas toujours être tranchées par la connaissance des règles, il n'est pas mauvais d'imposer à l'élève un effort de plus. Nous ne pourrons naturellement bien juger qu'^ l'user la valeur du glossaire adjoint à la Chrestomathie. M. D. lui a d'ailleurs donné pour base, comme il l'annonce dans sa préface, le dictionnaire de Pétersbourg, et la partie actuelle- ment publiée du lexique de M. Grassmann. Nous y avons remarqué l'absence du mot vâhishtha (V, 2$, 7). Les notes, placées au bas des pages, dans lesquelles l'auteur cite à l'occasion les traductions déjà données des hymnes, communique les faits et les idées nécessaires à leur intelligence, et enfin cherche à résoudre les difficuhés sérieuses qu'ils peuvent présenter, donnent naturellement, au moins celles du dernier ordre, plus de prise à la critique. Nous serons pourtant très-sobre d'observa- tions sur ce sujet, parce que le travail de M. D., exécuté avec une parfaite compétence, et un soin scrupuleux, ne nous laisse guère à relever d'erreurs évidentes, et que la discussion de tous les points qui peuvent donner matière à controverse nous entraînerait beaucoup trop loin. Il lui a échappé pourtant en proposant pour le vers II, 23, 16 la réunion des deux mots abhl drnhâs d'écrire abhidruhàh sans songer que l'accent ne tomberait pas alors sur la désinence (cf. abhldràhe, II, 27, 16). Les corrections qu'il propose pour plusieurs autres passages du texte sont nécessairement hypothé- tiques, mais de plus, la nécessité ou même l'utilité n'en est pas toujours bien démontrée. En pareil cas, la hardiesse du critique ne vient quelquefois que d'une timidité excessive du grammairien ou du traducteur. Ainsi il propose de substi- tuer dans le vers i , 48, 14 ydt (conjonction) à yé, et dans le vers V, i , 9 eîi à eshi, faute d'avoir voulu reconnaître dans ces deux passages une construction hardie du pronom relatif sans antécédent exprimé, ni facile à sous-entendre dans la proposition principale, construction dont il a cependant signalé lui-même dans un autre ouvrage {Der Gebrauch des Conjuncîivs und Optativs, p. 49) un exemple emprunté au sanscrit classique. Le relatif nous semble avoir dans une construc- tion de ce genre un sens indéfini analogue à celui du latin quicumque : « Quelques » Rishis anciens qui t'aient invoquée (mais dans le sens de comme, et non de d'histoire et de littérature. 19 )) quoique), agrée nos louanges, etc. « et « A quelque homme que tu sois » apparu dans toute ta beauté, aussitôt ô Agni tu surpasses les autres (feux pour )) cet homme » cf. 1,59, i)'. Ailleurs c'est le traducteur qui nous semble avoir été trop timide. Ainsi dans le vers IV, 56, 2 M. D. ne propose sans doute de réunir en un seul les deux mots pdri dhydyâ qu'à cause de l'étrangeté apparente du sens : « ils ont fait un char de (en le tirant de) leur esprit » (mânasas pàri). Nous croyons cependant cette traduction très-admissible, parce que le char fait par les Ribhus, conçus comme d'anciens sacrificateurs, nous semble être la prière avec laquelle ils amènent les dieux sur l'autel. M. D. nous paraît avoir abusé de l'interprétation pittoresque à propos du vers V^ 2, 4 où il propose pour pâlikmr id yuvaîdyo bhavanti la traduction : <( Les jeunes deviennent vieilles » ce qui signifierait selon lui que les deux morceaux de bois avec lesquels on allume Agni deviennent gris de fumée. Mais le pluriel semble bien indiquer que les mères d'Agni dont il s'agit ici sont, non les deux morceaux de bois qui servent à l'allumer sur l'autel, mais les eaux au sein desquelles il naît dans l'atmosphère, et nous traduirions plutôt le passage en question : « Les vieilles deviennent jeunes. » Agni rajeunit ici ses mères comme ailleurs il les engendre. — L'idée que la prière à Varuna qui forme l'hymne VII, 89 est adressée à ce dieu par un hydropique peut sembler ingé- nieuse. Mais il paraît pourtant bien naturel de laisser un sens moral à ce vers : « La soif lia cupidité) s'est emparée de ton chantre alors qu'il était au milieu » des eaux, » placé entre deux autres où le dévot confesse ses péchés. Quant à la comparaison : « Je vais bondissant (plutôt que tremblant), en quelque sorte, » comme une outre enflée, » toute bizarre qu'elle est, ne peut-elle convenir à la marche désordonnée du pécheur qui a quitté le droit chemin .>* — Le vers X, 14, 16 dont M. D. trouve la première moitié obscure nous paraît signifier : « Il vole (va) par les trois coupes (les trois mondes) : les six terres (ou plutôt » les six mondes, trois ciels et trois terres) et le grand unique (le septième » monde), la trshtubh, la gâyaîfi, les mètres, toutes choses sont comprises en » Yama. » Sur les six mondes et le septième monde qui est le monde du mystère, « la place cachée de la vache ou de l'oiseau, » on peut comparer les vers I, 164, 6 et VIII, 41, 9. — M, D., d'après le sens qu'il donne à la racine sphnr dans son glossaire pour le vers 9 de l'hymne sur les dés (X, 34), en com- prend le premier pâda, comme l'a traduit M. Muir, c'est-à-dire à peu près ainsi : « Ils roulent en bas et bondissent en haut. » Or le reste du vers ne con- tient que des jeux d'esprit sous forme de paradoxes : « Étant sans mains ils » triomphent de celui qui a des mains; charbons divins jetés dans la fosse » (où l'on fait rouler les dés, le mot signifie aussi source), quoique froids ils » brûlent le cœur. » Il nous semble naturel de chercher un paradoxe du même genre dans le premier pâda, et l'on voit par ceux que nous venons de traduire qu'il n'est pas indispensable d'en trouver un d'un goût bien délicat. La racine sphuT « bondir » paraît signifier activement « bondir sur, écraser « dans un passage où il est question de la victoire d'Indra sur les démons (II, 12, 12) et surtout dans un autre où elle est accompagnée de l'instrumental padà « avec le 20 REVUE CRITIQUE » pied » (I, 84, 8). Nous croyons donc que le passage en question signifie : « ils roulent en bas (dans la fosse), ils écrasent en haut (le joueur), n Là ne se bornent pas les discussions que nous pourrions entamer à propos soit des notes de M. D., soit de son glossaire. Mais il ne nous est naturellement pas permis de prendre occasion d'une Chrestomathie pour soulever toutes les questions auxquelles peut donner lieu l'interprétation des morceaux qu'elle ren- ferme, et il ne nous reste qu'à renouveler nos remerciements à l'auteur pour le livre dont il vient d'enrichir notre bibliothèque scolaire. Abel Bergaigne. 7. — La Bible; traduction nouvelle avec introductions et commentaires, par Edouard Reuss, professeur à l'Université de Strasbourg. — Préface et introduction générale. — Paris, Sandoz et Fischbacher. 1874. In-8*, 64 p. — Prix : 1 fr. 25 ^. C'est avec une vraie satisfaction que nous annonçons aujourd'hui le premier fascicule d'une publication longtemps attendue et vivement désirée. Tous ceux qui, en France, se préoccupent d'études bibliques ou s'intéressent aux résultats de la critique historique appliquée aux livres de l'Ancien et du Nouveau Testa- ment, savaient que M. le professeur Reuss, de Strasbourg, avait consacré une partie de sa vie si laborieuse à une traduction française de la Bible; ils savaient aussi que cette traduction devait être accompagnée d'introductions, de commen- taires, de notes, en un mot de tout ce qui peut contribuer à faciliter l'intelli- gence des livres sacrés du peuple hébreu et de la littérature primitive du christianisme. Le nom de l'auteur disait assez comment la tâche serait conçue et exécutée. Le savant professeur qui avait écrit l'Histoire de la théologie chrétienne au siècle apostolique 2 et l'Histoire du canon des Ecritures saintes dans l'Eglise chré- tienne 5, ne pouvait produire qu'une œuvre sévèrement scientifique, exclusive de toutes préoccupations ecclésiastiques ou dogmatiques. Un travail de ce genre était devenu, pour notre public lettré, d'une néces- sité absolue. Non pas que les traductions de la Bible en langue française fassent défaut; nous en avons beaucoup, quelques-unes même dignes d'éloges : par exemple, les versions de l'Ancien Testament dont nous sommes redevables à Perret-Gentil et à M. le professeur Segond4, de Genève, peuvent supporter la comparaison avec tous les travaux analogues publiés à l'étranger. Mais ces traductions ne présentent qu'un texte nu, sans notes ni commentaires. Ce qui nous manque, ce qui constitue la lacune que va combler la publication de M. Reuss, c'est un exposé, joint à la traduction de chaque livre, des grands résultats obtenus depuis trois quarts de siècle par la critique et l'exégèse biblique. A quelle époque fut écrite telle partie de la Bible ? Par quel auteur .? 1. Le prix de l'ouvrage complet ne dépassera guère la somme de 100 francs pour les souscripteurs. 2. 3* édition. Strasbourg, 1864, 2 vol. in-S». 3. 2' édition. Strasbourg, 1864, 1 vol. in-8°. 4. Genève, 1873. 2 vol. in-8*. d'histoire et de littérature. 21 Quelle en est la valeur historique ? Dans quel rapport se trouve tel livre avec tel autre ? Quelle est l'interprétation scientifique de tel ouvrage controversé ? Autant de questions que se pose à chaque instant le lecteur intelligent et qu'il ne peut guère résoudre avec les seules ressources de notre littérature. Dès aujourd'hui nous sommes en mesure d'affirmer que bientôt, grâce à la Bible de M. Reuss, la patrie des Bochart, des Cappel et des Richard Simon, fondateurs de la science biblique, sera en possession d'un véritable Bibelwerk et n'aura plus rien à envier sous ce rapport aux autres pays. Nous n'avons encore sous les yeux que le premier fascicule de ce grand ouvrage qui se composera de I2à 1 5 volumes in-8°. L'auteur y expose à grands traits l'histoire du recueil sacré et la manière dont il entend le présenter aux lecteurs français. Dès les premières pages, on se sent en face d'un des maîtres de la science, mais cet exposé, ou plutôt ce programme, est conçu en termes généraux qui ne laissent guère prise à une critique de détail. Une véritable appréciation de la méthode suivie par l'auteur ne sera possible que lorsque plusieurs livres auront été publiés. Tout ce que nous avons à faire en atten- dant, c'est de signaler la classification nouvelle à laquelle M. Reuss a soumis les livres bibliques, classification beaucoup plus rationnelle que celle qui est vulgairement adoptée. Les diverses parties de l'Ancien et du Nouveau Testa- ment seront rangées dans l'ordre suivant : I. Ancien Testament. I. Résumé de l'histoire des Israélites depuis la conquête de la Palestine jusqu'à l'Exil (Livres des Juges, de Samuel et des Rois). — IL Les Prophètes (d'après l'ordre chronologique). — IIL L'histoire sainte et la loi (Pen- tateuque et Josué). — IV. Chronique ecclésiastique de Jérusalem (Chroniques, Esdras, Néhémie). — V. Poésie lyrique (Psaumes, Lamentations, Cantique). — Vl. Poésie didactique, philosophique, morale (Job, Proverbes, Jonas, Ecclésiaste, Tobie, Ecclésiastique, Sapience). — VII. Littérature politique et polémique (Ruth, Daniel, Esther, Baruch, Judith). II. Nouveau Testament. I. L'histoire évangélique (Synopse des trois premiers évangiles). — II. L'histoire apostolique (Actes des Apôtres). — III. Les épîtres pauliniennes. — IV. L'Apocalypse. — V. Les épîtres aux Hébreux, de Jacques, de Pierre et de Jude. — VL La théologie johannique (Évangile et Épîtres). Au seul examen de ce plan, tout lecteur un peu au courant de l'état actuel des questions bibliques pourra entrevoir les principaux résultats critiques aux- quels l'auteur a été conduit par ses études. Nous nous croyons autorisé à ajouter que certaines conclusions défendues par M. Reuss au sujet de l'histoire du peuple hébreu seront nouvelles pour ceux-là mêmes qui se consacrent spéciale- ment à cette branche de la science. A. Carrière. 8. — De conditorum coloniarum Greecarum indole prsemiisque et hono- ribus. Dissertatio inauguralis historica quam scripsit Spyridion P. Lampros, epirota. Lipsiae. 1873. In-8* (en grec). — Prix : 2 fr. Cette dissertation ne mérite pas de retenir longtemps la critique ; c'est un 22 REVUE CRITIQUE devoir d'élève. Le plan en est clair; les faits connus y sont distribués avec ordre, mais elle ne contient ni un fait nouveau, ni une idée qui soit personnelle à l'auteur. Nulle part celui-ci n'a essayé d'indiquer à quel fonds d'idées primi- tives et d'antiques croyances religieuses se rattachaient les honneurs rendus aux fondateurs des cités; nous le renvoyons à un excellent chapitre de M. Fustel de Coulanges, dans la Cité antique; c'est le cinquième du livre III. 9. — As Raças historicas da peninsula iberica e a sua influencia no direito portuguez por Julio de Vilhena. Coimbra. 1873. Impr. da Universidade. In-8°, 141p. Cet opuscule a principalement pour but de combattre la théorie de M. Th. Braga, qui attribue dans la formation de la nationalité portugaise et notamment dans le développement du droit une part prépondérante à l'élément germanique et « mosarabe », Nous avons dit ici même tout ce qu'il y avait en effet d'exagéré et parfois de hasardé dans le système de l'ingénieux historien de la littérature portugaise. Malheureusement M. de Vilhena, qui signale sans ménage- ment les brillants défauts de son adversaire, est loin d'être exempt de torts en partie identiques, en partie plus graves encore. Les deux écrivains parlent trop doctoralement, d'après des ouvrages de seconde main, de choses qu'ils connais- sent fort mal; chez l'un et chez l'autre, l'esprit de système nuit d'ailleurs à la juste appréciation des faits. Dans le ch. I, après avoir parlé en général de M. Braga, M. de V. le réfute en ce qui touche son assertion la plus risquée, à savoir que les Romains auraient conquis et administré, mais non assimilé l'Espagne. Ici il a pleinement raison, mais les textes sur lesquels il s'appuie, et qui sont cités sans méthode, auraient pu être très-augmentés et rapportés plus exactement. Le ch. II traite des habitants primitifs de l'Espagne; il est excessivement faible. L'auteur se figure être au courant des travaux et des résultats de la lin- guistique moderne, parce qu'il accumule les citations empruntées à des ouvrages — généralement à des ouvrages de vulgarisation ~ de la valeur la plus inégale. Chaque page pourrait servir de texte à un commentaire rectificatif aussi long que fastidieux. Bornons-nous à dire que M. de V. rattache les Ibères à la famille aryenne, répète, d'après je ne sais quel compilateur belge, les rêve- ries qu'on croyait à jamais oubliées sur la proche parenté des Celtes et des Mèdes et la séparation des Mages d'avec les Druides, prouve (p. 40) la parenté du latin avec l'allemand par les mots Bischof, Kopf, Pfund et Pfeffer, etc. , etc. Ce chapitre serait simplement à rayer si l'auteur n'appuyait pas la suite de la démonstration sur l'origine aryenne des Ibères, qui explique, d'après lui, leur fusion prompte et facile avec les Romains. Le ch. III traite de l'influence des Allemands non pas sur la race portugaise (car ce côté de la question n'est pas même abordé), mais sur le droit portugais. M. Braga a peut-être exagéré cette influence; M. de V. la restreint au-delà de toutes limites raisonnables. Ainsi quand il veut prouver que les cojurateurs, le d'histoire et de littérature. a 5 combat judiciaire et le wergeld ne sont pas des institutions d'origine germani- que, il a recours aux raisonnements les plus vains. Le serment se retrouvant dans la législation romaine, les cojurateurs peuvent bien, d'après lui, en provenir; mais ce qui fait des cojurateurs une institution si originale, c'est qu'ils jurent non pour eux, mais pour un autre, non pour attester un fait qu'ils connaissent, mais pour ajouter à l'affirmation d'un tiers le poids de leur autorité ' . — De même le duel de David et de Goliath, le combat des Horaces et des Curiaces, ne prouvent aucunement que le combat judiciaire ait existé ailleurs que chez les Germains, non plus que des rapprochements avec l'Inde ou la Grèce ne prouvent que les épreuves judiciaires proviennent du droit romain. — L'idée la plus bizarre de M. de V. est de voir dans le vi'ergeld, ce trait si spécial et si caracté- ristique des lois barbares, le produit de l'influence du christianisme et de l'Église sur la législation romaine ! — On voit combien cette argumentation est systé- matique et superficielle. Le ch. IV est consacré à une appréciation du moyen-âge, que l'auteur ne veut considérer ni comme un recul, ni comme un arrêt, ni comme une crise dans le « développement de l'humanité », et qui, d'après lui, n'est qu'une phase normale de l'évolution continue. Au point de vue juridique notamment, l'auteur montre que les plus anciennes ordonnances des rois de Portugal sont empreintes de l'esprit du droit romain et en reproduisent parfois littéralement la disposition. Mais il ne voit pas que le droit royal, appuyé, en Portugal comme ailleurs, sur la législation romaine, est en grande partie une innovation et même une réaction contre la période précédente. Il laisse presque entièrement de côté les chartes de commune (Joraes) sur lesquelles M. Braga s'était surtout appuyé, et qui présentent un caractère bien différent des constitutions faites par les rois. Avec de bonnes parties, ce chapitre est donc loin d'être complet et conforme à la vérité. Enfin, dans le ch. V, l'auteur parle des Arabes, et montre sans grande diffi- culté que leur domination, toute-puissante à la surface, n'a pas jeté de racines dans le sol national, que leurs institutions juridiques et sociales, par exemple, n'ont exercé aucune influence sur celles des vaincus. Il conclut que, malgré les inva- sions des Carthaginois, des Allemands et des Arabes, la race ibérique, aryenne d'origine et complètement romanisée, est restée romaine dans tous ses traits essentiels. Malgré ses nombreux défauts, cet ouvrage contient, comme on le voit, une part notable de vrai. L'auteur, comme beaucoup d'autres aujourd'hui, aime à s'emplir la bouche des grands mots de «science moderne», «critique moderne», «philosophie de l'histoire», «anthropologiescientifique», etc., et passe beaucoup trop de temps à proclamer solennellement un programme qui est ensuite bien maigrement réalisé. La science et la critique « modernes », comme celles de 1. Autre chose est de savoir si M. Braga, dont je n'ai pas le livre sous la main, a eu raison de retrouver des cojurateurs dans le droit portugais du moyen-âge. Il est sou- vent arrivé qu'on a confondu l'institution des cojuratorcs avec celle du jury, absolument différente. 24 REVUE CRITIQUE tous les temps, reposent sur quelques principes bien simples, qui ne prêtent pas aux belles phrases, mais qui doivent toujours être présents à l'esprit de ceux qui prétendent travailler dans le grand atelier scientifique : ne pas aborder un sujet sans avoir essayé de connaître tout ce qui s'y rapporte ; — ne jamais avancer un fait sans s'être assuré s'il est exact, dans quelle mesure il est certain et sous quelle forme précise on le connaît; — ne jamais tirer des faits que les conclusions qui en ressortent naturellement, etc. M. de Vilhena, qui paraît avoir un esprit judicieux et le goût du travail, pourra, en se conformant plus strictement à ces règles, rendre de grands services à l'histoire de son pays. G. P. 10. — R. Rœhricht. Beitrœge zur Geschichte der Kreuzzûge. I Bd. In-8*, x-346 p. Berlin, Weidmann. 1874. — Prix : 10 fr, 75. Depuis les grands ouvrages de Michaud et de Wilken, l'Histoire des Croisades n'a été l'objet de presque aucun travail important. L'histoire de la première croisade par Sybel est un essai tout à fait isolé; essai de jeunesse d'ailleurs, et qui ne satisfait pas les exigences actuelles de la science. Le peu d'empressement qu'on a mis à étudier des événements aussi considérables s'explique par ce fait que les orientalistes sont d'ordinaire peu versés dans la connaissance des docu- ments historiques du moyen-âge occidental ; et que les médiévistes de leur côté sont le plus souvent incapables de consulter directement les sources arabes. Celles-ci d'ailleurs sont encore en majeure partie inédites; la collection française des historiens orientaux des croisades procède nécessairement à ses publications avec une grande lenteur, et son plan l'oblige à commencer par rééditer des œuvres dont nous possédons déjà non-seulement le texte, mais parfois même la traduction. Dans de telles conditions, les travaux de longue haleine sur les croi- sades sont.presque impossibles. On doit se contenter d'élucider des points de détail dans l'intérêt des historiens de l'avenir. C'est là le but que se propose M. R. Rœhricht dans ses Beiîr£ge zur Geschichte der Kreuzziïge, dont le premier volume vient de paraître. Il s'ouvre par un essai sur la croisade de Frédéric H. Bien que M. R. ne paraisse pas connaître lui- même l'arabe, il a pu, grâce au concours de savants orientaHstes, contrôler et compléter les unes par les autres les sources occidentales et les sources orien- tales. Aussi nous donne-t-il un récit beaucoup plus complet que ceux que nous possédions jusqu'ici sur les négociations de l'empereur avec le sultan Al-Kâmil, et nous fait-il parfaitement comprendre comment les querelles d'Al-Kâmil avec son frère Al-Moazzam et son neveu Al-Nazir l'ont amené à consentir à la cession de Jérusalem. La qualité qui distingue le travail de M. A. est une précision rigoureuse. Il n'avance pas une assertion qui ne soit appuyée par un renvoi aux sources et souvent même expliquée par des notes assez développées et toujours très-instructives. Rapide, net, lumineux, son récit est néanmoins complet jusqu'à la minutie. d'histoire et de littérature. 2) Au premier abord M. R. semble s'être borné au rôle de narrateur et s'être abstenu de toute appréciation et de toute idée générale. Mais on découvre bientôt sous cette apparente objectivité une thèse soutenue avec habileté et avec passion. M. R. est convaincu que Frédéric II n'a différé son départ pour la Terre-Sainte de 121 5 à 1228 que pour les motifs les plus légitimes, que la conduite de Gré- goire IX envers lui a été un tissu de mensonges et d'iniquités, et que l'empereur avait mérité par son expédition et son traité avec Al-Kâmil la reconnaissance et l'admiration de la chrétienté. Si l'on devait juger les événements historiques d'après nos idées contemporaines, l'opinion de M. R, serait parfaitement justifiée. Frédéric II avait de très-bonnes raisons pour ne pas s'en aller en Terre-Sainte et ne pas sacrifier pour une expédition probablement inutile la tranquillité de ses Etats et sa propre santé; il a montré une intelligence supérieure en ne cherchant pas à rien arracher aux infidèles par les armes, mais en profitant de leurs dissen- sions intestines pour obtenir par la voie sûre de la diplomatie ce que la violence n'aurait peut-être pas réussi à conquérir. Enfin Grégoire IX a lancé contre Fré- déric des accusations certainement calomnieuses et peut-être consciemment mensongères. Mais tout cela ne suffit pas à légitimiter le jugement de M. R. — Au point de vue moral du xiii® siècle, Frédéric II était coupable, et c'était le pape qui représentait la vérité et la justice. Le devoir de Frédéric II était de sacrifier et son royaume et sa personne à l'accomplissement de son vœu : c'est ainsi qu'agit S. Louis. Les négociations amicales de Frédéric avec Al-Kâmil étaient des sacrilèges aux yeux des vrais chrétiens, et le traité par lequel l'em- pereur laissait aux musulmans non-seulement la presque totalité de la Palestine, mais deux mosquées dans la ville sainte, était une trahison des intérêts de la foi '. M. R. objecte que d'autres traités ont été conclus avec les musulmans sans que l'Eglise s'en soit indignée. Sans doute; mais ces traités suivaient des batailles et n'étaient que la ratification de ce qu'avaient décidé les armes; tandis que Frédéric traitait sans avoir combattu. M. R. dit avec beaucoup de justesse (p. 11) que l'empereur n'avait point fait une croisade, mais une négociation diplomatique appuyée par une démonstration militaire. Il a donné en cela une preuve de la supériorité de son esprit sur celui des hommes de son temps; mais vouloir que les contemporains approuvassent cette manière d'agir, c'est ne pas comprendre les mœurs et les idées de l'époque. C'est un malheur pour un chef d'Etat d'être trop supérieur par l'intelligence au temps dans lequel il vit ; il se trouve comme dépaysé,, dépourvu de règle fixe et de but pratique. C'est la raison pour laquelle, malgré ses hautes capacités, Frédéric II s'est montré durant tout son règne in- décis, faible et finalement impuissant. S. Louis^ au contraire, quilui était intel- lectuellement inférieur et qui partageait tous les préjugés de ses contemporains, a eu un règne fécond et utile. Il était venu à l'heure propice, dans le milieu pour lequel il était fait, tandis que Frédéric II était en avance de plusieurs siècles I . M. R. a eu le tort de raconter en' bloc les négociations de Frédéric avec Al-Kâmil après le récit de l'excommunication lancée par Grégoire IX. Ces négociations commencées avant la maladie et rexcommunication de l'empereur expliquent en partie l'indignation du pape. 26 REVUE CRITIQUE sur ceux qui l'entouraient. Il ne pouvait qu'inspirer de l'iiorreur aux croyants; quant aux armes employées contre lui, aux mensonges, aux calomnies dont on l'accablait, qu'importait aux yeux des hommes de ce temps ? Frédéric à son tour employait les mêmes armes contre le pape. Dans ces temps violents et troublés, on croyait tout possible de la part d'un ennemi, et l'on ne distinguait pas entre le possible et le réel. Il suffit pour s'en convaincre de lire les écrits des papes et des empereurs pendant leur grande lutte. On ne peut les juger d'après les mêmes règles morales que nous appliquons à nos contemporains. M. R, donne une preuve bien frappante de sa partialité en faveur de Fré- déric II, Quand l'empereur, poursuivi par les anathèmes du pape et du patriarche Gerold, se rembarqua pour l'Italie, il ordonna à tous les croisés de le suivre, au grand désespoir et à la grande indignation des chrétiens de Palestine. M. R. trouve leurs plaintes illégitimes et la conduite de Frédéric pleine de sagesse, car il savait par expérience que les chrétiens ne respectaient les traités avec les musulmans que quand ils étaient trop faibles pour les violer. C'était dans leur propre intérêt et pour leur conserver Jérusalem qu'il leur enlevait le plus grand nombre possible de troupes (p. 46). Même en admettant que ce fût là le motif de la conduite de l'empereur, on ne pouvait vraiment exiger que les habitants de la Palestine comprissent l'excellence de ces raisons. Il est d'ailleurs bien plus vraisemblable de croire que Frédéric a cédé à son ressentiment, qu'il ne tenait pas à rien faire pour les chrétiens de Syrie, qu'il voulait les affaiblir pour les empêcher de troubler ses relations amicales avec Al-Kâmil et de contrarier ses projets de traité de commerce avec le sultan. S'il faut en croire les historiens orientaux, il n'aurait réclamé la cession de Jérusalem que pour pouvoir retourner la tête haute parmi les princes d'Europe. Il est peu probable qu'il ait exprimé explicitement sa pensée à ce sujet, mais les musulmans comme les chrétiens l'ont comprise, et c'en est assez pour expliquer les colères qu'il a soulevées. M. R. croit que néanmoins la croisade de Frédéric a produit une impression grandiose sur une partie des contemporains, que les âmes naïves ont trouvé merveilleuse cette expédition de dix mois qui avait rendu sans coup férir à la chrétienté la ville sainte, perdue depuis quarante et un ans. Ce fait serait devenu dans l'imagination populaire le point de départ de légendes où le souvenir de l'empereur est resté comme celui d'un héros de la foi. M. R. rappelle à ce sujet les poétiques paroles consacrées par Jean de Winterthur à Frédéric II, réforma- teur de l'Eglise et sauveur de l'empire. M. R. oublie d'ajouter que le moine franciscain traite cette légende de « magna dementia et fatuitas, » et l'on a prouvé que la légende de Frédéric a pour unique base le double fait qu'il a passé pour l'antéchrist et qu'il était considéré comme le dernier empereur. Le De Vita Antechrisîi d'Adson a été l'origine de tous ces récits, et l'admiration des contem- porains de Frédéric II n'y est entrée pour rien '. I. Voy. un art. de M. Riezier, Zur deutschen Kaisersage, dans l'Historische Zeitschrift de Sybel. 1874. 3'fasc. p.6^ M. Rœhricht, citant les paroles du chroniqueur thuringien Rothe qui annonça pour la fin des temps la venue d'un puissant empereur qui établira la paix parmi les princes et s'appellera Frédéric « umbe fredis willen, den her machit », d'histoire et de littérature. 27 A la suite de l'essai sur la croisade de Frédéric II, M. R. donne en appendice la traduction allemande d'extraits des auteurs arabes, empruntés à Amari, Biblio- îheca arabo-sicula, et de deux passages de Makrisi; 2 1 des fragments d'Amadi et de Florio Bustron, et une note sur la légende de l'arbre desséché auquel Frédéric suspend son bouclier et qui alors reverdit et porte des fruits. Le second essai a pour sujet la lutte de Saladin avec les chrétiens en 1 187 et 1 1 88. C'est un récit détaillé des événements arrivés depuis la rupture de la trêve de II 87 par Renaud de Chatillon jusqu'au siège d'Acre par Gui de Lusignan en août 1 189. La bataille de Hattin (^-4 juillet 1 187) qui anéantit en deux jours de combat la puissance militaire des chrétiens de Palestine et la prise de Jéru- salem par Saladin forment naturellement la partie la plus importante du travail. Mais ces faits étaient déjà suffisamment connus. M. R. a seulement mis en lumière, mieux encore qu'on ne l'avait fait jusqu'ici, la magnanimité de Saladin envers les habitants de Jérusalem, magnanimité d'autant plus frappante qu'elle contraste avec la férocité dont il fit preuve après la bataille de Hattin. M. R. nous raconte aussi avec la plus minutieuse exactitude la campagne faite par Saladin contre tous les châteaux-forts de la Syrie. Il montre la même rigueur de méthode et de preuves que dans son premier essai. Il lui échappe cependant aussi, mais bien plus rarement, de juger les personnages d'après les idées modernes et non d'après celles de leur temps. Il s'étonne que Renaud de Chatillon qui viola la trêve de 11 87, en pillant une caravane musulmane, ait été loué par certains chroniqueurs et même vénéré comme un saint, après qu'il eût été tué par Saladin (p. 175, n. 68). Rompre une trêve conclue avec des infidèles ne paraissait point un crime aux yeux des chrétiens du xii* s.^ et Renaud était mort martyr de sa foi, puisque Saladin lui avait offert la vie sauve s'il voulait embrasser l'islamisme. L'appendice du 2^ essai contient deux fragments d'Ibn-Khallikan tirés de la traduction anglaise par M. de Slane et une lettre de l'évêque Guillaume (nous ne savons quel était son évêché) sur la ruine de Jérusalem. Cette lettre, fort curieuse, signalée par M. Riant (de Haymaro monacho, p. 33) d'après un ms. de Copenhague, est donnée en entier d'après l'original conservé à Leipzig. G. M. II. Les 128 dernières pages du volume de M. R., en ne comptant pas un court index géographique, sont occupées par un long et intéressant extrait de l'histoire d'Alep, de Kémâl-Eddin, traduit en français par le baron Silvestre de Sacy, et publié pour la première fois. Il s'agit ici d'un travail de la jeunesse de notre grand orientaliste, travail qu'il entreprit à la demande d'un savant bénédictin de l'abbaye de Saint- G ermain-des- Prés, dom Berthereau, et dont il confia plus tard le manuscrit à Frédéric Wilken, qui l'a mis à contribution dans sa grande histoire des croisades. L'ouvrage de Kémâl-Eddin (Abou-Hafs Omar) est une des chro- niques arabes qui renferment le plus de renseignements neufs et curieux sur l'époque des croisades, et notamment sur la principauté d'Antioche et les comtés dit que ces paroles méritent d'être rappelées dans l'état actuel de l'Allemagne. Est-ce parce que le prince royal s'appelle Frédéric^ On sourit de rencontrer de pareilles puérilités dans un ouvrage sérieux. 28 REVUE CRITIQUE d'Edesse et de Tripoli, que leur position mettait plus directement en contact avec les souverains d'Alep. L'auteur parle souvent en témoin oculaire ou d'après des témoins oculaires, et pour les faits relatifs aux premières croisades il a, en général, puisé aux meilleures sources. Il était né en l'an de l'hégire $88 (1192 de J.-C), dans la ville d'Alep, oii son père, son aïeul et son bisaïeul avaient été revêtus de la dignité de kadhi; il fut lui-même employé soit dans l'enseignement, soit dans diverses négociations, et mourut au Caire, où l'invasion des Mongols l'avait obligé de chercher un refuge, en 660 (1261). Comme l'a dit S. de Sacy, l'histoire d'Alep « est une des meilleures histoires particulières composées par » les Musulmans; et nous ne craignons pas d'assurer que, parmi les historiens » orientaux, Kémâl-Eddin est un de ceux dont l'ouvrage mériteroit le mieux de » voir le jour'. » L'extrait traduit par S. de S. commence avec l'année 488 de l'hégire (1095 de J.-C.) et avec le récit de l'expédition de Tadj-Eddaulah Toutouch, prince seldjoukide de la Syrie, contre son neveu le sultan Barkiarok. Il finit à la mort de l'atabek Nour-Eddin (i $ mai 1 174), et comprend ainsi un espace d'environ quatre-vingts ans. Le commencement de cet extrait correspond à peu près à un morceau publié, il y a vingt ans, par l'auteur de la présente note, qui n'avait pas eu connaissance du travail de son illustre devancier 2. La traduction faite par nous s'arrête à la mort de Tancrède ; sur quelques points elle est plus complète que celle de S. de S., dans d'autres endroits elle donne un sens différent, et M. R. a eu soin de signaler la plupart de ces divergences. Il a reproduit aussi en tout ou en partie un assez grand nombre de nos notes, en les faisant suivre du nom ou de l'initiale de l'auteur. Il est à regretter que le savant allemand n'ait pu recourir à l'original arabe, pour corriger et compléter la traduction de S. de S. Car dans un assez grand nombre de passages ce travail ne peut être considéré que comme une ébauche, et il nous paraît très-probable que l'auteur n'a pas relu son manuscrit, ou du moins ne l'a pas soumis à une dernière révi- sion. De plus, quoique l'écriture de S. de S., même vers la fin de sa longue et laborieuse carrière, fût très-nette et très-facile à lire, M. R. n'est point toujours parvenu à la transcrire exactement. C'est ainsi qu'il a imprimé (p. 214) que les habitants d'Apamée députèrent en Egypte pour demander au gouverneur un calife fatimite, au lieu de : demander un gouverneur au calife; qu'il fait émettre par un des chefs musulmans confédérés contre les croisés, à Antioche, cet avis qu'on les mît enfermés dans Antioche, au lieu de qu'on les tînt (p. 224). Ailleurs (p. 246) le moueddin (crieur chargé d'appeler les fidèles à la prière) d'Ezaz est transformé en Mouin-ed-din; souffrirez-vous, en suffirez-vous (p. 2 50); le nom propre Amina, en celui d'Anna, et cela à deux reprises différentes (p. 229 et 250); la grande (citadelle d'Alep), en la garde (p. 251); le taux (des impôts), en temps (p. 263); il n'éprouva point de soulagement, en il n'aprouva (sic) point son logement (p. 271), etc. 1 . Notice des manuscrits de D. Berthereau (extraite du Magasin encyclopédique), p. 1 3. Cf. la Biographie universelle, t. XXII, p. 284. 2. Récit de la première croisade et. des quatorze années suivantes, etc., dans les Mémoires d'histoire orientale, etc., par M. C. Defremery, Paris, F. Didot, 1854, p. 3J à 6j. d'histoire et de littérature. 29 Je vais indiquer maintenant une partie des changements dont la traduction me paraît susceptible. En donnant à ces observations une plus grande extension, j'aurais craint de fatiguer la patience du lecteur. Mais si l'éditeur continue son recueil et qu'il veuille y insérer des additions et corrections pour le morceau emprunté à l'histoire d'Alep, je suis tout disposé à lui communiquer des remar- ques qui n'ont pas trouvé place dans les pages suivantes. Page 212, les mots Djénah-Eddaulah ont été oubliés devant le nom propre Hosein, et le mot fils entre Behrâm et de Toutousch. Même page, au lieu de : jusqu'au moment où Tadj-Eddoula s'étant rendu maître de Rey, ils vinrent ensemble le trouver dans cette ville, le texte arabe dit : jusqu'à ce qu'il se mît en marche vers Rey et qu'ils l'accompagnassent dans cette expédition {ila an sâra ila'rreyyi fésârâ maahou). Page 2 1 3 il faut lire Adhb-Eddaulah (le glaive de l'em- pire) Abak, fils d'Abd-Errezzak, et non Abad-Eddoula Ibek, fils de Rezzak, et partout où il y a Abad (p. 214, 215, etc.), il faut substituer Adhb '. Page 215, le nom de la ville de Bozaa a été estropié en Bazaga. P. 217, il est question d'un personnage qui fut pris dans un combat, et conduit à Alep, où il fut ren- fermé dans la prison et s'évada ensuite. Mais 1° l'orthographe donnée au nom de ce personnage, Asbara, n'est pas conforme au manuscrit, où on lit clairement Asbaoua (fol. 1 18 v°). Il s'agit de l'individu nommé ailleurs Sabaoua. Ensuite le chroniqueur dit qu'il fut remis en liberté (tsoumma ouîhlika), et non qu'il s'évada. Le manuscrit appelle la princesse, épouse de Rodhouân, Djendjec, et non Djourdic. Page 219, il est fait mention de deux fils du prince d'Antioche, nommés l'un Chems-Eddaulah et l'autre Mohammed. S. de S. ajoute au nom de ce dernier le mot Asfar. Mais cette addition est le résuhat d'une inadvertance provenant de ce que le nom de Mohammed, mis à l'accusatif, a été joint au mot suivant, qui n'est autre chose qu'un verbe à la troisième personne du singulier du prétérit, précédé d'une conjonction (Mohammedann fésâra; ms. fol. 1 19 v°). A la même page il faut lire avec le texte vingt-deux vaisseaux et non 28. Page 228, Kémâl-Eddin dit que les Francs restèrent 33 jours en possession de Maarra, à partir de l'assaut qui les avait rendus maîtres de cette place (ouéma- lacouha tsalatsaîann oué tsalaîsyna yaumann bad'alhadjmati); et non pas qu'ils « employèrent 3 3 jours au siège de cette place. » En réformant la traduction de S. de S., ainsi que je viens de l'indiquer, les difficultés que ce savant avait cru voir dans le récit de Kémâl-Eddin disparaissent complètement, et l'on n'est pas obligé de supposer avec lui une lacune d'un feuillet dans le manuscrit, supposi- tion d'ailleurs qui n'était point partagée par dom Berthereau. En effet, le docte religieux a tracé en cet endroit sur notre manuscrit de Kémâl-Eddin une note ainsi conçue : cette page paraît être la suite immédiate de la précédente. Page 228, 1. 1 5 , il y a une phrase de l'original omise dans la traduction. Il faut suppléer ainsi cette lacune : Djénah-Eddaulah consentit à la demande de Rodhouân, et I. P. 309, vers le milieu, on trouve le nom d' Abad-Eddoula, donné à Modjyr-Eddin Abak, prince de Damas. Le manuscrit porte encore ici Adhb et non Abad (f. 166 r*, ligne anté-pénultième). Mais dans cet endroit les mots Adhb-Eddaulah nous paraissent avoir été introduits à tort, sans doute par suite d'une réminiscence de l'auteur ou d'un copiste. JO REVUE CRITIQUE celui-ci revint à Alep, en compagnie du premier, P. 229 et ailleurs, le nom du vizir Abou'lfadhl ibn-Almaoussoul est changé en Ibn-el-Mansour. Dans cette même page, le nom de Sermyn a été omis devant celui de Maarra. Page 233, le prince de Tripoli est appelé Ibn-Omar, au lieu de Ibn-Ammâr. Page 235, note i, M. R. dit par inadvertance que Cotlough était gouverneur de Moussoul, confondant ainsi ce personnage avec Djaouély Sékaou, dont il est parlé sept lignes plus bas. P. 239, il est question de soixante maisons ruinées que Rodhouân vendit en un même jour, et l'auteur ajoute : « Ce sont les soixante masures désignées encore aujourd'hui dans les registres de la chancel- lerie d'Alep » (/y déouaouyni Haleta) et non « que l'on nomme aujourd'hui Déouaouin-Haleb » (les douanes d'Alep). P. 261 , il est dit que Baudouin II, roi de Jérusalem, ayant fait une incursion dans les environs d'Alep, prit des hommes et des bestiaux dans Elganadek. Au lieu de ce mot le manuscrit porte dis- tinctement (fol. 142 v°, 1. I®) Alfanadik, pluriel du mot fondouk^ synonyme de khan ou caravansérail. P. 266, les mots à Mardin Çila Maridyna) doivent être suppléés après les mots arriva sain et sauf (cf. le ms. fol. 143 r°, l. 4). Page 267, dans la réponse de Baudouin au messager de Soleïmân, les mots ouéouka- tilou dounahou signifient « et je combattrai pour sa défense », et non : « et à porter mes armes ailleurs. » Page 268, les mots ouédakhala biha bihaleba signi- fient « il consomma son mariage avec elle à Alep, » et non « l'amena avec lui à Alep. « Page 271, l. 5, le mot vertes doit être ajouté après noix. Ibidem, d'après le texte arabe, Galeran était cousin-germain (littéralement fils de la tante mater- nelle, ibna khaleîihi), et non neveu, de Josselin. Vers le bas de la même page, la phrase signalée comme obscure ne présente aucune difficulté : il suffit de consi- dérer comme une sorte de parenthèse les mots relatifs à la conquête de Harrân par Balac, et l'on aura le sens que voici : Balac fit sortir de la citadelle d'Alep Sultanchah, fils de Rodhouân, et le fit conduire à Harrân, dont il s'était emparé dans le mois de rébi second. Il agissait ainsi à cause de la crainte que lui inspi- rait ce prince. Page 273 et p. 279, au lieu de Scheikhtân, il faut lire Schébakhtân, ainsi qu'il est écrit plus haut (p. 239). A la page 279, vers le milieu, après les mots le mit en fuite, il faut ajouter avec le texte (fol. 149 v") et le tua (puékaîalahou). Page 283, 1. $, en place de la porte d'Elgazak, il faut sans doute lire avec le ras. la porte d'Alirak ou de l'Irak. Page 294, 1. 4, au lieu de la forteresse de Siz, il faut lire avec le ms. Assinn. Page 298, les mots djobbata athlasa et imamata cherbinn sont rendus peu exactement par un manteau de satin et une tiare de couleur écarlate. Il vaut mieux dire : une tunique de satin et un turban d'étoffe de lin, ou plutôt de soie '. Page 299, le vrai nom du personnage cité à la 1. 3, est Sédyd-Eddaulah ibn-alanbâry, et non Seïf-Eddoula ibn-al-Anbazi, et le titre de catïb Alincha, dont il était revêtu, signifie secrétaire pour les dépêches, et non secrétaire pour les arrêts. Page 300, la fin du message du prince de Damas, Chems-el-molouc, à l'Atabec Zengui est inexactement traduite. Le sens est I. Cf. le Glossaire des mots espagnols et portugais dérivés de l'arabe, par R. Dozjf et W. H. Engelmann; Leyde, 1869, in-8', p. 260, 261. d'histoire et de littérature. jt celui-ci : « J'appellerai les Francs et leur livrerai Damas » (istadaïtou'l frendja oué sallamtou Dimachka ileihim). Page ^07, au lieu de Boufmis, il faut lire Bou- kobaïs', nom d'un château-fort situé vis-à-vis de Chaïzer (l'ancienne Larissa). Page 508, le nom de Barni doit être changé en Baryn, et le nom suivant se lit dans le ms. (fol. 16$ r") Allacma, au lieu de Elkelma. P. 309, il ne peut être question de la célèbre ville de Dara, en Mésopotamie; aussi faut-il lire Daréya, avec le ms. (fol. 166 r°). Page 311, dans le récit du siège d'Ëdesse par Zengui, il est dit que « l'armée d'Alep commença à creuser des mines en différents endroits dont le local leur était parfaitement connu. » Le texte porte Al-Halébiyoun, mot qui signifie bien les Alépins, mais qui, comme son synonyme Halébiya, est quelquefois employé pour désigner des mineurs , des sapeurs. Actuellement encore, ainsi que S. de Sacy l'a fait observer, dans son admirable commentaire sur Abd-Allatif, « l'es Alépins ont la réputation d'être des plus experts dans l'architecture en pierre et dans la construction des caves 2. » Page 514, c'est à Yaghra, et non à Bagras, que Nour-Eddin battit les Francs. Le ms. (fol. 170 v°, ligne dernière) porte bibaghra {sic). Page 320, il est dit que Nour-Eddin donna la ville de Harrân à Zeyn-Eddin, et S. de S, ajoute dans une note : c'est vraisemblablement Ali Kondjek (lisez Kutchuc, c.-à-d, en turc, le Petit; cette faute d'impression, pro- venant sans doute d'une faute de lecture, revient très-souvent dans le cours de l'ouvrage). Le fait n'est pas douteux, car le ms. porte distinctement les mots Aly Koudjuc, et ajoute que ce personnage était le lieutenant de Kotb-Eddin, frère de Nour-Eddin. Page 325, au lieu de Albeni, prince de Mardin, il faut lire Alby. Page 330, il est dit que Chircouh choisit vingt mille cavaliers dans l'armée de Nour-Eddin et en enrôla 60,000 {sic). Ces chiffres doivent être changés en 2000 et 6000. Page 335, les mots Kitâbann maa neddjabinn signifient «une lettre portée par un courrier monté sur un dromadaire 3, » et non « une lettre très- respectueuse. )) Enfin, p. 336, au lieu de Hesnay, il faut lire avec le ms. (foh 1 84, v°) Béhesna, nom d'un château-fort, situé non loin de Mérach et de Sou- maïçât, et qui est inscrit sur la carte de Kiepert {Klein-Asien und Syrien, 1 860), sous la forme Béhesni. C. Defrémery. SOCIÉTÉS SAVANTES. ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. Séance du 30 décembre 1874. Le ministre de l'instruction publique transmet à l'académie un décret qui approuve l'élection de M. G. Perrot en remplacement de M. Guizot. M. Perrot est introduit et prend place. — Une lettre de M. J. Leblanc, bibliothécaire et con- servateur du musée de Vienne (Isère), annonce la découverte qui a été faite en 1 . Cf. les Nouvelles recherches sur les Ismaéliens ou Bathiniens de Syrie, plus connus sous le nom d'Assassins, etc., par M. C. Defrémery. Paris, 1855, in-S", p. 60, n. i. 2. Relation de l'Egypte, par Abd-Allatif, etc., p. 224, note (32). 3. Cf. sur le mot neddjâb, les Mémoires d'histoire orientale déjà cités, 2^ partie, Paris, 1862, p. 370, note; Boha-Eddin, Saladini Vita et res gesta, p. 146, 1. 9; les Historiens orientaux des croisades, t. I", p. 583 et le Kitâb Alincha, apud Quatremère, Hist. des sultans mamlouks de l'Egypte, t. I, i" partie, p. 196, n. ^2 REVUE CRITIQUE D'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. cette ville d'une statue romaine en bronze brisée en un très-grand nombre de fragments. Deux inscriptions l'accompagnaient, et M. Leblanc s'occupe à en rassembler les fragments pour les reconstituer. L'une est du 3^ s. et porte le nom de C. Julius Pacatianus, l'autre mentionne un hommage des charpentiers vien- nois à L. Aquilius Severianus. — M. Jourdain présente de la part de M. Garcin de Tassy une publication intitulée La langue et la littérature de rHindoustan. M. Hauréau lit un mémoire Sur quelques maîtres du douzième siècle. Il examine un poème en vers latins rimes qui a été publié par M. Thomas Wright sous ce titre Metamorphosis Golu episcopi. L'auteur y décrit un rêve dans lequel lui sont apparus les dieux et les grands hommes de l'antiquité et les principaux de ses contemporains. On y remarque une grande admiration pour Abailard et des in- vectives violentes contre S. Bernard et les moines de son ordre. Ce texte a été attribué par M. Wright avec assez de vraisemblance, malgré quelque difficulté pour faire concorder les données chronologiques, à l'archidiacre d'Oxford Walter Mapes. Il paraît avoir été écrit en 11 41. L'intérêt de ce poème est dans les détails qu'il fournit sur plusieurs des principaux maîtres de cette époque. M. Hauréau discute les identifications proposées par M. Wright pour les per- sonnages qui y sont désignés plus ou moins clairement, et les corrige en partie. M. de Longpérier lit une note de M. Chabas intitulée Hebr£o-£gyptiaca. M. Chabas a déjà signalé des textes qui montrent que les Hébreux et les Égyptiens ont eu un fonds commun de traditions et de règles concernant la morale et la religion. Il signale au même point de vue le texte déjà connu du papyrus Prisse, puis celui des maximes du scribe Ani, qui a été publié par M. Mariette, et dont il a fait un examen spécial. Les principes exposés dans ce dernier texte présentent suivant M. Chabas des ressemblances frappantes avec ceux de l'ancien et du nouveau testament. Il annonce une étude détaillée de ces maximes, dans laquelle, après en avoir examiné le texte philologiquement, il en donnera la traduction et mettra en évidence les analogies qu'il se contente maintenant de signaler. M. Brunet de Presle lit un mémoire Sur deux inscriptions de Mile. A propos des questions qui ont été soulevées au sujet de la Vénus de Milo, M. Brunet de Presle pense qu'il y a lieu de rappeler l'attention sur deux inscriptions qui avaient été trouvées dans le voisinage, et que l'on a cru être sans rapport avec la statue. Elles sont aujourd'hui perdues, mais des éditions en avaient été données. M. Brunet de Presle cherche à en restituer le texte. Si l'on adoptait la lecture qu'il propose pour l'une de ces inscriptions, il en résulterait que la Vénus aurait été l'objet d'une consécration nouvelle à l'époque romaine, ce qui n'empêcherait pas d'en faire remonter l'exécution à un âge plus ancien. M. Guérin, poursuivant sa communication sur la géographie historique de la Palestine, indique ce qu'on rencontre en continuant de suivre la vallée du Jour- dain du S. au N., et expose particulièrement ce qui concerne les ruines de Phasaélis, d'Archélais et du mont Sarthaba. Julien Havet. ERRATUM. — N° i, p. 3, 1. i, au lieu de aux, lisez aus. Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. p. (cet important ouvrage est maintenant augmenté de loo pages et d'un index). — Dante Alighierî, La divina Commedia. Riv. e comm. da Scartazzini. Vol. I. L'Inferno. Leipzig, Brockhaus. In-S", xij-444 p. (malgré ses défauts, cette édition peut être comptée au nombre des meilleures). — Hamann's Schriften und Briefe in 4 Theilen. Herausg. v. Pétri, Hannover, Meyer. 4 Th. In-S", 548 p. — Chappell, The History of Music. Vol. L London, Chappell and Co. In-S", xc-400 p. (contient de nouvelles vues sur la musique dans l'antiquité). Jenaer Literatarzeitung, 1874, n'48, 28 novembre. Ritschl, Die christ- liche Lehre von der Rechtfertigung und Versœhnung. Ed. IL Bonn, Marcus. In-8°, v)-377 p. (Wilh. Bender). — Brandes, Der Kanzler Kreil. Leipzig, Barth. In-S", viij-199 p. (G. Graue). — Endemann, Studien in der Romanisch- kanonistischen V^^irthschafts- und Rechtslehre. Bd. L Berlin, Guttentag. In-S", xij-471 p. (Stintzing). — WoLF, Lucas Geizkofler und seine Selbstbiographie 1 550-1620. Wien, BraumûUer. In-8°, iv-2n p. (Th. Muther). — Simson, Jahrbûcher des frsenkischen Reichs unter Ludv^'ig dem Frommen. Bd. I (Meyer v, Knonau; cf. Rev. crit. 1874, ^h P- 5 0- — D'Arneth et Geffroy, Marie- Antoinette (M. Philippson; cf. Rev. crit., 1874, II, p. 22). — Adam, De l'har- monie des voyelles dans les langues ouralo-altaïques. Paris, Maisonneuve. In-8*', 76 4. (Bœhtlingk). — Rœnsch, Itala und Vulgata. 2. Ausg. Marburg, Elv^ert'sche Verl. In-S", xvj-5 26 p. '^Wilh. Schmitz). N" 49, 5 décembre. Hausrath, Neutestamentliche Zeitgeschichte. Th. III. Heidelberg, Bassermann. In-8°, vij-644 P- (Holtzmann). — Kayser, Das vorexilische Buch der Urgeschichte Israels. Strassburg, Schmidt's Univ.- Buchh. In-S", vj-198 p. (Schrader). — Luthardt, Der johanneische Ursprung des vierten Evangeliums. Leipzig, Dœrffling u. Franke. In-8*', viij-223 P- C^- Grimm). — Maurer, Island von seiner ersten Entdeckung bis zum Untergange des Freistaats. Mûnchen, Kaiser. In-8", ix-480 p. (K. v. Amira). — De Bun- sen, The chronology of the bible. With a préface by Sayce. London, Longmans and Co. In-8'', xiv-i 58 p. (Schrader). — Menant, Annales des rois d'Assyrie. Paris, Maisonneuve. In-8'*, xii-312 p. (Schrader). — Hopf, Chroniques gréco- romanes. Berlin, Weidmann. In-8", xlviij-538 p. (B. Kugler). — Baumgart, vElius Aristides. Leipzig, Teubner. In-8°, viii-24op. (R. Volkmann). — Deutsche Rundschau, herausg. v, Rodenberg. Jahrg. I, Heft i, October 1874. Berlin, Gebr. Pastel. In-8° (Walter). BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous le.s ouvrages annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en magasin. Berger (B.). 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Histoire générale de la France du Nord, Flandre-Artois-Picar- die, depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1871. In-8*, 302 p. Paris (Aur bry}. Hagen (H.). Catalogus codicum Bernen- sium (Bibliotheca Bongarsiana). Pars prior. Addita est Bongarsii imago. In-8* 320 S. Bern (Haller). 12 fr Helfert (J. A. v.). Der Rastadtèr Gesand tenmord. Studie. Mit e. Uebersichts kartchen. In-8°, xj-361 S. Wien (Brau muiler). 12 fr Hirn (J.). Rudolf v. Habsburg. In-8^ x 188 S. Wien (Braumùller). 5 fr. 3$ Islendigadrâpa Hauks Valdisarsonar, e. islsnd. Gedicht d. XlII. Jahrh. hrsg. V. D' T. Mœbius. In-4», 66 S. Kiel (Univ. Buchh.). 2 fr. 15 Jungfer (H.). Untersuchung d. Nach- richten ùb. Friedrichs L Griechische und normannische Politik bis zum Wormser Reichstage (3 1 Mserz 1 1 57). In-8°, 46 S. Berlin (Weber). • fr- 3 S Kerviler (R.). Le Chancelier Pierre Sé- guier, second protecteur de l'Académie française. Études sur sa vie privée, poli- tique et littéraire et sur le groupe aca- démique de ses familiers et commensaux. In-8», xv-672 p. Paris (Didier et C). 7 fr. 50 Kruse (H.). Quaestiones Aristophaneae. In-4°, 30 S. Berlin (Calvary et C'). 1 fr. 7 5 Ludorfif(F.). Ueb. die Sprache d. alt- englischen Lay Havelok pe Dane. Ein • Beitrag zur Kenntniss d. altengl. Gram- matik. In-8*, 31 S. Miinster (Asschen- dorff). 75 c. Malherbe. Poésies complètes avec pré- face, notes et glossaire par M. P. Jannet. In- 16, viij-224 p. Paris (Lemerre). 2 fr. Mayhofif (C). Novae lucubrationes P!i- nianaï. In-8*, 104 S. Leipzig (Teubner). 3 fr. 25 Mussafia (A.). Zur Katharinenlegende. L Gr. in-8'', 80 S. Wien (Geroldj. I fr. 75 Otte (H.). Geschichte der deutschen Bau- kunst v. der Rœmerzeit bis zur Gegen- wart. Mit zahlreichen Holzschn. u. an- deren Abbildgn. 5. (Schluss-) Liefg. Gr. in-8*, viiju. S. 617-752. Leipzig (T. O. Weigel). 3 fr- 25 Complet. 24 fr. Pfizmaier (A.). Zur Geschichte Japans in dem Zeitraume Bun-Jei. Gr. in-8', 84 S. Wien (Gerold). 1 fr. 75 Procksch (A.). Die Consecutio temporum beiCaesar. In-8°, 36 S. Leipzig (Teubner). I fr. 10 Sanders (D.).Vorschlasgezur Feststellung e. einheitlichen Rechtschreibung fur All- deutschland. 2. Hft. In-8°, viij-242 S. Berlin (Guttentag). 2 fr, 75 Schmidt (A.). Shakespeare-Lexicon. A complète dictionary of ail the english words, phrases a. constructions in the Works of the Poet. Vol. L A-L. Gr. in-8', viij u. S. 1-678 Berlin (G. Reimer). 16 fr. Schmidt (R.). Kritik der C^ellen zur Geschichte der Gracchischen Unruhen. ^-8", 35 S. Berlin (Weber). i fr. 3 5 Schriften der Universitaet zu Kiel aus d. J. 1873. 20. Bd. In-4*, iv-652 S. mite. Steintaf. Kiel (Universitasts-Buchh.). 6 f . Schuessler (0.). De(^. CurtiRuficodice Oxoniensi A. In-4"', 29 S. Leipzig (Teubner). i fr. 10 Secretan (E.). La langue allemande com- parée à la langue française au point de vue de la prononciation, de l'orthographie et l'étymologie et des flexions. In-8°, viij- 77 p. Lausanne (Benda). 2 fr. Seyfifert (0.). Studia Plautina. ^-4», 31 S. Berlin (Calvary et C«). i fr. 65 Simon (J.). Souvenirs du 4 Septembre. Origine et chute du second empire. In-8', 440 p. Paris (Michel Lévy frères). 6 fr. Wahl (P. M.). De grscas radicis *EP vario usu et verbali et nominali. In-8', 38 S. Leipzig (Hinrichs). i fr. 50 Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur. N* 3 Neuvième année. 16 Janvier 1875 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS. Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Guyard. Prix d'abonnement : Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus suivant le pays. PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 67, RUE RICHELIEU, 67 Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). ANNONCES En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 67, rue de Richelieu. A1\4A R T PrT"TFr-"RtrV ^^"""'^"^s divers re- • iVl/ArvlILl lELi DILI cueillis en Egypte et en Nubie. i2Mivraison. In-fol. 6 fr. BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES 18® et 19e FASCICULES. ROFr î AQTÎT'VRÎFr ^^"^^ ^"^ ^^^ comtes et • L'I-^ i-i/\ollLIr\lLl< vicomtes de Limoges antérieurs à Pan 1000. 5 fr. AO A R 1\/T t7 Q T* t7 T^ ÏhT T^ traité de la formation des • L-'ArviVl lliO 1 lL 1 Cilv mots composés dans la langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. 12 fr. f^ r^ï-IARANIFTATÎ ^'■^S"^^"^^ ^'"" mystère proven- ^* V^iIAdAINIlLAU çal découverts à Périgueux , publiés, traduits et annotés. Gr. in-80. i fr. 50 PERIODIQUES. ..™. The Academy, N* n8, new séries, 26 décembre 1874. Roland Phillips, Memoirs of the Civil War in Wales and the Marches, 1642- 1649. ^ vols. Lon- don, Longmans and Co. (J. J. Cartwright : importante contribution à l'histoire du pays de Galles). — Bass Mullinger, The University of Cambridge from the Earliest Times to the Royal Injunctions of 1 5 3 5 . University Press (C. W. Boase : excellent ouvrage contenant des détails entièrement nouveaux sur les origines de l'enseignement universitaire anglais). — Sir Samuel Write Baker, Ismailïa ; A Narrative of the Expédition to Central Africa for the suppression of the Slave Trade organised by Ismail Khédive of Egypt. London, Macmillan and Co. (EuAN Smith : art. analytique). — Notes and News. — Notes of Travel. — New York Letter (J. L. Gilder : revue littéraire). — Correspondence. Bactrian Coins and Indian dates (Edward Thomas). — An Allusion in « Hamlet » (F. J. Fur- nivall). — Flint, The Philosophy of History in France and Germany. Edin- burgh and London, Blackwood (W. Wallace : art. analytique). The Athenseum, N''246i, 26 décembre. Continental Literature in 1874. Belgium (E. de Laveleye — Paul Fredericq_). — Bohemia (Dr. J. Durdik). — Denmark (E. Jessen). — France (Gustave Masson). — Germany (Robert Zimmermann). — Greece (S. Comnos). — Holland (A, C. Loffelt). — Hun- gary (A. Vambéry). — Italy (Angelo de Gubernatis). — Servia and Croatia (G. Popovic). — Spain (J. F. RiAÎio). — J. R. Phillips, The Civil War in Wales and in the Marches. — The Public Libraries of London. Dr. Williams's Library. — The Authorship of the anti-Martinist Tracts. L Pap with a Hatchet (Brinsley Nicholson). — Literary Gossip. — Hebrew Metrology (Barclay V. Head). — Societies (Soc. royale, de numismatique). Literarisches Centralblatt, N* i , 2 janvier. Brentano, Psychologie vorn empirischen Standpunkte. i. Bd. Leipzig, Dunckeru. Humblot. In-8°, XVJ-350P. — The Jade Chaplet in 24 beads. A collection of songs, ballads, etc. (from the Chinese) by Carter Stent. London, Trùbner. In-S", viij-i 66 p. (on ne peut juger cette traduction qu'au point de vue littéraire). — Destinon, De codicum Cornificianorum ratione. Comm. L Kiel, Haeseler, In-S", 83 p. — Quellen und Forschungen zur Sprache- und Culturgeschichte der germanischen Vcelker. Herausg. v. Brink und Scherer. II. Ungedruckte Briefe von und an Johann Georg Jacobi, herausg. v. Martin. Strassburg, Trùbner. In-8°, viij-90 p. — C0MOENS, Os Lusiadas. Herausg. v. Reinhardtstœttner. Strassburg, Trùbner. ln-8°, xlj-96 p. (article sévère). — Scaenicse Romanorum poesis fragmenta secundis curis recens. Ribbeck. Vol. IL Comicorum fragmenta. Leipzig, Teubner. In-8°, cxxxvj-508 p. (art. favorable; on reproche seulement à l'auteur l'âpreté de son ton lorsqu'il parle de ses émules). Jenaer Literaturzeitung, 1874, n* 50, 12 décembre. KôSTLIN, Martin Luther. Sein Leben und seine Schriften. Bd. i. 2. Eingel. v. Nitzch. Elberfeld, Friderichs. In-S", viij-8i i ; iv-679 P- C^- Holtzmann). — Weingarten, Zeit- tafeln zur Kirchengeschichte. 2. Aufl. Leipzig, Hartung. In-8°, vj-171 p. (Nip- pold). — Sauter, Diplomatisches ABC. Schlùssel zum Verstaendniss und Lesen alter Handschriften, etc. Stuttgart, Bruchmann. Tn-folio, 15 Tafeln. Arndt, Schrifttafeln zum Gebrauche bei Vorlesungen und zum Selbstunterricht. Berlin, Kœnigliche Hof-Steindr. In-folio, 25 Taf. (Wilh. Schum). — Capasso, Historia diplomatica Regni Siciliae inde ab anno 12 50-1 266. Neapoli. In-4'', 376 p. (Wilhelm Bernhardi). — Ritter, Die Union und Heinnch IV 1607-1609. Mùnchen, Rieger'sche Univ.-Buchh. In-8% vj-627 p. (G. Droysen). — Otto, Johannes Cochlaeus der Humanist. Breslau, Aderholz. In-8% viij-199 p. (C REVUE CRITIQ^UE ^D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE N* 3 — 16 Janvier — 1875 Sommaire : 1 1. Delbruck, le Verbe dans la langue védique. — 12. Heyne, Courte grammaire des anciens dialectes germaniques, 3* éd. — 13. Talbert, Du dialecte blaisois. — 14. Chronique de Robert de Torigni, p. p. Delisle, t. II. — 15. Chro- niques de Saint-Martial de Limoges, p. p. Duplès-Agier. — 16. Ethé, Le poète épique Jules Grosse. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions. t; ^\. -r- Das altindische Verbum aus den Hymnen des Rigveda seinem Baue nach dargestellt von B. Delbruck. Halle, Buchhandlung des Waisenhauses. 1874. i vol. - in-8% 248 p. — Prix : 8 fr. I La nouvelle publication de M. D. offre un double intérêt. A défaut d'un tra- vail d'ensemble sur la grammaire védique que nous attendons toujours de M. Benfey, elle traite du moins, d'une façon aussi complète que possible, l'un des plus importants chapitres de cette grammaire, le chapitre de la structure du verbe, et rend ainsi un service signalé aux études indiennes. Mais en même temps elle fournit à la grammaire comparée des matériaux indispensables pour l'étude des origines de la conjugaison dans les langues indo-européennes, M. D. est lui-même avant tout un linguiste dont les différents travaux sur les textes védiques ont toujours été des contributions à la science des Bopp, des Schleicher et des Curtius, le plus souvent d'ailleurs à une partie encore peu étudiée de cette science, nous voulons dire la syntaxe comparée. C'est encore à ce dernier ordre d'études que se rattache indirectement le livre dont nous rendons compte : M. D. nous annonce en effet que, dans sa pensée, un exposé de la formation du verbe védique n'est qu'un travail préparatoire à l'étude des temps. L'auteur a ordonné son ouvrage, non selon le plan ordinaire des grammaires sanscrites, mais d'après les principes de la grammaire comparée, et nous ne pouvons que l'en louer : car les catégories des grammairiens hindous, particu- lièrement la division des verbes en dix classes, appropriées seulement à la langue sanscrite classique dont elles n'embrassent pas même toutes les formes, paraissent tout à fait insuffisantes quand on essaie de les appliquer au Rig-Veda. Un court résumé de la table des matières sera la meilleure recommandation du livre auprès de nos lecteurs. Après une introduction consacrée à des généralités sur le texte du Rig-Veda et les travaux dont il a fait l'objet (p. 1-20), M. D. traite d'abord des désinences et de l'augment, c'est-à-dire des éléments distincts du thème (p. 23-80). Il étudie les désinences en rapprochant successivement toutes celles d'une même personne dans les différents temps, d'abord à l'actif, ensuite au moyen : cet ordre a l'avantage de réunir tous les éléments qui remplissent une fonction iden- tique, ridée de la personne restant la même dans quelque temps du verbe qu'elle soit exprimée. Puis vient (p. 8j-i88) la revue des thèmes de temps. M. D., 34 'TX \lfyl' REVUE CRITIQUE [ f \J Ti fj remarquant que la caractéristique a par exemple n'est pas plus, en principe, le signe du présent que celui de l'aoriste, que le redoublement n'est pas propre au parfait, mais se rencontre aussi au présent, etc., adopte avec raison une classi- fication générale uniquement fondée sur la contexture matérielle des thèmes. Il étudie successivement les thèmes identiques à la racine nue; les thèmes identiques à la racine redoublée ; ceux en a non renforcés, i " avec l'accent sur la racine, 2° avec l'accent sur la caractéristique; ceux en a renforcés; ceux de la classe nasale formant les 5% 7^ et 9* classes des grammairiens hindous et en outre une partie de la i""* et de la 6% ceux en ya, y compris les thèmes de passif; enfin ceux en cha. Ici se place un appendice sur les verbes qui forment leur pré- sent de plusieurs manières. M, D. passe ensuite aux thèmes d'aoriste en s, en distinguant naturellement ceux qui sont entés en quelque sorte sur un thème de présent (ex. grnîsh-e), puis aux thèmes de futur en sya, et enfin aux désidératifs. Un appendice est ensuite consacré au prétendu / de liaison. De la page 191 à la page 198, l'auteur traite des modes : subjonctif, optatif et précatif, impératif. Ensuite viennent (p. 201-218) les thèmes de verbes dénominatifs, au nombre desquels il range les causatifs, et enfin (218-238) les formes non personnelles, c'est-à-dire les infinitifs et les participes. L'ouvrage se termine par un index des formes les plus difficiles. Sous chacune des divisions principales que nous venons de reproduire, et de leurs subdivisions, M. D. donne l'énumération complète des formes qui s'y rap- portent dans les hymnes du Rig-Veda, en y joignant les formes curieuses que peuvent présenter les autres textes védiques. Il ne cite pas les passages du Rig- Veda où se rencontrent les différentes formes, se contentant de renvoyer ses lecteurs à l'index de M. Max Mûller et surtout à celui de M. Grassmann oili elles sont méthodiquement classées. Nous ne saurions blâmer M. D. d'avoir diminué le volume de son ouvrage en supprimant les indications qui auraient fait double emploi avec celles d'un autre livre, et nous ne pouvons que regretter le retard apporté à la publication des derniers fascicules de M. Grassmann, Quanta l'énu- mération des formes, nous n'avons pu encore l'étudier d'assez près pour affirmer qu'il ne s'y remarque aucune omission. De plus la classification de ces formes d'après leur fonction, que M. D. n'a pas négligée, tout en la subordonnant à la classification fondée sur leur contexture matérielle, dépend trop étroitement de la traduction du texte, pour que les listes qu'il a dressées ne soient pas destinées à subir certaines modifications avec le progrès de l'interprétation védique. Mais dès aujourd'hui nous pouvons dire qu'elles paraissent présenter toute l'exactitude dont un tel travail était susceptible dans l'état actuel de la science. En même temps qu'il énumère les formes, l'auteur pose et discute les questions d'origine soulevées par la comparaison de celles qui, différentes matériellement, sont équivalentes quant à la fonction. Son livre en effet n'est pas seulement un recueil de matériaux pour une grammaire scientifique; il est lui-même une œuvre considérable de linguistique. Nous sommes loin d'ailleurs d'accepter toutes les solutions de M. D. qui souvent ne les présente lui-même que sous forme dubi- tative. En général, dans cette partie de son ouvrage, comme dans les autres d'histoire et de littérature. 35 travaux qu'il a déjà publiés, l'auteur, sans suivre servilement sur les questions déjà traitées les opinions généralement reçues, se montre plutôt conservateur que novateur, et le caractère général de ses analyses linguistiques est une sorte d'éclectisme, mêlé de vues originales, mais toujours fidèle à certains dogmes (qu'il nous pardonne cette expression dont il semble reprocher l'usage à M. Westphal p. 5 1), à certaines solutions qui, pour être consacrées par un long et presque universel assentiment, ne peuvent cependant à notre avis passer pour définitives. Nous voulons parler surtout de la théorie des désinences per- sonnelles, et de la répugnance de M. D. à admettre sur ce domaine une diver- sité d'éléments analogue à celle qu'il reconnaît volontiers quand il s'agit de la formation ou de la dérivation des thèmes. Ainsi tandis qu'il revendique avec raison les droits d'une caractéristique indépendante u dans karoti contre l'hypo- thèse d'une chute inexplicable de l'n de krnoti (p. 1 56), il aime mieux au con- traire supposer la chute tout aussi inexplicable d'un / (p. 66-67) qu'une multi- plicité des désinences de la 3* personne qui tendrait à assimiler la conjugaison à la formation et à la dérivation ordinaires. Il nous semble en un mot que M. D., qui d'ailleurs ne nie pas l'adaptation tardive de certaines formes telles que le thème du causal (p. 109) à la fonction qu'elles ont prise dans les périodes histo- riques du langage, tient trop à l'idée d'une extrême simplicité primitive des désinences personnelles, et l'ardeur avec laquelle il a défendu contre l'attaque selon nous mal dirigée, et pourtant victorieuse sur plus d'un point, de M. Ludwig (cf. Revue, 1873, ^ P- 387) la théorie de Vagglutination, c'est-à-dire de la créa- tion des formes par l'adjonction aux racines d'éléments pronominaux revêtus déjà à l'état isolé de la fonction qu'ils remplissent après l'agglutination, nous fait supposer qu'il ménage surtout dans les explications consacrées de la flexion verbale le dernier refuge de cette théorie. Nous doutons encore que M. D. fût, sans cette préoccupation, aussi prompt à admettre le changement de f en 5 dans les troisièmes personnes du pluriel en us rapprochées de celles en an pour ant (p. 5 1), qui sans être impossible en soi n'est pas suffisamment prouvé, et qu'on ne peut guère accepter sans glisser bien vite sur la pente dangereuse de l'identi- fication des suffixes nominaux ant, an, as, etc. Sous le bénéfice de ces réserves, nous reconnaissons que les analyses de M. D. sont en général fines, ingénieuses, appuyées de rapprochements empruntés à une érudition sûre et étendue, et nous n'ajouterons plus qu'un très-petit nombre d'observations sur des points de détail. Il ne semble pas que le vers i , 48, 3 puisse être invoqué (p. 1 1 9) en faveur d'une forme dadharire pour dadhrire, la prononciation de asyâs en trois syllabes (cf. a^ya dans Grassmann) rétablissant seule la forme métrique parfaite du pâda qui dans l'hypothèse de la lecture i^^Aar/ren'auraitni le double iambe final, ni la 8^ syllabe longue. — Nous réclamerions à la p. 91 une place pour l'aoriste âvas de la racine vas « briller « que nous avons cru reconnaître dans trois passages au moins du Rig-Veda, I, 113, 13, 1 57, i; VII, 75, i ÇMém. de la Société de linguistique, II, p. 37). — L'opinion de Bopp d'après laquelle la désinence ati de la 3^ personne du pluriel serait une abréviation de anti, n'est pas restée, comme le croit (p. 51) 36 REVUE CRITIQUE M. D., à l'abri de toute contestation, et MM. Bréal et Louis Havet ont eu au contraire l'idée, selon nous très-plausible, que la seconde pourrait bien n'être qu'une nasalisation de la première (ibid. II, p. 193). — Sur Ve des désinences du duel ethe, eîe dans la conjugaison en a, M. Ludwig a présenté une hypothèse qui peut être dégagée de sa théorie générale, et qui, ce semble, aurait mérité une mention à la page 45. Il est difficile en effet de n'être pas frappé de l'ana- logie de cet e avec celui qui dans la déclinaison en a est le résultat de l'élargis- sement du thème par un /. — L'identification de la désinence des impératifs en si avec celle de l'indicatif présent (2* personne) nous semble être une manière d'éluder plutôt que de résoudre la question soulevée par ces formes si intéres- santes. Nous renvoyons sur ce sujet à l'hypothèse que nous avons présentée dans la Revue (1873, I, p. 338). — Le changement de yeno que suppose le rappro- chement du grec 86va|xat et de la racine sanscrite yu «tirer à soi, s'emparer de» (p. 78), nous semble difficilement admissible depuis que M. Bréal a ramené, avec la plus grande vraisemblance, à un thème pronominal da les suffixes de formation où M. Curtius avait cru observer ce phénomène phonétique {Mémoires etc. I, p. 193 et suivantes). — Enfin nous avons quelque peine à comprendre la formule par laquelle M. D. cherche à expliquer le rapport phonétique des lettres sanscrites h et j (la muette sonore palatale). « Il n'y a pas de doute, » dit-il, « que le h indien n'ait été une spirante sonore comme le/. » M. D. croi- rait-il donc que le ; avait dès l'origine la prononciation du g italien devant un i ou un e, c'est-à-dire celle d'une lettre double, d'un d suivi du / français ? Mais les classifications des grammairiens hindous ne nous permettent pas de voir dans le ;', tel qu'il était prononcé de leur temps, autre chose qu'un son simple et explosif. Abel Bergaigne. 12. — Kurze Laut- und Flexionslehre der altgermanischen Dialecte, von Moritz Heyne. j* éd. revue et corrigée. 1874. Paderborn, Druck von F. Schœ- ningh. In-S", X-4Î4 p. — Prix : 6 fr. On attendait avec impatience cette troisième édition d'un ouvrage, jugé si sévèrement à son apparition par Schleicher, et qui malgré d'inévitables défauts n'en a pas moins réussi, et a été depuis douze ans si utile en Allemagne et à l'étranger à tous ceux qui étudient les anciens idiomes germaniques. Mais on pensait aussi que le retard prolongé apporté à la publication de sa grammaire aurait permis à l'auteur de nous la donner enrichie des derniers résultats de la science. Malheureusement les nombreux travaux qui occupent depuis longtemps M. Heyne ne lui ont pas permis cette fois plus qu'il y a quatre ans de remanier et de refondre son ouvrage. Le seul changement apporté à cette édition se borne à l'indication entre crochets des publications nouvelles dont les dialectes germa- niques ont été l'objet depuis 1870. C'est sans doute trop peu. Mais quoiqu'il en soit, nous n'annonçons pas moins avec une vive satisfaction la publication d'un livre indispensable à quiconque veut s'initier rapidement à la connaissance des anciens idiomes allemands. Toutefois nous espérons que M. H. tiendra à d'histoire et de littérature. 37 honneur de nous donner dans la quatrième édition, ce qu'il n'a pu faire jusqu'ici: une refonte et un remaniement complet de son travail primitif. Il serait à sou- haiter aussi qu'il y joignît, comme seconde partie, un abrégé de la syntaxe allemande, dont sont privés les germanisants, qui ne possèdent que la seconde édition de la grammaire de Grimm. C. J. 13. — Du dialecte blaisois et de sa conformité avec rancienne langue et rancienne prononciation française, thèse présentée à la faculté des lettres de Paris, par F. Talbert, professeur de rhétorique au prytanée militaire de La Flèche. Paris, Thorin. 1874. i vol. in-S", xv-338 p. — Prix: 7 fr. 50. Le titre qui précède annonce une étude sur le dialecte de Blois et des rappro- chements entre ce dialecte et la vieille langue française. On s'attend donc à trouver d'un côté une description exacte et méthodique de la phonétique, de la grammaire et de la syntaxe de ce patois, de l'autre une étude comparative éta - blissant rigoureusement en quels points il a conservé des traces de l'ancien français, en quels points il a innové. Mais, en ouvrant le livre, on est quelque peu déçu. L'ouvrage de M. T. ne contient qu'un essai de description plus ou moins précis du patois ou, comme dit de préférence l'auteur, du dialecte blaisois, accompagné, quand l'occasion s'en présente, de digressions étendues sur la vieille langue, depuis la fin du moyen-âge, jusqu'au xviii^ siècle. Ce n'est pas une étude méthodique sur un point spécial et nettement déterminé de la philologie française; c'est un ensemble d'observations rentrant dans un cadre plus ou moins large. Il ne serait pas juste de demander à l'auteur plus qu'il n'a voulu nous offrir. Voyons comment, le plan de son livre ainsi compris, il l'a exécuté. On n'a qu'à jeter un coup d'œil au hasard sur l'ouvrage de M. T. pour se convaincre que l'auteur n'est nullement au courant des questions de la philologie française. Il ne connaît ni les méthodes ni les travaux de Diez et de son école. Il paraît ignorer l'ouvrage de M. Gaston Paris sur Vaccenî latin, qui est Vabc dans la science de la philologie française. La seule autorité à laquelle il se réfère volontiers est Burguy, dont il fait son guide habituel, et c'est là un guide peu sûr, comme on sait. Bien que l'ouvrage paraisse fait, à en juger par la table des matières, sur un plan correct (I Voyelles; II Diphthongues ; III Triphîhongiies ; IV Consonnes; V Article, substantif et verbe ; VI Textes blaisois) l'ordre suivi dans le détail n'est rien moins que scientifique. D'abord, on chercherait vainement soit une carte soit une description géographique du dialecte dont l'auteur entreprend l'étude. Les quelques mots qu'il dit dans V Avant-propos ne sont pas suffisants. En dehors de Blois, quels sont les environs qu'a exploités M. T. et jusqu'où s'étendent-ils ? Si nous entrons dans l'examen du livre, nous voyons dans la cinquième partie, une section (p. 243-259) consacrée aux substantifs qui ne diffèrent du français que par la prononciation, autrement dit, qui sont soumis à des lois de phonétique spéciale. L'auteur n'a pas vu que cette question devait rentrer dans l'étude de la prononciation des voyelles et des consonnes. M. T. n'a qu'unis vague idée du rôle de l'accent latin en roman, et il ignore l'histoire 38 REVUE CRITIQUE du vieux français et des lois de sa formation. Dès les premières lignes, consta- tant ce fait que le dialecte blaisois allonge Va long français et tend à en faire un 0 (sable = sâbe), il cite à l'appui de cette prononciation nasale (sic) les formes de l'anglo-normand aun, le changement de al en au, faits d'ordre entièrement différent; il en rapproche d'autres formes blaisoises telles que papa, maman oh c'est Va atone initial qui devient 0 bref ou long. Comme exemple du changement de a en e, il cite (p. 1 1) almena, bremer qui contiennent un e féminin, à côté de chercutier, catherre qui renferment un é ouvert. «E sonne é dans » dehors, fainéant, lézard, lécher, jeter, etc. » (p. 18). Ici sont rapprochées des formes dissemblables, 1'/ de diors,féegniant est dû à un adoucissement de l'hiatus; celui de lizard, licher, jiter, à l'action de la gutturale avoisinante. Dans les exemples de changement de i en e ou é, ou ai ou ei (c'est tout un pour l'auteur), on trouve pêle-mêle réunis des mots ayant un / atone, ou un i en position, ou un i devant un consonne palatale (p. 24). M. T. affirme que les rimes Othon, semun de la Chronique des ducs de Normandie (v. 18144-45) sonnaient oun, et il tranche la question de Vo en vieux français d'après les assertions de Burguy, sans se douter de la complexité des problèmes que soulève l'étude de cette voyelle. Il démontre que Vu s'est jadis prononcé eu. « Telle a été, en effet, non » pas la seule prononciation de la voyelle, mais une des plus communément » employées depuis l'origine de la langue (!) » (p. 49). Il fonde cette étonnante affirmation d'un côté sur des exemples établissant la prononciation eu pour des mots qui depuis ont eu un u, mais qui se prononçaient d'abord eu et plus ancien- nement eu, ce qui ne prouve rien; de l'autre sur le témoignage de Palsgrave qui note par eu notre u, ce qui n'est pas plus étrange que la notation allemande du même son par ue {ueber). Pour prouver que de tout temps ai en v.-fr. sonnait é, noté par é ou par ei (p. 62), il cite les imparfaits normands en eit, comme si l'imparfait français avait toujours été en ait, les participes bourguignons en eit (de aîus) et des formes en e réduites de ai qu'il accentue à son gré en é; parmi ces formes en e qu'il donne comme issues de ai, on trouve des mots tels que per (aujourd'hui pair de parem), qui n'a jamais été en v.-fr. que per et ne doit son orthographe par ai qu'à une erreur des lettrés de la Renaissance. Entre autres exemples de l'affaiblissement de ai en a (p. 70) il cite des mots comme vrâment, pâment ce qui est exact, ou comme agu, aguser, claron, char (carnem), que j'aimasse (affaiblissement de que j'aimaisse, dit M, T., p. 246); il ne remar- que pas que dans ces derniers mots 1'^ est étymologique. Il partage l'opinion des grammairiens qui voient des diphthongues dans des sons simples tels que ou, au, eu (p. i $7); aussi écrit-il que « la diphthongue ou sonne 0 dans un » certain nombre de mots : tourment, poumon, nourrir, etc., prononcez tor- » ment, etc. « Il fait dater la diphthongue iau des origines de la langue et comme preuve à l'appui, il cite des vers d'Eust. Deschamps, d'Adam de la Halle, c'est-à-dire des textes de la fin du xiii'= siècle ou du xiv*. Ayant remarqué que le normand a une affection spéciale pour Ve et le bourguignon pour Va, et admettant la théorie surannée qui voit dans le français un mélange de deux dialectes, il reconnaît du normand dans le v.-fr. amere, avère (amara, d'histoire et de littérature. î9 avara), serchent (circant) et du bourguignon dans parcevoir, mrrai, damier, larme, gendarme! Combattant Chevallet, Ampère, etc. qui voient dans 'f aurais soit haherem, soit habuero, il penche à faire venir ce temps de fiabere habeam (p. 294), ne se doutant pas que depuis longtemps l'étymologie habere habebam est hors de conteste. On peut prolonger sans fin cette énumération de rapprochements inexacts, d'erreurs de faits, d'assertions téméraires. Presqu'à chaque page on se heurte à des fautes de ce genre, et il n'est pas besoin d'un bien long examen pour se convaincre, comme nous le disions au commencement, que M. T. est étranger aux questions de la philologie française. Cependant cet ouvrage est-il sans valeur .? Loin de là. La description du dialecte blaisois laisse plus qu'à désirer; on n'en trouve pas moins des formes curieuses, dignes d'être notées; les textes blaisois cités à la fin de l'ouvrage, quoique peu nombreux, sont intéressants. Les affirmations de M. T. sur le vieux français sont plus que téméraires; mais ses observations sur la langue du xvi* et du xvii® siècle sont en partie neuves. C'est surtout dans ces observations que con- siste l'intérêt de son livre, dans les témoignages qu'il cite des grammairiens et des littérateurs, dans l'étude intelligente qu'il fait des rimes des poètes. Il y a là bien des faits curieux qu'il réunit, qui ne sont pas tous nouveaux comme il se l'imagine, mais qui le sont du moins pour le grand public. Je signalerai spécia- lement le chapitre consacré à l'histoire de la diphthongue 0/, et dans lequel il montre bien, contre M. Quicherat, que le son oua de cette diphthongue a été précédé d'un son oué (et même ouè) lequel à son tour dérive de oe. Là encore, sans parler d'erreurs de détail et de sa facilité à se contenter de certains argu- ments bons en soi, mais insuffisamment développés, l'auteur n'a pas vu que oe dérive d'un 6i (prononcez comme dans le grec jxoi) , qui provient lui-même d'un ei antérieur commun à toute la langue d'oil et issu le plus souvent d'un é ou d'un i latin. Au xii^ siècle, la Picardie change cet ei en oi; la Bourgogne l'imite; l'Ile-de-France aussi mais partiellement; la Normandie refuse de suivre dans cette voie les provinces de l'Est et garde son ei. Je signalerai encore le chapitre consacré à l'histoire de la finale er dans les verbes. Là encore M. T. a raison contre l'auteur du Traité de versification française. Je noterai aussi les obser- vations sur la prononciation des nasales au xvi* siècle, sur la distinction du passé défini et du passé indéfini au xvii« s. Ces diverses observations, d'autres encore que je ne puis signaler ici, prouvent un esprit judicieux et perspicace. Elles forment, malgré les nombreuses erreurs qui les déparent et qui sont dues à l'ignorance de la vieille langue, la partie solide du livre de M. T. Ceux qui s'intéressent à l'histoire du français tireront profit des renseignements utiles qu'il y a réunis. L'ouvrage de M. T. nous montre une tendance nouvelle qui porte les esprits curieux vers l'étude scientifique de notre langue. C'est ce qui a été compris en Sorbonne, et on ne peut qu'approuver la Faculté des Lettres d'avoir donné ses encouragements à de pareilles tentatives en recevant comme thèse de doctorat un travail sur un patois. Si l'on ne peut aborder sans études préliminaires, longues et difficiles en somme, des travaux sur le vieux français ou même sur 4© .:•!«!!! REVUE CRITIQUE les patoisj il reste toujours un champ ouvert aux recherches des hommes studieux. L'étude de la langue du xvi" et du xvii" siècle demande moins de connaissances spéciales ; il suffit de lire avec attention les ouvrages du temps : grammaires, observations littéraires, etc. En recueillant et coordonnant avec soin et critique les documents de ce genre qui abondent du reste, on peut apporter beaucoup de faits nouveaux à l'histoire de notre langue. Si l'ouvrage de M. T. était le signal de recherches de ce genre, nous ne pourrions que nous en féliciter. Arsène Darmesteter. tit}hnQîiqnozsi>Râ M' :-J2o 3^sivîjo j3") Jr 14. — Ghronlqiie de Robert de Torigni, abbé dii Mont-Saint-Miéhel , suivie de divers opuscules historiques publiée d'après les mss. originaux par L. Delisle. T. II. Coll. de la Société de l'Histoire de Normandie. Rouen, Le Brument. 1874. I vol. in-8", xix-415 p. — Prix : 12 fr. Ce volume complète l'excellente édition de la chronique de Robert de Torigni entreprise par M. E. Delisle pour la Société de l'Histoire de Normandie '. Il contient une préface sur la vie et les oeuvres de l'historien normand ; la fin de sa grande chronique de 1 1 68 à 1 1 86 ; les additions que cette chronique a reçues dans les monastères de Fécamp, de Lire, de Savigny et du Valasse; la conti- nuation ajoutée par un moine du Bec pour les années 1 1 57-1 160 à la première rédaction de la chronique s'arrêtant à 11 56 ; l'opuscule intitulé : De immutaîione ordinis monachorum. De abbatibus et abbaîiis Normannorum et xdificationibus earum; des Annales du Mont Saint-Michel s'étendant de la naissance de Jean- Baptiste à l'année 1291 et dont une panie de 1135 à 1173 est l'œuvre de Robert; d'autres courtes annales de 506 à 1 1 54 et de 876-1087; enfin les actes de Robert de Torigni conservés en majeure partie dans le cartulaire du Mont Saint-Michel et aux archives de la Manche et commençant par le récit de l'administration du monastère pour les années ii $5-1 159. Un index très- complet termine l'ouvrage. Nous possédons par conséquent dans les deux volumes de M. Delisle les œuvres complètes de Robert, à l'exception du hui- tième livre ajouté à Guillaume de Jumièges qui ne peut pas être séparé des livres précédents et qui sera publié par M. Lair dans l'édition de Guillaume qu'il pré- pare en ce moment pour la Société de l'Histoire de France. Une partie de ces œuvres était inédite. Les Annales les plus développées du Mont Saint-Michel (ms. d'Avranches, n° 211) n'avaient jamais été publiées; il en était de même des courtes Annales de 876-1087 (Paris, ms. lat. 1 180); les actes de Robert étaient également inédits, à l'exception des dernières pièces, la lettre à Gervais prieur de Saint-Céneri pour l'inviter à écrire l'histoire de Geoffroi le Bel duc de Nor- mandie et comte d'Anjou, la lettre écrite à l'abbé du Bec en lui envoyant la seconde partie de sa chronique, et un prologue à une collection d'extraits de saint Augustin. Les actes relatifs à l'administration du Mont Saint-Michel pen- dant les années 11 55-1 159 sont en particulier du plus haut intérêt; ils nous offrent un tableau de l'activité de l'abbé d'un grand monastère normand au i, Voy. sur le i" vol. Rev. ait. 1873, n* 4, art. 21. i;;^ î;3I d'histoire et de littérature. 41 milieu du xii* siècle et peuvent être rapprochés du livre si intéressant de Suger : de rébus sua administratione gestis. L'opuscule sur les monastères normands avait déjà été publié à plusieurs reprises par D. Luc d'Achery en 165 1 (à la fin des œuvres de Guibert de Nogent), par D. Brial (dans le t. XIV du Recueil des Historiens de Fr.), et dans le Monasticon anglicanum (t. VI, p. 1061-1065). M. Delisle le premier a indiqué la différence entre les deux rédactions de l'œu- vre : il donne comme ses prédécesseurs le texte de la seconde, mais il met en note les variantes que fournit la première. C'est la chronique qui forme naturellement la partie la plus importante du travail de M. D. Nous la possédons pour la première fois dans un texte vraiment correct et complet, avec l'indication de toutes les modifications que Robert a apportées à son œuvre lors de chacune des rédactions successives. Jusqu'à l'année 1 147 il suit la chronique de Henri de Huntingdon, et M. D. note avec soin tous les rapports entre les deux ouvrages. A partir de 1 147, Robert écrit d'une ma- nière tout à fait indépendante et originale, au fur et à mesure des événements, d'abord au monastère du Bec, puis au Mont Saint-Michel. M.D., dans les notes vraiment excellentes qui accompagnent le texte, ne laisse passer aucun nom de personnage ou de lieu sans l'expliquer, souvent par des documents inédits ; il renvoie aux passages des autres chroniqueurs anglais contemporains qui peu- vent éclaircir et compléter les renseignements que nous fournit Robert, J'avais déjà signalé à propos du premier volume les annotations de M. D. Je ne puis que répéter ici ce que j'avais déjà dit : il est impossible d'être plus complet, plus sobre et plus précis. Aussi ne pouvons-nous nous empêcher de regretter que M. D. ait cru devoir borner ses annotations à la chronique et n'en point donner aux autres écrits contenus dans cette édition. L'opuscule sur les abbayes nor- mandes en particulier nécessiterait des éclaircissements presque à chaque ligne, et ces éclaircissements eussent été surtout désirables dans une publication qui n'est pas exclusivement destinée aux érudits, mais encore aux membres très- divers d'une société d'histoire provinciale. Je reconnais toutefois que ce commen- taire eût été très- difficile à exécuter et qu'il aurait augmenté d'une manière disproportionnée le travail déjà si considérable de M. D. C'est le désir de ne pas trop dépasser les limites qui lui étaient prescrites qui a imposé à M. D. dans sa préface une sobriété que nous serions disposé à trouver excessive. Il dit tout ce qui est essentiel ; et il le dit avec une précision qui ne laisse rien à désirer. Pour un livre destiné aux savants, il n'y aurait rien à demander de plus ni de mieux; pour le grand nombre des souscripteurs de la Société, quelques pages sur le caractère de l'œuvre de Robert, sur ses sources, sur son autorité, sur le groupe d'historiens auxquels il se rattache n'eussent pas été sans utilité. — Continuateur de Sigebert de Genebloux, il fait partie en effet de cette série d'auteurs d'histoire universelle qui ont pour source primitive la Chronique d'Eusèbe traduite par saint Jérôme et qui écrivent pour la plupart sous l'influence de l'Empire d'Allemagne, héritier de l'empire rom.ain; continuateur de Henri de Huntingdon, il peut être considéré comme un chroniqueur anglo-normand. H a lui-même très-bien indiqué la nature de son 4i REVUE CRITIQUE travail dans sa lettre à l'abbé du Bec (p. 540-341 de la présente édition) dont M. D, eût pu faire remarquer l'importance, et qui détermine parfaitement sa place dans l'Historiographie du moyen-âge où les chroniques se relient les unes aux autres et semblent s'engendrer naturellement. Quant à l'autorité de Robert, M. D. n'en dit qu'un mot, mais ce seul trait a une importance capitale, et l'habile éditeur aurait pu y insister davantage. Il montre comment les fonctions d'abbé du Mont Saint-Michel mirent le chroni- queur en rapport avec un grand nombre de personnages importants, et en parti- culier avec le roi d'Angleterre Henri II, et il nous indique toutes les occasions où le roi et l'abbé se trouvèrent réunis. Nous voyons donc que Robert était dans une position exceptionnellement favorable pour l'exécution de son ouvrage. Mais en même temps M. D. nous fait remarquer que Robert glisse sur les démêlés de Thomas Becket et de Henri II. Ce n'était pas dire assez. A l'année nyi, Robert passe entièrement sous silence l'assassinat de l'archevêque de Cantorbery et ne parle que de sa canonisation par le pape. Les quatre vers qui indiquent la mort de Thomas ont été ajoutés postérieurement par une autre main dans le manuscrit autographe de Robert. La biographie du chroniqueur était déjà assez bien connue dans ses traits généraux. Néanmoins M. D. a tiré des actes de Robert des détails nombreux relatifs à sa vie au Mont Saint-Michel et il a rectifié une erreur assez grave accréditée depuis longtemps. On croyait que Robert avait été à Rome en 1 1 6 3 . M. D. réduit à néant cette hypothèse, montre que Robert et Alexandre III se sont vus à Tours au concile de 1 165 et non à Rome, et replace à sa vraie date (30 sept. 12 59) une lettre d'Alexandre IV qu'on attribue d'ordinaire à Alexan- dre III et qu'on date du 30 sept. 1163. Les additions faites à la chronique de Robert dans divers monastères nor- mands n'avaient jamais été publiées à part sous leur forme authentique et séparées du texte primitif comme elles le sont aujourd'hui. La plus importante est celle que M. D. appelle Continuatio Beccensis, qui a été prise par les précédents édi- teurs pour une des formes de la chronique de Robert, et qui est en réalité une continuation tout à fait indépendante. M. Bethmann s'y était trompé et avait reproduit dans les Monumenta Germaniae l'édition des Bénédictins, tout en pré- tendant avoir coUationné deux mss. l'un de Rouen et l'autre de Paris dont l'examen attentif lui aurait certainement fait reconnaître le vrai caractère de l'œuvre ' . On peut juger par ce que nous venons de dire de l'importance de l'édition de M. D. C'est une bonne fortune pour la Société d'Histoire de Normandie d'avoir pu à ses débuts offrir aux amis des études historiques une publication aussi remarquable. 1. Bethmann, un des meilleurs collaborateurs des Monumenta, était malheureusement assez sujet à des négligences de ce genre. d'histoire et de littérature. 45 15. — Chroniques de Saint-Martial de Limoges, publiées pour la Société de l'Histoire de France par H. Duplès-Agier. Paris^ Renouard. 1874. In-8*, lxvij-429 p. — Prix : 9 fr. Parmi les monastères de la France au moyen-âge, l'un des plus brillants fut certainement l'abbaye de Saint-Martial de Limoges. L'importance de sa bibliothèque, le soin avec lequel la plupart des abbés se plurent à l'augmenter et à la conserver, enfin l'existence d'un grand nombre de fragments de chroniques manuscrites, tout concourt à le prouver. Ces chroniques, restées pour la plupart inédites jusqu'à la publication dont nous rendons compte, sont d'une grande importance, non-seulement pour l'histoire de l'Aquitaine, mais encore pour celle de toute la France ; on y trouverait nombre d'indications nouvelles sur l'histoire des démêlés des rois de France et d'Angleterre aux xii^ et xnf siècles, et quand elles deviennent tout-à-fait locales aux xiv* et xv«, elles ne laissent pas pour cela de présenter encore un grand intérêt. Avant d'adresser à M. Duplès-Agier les quelques reproches que nous croyons pouvoir lui faire, nous devons rendre hommage au talent qu'il a déployé, à la patience avec laquelle il a su retrouver dans près de 200 manuscrits les fragments qu'il nous donne aujourd'hui. En effet, il n'est pour ainsi dire pas une seule de ces chroniques qui forme corps dans les manuscrits; elles sont éparpillées par fragments de quelques lignes sur leurs marges, sur leurs feuillets blancs; il a fallu les réunir, les reconnaître, com- parer les écritures et retrouver l'auteur probable de chaque morceau. Aussi n'y a-t-il rien d'étonnant si dans une publication aussi difficile certains détails laissent à désirer. La difficulté et le mérite du travail doivent nous disposer à l'indulgence. Le volume de M. D.-A. se compose de trois parties, l'introduction, les textes et une table copieuse. Les textes eux-mêmes se divisent en textes historiques et en textes archéologiques. Dans l'introduction, M. D.-A. fait l'histoire des œuvres qu'il édite, en s'ap- pesantissant surtout sur Adémar de Chabannais ou de Chabannes et sur Bernard Itier. Sur le premier auteur, il faut avouer qu'il est tout-à-fait insuffisant, il n'ajoute aucun détail à ceux que nous connaissions déjà et ne semble pas s'être servi de la notice des éditeurs des Monumenîa Germaniae (SS., t. IV); tout au moins ne la cite-t-il pas parmi les auteurs qui ont parlé d'Adémar (Jntroduct. , p. IV, note 3). De plus, page v, il semble oublier qu'Adémar était moine de Saint-Cybar d'Angoulême et non pas de Saint-Martial, et que malgré un assez long séjour dans cette abbaye, avec laquelle il eut de fréquents rapports de voisinage, jamais il n'y exerça aucune fonction. M. D.-A. n'est pas éloigné de lui attribuer une restauration du tombeau de ce saint, qui eut lieu à son époque ; il s'appuie sur une inscription qui orne le tranchant de la pierre tombale du martyr : Ademari miserere lui. Mais comment un moine de Saint-Cybar eût-il pu faire exécuter des travaux à Saint-Martial .>* et pourquoi se livrer à cette supposition invraisemblable, alors qu'au xi® siècle il y eut à Saint-Martial même un abbé du nom d'Adémar .'' un peu de réflexion eût pu convaincre M. D.-A. que cette seconde supposition était la seule admissible. 44 REVUE CRITIQUE La notice qui suit immédiatement celle d'Adémar de Chabannes est un peu confuse ; elle se rapporte à Hélie de Ruffec et à ses continuateurs, et notamment pour l'examen et pour l'histoire du manuscrit de Taillefer, le raisonnement de M. D.-A. quoique juste, est assez difficile à suivre. Il n'en est pas de même de la notice sur Bernard Itier, qui nous a semblé excellente de tous points, claire, bien étudiée, infiniment plus complète que tout ce qui a encore été écrit sur cet auteur; M. D.-A. a tiré, croyons-nous, tout le parti possible des textes qu'il publiait. Nous y trouvons nécessairement la biographie de cet écrivain, l'histoire et l'analyse de ses ouvrages, la descrip- tion des manuscrits qui les contiennent, une étude détaillée sur leur valeur, enfin des indications intéressantes sur la bibliothèque du couvent au commencement du xiii^ siècle. L'auteur termine cette notice en donnant une copieuse analyse des diverses œuvres de Bernard Itier, étrangères à l'histoire; ici nous lui adresserons un petit reproche; nous estimons qu'il s'est laissé entraîner à donner une trop grande importance au personnage dont il faisait l'histoire, et qu'il a attribué à B. Itier des théories philosophiques et morales, qui ne lui sont pas propres, car il n'a fait qu'emprunter aux auteurs scolastiques de son temps la matière de la plupart de ces essais, qui n'ont d'ailleurs aucun intérêt ni pour le fond ni pour la forme, et sont en général imités de Sénèque et deCicéron. On peut même se de- mander si ces morceaux sont bien de B. Itier, car ils n'ont rien d'assez original pour empêcher de les attribuer à un auteur plus ancien, dont le bibliothécaire de Saint-Martial n'aurait fait que recopier les travaux '. Dans tous les cas, on peut regretter que M. D.-A. ait cru devoir comprendre ces traités dans sa publica- tion ; il aurait pu alléger son volume en les omettant et consacrer utilement la place qu'ils y occupent à une annotation plus complète de la dernière partie 2. Après la notice sur Bernard Itier en vient une autre sur ses continuateurs, Etienne de Salvaniec et Hélie Dubreuil, compilateurs inhabiles et incomparable- ment moins intelligents que leur prédécesseur, mais dont les chroniques ont toujours l'avantage d'être absolument contemporaines ; toutefois, comme intérêt et comme valeur, on ne peut les mettre en balance avec celle du premier rédacteur. Vient ensuite une étude sur une vaste compilation faite à la fin du xiii® siècle par un moine de St-Martial, qui tenta de composer avec tous les fragments histo- riques laissés par ses prédécesseurs un ouvrage analogue à celui de M. D.-A. lui-même; il les réunit dans un ordre à peu près méthodique, sans toutefois distinguer les auteurs, en y insérant tous les renseignements qu'il put trouver ailleurs sur l'histoire de son couvent ; ce travail remplit le manuscrit latin 1 1 0 1 9 de la Bibl. Nat. Il fut recopié à la fin du xiV siècle par un moine de S. Martin de Limoges et cette copie forme aujourd'hui le manuscrit latin J452. C'est 1. Remarquons que B. Itier a fait d'autres travaux de copie analogues; il avait no- tamment copié la vie du philosophe Secundus (v. Introd., p. xxx). 2. Nous en dirons autant des traités de théologie et de physique, qu'il attribue à B. Itier. d'histoire et de littérature. 45, du moins ce que cherche à prouver M. D. A.; son argumentation est fondée sur ce fait que dans la transcription, le style indirect est toujours remplacé par le style direct, toutes les fois qu'il s'agit du monastère de S. Martin et sur quelques mots qui prouvent chez le copiste une certaine aversion pour les moines de Saint-Martial. Les raisons qu'il donne à l'appui de son opinion nous parais- sent concluantes. Dans cette compilation et dans les fragments historiques recueillis soit sur les marges des manuscrits originaux, soit dans les copies de D. Estiennot, M. D. A. essaie de reconnaître le travail des différents rédacteurs qui se succédèrent. La première chronique qu'il tente de reconstituer va de l'an 1207 à l'an 1320; il donne, p. lv-lvi, d'assez bons arguments à l'appui de son opinion. Mais il nous semble errer en essayant de l'attribuer à Simon de Châteauneuf, chantre et moine de Saint-Martial, sur lequel on n'a qu'une courte notice assez élogieuse, il est vrai, des écrivains postérieurs; d'ailleurs cette mention nécrologique sur laquelle s'appuie M. D.A. n'autorise aucunement une telle supposition; la mort d'un dignitaire, tel que le chantre, vu le rôle qu'il pouvait avoir joué dans les affaires intérieures du monastère, était un événement assez important pour que les annalistes anonymes jugeassent bon d'en marquer exactement l'année et le jour. Dans les pages suivantes, M. D. A. combat l'opinion qui soutient que nous possédons une grande chronique limousine rédigée tantôt par les moines de S. Martial, tantôt par ceux de S. Martin; il prouve que ce que l'on a pris pour cette grande chronique n'est qu'une compilation historique allant jusqu'en 1284. Si de l'introduction nous passons aux textes publiés dans le volume, nous serons obligés de faire à M. D. A. plusieurs reproches ; ayant voulu collationner sur les manuscrits originaux quelques passages choisis au hasard, nous avons pu constater qu'ils n'avaient pas toujours été transcrits avec assez de fidélité. Nous avions choisi les pages 117 et 1 18 du volume, qui font partie de la chronique de Bernard Itier, et voici le résultat de notre travail : P. 117, ligne lo, après de Sancto Marciate, le manuscrit ajoute et. — Même page, 1. 15, au Heu de id est presbiterum^ le manuscrit porte I presbiîeruin ; la leçon donnée par M, D.A. se comprendrait mal. — Même page, 1. 22, à la place de rogaî, rogavit, le ms. porte rogav. — P. 118, 1. 1 1, à la place de promisisset, qui n'a pas de sens, il faut lire permisisset. De plus, les renvois ne nous semblent pas toujours parfaitement exacts ; ainsi Kpage 1 18, les paragraphes 2, 3, 4 sont indiqués comme étant aux feuillets 224 et 225 du ms. latin 4281; ce ms. n'a que 137 f. ; évidemment, l'éditeur a oublié de donner de nouveau le numéro du manuscrit, qui devait ne plus être le même. Enfin, nous ferons à ce sujet à M. D. A. une dernière objection; il a voulu distinguer les noms de langue vulgaire du contexte latin et les a mis en italiques; l'idée est bonne, mais il fallait en poursuivre l'application jusqu'au bout; p. 119, nous trouvons en caractères romains des noms tels que ceux-ci : La Concha, Trobat; p. 1 20, Chauchagma, etc. 46 REVUE CRITIQUE La plupart des textes à proprement parler historiques que nous trouvons dans ce volume présentent un certain intérêt ; ils fournissent des faits nouveaux sur l'histoire de l'Aquitaine et donnent souvent de curieux renseignements sur l'état des mœurs et des esprits aux différentes époques du moyen-âge. A ce point de vue, la chronique factice composée par M. D. A, de fragments anonymes retrouvés sur les marges des manuscrits de S. Martial renferme nombre de faits intéressants; tel est, entre beaucoup d'autres, le récit du séjour du dauphin Louis à Limoges en 1438 (p. 203 et suiv.). De plus, la plupart du temps, les textes que M. D. A. donne des chroniques déjà publiées sont meilleurs, par exemple pour Bernard Itier, et pour la Commemoraîio d'Adémar de Chabannes ; ce dernier morceau, publié d'après un manuscrit du Vatican, fournit dans un passage célèbre une variante importante et qui semble donner raison aux der- nières hypothèses sur le lieu de naissance du chroniqueur Adémar ; au lieu de Campanense, que portait le texte de Labbe, le manuscrit de Rome donne Capannense, ce qui est bien Chabannes, près Château-Ponsac (p. 4). Ailleurs (p. 182), il fournit une variante de nom de lieu assez importante au texte donné par les Historiens de France; les éditeurs de ce recueil auraient vu un mot de basse latinité là où se trouve le nom d'un prieuré. M. D. A. a annoté les textes qu'il publiait d'une manière sérieuse et avec une connaissance très-réelle de cette partie de l'histoire; pourtant, il oublie quelquefois de donner la raison des dates qu'if attribue à certains textes; c'est ainsi que p. 298, il ne nous dit pas pourquoi il place entre 12 16 et 1 2 1 8 le récit des miracles accomplis par le pallium de l'autel du Sauveur à S.Martial. "jj xuci ^nogisq 2uof! nomubcni A la suite des chroniques, nous trouvons d'abord un certain nombre de listes des moines bienfaiteurs de l'église et donateurs de terres; la plupart n'ont aucune importance historique et figureraient plus naturellement dans un cartu- laire de S. Martial, où elles serviraient à donner une date approximative aux pièces qui n'en auraient pas. Nous ne ferons guères d'exception qu'en faveur des indications fournies par le manuscrit latin 1 139, sur les réparations de l'église et sur les ornements ecclésiastiques dus à la générosité du sacristain W. La Concha (p. 300 et suiv.). Nous dirons à peu près la même chose des polyptyques, dont la place était ailleurs, et dont rien ne vient motiver la présence ici, il eût tout au moins fallu, puisque M. D. A. voulait les publier, donner quelques détails géographiques sur les possessions de l'abbaye. Quant aux inventaires d'ornements d'église et de vêtements sacerdotaux, ces textes, étant relativement anciens, sont d'un grand intérêt; l'annotation en est assez copieuse et donne tous les détails désirables. Nous n'y avons relevé qu'une note confuse sur les quinque bans Gaifiers (p. 3 1 5) ; M. D. A. rappelle à ce sujet les dépouilles de Waïfre, duc d'Aquitaine, conservées à S. Denis, au dire de la chronique française de ce monastère, et il cite justement un texte de Geoffroi de Vigeois, qui donne du passage de l'inventaire une explication toute naturelle. Cet auteur parle en effet de cinq étendards, qua appellanîur hanum Guelferii de Turribus, que les moines de Saint-Martial portaient à la procession annuelle des d'histoire et de littérature. 47 Rameaux. Le nombre de ces objets étant le même dans les deux cas, leur iden- tité n'est pas douteuse. Quant aux inventaires de la bibliothèque qui terminent le volume, leur annotation est trop succincte, et M. D. A. eût bien dû indiquer à quels signes il reconnaissait dans les manuscrits cités par l'inventaire les volumes aujourd'hui à la B. N. Pour terminer, nous n'avons plus qu'à dire quelques mots de la table. Elle était naturellement très-difficile à faire, et il faut reconnaître que M. D. A. n'y a pas entièrement réussi. Les articles en sont mal groupés, les noms sont souvent mal identifiés à travers leurs variantes orthographiques, et sous un même mot, les articles sont quelquefois mal rangés. C'est ainsi qu'à l'article W., après l'indication d'un certain nombre de personnages tant laïques qu'ecclésiasti- ques, désignés dans le texte par cette initiale, nous trouvons les dignitaires de Saint-Martial, placés sans aucun ordre ; l'abbé W. vient en dernier lieu et son article fait double emploi avec un autre article qui lui est consacré au mot Willelmus. '"''.'1.'^''. Voici donc en résumé notre opinion sur l'ouvrage de M. ti. A. : une foule de textes intéressants, à côté d'un certain nombre d'un intérêt moins immédiat au point de vue historique et de quelques-uns de parfaitement inutiles ; une anno- tation généralement bien conçue, sobre et savante, une introduction en majeure partie excellente. Les défauts que nous avons relevés eussent pu disparaître presque tous si l'éditeur avait apporté dans l'impression du volume le même soin et la même patience que dans la recherche des textes qui le composent. A. MOLINIER. i6. — Julius Grosse als epischer Dichter. Eine literatur-historische Studie, von D' Hermann Éthé. 1874. Berlin, Fr. Lipperheide. In-8', 48 p. — Prix : 50 cent. Une réclame de librairie, mais signée d'un nom connu et dès lors non sans intérêt. J. Grosse, un des poètes en vue de la génération contemporaine, est surtout célèbre par ses récits, contes ou nouvelles en vers, qui ne forment pas moins de six volumes. Ses éditeurs ont réuni, dans le petit livre que nous annonçons, les articles consacrés dans la Didaskalia par M. Ethé à ces pro- ductions aussi variées qu'attrayantes, en y joignant des extraits d'articles emprun- tés à d'autres périodiques. L'idée n'est pas nouvelle ; mais elle n'avait pas encore été réalisée dans d'aussi larges proportions. On ne peut sans doute que l'approu- ver; cependant on y applaudirait davantage, si l'on trouvait dans cet opuscule toutes les critiques dont les œuvres épiques de Grosse ont été l'objet, quel qu'en fût d'ailleurs le caractère : ce seraient autant de matériaux précieux pour servir à juger son influence et le rôle qu'il a joué dans la littérature allemande contemporaine : œuvre plus utile, mais qui aussi eût répondu peut-être moins bien au but des éditeurs. Je ne dirai qu'un mot des articles de M. Ethé : s'ils sont trop uniformément élogieux, ils font aussi ressortir souvent avec bonheur les côtés originaux du talent épique de Grosse ; par là ils mériteront d'être consultés par l'historien / 48 REVUE CRITIQUE D'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. futur de la génération littéraire actuelle, dont ce poète est un des plus dignes représentants. C. J. SOCIÉTÉS SAVANTES. ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. Séance du 8 janvier 1 87 5 . M. Maury est élu président de l'académie pour l'année 1875 ; M- de Wailly est élu vice-président. Ces messieurs prennent place au bureau. M. Maury pro- nonce une courte allocution ; sur sa proposition, des remercîments sont votés à M. Jourdain, président sortant. Sont élus membres : de la commission du prix Gobert, MM. Desnoyers, Hau- réau, Heuzey, Perrot; de la commission des travaux littéraires, MM. Naudet, Guigniaut, Mohl, Laboulaye, Egger, Ad. Régnier, de Longpérier, Hauréau; de la commission des antiquités de la France (M. de Lasteyrie ayant demandé à n'être pas réélu), MM. de Saulcy, de Longpérier, L. Renier, Delisle, Desnoyers, Hauréau, Jourdain, de Rozière; de la commission de l'école d'Athènes, MM. Ra- vaisson, Brunet de Presle, Rossignol, Egger, de Longpérier, L. Renier, Wad- dington, Heuzey; de la commission administrative, MM. Mohl et Brunet de Presle. ;rT «;,;r. L'académie a reçu : — pour les concours du prix Bordin, un mémoire sur les noms des dieux mentionnés dans les inscriptions babyloniennes et assyriennes, et deux mémoires sur les œuvres de Sidoine Apollinaire; — pour le prix Gobert, les ouvrages suivants : Le roi René, par M. Lecoy de la Marche; L'école royale des élèves protégés, par M. Courajod; Livre-journal de Lazare Duvaux, 1748- 17 58; — pour le concours des antiquités de la France, une Histoire de la ville de Troyes et de la Champagne méridionale, par M. Boutiot; Annibal en Gaule, par M. Mais- siat ; et deux mss. l'un sur les voies romaines de la Gaule, l'autre intitulé La bienheureuse Alpais de Cudot et son biographe. Ouvrages offerts à l'académie : Note sur quelques: représentations antiques de Daniel dans la fosse aux lions, par M. E. Leblant; Note sur un temple romain dé- couvert dans la forêt d'Halatte, par M. de Caix de S. Aymour, et divers recueils périodiques. — M. Hauréau présente de la part de M. l'abbé Demimuid une thèse de doctorat sur Jean de Salisbury. Il fait l'éloge de cet ouvrage, mais il estime que l'auteur s'est montré trop sévère dans son appréciation des doctrines philosophiques de J. de Salisbury. — M. Maury présente de la part de M™' la baronne de Belloguet et de M. Maisonneuve, éditeur, une nouvelle édition delà seconde partie de l'Ethnogénie gauloise du baron Roget de Belloguet. Le nom de M. Maury a été mis sur le titre de cette publication, mais c'est, dit-il, à son insu: son travail s'est borné à la révision de quelques notes, et l'honneur comme la responsabilité de l'ouvrage demeure tout entier à M . de Belloguet. Julien Havet. Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. Bursian). — Rivista di filologia e d'istruzione classica. Roma, Torino, Firenze, Lœscher (Ludwig Jeep). — JEneîe commentarius poliorceticus recens. Hue. Lipsise, Teubner. In-S", xij-88 p. (F. K. Hertlein). — Rosenberg, DieErinyen. Berlin, Borntraeger. In-8°, vj-87 p. (K. Dilthey). — Romanische Studien. Herausg. v. Bœhmer. Heft4. Strassburg, Trùbner. In-8°, 441-552 p. (Hermann Suchier). The Indian Antiquary, éd. by Jas. Burgess. Part XXXVl (vol. III) novembre 1874. ^^ Inscription from Badâmî (Eggeling). — Dolmens at Konur and Aiholli (by the Editor). — Pahlavî Inscriptions in South India (A. C. Bur- nell). — The Temple of Amarnâth (by the Editor). — Legends from Dinâjpur (continued ; G. H. Damant). — The Beni-Israel of Bombay (Rev. J. Wilson). — An Inkstand M^ith Arabie Inscription (E. Rehatsek). — Progress of Oriental Research in 1872-73. — M. Auguste Barth on the State of Indian Society in the time of Buddha (traduction par M. Muir de l'article de M. Barth sur Var- chéologie indienne de Lassen, Revue critique, 1874, I, p. 369 et suiv., 385 et suiv.). — Review. Report on theCensus of the Madras Presidency, 1871 (W. R. Cornish). — Correspondence and Miscellanea. Paradise (Max Mùller). — Nija- guna (F. Kittel). BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la Revue critique. Elle- se charge en outre de fournir très-promptement et sans frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en magasin. Beitrsege zur vergleichenden Sprachfor- schung auf dem Gebiete d. arischen , celtischen u. slavischen Sprachen. Unter Mitwirkg. v. A. Leskien u. J. Schmidt. Hrsg. V. A. Kuhn. 8. Bd. 4 Hfte. In-S". Berlin (Dùmmler). 21 fr. 35 Berichte u, Mittheilungen d. Alterthums- Vereins zu Wien. 13. Bd. In-4*, xvj- 206S. m. 2Steintaf. Wien (Gronemeyer). 21 fr. 3 5 : Bibliographie Hebrasische. Blaetter f, neuere u. aeltere Literatur d. Judenthums. Hrsg. v. J. Benzian. Mit liter. Beilage v. D' Steinschneider. 14. Jahrg. 6 Nrn, In-8*. Berlin (Benzian). 10 fr. 75 ^ionghi (R.). L'Istruzione popolare in Italia. Lettere al prof. G. Sacchi. In-8*, 24 p. Milano (tip. délia Perseverenza). ]{oretius (A.). Beitraege z. Capitularien- kritik. In-8<>, x-169 S. Leipzig (Duncker "• H.). 4 fr. 85 1 iraun (F.). Die Tage v. Canossa unter Heinrich IV. 2. ThI. In-40, 26 S. Mar- burg (Elwert). i fr. 3 5 Calonzio (G.). Documenti inediti e lavo- ri letterarii sul Concilie di Trente. In-8*, xxiv-680 p. Roma (tip. Sinimberghi). 14 fr. Curci (C. M. S. J.). Lezieni esegetiche e morali sopra i quattro Evangeli dette in Firenze dal i* Novembre 1873 al 29 Giugne 1874 con innanzi a ciascuna il teste singolare 0 concordato che vi si es- pone. 2 vol. in-8°, 430 6474 p. con una carta. Firenze (Manuelli). 12 fr. Delbrûck (B.). Das altindische Verbum aus den Hymnen d. Rigveda seinem Baue nach dargestellt. In-8°, viij-248 S. Halle (Buchh. d. Waisenh.) 8 fr. Denkmaeler aus vEgypten u. ^îlthiopien in photogr. Darstellungen ausgewaehit aus d. auf Befehl S. Majestaet d. Kœnigs F. Wilhelm IV. v. R. Lepsius heraus- gegebenen gleichn. Denkmaelerwerke. Mit kurzen Erlaeutrgn. v. R. Lepsius. 2. Sé- rie. 12 Blatt.(Photog.)In-fel. Berlin (Ni- colaï). 50 fr. Ebert (A.). Allgemeine Geschichte der Literatur d. Mittelalters Im Abendiande. I. Bd. Geschichte d. christlich-latein. Literatur von ihren Anfaengen • bis zum Zeitalter Karls d. Grossen. In-8*, xij- 624 S. Leipzig (Vogel). 16 fr. Ficker (J.)- Forschungen zur Reichs- u. Rechtsgeschichte Italiens. 4. Bd. 2. Abth. In-S^jXv u. S. 289-603. Innsbruck (Wa- gner). 1 1 fr. 80 Vol. I-IV. 2. 62 fr. 75 Fischer (H.). Die Forschungen ûber das Nibelungslied seitKarl Lachmann. In-8*, 452 S. Leipzig (Vogel). 6 fr. 75 Hapluchiris Michaelis Versus e cod Neapol. éd. M. Treu. Veterum rhetorum de sententiarum figuris doctrina scr. H. Monse. ^-4°, 24 S. Berlin (Calvary et C-). 2 fr. Heilmann (J. A.). De genetivi graeci maxime Homerici usu. In-8°, 47 S. Mar- burg (Ehrhardt). i fr. 50 Kâlidâsa Meghadûta d. Wolkenbote. Gedicht m. krit. Anmerkgn u. Wœrter- buch. Hrsg. v. A. F. Stenzler. In-8% vj-74 S. Breslau (Melzer), 6 fr. Kliesoth(T.).D.OfFenbarungd. Johannes. 2. Abth. In-80, 221 S. Leipzig (Dœrf- fling et Franke). 5 fr. 3 5 Krek (F.). Einleitung in die slavische Literaturgeschichte und Darstellg. ihrer aelteren Perioden. i. Thl. Einleitung in die Slav. Literaturgeschichte. In-8', vij- 336 S. Graz (Leuchsner et Lubensky). 10 fr. 75 Kurtz (J. H.). Lehrbuch der Kirchen- geschichte f. Studirende. 7. verb. Aufl. 2 Bde. In-8°. Mitau (Neumann). 16 fr. Lucianus Samosatensis. F.Fritschius re- censuit. Vol. III, Pars I. ^-8°, xlij- 226 S. Rostock (K-uhn). 8 fr. Michael (H.). De Ammiani Marcellini Studiis Ciceronianis. In-8'', 48 S. Breslau (Kœbner). i fr. 50 Mûller (F. M.). Missionsrede in der West- minsterabtei am 3. Dcbr 1873 gehalten. Mit e. einleit. Predigt v. D. A. Penrhyn Stanley. In-S», 72 S. Strassburg (Trùb- ner). 2 fr. Opère storiche inédite sulla città di Paler- mo ed altre città siciliane pubblicate su' manoscritti délia biblioteca communale, precedute da prefazioni e corredate di note per Cura di G. di Marzo. Vol. V. In-8", 376 p. Palermo (Pedone-Lauriel). Palmer (G. M. A.). Commentatio in li- brum Danielis prophetas sive d. tempo- ribus gentium. ln-8», 248 p. Roma (tip. Polyglotta). Peter (H.). De P. Ovidii Nasonis fasto- rum locis quibusdam epistula critica. In- 8% 23 S. Leipzig (Teubner). i fr. Pfleiderer (E.). Empirismus u. Skepsis in D. Hume's Philosophie als abschlies- sender Zersetzg. der engl. Erkenntniss- lehre, Moral und Religionswissenschaft. In-8*, xij-540 S. Berlin (G. Reimer). 10 fr. 75 Prsetorius (F.). Beitraege zur Erklaerung der himjarischen Inschriften. 3. Hft. (Anh.) ùb. e. palmyren Inschrift. In-8', 51 S. Halle (Buchh. d. Waisenh.). 2 fr. Ranke (E.). Fragmenta antiquissimae evangelii Lucani versionis iatinas. E. membranis Curiensibus ed atque adnota- tionibus criticis instruxit. Accedit tabula photographica. In-4', 41 S. Wien (Brau- mùller). 4 fr. Reissmann (A.). Geschichted.deutschen Liedes. Mit Musikbeilagen und vielen in den Text gedr. Beispielen. In-8», vj- 284 S. Berlin (Guttentag). 8 fr. Schrader (E.). Die Hœllenfahrt der Istar. Ein altbabylon. Epos. Nebst Proben assyr. Lyrik. Text, Uebersetzg., Com- mentar u. Glossar. In-8°, 1 53 S. Giessen (Ricker). S fr- 3 S Sonnenburg (F.). D. Heroen d. deutschen Literatur. In lebensgeschichtl. Form. 3 (Schluss-) Bd. In-8', v-728 S. Braun- schweig (Vieweg et Sohn). 12 fr. Varnhagen (F. A. de). Ainda Amerigo Vespucci : Novos estudos e achegas, es- pecialmente em favor da interpretaçâo dada â sua la Viagem, em 1497-98, as costas do Yucatan e Golfo Mexicano. In-fol., 8 S. mit i Steintaf. Wien (Brau- miiller). 6 fr. Verein(Allgemeines) f. deutsche Literatur. I. Série 1873-1874 (7 Bde). 3. und 4. Bd. In-8°. Berlin (Hofmann). Les 7 vol. 40 fr. Zeitschrift fur vergleichende Sprachfor- schung auf dem Gebiete des Deutschen, Griechischen und Lateinischen. Unter Mitwirkg. v. D'E. W. A. Kuhn. Hrsg. V. D' A. Kuhn. Gesammtregister zu den Bdn. XI.-XXII. Bearb. v. A. Vanîcek. In-8^ vj-185 S. Berlin (Diimmler). 10 fr. 7j Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur. N* 4 Neuvième année. 23 Janvier 1875 REVUE CRITIQUE 43iLHISTOIRE ET DE LITTÉRATURE •-'■ ■ RECUEIL HEBDOMADAIRE F'UBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS. Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Guyard. Prix d'abonnement : Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Étranger, le port en sus suivant le pays. PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 67, RUE RICHELIEU, 67 Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). ANNONCES En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 67, rue de Richelieu. A. MARIETTE-BEY Nubie. 12^ livraison. In-fol. 6 fr. Monuments divers re- cueillis en Egypte et en BIBLIOTHEQUE DE L ECOLE DES HAUTES ETUDES 18* et 19e fascicules. RFiR î AQT'FTVRTPr ^^"'^^ ^^^ ^^^ ^°"^^^^ ^^ • LJ l-j i-ji\0 l Hà 1 k\i lL vicomtes de Limoges antérieurs à l'an 1000. 5 fr. AF^ A D IV/T tr Ç T' tr '"P CT T^ Traité de la formation des • L-^/^rviVl ILo 1 Cj 1 Cj Jl\ mots composés dans la langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. 12 fr. Cf^ ÎT A t) A NT tr A T T ^'"^S™^"^^ d'un mystère proven- • v>« 11 A D A 1 N Ci A IJ cal découverts à Périgueux , publiés, traduits et annotés. Gr. in-S". i fr. jo PÉRIODIQUES. î"^/ i-TT r- The Academy, N* i ^9, new séries, 2 janvier 1875. Rev. E. J. Davis, Ana- tolica; or, the Journal of a Visit to some of the Ancient Ruined Cities of Caria, Phrygia, Lycia and Pisidia. London, Grant and Co. (E. H. Bunbury : l'intérêt de cet ouvrage réside surtout dans la description des contrées qu'a parcourues l'auteur). — W. S. Lindsay, History of Merchant Shipping and Ancient Com- merce. In Four Vols. London, Sampson Low and Co. (Travers Twiss : art. très-favorable). — NoUs and News. — Notes of Travel. — Paris Letter (G. MoNOD : nouvelles littéraires). — Exploration in Paraguay (Keith Johnston). — Correspondence. M. Halévy and the Accadian Language (A. H. Sayce : ne peut croire qu'aucun assyriologue songe sérieusement à réfuter le mémoire de M. Halévy, et rappelle que ce ne sont pas les savants modernes qui ont décou- vert dans l'accadien une langue agglutinative non-sémitique, mais les scribes d'Assur-bani-pal ; il n'y a que les profanes qui puissent trouver spécieux les ar- guments de M. H.). — A passage in « Hamlet» (Richard Simpson). — H^ckel, Anthropogenie. Entwickelungsgeschichte des Menschen. 2. Aufl. Leipzig, Engel- mann (T. H. Huxley : loue beaucoup ce livre). — On the Stages of develop- ment in the formation of Myths (Max Mùller). The Athenseum, N°2462, 2 janvier. Memorials of St. Dunstan, Archbishop of Canterbury. Ed. by W. Stubbs, M. A. Master of the Rolls Séries. Longmans and Co. (édition soignée). — Rev, J. P. Mahaffy, Social Life in Greece, from Homer to Menander. Macmillan and Co. (intéressant petit ouvrage donnant les résultats des lectures étendues de l'auteur), — The Captivity of Hans Stade of Hesse in A. D. 1457-1 $ 5 5 among the Wild Tribes of Eastern Brazil. Transi, by TooTAL, and annotated by Burton. Hakluyt Society (très-curieux ouvrage). — Continental Literature in 1874. Portugal (A. Soromenho). — Russia (E. Schuyler). — Shakspeare's Books (C. Elliot Browne). — Notes from Paris (E. About). — pas? Montre-toi sous ton véritable aspect. » Mais bientôt après, dit-il, l'entendant probablement tonner, il s'effraie et s'écrie : « Je crois, 6 tout-puissant, » je crois que ta force, à toi qui es né puissant, est réelle, » Remarquons d'ail- leurs qu'en demandant au dieu, dans un hymne consacré tout entier à sa louange, non pas même s'il est fort, car la traduction est inexacte, mais s'il est bien vrai qu'il a vaincu les Dasyus, le poète ne veut que piquer son amour-propre et l'exciter à renouveler son exploit, et que dans ce passage, comme dans ceux que M. D. G. en rapproche, il y a de la naïveté sans doute, mais il n'y a aucune trace de scepticisme de la part de l'auteur de l'hymne. Il faut se faire une bien singulière idée de la composition des hymnes védiques pour croire que le poète y trahit en quelque sorte involontairement dans le cours d'une même inspiration les sentiments contradictoires du doute et de la confiance, et y passe subitement, pour avoir entendu la foudre, de la révolte à la prière. Dans sa campagne contre les dieux terrestres, M. D, G. a jugé que la victoire ne saurait lui rester décidément s'il ne s'attaquait à la divinité dont le caractère terrestre semblait le moins contestable, c'est-à-dire à la terre elle-même, ou du moins à cette Prthivî dont personne n'avait jusqu'ici contesté l'identité avec la terre. « Sans nier en aucune façon, » dit-il (p. 42), « que la Prîhivî mentionnée dans les hymnes védiques ne soit souvent la terre fécondée par le ciel, je crois qu'il faut dans le duel Dyâvâ ' Prîhivî chercher plus souvent une Prthivî céleste qui peut avoir deux natures, analogues d'ailleurs, selon qu'on la reconnaît dans la nuée ou dans la nuit ténébreuse et lumineuse, et, comme lumineuse, aussi dans l'aurore que nous avons déjà vu appeler la large. » Il est clair qu'il n'y aurait rien d'impossible en soi à ce que le mot Prîhtvî signifiant « la large » eût été appliqué à un phénomène céleste : mais il faudrait le prouver, et l'argumen- tation que nous allons résumer ne saurait suffire pour rendre le fait certain ni même vraisemblable. Selon M. D. G., il y aurait d'abord deux passages « où il est évidemment >) question d'une Prthivî céleste.» L'un est emprunté à l'hymne V, 56, (3) *, qui « nous représente la Prîhivî comme la pluie réjouissante qui arrive. » Mais les mots ety asmad â paraissent signifier plutôt « part, s'éloigne de nous, » et s'ap- pliquer à la terre ébranlée, « enivrée » (p^r la pluie), se dérobant en quelque sorte sous les pas des hommes à l'arrivée des Maruts, dieux des vents (cf. I, 87, 3), et comparée par le poète à « celle qui arrose, » c'est-à-dire peut-être à la nuée. Le sens serait donc : la terre est ébranlée comme la nuée. Cette inter- prétation ne saurait être sûre à cause de l'obscurité du mot mîihushmatî, mais il ne nous semble pas en tout cas, par suite de cette obscurité même, que le pas- 1. Et non Dyavd. Les fautes d'impression dans la transcription des mots védiques sont très-nombreuses; mais celle-ci se reproduit avec une singulière régularité. 2. Les passages védiques ne sont cités ordinairement que par le numéro de l'hymne, ce qui rend la vérification un peu plus pénible. 52 REVUE CRITIQUE sage puisse fournir à M. D. G. un argument bien solide. Quanta l'autre passage considéré comme décisif, il est emprunté à l'hymne V, 84, qui « nomme Prthivi » la lumineuse, versant des torrents de pluie sur la terre qu'on distingue en » l'appelant ici, non pas Prthivî, mais Bhûmi. » Il est bien vrai que Prlhivî est dans cet hymne distinguée de la terre, mais sans doute comme le dieu du ciel peut être distingué du ciel matériel. D'ailleurs dans le vers même où il est dit qu'elle « vivifie » la terre, elle est représentée portant les fondements des mon- tagnes que nous n'avons pas de raison particulière d'identifier en ce passage avec les nuages, comme au vers ^, soutenant les arbres sur le sol, alors que les pluies tombent du ciel pour elle. Elle est d'ailleurs appelée brillante comme peut l'être toute divinité. Quant à la phrase qui la représente lançant un « sauveur « (c'est le sens de perum dans ses deux seuls autres emplois), elle est obscure, mais rien n'empêche de voir dans ce « sauveur » Agni ou Soma qui sont des fils de la terre aussi bien que de la nue ou du ciel. — Il y a encore un passage (II, 41, 19-20) qui peut sembler au premier abord faire quelque difficulté si on laisse à Prîhivî son sens de terre : non qu'il ne soit naturel de prier le ciel et la terre d'offrir le sacrifice aux dieux; mais l'expression pretâm peut paraître embarras- sante. Aussi signifie-t-elle probablement « mettez-vous à l'œuvre « (Dict. de Pét.) plutôt que « partez ; » d'ailleurs on s'adresse là aux divinités du ciel et de la terre, et non au ciel et à la terre matériels. — Quant à l'hymne X, $8, il ne nous semble pas qu'on puisse en tirer aucune conclusion en faveur de la théorie de M. D. G. Il y est question de l'âme d'un mort passée dans tous les éléments, et le poète résume ces migrations en disant qu'elle est allée dans le ciel et dans Prthivî. L'auteur doute que Prthivî et Bhûmi (nommée au vers suivant) soient ici la terre par la raison que « les autres hymnes védiques attribuent à la terre et » au feu souterrain malfaisant le corps, mais non l'âme, qui au contraire voyage, )> etc. )) Nous répondrions que les deux modes de sépulture, l'enterrement et l'incinération, ont donné lieu à des croyances contradictoires et néanmoins asso- ciées dans l'esprit de tous les indo-européens, et que la croyance à une vie dans la tombe ressort clairement des vers 10-13 de l'hymne X, 18, si l'ensemble de l'hymne qui nous occupe paraissait pouvoir laisser un doute sur le sens de Prthivî et de Bhûmi. Du moins ces premiers arguments méritent-ils la discussion. Il n'en est mal- heureusement pas de même de tous ceux que M. D. G. croit devoir y ajouter. Nos lecteurs nous reprocheraient d'insister sur celui-ci par exemple : Les Açvins sont nommés dans le même vers (X, 132, i) avec le ciel et, non pas même Prthivî, mais Bhûmi, comme ils sont ailleurs rapprochés de Paurore. Nous pour- rions en relever plus d'un de ce genre; d'autres sont presque insaisissables; d'autres enfin témoignent d'une singulière précipitation dans le choix et dans l'interprétation des passages cités. Nous ne savons par exemple comment l'auteur a pu lire dans l'hymne I, 115, que « Prthivî est identifiée à l'aurore comme à n celle qui croît et grandit dans le ciel » (p. 6$). Veut-il parler du vers 6, qui sert d'ailleurs de refrain à plusieurs hymnes, et où Aditi est nommée avec Prthivî ex. Dyauh? Or\ pourrait le croire, attendu qu'il identifie Aditi avec l'aurore et d'histoire et de littérature. 5J qu'à propos d'un autre passage (VIII, 90, 15 p. 57) il substitue également l'aurore à Aditi selon une habitude commune à plusieurs mythologues qui ne se font pas assez scrupule, quand ils croient avoir défini un personnage mythique, de remplacer le défini par la définition sans en avertir le lecteur. Mais alors où aurait été pris ce trait « qui croît et grandit dans le ciel ? » Serions-nous donc renvoyés au vers i, précédant celui où il est question de l'aurore, et qui nous présente le soleil comme remplissant le ciel et la terre ? Nous aimons mieux croire qu'il y a erreur dans la citation du passage. Mais il ne saurait y avoir d'erreur dans la citation du vers VIII, 6 (5) où M. D. G. lit qu'Indra étend les deux mondes et par conséquent Prlhivî comme une peau. Or, dit-il, « la lumière, les » ténèbres, la nue sont élastiques, » mais « Indra qui élargit la terre ne pourrait » se comprendre » (p. 49). M. D. G. aurait pu mieux choisir entre les passages fort nombreux où il est dit qu'Indra a étendu la terre ou les deux mondes, celui- ci portant au contraire qu'il les a roulés ensemble Çsamavarîayat), c'est-à-dire probablement confondus. La comparaison de la terre avec une peau se retrouve d'ailleurs dans le vers I, 85 , 5, où il est dit que les Maruts l'humectent de pluie. Quant aux passages où Indra est représenté étendant la terre comme le ciel, ils pourraient s'expliquer dans une interprétation directement naturaliste, en ce sens qu'il la fait paraître plus large au lever du soleil; mais il nous paraît plus exact de considérer l'expression « étendre « (cf. « consolider «) comme un équivalent de celle de « créer « les mondes. C'est ainsi encore que le passage (VIII, 6, 38) où il est dit que les deux mondes suivent Indra comme la roue le cheval, ne doit pas être pris à la lettre, mais considéré comme une expression figurée de l'obéis- sance des deux mondes au dieu Indra. Quant aux trois Prthivî sur lesquelles M. D. G. se livre à des spéculations tout arbitraires, elles pourraient représenter les trois mondes (ciel, atmosphère et terre) en vertu d'un usage du pluriel ana- logue à celui bien connu qui consiste à désigner deux objets ordinairement nommés ensemble par le duel de l'un des deux noms. Mais nous croyons que l'expression peut désigner aussi trois terres par opposition aux trois ciels, et c'est probablement de ces trois terres qu'il est question dans le vers III, $6, 2, où il serait dit que deux sont cachées (souterraines) et une seule visible. Les arguments les plus inattendus sont peut-être ceux que l'auteur tire de l'hymne I, 18$. D'abord le vers i n'identifie pas Dyâvâ Prth'm à ahanî « le jour » et la nuit » même dans la traduction de M. D. G., et l'épithète acarantî, du vers 2 « qui ne se meuvent pas » conviendrait fort mal à Dyâvâ Prthivî s'ils avaient ce sens. L'auteur croit comprendre ensuite au vers 4 que Dyâvâ Prthivî « sont entre les deux jours divins, ou sont, comme aurores crépusculaires, les » rives célestes du jour et de la nuit. » En supposant que rodasî fût étymologi- quement identique à rodhasî « les deux rives, « l'expression se comprendrait parfaitement du ciel et de la terre, rives de la mer atmosphérique, et rien n'in- dique, ici plus qu'ailleurs, qu'il s'agisse des rives du jour et de la nuit. Le vers, d'ailleurs obscur, semble signifier que le poète désire atteindre les deux mondes (c'est-à-dire sans doute faire parvenir jusqu'à eux sa prière), eux qui ont les dieux pour fils, eux deux entre les dieux (ubhe devânâm , c'est-à-dire probable- 54 REVUE CRlTiQU'i('^'^*W*^J ment honorés à part), et dans l'un et l'autre (ou invoqués avec l'un et l'autre) des deux jours (ubhayebhir ahnâm). Mais le plus inexplicable est que M. D. G. ait pu lire dans le vers 5 que Dyauh et Prthivî « arrivent au point médial de » l'univers. » Nous lui accordons qu'il serait en effet impossible de concevoir la terre montant au « pôle suprême, ou ombilic céleste; » mais où a-t-il pu prendre que abhi-ghar signifiât « arriver, « alors que les seuls sens connus de ce verbe sont « verser « et « arroser. » Le ciel et la terre arrosent le nombril du monde, c'est-à-dire le sacrifice (I, 164, 3 $) ou la place du sacrifice appelée plus souvent le nombril de la terre. C'est ainsi que le foyer de Delphes était chez les Grecs le milieu, le nombril du disque terrestre (Voyez le Mémoire de M. Th. Henri Martin dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions^ XXVIII, repartie), ce qui montre, soit dit en passant, que les mythes du sacrifice pourraient très-bien remonter à la période indo-européenne elle-même. Maintenant si l'on veut abso- lument donner à notre phrase un sens précis, on entendra que le ciel arrose l'autel de pluie et que la terre l'arrose de Soma terrestre; mais il nous semble beaucoup plus simple de comprendre que le sacrifice est récompensé par l'obten- tion de tous les dons, célestes et terrestres. Rien n'empêche d'ailleurs de voir une allusion au Soma terrestre dans les passages où la terre est représentée avec le ciel comme un réceptacle de l'ambroisie (vers 6) et dans toutes les expressions équivalentes. Nous ne ferons plus qu'une seule observation sur ce sujet. M. D, G. n'aurait jamais songé peut-être à transporter Prthivî dans le ciel si cet effort ne lui avait paru nécessaire pour sauver l'identification de Sîtâ, fille de Prthivî (comme sillon ou sortie du sillon) avec l'aurore (p. 50). C'est la confirmation de la remarque faite plus haut, à savoir que les préoccupations étrangères à l'interprétation des hymnes, s'agît-il même de mythes indiens, ont pour effet ordinaire de défigurer et de rendre méconnaissables les parties les moins obscures du Rig-Veda. {La fin au prochain numéro.) Abel Bergaigne. 18. — A. HuG prolegomena critica ad Aeneae Poliorcetici editionem. Turici. 1874. In-4*, 45 p. — Prix: 2 fr. 75. — Aeneae Gommentarius Polior- ceticus, recensuit A. HuG. Lipsiae. 1874. In-8*, xij-88 p. [Bibliotheca Teubneria- na.] — Prix : 5 fr. 35. On s'applique de toutes parts, aujourd'hui, à la recherche des gloses de diffé- rente sorte, qui ont gâté, souvent de très-bonne heure ', les auteurs classiques de l'antiquité. Pour Énée le Tacticien, c'est M. Hercher qui ouvrit dernièrement la campagne; mais, si vigoureusement qu'il l'ait menée, il devait laisser à faire après lui, M. Hug signale, à son tour, un nombre considérable de passages sus- pects qui ont échappé à son devancier; et il y en a, probablement, encore d'autres qu'il n'a pas vus. Examinons rapidement quelques-uns des textes traités par M. H., soit dans les Prolégomènes, soit dans l'édition. Chemin faisant, nous I . Voir, p. ex., dans le Traité sur la défense des places d'Enée, la glose sur les Locriennes, qui ne peut être postérieure de plus de dix années à la publication de l'ouvrage. (Aeneae comment, pol. rec. R. Hercher, éd. major, 1870, p. 95, 1. 4.) d'histoire et de littérature. 5^ donnerons aussi notre opinion sur quelques autres difficultés qu'il n'a point abordées. XL 6. « Pour que les patrouilles qui circulent sur le rempart paraissent plus » fortes qu'elles ne sont en réalité, il n'y a qu'à faire marcher les hommes deux » à deux, et faire porter la lance sur l'épaule gauche au premier rang, sur » l'épaule droite au second rang : de la sorte, ils sembleront avancer à quatre » de front. » Personne, que je sache, ne s'est permis d'exprimer un doute sur la réussite de cet étrange stratagème. M. H., même, a illustré ce texte d'une figure, qui, il faut bien l'avouer, ne me le rend guère plus intelligible. Veut-on que l'ennemi, qui, du dehors, observe les patrouilles, voie deux hommes pour un, il suffit, ce me semble, de donner à chacun des soldats, composant la pa- trouille, deux lances, une pour chaque épaule'. Dans cet ordre d'idée, on pourrait peut-être proposer délire : y^pr^ zepiibxxi è^l Buo, exovxaç [xàj^ <56o> ScpaTjX, Tc <\).h> £V (MS tov eva; [jlsv inséré par M. Hercher) [c-cixov] £7:1 xfô àptffxspw ol)|j.({), to (MS Tov) Se eTspov èxl tÇ» Be^iîd • y.a\ outw çavouvxoci dq Tic- capaç. — Du reste, notre conjecture n'exclut pas la suppression, que M. H. a proposée, du § suivant. III 3. Ajoutons aux raisons présentées par M. H. qu'il ne peut être question, chez Enée, de « place forte confiée exclusivement à la garde d'étrangers.» Enée va même Jusqu'à recommander, s'il y a des alliés dans la ville, p^riTOxe a[;,a cu- TeXeiv Toùç (su]x\).dyouq^ àXkà hiea-AeZâc^M •/,. 1. A. (XII i). X 8. xà T£ TcXoïa opi^iî^ecôai y,aO' àq %ùXaq <£V> laXq £y^O{/,£Voiç pY)ô-^c7£Tat. Cela signifie , si je ne m'abuse : u Les vaisseaux mouilleront auprès des portes » qu'on aura soin de designer dans la suite (de la proclamation). » XV 4. Il n'y avait pas lieu de revenir sur la correction de M. Hercher; car ouTwç, qu'il a supprimé devant b/.izi[K~eiv^ provient de o'Jxwç iy.':ié\KTie(j(ici.i^ qu'on lit à la ligne précédente. — Ibid. Il ne fallait pas rejeter: /,ai {jltj âp6{i,<{) TïoppwOcV TCapaYt'YVwvxai. XVII. Sans prendre parti pour ou contre la proposition de M. Ad. Kirchhoff, qui tend à souder au § 2 du chap. VII le chapitre XVIII et tout ce qui vient ensuite, j'incline à conseiller une transposition dans l'intérieur du groupe de chapitres VIII-XVII. Le chap. XVII s'intercalerait tout naturellement entre les chap. XI et XII, tandis qu'on ne voit point sa raison d'être là où il est. XX I. Je persiste à croire, malgré l'approbation que M. H. peut trouver ici chez M. Ad. Kirchhoff, que p.Y) ceoti.'KYqv.ôix doit être conservé. Il est recom- mandé au général de fermer les portes avant le dîner, prescription conforme à ce qu'on a lu plus haut. Il est dit, en effet, au chap. XVHI § i , que lorsque le soir est venu et tout le monde rentré dans la ville, c'est le moment de sonner le dîner et de fermer les portes. 1. S'il est difficile à l'assiégeant de compter les soldats, à cause des merlons qui les masquent la plupart du temps, il n'en est pas de même des lances, qui dépassent la crête du mur. 2. Nous mettons entre crochets droits [ ] ce qui est à retrancher du texte fourni par les manuscrits; entre crochets obliques < >, ce qu'il y faut ajouter pour combler des lacunes. JÔ .•-' -REVUE CRiriQaÉffft'O-'hn'^ XXII 25. La conjecture de M. Herchef;, — qui, soit dit par parenthèse, offre seule un sens satisfaisant, — signifie , je pense : « il faut changer la clepsydre » tous les dix jours. » Cp. Enée XXIII 4 §tà /pévou Tivéç («de temps en temps»); de même X j ; Thucydide III 2 1 Sià §é/,a sTCaX^ewv Tuôpyot rjaav (« il y avait des tours tous les dix créneaux »); Philon de Byzance, p. 80 des Veteres Mathematici, 8tà TETTapwv xYj^wv (« de quatre en quatre coudées »); Dion Cassius LXX 10, 4 (dans l'abrégé de Xiphilin) Bi' okr(oo (en parlant de tours, « à une petite distance l'une de l'autre (?) »). XXIII 2. Nous ne chicanons point sur la correction. Mais il ne faut pas attri- buer à l'auteur, quel qu'il soit, de l'intrusion', des singularités, dont quelque copiste est, évidemment, seul responsable. Car on s'imagine aisément que la glose, à l'origine, disait à peu près ce qui suit : v^ai -/àp al to6twv fwval opôpou XXIV 6-8. Pour rendre lisibles ces dix lignes, M. H, met en œuvre simul- tanément seize conjectures, parmi lesquelles huit sont de lui. Il nous reste des doutes sur la légitimité d'une semblable restitution'. — XXIV 19. Ta Bk c7uvG-/|- [mia — av èpwxwY]]. Le mot d'ordre ne peut être demandé successivement par la patrouille à la sentinelle et par celle-ci à la patrouille, que s'il y a deux mots d'ordre distincts, selon le système d'Iphicrate et comme il est expliqué au § 16. Tout ce § 19 est à supprimer; car ce n'est qu'une rédaction marginale, équivalente au § 16. — Quant à changer y.oivwç en xôtvbv êuxco, il n'y faut pas songer : ce serait arbitraire. XXV 2. Ici non plus, M. H. n'a rien remarqué de suspect. Il faudrait cepen- dant écarter du texte, croyons-nous, èv [xàv laXç Gv.oxei^aXq — «fasivotç xpcvotç (§ 2). Le 7capaff6v6Y)[j,a, — appelé uxoauvOY)iJ,a dans les manuscrits de Philon de Byzance, — est essentiellement un signe muet, atpwvov (Philon, p. 93 des Veteres Mathematici. — Cp. Onosandre, ch. 20 (p. 90-91 Schwebel) : to Se T:apa<7uvOY]|;.a [).r\ Btà (pwv^ç Xe^éf^Ou), àXkà Sià G(!i[).y.xoq -/lYvécôco y., x. X., et Végèce III 5 signa muta). Si le xapaa6vOYi[j.a pouvait consister dans un bruit, vocal ou autre, il serait tout aussi facile à surprendre que le simple mot d'ordre, ce qui est con- tradictoire à la définition qu'Enée lui-même en donne (voir au § i). M. H. a signalé, dans son édition, une glose (XXXIX 6), qui procède de la même manie de tout distinguer, même ce qui ne souffre point de distinction. Nous soupçon- nons ces deux gloses d'être parties de la même main. XXVIII 4-$. Restitution douteuse. En tout cas, lire à[;içoT£pa)v xuXûv. [XXIX 7] (passage intrus). Les poignards ne sont pas a cachés sous des » pépins de citrouille ; » mais, si nous ne nous trompons, enfoncés par la lame, vers la région de la queue, dans le cœur des citrouilles. — XXIX 8. Ka\ TYjpï]- 1. Sur l'avantage qu'il y aurait à substituer, dans ce sens, le mol « intrusion » au mot « interpolation «, voir Tournier, Exercices critiques, p. 6 (à la note). 2. En passant, nous proposerons à M. H. la conjecture suivante sur la p. 26, I. 29 de sa brochure: «çOeYTfôjAEvai (Hercherus pro çôeYyojAévwv).» Lire: prop.,i\x lieu de pro. 3. Polyen raconte (III 14) le même stratagème, parfois dans les mêmes termes qu'Enée, quoique d'une manière un peu différente au fond. d'histoire et de littérature. 57 (jâvTwv est bien peu admissible : comment s'expliquerait la faute? M. H. ne se préoccupe guère de l'origine des fautes. Il en résulte que certaines de ses con- jectures, par exemple sur XVIII i î et sur XVIII 19, sont de la fantaisie pure. XXXVII 8-9. Kal oTç [Aev icpou-^xei xà Iv, twv èvavTÎtov 'Zz-/yâaiKOixct (ivTto6|xevov à[x6veiv SeB-^Xwxat • toTç 81 uTropûaaeiv [;iXXouaiv t6B' av y^voito [(T/upéxaTov (ppaY[;,a Suit la description d'un abri pour le mineur assiégeant. Est-il besoin de faire remarquer que cela ne rentre point dans le cadre d'Enée ? Enée traite de la défense des places, mais nullement de la manière de les prendre. Déjà Ca- saubon avait signalé une glose de la même nature (XVIII 22 — XIX). Malgré la vraisemblance de certaines suppressions proposées par M. H., nous ne croyons devoir approuver sans réserve (en dehors des conjectures déjà jugées favorablement, soit par M, Ad. Kirchhoff, soit par d'autres critiques, ou par nous- même dans le cours de cet article) que les corrections afférentes aux passages suivants: IX; XII 4; XIII 2; XV 9; XX 4; XXI 2; XXII 1 5-16; XXII 26 (sup- pression de o'JTw-oyXetv ; cp. Aeneae comm. pol. éd. H., praef, p. vij); XXIX 5; XXXII 8-10; XXXVIII 3 ; XXXIX 6 (les deux corrections); XL i. Nous avons réservé pour la fin les chapitres X et XI, qui ont besoin d'être sérieusement remaniés. — §3 sTuetTa xYipuYt'-aTa TroietaOai xotaBe BtaTivoçjrpôvou, çi^ou xat àTioxpo-KT^q xwv èxipouXsuovTwv ëvsxa. Reporter ces mots, soit à la marge, soit plutôt au § 1 5 devant ôç 5v /.aTaixvjvuaY), en supprimant xal. Motif: les articles de la proclamation, qui suivent immédiatement la phrase eirsiTa y.. X. \., ne sont de nature, ni à être publiés de temps en temps, ni à détourner les conspirateurs de leurs desseins. — § 5 'Eàv Bà wat çuYaSeç, sTCaYjpucrastv, oç àv às-wv y; ^évwv yJ §o6Xwv aTuoxxst'vY) (correction de M. Sauppepour la leçon du M S àTTCxivY)), à exaaxw xouxwv è'cxai. M, H. a bien fait de transporter cette phrase devant le § \6. Mais il en résulte ceci. On lit, dans un même chapitre, au § 6 : y.al èiv xiç xivt xwv çuy^^^^ (^'■j'^^hriiai y,, x. X. : donc il y a des pros- crits; puis, au § 16, eàv Se toai çuYaSî? : // n'est plus sûr qu'il y en ait. C'est que le § 6 doit être transposé devant le § 18. Là où il se trouve actuellement enchâssé, il interrompt, comme faisaient èàv lï — loxat (§ 5) avant M. H., le développement naturel de la proclamation. — Nous hésitons à suivre M. Hercher, lorsqu'il change, au § 1 5 , la leçon c xi ' du manuscrit en oç. Nous aimerions mieux : âç 5v xaxa[x-rjv6aY) xtvà eTci^ouXeôovxa xv^ xiXet, 9j 5 xt ouv (M S av) xwv xpcYsYP^t^t'-^^wv [xiç] xpaxx6[j.evov l^aYY£^XY). — Un peu plus bas, nous supprime- rions XI xwv zpoYeYP^E^'l^-^^^''- — Puis, ^u § 17, nous voudrions placer la virgule après xpa^'f), et transposer xi xwv rpoy£i[j.évwv à la suite de à-xoSiSoGOai, en effaçant le signe, indiquant une lacune, introduit ici par M. Hercher; le sens serait : « Et si c'est quelqu'un de sa suite, qui tue le tyran, on lui donnera une » partie de la récompense proposée et, de plus, le droit de rentrer dans la » patrie, » — Maintenant, observons que, avec le § 20, nous passons d'un sujet à un autre. Il s'agissait jusque-là des « Proclamations » : nous trouvons, à partir de [X£xà lï xaoxa, les « Précautions à prendre contre les conspirateurs ». C'est donc devant [/.exà l\ xauxa qu'il faut écritre Chapitre XI : libre aux futurs I. Et non point ôç ti, comme on lit chez M. H. 58 .IHUT REVUE CRITIQUE T^ihVj éditeurs de mettre de nouveau à la ligne et de numéroter XI bis, en arrivant au chapitre XI actuel. Nous ne leur demandons plus que de débarrasser le texte, en tête du ci-devant chapitre XI, de "Exi âà y.a\ twv — à7:o$é/,e<76ai Stà xâSe, vu que les mots /.al [XYjoàv sùOécoç à-océxeaOa'., s'ils s'appliquent parfaitement à la trahison de Chios, ne s'accordent aucunement avec les autres exemples annoncés par p-^ÔYjcrûVTai 8a k.B,iqq. M. H. n'a pas toujours la main heureuse, lorsqu'il essaie de faire des restitu- tions. Sa méthode est peu sévère; il oublie volontiers qu'il faudrait, en général, lorsqu'on corrige une faute, en rendre sensible, en même temps, l'origine. Mais M. H. déploie une remarquable sagacité à découvrir les commentaires insérés dans les textes. Sur ce terrain, il frappe presque toujours juste. J'aurais voulu seulement le voir reléguer toutes les gloses également, au bas des pages, dans l'annotation critique. Dans l'édition, les passages déjà condamnés par M. Hercher ont seuls disparu du texte. Pourquoi cette différence dans le traitement des gloses? La modestie ne commandait pas cela à M. H., quoi qu'il dise, et elle n'a rien à faire ici. M, H. eût été obligé, sans doute, à un peu plus de réserve; ce n'eût peut-être pas été un mal. En outre, il n'aurait pas eu la fâcheuse idée, en mettant ses gloses entre crochets, de se servir,, pour les mieux distinguer du reste, d'un alphabet hybride dans lequel l'G et le K onciaux se rencontrent avec des formes toutes modernes, comme le q de la Renaissance. Nous ne voudrions pas terminer le compte-rendu d'un travail aussi utile et estimable qu'est celui de M. H., en exprimant un regret. Cette édition est munie d'un apparat critique suffisamment complet; enfm, à tout prendre, le texte de la nouvelle édition d'Enée est certainement en progrès sur celui de toutes les éditions précédentes; pour en permettre le contrôle, la leçon du manuscrit unique y est constamment indiquée au bas des pages, et les conjec- tures admises dans le texte portent toutes la signature de leur auteur. En somme, la nouvelle édition possède un mérite incontestable ; elle est consciencieusement revue,, et, — c'est là son originalité, — considérablement diminuée. Charles Graux. 19. — Les Châtelains de Lille, par Th. Leuridan, archiviste de la ville de Rou- baix. Paris, Dumoulin. 1873. In-8*, 334 p. Cet ouvrage se compose de trois parties : Dans la première l'auteur a étudié les origines des châtelains, les origines et la topographie de la châtellenie, les attributions et les pouvoirs judiciaires, administratifs et militaires des châtelains, leurs relations avec la ville de Lille, leurs fonctions comme avoués des abbayes et particulièrement de l'abbaye de Phalempin (p. i à 92). La seconde partie est consacrée à l'histoire et à la généalogie des châtelains depuis 1038 jusqu'en 1789 (p. 93 à 172). Enfm la troisième que M. L. nomme Carîulaire des châtelains de Lille est un recueil de 229 chartes allant du xi" siècle à 1572, analysées ou reproduites entièrement, suivant leur intérêt et suivant qu'elles étaient inédites ou déjà publiées (p. 175 a 309). Le volume est terminé par une Table onomas- tique du carîulaire des châtelains. Les documents qu'a réunis M. L, sont importants; pour les recueillir il lui a d'histoire et de littérature, 5'9 fallu beaucoup de zèle et de persévérance; on en peut juger en voyant par ses notes les nombreux dépôts d'archives qu'il a dû explorer. Ses recherches du reste ont été fructueuses, car il a mis au jour et groupé nombre de faits intéressants qu'on chercherait vainement dans les livres de Piétin et de Van der Haer qui avant lui, l'un au xvî" et Pautre au xvii* siècle, s'étaient occupés du même sujet. Il n'y aurait guère que des éloges à donner au travail de M. L. s'il s'était contenté de tirer des documents qu'il avait patiemment réunis les données qu'ils pouvaient fournir relativement à la châtellenie et aux châtelains, et s'il n'avait eu la prétention comme il le dit lui-même <( de traiter ce sujet sur des bases plus )> larges et essayé de le mettre en rapport avec les données nouvelles et » les dernières révélations de la science historique. » En l'absence de textes M. L. a tenté de résoudre les problèmes délicats et complexes, d'origine, de topographie et de relations juridiques par voie d'analogie, et souvent, pour « élargir » son sujet, il s'est lancé dans des généralités sans rapport direct avec les questions qu'il traitait. C'est ainsi que voulant rechercher les origines de la châtellenie de Lille, sur laquelle les textes ne lui fournissaient aucune lumière, puisque la première mention d'un châtelain est de 1087, M.L. ne s'est pas contenté de reproduire l'opinion généralement admise qu'avant d'être seigneur héréditaire le châtelain avait été un officier du comte chargé par lui de la garde et de la défense d'un château. Il a voulu aborder la discussion des origines de la féodalité, et malheureusement ne s'y est guère montré au courant des « dernières révélations de la science historique; » il avoue (p. 21) que son principal guide en cette matière a été l'ouvrage vieilli et peu critique de Raepsaet ' . Ses investigations personnelles sont du reste encore moins heureuses, principalement parce qu'il ne paraît pas se rendre compte de la valeur relative des sources : à côté d'un diplôme et de capitulaires il cite, comme d'une valeur égale, l'historien du xvi* siècle Jacques Meyer (p. 4, 6, 7). Il dit que la châtellenie de Gand devint héréditaire en 1046 et son autorité est la chronique de Saint-Bavon écrite au xvi* siècle (p. 12). Tout ce qu'il dit à la p. 8 et à la p. 9 de la mention vers 960 du château de Lille est faux, et il l'a reconnu lui- même en reportant le texte sur lequel il s'appuyait au xi*^ siècle (entre 1034 et 1067, voy. p. 175). Il semble ailleurs à peine hésiter à accepter la légende fabu- leuse des forestiers de Flandre : Dargnel, Lyderic, le tyran Phinaert, et essaye d'en extraire quelques données historiques sur les premiers châtelains. Pour déterminer les limites de la circonscription territoriale nommée châtelle- nie, il semble que la méthode devait consister à noter d'abord avec soin toutes les localités mentionnées dans les chartes comme ayant fait partie de la châtel- lenie, en ayant soin de ne pas confondre avec la châtellenie toutes les seigneuries qu'ont possédées les châtelains, ensuite à relever dans les documents concer- nant les seigneuries limitrophes les mentions de localités voisines qui ne faisaient pas partie de la châtellenie. Ce travail eût donné des limites générales qu'on I. Analyse historïaue et criûqac de l'origine et des progrès des droits des Belges. Gand, 1824-1826. M. L. s indigne de ce que M. Guérard a pu dire que beaucoup d'opinions de Raepsaet étaient peu probables et trouve que « le temps ne fait qu'ajouter à l'autorité qu'ont » acquis ses travaux. » n mw.t4'^^-miiJm^f'y:mistttJ:iit^3S!^i 60 REVUE CRITIQUE aurait pu peut-être déterminer plus exactement en les comparant à celles des territoires anciens et en s'aidant de la topographie du pays. M, L. n'a eu garde d'entreprendre ce travail délicat ; il a préféré, sans s'appuyer sur aucun docu- ment, placer dans la châtellenie une partie des pays des Ménapiens et des Atré- bates et divers territoires qu'il nomme tous des Pagi. Là encore M. L. n'était pas au courant des « dernières révélations de la science historique, » car il dis- tingue sans raison le pagus du comté (p. 4); crée toute une série de pagi majores, médiocres, minores rentrant les uns dans les autres et dont l'existence n'est rien moins que prouvée (p. 4, 7); énumère parmi les pagi des territoires qui sont désignés dans les textes sous les noms de regiuncula (le Ferrain) d'Ager (le Ca- rembaut) de regio (le Weppes) et auxquels, sous peine de tout confondre, on ne saurait appliquer le nom de pagi. Dans son exposition de la puissance des châtelains, de leur juridiction, de leurs fonctions, M. L. a tiré des documents par lui réunis nombre d'observations importantes, malheureusement il a cru que le recueil de documents qu'il plaçait à la fin de son livre le dispensait de les citer, et il ne produit que rarement les textes qui ont formé son opinion, en sorte que pour la contrôler, il faut sans cesse relire et feuilleter les chartes qu'il a publiées; et ce contrôle est d'autant plus nécessaire que M. L. accorde aux ouvrages de seconde main la même autorité qu'aux chartes. En voici quelques exemples. C'est d'après Panckouke [Abrégé de l'histoire des comtes de Flandre) qu'il dit qu'un châtelain de Lille fut le principal conseiller de Baudouin IX (p. 1 2). Rapportant que le châtelain de Lille, garant en 121 5 du traité de Pont à Wendin, défendit contre les Fla- mands le passage de la Lys à Erquinghem, il cite comme autorité Ed. Leglay {Histoire des comtes de Flandre), qui, dit-il, nomme ce châtelain Jean au lieu de Roger (p. 124). S'il avait consulté les sources, M. L. aurait pu voir que c'est l'auteur de V Histoire des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre (p. 1 38) dans lequel M. Leglay a puisé, qui a commis cette méprise. C'est dans Duthilloeul, Petites histoires de Flandre et d'Artois, qu'il prend l'indication d'une donation de 1 244 aux chanoines de Seclin. Dans le chapitre où il traite des attributions judiciaires des châtelains, M. L. a confondu toutes les relations juridiques. Il ne distingue pas la juridiction féodale de la cour du château composée des pairs de la châtellenie, des plaids généraux dont les juges étaient des échevins, juges des gens de condition inférieure comme le dit un chroniqueur du xii" siècle, Galbert. Le mot pair employé seulement dans la langue judiciaire pour désigner le vassal d'un châtelain, juge dans sa cour en matière féodale, est devenu pour M. L. le titre de seigneurs dont il a nommé les seigneuries des pairies sur lesquelles il a disserté au chapitre IX, les distinguant sans raison d'autres fiefs mouvant aussi du château et dont le possesseur était également tenu au service de cour (chap. X). Malgré le grand nombre de textes qu'il a parcourus, M. L. n'a pu parvenir à établir une généalogie définitive. Quelques textes qui lui sont restés inconnus et dont on trouvera plus loin l'indication, complètent sur certains points ses ren- seignements. Non-seulement cette généalogie a des lacunes, mais ce qui est plus grave elle manque absolument de clarté, et ses allégations sont souvent contra- D'HISTOIRff ET DE LITTÉRATURE. 6\ dictoires. Là aussi M. L. a manqué de critique, a mélangé les faits prouvés par des chartes, ceux altérés peut-être par des chroniques postérieures, et ceux in- ventés par des généalogistes de mauvaise foi. La dernière partie de l'ouvrage de M. L. est sans contredit la plus importante et la plus intéressante. J'y ferai cependant quelques observations; d'abord sur le nom qu'il lui donne. Ce recueil de chartes n'est pas un carîulaire, cette déno- mination ne saurait s'appliquer à une réunion d'actes ne provenant pas d'un même fonds, n'ayant, pour une bonne partie, rien autre de commun que la mention, souvent accessoire, d'un fait ou d'un personnage. Il eût été mieux sans doute de ne publier qu'un carîulaire des châtelains sans embarrasser ce recueil de nombreuses analyses de chartes avec l'indication des ouvrages où elles sont publiées d'après les tables de M, Wauters. Ces chartes n'ont souvent d'autre rap- port avec le sujet que des souscriptions de châtelains et eussent été mieux à leur place au cours du récit lorsque leurs souscriptions prouvaient quelque chose. Ajoutons que presque tous les textes publiés sont fort mal ponctués et qu'en outre pour les dates, M. L. tantôt ne les a pas ramenées au nouveau style, tantôt a mis l'indication v. s., et tantôt a indiqué les deux années d'ancien et de nouveau style '. La charte n° 78 de 1200, dont M. L. ne cite qu'un extrait d'après Vre- dius est tout entière dans le Grand cartulaire de l'abbaye de St-Berîin (t. I, p. 597, ms. n" 803 de la bibliothèque de Saint-Omer). Voici maintenant l'indication de quelquesdocuments que n'a pas connus M. L.; j'ai omis de mentionner les souscriptions de châtelains qui n'apportaient pas un complément de renseignements à son travail pour n'indiquer que les textes impor- tants. Les papiers de D. Grenier aujourd'hui conservés à la Bibliothèque nationale contiennent une table chronologique des chartes relatives à la Flandre où se trouve l'analyse suivante : « 1156. — Contrat de mariage entre Renaud châte- « lain de Lille et Mathilde fille de Varin ^j donation faite par ledit Varin » des biens qu'il avait à Singhin en Weppes, du consulat {sic) de Everlinghem » et des dîmes de la Potrie. » (Bibl. nat. Pap. de Dom Grenier, t. 249, f" 63 v°). Ce document fait connaître une seconde épouse du châtelain Renaud. M. L. a omis de dire sur quelle autorité il s'appuie pour lui faire épouser la fille d'Ar- noul de Guines et à quelle époque on en trouve la mention (p. 115). — En 1 174 on trouve la souscription du châtelain Jean (S. Johannis castellani de Insula) à une charte de Philippe d'Alsace confirmant la vente faite à l'abbaye de Saint-Nicolas de Fumes par Evrard Radol de Tournai, d'une terre nommée Wokinewerf, sise paroisse d'Alverghem, châtellenie de Fumes ( Cartulaire de Saint- Nicolas de Furnes, p. 217). M. L. n'avait pas connu de mention de ce châtelain antérieure à 1 177 (p. 1 17). — Une charte de 11 77 contient sur ce châtelain des particularités inconnues à M. L. On le voit mentionné (ad judicium hominum nostrorum Johannis quoque castellani de Insula qui erat hères deSingin) 1. M. L. date de janvier 1237 et semble appliquer au traité de Péronne, qui ne fut cependant conclu que le 12 avril, un acte de garantie donné au roi de France par le Châtelain de Lille en 1238 et qui s'applique au traité de Compiègne conclu en décembre 1238 (p. 241). 2. Ce blanc existe dans le ms. 62 '-'n- REVUE CRITIQUE à la suite d'un jugement qui termine une contestation relative aux moulins d'Anoeulin, entre l'abbaye de Saint-Vaast d'une part, et Hellin de Wavrin, sénéchal du comte de Flandre, et Robert de Sengin (Sainghin) « cjui tune Sen- » guin vadio et maritali dote tenebat » (Bibl. d'Arras. Papiers de Dom Lepez. Ms. n° 204 ancien, 316 nouveau, f° 41 v"). — La charte suivante de 1 208 avec un post-scriptum de 1212 contient des détails importants et mérite plus qu'une analyse. La voici par extraits : Ego Rogerus Insulensis castellanus pro anima patris mei Johannis castellani — (confirmation de la vente faite à l'abbaye d'Hénin Liétard par Hugues de Balmont qui la tenait en fief de lui, de la dîme d'Assel- ville). Ut igitur certius hoc omnibus habeatur et ratum, cum sigillum adhuc pro- prium non haberem, sigillo domini Johannis abbatis de Phalempin patrui, presenîem paginam confirmare et munire volui. Actum anno domini M°CC°VIII° mense aprili, V° idus ejusdem mensis coram hiis testibus : Hellino de Gondocorî tum ballivo terra mes Postmodum autem cum sigillum proprium habuissem hoc totum coram hominibus meis diligenter recognovi etfideliter approbavi et presentem paginam sigilli mei appensione roboravi. Hac recognitio facta fuit et approbata apud Aneulin anno domini M°CC°XII° mense julio CBibl. d'Arras. Papiers de Dom Lepez. Extraits des archives de l'abbaye d'Hénin. Ms. ancien 201, nouveau 332, f" 147 ancien, 107 y"* nouveau). M. L, ne mentionne ce châtelain Roger IV qu'en 1211-1212 (p. 124). Entre Jean l" et Roger IV il suppose l'existence d'un fils inconnu de Jean P'', sous la baillie de Ghilebert de Bourghelles. Cette charte démontre que ce fils mineur était précisément Roger IV qui en 1 208 n'avait pas encore de sceau et n'en posséda qu'en 1212. — 121 3. Retrait opéré par Roger châtelain de Lille de la dîme de Boesinga tenue en fief de lui par Michel de Herentaga qui l'avait vendue à l'abbaye de Saint-Martin d'Ypres (Sanderus, Flandria illustrata , t. II, p. 313). — La mention suivante se trouve dans un ms. de Dom Lepez (Bibl. d'Arras. Ms. ancien 204, nouveau 316, p. 84) et renvoie à un cartulaire de Saint-Vaast coté P que je n'ai pu retrouver: 1220. Carta Rogeri castellani Insulensis de terra de Carembaut. Fol. XLI v°. — 1226. 14 décembre. Acte de garantie fourni au roi de France par Roger, châte- lain de Lille (Teulet. Layettes du trésor des chartes, t. II, p. 103). — 1230. Septembre. L'abbé de Saint-Martin de Gemelle et Michel, chanoine de Saint- Nicolas d'Amiens, juges-commis par le saint-siége confirment un accord du mois d'août précédent, intervenu entre l'abbaye de Saint-Vaast et Roger, châtelain de Lille, au sujet de la pêche de la rivière a loco qui dicitur Pourvues usque ad sedem molendini de Dons et super quodam ponte quem dictus castellanus construi fecerat super cursum dicta aqu£ et super hoc quod predictus castellanus faciebat purgari rivum aquA dictorum abbatis et conventus a predicto Fourques usque adfossam de Tournecul. Ce procès commencé contre le châtelain Roger IV avait été conti- nué contra nobilem virum Guillelmum prepositum beati Pétri nunc castellanum Insulen- semfratrem et successorem predicti Rogeri (Bibl. d'Arras. Ms. ancien 204, nouveau 316. Papiers de Dom Lepez. Copie d'après la suite du cartulaire de Saint-Vaast de Guiman). — 1237. Juillet. Accord entre la comtesse Jeanne et le châtelain Jean au sujet des droits de juridiction que la comtesse prétendait exercer dans la châtellenie; publié par Tailliar, Recueil d'actes en langue romane wallonne, p. 91, D*HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. 6^ et par Duchesne, Maison de Béthune. Preuves, pj r52. — 1243. Mai. Donation à l'abbaye dite l'Honneur N. D. par Marguerite de Daiïipierre, de la terre de Baroeul qu'elle avait acquise de Jean, châtelain de Lille, du consentement de son fils Guillaume (L'abbé Hautcœur, Cartulaire de l'abbaye de Fîmes. 2 vol. in-8°. Lille. 1873. — T. I, p. 3 1). Cette charte fait mention d'un fils du châtelain Jean que n'a pas connu M. L. — 1272. 26 août. La comtesse Marguerite confirme l'accord intervenu entre l'abbaye de Saint-Vaastet Jean, châtelain de Lille, pour faire un bornage entre Berclau et Hautay et es liens prochains (Bibl. d'Arras. Ms. ancien 204, nouveau 316. Papiers de Dom Lepez. Copie diaprés le cartulaire de Saint-Vaast coté P f 50). Ces notices des chartes montrent qu'après M. L. il reste encore à glaner; je suis persuadé que les cartulaires et les fonds d'archives du pays tiennent encore en réserve .une ample moisson, suffisante pour dédommager de sa peine un chercheur que ne déconcerterait pas le travail de M. L. dont le livre ne saurait être considéré comme définitif. Je termine cette trop longue critique par quelques observations accessoires. Les citations de ce livre ne permettent que rarement une vérification. P. 39. M. L. cite Roisin sans autre indication; ailleurs, il indique « Archives du dépar- » tement du Nord. Chambre des comptes passim » (p. 142). Ailleurs, « Mss. de la bibl. de Lille » (p. 169). Souvent il cite : « Desplanque, Cartulaire du Nord. Cet ouvrage n^a jamais paru, et quelques feuilles seulement ont été tirées. En général les textes sont mal publiés, mal ponctués, souvent sans accents ni apostrophes. M. L. imprime Xpofle ou même Xpfle pour Christofle (p. 235). Je ne citerai qu'un exemple des conjectures qu'il hasarde parfois: p. 53, il pense que Heldebault est une forme défigurée de Herban. A. Giry. 20. — F. Nietzsche. tTnzeitgemsesse Betrachtungen. Drittes Stûck : Schopen- hauer als Erzieher. Schloss Chemnitz, Schmeitzner. In-8", 1 13 p. — Prix : 8 fr. Cette troisième brochure a été pour nous une déception. Le titre nous avait fait espérer une œuvre d'une tout autre portée ; nous pensions qu'après avoir, au nom de la philosophie de Schopenhauer, attaqué Strauss et l'érudition des Uni- versités allemandes, l'auteur allait mettre en regard l'éducation telle que Scho- penhauer l'a comprise et telle qu'elle devrait être dirigée d'après ses théories. Au lieu de cela, M . Nietzsche s^est contenté de faire une troisième satire contre ses compatriotes en général et contre les savants allemands en particulier. Ses critiques manquent de variété et leur exagération leur enlève une partie de leur force. Il descend même à des personnalités aussi dépourvues de convenance que de vérité, par exemple quand il écrit : v J'aime mieux lire Diogène Laerce » que Zeller, car je retrouve du moins chez lui l'esprit des anciens philosophes, » tandis que chez Zeller je ne retrouve ni leur esprit ni aucun autre » (p. ici). Le sujet choisi par M. N. était pourtant du plus haut intérêt. Schopenhauer, après avoir vécu pendant de longues années au milieu de l'indifférence univer- selle, est devenu aujourd'hui le plus lu et le plus goûté des philosophes alle- mands. Les officiers l'emportent avec eux en campagne, les hommes du monde et les femmes mêmes s'en nourrissent avec passion. Il vaut certes la peine 64 . REVUE CRITIQUE D'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. de se demander quelle influence il peut exercer et quelle éducation il donne à ceux qui se mettent à son école. M. N. aurait pu expliquer plus qu'il ne l'a fait le rôle prédominant que Schopenhauer assigne à l'art et au-dessus de l'art à la sainteté dans la vie humaine, et les préceptes héroïques qu'il tire de sa conception pessimiste du monde. Il aurait cherché à réfuter ceux qui voient dans le pessi- misme outré de Schopenhauer, dans son mépris de l'action, dans le cynisme avec lequel il démontre à l'homme non-seulement le néant, mais la bassesse de ses plus sublimes émotions, dans la malédiction dont il frappe la nature entière, les signes d'une philosophie de décadence, faits pour une époque blasée et impuis- sante. Au lieu de cela, M. N. se contente de retourner sur toutes ses faces une seule idée; il répète sous cent formes diverses que Schopenhauer était un homme complet, et non un pédant, et que le vrai philosophe doit être avant tout un homme, non un savant, doit être instruit par la vie, non par les livres. On retrouve bien dans certaines parties de cette brochure la verve et l'énergie pit- toresques que nous avons signalées dans les précédentes, mais l'ensemble est faible et abondant en redites. Quand M, N. se moque de ceux qui comme Strauss pensent que la fondation de l'empire allemand a porté un coup mortel au pessi- misme philosophique, ou de ces vainqueurs de 1 870 qui n'ont rien de plus pressé que de copier avec plus d'ardeur que jamais les modes et les actes des vaincus comme des barbares qui auraient été pour la première fois en contact avec la civilisation, nous ne pouvons que le féliciter de sa franchise et de son courage; mais nous ne saurions approuver sans restriction ses attaques contre la science allemande et les savants allemands. Au milieu de la décadence morale et intel- lectuelle que M, N. signale en Allemagne et que nous n'avons garde de nier, les travaux scientifiques qui sortent des Universités devraient être pour lui un sujet de consolation et non de colère. Les modestes et laborieux érudits d'aujourd'hui amassent des matériaux qu'utiliseront un jour des esprits généralisateurs et créateurs. Quant aux pédantisme et à tous les vices qui en sont la conséquence, ce ne sont pas les protestations de M. N. qui le feront fuir, ni même cette des- truction sauvage de tous les livres qu'il prédit avec une sorte de joie ; une seule belle œuvre de poésie ou d'art fera plus pour mettre les pédants en déroute que toutes les injures, plus même que les plus éloquentes apostrophes. Ce n'est pas l'érudition des Universités qui empêche les Allemands d'avoir des écrivains, des poètes, des peintres, des musiciens; s'ils n'ont en ce moment que des savants, c'est qu'ils ne peuvent pas produire autre chose; mais grâce à ces savants, ils font encore assez bonne figure en Europe. SOCIÉTÉS SAVANTES. ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. Séance du 1 5 janvier 1 87 5 . Le président, M. Alfred Maury, annonce la mort de M. d'Avezac, membre ordinaire de l'Académie. La séance est levée. Julien Havet. Erratum. — N° 2, p. 21, ligne 2, au lieu de ouvrage, lisez passage. Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. Nogent-ie-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. édité avec soin; l'article propose cependant plusieurs corrections). — Schmidt, Shakespeare-Lexicon. Vol. I. A-L. Berlin, Reimer. In-8°, viij-678 p. (très- complet et attestant une connaissance approfondie de Shakspeare). — Von Hell- WALD, Geschichte des hollaendischen Theaters. Rotterdam, Van Baalen. In-S", vij-i 50 p. (note favorable). Jenaer Literaturzeitung, 1874, n° 51, 19 décembre. Ulrici, Gott und der Mensch I, Th. i. 2. 2. Aufl. Leipzig, Weigel. In-8'', xij-363 ; xij-454 p. (Fortlage). — Van der Linde, Geschichte und Litteratur des Schachspiels. Bd. I. 2. Berlin, Springer In-8°, xj-422-i 54; xvj-524 p. (G. Schaarschmidt). — Revue de philologie et d'ethnographie, p. p. De Ujfalvy, t. I, fasc. i . Paris, Leroux. In-8", 96 p. (Georg Gerland). — Halévy, Rapport sur une mission archéologique dans le Yémen; — Inscriptions sabéennes; — Études sabéennes; — PRiCTORius, Beitrsege zur Erklaerung der himjarischen Inschriften. Heft 3 (Bernhard Stade). — Jahresbericht ûber die Fortschritte der classischen Alter- thumswissenschaft, herausg. v. Bursian (R. Schôll; cf. Revue crit., 1874, II, p. 379). — Bibliotheca philologica classica (Jos. St-î:nder). — Titi Livii ab urbe condita liber II fur den Schulgebrauch erki. v. Tûcking. Paderborn, Schô- ningh. In-8°, 104 p. (Gustav Becker). — Hofmann, Schulbibel. Heft i. Dres- den, Meinhold. In-8'', xvj-i-192 p. (W. Hollenberg). — Lindemann, Blu- menstrauss von geistlichen Gedichten des deutschen Mittelalters. Breigau, Herder'sche Verlagsb. In-8°, xv-529 p. (E. Sievers). — Est joint au numéro : Erwiderung auf Herrn Maurenbrecher^s Besprechung raeiner Arbeit ûber « Don Carlos » in Nr. 40 der « Jenaer Literaturzeitung » (Adolf Schmidt). The Geographical Magazine, edited by Cléments R. Markham. January 1875. 0-^ """^^ décembre ne nous est pas parvenu). The Great African Disco- very. (Compte-rendu de l'exploration de la région du lac Tanganyika par le lieutenant Cameron; avec une carte). — D. Ker : The minerai wealth of Cen- tral Asia as bearing on Russian progress. — E. Schuyler : The Journey of the Chinese Traveller Chang-te-hui (traduit du russe de l'Archimandrite Palladius). — M. Miklucho-Maklay in New-Guinea (résume l'exploration de ce courageux voyageur russe). — Parmi les comptes-rendus de livre un intéressant article est consacré au journal de Livingtone publié chez Murray. — Nouvelles. — Comptes- rendus des Sociétés géographiques. La Rivista Europea, décembre, 1874. Lettere inédite di Alessandro Man- zoni. — M. Amari, Nuovi studj sulle crociate (à propos de l'ouvrage de M. Rœhricht. Voy. Rev. crit. 1875, n° 2, art. 10), — A. de Gubernatis, Giu- seppe Regaldi. — V. Bacci, Giacomo Leopardi. — N. Caix, Di un antico monu- mento di poesia italiana (sur les cinq sonnets publiés par M. Mussafia. Vienne. 1874. M. C. les attribue à un Arétin contemporain de Gui d'Arezzo, mais qui écrivait sous l'influence de l'École bolonaise). — G. Ferraro, Nuova raccolta di canti popolari Monferrini (suite). — Muscogiuri, Alfred de Musset (fin). — L. Ottolenghi, Délia vita e degli studj di Girolamo Picchioni (fin). — Suite de la polémique philologique entre MM. Storm et Caix. — Notices bibliogra- phiques et littéraires françaises, italiennes, hongroises, slaves, allemandes. ,flfKkjtij-ij' 'i .luanTsvuoD ./. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en magasin. Archiv f. Literaturgeschichte. Hrsg. von D' F. Schnorr v. Caro'.sfeld. 4. Bd. 4 Hefte. In-8°(i- Hft. 116 S.). Leipzig (Teubner), 18 fr. 75 Baudissin. (W. W.). Jahve et Moloch sive de ratione inter Deum Israelitarum et Molochum intercedente. In-8% 85 S. Leipzig (Grunow). 3 fr. Bibliotheca geographica , od . systematisch geordnete Uebersicht der in Deutschland u. dem Auslande auf dem Gebiete der gesammten Géographie neu erschienenen Bûcher. Hrsg. v. D' W. Mùldener. 21. Jahrg. 2. Hft. Juli-Decbr. 1873. ^-8°, S. 51-144. Gœttingen (Vandenhœck et Ruprecht). i fr. 25 Historica od. systematisch geordnete Uebersicht der in Deutschland u. dem Auslande auf dem Gebiete der gesammten Geschichte neu erschienenen Bûcher. Hrsg. V. D' Mùldener. 2 1 . Jahrg. 2. Heft. Juli-Decbr. 1873. In-80, S. 121-310. Gœttingen (Vandenhœck et Rnprecht). I fr. 6j -: philologica. Verzeichniss der vom J. 1852 bis Mitte 1872 in Deutschland er- schienenen Zeitschriften, Schriften der Akademien u. gelehrten Gesellschaften, Miscellen, Collectaneen, Biographieen, der Literatur ùb. die Geschichte der Gymnasien, ùb. Encyklopaedie u. Ge- schichte der Philosophie u. ùb. die phi- lolog. Hùlfswissenschaften. Hrsg. v. C. H. Herrmann. In-8* (2. Abthlg.) S. 103- 229. Halle (Hermann). Complet. 7 fr. — — philologica od. geordnete Uebersicht aller auf dem Gebiete d. class. Alter- thumswissenschaft wie der aelteren u. neueren Sprachwissenschaft in Deutsch- land u. dem Auslande neu erschienenen Bûcher. Hrsg. v. D. W. Mùldener. 26. Jahrg. 2. Hft. Juli-Decbr. 1873. I^'^", S. 43-91. Gœttingen (Vandenhœck et Ruprecht). 2 fr. 30 Bibliothek d. aeltesten deutschen Lite- ratur-Denkmseler. i. Bd. F. L. Stamm's Ulfilas oder die uns erhaltenen Denkmaeier der goth. Sprache. Text, Grammatik u. Wœrterbuch. Neu hrsg. v. D' M. Heyne. 6. Aufl. In-8", xij-442 S. Paderborn (Schœningh). 6 fr. 75 Bieling (H.). Ein Beitrag zur Ueberliefe- rung der Gregorlegende. In-4% 26 S. Berlin (Gœtz'sche Buchh.). i ir. 35 Chappell (W.). The History ot Music (Art and Science). Vol. I : from the Earliest Records to the Fall of the Ro- man Empire. WithExplanation of Ancient Systems of Music, Musical Instruments, and of the true Physiological basis for the Science of Music, whether Ancient and Modem. In-8% 480 p. cart. London (Chappell). 20 fr. Eîchholtz (P.). Uhiands franzœsische Balladen auf ihre Quellen zurùckgefuhrt. ^-8°, 42 S. Berlin ( Weidmann). i fr. 3 5 Flint (R.). The Philosophy of History in France and Germany. In-8°, 630 p. cart. London (Blackwoods). 18 fr. 75 Friesen(H.v.).Shakspere-Studien. i. Bd. Altengland u. William Shakspere. In-8*, viij-452 S. Wien (Braumùller). 10 fr. 75 Gertz (M. C). Studia critica in L. Annaei Senecas dialogos. In-8*', viij-169 S. Leip- zig (T. O. Weigel). 7 fr. 40 Mahn (N.). Ueber das Studium der pro- venzalischen Sprache u. Literatur. In-8*, 24 S. Berlin (Dummler). i fr. Newmann (F. W.). Hebrew Theism the Common Basis of Judaism, Christianity and Mohammedism. With Revisions and Additions to the 4th edit. of 1858. Gr. in-8*, 172 p. London (Trûbner et C). S fr. 65 Reinaert. Willems Gedicht van den vos Reinasrde u. die Umarbeitg. u. Fortsetzg. Reinaerts Historié. Hrsg. u. erlaeut. v. E. Martin. In-8*, Iij-321 S. Paderborn (Schœningh). 12 fr. Voick (V.). D. Bedeutung d. semitischen Philologie f. d. alttestanientliche Exégèse. 2. durchgeseh. Auflage. In-8*, 34 S. Dorpat cGIaeser). 75 fr. Nogent-le-Rotrou. Imprimerie de A. Gouverneur. N* 5 Neuvième année. 30 Janvier 1875 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE RECUEIL HEBDOMADAIRE F'UBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS. Secrétaire de la Rédaction : M. Stanislas Guyard. Prix d'abonnement : Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus suivant le pays. PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 67, RUE RICHELIEU, 67 Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). ANNONCES En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 67, rue de Richelieu. A. MARIETTE-BEY Nubie. i2Mivraison. In-fol. 6 fr Monuments divers re- cueillis en Egypte et en BIBLIOTHÈQUE DE l'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES 18^ ET 19e fascicules. Rn R î A QT" FT V R î FT ^^^^^ ^"^ ^^^ ^°"^^^^ ^^ • L/ Hj l_i r\ O 1 IL I Iv 1 CL vicomtes de Limoges antérieurs à l'an 1000. 5 fr. AT-\ A D TV /l IT' C nn 17' T^ 17' TD Traité de la formation des • i-z/VlviVl CiO 1 lL 1 t_il\ mots composés dans la langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. 12 fr. C/^ f_T A O A TVT 17' A T T ^'■agroents d'un mystère proven- • V-i il A. IdA iN Lu A U çal découverts à Périgueux , publiés, traduits et annotés. Gr. in-S". . 1 fr. 50 PÉRIODIQUES. The Academy, N" 140, new séries, 9 janvier 1875. Letters from India and Kashmir. London, Bell and Sons (E. Frère). — Th. Martin, Life of H. R. H. the Prince Consort. London, Smith, Elder and Co. (A. Lang : la meilleure des biographies publiées jusqu'ici). — The History of the Peloponnesian War by Thycydides. Transi, by R. Crawley. London, Longmans and Co. (F. Storb : art. favorable). — Notes and News. — Notes of Travel. — London Gossip in 1723 (gathered from some ras. news letters). — Boston Letter (Thomas Ser- GEANT Perry : nouvelles littéraires). — Correspondence. The Original of Shakes- peare's « Othello » (Rawdon Brown : curieux détails sur la nouvelle de Cinthio qui a servi de base au drame de Shakespeare). — Statue to King Robert the Bruce at Stirling (William B. Scott). — Records of the Past; being English Translations of the Assyrianand Egyptian Monuments. Vol, II. Egyptian Texts. London, Bagster and Sons (P. Le P. Renoue : contient la traduction de qua- torze textes anciens). — Recently discovered Antiques in Rome (C. I. Hemans). The Athenaeum, N° 246?, 9 janvier. Smith, Assyrian Discoveries. Sampson Low and Co. (rapport de M. Smith sur ses fouilles en Mésopotamie). — Tyler, Ecclesiastes ; a Contribution to its Interprétation. Williams and Norgate (appré- ciation défavorable). — The Works of Thomas Love Peacock, Ed. by Cole. 3 vols. Bentley and Sons {2" article). — A new Shakspeare (J. Payne Collier). — Notes from United States (D.). — Literary Gossip. — Societies (Soc. d'ar- chéologie biblique). — Miscellanea. Gower's Epitaph (M. T. Duggan). — Re- liable (G. P. Mason). Literarisches Centralblatt, N' 3, \6 janvier. Mayer, Geschichte Œster- reichs. 2 Bde. Wien, Braumûller. In-S", viij-326; viij-330 p. (excellent manuel pour l'enseignement secondaire). — Mûller (H. D.), Syntax der griechischen Tempora. Gœttingen, Vandenhœck u. Ruprecht. In-4°, 3 5 p. (recommandable). — Terentius Afer, Ausgewaehlte Komœdien. Von Dziatzko. i. Bdchen. Phormio. Leipzig, Teubner. In-S", iv-io8 p. (art. très-favorable). — Brey- mann, a french Grammar. London, Macmillan and Co. In-S", xx-245 P- (assez bon ouvrage fondé sur les principes de la philologie romane). — Il Contrasto di Ciullo d'Alcamo ristampato di d'ANCONA, Bologna (édition critique revue sur le ms. du Vatican n" 3793). — Lieblein, Die aegyptischen Denkmaeler in St. Petersburg, Helsingfors, Upsala und Copenhagen. Christiania. In-S", 82 p. 3 5 pi. autogr. (important catalogue rendant accessibles des monuments jusqu'ici peu connus). — Scriptum super Apocalypsim cum imaginîbus (Wenceslai Doc- toris). Prag, Calve. In-4'', xv-301 p. (très-curieux commentaire sur l'Apoca- lypse, remontant au xiii^ s., et accompagné de sujets exécutés au xiv'^s., dans le midi de la France, probablement à Avignon). Jenaer Literaturzeitung, 1874, n" 52, 26 décembre. Friedrich Delitzsch, Assyrische Studien. Heft. Leipzig, Hinrichs'sche B. In-8°, vij-i89p. (Schrader : ce cahier contient une importante étude sur les noms assyriens d'animaux; l'au- teur en a réuni une grande quantité). — Report on the proceedings of the second international congress of orientalists held in London. London, Trùbner. In-8°, 67 p. (Schrader). — Ulmann, Ueber den Werth diplomatischer Depeschen als Geschichtsquellen. Leipzig, Hirzel. In-8", 23 p. (Adolph Schmidt : discours, concluant selon M. Schm., sur l'estime exagérée en laquelle les historiens tiennent ces pièces diplomatiques). — Zur Geschichte des deutschen Humanismus (Adalb. Horawitz : donne sous ce titre une longue étude sur 10 publications relatives à Reuchlin, Locher Philomusus, Eobanus Hessus, Von Vatt, Erasme, Mélanchthon, etc.). — Schrœder, Ueber die formelle Unterscheidung der Redetheile im REVUE CRITIQ^UE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE N* 5 . — 30 Janvier — 1875 'mA^ Sommaire: 21. De Gubernatis, Lectures sur la Mythologie Védique [suite et fin). — 22. Gertz, Études critiques sur les Dialogues de Sénèque. — 23. De Joinville, Histoire de Saint Louis, p. et tr. p. de Wailly. — 24. Boucher de Molandon, La Salle des thèses de l'Université d'Orléans. — 25. Milton, Œuvres politiques, tr. p. Bernhardi. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions. 2t. — Letture sopra la Mitologia vedica fatte dal prof. Angelo de Gubernatis air istituto di studii superiori di Firenze. Florence, Le Monnier. 1874. 1 vol. in- 12^ x-36^ p. (Suite et fin.) La discussion qui précède a déjà fait connaître au lecteur les singuliers pro- cédés d'interprétation qu'emploie parfois M. D. G, Le nombre des inadvertances plus ou moins graves ou des innovations malheureuses que nous avons relevées dans ses traductions ou ses résumés des passages qu'il cite est trop considérable pour que nous puissions songer à les signaler toutes ici. Nous nous bornerons aux exemples les plus caractéristiques. Le passage mahî mitrasya varunasya mâyâ (III, 6ï, 7) : « La puissance de Mitra et de Varuna est grande », est traduit : « qui accroît Mitra, qui trompe Varuna » (p. 67). Le mot jânatî (I, i2j, 6) « connaissant « est confondu avec janantî ou janayantî « engendrant » (p. 67). L'expression bhuvanasya patnî « maîtresse du monde », appliquée à l'aurore, est comprise « épouse de tout le monde, » d'où la jalousie du mari de l'aurore (!) (p. 68). Le refrain de l'hymne X, 58, déjà cité : « Nous rappelons ici ton » âme qui », prend ce sens : « Puisque ton âme nous nous en retour- » nons ici », non que M. D. G. ignore le sens véritable, puisqu'il cite la traduction de M. Max MùUer, mais, comme en bien d'autres cas, seulement parce qu'il veut innover, sans tenir compte d'ailleurs de difficultés telles que l'emploi du causal et du préfixe â, et surtout la présence du mot te qu'il supprime simple- ment (p. 49). Ailleurs (p. 140) il affirme que dans le vers X, 95, 4, Purûravas appelle Urvaçî « aurore » : la vérité est qu'il y est question de l'aurore, ou plu- tôt des aurores, ûshas étant l'accusatif pluriel de ush, et non un vocatif de ushas dont on ne saurait que faire, et qui, d'ailleurs, n'étant pas au commencement du pâda, ne pourrait pas être accentué ; quant à Urvaçî elle est dans ce vers le sujet d'un verbe à la 3^ personne nanaxe. Au v. 17 du même hymne, il est impossible de comprendre comment M.D.G. peut voir qu'Urvaçî promet à Purûravas pour le consoler un fils nommé Vasish/ha. On n'y trouve qu'une invocation de Vasish- iha (peut-être identifié à Purûravas) adressée à Urvaçî. Nous n'insistons pas sur le vers 2 où il est dit « je suis partie » {prâkramisham) et non « je suis arrivée » comme la première des aurores. » M. D. G, traduit le refrain bien connu de l'hymne X, 119; « Pour cela j'ai bu beaucoup de soma », quoiqu'on ne connaisse XV 5 66 '^ T ! /^f^ REVUE CRITIQUE 1 - pas à kuvit d'autre sens que le sens interrogatif^ et il en conclut qu'Indra (s'agit- il d'Indra?) veut s'excuser d'avoir bu le soma (p. 199). Dans le vers VII, 21, 3, le roulement du char d'Indra n'est pas comparé au mugissement des vaches, mais il est dit que les vaches ont caracolé, roulé, en s^éloignant d'Indra, comme des cochers ou des héros qui combattent en char (p. 253). Cette citation est faite à propos du mot bakara auquel l'auteur veut donner le sens de char (I, 117, 21) quoique la comparaison du passage IX, 1,8 ne laisse guère de sens possible que celui d' « instrument à vent » proposé par M. Roth. C'est plus légèrement encore que M. D. G. remplace le sens traditionnel de « joue n donné à çiprâ par celui de « toupet, » sans autre raison qu'une explication tout à fait hypothétique du mot çipi dans çipivishxa (p. 314). Il donne (p. 191) au duel samrâjâ le sens de «collègues dans la royauté» bien que ce sens ne puisse convenir aux emplois du mot samrâj au singulier; ce mot signifie « maître universel. » Dans le vers II, 1,6 Rudra n'est pas identifié avec Agni et Pûshan (p. 314); mais, ce qui est bien différent, Agni est identifié avec l'un et avec l'autre, comme il l'est dans le même hymne avec tous les autres dieux. M. D. G. voit dans le vers final de l'hymne sur le Purasha X, 90, 16, l'indication que Purusha est « le » dieu qui s'offre comme victime en sacrifice à ces mêmes dieux qui lui sacri- » fient » (p. 282); nous y lisons simplement que par le sacrifice les dieux ont gagné (mérité) le sacrifice. M. D. G. ne traite d'ailleurs pas le sanscrit de Yâska mieux que celui des hymnes, et sans nous prononcer sur le sens du passage obscur qui a divisé Goldstùcker et M. Muir {Sanscrit îexts, V, p. 234), nous ne pensons pas que ùrdhvam ardharâtrât « après la demi-nuit » puisse signifier en aucun cas « avant et après la nuit, » ni même que sûryodayaparyanîah « qui se » termine au lever du soleil » puisse, étant donné le sens ordinaire de paryanta à la fin des composés, prendre le sens de «lever et coucher du soleil» (p. 208). On s'étonne moins des traductions souvent imprévues de M. D. G. quand on constate les libertés qu'il prend avec la grammaire. C'est ainsi qu'il inter- vertit sans scrupule l'ordre régulier de la composition pour traduire les com- posés açvasùnTtâ par « qui a des chevaux agiles, » vadhryaçva par « qui est privé » de cheval, » ajâçva par « qui pousse les chevaux, » en reconnaissant cepen- dant pour le dernier que l'interprétation « qui a des chèvres pour chevaux » a été suggérée de bonne heure par l'ordre « plus ordinaire » de la construction des composés. Il donne à âyaû (oxyton) épithète de la nuit (X, 127, i) et des aurores (I, 124, 2) le sens de « large » (p. 42 et 62) bien que le mot âyata, large, soit accentué sur le préfixe et fasse son féminin en â. Il parle (p. 46) de l'union de Prthivî, tantôt avec Dyu masculin, tantôt avec Dyavâ féminin, de façon à faire croire qu'il prend Dyavâ (lisez Dyâva) pour un mot au singulier dérivé de Dyu, au lieu d'y reconnaître un duel qui s'ajoute au duel Prthivî comme le duel Mitra au duel Varuna. C'est le mot Dyu lui-même qui est tantôt masculin, tantôt féminin. M. D. G. use volontiers de la critique conjecturale dans l'interprétation védique, mais avec plus de hardiesse que de bonheur. Ainsi il propose au vers I, 124, 4 de remplacer nodhâh par les deux mots no dhâh dont le second serait un nom^ d'histoire et de littérature. 67 d'ailleurs inconnu, de la vache, sans s'apercevoir qu'il laisse ainsi un enclitique {no pour nah) au commencement du pâda (p. 64-65). Dans les v. X, 1 19, 4 et 5 il propose de lire amatir et amatim au lieu de matir et matim (oxytons) : or amati proparoxyton signifie « pauvreté » et amaîi paroxyton « éclat. » Comme l'auteur donne à sa correction le sens de « Soma » et qu'il identifie constamment le Soma à la lune, nous supposons que la leçon qu'il introduit dans le texte védique est un mot amati, paroxyton, auquel les dictionnaires du sanscrit c/iï^5/^ue donnent le sens de lune (!) (p. 199). Un modèle de correction purement arbitraire est celle qu'il propose pour le passage svasarasya patnî « maîtresse de l'étable » (de l'aurore) qu'il change en sûryasya patnî, sans autre raison que le désir de trouver une nouvelle preuve à l'appui de l'idée que l'aurore est l'épouse du soleil, et sans se demander si le mot sûryasya lu en cinq syllabes laissera subsister une longue comme 8^ syllabe du pâda. Le changement de viçpalâvasù en deux mots viçpalâv asû (ï , 182, i) pourrait sembler ingénieux si l'on connaissait un seul emploi de asu au sens concret, et si le rapprochement de sûryâvasû (VII, 68, 3) n'interdisait pas de toucher à la leçon traditionnelle. Venons-en au chapitre de l'étymologie. Nous trouvons dans une discussion sur le dieu de l'amour, le rapprochement des racines ar, var et même tvar (p. 1 56), et ailleurs (p. 252) le rapprochement des racines dâ, dî dans les mots dânava, dasyu, dâsa, dasra, dasma d'un côté, tldaiîyaà&VdiXxXVQ sans indication d'ailleurs du choix à faire entre les différentes racines qui se ramènent à ces deux formes. Ce sont là des jeux étymologiques qu'il n'y a pas lieu de discuter et que nous citons seulement pour donner une idée de la méthode de l'auteur sur ce domaine. Une autre racine dvar a couvrir, » qu'il croit retrouver dans le latin induere ' , serait, selon lui, une simple modification de tvar, comme dvish de tvish, si bien que le mot latin duellum d'où bellum viendrait en dernière analyse de tvar (p. 156). C'est le même changement de î en d que M. D. G. admet sans difficulté dans le mot Indra identifié à Antara dans le sens de « dieu de l'atmosphère » par l'inter- médiaire du zend Andra (p. 188). Mais ce qui est étrange, c'est qu'en dépit de cette étymologie, il n'abandonne pas le rapprochement, si frappant en effet, d'Indra et d'Indu « dieu de nom analogue, » dit-il (p. 189). Ailleurs (p. 242) il indique, à titre de simple hypothèse, il est vrai, une explication de Saramâ par sa-yamâ (!) qui établirait un rapport étymologique entre 'Epjj,eîaç et Yama. Le rapport, d'ailleurs probable, de fv^cavec Tvashxar (pour Tvakshiarde tvax, racine élargie par une 5) nous est expliqué de cette manière (p. 166) : la sifflante pala- tale (sic; il s'agit du c de tvac cf. 175) s'est changée en sifflante cérébrale. Nous hésitons à croire que la racine vas ait été citée dans le même passage en vue d'un rapprochement étymologique. Selon M. D. G. le nom des Maruts est une variante de garut (p. 150) et laisse transparaître leur nature de vents, le mot garut signifiant « aile » : notez que garut « aile » n'est d'ailleurs connu que par I. Sans doute en comprenant dans la racine \'r de l'infinitif (! p. 156 en note). A propos d'étymologie latine voyez encore (p. 227) le rapprochement de Fidius et de Bhujyu donné lui-même comme un dérivé de bhaga. i . 68 REVUE CRITIQUE les dictionnaires et pourrait bien n'être qu'un postulatum des grammairiens pour expliquer le mot Garutman. — Enfin M. D. G. explique le mot çraddhâ « foi » par la racine çrath, en donnant pour cela à cette racine, qui signifie «se relâcher» et au causal v relâcher, délier «, le sens d' « unir ». Nous n'avons sans doute pas besoin d'ajouter en terminant que nous ne con- testons pas à M. D. G. des connaissances étendues sur le sujet qu'il traite, et la sévérité même de notre appréciation montre que nous ne le confondons pas avec ceux dont la critique peut simplement ignorer les travaux. Il ne nous coûte nul- lement de lui donner raison sur des points de détail, par exemple contre M. Roth à propos de l'étymologie de raxas (p. 265) qui paraît bien en effet venir de la racine rax «garder», dans le sens de «gardien avare», et nous aimons à recon- naître ce qu'il y a d'ingénieux dans le rapprochement, d'ailleurs encore bien hypothétique, du Çimçumâra (dauphin, Çiçumâra dans la langue classique) attelé d'après un hymne védique au char des Açvins (divinités qui d'ailleurs sauvent des eaux un personnage mythologique) et du poisson qui traîne le navire de Manu pendant le déluge dont parle le Çatapatha-Brâhmana (p. 227)/*^^1*^'At' Abel Bergaigne. 22. — Studia critica in L. Annasi Senecae dialogos. Scripsit Martinus Clarentius Gertz. Hauniae, Gyldendal. 1874. In-8°, 169 et viij p. M. Gertz publie dans ce volume des observations critiques sur les ouvrages de Sénèque que, d'après le principal manuscrit, les deux derniers éditeurs de Sénèque, Fickert et Haase, ont nommés dialogi, à savoir de providentia, de con- stantia sapientis, de ira, consolatio ad Marciam, de vita beata, de oîio sapientis, de îranquilUtate animi, de hrevitate vit£, consolatio ad Helviam, consolatio ad Polybium. Sénèque est peut-être le prosateur latin qui a été le plus lu au moyen-âge après le xii^ siècle; aussi les manuscrits de ses ouvrages sont-ils nombreux, la plupart peu anciens, et très-fautifs, surtout par les corrections arbitraires dont ils fourmillent, et qui rendraient la restitution du texte impossible, si l'on n'avait pas quelques manuscrits du x" siècle, le manuscrit de Milan pour les dialogi, le Nazarianus (Vaticano-palatinus 1 547) pour le de clementia et le de beneficiis, les manuscrits de la Bibliothèque nationale 8540 et 8658 A pour les 88 premières lettres à Lucilius, un manuscrit de la bibliothèque de Strasbourg (aujourd'hui consumé) et un manuscrit de Bamberg pour les autres lettres. On n'a malheu- reusement pas de manuscrit ancien pour les Qu£stiones naturales. Dans sa préface, M. G. traite brièvement des travaux dont Sénèque a été l'objet, et les apprécie avec équité. Fickert est le premier et jusqu'à présent le seul qui ait publié une édition critique des œuvres de Sénèque '. Malheureusement son édition est très-défectueuse ; le texte est mal constitué, et les collations des I. L. Annaei Senecae opéra. Ad libres mânuscriptos et impressos recensuit commenta- rios criticos subiecit disputationes et indicem addidit C. R. Fickert. Lipsiae, Weidmann, 1842, 1843, 184$, m, in-8*. Les disputationes et VIndex annoncés n'ont jamais paru. d'histoire et de littérature. 69 manuscrits les plus importants paraissent inexactes'. Fr. Haase, qui a publié une édition de Sénèque dans la collection Teubner 2, Haupt 3 et surtout M. Mad- vig4 ont beaucoup amélioré le texte de Sénèque. M. Gertz n'est pas indigne d'être nommé à côté d'eux. Dans la première partie de sa publication M. G. montre que la collation du manuscrit de Milan qui a été communiquée à Fickert n^est pas satisfaisante ; et il essaye d'établir que tous les autres manuscrits des dialogi dérivent du manus- crit de Milan : ce qu'il dit sur ce second point semble plausible; mais la chose aurait besoin d'une vérification attentive. On a déjà constaté que le Puîeanus n'est pas la source unique pour la troisième décade de Tite-Live ni le manuscrit de Florence pour les lettres familières de Cicéron. Il ne me paraît pas très- vraisemblable qu'un auteur qui avait gardé tant de réputation, qui a toujours été aussi lu, n'ait été conservé pendant un temps que par le manuscrit de Milan. Dans la seconde partie M. G. présente des observations critiques sur le texte des dialogi. Il pense (p. 134) que le titre qui se lit en tête du manuscrit de Milan, L. ANNyEI SENECyE DIALOGORUM LIBRI. NUM. XII, a une certaine auto- rité; et il en donne de bonnes raisons. D'abord ce titre qu'on lit dans le plus ancien et le meilleur manuscrit de ces traités doit être traditionnel. Ensuite le grammairien Diomède cite (375 P) Sénèque « in dialogo de superstitione, » et les fragments assez longs de cet ouvrage que S. Augustin nous a conservés montrent qu'il ne différait pas pour la forme des traités de Sénèque que nous avons. Il est vrai que le de clementia et le de beneficiis ne nous sont pas parvenus sous ce titre ; mais il a peut-être été omis par hasard : il est de tradition ancienne puisqu'il est mentionné par Diomède et avant lui par Quintilien (X, i, 129). Il provient sans doute de ce que l'argumentation a souvent dans Sénèque la forme du dialogue, qui était traditionnelle dans l'école stoïcienne. Sénèque lui-même dit (de Ben. V, 19, 8) au moment où il vient d'argumenter sous cette forme : « Sed » ut dialogorum altercatione seposita tanquam jurisconsultus respondeam, mens » spectanda est dantis. » Je trouve dans M. G. quelques remarques intéressantes sur des faits de langue latine. Ainsi (p. 62) dans l'expression d'une comparaison par tam quam, (Zque quam^ non minus quam, non magis ^Mm (dans le sens du fran- çais pas plus que) Sénèque met très-souvent dans la proposition principale ce que nous mettrions aujourd'hui dans la proposition dépendante. Il dira (de consîanîia sapientis 7, 2) « mali tam bonis perniciosi quam inter se » là où nous dirions plutôt « mali tam inter se perniciosi (ce qui est remarquable) quam bonis.» M. G. signale encore dans Sénèque un emploi de ne quidem, que M. Siesby a constaté 1. Je puis l'attester en ce qui concerne le manuscrit de Paris 8540 dont M. Châte- lain, élève de l'école des Hautes-Études, publiera prochainement une collation faite avec beaucoup de soin. 2. L. Annaei Senecae opéra quae supersunt, recognovit et rerum indicem locupletissi- mum adjecit Fridericus Haase Prof. Vratislav. Lipsiae, Teubner, 1852-1853. III, in-8*. 3. Emendationes et adnotationes criticae in libros Annaei Senecse éd. M. Haupt (Pro- gramme des cours de l'Université de Berlin). 1864-1866. 4. Adversaria critica. I-II. Haunise. 1871-1873. H Kl 70 . './-.ui. REVUE CRITIQUE ' aussi dans Cicéron Phil. XIII, 43, in Pis. 83, Verr. IV, 101, de N. D I, 58, de rep. ], 47 et d'autres auteurs. Ainsi Sénèque (de ira III, 40, 2) « fregerat unus » ex servis (Vedii Poliionis) crystallinum. Rapi eum Vedius jussit ne vulgari qui- » dem more periturum (pour périr, pas même (ce qui eût été bien le moins) par » un supplice ordinaire), muraenis obici jubebatur. » Aussi dans ad Marciam 20, 5 «video istic cruces non unius quidem generis, sed aliter ab aliis » fabricatas. » M. G. lit-il avec raison ne au lieu de non « je vois ici des croix, )) pas même (ce qui serait bien le moins) d'une seule espèce. » A propos du passage {de vita beata 5, i) <* potest beatus dici qui nec cupit nec timet bene- » ficio rationis, quoniam et saxa timoré et tristitia carent nec minus pecudes, » non ideo tamen quisquam felicia dixerit, quibus non est felicitatis intellectus, » M. G. signale (p. 124 n.) l'emploi elliptique de la conjonction quoniam par laquelle Sénèque explique pourquoi il a ajouté bénéficia rationis, comme s'il y avait « haec adjeci, quoniam » On a donc tort de mettre un point devant quoniam ' . M. G. rétablit d'ailleurs le sens d'un bon nombre de passages par le seul changement de la ponctuation, qui était souvent bien vicieuse. Haase en par- ticulier me paraît avoir abusé du point. Ainsi le passage (de ira II, 10, 6) est ponctué dans Haase de la manière suivante : « Non irascetur sapiens peccanti- » bus, quare.f* quia scit neminem nasci sapientem, sed fieri. Scit paucissimos n omni aevo sapientes evadere, quia condicionem humanas vitae perspectam » habet : nemo autem naturae sanus irascitur. » M. G. ponctue « peccanti- » bus ; quare .'' quia scit fieri,scit ; quia habet. Nemo » Seulement je mettrais devant nemo une virgule au lieu d'un point; cette dernière proposi- tion me paraît liée étroitement avec condicionem humana vit£, et dépendre aussi de quia. Les restitutions proposées par M. G. sont souvent évidentes. Ainsi il a appli- qué un procédé qui est d'un emploi fréquent au passage (de breviîate viu 4, 5) « in ipsa urbe Murense, Caepionis, Lepidi, Egnatiorum in eum mucrones acueban- » tur. » Il fait remarquer avec raison que d'après les autres historiens et Sénèque lui-même (de clem. I, 9, 6) il n'y avait eu qu'un Egnatiusqui eût conspiré contre Auguste. Il restitue avec certitude Egnaîi, aliorum. Il restitue de même dans Qudist. natur. IV, 2, 28 « nisi aliquid liquidi (omis dans les manuscrits) terra » acciperet, exaruisset^. » M. G. n'est pas moins circonspect que sagace : il sait s'arrêter, il sait ne pas toucher à ce qui ne peut être guéri, ou à ce qui n'a pas besoin de l'être. Je n'au- rais pourtant pas substitué posset dans (de const. sap. 6, i) « cogita nunc, an » huic fur aut calumniator injuriam facere possit. « J 'admettrais /acere/; mais 1. M. G. signale le même emploi de quoniam dans Sénèque {quast. nat. IV, 13 , 3) et de quia dans Cicéron Brut. 293 ; Quintilien I, 5, i, 6 ; 7, 28 ; VI, 5, 55. 2. M. G. (p. 126) s'est rencontré avec moi (voir Revue critique, 1874, I, 52) dans la correction de de vita beata 8, 4 « at in se revertatur. » Mais je persiste à penser que le futur erit doit être conservé, puisqu'il s'agit d'un fait et d'un fait indépendant de notre volonté, le point de départ de la raison étant nécessairement dans la sensation. d'histoire et de littérature. 71 possit, à cause du sens de ce verbe, me paraît correct. Dans le même traité (12, 2) M. G. a été arrêté par « hi ut magnum aliquid agentes in lapidibus ac parie- » tibus et tectis moliendis occupati. « Il pense, avec raison, que moUendis ne peut se construire avec lapidibus ; il propose de supprimer ac et de construire lapidibus comme ablatif instrumental : construction que des exemples comme « ad honestis occupatum » ne peuvent justifier, puisque la préposition ne s'y construit pas avec l'ablatif. Il me semble que in lapidibus occupati s'entend sans qu'on ajoute de verbe : « Ils sont occupés après des pierres. » L'expression est même plus dédaigneuse. M. G. a eu recours au dangereux procédé qui consiste à supposer qu'un passage embarrassant a été interpolé, pour résoudre la difficulté qu'il a cru apercevoir dans un texte (de ira II, 8, 3) oii Sénèque après avoir tracé le triste tableau que présente la société des hommes dit : « Ferarum iste » conventus est, nisi quod illse inter se placidae sunt morsuque similium abstinent, » hi mutua laceratione satiantur. Hoc autem uno ab animalibus mutis difïerunt, » quod illa mansuescunt alentibus, horum rabies ipsos a quibus est nutrita depas- » citur. » Juste Lipse avait déjà été arrêté par uno et s'était demandé « uno? )) atqui alterum discrimen praecessit. » Mais peut-être uno a-t-il ici le sens de pr£ cateris, comme dans Cicéron, Tusc. 5, 36 « nemo de nobis unus excellât, » Tite-Live (41, 20^ « Rhodiis ut nihil unum insigne, ita omnis generis dona » dédit.» Virgile, En. II, 339, « justissimus unus qui fuit in Teucris. » M. G. voit une autre difficulté : c'est qu'il n'y a rien dans ce qui précède à quoi se rapporte alentes. Il incline à croire (p. 85) « lectorem aliquem ingenium suura » experiri voluisse atque hsec verba in margine adscripsisse. » Cela me paraît bien peu probable. Il me semble que Sénèque veut parler de l'ingratitude des hommes qui ne respectent pas même ceux qui les nourrissent. Il n'y a rien à changer dans de ira II, 5, i « eos occidunt a quibus nec acceperunt injuriam nec » accepisse ipsos existimant. » Sénèque, Quinte Curce, etc. emploient les cas obliques d'ipse comme se, sibi; voir Madvig, Gramm. Lat. 490, c, 4 note. Je ne vois pas non plus pourquoi on substituerait calor à color dans le passage {de ira II, 19, 5) où Sénèque après avoir développé que la chaleur du sang porte à la colère ajoute : « neque uUa alla causa est cur iracundissimi sint flavi rubentesque, » quibus talis natura color est, qualis fieri ceteris inter iram solet; mobilis enim » illis agitatusque sanguis est, » La proposition « quibus etc, » n'est que le développement de flavi rubentesque, et alla alia causa est expliqué par mobilis enim. M. G. s'étonne beaucoup (maxime miror p. 91) qu'on n'ait pas vu qu'il fallait lire tabidi au lieu de rabidi dans Sénèque de ira II, 19, 5, et que Halm ne se soit pas aperçu que dans Quintilien VII, 3, i, il fallait corriger infitiatio au lieu d'ini- tiatio. Son étonnement cessera, quand il aura édité des textes d'une certaine étendue. Il appelle de tous ses vœux une nouvelle édition de Sénèque, qui est en effet absolument nécessaire. Nul ne me paraît mieux préparé que M. Gertz à nous rendre ce service. Il a des aptitudes philologiques distinguées, et une méthode sévère, à laquelle on reconnaît un disciple de M, Madvig, qui lui a 72 _:^àm'lf' REVUE CRITIQUE fourni un certain nombre de corrections dont le voisinage ne nuit pas à celles de .l'auteur. Charles Thurot. ''2j. — Jean sire de Joinville, Histoire de saint Louis, Credo et Lettre à Louis X, . texte original accompagné d'une traduction, par M. Natalis de Waiixy, membre de l'Institut, Paris, libr. Firmin Didot. 1874. Gr. in-S», xxx-690 p, avec nombr. planches et trois cartes. — Prix : 20 fr. En rendant compte il y a deux ans, ici même', du Villehardouin publié par la maison F. Didot, je me faisais Pécho de deux souhaits que j'avais entendu formuler très-souvent. Le premier était qu'à cette édition déjà si parfaite de la Conquête de Constantinople, M. N. de Wailly consentît à ajouter les éclaircissements nécessaires sur l'histoire de la 4*^ Croisade et notam- ment sur différentes questions soulevées dans ces derniers temps. Or, ces éclair- cissements, personne mieux que M. de W. n'était préparé à les donner. Je suis heureux de déclarer aujourd'hui que, dans la seconde édition promptement devenue nécessaire, le savant académicien s'est empressé comme toujours de déférer au vœu général ; mais au lieu de quelques notes dont nous nous serions contentés, nous avons eu plus de cent pages d'introduction nouvelle où on entretient successivement le lecteur des causes si discutées de la direction im- prévue donnée à la 4* Croisade, de ses divers historiens, des armes et des vête- ments de l'époque, enfin de la langue de Villehardouin et de Henri de Valen- ciennes. Si, sur le premier point, les raisons alléguées par M. de W. pour repousser l'existence d'un traité entre les Vénitiens et Malek-Adel n'ont pas encore été acceptées par tout le monde, il n'en reste pas moins acquis que nous avons maintenant un Villehardouin entouré de tous les éclaircissements désirables. Le livre que j'annonce aujourd'hui, avec un retard dont je m'accuse, est la réalisation du second des vœux dont je parlais tout à l'heure. Après le Villehar- douin, voici en effet le deuxième volume delà série des Chefs-d'œuvre historiques et littéraires du moyen-âge promise par la maison Didot : c'est une nouvelle édi- tion de Joinville ; et lorsqu'il parut, il y a déjà un an, on nous faisait espérer qu'il serait bientôt suivi d'un choix de morceaux en vers et en prose, d'un Commynes, etc., préparés, sous la direction de M. Léon Gautier, par divers érudits. On me dit que l'entreprise subit en ce moment un temps d'arrêt. Espérons qu'il n'en est rien : après un tel début, on ne peut ainsi s'arrêter à moitié chemin. C'est qu'aussi ce nouveau Joinville est un chef-d'œuvre et inaugure encore plus brillamment que le Villehardouin, s'il est possible, la collection promise. On n'ignore pas avec quel soin, quel amour, quel goût exercé M. de Wailly s'occupe depuis longtemps du vieil historien de Saint Louis. Voilà dix ans que de ses mains sortent coup sur coup des traductions et des éditions de Joinville, I. Rev. criî. 1872, T. II, p. 314. d'histoire et de littérature. 7}- ou des travaux relatifs à sa chronique, et toujours chaque ouvrage est en progrès sur le précédent. Les deux principales et les dernières en date de ces publica- tions, l'édition de 1867' où, en même temps qu'il réimprimait une traduction déjà donnée en 1865, M. de W. restituait d'après un examen plus attentif des manuscrits les leçons de son auteur, et celle 2 où, à l'aide des chartes de Join- ville, il en a rétabli les formes et l'orthographe, sont bien connues de nos lecteurs : un juge compétent les a ici même étudiées et appréciées comme elles le méritaient?. Cette troisième édition se présentant tout d'abord comme la réunion et la refonte des deux autres, je ne puis que renvoyer le lecteur aux deux excellents articles dont je parle. Je ne dirai donc rien de la traduction qui est à peu de choses près celle qui parut en 1 86 5 et en 1 867 et a été tout récem- ment citée ailleurs comme un modèle, ni du texte où se retrouvent à la fois les leçons restituées de l'édition Le Clere et les formes pour la première fois rétablies en 1868. Il me semble plus nécessaire d'indiquer en quelques mots les nom- breuses et considérables additions qui viennent encore donner lîn prix plus grand à la nouvelle publication. Dans la préface qui ouvre le livre il n'y a guère à signaler que les termes élevés dans lesquels sont appréciées et l'œuvre et les idées de Joinville. Un morceau plus important est l'examen critique des éditions et des manuscrits. Là, M. de W. rappelle et complète les raisons qui l'ont précédemment guidé dans la classification des trois manuscrits consultés par lui 4 et défend le texte du chroniqueur, son intégrité et son authenticité contre les objections soulevées dans ces dernières années par feu Ch. Corrard et le père Gros. Le texte restitué de l'Histoire de Saint Louis avec la traduction en regard viennent ensuite, puis le Credo, collationné cette fois sur le manuscrit unique volé à la Bibliothèque nationale et qui se trouve aujourd'hui chez Lord Ashburnhara, enfin la Lettre à Louis X. Je me joins à M. Gaston Paris 5 pour demander à M. de W. que dans la quatrième édition que le succès de son ouvrage l'obligera d'en donner bientôt, il réunisse aux œuvres mêmes de Joinville l'épitaphe composée en 1 3 1 1 par celui-ci en l'honneur de son arrière-grand-père Geoffroi de Joinville, et dont nous trouvons ici, seulement dans les Eclaircissements, le texte ingénieusement restitué. Nous voici arrivés à ces éclaircissements, la partie la plus neuve du présent volume. Quelques-uns d'entre eux, il est vrai, tels que ceux qui traitent du système monétaire de Saint Louis (II), du mot Nouvellement (II), d'un des sens du mot Fief(lU), de la domesticité féodale (IX), etc., avaient déjà paru dans l'édition de 1867; il en est d'autres aussi comme l'étude sur la langue et la Gram- 1. Un vol. gr. in-8», chez Le Clere. 2. Publiée en 1868 par la Société de l'Histoire de France. 3. Rev. ait. 1867, i" sem. p. 87, et 1869, 2* sem. p. 3. 4. Un quatrième manuscrit a été signajé dans ces derniers temps en Angleterre , dans la bibliothèque de l'ordre des avocats à Edimbourg (V. First report on historical manu- scripts ; London, 1870, in-fo!.). Mais il paraît que ce ms. du XVI' siècle n'est qu'une copie du texte de Rieux. 5. Romania, t. III, 1874, p. 402. 74 .3«!;TAr REVUE CRITIQUE maire de Joinville (XVII) et les extraits textuels des manuscrits (XVII I) qui se retrouvent également dans les publications antérieures; mais en voici une double série inédite du plus grand intérêt : d'abord deux éclaircissements historiques, une courte mais substantielle dissertation sur le pouvoir royal de Saint Louis (I) dont les éléments et les preuves sont puisés dans le texte même du chroniqueur, et un résumé chronologique des récits de Joinville, qui sera désormais indis- pensable pour se reconnaître au milieu des souvenirs un peu confus du bon sénéchal. La seconde série se compose de petites notices archéologiques sur les armes offensives et défensives III, IV), le vêtement (V), et les sceaux (XX). Dans cette partie, où M. de W. s'est aidé des renseignements et des dessins qui lui ont été fournis par MM. J. Quicherat et Demay, aucun des passages de Joinville où il est question d'habillement ou d'armement n'est laissé dans l'ombre, et, par extension, ces renseignements, complétés au moyen des notes que contient sur le même sujet la 2" édition de Villehardouin, forment comme une véritable histoire de la matière au xiii^ siècle. Ce qui constitue en outre l'origi- nalité de ces renseignements et ajoute en même temps à leur authenticité, c'est qu'ils sont pour la plupart puisés à une source encore peu explorée, les sceaux des personnages cités dans Joinville ou des contemporains ; on comprend mieux après cela de quelle utilité seront désormais pour l'étude du costume et de l'équipement au moyen-âge ces petits monuments que leurs propriétaires avaient intérêt à rendre le plus exacts possible. .nv&St mjcênsb'aèv g Je n'en ai pas fini avec les éclaircissements ; le dernier en effet n'est pas le moins remarquable. Il s'agit des notes explicatives des trois cartes jointes au volume; cartes et notes sont dues à M. A. Longnon, l'homme le plus compé- tent de France en fait de géographie historique. J'avoue que les deux cartes sur la r« et la 2^ croisade de Saint Louis et la notice qui les précède auraient pu être plus détaillées, et éclaircir encore quelques points obscurs du séjour de Louis IX outre mer; mais cette fois du moins il n'y a pas à faire le petit repro- che que j'adressais à la carte de Villehardouin : les noms modernes sont toujours accompagnés de la forme donnée par Joinville mise entre parenthèses. Quant à la troisième carte et à la Note sur les divisions de la France féodale en 1259, après le traité d'Abbeville, c'est vraiment un travail étonnant d'érudition et de perspicacité. On peut se demander si l'une et l'autre étaient ici bien indispensables, et par cela même regretter que le défaut de place ait forcé M. Longnon à condenser, peut-être outre mesure, les précieux documents qu'il fournit successivement sur chacun des fiefs du royaume ; ce n'en est pas moins la première fois qu'un travail de cette importance et de cette exactitude a été entrepris sur la géographie si embrouillée et si variable de la période féodale du moyen-âge. Il reste encore beaucoup à faire, mais le travail de M. L. est le point de départ forcé de tous les travaux à venir. Maintenant il faut bien dire que parmi ces éclaircissements si pleins de faits et si nombreux, il en est un que l'on est surpris de ne pas rencontrer tout d'abord, je veux parler d'une dissertation étendue sur l'auteur même de ce livre qu'on entoure de tant de notes et d'illustrations. Les premiers éléments de d'histoire et de littérature. 7f cette étude biographique se trouveraient déjà dans les trente pièces originales en français, émanées de la chancellerie de Joinville, que M. de W. a réunies et d'où il a tiré l'ensemble des règles phonétiques et grammaticales à l'aide desquelles il a refait le texte de l'Histoire de Saint Louis. Il ne serait pas em- barrassé de recueillir encore d'autres matériaux tant français que latins qui lui permettraient de donner une histoire plus sûre et plus complète du sénéchal de Champagne. M. de W., comme le faisait déjà remarquer il y a cinq ans M. P. Meyer, est trop bien « préparé par ses travaux sur les historiens du xiii* siècle » et notamment sur l'époque de Saint Louis, » pour laisser à d'autres moins scru- puleux et moins compétents le soin de nous donner une biographie définitive de son héros. M. de W. me pardonnera si je me permets de formuler encore un souhait; il met tant d'aimable empressement et d'abnégation à contenter les plus légers désirs de ses moindres critiques ou à tenir compte de leurs plus minces observations, qu'on se croit autorisé à lui demander ce qu'on ne demanderait à nul autre. Ce qui lui arrive n'arrive qu'aux gens riches : plus ils'donnent, et plus on exige d'eux. : Je ne puis pas finir sans rappeler que cette édition de Joinville n'est pas seu- lement remarquable par la valeur inestimable du fond, la forme en est des plus riches. Gravures sur bois tirées des miniatures d'un manuscrit du confesseur de la reine Marguerite, et représentant les divers épisodes de la vie publique et privée de Saint Louis, chromolithographies d'après les exemplaires de l'Hwfoire, dessins reproduisant des peintures du Credo et de divers autres manuscrits du xiii*' siècle ou du commencement du xiv% épreuves photographiques des sceaux de Joinville, de Saint Louis, de Blanche de Castille, et enfin fac-similé de la charte de l'Historien, tout cela, réuni aux cartes et aux croquis de costumes et d'armes dont j'ai parlé, forme le plus exact et le plus agréable album que l'on puisse consulter sur le siècle brillant du moyen-âge. Que si à présent l'on s'éton- nait que dans cette Revue, où la critique réclame toujours ses droits, j'aie fait si peu d'observations sur tel ou tel point du texte ou de la traduction où je pourrais être en léger dissentiment avec l'auteur, je répondrais que le peu que j'aurais à dire sur ce point a déjà été dit et mieux que je ne le ferais dans les deux comptes- rendus de M. P. Meyer et, par M. Gaston Paris, dans un article détaillé de la Romania auquel j'ai déjà renvoyé et auquel M. deW. s'est empressé de répondre dans le même recueil, en tenant compte, comme il le fait toujours quand il croit la chose admissible, des observations "qui lui étaient adressées. Le retard involontaire qu'a subi le compte-rendu a au moins cet avantage, qu'il me permet de louer sans restrictions un ouvrage qui honore à un si haut point la science et la conscience françaises. Léopold Pannier. 24. — La Salle des Thèses de l'Université d'Orléans, par M. Boucher de MoLANDON. 2* édlt. Orléans, 1872. In-8», 93 p. La ville d'Orléans possède encore la salle des thèses de son ancienne Univer- sité, élégant monument de la fin du xV siècle. Cet intéressant édifice, vu sa 76 REVUE CRITIQUE V situation toute inoffensive, en retraite sur les voies publiques qui l'enfer- )) ment, semblait ne devoir porter ombrage à aucun projet de voirie municipale. » Malgré cela l'édilité orléanaise, prise de la manie de démolitions, qui a déjà ravagé tant de nos grandes villes, forma il y a une dizaine d'années le projet de renverser la Salle des thèses, pour construire une place devant l'entrée princi- pale de la Préfecture. Grâce aux réclamations de la Société archéologique de l'Orléanais, grâce aux démarches de plusieurs citoyens éclairés, ce malencontreux projet a rencontré de sérieuses entraves. C'est pour aider à le combattre que M. Boucher de Molandon a rédigé la notice que nous signalons aujourd'hui. L'à-propos de cette publication en fait le principal mérite. L'auteur a réuni et groupé d'une manière satisfaisante des renseignements précis sur la date de construction et la destination de l'édifice. Les plus curieux de ces documents, il est vrai, étaient déjà connus. MM. Verdier et Cattois dans leur beau livre sur l'Architecture civile au moyen-âge ' avaient donné, dans une planche très-supé- rieure à celles de M. B. de M., le plan, la coupe et les principaux .détails de la Salle des thèses. MM. Meyer et Thurot avaient publié dans la Bibliothèque de l'École des Chartes le règlement de réformation de l'Université d'Orléans; d'autres textes non moins importants étaient également imprimés. Mais M. B. de M. le reconnaît lui-même en citant loyalement les travaux de ses devanciers , et si ce fait diminue quelque peu l'originalité de son livre , il ne doit pas nous empêcher d'en reconnaître la valeur. Nous terminerons par une légère critique. Les textes que publie M, B. de M. sont si clairs, qu'ils pouvaient se passer de notes. En tout cas, c'est supposer le lecteur bien naïf que de lui expliquer que « noët et iour » signifie nuit et jour, que (c seallées du seal » veut dire « scellées du scel, « qu'Edouard III est « l'un )) des plus puissants rois d'Angleterre et l'un de ceux qui firent le plus de mal à » la France, » etc R. L. 25. — John Milton's politische Haaptschriften, ûbersetzt u. mit Anmerkungen versehen von D' W. Bernhardi. Bd. I. Berlin, Koschny (Heimann). 1874. In-8', "321 p. Lessing disait des ouvrages de Klopstock : « Tout le monde les loue et per- )) sonne ne les lit. » Il en est de même pour les écrits en prose de Milton, aussi bien en Allemagne qu'en France. En France, les ouvrages en prose de Milton n'ont jamais été traduits, et l'ouvrage de M. Geffroy * les a seuls fait un peu con- naître. Eh Allemagne, l'opuscule sur la Liberté de la Presse a été traduit par Rœpell; celui sur « la théorie et la nature du divorce » a été abrégé par F. v. Holtzendorff (1855); mais de tous ses autres écrits, on ne connaît que des frag- ments dispersés dans les essais biographiques consacrés à l'auteur du Paradis perdue. L'entreprise de M. Bernhardi sera donc accueillie avec faveur par le 1. Architecture civile et domestique au moyen-âge et à la renaissance, t. II, p. 165. 2. Étude sur les pamphlets politiques et religieux de Milton. 1848. In-8*. 3. L'important travail de Weber : John Milton s prosaische Schriftc.i, etc., publié d'histoire et dk littérature. 77 public allemand. En réalité, ce n'est que dans ses œuvres en prose que le génie de Milton apparaît dans toute sa puissance. A une époque aussi agitée que la nôtre par la passion des luttes politico-ecclésiastiques, on trouve un intérêt tout particulier à écouter la voix austère du penseur inflexible qui a jadis examiné toutes ces questions au point de vue de son temps, et a trouvé pour seule solution de séparer entièrement le domaine ecclésiastique du domaine politique et de traiter les associations religieuses dans leurs rapports avec l'État d'après les mêmes règles qu'on applique à toutes les autres associations. On doit approuver M. B. d'avoir fait un choix parmi les écrits qu'il a l'inten- tion de traduire. Les ouvrages en prose de Milton n'ont pas tous un intérêt général. Même parmi ceux dont M. B. a entrepris la traduction on sera souvent choqué par l'abus de l'érudition théologique et la lourdeur de la forme. — Par contre, on ne comprend pas ce qui a guidé M. B. dans la division arbitraire qu'il a adoptée pour sa publication qui doit comprendre deux volumes. Cette division n'est pas chronologique, car le premier volume paru s'ouvre par un opuscule de 1659 et se termine par un opuscule de 1651. Elle n'est pas non plus métho- dique, car on trouve pêle-mêle dans ce premier volume des traités sur les sujets les plus divers, disposés sans aucun ordre. Ce sont : le traité sur le Pouvoir de l'État dans les affaires ecclésiastiques ; les écrits sur ['Éducation et la Liberté de la Presse; le traité sur le Divorce, et enfin la première apologie pour le peuple anglais. — Le second volume contiendra, d'après les promesses de la préface, la seconde apologie pour le peuple anglais, VEikonoklastes, et une grande partie des écrits consacrés aux questions ecclésiastiques. Un second défaut, que le traducteur a d'ailleurs senti et dont il a cherché à s'excuser, vient de ce que le texte original des écrits en prose de Milton laisse beaucoup à désirer et met souvent le traducteur dans le plus grand embarras. Croira-t-on que nous ne possédons encore aucune édition critique des œuvres en prose de Milton, où l'on ait tenu compte des diverses éditions anciennes et de leurs variantes et cherché à éclaircir les passages douteux ? La préface de la grande biographie anglaise du poète par M. G. Masson (1 vol. 1859) nous a fait espérer l'apparition prochaine d'une nouvelle édition des œuvres en prose de Milton par les soins du Rév. J. E. B. Mayor, M. A., Fellow de S. John's Collège Cambridge; mais jusqu'ici cette espérance n'a point été réalisée. Nous en sommes donc toujours réduits à des éditions peu satisfaisantes parmi lesquelles celle de Pickering (Londres 185 1, rééditée en 1867 avec les œuvres poétiques 8 vol.) est sans contredit la meilleure. Malheureusement il est difficile de la trouver en dehors de l'Angleterre. Il est regrettable que M. B. ne s'en soit pas servi et ait dû se contenter de l'édition ordinaire de Saint John, quand la première condition d'une bonne traduction est naturellement l'emploi du meilleur texte. L'usage de l'édition Pickering aurait permis d'éviter certaines fautes. Ainsi p. 120, la traduction est obscure, parce que M. B, a trouvé dans son texte d'abord dans V Historisches Taschenbuch de Raumer, 3e série III-IV, et reproduit dans l'ou- vrage intitulé : Zur Geschichte des ReformJtionszeiîalters (1874) ne donne que des extraits. yS REVUE CRITIQUE anglais le passage suivant : « The Jesuits and that sect amongst us which is » named of Arminius, are wont to charge us of making God the author of sin » in two degrees especially, etc. » L'éd. Pickering, il est vrai, porte elle aussi en cet endroit le mot degree, mais quelques lignes plus loin on trouve le mot decree qui est le bon, celui que Milton avait également voulu écrire la première fois et qui seul offre un sens'. Sans parler de ces imperfections, auxquelles la nécessité peut servir d'excuse, la traduction de M. B. n'est pas exempte d'obscu- rités et de lourdeurs. Il est vrai que la langue étrangement concise et puissante de Milton ne rend pas aisée la tâche du traducteur; cependant Gustave Liebert dans son excellent ouvrage sur Milton (Hambourg 1860) a montré par quelques exemples que les difficultés peuvent être vaincues à force d'élégance et de savoir faire. Nous nous permettons de recommander à M. B. ces modèles qui pourront lui être utiles pour la seconde partie qu'il annonce, et d'y ajouter le vœu qu'il nous donne aussi un choix des lettres et des dépêches de Nfilton dont M. W. Douglas Hamilton nous a fait connaître un si grand nombre 3. On doit surtout louer le traducteur d'avoir cherché à éclaircir pour le lecteur un grand nombre d'allusions qui ont besoin de commentaire. Quelquefois il a simplement reproduit les notes de l'éditeur anglais S' John (dans Bohn's Stan- dard Library) ; mais dans le plus grand nombre des cas ses commentaires témoi- gnent d'une étude approfondie; on pourrait même parfois les trouver trop déve- loppés. Ainsi p. 266 sur Catilina, on aurait pu être plus bref. *': Un troisième volume contiendra une biographie développée de Milton et en même temps les éclaircissements nécessaires sur la composition et l'ordre des écrits traduits. En somme nous pouvons féliciter M. B. de son entreprise qui fait partie de la Historisch politische Bibliothek de L. Heimann?. A. Stern. SOCIÉTÉS SAVANTES. ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. Séance du 22 janvier 1875. Une lettre adressée à l'académie annonce la mort de M. Deville, l'un de ses correspondants. ,ii I . L'emploi de l'édition Pickering aurait appris à M. B. que Milton a bien écrit comme il le suppose (p. 51) : « I am not able. » On trouve aussi dans l'éd. Pickering, IV, 385, le mot : « Law-French » qui est sans doute une allusion à la langue du barreau. Pour- quoi M. B. ici (p. 32 note) et ailleurs écrit-il : Standart Library, pr. Standard. 2. Original Papers illustrative of the Lite and writings of John Milton printed for the Cambden Society (1850). 3. Une question avant de finir : M. GefFroy, dans l'important essai cité plus haut, dit p. 242 qu'un ms. des Epistola Jamiliares de Milton se trouvait en la possession de sir Thomas Philipps. Celui-ci est mort depuis. La Commission pour la recherche des mss. historiques qui depuis quelques années travaille en Angleterre avec tant de succès, ne pourrait-elle donner des renseignements sur ce point? — à supposer que l'indication de M. Geffroy fût exacte. d'histoire et de littérature, 79 M. G. Perrot, au nom de la commission du prix Gobert, fait connaître les titres des ouvrages qui ont été envoyés au concours pour ce prix. Ils sont au nombre de 5 , plus les deux ouvrages qui sont en possession du prix. L'académie élit les membres des commissions chargées de décerner divers prix. Ces commissions sont ainsi composées : — Prix ordinaire (histoire de la lutte entre les écoles philosophiques et théologiques sous les Abbassides) : MM. Renan, de Slane, Defrémery, Derenbourg; — Prix Bordin (étude philolo- gique et critique du texte des œuvres de Sidoine Apollinaire) : MM. Naudet, Egger, Quicherat, Thurot ; — Prix Bordin (recueillir les noms des dieux men- tionnés dans les inscriptions babyloniennes et assyriennes) : MM. de Saulcy, MohI, de Longpérier, Derenbourg; — Prix de numismatique : MM. de Saulcy, de la Saussaye, de Longpérier, Robert ; — Prix La Fons-Mélicocq (pour le meilleur ou- vrage sur l'histoire et les antiquités de la Picardie et de l'Ile-de-France, Paris non compris) : MM. P. Paris, Delisle, Hauréau, Deloche; — Prix Stanislas Julien (pour le meilleur ouvrage relatif à la Chine) : MM. Mohl, Ad. Régnier, Dulau- rier, Pavet de Courteille ; — Prix Fould (Histoire des arts du dessin jusqu'au siècle de Périclès) : M. M. de Saulcy, de Longpérier, Renan, Perrot. Ouvrages déposés : Saint Louis et son temps, par M. H. Wallon; Topographie archéologique des cantons de la France : canton de Ribécourt (Oise), par M. Peigné Delacour; les publications de l'académie des sciences de Cracovie, et divers autres recueils périodiques. — M. Delisle présente de la part de M. Baschet l'Histoire du dépôt des archives des affaires étrangères. — M . de Wailly présente les Œuvres de MM. Alfred, Gustave et Jules de Wailly, recueillies et publiées par M. Gustave de Wailly. — M. de Longpérier présente de la part de M. L. d'Her- vey de S. Denys deux nouveaux fascicules contenant les actes 5 à 10 de la traduction du Si-siang-ki par Stan. Julien, publiée par M. d'Hervey, et deux mémoires de ce dernier, l'un sur Formose et les îles Lieou-Kieou , l'autre sur l'ethnographie de la Chine centrale et méridionale. — M. Egger offre de nou- velles éditions de son étude sur la Poétique d'Aristote et de son étude sur les substantifs verbaux en français, et la 3" éd. de son manuel de grammaire com- parée; il présente les ouvrages suivants de la part des auteurs : Fabre d'Envieu, Onomatologie de la géographie grecque; Éd. Chaignet, Théorie de la déclinaison en grec et en latin; G. d'Eichthal, Le site de Troie; Joseph Grandgagnage, Coutumes de Namur et de Philippeville, 2^ vol. — M. Didot offre un vol. publié par lui sous ce titre : Aide Manuce et l'hellénisme à Venise et en Italie. — M. Renan présente un Dictionnaire français-cambodgien par M. Aymonier. — M. L. Renier présente une publication extraite de la Revue archéologique , et intitulée Une invasion gau- loise en Macédoine en l'an 1 17 avant notre ère, par M. l'abbé Duchesne : c'est l'explication d'une inscription trouvée aux environs de Salonique, qui nous révèle une invasion gauloise dont les historiens ne parlent pas. M. de Vogué fait une communication sur une stèle phénicienne qui a été découverte par M. Peretié aux environs de Djebel, l'ancienne Byblos (dans la Bible Gebal), et dont il présente une photographie à l'académie. Ce monument paraît provenir du temple de la déesse de Byblos. C'est un bloc de calcaire taillé 8o REVUE CRITIQUE d'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. en un parallélipipède arrondi par le haut. Sur le devant sont dans un encadre- ment une scène gravée au trait et une inscription phénicienne. On voit à gauche la déesse assise et tournée vers la droite; elle présente la plus grande ressem- blance avec les figures de divinités égyptiennes ; elle est vêtue d'une longue robe et porte en guise de coiffure un disque solaire avec deux cornes de taureau. A droite est un roi debout qui lui offre une libation ; il est vêtu comme un roi dé Perse. Un disque égyptien muni de deux ailes inclinées domine la scène. L'inscription en 1 5 lignes d'une écriture soignée, mais pourtant difficile à lire, est un acte par lequel un roi de Gebal consacre le temple à la déesse. Celle-ci est appelée Baalat Gebal : c'est la première fois qu'on connaît son nom phéni- cien. Le monument remonte, selon M. de Vogué, à la première moitié du 5'' s. avant notre ère. Après diverses observations philologiques sur le texte de l'inscription, M. de Vogué présente des considérations sur l'art religieux des Phéniciens, qui n'a jamais eu, dit-il, de caractère propre. La stèle de Gebal semble copiée des monuments égyptiens; à l'époque grécoromaine, ce fut l'art grec qu'on imita, comme le montre une petite statuette de la déesse de Byblos, faite à cette époque, que M. de Vogué met sous les yeux des membres de l'aca- démie. M. Jourdain commence la seconde lecture de son mémoire sur Nicolas Oresme et les astrologues de la cour de Charles V. Julien Havet. LIVRES DÉPOSÉS AU BUREAU DE LA REVUE. Acta Societatis Phiiologas Lipsiensis éd. Ritschelius, t. II, fasc. 2 (Lipsiae, Teub ner). — Ausgewaîhlte Komœdien des Terentius Afer erkl. v. Dziatzko. I. Bdchen (Lipsias, Teubner). — Michel Bégon, Correspondance et documents inédits, p. p. Du PLESsis (Paris, Aubry). — Blass, Die Attische Beredsamkeit, 2. Abth. (Leipzig Teubner). — Boucher, William Cowper, sa correspondance et ses pensées (Paris Sandoz et Fischbacher). — Busson, Zur Geschichte des grossen Landfriedensbundes deutscher Stasdte 1254 (Innsbruck, Wagner'sche Univ.-Buchh.). — Chaignet, Théorie de la déclinaison des noms en grec et en latin d'après les principes de la grammaire com- parée (Paris, Thorin). — Die Regesten des Kaiserreichs unter Kaiser Karl IV. 1346- 1378. Aus dem Nachiasse Bqehmer's herausg. v. Huber. i. Lief. (Innsbruck, Wagner). — Die Schiacht von Alischanz ; niederdeutsches Heldengedicht herausg. v. Roth (Pader- born, Schœningh). — Von Giesebreght, Geschichte der deutschen Kaiserzeit. IV. Bd. 2. Abth. (Braunschweig, Schwetschke). — Q^ Horati Flacci Carmina. Lucianus Mùl- ler recogn. (Lipsiae, Teubner). — Kayser, Das Vorexilische Buch der Urgeschichte Israels (Strassburg, Schmidt's Univ.-Buchh.). — Krek, Einleitung in die slavische Literaturgeschichte. 1. Th. (Graz, Leuschner u. Lubensky). — Von Kremer, Cultur- geschichte des Orients unter den Chalifen. 1. Bd. (Wien, Braumiiller). — Krohn, Sokrates und Xenophon (Halle, Verl. v. Mûhlmann). — De Neuvo, Isabelle la Catho- lique (Paris, Lévy). Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A, Gouverneur. Griechischen und Lateinischen. Leipzig, Kœhler. In-8°, viij-562 p. (B. Del- BRûCK : contient d'excellentes parties, mais d'autres qui n'eussent pas dû être imprimées et que l'auteur aurait dû plus longtemps élaborer). BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en magasin. Bonnejoy. Études historiques. Chars (Seine-et-Oise). Son histoire, ses hauts- barons, son vieux château, son Hôtel- Dieu, son église, la pierre qui tourne, Bercagny, etc. Avec une eau-forte. In-S", 112 p. Paris (Dumoulin). Boucherie (A.). Êtymologies françaises et patoises. In-8°, 46 p. Paris (lib. A. Franck). Boucher (L.). William Cowper, sa cor- respondance et ses poésies. In-i2, 343 p. Paris (Sandoz et Fischbacher). Broutin (A.). Histoire des couvents de Montbrison avant J793. i" vol. In-8°, xiv-376 p. Saint-Étienne (imp. Monta- gny)- Calvary's phiiologische u. archseoiogische Bibliothek. 24. u. Supplément Bd. In-8*. Berlin (Calvary et C"). Chaque volume, 2 fr. 75 Contenu : 24. R. Bentley's Disserta- tions upon the epistles of Phalaris, The- mistokles, Socrates,Euripides a. upon the fables of ^Esop. Edited with an Intro- duction and Notes by D' W. Wagner. Part 4. Supplément bd. Rœmische Ge- schichte v. G. B. Niebuhr. Neue Ausgabe V. M. Isler. Register. lamoês (L. de). OsLusiadas. Unter Ver- gleichg. der besten Texte, m. Angabe d. bedeutendsten Varienten u. e. krit. Ein- leitung. Hrsg. v. D. K. v. Reinhard- stœltner. i. Lfg. In-8*, xlj-96 S. Strass- burg (Trùbner). 4 fr. lampagne (La) de 1692 dans le Haut- Dauphiné. Lettres de Catinat, de Vau- ban, etc. Relations des sièges d'Embrun et de Guiliestre. Protocole du notaire Grassi. Mémoires du capitaine Le Clair et de J. p. de Rochar. In-8*, 185 p. et 3 pi. Paris (Réunion des officiers). Chapelle et Bachaumont. Voyage publié par D. Jouaust. In-i6, xij-75 p. Paris (Libr. des Bibliophiles). 2 fr. ^0 Golbert (N.-J.). Traditions et souvenirs, ou mémoires touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert (1793-1809). T. 5. In-8*, 483 p. et carte. Paris (F. Didot frères fils et C*). Coll y Vehi (J.). Los refranes del (^uijote, ordenados por materias y glosados. En-8*, xxv)-248 p. Barcelona (imp. del Diario de Barcelona). Desjardins (E.). La table de Peutinger, d'après l'original conservé à Vienne ; pré- cédée d'une introduction historique et critique et accompagnée : 1° d'un index alphabétique des noms de la carte origi- nale avec la lecture des éditions précé- dentes; 2" d'un texte donnant, pour chaque nom, le dépouillement géogra- phique des auteurs anciens, des inscrip- tions, des médailles, et le résumé des dis- cussions touchant son emplacement; 30 d'une carte de redressement comprenant tous les noms à leur place et identifiés, quand cela est possible, avec les localités modernes correspondantes; 4° d'une se- conde carte établissant la conformité des indications générales de la table avec les connaissances présumées des Romains sous Auguste (Orbis Pictus d' Agrippa). Liv. 13. In-fol. p. 2 17-244 et i pi. Paris (Hachette et C'). lo fr. Deux ligueurs de Picardie. Docu- ments historiques sur un maïeur d'Amiens et un gouverneur de Gerberoy. In-8°, 132 p. et 2 pi. Paris (Dentu). 4 fr, Dœtsch (P.). Juvenal. Ein Sittenrichter seiner Zeit. Ein Beitrag zur Sittengesch. Roms unter den Kaisern. In-8°,vij-75 p. Leipzig (Engelmann). 2 fr. Dûmichen (J.). Die erste bis jetzt auf- gefundene sichere Angabe ûb. die Regie- rungszeit e. asgyptischen Kœnigs aus dem altem Reich, welche uns durch den me- dicinischen Papyrus Ebers ùberliefert wird. Mit dem v. Prof. Ebers herge- stellten genauen Facsimile der Kalendar, Notiz auf dem Rùcken d. Papyrus Ebers. In-8', 32 S. Leipzig (Engelmann). 2 f. 25 Durand (V.). Recherches sur la station gallo-romaine de Mediolanum dans la cité des Lyonnais. In-8°, xij-63 p. et 4 plans. Saint-Étienne (Chevalier). Durieux (A.). Les artistes cambrésiens du IX"-XIX' siècle et l'école de dessin de Cambrai, avec 10 pi. lithogr. dont 2 en couleurs et 2 photographies. In-8*, 474 p. Cambrai (imp. Simon). Fischer (D.). L'ancien prieuré de Dur- renstein, près Walscheid (comté de Dabo). In-8', 24 p. Nancy (imp. Crépin-Leblond). Flavigny (de). État de la compagnie écossaise des gardes du corps du roi à Coblentz, en 1791 et 1792, d'après un manuscrit du vicomte de Flavigny, sous- aide-major de ladite compagnie. Publié par le vicomte A. de Flavigny. In-i6, 117 p. Paris (Schlesinger). Franck (A.). Moralistes et philosophes. 2* éd. In- 12, viij-489 p. Pans (Didier et C-). 4 fr- Heller (H.). Curas criticae in Platonis de republica libros. In-4*, 48 p. Berlin (Calvary et C*). 2 fr. 75 Heuzey (L.) et Daumet (H.). Mission archéologique de Macédoine, ii* livr. In-4°, p. 257-344 et 6 pi. Paris (Didot frères fils et C*). 12 fr. 50 Houdoy fJ.). Renart-le-Nouvel, roman satirique composé au XIII* siècle par Jac- quemars Gielée de Lille; précédé d'une introduction historique et illustré d'un fac-similé d'après le manuscrit La Vallière de la Bibliothèque nationale. In-8*, 212p. Paris (Aubry). Houdoy (J.). Verreries à la façon de Ve- nise. La fabrication flamande d'aprèsdes documents inédits. Gr. in-8°, 81 p. Paris (Aubry). Jacob ben Chabib en Jacob (oculus Jacobi), i. e. collectio locorum talmudis babylonici hagadicorum sec, ordinem talmudis ad- jectis commentariis celeberr. virorum, accedunt notae Isak Alfasi, Kakajon de Jona. Jehuda Arje di Modena u Salomon Dajan Glogaviensis. V^ol. i-}.in-4*, 360, 348 u. 298 S. Berlin (Cohn). 24 fr. Jullien (A.). Histoire du théâtre de Madame de Pompadour dit théâtre des Petits Cabinets. Avec une eau-forte de Martial d'après Boucher. Gr. in-S", 80 p. et grav. Paris (Baur). Keryiler (K.). Le chancelier Pierre Sé- guier, second protecteur de l'Académie française. Études sur sa vie privée, poli- tique et littéraire, et sur le groupe aca- démique de ses familiers et commensaux. 2« éd. In- 12, xv-égô p. Paris (Didier et C-). Lenormant (F.). Les premières civilisa- tions, études d'histoire et d'archéologie. T. I. Archéologie préhistorique. Egypte. T. 2. Chaldée et Assyrie, Phénicie. In- 8°, viij-883 p. Paris (Maisonneuve et C';. Ménard et Goiffon. Les Évêques de Nîmes au XVIII* siècle (1687- 17 50). Fléchier, la Parisière etBecdelièvre. Con- tinuation (i 7 50-1 820) Becdelièvre (suite), Cortois de Balore, la période révolution- naire, les martyrs nîmois. In- 12, 269 p. Nîmes (Bedot). Pannier (L.). Les joyaux du duc de Guyenne, recherches sur les goûts artis- tiques et la vie privée du Dauphin Louis fils de Charles VI. In-8*, 72 p. et i pi. Paris (Didier et C*). Rosny (L. de). Manuel du style épisto- laire et du style diplomatique. Texte ja- ponais publié à l'usage des élèves de l'école spéciale des langues orientales, traduit en français et accompagné d notes. In-8°, 60 p. Paris (Maisonneuve et C*). 6 fr. Rostan (L.). Monographie du couvent des dominicains deSaint-Maximin. In-8*, 316 p. Draguignan (imp. Latil). Smith (S.). Memoir of. By his Daughter, Lady Holland. With a Sélection of his Letters. Edited by Mrs Austin. New edit. ^-8°, 637 p. London (Longmans). 3 fr. 15 Vintler (H.). Die Pluemen der Tugent. Hrsg. V. J. V. Zingerle. In-S", xxxiij- 403 S. Innsbruck (Wagner). 11 fr. 25 Wheeler (J. T.). The History of India. Vol. 3. Hindu , Buddhist, and Brahma- nical. In-8°, 5 14p. c«irt. London (Trùbner et C*). f t f 22 fr. 50 Nogent-le-Rotrou. Imprimerie de A. Gouverneur. N' 6 Neuvième année. 6 Février 1875 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS. Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Guyard. Prix d'abonnement : Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Étranger, le port en sus suivant le pays. PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 67, RUE RICHELIEU, 67 Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). ANNONCES En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 67, rue de Richelieu. A. MARIETTE-BEY Nubie. 12* livraison, In-fol. 6 fr. Monuments divers re- cueillis en Egypte et en BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES 18* et 19e FASCICULES. R n F I A ST F Y R I F ^'"'^' '"' ^f '°"'''' '^ Iv» JL^J—^ l-jr^kjl l_il IvIJLj vicomtes de Limoges antérieurs à l'an 1000. 5 fr. Ar^ A R \A F ^T^ F T' F R '^'^^'^^ ^^ ^^ formation des • L/rVrViVl HiO 1 il l ILIx mots composés dans la langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. 12 fr. Cf^ TT A TD A NT 17 A T T ^""^S^^^^s d'un mystère proven- • v^ n A. t)/\l N rL/\LJ çal découverts à Périgueux, publiés, traduits et annotés. Gr. in-8<». i fr. 50 PÉRIODIQUES. The Academy, N" 141, new séries, 16 janvier. J. Thomson, The Straits of Malacca, Indo-China, and China. London, Sampson Low and Co. (Ruther- FORD Alcock : prédit un grand succès à cette relation de voyage). — Mahaffy, Social Life in Greece from Homer to Menander. London, Macmillan and Co. (D. B. MoNRo: ouvrage plein de bon sens, de critique, et donnant à réfléchir). — Stoughton, Ecclesiastical History in England. The Church of the Révolu- tion. London, Hodder and Stoughton (J. Bass Mullinger : ouvrage devant être pris en considération, bien qu'il paraisse écrit pour défendre une thèse). — Blair, Indian Famines; their Historical, Financial, and other Aspects. London, Blackwood (F. J. Goldsmid). — Notes and News. — Notes of a Tour in the Cyclades and Crète. L Delos and Rheneia (H. F. Tozer). — Correspondence. The « Quarterly Review « and Mr. Darwin. — Statue of King Robert the Bruce at Stirling Castle (J, E. Alexander, Major-General). — The Urari Poison (John R. Jackson). — Blackie, Horae Hellenicae. London, Macmillan (R. C. Jebb : réimpression d'essais sur divers points d'histoire, de philosophie, de cri- tique littéraire, de philologie et de grammaire). — Societies (Soc. d'archéologie biblique). The Athenœum, N" 2464, 16 janvier. Sumner-Maine, Lectures on the Early History of Institutions. Murray (i'"' art., développé). — Morris, Elemen- tary Lessons in Historical English Grammar. Macmillan (art. très-défavorable). — Pope Alexander the Sixth (R. Garnett). — A Celtic Mss. Society (John Stuart Blackie; J. Jeremiah). — « The Nobla Leyçon » (J. A. Wylie). — The Ptolemy of 1 562 (R, H. Major). — The written Pottery of Moab (R. ï'Athe- n£um ne recevra plus de communication à ce sujet). — Literary Gossip. Literarisches Centralblatt, N" 4, 23 janvier. Bruyn, Palaestina. Ders. Prolegomena ad tabulam geographicam Palaesîinas. Utrecht, Kemink et Zoon, In-4°, 16 p. (n'offre aucune amélioration qu'on puisse signaler; on remarque seulement une dissertation sur le site de Tarichée). — Kirchhoff, Ueber die Schrift vom Staate der Athener. Berlin, Dûmmler. In-4'', 5 1 p. (très-érudite brochure). — Baumgart. MWns Aristides. Leipzig, Teubner. In-S", viij-240 p. (ouvrage de la plus haute importance pour l'histoire de la rhétorique grecque). — Myriantheus, Die Marschlieder des griechischen Drama. Mùnchen, Acker- mann. In-S", vij-141 p. (très-compétent). — Schulze, Idioticon der nord- thûringischen Mundart, Nordhausen, Fœrstemann. ln-8% vij-69 p. (étude sur le dialecte de Nordhausen et des environs). ; Jenaer Literaturzeitung, 1875, n» i, 2 janvier. FiTTiNG , Zur Ceschichte der Rechtswissenschaft am Anfange des Mittelalters. Halle, Buchh. d. Waisenh. In-8°, 28 p. Ders., Glosse zu den Exceptiones legum Romanorum des Petrus, Ibid. In-8°, iij-68 p. (Stintzing). — Steffenhagen, Deutsche Rechtsquellen in Preussen vom xiii. bis zum xvi. Jahrh. Leipzig, Duncker u. Humblot. In-S", viij-248 p. (Behrend). — Waltek, Die Lehre von der praktischen Vernunft in der griechischen Philosophie. lena, Mauke'sVerl. In-8'', xviij-573 p. (Prantl: excellent travail). — Philippson, Heinrich IV und Philipp III. Bedin, Duncker. In-8", xij-398; iv-444 p. (Noorden : expose les origines de la prépondérance française en Europe). — Homerica Carmina, éd. Nauck. Vol. II. Odyssea. Pars I-II. Berolini apud Weidmannos. In-8", xxj-222; xvj-223 p. (J. La Roche: c'est à peine si, dans cette édition, on peut reconnaître l'Homère auquel on est habitué). — Schanz, Studien zur Geschichte des Platonischen Textes. Wûrz- burg, Stahel. In-8°, vj-88 p. (H. Sauppe : destiné à exposer les principes sur lesquels M. Sch. fonde son édition de Platon, dont le i"''' vol. ne tardera pas à paraître). — Compte-rendu de la Commission impériale archéologique pour les REVUE CRÏTIQ^UE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE ._ N* 6 — 6 Février — 1875 Sommaire : 26. Pierret, Études égyptologiques, 2' livr, — 27. Rosenberg, Les Erinyes. — 28. Krek, Introduction à l'histoire de la littérature slave. — 29. De PiBRAC, Quatrains, p. p. Claretie. — 30. Pascal, Pensées. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions. 26, — Études égryptologiques. Deuxième livraison. Recueil d'inscriptions inédites du musée égyptien du Louvre, traduites et commentées par Paul Pierret, conserva- teur-adjoint au musée égyptien du Louvre. Première partie. In-4', 158 p. Paris, librairie A. Franck. 1874. — Prix : 25 fr. On sait que l'administration du Louvre n'a pas à sa disposition , comme le British Muséum, par exemple, des fonds permettant aux savants conservateurs de notre Musée de publier au moins les plus intéressants d'entre les monuments confiés à leurs soins. A défaut de ces fac-similé que les musées du Caire, de Londres, de Berlin, de Leyde, etc., la plupart depuis longtemps, ont livrés aux investigations des égyptologues, M. P. Pierret a commencé à insérer dans ses Études égyptologiques un certain nombre d'inscriptions inédites. La révélation de monuments presque inconnus rendait déjà un inappréciable service; les textes sont en outre accompagnés de traductions et de notes savantes qui font de cette publication l'une des plus marquantes dont la science ait été dotée en ces der- nières années. Il est certain que la plus sérieuse difficulté des premières études de l'égypto- logue provient de la rareté des ouvrages exécutés d'après le plan que M. P. s'est imposé. Le système graphique des anciens Égyptiens, quelque simples et ingénieuses qu'en soient les règles, n'en présente pas moins, dans la pratique, les complications inhérentes à l'emploi de mille signes environ, et à la combi- naison des valeurs alphabétiques, syllabiques, idéographiques, dans la même phrase, souvent dans un seul mot. Avant d'aborder l'interprétation des textes et d'interroger les recueils d'inscriptions, il faut, au préalable, se rendre maître de cette écriture. Pour cela étudier des textes bien analysés serait assurément le meilleur moyen. Malheureusement l'impression des caractères égyptiens étant lente et dispendieuse, les traducteurs renoncent bien souvent à publier leur texte, surtout un commentaire et des notes suffisantes. M. P. a dû autogra- phier son ouvrage, travail long et pénible qui lui a permis de composer deux volumes d'hiéroglyphes avec traductions interlinéaires. C'est peut-être la pre- mière fois qu'on trouve réunis autant de textes hiéroglyphiques traduits et annotés. La place accordée aux notes dans ce second volume est un peu plus large que dans le premier. Concises, mais remplies d'érudition, ces notes mettent le lecteur à même de peser toutes les difficultés de l'interprétation. Le but de l'ouvrage ne comportait point qu'il fût donné encore plus de développement à XV 6 82 REVUE CRITIQUE cette partie, la plus importante, selon nous, et d'ordinaire la plus négligée, d'un travail sur les hiéroglyphes. Nous ne pouvons que le regretter quand nous trou- vons, dans celles qui nous sont données, une foule d'observations précieuses, qu'il nous serait impossible d'analyser ici, dont les égypiologues tireront le plus grand profit. Afin de faciliter les recherches, l'auteur a placé à la fin du volume un glossaire comprenant tous les mots intéressants, au nombre de près de 200, qui se rencontrent dans ses textes, et qu'il a discutés dans ses notes. La réserve qu'inspire la connaissance vraie de l'état actuel et dr.s conditions du déchiffrement; la préoccupation de ne rien laisser à l'imagination: voilà, après une science éprouvée, ce qui caractérise la méthode de M. P. Inter- prète aussi consciencieux qu'habile, il ne craint pas de laisser intraduits les pas- sages qu'il ne croit pas bien comprendre. Quelques-uns cependant (à peine deux ou trois) nous paraissent susceptibles d'une interprétation non douteuse. — Ainsi mes Qp. 4, 1. lo), nom d'un objet que le dieu Horus-Chem doit tenir à la main, et qui est déterminé par l'image d'un sceptre, se reconnaît pour une ortho- graphe de âmes, sorte de sceptre ; que la chute de l'aspirée initiale a, dont on a tant d'autres exemples, soit fautive ou non. Le passage est (a)mes m (toi) : « le )) sceptre âmes à la main. » Le groupe d'un lion et de trois plumes (p. 1 2, 1. 4) n'est autre que le mot res'u « joie « : hâti yjr res'u, « un cœur possédant )) la joie. » Cette forme de basse-époque est signalée par M. Brugsch. — Parmi les formes hiéroglyphiques déjà déchiffrées il est, certes, impossible de n'en oublier aucune ; nous voulons seulement faire ressortir la méthode prudente qui fait des Études égyptologiques un livre que même les personnes les moins versées dans le déchiffrement pourront consulter avec confiance. Les interprètes des monuments pharaoniques manquent parfois de courage pour s'arrêter quand ils cessent de comprendre; on ne découvre qu'en trop d'endroits, dans les meilleurs ouvrages, au lieu de l'intelligence du texte égyptien, la preuve de l'imagination du tra- ducteur. Malgré un contrôle attentif des traductions de M. P. nous n'avons guère vu l'occasion de proposer une autre interprétation. Voici toutefois un cas à dis- cuter. La phrase rendue par « 6 royal ? exécuteur, chef (muni) de ses deux » plumes! ))' signifie, à ce que nous croyons, «ô roi puissant qui tranche le ciel^ » avec ses deux plumes » : pa suten neyt tem pe m s'u-ti. Pendant sa course, le dieu-Soleil, ainsi invoqué, partage (l'égyptien dit tem, coupe, tranche) en hémi- sphère boréal et en hémisphère austral le Monde entier, ciel, terre, enfers. D'où son titre de Roi du Midi et du Nord, suten (yab), que les égyptologues ont rendu bien à tort par Roi de la Haute et de la Basse-Egypte, et que le Pharaon reçoit comme fils du Soleil, se râ. Le dieu-Soleil régnant sur les deux régions du Midi et du Nord, porte sur la tête un double diadème symbolisant sa double souve- 1. P. ),\.2. 2. L'hiéroglyphe que je lis pe, ck\, peut également se lire ker, et alors signifier « chef». — Le bras armé, après le mot suten, roi et royal , a été considéré par M. P. comme un simple déterminatif : j'y vois l'adjectif neyt, vaillant, victorieux, puissant, écrit idéo- graphiquement. d'histoire et de littérature. 8f raineté : tantôt le pschent, composé de la couronne rouge, ou couronne du Nord, et du diadème blanc, ou diadème du Midi; tantôt d'autres ornements symbo- liques, comme la double plume. Lorsqu'il s'avance, le ciel est coupé par sa coiffure des deux plumes, dont l'une, en effet, désigne souvent le Nord, et l'autre le Midi. Au reste ces vues sur la mythologie nous étant personnelles, nous devons avouer qu'elles ne sauraient faire autorité. Aucune des inscriptions inédites du Recueil de M. P. n'est, selon la juste remarque de l'auteur, sans apporter une donnée concernant soit la religion, soit l'histoire, soit la langue. Elles couvrent des stèles, des statues, des tables d'of- frandes, des pyramides funéraires; ou de moindres objets, scarabées, palettes de scribe, et instruments divers ; enfin un précieux papyrus. Elles nous initient aux détails de la vie civile et des croyances religieuses. On se formera une idée des renseignements de toute nature apportés par ces documents en lisant ce passage de la traduction que M. P. donne des inscriptions gravées sur la statue A, 90 (cette statue est celle d'un fonctionnaire d'Apriès, nommé Nes-Hor) : « L'a placé Sa Majesté dans une dignité très-grande, dignité de son fils aîné (comme) » gouverneur des régions du Sud pour repousser les nations rebelles de là. Il a placé sa » crainte parmi les peuples du miai et les a éloignés de leurs montagnes Il a cherché B à faire honneur à son maître, le roi Haa-ab-râ, plein de vénération pour Ouah-ab-ra » dont la faveur était pour Nes-hor, surnommé Psametik-menkh , fils d'Auw-rer, enfanté » par la dame de maison Ta-ten-hor, véridique. Il dit : » 0 seigneur de l'ardeur créatrice, fabricateur^des dieux et des hommes, Khnoum, » seigneur de Nubie; ô Sati et Anouké, dame d'Éléphantine, je suis réjoui par vos per- » sonnes, j'adore vos beautés, incapable de lassitude dans l'acte d'aimer vos personnes » Je me remémore ce que j'ai fait pour votre demeure. J'ai rendu splendide votre temple » par des vases d'argent, par des bœufs, des oies ser, des oies apet nombreuses, ayant B constitué (leur) alimentation dans (leur) parc, ainsi que (celle de) leurs préposés, à tou- » jours et éternellement. J'ai construit leur oisellerie dans cette localité. J'ai fait don B d'excellent vin de ïOaan méridional, de blé et de bière? J'ai fait votre magasin , je l'ai B construit à nouveau au grand nom de Sa Majesté. J'ai donné de l'huile de l'arbre des- » her? pour l'éclairage de la lampe de votre temple. J'ai donné des tisserands, des ouvrières, B des tailleurs? pour l'habillement sacré du dieu grand et de ses dieux auwaot? J'ai « construit pour eux des chapelles dans son temple et je les ai fondées pour l'éternité par » l'ordre du dieu bon^ maître des deux pays, Apriès, vivant éternellement. » Rappelez-vous que j'ai fait des embellissements à votre demeure, dans son centre, n (^e Nes-hor se perpétue dans la bouche des citoyens en récompense de cela ; j'ai fait » placer mon nom dans votre demeure afin qu'on se souvienne de ma personne après mon » existence, etc. » (p. 22, s.). Nes-hor continue en rappelant ses guerres, et il souhaite des prospérités de toute sorte à ceux qui reliront l'offrande qu'il fait à ses dieux. Comme presque tous les textes de l'Egypte antique, ceux-ci consacrent à la religion la première place. C^ant aux titres du personnage dont nous avons retrouvé la stèle ou la statue, ils précèdent son nom, sans nous apprendre tou- jours au juste les fonctions qu'il exerçait. Pour en saisir la valeur il faudrait qu'une bonne fortune mît entre nos mains quelque texte où le possesseur de titres pareils fût représenté remplissant ses fonctions. Mais, après s'être fait connaître par son nom et ses emplois, le personnage, ordinairement un défunt qui dans l'inscription prend la parole, prie la divinité de lui accorder la félicité I . Le roi. 84 REVUE CRITIQUE étemelle. Certes, ces compositions ne dénotent pas toutes une grande recherche. Beaucoup sont coulées, pour ainsi dire, dans un même moule. Le donateur ou le défunt demande au « maître de l'éternité » la part des élus : les pains, les viandes, le vin, la bière, l'huile, les vêtements, les parfums, en un mot, « toutes » les choses bonnes et pures », qu'obtiennent « ceux qui subsistent », c'est-â- dire qui échappent à l'anéantissement ou seconde mort, châtiment des impies'. Mais, à côté de ces prières un peu banales, nombre de compositions, œuvres de scribes mieux rétribués sans doute, méritent la plus sérieuse attention. Il n'y a pas de documents plus instructifs en ce qui regarde les recherches mythologiques. Voilà pour les prières funéraires. La traduction des légendes tracées sur les mille objets, si connus des visiteurs du Musée, qui garnissent les vitrines des salles civile, historique, religieuse, funéraire, donnent au volume une agréable variété. Le tableau de l'enlèvement de la récolte; les deux boîtes de momie aux noms des rois Antef de la XI^ dynastie, d'autres, d'une époque inconnue mais anté- rieure au xxv^ siècle, fournissent au Recueil leurs inscriptions, en même temps que l'encrier de Psar, la harpe d'Amenmès, la canne de Ramsès, des palettes de scribe, des objets de toilette, etc. Parmi ces monuments divers figurent : la plus belle table d'offrande du musée, omise par E. de Rougé, avec plusieurs monuments importants, dans sa Notice; plusieurs stèles ayant pour nous une valeur historique ; et le naos monolithe retiré du fond de la mer et portant les cartouches du roi Amasis. Là longue composition qui remplit les pages 103 à 149 est écrite sur un des papyrus exposés dans la salle funéraire. Elle est relative à la course du dieu- Soleil dans l'hémisphère inférieur durant les douze heures de la nuit. La traduction de Devéria, donnée dans son Catalogue des manuscrits du Louvre, en avait révélé l'importance exceptionnelle et en faisait désirer la publication. M. P. aura donc en très-peu de temps publié deux forts volumes d'inscrip- tions inédites. Ces belles publications n'assurent pas seulement à l'auteur une place distinguée entre les maîtres, elles montrent que la science française, après la perte du vicomte de Rougé, n'est pas près de déchoir du rang qu'elle a tou- jours su tenir dans l'école de Champollion. Eugène Grébaut. 27. — Die Erinyen. Ein Beitrag zur Religion und Kunst der Griechen, von Adolph RosENBERG. In-8', 88 p. 1 pi. Berlin, 1874. Gebriider Borntraeger. Cet opuscule se divise en deux parties : la première (p. 1-45) est une étude mythologique faite d'après les textes; la seconde (p. 45-80) est purement archéologique. Une telle division a permis à l'auteur de dresser un catalogue méthodique et très -complet des œuvres d'art qui offrent la représentation des Erinyes ; mais peut-être a-t-elle l'inconvénient de séparer trop nettement deux études qui doivent s'éclairer mutuellement et qui eussent gagné à être fondues ensemble. Nous eussions préféré, pour notre part, que l'archéologie des Erinyes, au lieu d'être traitée à part, servît de commentaire perpétuel aux textes mytho- d'histoire et de littérature. 85 logiques. N'est-il pas fâcheux, pour ne citer qu'un exemple, que le rôle infernal attribué par les Grecs aux Erinyes soit à peine indiqué dans la i'* partie, et qu'il faille attendre la fin de l'ouvrage pour apprendre, par les vases peints, que ces divinités étaient chargées, dans le monde d'en bas, du châtiment des grands coupables, tels que Sisyphe et Ixion? La division adoptée par M. R. nous paraît avoir nui à la clarté de son œuvre. Les textes qui se rapportent aux Erinyes ont été depuis longtemps rassemblés et interprétés par les maîtres de la science mythologique. En revenant sur un terrain souvent exploré, M. R. a eu le mérite de faire une revue des textes exacte et complète, de n'omettre aucun témoignage, en suivant l'ordre historique depuis Homère jusqu'aux poètes romains. Les citations qu'il accumule dans son premier chapitre se succèdent, il est vrai, d'une façon si dense et si rapide qu'elles manquent quelquefois d'interprétation suffisante. M. R. nous dit, par exemple (p. 4) que chez Homère les Erinyes sont des divinités qui veillent à la conservation des grandes lois de la nature ; mais il oublie de nous expliquer qu'elles doivent ce rôle à leur caractère de divinités chtoniennes, le sein de la terre étant souvent considéré, dans les croyances grecques, comme le sanctuaire des lois qui règlent l'harmonie du monde et des êtres. M. R. laisse échapper une erreur de détail quand il affirme (p. 7) que les enfants lésés dans leurs droits par leurs parents ont aussi leurs Erinyes. «Ce sont les Erinyes, dit-il, qui arment )) le bras de Clytemnestre contre Agamemnon pour venger la mort d'Iphigénie. » Cette assertion repose sur une interprétation inexacte des deux vers suivants de VAgamemnon d'Eschyle (v. 1 377, éd. Weil) : p.à TY]v TéXeiov t^ç l^t/qq xaiSbç AaY)v, 'Atyjv "Epivuv 6', afci ^ivS' IcçaÇ' èYw. Dans ces vers, Dikè exprime seule l'idée d'une justice et d'une vengeance divine, dont Clytemnestre, pour justifier le meurtre de son époux, prétend avoir été l'instrument. Erinys, rapprochée d'Até, est la divinité qui produit l'égarement fatal de l'esprit et qui pousse au crime (cf. Iliad. XIX, 87; Odyss. XV, 234). C'est donc Clytemnestre qui est elle-même en proie à Até et à Erinys ; ce n'est pas Agamemnon qui a été la victime de l^Erinys de sa fille. Dans la croyance générale et populaire des Grecs, c'est le meurtre des parents par les enfants, et non celui des enfants par les parents, qui déchaîne les Erinyes. Le mythe arcadien de Démèter-Erinys a souvent exercé la sagacité des mytho- logues. M. R. nous paraît en avoir donné le premier une explication plausible. D'après Pausanias (VIII, 2$, 4) on racontait, à Thelpousa, en Arcadie, que Poséidon avait pris la forme d'un cheval pour s'unir à Démèter : de cette union étaient nés une fille dont il était défendu de révéler le nom aux profanes (Des- poina-Perséphonè) et le cheval Arion. Démèter, irritée de la violence qui lui avait été faite par le dieu, avait été surnommée Erinys, du mot Ipivùetv qui, en Arcadie, signifiait : être irrité. — M. R. cherche la solution de ce problème dans les autres traditions qui se rapportent au cheval Arion. Il remarque que la légende d'Arion, originaire de Thessalie (Hésiod. Scut. Herc. 120) s'est développée en Béotie où on le faisait naître à Oucheste près de la source Tilphossa (Schol. 86 REVUE CRITIQUE liiad. XXIII, 346) et où on le disait fils de Poséidon et d'Erinys. Dans la guerre des Sept contre Thèbes, Adraste, on s'en souvient, échappe à la mort, grâce à la rapidité d'Arion; dix ans plus tard, il revient, avec son merveilleux coursier, renouveler la guerre qui doit détruire complètement la descendance de Labdacus. Arion, coursier d'Adraste, est donc l'instrument des Erinyes acharnées à la perte des Labdacides; c'est en ce sens qu'il a pu être appelé en Béotie, le fils d'Erinys. — Or, des migrations béotiennes apportèrent le mythe de la naissance d'Arion en Arcadie, où ce mythe se mêla aux traditions locales qui concernaient Poséidon Hippios et les relations de ce dieu avec Démèter. Erinys, mère d'Arion en Béotie, se confondit ainsi en Arcadie avec Démèter qui porta désormais en ce pays le surnom, plus tard inexplicable, d'Erinys. Le mythe arcadien, tel que nous l'a transmis Pausanias, se compose donc en réalité de deux mythes de provenance diverse, qui se sont mêlés et confondus. Ce résultat n'est pas sans importance. Si, comme nous le croyons avec M. R., la fable de Démèter-Erinys, localisée en Arcadie, n'est pas une fable primitive, il est impossible d'accepter les conclusions d'Ad. Kuhn qui croyait avoir établi l'identité du mythe grec avec un mythe védique où Sara/zyû lui paraissait jouer le rôle de Démèter-Erinys (Zeiîschr. f. vergl. Sprachforsch. I, 439). Si Erinys et Démèter, accidentellement unies en Arcadie, furent toujours deux divinités distinctes, Max Mùller s'est trompé en identifiant Démèter avec Sara/zyû et en la considérant comme une divinité de l'Aurore. L'explication, un peu subtile, par laquelle il essayait de rattacher l'idée du jour naissant à la conception des Erinyes vengeresses des crimes de la nuit (Nouvelles leçons, t. II, p. 270, trad. française) tombe d'elle-même. Malgré l'identité possible du mot grec 'Eptvuç et du mot sanscrit Saranyû, et à défaut de preuves suffisantes, nous croyons qu'Erinys n'était à l'origine ni « la nuée orageuse qui planait dans l'espace au commence- » ment de toutes choses » (interprétation de Kuhn) ni « la lumière de l'Aurore )) qui s'avance dans le ciel » (Max Mùller) et nous pensons avec M. R. que les Erinyes, dont le caractère est en Grèce si nettement défini, doivent être consi- dérées comme un produit original de la religion hellénique. Ce ne sont point des divinités de la nature, mais des divinités qui ont leur origine dans les sentiments et les désirs du cœur humain. Nous adoptons donc volontiers l'explication psy- chologique que M. R., à la fin de son travail, donne de la conception des Erinyes. « L'homme offensé, lésé dans ses droits, désire naturellement le châtiment de l'offenseur. L'instinct de conservation ancré dans l'âme de l'homme, ou, si l'on veut, l'égoïsme lui inspire la ferme conviction que, s'il n'est pas en état de se venger lui-même du tort qui lui a été fait, une puissance supérieure, une puis- sance divine prendra le soin de sa vengeance. Le dernier sentiment de l'homme frappé d'un coup mortel se concentre dans une imprécation contre son meurtrier, et cette imprécation, adressée à l'origine à une divinité, devient elle-même une divinité qui s'attache aux pas fugitifs du coupable. » ; .;.iï9î;\05«î q^iî^oiifi. P- Decharme. ' : h^-^^^ii ^. d'histoire et de littérature. 87 28. — Einleitung in die slavische Literatnrgeschichte und Darstellung ihrer selteren Perioden, von D' Gregor Krek. Erster Theil. Einleitung in die slavische Literaturgeschichte. i vol. in-8", vij-336 p. Graz, Leuschner et Lubensky, 1874. — Prix : 10 fr. jo. Jusqu'ici le grand ouvrage de Schafarik sur les Antic^uités slaves est resté le manuel de tous ceux qui veulent aborder les origines de la race slave. L'édition allemande que l'on consulte d'ordinaire offre de graves erreurs de traduction ; elle se trouve rarement dans le commerce; une réimpression en serait utile, mais elle demanderait à être sérieusement révisée sur l'original et il faudrait y joindre les suppléments posthumes que M. Josef Jrecek a ajoutés à la deuxième édition tchèque (Prague 1862-63). Telles que nous les avons aujourd'hui les Antiquités slaves sont loin de répondre complètement à leur titre ; elles ne comprennent que l'ethnographie, la géographie et l'histoire; on sait par les papiers de Schafarik qu'il méditait d'ajouter à son œuvre une seconde partie, dont il n'a malheureu- sement laissé que le plan et dont les matériaux sont restés épars soit dans des notes non rédigées soit dans divers opuscules en tchèque et en allemand. Ce plan était très-vaste, il comprenait neuf grandes divisions : 1° Caractère des anciens Slaves. — 2° Manière de vivre. — 3° Religion. — 4° Droit et gouvernement. — 5° Langue. — 6° Dialectes. — 7" Écriture. — 8*" Arts et sciences. — 9° Anciens monuments slaves. Schafarik avait lui-même tracé les titres des différents cha- pitres dont l'ensemble eût formé une véritable encyclopédie. Ses successeurs se sont partagé cet immense héritage; parmi les nombreux travaux qui ont vu le jour depuis 1837, date de la première publication des Slovanské Starozitnosti, il en est peu qui ait mieux répondu que celui de M. Krek aux désirs, aux inten- tions, à la méthode de Schafarik. M. Krek, dont le nom est sans doute nouveau pour la plupart de nos lecteurs, est aujourd'hui professeur de philologie et de littérature slave à l'Université de jGratz. Il a seulement écrit jusqu'à présent quelques articles en dialecte slovène, une thèse de doctorat : Die nominale Flexion des Adjectivs im Alt- und Neuslove- nischen (Vienne, 1866), il prépare en ce moment une édition critique des chan- tsons populaires Slovènes. M. Krek est élève de Miklosic ; toutefois il ne se laisse point uniquement absorber par la philologie; on peut juger par le présent volume qu'il y a joint une sérieuse étude de la littérature et de l'histoire. Cet ouvrage est le résultat de leçons faites à l'Université de Gratz. J'ai voulu, dit l'auteur au début de sa préface, sans devenir infidèle au but primitif de mon travail, le rendre d'un abord aisé pour les non-slavistes. Il ne nous paraît pas que M. Krek ait toujours exactement suivi ce programme. Son livre abonde en textes slaves, en mots isolés non traduits, en titres d'ouvrages non expliqués. Nous doutons que les lecteurs non-slavistes, et ils sont nombreux en Europe,, parvien- nent facilement à s'orienter dans les notes si érudites d'ailleurs et si conscien- cieuses qui sont le commentaire perpétuel du texte. M. K. fait grand cas, et il a raison, d'une foule de publications trop ignorées, russes, serbes, polonaises, tchèques, etc Il y renvoie le lecteur en maint endroit; il n'eût pas été inutile d'en traduire les titres, ne fût-ce que pour justifier les Slaves des accusations de 88 REVUE CRITIQUE ceux qui leur reprochent l'absence d'esprit et de production scientifique. Cer- taines transcriptions embarrasseront peut-être plus d'un lecteur. Pour le bulgare et le russe M. Krek a cru devoir transcrire l'orthographe et non la prononcia- tion. Cette rigueur, parfaitement justifiée dans un livre de philologie pure, nous semble ici hors de propos; le nom de la ville de Kharkov devient presque mé- connaissable sous la forme Harikovû et nous ne croyons pas que ce littéralisme exagéré facilite beaucoup les recherches bibliographiques. M. K. reconnaît lui- même que la lettre û est absolument inutile et il engage les Russes et les Bulgares à imiter l'exemple des Serbes qui depuis longtemps s'en sont débarrassés. Nous sommes absolument de son avis. C'est là d'ailleurs une simple chicane de détail; l'exagération de l'auteur ne tient qu'à un excès de conscience philologique. L'ouvrage complet aura deux volumes ; il comprendra une introduction géné- rale à l'histoire littéraire des Slaves (c'est le sujet du volume actuel) et l'histoire de la période primitive. La première partie est divisée en deux livres: le premier réunit les renseignements les plus importants que l'on peut tirer de la linguis- tique et des anciens écrivains, touchant l'histoire et la culture des anciens Slaves, le second contient une série de remarques générales sur la littérature slave et ses rapports avec l'histoire de la civilisation et la mythologie. L'auteur aborde toutes les questions avec l'érudition la plus minutieuse. Ainsi il ne consacre pas moins de cinquante pages à démontrer que les Slaves appartiennent à la famille arienne, à exposer les circonstances dans lesquelles ils s'en sont détachés , et leur situation en tant que peuple indépendant {Einzelvolk). Nous regrettons qu'à ce propos il n'ait pas, au moins dans une note, discuté la théorie qui a prétendu enlever aux Slaves trente ou quarante millions de grands Russes pour en faire des Touraniens. Cette note n'eût pas été inutile, non pas pour les slavistes, qui savent parfaitement à quoi s'en tenir, mais pour le grand public qui s'est laissé égarer quelquefois par des pamphlets soi-disant scientifiques. La critique pénétrante de l'auteur aurait pu s'exercer avantageusement sur ce sujet. L'un des chapitres les plus intéressants est sans contredit celui où M. K. s'appuyant sur des faits de linguistique reconstruit la culture et la civilisation des Slaves primitifs. Après avoir répété les témoignages déjà connus des historiens grecs et romains il les complète par l'examen comparatif de la lexicologie slave en ce qui concerne la religion, l'industrie, les coutumes. Chemin faisant, il renverse plus d'une opinion jusqu'ici admise sans conteste; il démontre que le nom du dieu Svatovit(p. 105) ne veut pas dire la Sainte lumière, mais le Souffle violent, il détrône l'idole du Cernoboh ou dieu noir si longtemps admise par les mythologues ; ailleurs il démontre la non-authenticité d'un recueil de chants serbes récemment publié à Belgrade et où l'on retrouvait, réunies avec beaucoup trop de complaisance et d'ingéniosité, toutes les divinités vraies ou fausses du Panthéon slave (Voir notam. p. 321). Nous espérons que dans son prochain volume M. Krek sou- mettra à une critique aussi rigoureuse les chants bulgares que MM. Schafarik (neveu) et Verkovitch viennent de publier à Belgrade sous le titre pompeux de Veda slave. Personne chez les Slaves méridionaux ne nous paraît mieux préparé que lui à ce travail, qui, nous n'en doutons pas, révélera de curieuses choses. d'histoire et de littérature. 89 Il nous promet d'exposer dans ce volume les raisons qui l'empêchent de douter de l'authenticité des poèmes tchèques de Grunberg et de Kœniginhof {Zelens- horsky et Krolodvorsky Rukopis), authenticité qui a été contestée ici même. Dans la seconde partie du volume nous recommandons spécialement les cha- pitres relatifs au rôle des contes et des énigmes populaires dans la mythologie. Il y a là des pages excellentes, et qui seraient encore meilleures si l'auteur avait eu soin de traduire tous les exemples qu'il cite. Nous appelons instamment son attention sur ces lacunes ; nous comptons qu'il nous donnera au second volume un répertoire alphabétique, faute duquel les recherches sont fort difficiles. Dès maintenant, VEinleitung doit prendre place dans la bibliothèque de tous ceux qui s'occupent des origines européennes ; elle met à leur portée une foule de résultats épars dans un grand nombre de publications inaccessibles ou de dialectes ina- bordables. M. Krek a rendu à la science un véritable service. Son livre sera le complément indispensable de l'œuvre de Schafarik. Louis LEGER. 29. — Les Quatrains de Pibrac suivis de ses autres poésies avec une notice par Jules Claretie. Paris, Alph. Lemerre. 1874. i vol. in-i8, iij-i67 p. — Prix : 5 fr. M. J. Claretie admire beaucoup le xvi* siècle, que je n'admire pas moins que lui, et, parmi les hommes de cette grande époque, il accorde une affection par- ticulière à Guy du Faur, seigneur de Pibrac, qui est un vieil ami pour moi. Malgré ce double trait d'union, malgré l'indulgence extrême dont a fait preuve le nouvel éditeur des Quatrains envers l'éditeur de la Vie de Pibrac par Guillaume CoUetet, j'examinerai son petit livre comme si j'ignorais ses sympathies , et le critique ne se souviendra pas des éloges trop libéralement donnés au commenta- teur. Pour prouver tout de suite à M. Cl, mon impartialité, je lui adresserai sans miséricorde un grave reproche : comment, appréciant Pibrac autant qu'il l'ap- précie, n'a-t-il pas cherché à rendre plus complète l'édition dont il a été chargé ? Sans doute les vers du bon homme sont réunis ici en plus grand nombre qu'ils ne l'avaient jamais été; sans doute, à la suite de ces cent vingt-six Quatrains qui forment tout un catéchisme d'honneur (p. i), M. Cl. a placé les cinq Sonnets des dames illustres (Lucrèce, Virginie, Porcie, Cornélie, Didon), les Plaisirs de la vie rustique, cinq autres sonnets, les stances qui commencent ainsi : D'où vient que d'autant plus que ie suis enflammé. Que mon malheur consent que ie sois moins aymé ; et la pièce vraiment remarquable {L'esprit de Lysis disant le dernier adieu à sa Flore; Dialogue sur la mort de Bussy d'Amboise), tirée par M. E. Tricotel (Variétés bibliographiques, 1863) d'un recueil de poésies de l'an i6oo'. Mais, pour ne m'occuper que des Quatrains, qui restent et resteront le principal titre de gloire I. M. Cl. n'a malheureusement pas retrouvé l'opuscule sur la manière civile de se com- porter pour entrer en mariage avec une demoiselle, et il est fort à craindre que là, où, après tant d'autres, il a échoué, personne désormais ne puisse se flatter de réussir. 90 tiH*»: REVUE CRITIQUE de Pibrac, ne devait-on pas s'attendre à trouver, dans l'élégant volume où ils sont si coquettement réimprimés, une notice bibliographique renfermant les détails les plus précis sur les cinquante éditions antérieures, et surtout un com- mentaire où auraient été groupées toutes les explications, toutes les observations désirables ? Au lieu de cette ample notice, au lieu de cet abondant commentaire, qui auraient été si bien accueillis des bibliophiles auxquels s'adresse la collection Lemerre, nous n'avons que de maigres notes qui occupent une dizaine de pages seulement (p. 1 57-167). Pour décrire toutes les éditions, pour éclaircir toutes les difficultés, pour indiquer tous les rapprochements, il aurait fallu cent pages de plus, et encore auraient-elles à peine contenté la curiosité de certains lecteurs de ma connaissance ! L'insuffisance de l'annotation est d'autant plus fâcheuse, que la nouvelle édi- tion des poésies de Pibrac se recommande, à d'autres égards, par toutes les qualités que peuvent souhaiter les gens du goût le plus délicat. Un soin parfait a présidé à toutes choses dans ce recueil que M. Cl. appelle (p. 72), sans trop le vanter, c< un monument de choix. » On ne relèvera pas la plus petite faute dans le texte, reproduit d'après les plus pures leçons '. La notice, qui remplit 72 p., mérite surtout notre attention. Elle est excellente d'un bout à l'autre, bien pensée et bien écrite ; tous les travaux antérieurs y sont habilement résumés et, sur certains points, quelque peu augmentés; et je n'hésite pas à déclarer que, soit comme étude biographique, soit comme étude littéraire, c'est ce que nous possé- dons de meilleur sur le poète toulousain. Pour caractériser l'homme et son œuvre, M. Cl. a trouvé une foule de traits heureux, d'expressions vives et char- mantes, et Pibrac, en somme, ne l'a pas moins bien inspiré que Molière. Laissant de côté de nombreux passages où l'émotion la plus sincère perce à travers la plus brillante verve, je ne citerai que cette neuve et pittoresque appré- ciation des Quatrains (p. 60-63) • ^^ Cette double qualité de l'élévation de l'âme » et de la tendresse du cœur se retrouve dans ses vers, plus chargés d'idées que » de mots, et sur lesquels, disait un contemporain, la rouille ni le temps ne trou- » veroient que mordre. Il y a, en effet, une s'ève toute particulière, une grâce » piquante de langage unie à une pensée robuste, dans ces Quatrains qui firent » partie, durant un si long temps, de toute éducation solide. Cela est concis, » ferme et clair. On sent, à travers ces préceptes, la résolution inébranlable de » la vertu. Point de morgue, point de puritanisme hautain; tout au contraire, » une morale accessible et humaine, mais sans faiblesse et sans compromis. On » sent passer souvent, à travers ces mâles enseignements, après la douceur » souriante d'un Horace, le souffle vigoureux d'un Agrippa d'Aubigné ou l'accent » amer et profond de VAlceste de Molière. Ils ont surtout, ces Quatrains, une '"*- , — — I. M. Cl. nous avertit (p. 72) que M. Courbet, l'éditeur d'O. de Magny, de Michel de Montaigne, de Régnier, deTahureau, etc., a revu \ts Quatrains sur l'édition vrinceps, et que cet érudit est, de plus, l'auteur de toute la partie bibliographique. M. le comte de Pibrac a bien voulu communiquer ses notes à M. Cl., qui exprime le regret (p. iij) de « n'avoir pu donner une plus large place à ses précieuses indications. » Espérons que M. de Pibrac se décidera bientôt à publier lui-même tout ce qu'il a recueilli avec une sorte de piété filiale sur celui dont il achèverait ainsi de rajeunir la noble mémoire. d'histoire et de littérature. 91 » qualité inappréciable, une vertu toute nationale. Ils sont francs et gaulois..... » Je souhaiterais volontiers qu'on donnât encore aux générations nouvelles de » semblables préceptes. Le libre esprit d'un Pibrac exhausserait, en y péné- » trant, les jeunes âmes. Les Quatrains ont l'éloquence entraînante que donnent » les fortes convictions. Ce sont les enseignements d'un cœur fier, d'une intelli- » gence éveillée et loyale, qui a beaucoup vu, profondément observé, et qui » lègue à ses descendants, sous une forme brève, le résultat de ses réflexions » sur l'homme et sa destinée. Et telle est la puissance de la droiture de la pensée, » que ces quatrains sont presque toujours frappés à la bonne marque et solides » parfois comme l'airain. » ■ fEù&atîtsq'i;': Je dois ajouter que, dans la notice si bien faite de M. Cl., il s'est glissé une regrettable erreur. Ce n'est pas de notre Pibrac, mais bien de son frère aîné qu'il s'agit dans le dramatique épisode dont le récit (p. 10-13) ^st emprunté à M. Henri Martin. Je n'ai pas manqué de signaler {Vie de Guy du Faur de Pibrac, p. 14), avec la méprise de l'auteur de l'Histoire de France (t. VIII, p. 499), les divers témoignages contemporains qui auraient dû rendre impossible, en cette occa- sion, la substitution du nom de Guy du Faur au nom de Louis du Faur^. T. DE L. 30. — Pensées de B. Pascal (édition de 1670), précédées d'un avant-propos et suivies de notes et de variantes. In-8', xxv-xxxviij-308 p. Paris, Jouaust. 1874. — Prix : 12 fr. 50. « Nous devons compte au lecteur des raisons qui nous ont fait choisir pour » cette impression des Pensées de Pascal l'édition donnée par MM. de Port- » Royal en 1670. » Telle est la première phrase de l'avant-propos; en effet on peut au premier abord s'étonner de voir paraître dans une collection des Classiques français cette édition des Pensées, qui a la réputation d'être extrême- ment infidèle. Depuis 1842, date de la publication du mémoire de M. Cousin dans le Journal des Savants, chacun s'était habitué à lire cet ouvrage, soit dans l'édition Faugère, reproduction intégrale des manuscrits originaux, soit dans l'édition Havet; quant aux éditions anciennes elles étaient depuis longtemps oubliées, y compris celle de Bossut, et celle de Port-Royal était passée à l'état de curiosité littéraire. C'est donc un plaidoyer en faveur de celle-ci, un essai de réhabilitation, que va nous donner l'auteur anonyme de cet avant- propos. Sans refaire ici après tant d'autres l'histoire des petits papiers de Pascal, il sera peut-être bon de rappeler en quelques mots dans quel esprit fut conçue la publication de MM. de Port-Royal. Ils ne voulurent pas donner toutes les notes rassemblées par leur illustre ami ; ils ne voulurent pas laisser à l'esprit du lecteur le soin de relier ces lambeaux ; les goûts du public d'alors, beaucoup trop raffinés I. On peut voir encore, sur le rôle joué, en 1559, par le conseiller au Parlement de Paris Louis du Faur, « qui estoit frère aisné du célèbre Pibrac, » les Additions de J. Le Laboureur aux Mémoires de Michel de Casteinau (t. I, in-f*, 1731, p. 354). - -. 92 REVUE CRITIQUE et littéraires, les habitudes d'esprit des amis du défunt, tout s'y opposait; il fallait un livre suivi, bien disposé, clair, dans lequel les matières fussent ran- gées dans un ordre méthodique, les idées enchaînées étroitement. Nul parmi tous ceux qui dévorèrent le petit volume de 1670 n'eût pu lire seulement dix pages du manuscrit original ou de l'édition Faugère. D'ailleurs, imbus des idées de leurs contemporains, les amis de Pascal n'eurent pas un instant ces scru- pules; ils se proposèrent en quelque sorte de « suppléer l'ouvrage que Pascal vou- lait faire »; telles sont leurs propres expressions; ils ont eu tout au moins le mérite de la franchise. A cette première considération, purement littéraire, ajoutons les suppressions, les changements, les modifications amenées par les circonstances religieuses du temps ; écrit dans des idées toutes jansénistes et primitivement conçu pour justifier le miracle de la Sainte-Epine, le livre de Pascal ne devint que peu à peu une apologie générale de la religion chrétienne, et il garda toujours des traces de son origine première. En tout ceci, nous ne faisons pas le procès des gens de Port-Royal ; ils agirent bien, étant données les circonstances, et il faut s'étonner avec Sainte-Beuve comment ils purent tirer de tout ce fouillis du manuscrit original ce livre net et lumineux qui charma plusieurs générations et ne fut guère supplanté qu'en 1778 par l'édition Bossut '. Devant cette réédition donnée comme édition définitive des Pensées, il y a donc deux questions bien distinctes à traiter, la question de principe et celle de fait. Est-il permis, alors que l'on possède les manuscrits autographes d'un auteur, de donner sous son nom un remaniement, ce remaniement fût-il du même temps, fût-il l'œuvre des amis, des coreligionnaires de l'auteur ? A cette question, il faut répondre non sans hésiter. C'est là en réalité une question de sincérité littéraire ; l'auteur de la préface dit que la lecture du Pascal de M. Faugère, voire même de celui de M. Havet est insoutenable: que ceux qui ne peuvent lire une œuvre inachevée le laissent de côté puisqu'il blesse leur goût trop délicat; mais à tout prendre, mieux vaut un original décousu et incohé- rent qu'une copie infidèle. Ce côté de la question a complètement échappé au nouvel éditeur, du moins il n'a pas l'air de s'en être douté, et il se contente de traiter la question de fait. « On pourra se convaincre que Port-Royal a rectifié plus de phrases mal cons- » truites, supprimé plus d'anachronismes et élucidé plus de pensées obscures, » qu'il n'a affaibli d'expressions fortes et dénaturé de conceptions originales, a Telles sont (p. xxxiii) les paroles mêmes de l'éditeur, qui nous renvoie pour l'examen de la question et la preuve de ses assertions aux notes et variantes qui terminent son volume. Ce qu'on remarque au premier abord, c'est la grande étendue de ces variantes, qui occupent presque exclusivement 48 pages en texte ^— — .— — I. Les preuves authentiques de tout ce que nous avançons ici se retrouvent dans la préface de l'édition Faugère. dans l'introduction de M. Havet, enfin dans le Port-Royal de Sainte-Beuve. C'est par des remaniements successifs demandés par les censeurs et par les amis de Pascal qu'il faut expliquer la présence de plusieurs cartons dans certains exem* plaires de l'édition originale. .,,,. . ,„,. ..^.,, d'histoire et de littérature. 93 minuscule, alors que les Pensées en occupent seulement 254 d'une impression peu compacte ; on peut affirmer sans exagération que ces variantes, pour lesquelles l'auteur a d'ailleurs employé des signes d'abréviations extrêmement multipliés, occupent à peu près moitié autant d'espace que l'ouvrage lui-même. On s'étonnera aussi de les voir indiqués non pas d'après le manuscrit ori- ginal, mais d'après l'édition Faugère. Cette dernière donnant presque toujours exactement la page de l'autographe ou des copies, il n'aurait pas été difficile de recourir à l'original. Enfin passons ; une fois admise cette idée bizarre de mettre en variantes l'ouvrage original, on ne peut plus être surpris d'aucune singularité. Nous allons choisir dans toutes ces variantes un certain nombre d'exemples qui pourront justifier nos assertions. Voici d'abord quelques expressions que nous croyons affaiblies ; avons-nous tort .'* — Texte : à jouer et à se divertir (p. 8); notes : à jouer au piquet (p. 258), d'où cette créature (p. 32), d'où cet animal {p. 261); Pascal parle de l'homme. — Amas d'incertitude (p. 123); cloaque d'incertitude et d'erreur (p. 275); cet atome imperceptible (p. 126); ce raccourci d'atome (p. 276); sur une planche plus large qu'il ne faut pour marcher à son ordinaire (p. 141); les mots pour marcher à son ordinaire sont ajoutés par Port-Royal (p. 275). Texte, p. 128, Notes, p. 128. Nous sommes sur un milieu vaste, tou- Nous voguons sur un milieu vaste, tou- jours incertains et flottans entre l'ignorance jours incertains et flottans, poussés d'un bout et la connoissance ; et si nous pensons aller vers l'autre. Quelque terme où nous pen- plus avant, nostre objet branle, et échappe sionsnousattacheretnousaffermir, il branle nos prises; il se dérobe, et fuit d'une fuitte et nous quitte, et si nous le suivons, il éternelle : rien ne le peut arrester. C'est échappe à nos prises, nous glisse et fuit nostre condition naturelle, et toutefois la d'une fuite éternelle. Rien ne s'arrête pour plus contraire à nostre inclination. Nous nous. C'est l'état qui nous est naturel, et brûlons du désir d'approfondir tout et d'édi- toutefois le plus contraire à notre inclination, fier une tour qui s'élève jusqu'à l'infiny. Nous brûlons du désir de trouver une as- Mais tout nostre édifice craque et la terre siette ferme et une dernière base constante s'ouvre jusqu'aux abysmes. pour y édifier une tour qui s'élève à l'infini, mais tout notre fondement craque, et la terre s'ouvre jusqu'aux abîmes. P. 171, on trouve en tête de l'article xxvii (^Pensées chrestiennes) un long pas- sage qui n'existe que dans MM. Port-Royal, il est donc probablement leur ouvrage; l'éditeur admet cette supposition, mais, dit-il, il était nécessaire pour expliquer ce qui suit (p. 286) ; singulière justification du sans-gêne avec lequel les éditeurs de 1670 avaient traité Pascal. — Le 30* article de Port-Royal est composé de passages extraits de la fameuse lettre de Pascal à ses sœurs sur la mort de leur père ; ce procédé littéraire n'a rien qui étonne l'éditeur. Il se com- prenait au xvii^ siècle; des raisons de famille, de convenance, empêchaient peut-être la publication intégrale de ce beau morceau, mais au xix" toutes ces raisons n'existent plus ; pourquoi s'y conformer ? Remarquons d'ailleurs que l'auteur de la nouvelle édition est absolument de bonne foi, il voudrait faire partager sa propre opinion, qui est que l'édition de 1670 est bien assez fidèle. 94 ■ REVUE CRITIQUE En elle-même la nouvelle préface est claire, méthodique et bien écrite; on sent que l'auteur connaît et aime son sujet. Pourtant outre la longue critique de fonds que nous venons de faire, nous lui adresserons encore quelques critiques de détail. P. IX. Pourquoi citer à propos des remarques de Voltaire sur Pascal et de l'édition de Condorcet une phrase légèrement ridicule de Chateaubriand ' ? Nous n'avons point ici à comparer Voltaire et Pascal ou à indiquer nos préférences, mais nous croyons qu'il est inutile d'appliquer à toute une école une parole aussi injuste et aussi emphatique. Remarquons d'ailleurs que l'édition Condorcet, faite dans d'autres idées, par un homme absolument différent, est en somme une œuvre analogue à celle de Port-Royal et qu'on y a tout autant respecté la pu- reté du texte. P. X. L'auteur nous paraît visiblement hostile à M. Cousin et lui conteste le mérite qu'on ne lui avait jamais refusé d'avoir remis en lumière le texte authentique de Pascal ; il prétend que c'est Sainte-Beuve qui, par son Port- Royal, par ses conférences de Lausanne, avait fourni à Cousin l'occasion de sa nouvelle publication. Mais celui-ci s'est toujours occupé de recherches person- nelles sur celte partie du xvii* siècle, et au sujet de son mémoire, nous aimons mieux nous en rapporter au jugement favorable d'un écrivain contemporain qui lui est notoirement hostile 2, P. xii, XIII, xiv. Les reproches que l'éditeur fait à l'édition Faugère nous semblent exagérés; sans doute il y a beaucoup à dire à ce sujet et la lecture du manuscrit est fautive dans plus d'un cas; mais M. Faugère a été le premier à déchiffrer les hiéroglyphes de Pascal d'un bout à l'autre et une grande partie de ses deux volumes était inédite avant lui. Quant à lui reprocher (p. xix) d'avoir donné les passages barrés par Pascal, c'est lui faire une critique injuste; rien de plus propre que ces parties effacées à bien faire connaître la manière de penser et d'écrire de l'auteur. En résumé, il aurait été intéressant de republier l'édition originale de Port- Royal à titre de curiosité littéraire et bibliographique ; mais nous croyons qu'il est impossible de la donner comme édition définitive des Pensées. A part ces réserves, nous maintenons les éloges donnés plus haut à la préface, et nous reconnaissons volçAîiersqiielâTeproduction de l'ancien texte est d'une-exactitude scrupuleuse iv;v• .cAu»^ , ^ .V.: i ysliiimiixî^btJuo.a-stîi,; ^' Molinier. I . « On croit voir les ruines de Palmyre, restes superbes du génie et du temps , au » pied desquelles l'Arabe du désert a bâti sa misérable hutte. » Génie du Christianisme, part. III, 1. ij, c. vj. '2. M. Taine, Les Philosophes français du XIX^ siècle, p. 191. • '^^ . Nous ne disons rien de l'exécution typographique qui est parfaite, comme tout ce 3u imprime M. Jouaust; nous ferons toutefois nos réserves pour le portrait placé en tête, ont la gravure laisse beaucoup à désirer. 't'Sfajîistyo , »oo:i!ti'y.r.3'iSEn3ioflTi/on "ïti:- l.tgàïiartE ' d'histoire ET DE UTXÉRATU RE. 9f oiBiSupiliiaâiigndlcïsl' SOCIÉTÉS SAVANTES. 'SiiiifiWmaim^im^'M*,'" ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. l'D i3 lB:32iB%-nm\^iiiiyj^ S^'^f^ce du 29 janvier 187$» : i^^.iojfpifiohi .ra»;'* Le mmîstre de rinstruction publique transmet à l'ACâdérnté tïhé 1ëtt^è par' laquelle M. Em. Burnouf, directeur de l'école française d'Athènes, annonce que des travaux exécutés pour la construction d'un chemin de fer ont amené la dé-' couverte d'un beau bas-relief antique, dont il envoie la photographie. Ce bas-' relief a été trouvé dans le lit de l'Uyssus ; il appartient au gouvernement greci • Suivant M. Collignon, membre de l'école d'Athènes, qui a examiné ce monu-" ment, il provient d'un des tombeaux qui existaient autrefois sur les bords de' l'Uyssus. Une note de M. Collignon est jointe à la lettre de M. Burnouf. Le tout est renvoyé à la commission de l'école d'Athènes. — M. de S*" Marie adresse de nouveaux estampages d'inscriptions puniques ; il demande les instructions de l'académie pour continuer sa mission épigraphique en Tunisie, pour laquelle de nouvelles ressources lui ont été allouées, — Un travail sur l'éducation des sourds-muets est adressé à l'académie ; l'auteur demande à être compris dans l'un des concours ouverts pour les divers prix. Il ne peut être donné suite à cette demande. — Une lettre de la Société de géographie annonce que le congrès international géographique est retardé et ne commencera ses séances que le i^"^ août prochain. M. Hauréau donne une seconde lecture de son mémoire sur quelques maîtres du 12^ siècle, mémoire auquel il a fait, depuis la première lecture, un certain nombre de corrections et d'additions. M. Duruy lit un mémoire sur les tribuni militum a populo qui sont mentionnés dans plusieurs inscriptions romaines. Ce terme a jusqu'ici beaucoup embarrassé les archéologues, qui n'en ont pu trouver aucune explication satisfaisante. La plupart s'accordent à voir dans ces tribuns de véritables tribuns légionnaires, ou du moins des personnes qui en auraient reçu le titre honorifique. M. Duruy rejette ces hypothèses. Il montre par l'examen du cursus Iwnorum des personnes qui reçoivent cette qualification (ce ne sont jamais des habitants de Rome) que cette charge était un office municipal, et l'un des plus importants. Ceci explique les mots a populo, car on sait aujourd'hui que les municipes conservèrent durant les deux premiers siècles de l'empire le droit de choisir leurs magistrats par voie d'élection populaire. Mais quelles étaient dans l'administration municipale les fonctions de ces tribuni militum ? M. Duruy établit par divers textes que l'empire romain n'entretenait pas de troupes à l'intérieur et qu'entre Rome et les fron- tières il n'y avait pas un soldat. Le soin de maintenir l'ordre appartenait aux autorités municipales, qui jouissaient d'une autonomie complète et qui avaient leur police, leurs prisons à elles, et aussi leurs milices. M. Duruy pense que les tribuni militum a populo étaient les chefs de ces milices : comme il n'y avait dans les cités ni consul ni empereur pour nommer ces tribuns, c'était,de même qu'à Rome, le peuple même qui les élisait. A ceux qui s'étonneraient de ce que l'indépendance 96 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. laissée aux colonies et aux municipes allât jusqu'au droit d'entretenir des troupes et d'en élire les chefs, il répond en citant la loi de la colonie JuliaGenetiva, conservée par les tables de bronze d'Osuna, dont un article réserve expressément ce droit à la colonie. Rien n'indique que cette colonie ait eu en cela une situation privi- légiée. Quant à concilier l'existence de ces milices avec la loi qui défendait le port des armes de guerre, il est facile de le faire en supposant que cette loi ne s'appliquait qu'aux particuliers, et qu'elle laissait aux cités le droit de conserver dans leurs arsenaux les armes dont se servaient leurs milices. — M. Léon Renier appuie la théorie de M. Duruy, cite des textes qui la confirment, et insiste sur l'importance de cette découverte. Le travail de M. Duruy est destiné aux mémoires de l'académie, il en sera fait une seconde lecture. Ouvrages offerts à l'académie : Sovra due dischi in brotizo anîico-italici del museo di Perugia, par M, Cônes- tabile. Thomae Vallami animaâversiones in locum quemdam Plauîini militi gloriosi a Frid. Ritschelio insigniter viîiatum, Turin. Diverses publications de l'académie des sciences de Vienne, entre autres un vol. intitulé Monumenta conciliomm generalium seculi decimi quinîi, Concilium Basiliense, Scriptorum tom. Il, qui contient les livres 1 à 12 de la relation de Jean de Ségovie. M. de Longpérier présente de la part de M, Joachim Menant un ouvrage intitulé Babylone et la Chaldée. M. Guérin, continuant sa communication sur la géographie historique de la Palestine, décrit les ruines de la ville de Césarée. C'était, dit-il, à l'époque d'Hérode, une des plus grandes et des plus belles villes de cette contrée. Elle occupait un territoire étendu, était ornée de colonnes et de beaux édifices, et recevait de l'eau par deux aqueducs. Plus tard elle déclina, et un jour vint, à l'époque de la domination musulmane ou peut-être seulement au temps des croisades, oîi les nécessités de la défense obligèrent d'en restreindre considéra- blement l'enceinte. Julien Havet. LIVRES DÉPOSÉS AU BUREAU DE LA REVUE. Paillard, Histoire des troubles religieux de Valenciennes, 1 560-1 567, t. I (Paris, Sandoz et Fischbacher; E. Leroux); — Considérations sur les causes générales des troubles des Pays-Bas (ibid.). — Paludan, Udsigt over den Franske Nationaliiteraturs- historie (Copenhague, Prions forlag). — Parallei-Tabellen zur griechisch-rœmischen Chronologie (Lipsias, Teubner). — Petit de Julleville, Histoire de la Grèce sous la domination romaine (Paris, Thorin). — Ritter, Briefe und Acten zur Geschichte des dreissigjaehrigen Krieges. 2. Bd. (Mùnchen, Rieger'sche Buchh.) Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. années 1870 et 1871. Saint-Pétersbourg, Impr. de l'acad. imp. des sciences. In-4'', xliv-298-vj p. et une pi. in-folio (Adolf Furtw^engler). — Braune, Althochdeutsches Lesebuch. Halle, Lippert'sche Buchh. In-8°, viij-22$ p. (E. SiEVERS : excellent manuel). Il propugnatore, 1894, N° 4 et 5. Juillet-octobre. C. Baudi di Vesme, La lingua italiana e il volgare toscano. — A. Neri, Poésie inédite di Averano Semi- netti. — L. Gaiter, Saggio di correzioni al 1. vi del Tesoro di Brunetto Latini, volgarizzato da Bono Giamboni. — L. Balduzzi, Di Leonardo Papini e degli autografi délie sue poésie. — G. Vanzolini, Somma délie Penitenze di Fra Tommaso d'Aquino. — ^ A. d'Ancona, Un sonetto di F. Petrarca ed una canzone al medesimo attribuita. — V. Imbriani, Canti popolari di Avellino e Circostanze. — G. Sforza, Lettere inédite di Carraresi illustri al conte G. Tenderini. — Carolina Coronedi Berti, Novelle popolari bolognesi. — C. Giuliari, La let- teratura Veronese al cadere del secolo xv. N° 6. Nov.-déc. L. Cappelleti, Commento sopra la terza novella del Decamerone. — L. Gaiter, SuU' autenticità del libro VII, del volgarizzamento del Tesoro di Ser Brunetto Latini, attr. à Bono Giamboni. — G. Vanzolini, Somma délie penitenze (suite). — G. Sforza, Lettere inédite di Carraresi (suite). — C. Gargiolli, Saggio del brève raccoglimento del dispregio dell' umana condizione^ di Angiolo Torini Bencivenni. — A. d'Ancona, Lettera a Francesco Zambrini. — L. Scarabelli, Lettera allô stesso. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE, 5^,,n^^viît^^ DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en magasin. Bœttger (H.). Diœcesan- u. Gau-Grenzen Norddeutschlands zwischen Oder, Main, Jenseit d. Rheins derNord- u. Ostsee v. Ort zu Ort Schreitend festgestellt , nebst e. Gau- u. e. dieselbe begrund. Diœce- sankarte. 2. Abth. Von Ort zu Ort. Schreit. Begrenzg. v. 40 Gauen u. 59 Untergauen in 6 Bisthùmern u. 1 30 geist. Bezirken im Umfange der Prov. Hannover nebst e. Gau- u. e. dieselbe begrund. Diœcesankarte. In-S", xi]"-4i4S. Hanno- ver (Heiwingj. 10 fr. Bunge (F. G. v.). Die Revaler Rathslinie nebst Geschichte d. Rathsverfassung u. e. Anhang ùb. Riga und Dorpat. In-8», vi-210 S. Reval (Kiuge). 6 fr. Clément- Janin. Recherches sur les im- primeurs dijonnais et sur les imprimeries du département de la Côte-D'Or. In-8*, 85 p. Dijon (imp. Marchand). Groiset. De publicae eloquentiae principiis apud Graecos in Homericis carminibus. In-8'', 119 p. Montpellier Cimp,„ M4r.tei ':,.' .-n) ■^iriris'-'.'-' \ Conestabile (G.). Sovra due dischi in bronzo antico italici del museo di Peru- gra e Sovra Tarte ornementale primitiva in Italia e in altre parti d'Europa. Ricer- che archeologiche comparative. In-4*, 92 p. contavole. Torino (Stamperie di Paravia e C). Dufour (V.). La Dance macabre des SS. Innocents de Paris, d'après l'édition de 1484; précédée d'une étude sur le cime- tière , le charnier et la fresque peinte en 1425. In-8* tellière, viij-155 p. Paris (Daffis). 6 fr. Dupré (A.). Étude locale sur les lettres de Geoffroy, cinquième abbé de la Trinité de Vendôme. In-8*, 26 p. Angers (imp. Lachèse, Belleuvre et Dolbeau). Statistique religieuse du Vendômois au moyen-âge. In-8°, 14 p. Ibid. Gosselin (J.)- Histoire du chapitre royal de Saint-Fursy de Péronne et des églises, communautés et établissements hospita- liers de cette ville, soumis à sa juridiction. I" partie. In-8*, jjS p. Péronne (lib. Trépant). Guyot (A.). Entretien familier sur l'étude du langage, complément nécessaire à tout âge d'une éducation sérieuse, indispen- sable au corps enseignant. In-8°, i5J p. Bar-sur-Seine (imp. Saillard). Gubernatis (E. de). Aidoneo e San Do- nato. Studio di Mitologia epirotica. In- 8*, i6p. Firenze(tip. dell Associazione). Inventaire sommaire des archives hospi- talières antérieures à 1790, publié en exécution des instructions ministérielles du 10 juin 1854. Hospices de Marseille. In-4*, 168 p. Marseille (imp. Cayer et C-). La Fontaine (de). Contes et nouvelles en vers. Edition des fermiers-généraux. T. I. avec 41 fig. à part, 34 têtes de page, fleurons et culs-de-lampe. In-S», 268 p. Paris (Barraud). 40 fr. Launay. Les monuments gallo-romains du Vendômois. In-8°, i j p. Angers (imp. Lachèse, Belleuvre et Dolbeau). Mémoires sur les polissoirs et sur les monuments mégalithiques du Vendômois. In-8', 12 p. Ibid. Liouandre (C). Notice sur la statuette d'un dieu gallo-romain trouvée à Cahon. In-8*, 7 p. Abbeville (imp. Briez, Pail- lart et Ritaux). Meaume (E.). Note sur les différents tirages des planches du livre intitulé : Austrasise reges et duier. Cologne, i J91 . ^-8", 8 p. Paris (imp. Lahure). Mémoires de la Société littéraire, histo- rique et archéologique de Lyon. Années 1872-1873. In-8*, lxxx-336 p. 10 pi. Lyon (imp. Vingtrinier). de l'Institut national de France. Aca- démie des inscriptions et belles-lettres. T. 28. i" partie. In-40, 361 p. Paris (Imp. nationale). Nohl(L.). Beethoven's Leben. 3. Bd. Die letzten 10 Jahre. i. Abth, 1815-1823. In-8*, 448 S. Leipzig (E. J. Gunther). 10 fr. Pas (Le) des armes de Sandricourt. Rela- tion d'un tournoi donné en 1-195 au châ- teau de ce nom, publié d'après un manu- scrit de la bibliothèque de l'Arsenal et l'imprimé du temps, par A. Vayssière. 1x1-8" tellière carrée, xxxij-8o p. Paris (Willem). 8 fr. Petzholdt (J.). Adressbuch der Biblio- theken Deutschlands m. Einschluss v. Œsterreich-Ungarn u. d. Schweiz. i. Lfg. In-8'', 160 S. Dresden (Schœnfeld). S fr. 3 5 Regesta diplomatica nec non epistolaria Bohemias et Moraviae. Pars II. Annorum 1253-13 10. Opéra Archivar J. Emler. Vol. VI. In-4% S. 801-976. Prag(Grégr et Dattel). 6 fr. 75 Reliquise tabularum terrse regni Bohe- miae anno MDXLI igné consumptarum. Edidit J. Emler. Tom. II, vol. 3. In-4», S. 209-3 12. Pj'^g (Grégr et Dattel). 4 f. Rutebœuf. Œuvres complètes recueillies et mises au jour pour la première fois, par A. Jubinal. Nouvelle edit. revue et corrigée. T. i. In- 16, lxiij-250 p.. Paris (Daffis). 5 fr. Sainte-Marie Mévil et Desjardin (G.). Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790. Seine-et-Oise. Archives civiles. Série E. N" 1 à 2943, In-4°, 445 p. Versailles (Cerf et fils). Sauvagept (C). Monographie de Che- vreuse. Étude archéologique. In-40, 46 p. et 26 pi. Paris (V* Morel). Schmidt (H.). Geschichte d. katholischen Kirche Deutschlands v. d. Mitte d. 18. Jahrh. bis in die Gegenwart. 2. u. 3. Abth. In-8-, S. 380-818. Mùnchen (01- denburg). 8 fr. Seeker (J.). Voyage d'un ministre otto- man. In-8°, 32 p. Montpellier (Coulet). L'Orient en Languedoc. Relation de Mehemet-Effendi annotée avec des docu- ments inédits. Servières (L.). Histoire de l'église du Rouergue. In-8°, Y-726 p. etgrav. Rodez (V* Carrère). Tafur (P.). Andanças é viajes por diversas partes del mundo avidos (143 5-1439. 2 vol. en-8°j 624 p. Madrid (Murillo). Thiérron de Monclin (R.). Adminis- tration des biens et des revenus des cités en droit romain, administration des biens et des revenus des villes et des commu- nautés d'habitants dans l'ancien droit français, administration des biens et des revenus des communes en droit français. ^-8°, 472 p. Paris (Pichon). Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur. N* 7 Neuvième année. * 13 Février 1875 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE RECUEIL HEBDOMADAIRE l'UBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS. Secrétaire de la Rédaction : M. Stanislas Guyard, Prix d'abonnement : Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus suivant le pays. PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 67, RUE RICHELIEU, 67 Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). ANNONCES En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 67, rue de Richelieu. A. MARIETTE-BEY Nubie. i2Mivraison. In-fol. 6 fr Monuments divers re- cueillis en Egypte et en BIBLIOTHÈQUE DE l'ECOLE DES HAUTES ETUDES 18^ ET 19e FASCICULES. RnFT î AQTPVRÎR Étude sur les comtes et • LJ l-j JLjr\0 1 JZj 1 r\ 1 Ci vicomtes de Limoges antérieurs à l'an 1000. . [ « ri /\ t3 A IN Ci A. U çal découverts à Périgueux » publiés, traduits et annotés. Gr. in-S". i fr. 50 PÉRIODIQUES, The Academy, N° 142, new séries, 23 janvier. Briefe und Akten zur Geschichte des Sechzehnten Jahrhunderts. Bearb. v. Von Druffel. I. Ed. (Alfred Stern; cf. Revue criî., 1874, ^^> P- ^^2)- — Minor historical Books. — Notes and News. — Notes of Travel. Notes of a Tour in the Cyclades and Crète. II. Tenos (H. F. Tozer). — Correspondence. Our Oldest Ms., and Who mutilated it (P. LE Page Renoue). — Pathshegen, Commentary on the Targum of Onqelos on the Pentateuch, by a French Rabbi of the Fourteenth Century; and Neîhinah Lagger, a Commentary on the Sarae, by D"" N. Adler, Chief Rabbi. Warsaw (Ad. Neubauer). — Morris, Elementary Lessons in Historical English Grammar. London, Macmillan (F. J. Furnivall : note favorable). — Reform in the Uni- versity of Dublin. — Meetings of Societies (New Shakspere Soc, Soc. de géo- graphie, d'archéologie de Londres et de Middlesex, d'anthropologie, de philo- logie). — The Flavian Amphithéâtre (CI. Hemans). The Athenseum, N" 2465, 23 janvier. Sumner-Maine, Lectures on Early History of Institutions (2^ article). — The Georgics of Vergil. By Musgrave WiLKiNS. Longmans and Co. (n'est guère qu'une reproduction du Virgile de Conington). — Anatolica; or, the Journal of a Visit to some of the Ancient Ruined Cities of Caria, Phrygia, Lycia, and Pisidia. By the Rev. E. J. Davis. Grant and Co. (non sans intérêt). — Chapman's Complète Works. 3 vols. Chatto and Windus (très-recommandable édition). — Blanchard Jerrold, The Life of Napoléon the Third. Vol. II. Longmans and Co. (s'étend depuis la tentative de Strasbourg jusqu'à l'élection du prince comme député républicain). — Jewish Coinage (F. W. Madden).— A Celtic Mss. Society (E. B. Cowell). — Literary Gossip. — Societies (séances des Soc. royale, asiatique, des anti- quaires, de philologie, d'anthropologie). Literarisches Centralblatt, N" $, 30 janvier. Weiffenbach, Das Papias- Fragment bei Eusebius. Giessen, Ricker. In-8", viij-i 50 p. (l'auteur est le plus souvent parvenu à des interprétations qui ne laissent place à aucun doute). — Grûn, Ludwig Feuerbach. i Bd. Leipzig, Winter. In-8°, viij-435 p. — Planck, Anthropologie und Psychologie. Leipzig, Fues's Verl. In-8°, viij-224 p. (pour l'auteur, il y a deux manières de comprendre l'homme, la manière non-allemande: c'est la fausse, et la manière allemande : c'est la vraie). — Noire, Die Welt als Entwicklung des Geistes. Leipzig, Veit. In-S", xvj-486 p. (le titre de l'ou- vrage en indique suffisamment la tendance). — Neudecker, Untersuchungen ûber die Erkenntniss-Principien. Wùrzburg, Stuber. In-8°, iv-52 p. (sans grande valeur). — Noire, Die Entwicklung der Kunst. Leipzig. Veit. In-8°, 62 p. (le développement des différents arts correspond à celui des sens;, c'est pourquoi les arts qui correspondent à la vue et à l'ouïe sont venus historique- ment en dernier lieu). — Dahn, Westgothische Studien. Wùrzburg, Stahel. In-4'', xij-321 p. (important travail). — Waschou, Herzog Otto von Braun- schweig, Fûrst von Tarent. Breslau, Aderholz. In-4°, 49 p. (ne fait guère avancer la question). — Corssen, Ueber die Sprache der Etrusker. i. Bd. (ap- préciation embarrassée ; l'article loue surtout le courage de l'éditeur; cf. Rev. crit., 1874, II, p. 321). — Von der Gabelentz, Die melanesischen Sprachen. 2. Abth. Leipzig, Hirzel. Pet. in-folio, vj-i86 p. — Augusti rerum a se ges- tarum indicem cum graeca metaphrasi éd. Bergk. Gœttingen, Dieterich. In-8°, iv-xvij-136 p. (les conjectures de M. B. ne s'imposent pas). — Wùlcker, Altenglisches Lesebuch. i. Th. Halle, Lippert'sche Buchh. In-8"^ xij-228 p. (bon manuel). Anzeiger fur Kunde der deutschen Vorzeit, 1874, n° 12. Summarische Beschreibung deren im fûrstlichen Schloss zu Marpurg am 22. December Ao. REVUE CRITIQ^UE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE N* 7 — 13 Février — 1875 Sommaire: 31. Proclus, Commentaire sur le i" livre des Eléments d'Euclide, p. p. Friedlein. — 32. La Chanson de Roland, publiée p. Bartsch. — 33. Duplessis, Michel Bégon. — 34. Doniol, La Révolution française et la Féodalité. — 35. Mo- NOD, Jules Michelet. — Variétés : Société des anciens textes français. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions. ji. — Procli Diadochi in primum Euclidis elementorum librum comnientarii. Ex re- cognitione Godofredi Friedlein. Lipsia;, Teubner. 1873. In-S", viij-507 p. — Prix: 9 fr. Le commentaire du philosophe Proclus sur le premier livre des éléments d'Euclide est très-important pour l'histoire de la géométrie. On n'en avait jusqu'ici, du moins du texte grec, que l'édition publiée par Simon Grynaeus (Basi- leae, apud lo. Hervagium. 153?) d'après un très-mauvais manuscrit. Baroci, qui eut à sa disposition des manuscrits beaucoup meilleurs, ne donna que la traduc- tion latine (Patavii 1 560). M. Friedlein a eu à sa disposition un manuscrit de Munich (427 xi' ou xii* s.), un manuscrit de Bologne (223), deux manuscrits de la Barberine (ici et 145 xv* et xvi^ s.); il s'est aidé de la traduction latine de Baroci et des remarques de MM. Nesselmann, Knoche, Hultsch. Les variantes sont au bas des pages ; un index très-complet des noms et des mots termine le volume, index d'autant plus utile, que la langue technique de la géométrie n'est que très-insuffisamment représentée dans le Thésaurus, ainsi que les langues techniques des autres sciences. Le texte édité par M, F. est très-lisible au point de vue de la géométrie. M. F. a publié sur l'histoire des sciences de très-bons travaux. Mais il n'est pas helléniste de profession; et on est souvent arrêté, plutôt il est vrai par des incor- rections de langage et dans les parties de l'ouvrage qui ne sont pas purement géométriques, c'est-à-dire en réalité dans ce qui ne touche pas au fond des choses. Ainsi c'est avoir pour les copistes un respect trop scrupuleux que de conserver la forme ouveùeiv à côté de auvveuetv, de ne pas substituer le subjonctif présent à l'indicatif présent ou le subjonctif aoriste au futur, par exemple XéYwixev à Xé^o- IJiev, Gewp-^aa)[X£v à ôswpiQaojxsv, partout o\i Proclus annonce qu'il va immédiate- ment traiter un sujet, comme dans 11, 27; 14, 24; 34, 20; 42, 12; 47, 8; 64» 17; 75) 6; 151, 14, etc. D'autre part il faut lire GeaffifxeOa 61, 26. La ponctuation me semble laisser à désirer dans un certain nombre de pas- sages. Ainsi 5, 12 il faut mettre la virgule après xapév. — 14, 6-20. Il faut mettre entre parenthèses 1 1 oùSè 1 5 aùxb et placer un point d'interrogation après 20 8£iy.vu|ji,éva)v ; car 15 vcal -rcaXtv oxt dépend de 1 1 àTOça(v£iv. — 20, 1 1. Ponctuez dtTcoxaXeT, StÔTt 23, 9. Ponctuez Suvai^etç t6 — 31, 1-2 XV . 7 98 REVUE CRITIQUE xpôcYtii, «frjciv èTCiffTYjjjLY) ; — 37, 3 Ponctuez è^é^Yjvev xai — 37, 18 Ponctuez (asy^Ocuç, èirei — 56, 10 -jrapaêoTwaç, Stixi — 68, 12-13 mettez entre parenthèses xat yàp EùxXetSou. — 80, 9-15. Il eût été plus clair de mettre entre parenthèses les propositions incidentes xal ^àp êort Yàp Suvaxbv yàp. Je ne ferai pas un crime à M. F. de n'avoir pas remarqué un certain nombre de fautes dans un texte qu'il édite pour ainsi dire le premier. Les philologues les plus exercés en laissent passer ; le plus vigilant est celui qui en laisse passer le moins. Je signalerai ici quelques passages qui me paraissent fautifs, 14, 23 àXX'oi] Lisez àXkà. — 19, 20 Lisez àizo fàp tûv dcp^wv àvwOev àpy^oi;i,évyj. — 29, 10 Lisez auTî^. — 30, 18 Lisez tyjv Ysvvafav aoçtaxa'/jv. Voy. Platon, Sophiste 231 B. — 31, 3. Lisez ^vcoatûv. — Ji, 6 {xepiaTYjv m'est suspect. — 33, 9. Il faut peut-être Siafépoucrt. — 36, 19. axaaa me semble suspect. — 57, 22. Lisez auTYjv. — 39, 4. Seî^ai] lisez Sé^aaOau — 41, 3. Lisez Se. — 43, 20. Supprimez x'. — 44, 10, Lisez y]v. — 4j, 14. Lisez 5, 11. — 50, 7. La construction de l'infinitif eTvat avec sTciBeixvûoufft est suspecte. — 64, 9. La gram- maire exige absolument eTxev. — 67, 23. Ne manque-t-il pas Tîspù après xai? — 69, 27. Le sens me semble meilleur si on lit tocxe au lieu de ^ et que l'on supprime oux, — 76, 13-14. La grammaire exige absolument le subjonctif TiÔY^tat, ouy- Xwpf). Je crois en outre qu'au lieu de ii^ian le sens réclame cu-p.axa.'zt^xai. — 107, 6. Lisez ^. — 183, 26. Je lirais TrpoTaTxetv. — 207, 21. TcepteXaixéavov me paraît préférable. — 216, 21. Lisez 'Emxoùpetov. Quelques inadvertances qu'on puisse encore relever, ce serait manquer à la justice que de ne pas reconnaître le soin que M. Friedlein a apporté dans cette publication qui est un grand service rendu à l'histoire de la géométrie et de la langue grecque. Charles Thurot. 32. — Das Rolandslied, herausgegeben von Karl Bartsch, Leipzig, Brockhaus. 1874. In- 12, xxij-382 p. (Deutsche Dichtungen des Mittelalters, III), — Prix : 4 fr. La traduction de la Chanson de Roland faite entre 1 127 et 11 39 par le curé Conrad est, comme on sait, d'un grand intérêt pour les deux littératures aux- quelles elle appartient. Imprimée pour la première fois en 1727 (cent dix ans avant l'original) par Schilter d'après un manuscrit incomplet de Strasbourg, elle a été publiée une seconde fois d'après un manuscrit de Heidelberg par Wilhelm Grimm (1838). En dehors de ces deux manuscrits, on ne possède que de courts fragments. M. Bartsch vient de donner de ce précieux texte une nouvelle édi- tion qui était depuis longtemps désirée : il a pris pour guide principal, comme le plus ancien et le meilleur, le ms. de Strasbourg, ou plutôt l'édition qu'en a donnée Schilter, car les obus allemands ont anéanti en août 1 870 le manuscrit lui-même, qui n'avait jamais été collationné depuis l'édition. Le texte du nouvel éditeur, fondé partout sur la comparaison des mss. et sur le rapprochement des renouvellements postérieurs aussi bien que de l'original français, est aussi satis- faisant que possible ; il a d'ailleurs sur celui de Grimm, qui est une simple copie d'histoire et de littérature. 99 diplomatique, l'avantage d'être disposé, ponctué, etc., de manière à rendre la lecture facile . Des notes abondantes, conçues dans le système des Deutsche Clas- siker dont nous avons parlé plusieurs fois, un glossaire des mots et un des noms propres, complètent le travail soigneux dont le savant professeur de Heidelberg a entouré le poème. Il l'a fait précéder d'une introduction brève, mais substan- tielle, où l'histoire de la légende de Roncevaux est bien exposée et où la valeur respective du Roland français et du Roland allemand est appréciée avec beaucoup de justesse et d'impartialité. L'auteur, et c'est la seule erreur qui nous ait frappé, cite encore (p. vij) comme authentique la charte d'Alaon, dont la fabrication n'est plus guère contestée aujourd'hui. 53. — Un curieux du XVII« siècle. Michel Bégon, intendant de La Ro- chelle. Correspondance et documents inédits recueillis, publiés et annotés par Georges DuPLESSis. Paris, A. Aubry, 1874. i vol, petit in-S", vj-144 p, — Prix : 6fr. Je dirai tout d'abord que le volume publié par M. Duplessis n'a été tiré qu'à 250 exemplaires; qu'il est imprimé en caractères elzéviriens sur ce fort papier vergé qui, pour peu qu'on le touche, rend un si beau son, et qu'il est orné d'un portrait de Bégon gravé à l'eau-forte par P. Sellier. Mais, comme on se pré- occupe ici beaucoup plus du principal que des accessoires, j'ajouterai bien vite que le livre, consciencieusement préparé, est plein de renseignements d'autant plus instructifs, qu'ils sont, pour la plupart, entièrement nouveaux. M. D. a voulu montrer un côté seulement de l'existence de Michel Bégon. Abandonnant à d'autres l'intendant et l'homme politique — M. Arthur de BÔislisle se chargera de nous le faire connaître d'une façon définitive, — il n'a étudié que le collectionneur et l'érudit. « Il nous a suffi, » dit-il (p. v) « de voir dans Michel » Bégon un amateur passionné avide d'acquérir les estampes qui lui manquent; » un lettré cherchant à se renseigner sur Molière , Racine , Pascal , Scarron et » tant d'autres Hommes illustres qu'il entend faire entrer dans l'ouvrage auquel » Charles Perrault attachera son nom ; un curieux entretenant des rapports avec » les graveurs Robert Nanteuil, Gérard Edelinck, Pierre van Schuppen et n Jacques Lubin ; un savant enfin, possesseur du médailler de Grolier et d'une » partie des manuscrits de Peiresc, qui jouit réellement des richesses qu'il a I) accumulées, et qui prend plaisir à en faire profiter autrui. Peu d'existences ■) ont été mieux et plus utilement remplies ; peu de collections ont été formées ) avec plus de soins, avec plus de discernement et avec autant de dépenses. » Le volume de M. D. renferme : i" une notice biographique écrite par un îarent de l'intendant (p. 1-5) ', notice complétée à l'aide d'indications extraites l'un travail spécial de M. de La Morinerie (Paris, 1855) ^^j pl"s encore, à 'aide de divers documents inédits; 2° l'inventaire, dressé en 1699, des collec- I. Mémoire « remis le 29 novembre 1765 » par l'auteur « à la Bibliothèque du Roy. » ] I. D. ne nous dit pas en quelle collection et en quel volume ce mémoire est aujourd hui 1 onservé. 100 REVUE CRITIQUE tiens réunies dans un cabinet dont le propriétaire pouvait dire avec un légitime orgueil ' que c'était v un des plus beaux du royaume, » inventaire presque in- trouvable, à peu près ignoré, dont un exemplaire a été communiqué à M. D, par M. Frédéric Reizet (p. 7-11); 3" des extraits (p. 1 8-1 3 j) de la correspondance adressée par Bégon, de 1689 a 1705, à M. Cabaret de Villermont, secrétaire du marquis de Dangeau 2 ; 4° la liste des personnages qui figurent dans les deux volumes in-fol. de Perrault (1697-1700) et diverses pièces justificatives (p. 1 36- 144). L'intérêt du livre réside surtout dans les lettres de Bégon. Quoique M. D. n'en ait reproduit que les passages qui ont quelque rapport aux arts, bien des sujets y sont effleurés, bien des personnages y sont mentionnés. On y voit défiler tour à tour, sans parler de ceux qui ont été déjà tout à l'heure signalés, Bernier surnommé V Indien, Tavernier, le P. Petau, l'abbé de La Chambre, l'évêque de Châlons?, Bussy-Rabutin, M"«Chéron, Antoine Arnauld, le sculpteur Girardon, le P. Menestrier, Pabbé de Louvois, le P. Catrou, les frères Dangeau (l'abbé et le marquis), Roger de Piles, Roger de Gaignières, etc. 4 Quant au nom de Charles Perrault, il revient presque à chaque page, entouré de témoignages de déférence et de sympathie. La part considérable que Bégon prit, tant pour le texte que pour les portraits, à la publication des Hommes illustres y est, jour par jour, nettement déterminée : on voit par mille détails que l'intendant fut pour Perrault un collaborateur des plus dévoués et des plus précieux ; que son initia- tive, son élan, furent vraiment admirables, et c'est surtout pour cette protection intelligente, généreuse, donnée aux lettres et aux arts, que, comme l'a proclamé M. D. (p. 18), « il mérite dans l'histoire de la curiosité, une place que d'autres » amateurs plus célèbres occupent sans avoir les mêmes titres que lui à l'estime » de la postérité. » T. DE L. 1. Lettre du 29 novembre 1 701, p. 87, 2. Quelques fragments de cette correspondance (qui appartient à la Bibliothèque nationale, fonds français, n" 22800-2281 5) avaient été pubhés, comme le rappelle M. D., par M. Jal {Dictionnaire crititjue, article Bégon, p. 170-175). 3. M. D. a oublié de dire que c'était Louis Antoine de Noailles, le futur cardinal- archevêque de Paris. Mettons ici deux autres petites observations. M. D. est-il bien sûr de la lecture (p. 23) des mots Meslan et Rubrucquis. Ce sont là des formes inaccoutumées et partout, au XVII* siècle, on écrit Mdlan et Rubruquis. — A la p. 98, un mot a été omis dans la phrase que voici : « J'ay très particulièrement connu M. Brunier, premier [médecin?] de Gaston, oncle du roy. » 4. On lira avec plaisir, j'en suis persuadé, cette citation tirée de la p. 103 : « A Ro- » chefort le 25 avril 1703 Les recueils que j'ay des Manuscrits de M' de Peyresc » n'ont rien de commun avec le commerce qu'il pouvoit avoir avec M' de Chasteuil sur » l'astrologie judiciaire, parce que ce que j en ay est principalement sur les poids, les » mesures, les caractères des différentes langues, les statues, inscriptions et médailles. Les » autres recueils sur toute sorte de matières sont entre les mains de M' Thomassin de » Mazogne qui en a plus de cent volumes in-folio dont il a extrait ce qu'il a crû estre le » plus curieux, et l'a fait imprimer, mais je ne sçais pourquoy il n'a pas rendu ce livre » public. Il a fait tout ce qu'il a pu pour tirer de moy mes huit volumes, mais j'ay tenu » bon parce que je crois que lorsqu'on a dans un cabinet comme le mien des manuscrits » tels que ceux-là, on ne doit point avoir la complaisance de s'en défaire. » d'histoire et de littérature. 101 34. — La Révolution française et la Féodalité, par Henry Doniol, corres- pondant de l'Institut. Paris, Guillaumin. 1874. In-8', xj-369 p. — Prix : 5 fr. Cet ouvrage est divisé en trois livres ; le premier est consacré à « l'abolition de la féodalité en France », le second à « l'abolition de la féodalité dans les autres états du continent », le troisième à « l'abolition de la féodalité en Angle- terre. » Je ne m'occuperai ici que de la première partie, les autres étant hors de ma compétence. Avant tout, il est nécessaire d'observer qu'en se servant du mot « Féodalité, » M. D. emploie un terme inexact. La Féodalité s'entend d'un régime politique et social ; elle avait disparu en France depuis trois siècles à l'époque qu'étudie M. D. C'est du régime « seigneurial », c'est-à-dire d'un état exclusivement social qu'il devait inscrire l'abolition en tête de son travail. Cette inadvertance n'est pas sans gravité parce qu'elle induit l'esprit en une certaine confusion qui se fait sentir dans les conclusions mêmes de l'auteur. On y trouve la trace des préjugés qui régnent encore aujourd'hui dans l'enseignement populaire. Je critiquerai l'étude de M. D. au point de vue de la forme, et au point de vue du fond. Au point de vue de la forme je regrette un procédé d'imitation trop visible de la manière de Montesquieu, et une affectation malheureuse de concision. Le premier livre a 34 chapitres pour 170 pages; le style a les allures cassantes. Tant de morcellement n'est pas d'une utilité frappante et n'empêche par l'obscu- rité '. Ce n'est pas une multitude de phrases de trois mots qui donne de la pré- cision à la diction. Je voudrais que la pensée fût plus claire et le langage plus correct. Il n'est pas encore admis d'écrire « davantage que » (p. 120, 1 57) ni « interdire que » (p. 19). Ces négligences sont particulièrement choquantes dans un ouvrage qui paraît viser à la méthode des grands modèles. Un petit nombre d'aperçus présentés avec netteté et simplicité me ferait infiniment plus de plaisir que beaucoup de propositions ambitieuses dont je saisis à peine le sens, celle-ci par exemple : « En 1 792 commença cette suite de décrets qui a fait des institu- » tions civiles de 1789 comme le phare du monde » (p, 147). Au point de vue du fonds, j'examinerai les appréciations, les affirmations et les éléments de ces affirmations. Je n'ai rien à dire des publications que M. D. a prises pour base de ses études. Les mémoires des acteurs de la Révolution, les travaux des économistes, les récits tels que ceux d'Arthur Young étaient des matériaux indiqués et que M. D. était invité par son sujet à mettre en valeur. Mais il a voulu pénétrer plus avant et interroger les documents manuscrits. Il est venu demander aux Archives Nationales un supplément d'informations et voici ce qu'il y a décou- vert en ce qui concerne les vœux des paysans en 1789 : « Les Archives de France possèdent ces exemplaires (des cahiers) multipliés I. Je viens de relire pour la io« fois la page 1 16 sans pouvoir la comprendre. 102 REVUE CRITIQUE » par l'impatience. Sous les liasses vulgaires qui les rassemblent, dans leur » papier grossier, tout sali d'innombrables signatures rustiques, ils figurent » exactement l'état de ceux qui les dressèrent, à côté des cahiers des bailliages )) magistralement transcrits dans des registres luxueux. Sur les marges de ces » registres les bailliages croyaient avoir écrit la constitution définitive de la » liberté politique; elle n'est pas encore faite, tandis que ces laides pages » paysannes changèrent la face du monde en quelques jours. » Et en note pour la précision: « Dans les cartons des Comités, série D i-xiv » (p. 33-34). Et plus loin « Ces cahiers des villages sont classés aux Archives suivant la divi- » sion moderne du territoire par départements » (p. 3 5). Après cela, il est facile de comprendre l'admiration que M. D. professe pour « l'intuition mer- veilleuse » de Michelet (p. 28-29). J'avoue n'être pas encore revenu de la stu- péfaction où m'a jeté la lecture du passage que je viens de citer. Voici en effet, réduit à son expression la plus simple, ce qui constitue le dépôt des cahiers de 1789 conservé aux Archives Nationales. Chaque ordre dans chaque bailliage rédigea son cahier. Ce cahier, conservé en minute au siège de la délibération, fut délivré en original aux députés qui le portèrent aux Etats généraux. En outre il fut envoyé en expédition à peu près régulièrement au Ministre de la Maison du Roi, et très-irrégulièrement au con- trôleur des finances. En ce qui touche le Tiers-Etat, non-seulement il y eut des bailliages princi- paux et des bailliages secondaires qui se réduisaient quant au vote et venaient se perdre dans le bailliage principal, mais encore toutes les communautés d'ha- bitants, les paroisses, voire de simples particuliers purent émettre et émirent leurs vœux, qu'ils envoyèrent aux bailliages secondaire ou principal. Les cahiers destinés aux Etats généraux et déposés par les Députés subsistent comme pièces annexes dans les Archives de l'Assemblée constituante (série C). Les cahiers envoyés aux Ministres attirèrent l'attention de Camus, quand il fut nommé archiviste de l'Assemblée. Réunis à la correspondance administrative à laquelle avait donné lieu la convocation des Etats, ils formaient un ensemble qu'il parut intéressant de conserver. Le libraire Roudouneau était préposé à la garde des Archives de la Chancellerie ; il communiqua successivement à Camus de 1790 à 1791 les dossiers de chaque bailliage. Camus les fit transcrire à mesure qu'il les recevait dans des registres qu'il enrichit de tables, en suivant l'ordre alphabétique des bailliages. Il se procura également la collection de Necker et la transcrivit avec celle de Laurent de Villedeuil. Il devait rendre l'une et l'autre ; ainsi qu'il arrive, elles ne sortirent pas de ses mains. Les expé- ditions manuscrites des cahiers subsistent donc aux Archives Nationales à côté de la transcription exécutée par les soins de Camus (série B). Jusqu'en 1858, la similitude des deux fonds fut parfaite. A partir de cette époque un nouveau classement eut pour résultat de réunir en un seul bloc les deux collections de Necker et de Villedeuil, et de supprimer une division qu'avait créée Camus sous le titre : Vœux des villes et des communautés, division qui subsiste dans la série des registres de transcription. d'histoire et de littérature. 105 Que le lecteur se reporte maintenant au pied de l'échafaudage bâti par M. D., aux registres luxueux des bourgeois, et aux laides pages paysannes, les uns impuissants malgré leur appareil, les autres changeant la face du monde en quelques jours (je laisse de côté le reste, cartons des Comités D — ils ne con- tiennent presque pas de pièces de 1789, ces documents sont ailleurs, — ordre de départements,, — c'est l'inverse qui est vrai), et il partagera peut-être l'éton- nement que m'a causé tout ce travestissement déclamatoire de notions élémen- taires ' . Certes, et pour épuiser le sujet, il y aurait un travail fort instructif à faire sur les cahiers des villages. Il y a une quinzaine d'années feu M. Grùn en eut la pensée; il me suffit pour l'en détourner d'une observation. En l'état, cette étude comporte une longue pérégrination dans toutes les archives de France. C'est là seulement qu'on peut réunir les matériaux d'un ensemble. Les vœux des paysans transmis à Paris et parvenus à l'hôtel Soubise sont en trop petit nombre pour permettre de porter à leur endroit un jugement certain. La sénéchaussée d'Aix présente, il est vrai, une exception remarquable à ce fait. Il n'en est pas moins vrai de dire que réduit au dépôt de Paris cet instrument de recherches sur le mouvement de 1789 est défectueux, et qu'il s'accommode à toutes les théories préconçues. Je passe aux affirmations. L'importante question de l'origine des droits seigneuriaux est traitée par M. D, dans le sens des doctrines qui y signalent une usurpation. Je ne dissimule point que je partage l'opinion contraire. Il est manifeste que si on remonte à l'établissement de la propriété immobilière, toute appropriation collective ou individuelle implique un état antérieur d'où résulte un envahissement sur le domaine présumé commun à la population qui l'occupe. C'est là une spéculation hors de cause. Je pense que l'examen attentif de l'éclosion du régime féodal démontre que dans la majorité des cas accessibles à l'observation, les faits réputés servitudes actives, créées par le seigneur à son profit, sont au contraire des concessions consenties bénévolement par lui, des démembrements de ses droits. A la suite des invasions normandes qui peuvent être regardées comme le vrai point de départ de ce régime, une foule de villages vinrent se grouper à l'abri des mottes seigneuriales. Aux paysans qui venaient rechercher sa protection le seigneur distribua pour en tirer leur nourriture des parcelles de terre à la simple charge d'un cens perpétuel qui marquait la nature de la concession. Les droits d'usage dans les forêts, devenues des servitudes passives fort désagréables et onéreuses aux propriétaires du fond, ont presque toujours cette origine. Le dommage était minime à l'époque de la concession, il était à peine sensible au seigneur. Qu'en 1789, tous ces souvenirs fussent perdus, que sous l'empire de besoins singulièrement accrus, sous l'influence des théories humanitaires large- ment répandues, l'aspect des choses se soit travesti devant les yeux des inté- I . Je dois en passant exprimer le regret de trouver estropié dans une étude sur la Révolution le nom de Treiihard (p. 1 59). 104 REVUE CRITIQUE ressés, cela n'est point douteux. Le droit fut réputé usurpation, et la servitude exaction. Cela ne suffit point pour renverser les données de l'histoire. Au xviii= siècle que restait-il des droits seigneuriaux ? Peu de chose d'après l'opinion commune. De ces droits les uns, dit-on, avaient disparu, les autres étaient réduits à des proportions insignifiantes. Telle n'est point la doctrine de M. D. Il semble au contraire, à l'entendre, que jamais ce régime social n'a été plus vivace, plus envahissant, plus oppressif: « Toutes les positions, dit-il, « dépendaient des cens et des droits utiles » (p. 1 5). L'usurpation était instante, continue, implacable. Toute une classe d'agents avides, percepteurs et feudistes, s'ingéniaient à falsifier les titres en les renouvelant, à étendre démesurément les terriers en les rajeunissant (p. 42, 43, 87, 119). Les juridictions elles-mêmes couvraient l'usurpation de l'autorité complaisante de leurs arrêts. Ce fut un cri général. En se faisant l'interprète de plaintes fort nombreuses, il est vrai, mais bien souvent aussi vagues que déclamatoires, M. D. n'a pas pris garde qu'il n'écou- tait qu'une des parties en cause. Les moyens d'étudier la question en soi ne font pourtant pas défaut. Le sujet est même un de ceux qui offriraient le plus d'attraits à un historien économiste. Sans doute, grâce à la Révolution, les archives des seigneurs laïques ont été généralement détruites ; mais celles des seigneurs ecclésiastiques subsistent; grâce à cette même Révolution elles sont centralisées au chef-lieu de chaque département. C'est de là qu'on peut tirer la vraie connaissance de ce qu'était le cens au xviii^ siècle, comparé à ce qu'il fut dans les siècles précédents, pourvu qu'on y joigne la pratique des localités. L'expérience (très-restreinte d'ailleurs) que j'en ai faite et dont je ne voudrais pas généraliser les conclusions m'a fait assister au spectacle le plus instructif, celui d'un état à peu près immobile depuis saint Louis jusqu'à Louis XVL Dans un petit territoire que je pourrais citer, dont la contenance ne dépasse pas 1 50 hectares, le domaine direct était en 1 240 (comme aujourd'hui 1 875) de 1 20 hect., les terres redevables d'un cens se partageant le reste, à raison de 80 habitants adultes (la population est toujours à ce chiffre), soit 5 quartiers (l'arpent y est à la très-petite mesure) par tête, c'est-à-dire ce qu'un homme peut à peu près cultiver dans ses moments de loisir, tout en travaillant au service d'autrui (ce dernier fait est une des meilleures marques de l'origine de la concession). Quant au cens, il est d'une modicité incontestable même dans les reconnaissances les plus modernes des terriers. Quoi qu'il en soit, l'étude locale des terriers ecclé- siastiques, et quand ils subsistent laïques, est à coup sûr un des premiers élé- ments de l'enquête que M. D. dénoue dans le sens de réclamations plus bruyantes peut-être que sérieusement motivées. Dans tous les cas et à priori, le tableau tracé par M, D. des positions sociales universellement subordonnées aux cens et aux servitudes seigneuriales est pure- ment fantastique. Je parlais tout à l'heure du domaine direct. Ce domaine a eu dans tous les siècles le rôle prédominant. De tout temps les seigneurs laïques ou ecclésiastiques ont administré, soit par des régisseurs, soit par des fermiers, des propriétés immobilières, maisons, terres ou bois, absolument libres. Ces pro- d'histoire et de littérature. 105 priétés composaient les trois quarts au moins du territoire de la France. Elles avaient pu être grevées de services, mais de services exclusivement féodaux, c'est-à-dire de l'ordre politique, entièrement éteints au xviii^ siècle. A la vérité, M. D. range les dîmes au rang des droits seigneuriaux (p. 3,11, 71). Cette assertion n'est pas exacte; elle comporte tout au moins une distinction fondamentale. Non-seulement il est permis de concevoir la dîme comme une institution qui se prête à tous les régimes politiques, propre à tous ceux où une foi religieuse exerce son empire sur une nation ; mais il est certain que l'organi- sation en fut de beaucoup antérieure à la formation de la féodalité en France. Elle ne représente donc pas essentiellement un droit seigneurial; ce qui est exact, c'est qu'elle fut souvent usurpée, soit par suite de violences, soit en vertu d'abandon volontaire. Il y eut en un mot des dîmes inféodées. De la dégénérescence partielle d'une institution, il importe de ne pas tirer des consé- quences contraires à sa signification constitutive. Dans son principe, la dîme est un mode de paiement, un procédé d'entretien d'un corps à l'existence duquel une nation rattache la sienne même; la suppression de ce mode implique son remplacement par un mode équivalent, même dans celles de ses parties qui ont fait l'objet d'aliénation (aliénation légitime comme toutes celles qui représentent le démembrement d'un droit d'usage ou d'usufruit); à moins que la nation accueille la volonté de se dégager de toute foi religieuse et répudie le soin d'en- tretenir aucun clergé. Les appréciations remplissent la majeure partie du livre de M. D. Elles se résument toutefois dans la critique de l'œuvre attribuée à l'Assemblée consti- tuante et dans l'éloge prodigué aux Assemblées qui l'ont suivie, surtout à la Convention. Cette critique même se réduit à un point, l'hésitation, l'abstention de mesures radicales. Il est difficile d'accepter ce jugement. En présence du régime seigneurial, la Constituante admit une distinction essentielle: des droits de la seigneu- rie, elle fit deux parts; elle plaça d'un côté les droits honorifiques (ou assimilés), de l'autre les droits utiles. Elle abolit les premiers, parce que de leur nature ils sont inappréciables en argent, partant non rachetables ; elle posa pour les autres le principe du rachat, de l'indemnité pécuniaire. Elle suivit en cela les principes de l'équité. Autant qu'on peut la saisir, car elle n'est pas toujours nette (voyez surtout p. 60, 61, 69, 81, 87, 1 12, 113, 114, IIS, 119, 121, 124, 126, 127, 129, 1 30) la pensée de M. D., quand il énumère les fautes de la Constituante, se concentre sur deux ordres de reproche. L'un consiste à blâmer cette Assem- blée de n'avoir pas rangé les droits seigneuriaux au nombre des servitudes d'Etat, de n'en avoir pas fait une dette publique '. Mais une question préjudi- cielle se posait devant elle : l'Etat était-il assez riche pour assumer un pareil fardeau ? Le moment était-il bien choisi pour accroître la dette publique, alors que le déficit du budget était précisément le motif de la convocation des repré- sentants de la Nation ? Enfin l'opération ne devait-elle pas soulever une foule de I. Ailleurs M. D. loue nos assemblées de n'avoir pas accepté ce principe (p. 155). De là robscurité dont je me plains. I06 REVUE CRITIQUE difficultés de détail dont la solution demandait de longues années ? La Consti- tuante assimila le règlement de toutes ces difficultés à un débat d^intérêts privés, dans lesquels elle n'avait pas à intervenir et qu'elle était absolument incompé- tente à trancher. Selon moi, elle fit bien, et se tint dans les principes de la justice et du droit. Dans un autre ordre d'idées, connexe d'ailleurs au précédent, au fond le dominant, M. D. blâme la Constituante d'avoir admis le titre seigneurial et con- sacré le droit d'en faire la preuve comme celle de tout autre titre. Au lieu que la Législative restreignit les moyens de preuves, et que la Convention détruisit le droit lui-même. Et selon M. D. la Convention eut raison « parce qu'il est » impraticable d'ériger les choses gênantes (sic) en intérêt supérieur quand elles » entravent le développement d'un pays et que tous les esprits les repoussent » (p. 1 5 5). En somme, voilà l'argument principal de M. D. J'en nie la valeur. Oui, certes, les droits seigneuriaux étaient à quelques égards « gênants » (pas tant que le dit l'auteur); surtout ils étaient « odieux». C'est là le sort commun à tous les impôts directs. Ni les révolutions ni les théories ne changeront ce fait, parce qu'elles sont impuissantes à changer la nature de l'homme. Les impôts fonciers, ceux des prestations , des portes et fenêtres, des mutations de tout genre • sont, que M. D. en soit assuré, et resteront aussi « odieux » que le furent les cens, les lods et vente, les dénombrements et reconnaissances de terriers. L'im- mense majorité des contribuables ressent le plus vif désir de s'en affranchir. Faut-il les abolir ? Les noms sont autres. La chose subsiste et subsistera. L'indulgence que M. D. professe pour des actes que l'équité réprouve est marquée à toutes les pages de son livre. Quand il parle de l'incendie des châ- teaux, il ne craint pas d'avancer (p. 53) « que nous réprouvons ces jacqueries » parce qu'elles furent des précédents. « (Comment ! seulement pour cela !) « Et que les contemporains ne s'en émurent pas. » Quoi ! pas même les incen- diés, les familles en fuite, et qui cherchaient un asile ! Après cela comment s'étonner que les historiens de l'école de M. D. fassent un crime aux émigrés d'avoir abondonné la terre de France ! Tel est l'esprit de l'ouvrage de M. D. Je le regrette, parce que l'auteur y fait preuve de qualités sérieuses ; il a étudié et médité son sujet. A presque tous les points de vue je crois ses conclusions erronées. H. Lot; P. S. Après réflexion, je pense que M. D. a confondu ce qu'il appelle les cahiers des paysans en 1789 avec les plaintes envoyées au Comité des Droits Féodaux (D xiv). Ce sont choses bien différentes. Les vœux de 1789 ont un caractère de généralité et surtout de spontanéité (autant que la spontanéité existe en ces matières) dont les plaintes sont dépourvues. Les documents de D XIV sont des adresses, des pétitions restreintes dans leur objet, postérieures au mouvement de 1789, obéissant (1790-1 791) à l'impulsion imprimée par l'assemblée elle-même, la dépassant ensuite, ou s'efforçant de faire prévaloir les débris du droit qui subsistent dans l'interprétation des restrictions de la loi. Les réclamations des seigneurs y coudoient celles des paroisses; historiquement elles d'histoire et de littérature. iô';^ n'ont pas une moindre valeur. Le classement des pièces par ordre départemental est à lui seul un indice de leur caractère. Sur 2500 pétitions environ reçues par le Comité des Droits Féodaux, il n'y en a que cent qui appartiennent à l'année 1789. H. L. 35. — Gabriel Monod, Jules Michelet, avec un portrait à l'eau-forte par Boilvin, un sonnet par G. Lafenestre et un fac-similé. Paris, Sandoz et Fischbacher. i vol. in- 18, 124 p. — Prix : 3 fr. 50. Ce petit volume, imprimé avec luxe et accompagné d'une charmante eau-forte, n'est pas une étude critique sur les œuvres de Michelet, comme pourrait le faire supposer le nom de son auteur. Il contient une biographie littéraire de l'illustre historien, suivie d'une appréciation de son talent et d'une analyse des sentiments et des idées qui ont inspiré ses œuvres. Dans un avant-propos, M. Monod a indiqué les raisons de reconnaissance et d'affection pour lesquelles il s'est con- tenté d'expliquer le talent de Michelet et s'est abstenu de le juger. Cependant, malgré sa discrétion, on discerne bien à travers les expressions de son admira- tion les points sur lesquels il aurait des réserves à faire. Ce n'est point ici le lieu d'apprécier la valeur littéraire de cette étude. Nous nous bornerons à signaler la présence de quelques détails inédits sur Michelet, entre autres la lettre reproduite en fac-similé à la fm du volume et qui a pris aujourd'hui un intérêt historique. La voici dans sa tragique concision : « 16 juillet » 1870. — Les événements se sont précipités, cher Monsieur. Le crime est » accompli. — L'Europe interviendra , mais pas assez vite pour qu'il n'y ait » avant un désastre immense: — Je vous serre la main. — J. Michelet. — J'ai » envoyé aux journaux des lettres, hélas! inutiles. » Une bibliographie des œuvres de Michelet accompagne l'étude de M. M. Nous craignons qu'elle ne soit pas sur tous les points parfaitement exacte. Ainsi la 4* édition du Précis d'Histoire de France est indiquée comme étant de 1841. Nous en possédons un exemplaire qui porte la date de 1842. Il est vrai que Michelet faisait faire pour ses premières œuvres des tirages successifs où la date variait, mais sans changer le numéro d'ordre de l'édition, lorsque le texte n'avait pas subi de remaniements. C'est là une grande difficulté pour le bibliographe. Une erreur plus grave et que M. M. aurait dû éviter, c'est l'omission dans la bibliographie des trois volumes de l^Histoire de France relatifs au xviii* s. : la Régence, 1864. — Louis XV, 1866. — Louis XV et Louis XVI , 1867. Nous avons peine à comprendre une pareille inadvertance. L'exécution typographique de cet élégant volume n'est pas irréprochable. Nous y avons remarqué surtout page 67, 1. 18, un le pour la qui défigure une citation de SuUy-Prudhomme. VARIÉTÉS. Société des anciens textes français. On nous communique le programme de la Société qui vient de se constituer sous les auspices des savants les plus autorisés en vue de la publication des anciens monuments I08 REVUE CRITIQUE de notre langue. Nos lecteurs nous sauront gré, pensons-nous , de placer sous leurs yeux ce document in-extenso. « La Société que nous fondons se propose de publier des monuments de notre ancienne langue et de notre ancienne littérature. Ces monuments, pour la plu- part, gisent encore inédits, souvent inconnus, dans nos archives et dans nos bibliothèques, exposés à toutes les chances de destruction. Il est vrai que depuis le siècle dernier on a commencé à mettre au jour quelques-uns de nos vieux textes, et qu'il se passe peu d'années sans qu'il en paraisse encore ; mais ces publications sont peu de chose si on les compare à l'immensité du fonds qui reste à exploiter. D'ailleurs beaucoup d'entre-elles, exécutées par des amateurs mal préparés, ne répondent en aucune façon aux exigences de la science. Enfin, surtout depuis quelques années, la plupart se font hors de chez nous, en Alle- magne, en Belgique, en Angleterre. Cet état de choses est regrettable : nous convions tous ceux qui le pensent comme nous à nous aider dans l'œuvre que nous allons entreprendre. Les anciens textes français et provençaux ont une triple importance, suivant qu'on les considère comme servant à l'histoire de la langue, de la littérature, ou de la nation elle-même. Ce dernier point de vue est peut-être celui qui a le moins attiré l'attention : on s'est enquis des faits de notre histoire, et c'est ce qui a fait mettre au jour un nombre considérable de nos anciennes chroniques ; mais Phistoire des idées, des sentiments, des mœurs de nos ancêtres a été bien plus négligée. Elle est tout entière dans ces innombrables ouvrages qui, du xii^ siècle au xvF, ont charmé toutes les classes de la société française, soit qu'ils en exprimassent l'idéal, soit qu'ils en reflétassent la vie. La religion, les institu- tions, le droit, la famille, l'éducation, la société, la guerre, le commerce, Pin- dustrie, l'art du moyen-âge ne redeviendront compréhensibles et vivants pour nous que quand les documents de tout genre, mis en grand nombre à la portée • des travailleurs, auront été rapprochés, analysés et interprétés. Quant à l'histoire de notre langue, cette expression essentielle de notre nationalité, elle est, faute de textes, à peine ébauchée. Faire revivre les anciens dialectes et les rattacher aux patois modernes, suivre dans son élaboration et dans son développement la langue littéraire, telle est la tâche immense qui s'im- pose au philologue. Il ose à peine aujourd'hui en aborder quelque partie, sûr que même en se restreignant il n'atteindra que des résultats provisoires. Et cependant les moyens d'information abondent. A partir du xiii^ siècle, déjà plus anciennement sur quelques points isolés, les dialectes vulgaires ont été employés à la rédaction des actes privés et publics ; les œuvres littéraires, qui apparaissent dès le ixe siècle, pullulent à partir du xll^ Un glossaire de la langue d'oïl et de la langue d'oc, une grammaire comparée des dialectes français et provençaux, enfin, cette œuvre magnifique, une histoire de la langue française, ne pourront être exécutés d'une manière satisfaisante que quand des éditions faites avec soin et critique auront mis le savant en mesure de connaître et de classer toutes ces richesses dont l'existence ne fait aujourd'hui que le décourager. Mais l'intérêt littéraire domine peut-être les deux autres. Sans parler du d'histoire et de littérature. top mérite et du charme si divers des productions du vieux génie français, elles ont une importance capitale pour l'histoire des littératures modernes. Ces littératures, on le sait maintenant à n'en pas douter, ont la nôtre pour mère. Au Nord, la grande poésie épique, la plus vraiment nationale que nous ayons jamais possédée, puis les compositions romanesques nées dans une société déjà raffinée et brillante, plus tard les contes, les oeuvres didactiques, enfin le drame religieux et popu- laire, ont suscité tout autour de nous des imitations d'abord serviles, puis de plus en plus libres, grâce auxquelles les peuples voisins sont arrivés à leur tour à produire des œuvres originales. Au Midi, c'est la poésie lyrique, qui, éveillée la première après un silence de six siècles, a passé de bouche en bouche d'abord à nos trouvères, puis aux poètes de l'Espagne et du Portugal, aux Minnesinger allemands, aux chantres italiens, précurseurs de Dante et de Pétrarque. Aussi la littérature française du moyen-âge est-elle en quelque sorte le patrimoine commun de l'Europe, car toutes les nations de l'Europe la retrouvent à la base de la leur. Partout on publie les traductions, les imitations de nos poèmes, de nos romans, de nos chansons, de nos mystères ; et combien de fois n'avons-nous pas à rougir en lisant dans la préface de l'éditeur anglais, italien, allemand, hollandais, suédois ou norvégien, qu'il n'a pu comparer l'œuvre qu'il imprime à l'original français, parce que celui-ci est inédit! Aussi se décident-ils à venir aux frais de leurs gouvernements copier sous nos yeux, dans nos bibliothèques, pour les imprimer dans leurs pays, ces manuscrits que nous gardons, mais que nous semblons mépriser. A tous ces ouvriers du dehors qui travaillent dans notre vigne, nous ne devons que des remerciements ; mais il est grandement temps, croyons-nous, de les dispenser de leur obligeant concours et de faire la vendange nous-mêmes. Il est un dernier point de vue sur lequel nous appellerons l'attention, c'est la valeur de notre ancienne littérature pour l'éducation nationale. Nous ne parlons pas seulement de l'instruction qui se donne dans nos collèges : les Allemands associent dans leurs gymnases l'étude de leur poésie du moyen-âge à celle des œuvres antiques; chez nous aussi, croyons-nous, il y aurait tout avantage à faire lire à la jeunesse Joinville et la Chanson de Roland à côté d'Hérodote et de l'Iliade. Mais pour tout le monde il y a un grand intérêt à connaître ce qu'a été pendant six siècles la vie intellectuelle et morale de la France : aussi ne craindrons-nous pas, à côté de simples reproductions, de joindre à nos volumes des introductions, des commentaires, des glossaires, des traductions même, qui mettront à la portée de tous le plaisir et le profit que contiennent ces vieux livres. Ce sont ces considérations et ces sentiments qui nous ont décidés à fonder la Société des anciens textes. Nous pensons qu'il n'est pas d'œuvre plus vraiment nationale que celle à laquelle nous voulons nous consacrer. Nous faisons appel pour nous aider non-seulement à tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des langues et des littératures romanes, mais encore à tous ceux qui aiment la France de tous les temps, à tous ceux qui croient qu'un peuple qui répudie son passé prépare mal son avenir, à tous ceux qui savent que la conscience nationale n'est pleine et vivante que si elle relie dans un sentiment profond, de solidarité les I 10 REVUE CRITIQUE générations présentes à celles qui se sont éteintes. Pour réussir, notre œuvre a besoin de puissants encouragements : nous avons la confiance qu'ils ne nous manqueront pas. Nous avons fixé à une somme peu élevée le chiffre de la coti- sation ; nous avons abaissé encore celui de la cotisation perpétuelle, parce que nous ne nous adressons pas seulement aux érudits ou aux riches, parce que nous voudrions que tous pussent participer à notre entreprise. Mais les cotisations, si nombreuses qu'elles soient, nous permettront difficilement d'atteindre le but que nous visons, c'est-à-dire de publier beaucoup, bien et à bon marché. Nous espé- rons que des donations plus importantes nous aideront à réaliser une pensée qui, surtout au moment présent, doit rencontrer de nombreuses sympathies. Les publications de la Société seront in-octavo; chaque volume sera revêtu d'un élégant cartonnage. Le nombre des volumes publiés annuellement sera déterminé par les ressources de la Société. Les ouvrages dont nous pouvons dès à présent promettre la publication prochaine sont, entre autres : Aiol, chanson de geste; — la Bataille de Roncevaux (texte rajeuni de la Chanson de Roland); — Tristan; — Œuvres de Crestien de Troies; — Le roman de fîm«u5 ; — Le roman des Sept Sages; — Girart de Roussillon; — Chansons du roi de Navarre; — Chro- nique de Jehan le Bel; — Recueil de mystères ou miracles de la Vierge; — Recueil général des farces; — Le mystère de la Passion en provençal; — Chansons populaires du XV' siècle; — Contes de Philippe de Vigneulles, etc., etc. La cotisation est fixée à 25 francs par an. On peut racheter sa cotisation annuelle pour la durée de sa vie en payant une somme de 250 francs. — On pourra souscrire aux publications sur grand papier moyennant 50 francs par an ou 500 francs une fois payés. — Les membres qui verseront une somme de 5 00 francs au moins recevront le titre de membres fondateurs et figureront en tête de la liste des membres. — Les membres qui verseront une somme de 250 francs auront le titre de membres perpétuels et figureront sur la liste après les membres fondateurs. Indépendamment de la cotisation, chaque membre nouveau admis dans la Société aura à acquitter un droit d'entrée de 10 francs. Les trois cents premiers souscripteurs seront exemptés de ce droit. Ce droit est personnel et ne varie pas quand un même membre souscrit à plusieurs exemplaires. Le bureau provisoire de la Société est composé de : MM. Paulin Paris, membre de l'Institut, président; Natalis De Wailly, membre de l'Institut, vice-président; Marquis De Queux de Saint-Hilaire, administrateur; Paul Meyer, chargé du cours de langues romanes à l'Êcoles des chartes, secrétaire; Baron James E. De Rothschild, trésorier; L'éditeur de la Société est M. Ambroise Firmin-Didot. Les adhérents sont priés d'écrire à M. Paul Meyer, 99, rue de la Tour, Passy- Paris. Dès que la Société aura recueilli un nombre suffisant d'adhésions, le bureau provoquera une réunion générale, à laquelle on soumettra les statuts de la Société. » d'histoire et de littérature. III SOCIÉTÉS SAVANTES. ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. Séance du $ février 1 87 5 . Le ministre de l'instruction publique transmet à l'académie une lettre de M. Ém. Burnouf, directeur de l'école d'Athènes, qui contient une note de M. Lyghounès sur deux statues de marbre trouvées en décembre 1874 dans les ruines d'Aptéra en Crète. Cette lettre annonce que des photographies de ces statues seront envoyées à l'académie. — M. Leblanc, conservateur de la biblio- thèque et du musée de Vienne (Isère), envoie des copies des deux inscriptions dont il a annoncé la découverte (séance du 30 décembre 1874). — Le ministre transmet des estampages d'inscriptions provenant de Rome, et des estampages d'inscriptions sémitiques envoyés par M. de S*e-Marie. Ouvrages déposés : Felice Walmass, Paleologia coptica ; Robiou, les classes populaires en France au moyen-âge, etc. M. Jourdain présente de la part des auteurs une Histoire de la littérature fran- çaise au moyen-âge, par M. Gidel, et le premier livre des fables de La Fontaine accompagné d'une traduction latine interlinéaire, etc., par M. Hipp. Cocheris. Ce dernier ouvrage a pour but de montrer comment les mots latins ont passé à la forme qu'ils ont aujourd'hui en français. M. de Longpérier présente de la part de M. Lenormant le 3* fascicule de son Choix de textes cunéiformes inédits ou incomplètement publiés. M. Defrémery présente de la part de M. G. Paris Le petit Poucet et la Grande- Ourse, nouveWe édition, augmentée, d'un travail qui a paru pour la première fois dans les mémoires de la Société de linguistique de Paris (« offert à l'université de Leyden, le 8 février 1875 »). M. de Vogué présente la fin du i" vol., le 2"^ vol., et la fm de l'atlas, du compte-rendu de l'exploration de la mer Morte organisée par le duc de Luynes. M. de Witte présente les tomes 11 et 12 de la Revue bibliographique univer- selle. M. Derenbourg présente La femme juive, sa condition légale d'après la Bible et le Talmud, par M. Emm. Weill, rabbin à Versailles. M. Jourdain termine la seconde lecture de son mémoire sur Nicolas Oresme et les astrologues à la cour de Charles V. M. Naudet lit un mémoire sur la caserne des pérégrins, castra peregrinorum, à Rome. Cette caserne est indiquée par d'anciens plans de Rome comme située dans la 2*^ région, sur le mont Coelius. Elle servait de demeure aux soldats que plusieurs inscriptions mentionnent sous le nom de milites peregrini. M. Naudet recherche ce qu'étaient ces soldats. M. Henzen, qui a déjà étudié cette question, a fait remarquer qu'il y avait une grande connexité entre ces pérégrins et les centurions ou soldats désignés sous le nom de frumentaires. Il a supposé que 112 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. les frumentaires et les pérégrins étaient deux classes de militaires qui compo- saient ensemble un corps de milice politique. M. Henzen admet d'ailleurs que les milites peregrini n'étaient pas des citoyens romains. M. Naudet repousse cette théorie. Il lui paraît bizarre que des citoyens et des étrangers (les frumentaires étaient des légionnaires et par conséquent des citoyens romains) fussent réunis dans un même corps. D'ailleurs les personnages qualifiés de peregrini sont dési- gnés, comme des romains, par leur nom et leur prénom, le nom de leur père, celui de leur tribu, et leur surnom. Selon lui ce sont des Romains et ils ne font qu'un avec les frumentaires. Ceux-ci étaient des soldats ou des centurions déta- chés des légions campées dans les provinces et préposés au commissariat des vivres. Le nom de peregrinus, désignant d'abord les sujets de Rome non citoyens romains qui habitaient les provinces, avait fmi par devenir synonyme de pro- vincial ; c'est ainsi que Faustine, dans une lettre à Marc-Aurèle, rapportée par Vulcatius Gallicanus, applique ce mot à Pompeianus, gendre de l'empereur, alors absent de Rome : or tous les légionnaires, ayant leur domicile au campe- ment de leur légion, étaient des provinciaux; quand ils étaient appelés à Rome pour y faire le service de frumentaires, il était donc naturel que les habitants de Rome donnassent à ces soldats venus des provinces le nom de peregrini, à leur demeure celui de castra peregrinorum. Les frumentaires n'étaient pas organisés en centuries ou en cohortes, ils formaient un bureau régi par un chef et un sous- chef {princeps, subpr inceps). Sous Dioclétien ils disparurent et furent remplacés par une administration civile. Leur demeure, castra peregrinorum, subsista : peut-être servit-elle de prison. M. Th. Henri Martin commence la lecture d'un mémoire sur les hypothèses astronomiques des philosophes grecs qui n'admettaient pas la sphéricité de la terre. Il commence par dire qu'on a beaucoup exagéré les emprunts que les Grecs auraient faits à la science des Orientaux, Chaldéens, Egyptiens, etc. Leurs connaissances scientifiques ont été restreintes, et elles ont eu pour point de départ leur cosmographie poétique. M. H. Martin commence ensuite l'exposition des idées cosmogoniques et cosmographiques des philosophes de l'école ionienne : Phérécyde, Epiménide, Thaïes de Milet. Il discute les témoignages qui attri- buent à Thaïes l'opinion de la sphéricité de la terre : il croit plus dignes de foi d'autres témoignages qui disent qu'il donnait à la terre une surface plane. Julien Havet. ERRATUM. N" 6, p. 95, infràj lisez : Comme il n'y avait dans les cités ni consul ni em- pereur pour nommer ces tribuns ainsi que cela se faisait à Rome, c'était le peuple même qui les élisait. Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. iA Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. 1625 ausgestellten Déposition, etc. Der durchl. vndt Hochgeborenen jungen Fûrsten vndt Herrn, Herrn Heinrich vndt Herrn PYiedrich Landgrafen zu Hessen, etc. (Schluss : D' Baur). — Sphragistische Aphorismen (F.-K.). — 7.we\ gereimte Grabschriften des 16. Jahrhunderts (J. Friedl/Ender). — Kampfbrief vom Jahre 1488 (Baader). — Vaticinium auf Karl den Kùhnen (Winkelmann). — De ebriosis (Fr. Schirrmacher). — Fine Handschrift der Stadtbibliothek zu Verdun (D' Nolte). — Grabschrift auf den Erzbischof Reinald von Dassel (D"" Nolte). — Nicolaus, Abt des Klosters Sigeberg (D"" Nolte). — Findling (D"" Frommann). — Beilage zum N° 12. Chronik des germ. Muséums. — Chro- nik d. hist. Vereine. — Nachrichten. The Indian Antiquary, éd. by Jas. Burgess. Part XXXVIl (vol. III), décembre 1874. The Original Settlement-Deed of the Jewish Colony at Cochin (Jacsimile to face p. 3 34 in Pt. XXXVI, for Nov., by A. G. Burnell). — Religious and Moral sentiments freely transi, from Indian Writers (J. Muir). — Notes on Castes in the Punk and Solâpur Zillas (W. F. Sinclair). — Notes on Prof, Hœrnle's Translation of the ijlh Canto of Chand (F. S. Growse). — Anecdote of Nadir Shah (H. Blochmann). — Legends from Dinajpur {suite ; G. H. Da- mant). — A Strauge Mode of Fortune Telling (V. N. Tirumalacharyar). — Correspondence and Miscellanea. Letter on Indian Chronology (J. Fergusson). — The Vishâlgad Inscriptions (H. Blochmann), — Index, La Rivista Europea, G. Pierfranceschi, Délia letteratura in relazione colla scienza. — G, Sangiorgio, Pietro Custodi (curieuse biographie de cet écono- miste milanais 1 771-1842). — A. Hortis, Dante e il Petrarca. (M, H, corrige un passage des œuvres de Pétrarque, rerum Memorandarum lib. II, c. 4, où l'on avait cru voir une attaque contre Dante et publie un éloge de Dante en vers latins attribué à Pétrarque). — L. Léger, La langue russe (leçon d'ouverture à l'École des langues orientales). — A. De Gubernatis, A. Gemciusnicofî (poète russe contemporain), — Lettres inédites de Volta, Cesarotti et Carmignani. — G. Ferraro, Nuova raccolta di canti popolari Monferrini (fin). — P. Tedeschi, Machiavelli e la critica moderna (fin). — Revue littéraire et bibliographique de France, d'Italie, d'Allemagne, de Roumanie, de Hollande, de Danemark, du pays Slave, de Grèce et de l'Inde, BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. AVIS. — On peut se procurer à la librairie A, Franck tous les ouvrages annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en magasin. Acta SS. martyrum Edessenorum Sarbelli, Barsimasi, Gurias, Samons et Abibi. Fasc. I. Acta SS. martyrum Sarbelli et Barsimaei, saeculo secundo p. Christum scripta, ex fontibus syriacis , armeniacis, graecis et latinis collecta explanata de- lensa a prof. G. Mœsinger. In-S", vij- 136 S, Innsbruck (Wagner). 3 ir. 25 Appel (M.). Quasstiones de rébus Samari- tanorum sub imperio romanorumperactis. In-8°, 97 S. Gœttingen (Dieterich). 2 fr. 75 'Apt!7TOTE),o'j; irepl Troiyîxtxîiç, Aristotelis de arte poetica' liber. Iterum recens, et ad- notatione critica auxit J. Vahlen. In-S», xv-246 S. Berlin (Vahlen). 6 fr. 75 Benecke (G. F.). Wcerterbuch zur Hart- mann's Iwein. 2. Ausg. besorgt v. E. Wilken. i. Lief. In-8°, 128 S. Gœttin- gen (Dieterich). fr. 2S Bœhm (C. E. v.). Die Handschriften d. kaiserl. u. kœnigl. Haus-, Hof-u. Staats- Archivs. Supplément. Gr. in-8°, iv-ijéS. Wien (Braumùller). 4fr. 8$ L'ouvrage complet avec le supplément, 18 fr. 25 Brandes (H.). Abhandlungen zur Ge- schichte d. Orients im Alterthum. In-8", v)-i5o S. Halle (Lippert). 5 i^r. 35 Gaspari. A Grammar of the Arabie lan- guage. Translated from the German, and edited with numerous Additions and Corrections, by W. Wright. Vol. i. In-8*, J58 p. cart. London (Norgate). 1 3 fr. 15 Curtius (G.). Studien zur griechischen u. lateinischen Grammatik. 7. Bd. i. Hft. In-8°, S. 1-272. Leipzig (Hirzel). 8 fr. Les vols I-VII 1 . 69 fr. 3 5 Donaldson (J.). Lectures on the History of Education in Prussia and England, and on Kindred Topics. In-8', 186 p. cart. London (Longmans). 4 fr. 40 Dûnner (J. H.). Die Theorien ùb. Wesen u. Ursprung der Tosephtha, kritisch dargestellt; zur Geschichte d. Halachah- literatur waehrend der ersten $ Jahrhun- dertederûbl. Zeitrechng. In-8°, iv-95 S. Amsterdam (Seyffardt). 2 fr. 75 Haug (M.). Ueber das Wesen und den Werth d. wedischen Accents. In-4*, 107 S. Mùnchen (Franz). 6 fr. Herder (J.-G.). Philosophie de l'histoire de l'humanité. Traduction de l'allemand par E. Tandel. Nouv. édit. T. 3. In-8*, 399 p. Paris (Lib. internat.). 6 fr. Houssaye (A.). Van Ostade, sa vie et son œuvre. 20 eaux-fortes par Van Ostade, Ch. Jacques et Subercase. In-4*, 1 5 p. Paris (Maury et C^). Jacopo daVaragine. Leggenda di San Luca evangelista scritta in latino, Volga- rizzata nel buon secolo, ora per la prima Volta messa in pubblico secondo un co- dice proprio dall' ab. L. Razzolini. In-8*, 28 p. Firenze (tip. G. B. Campolmi). Klussmann (R.). Emendationes Fron- tinianae. Inest epistula critica G. Stude- mund ad R. Klussmann. In-8°, xIij-78 S. Berlin (Calvary et G*). 3 fr. 25 Koser (R.). Der Kanzleienstreit. Ein Bei- trag zur Quellenkunde der Geschichte d. 3ojaehr. Krieges. In-8', 88 S. Halle (Gesenius), 2 fr. 50 Lincke (G.). De Xenophontis cyropediaî interpolationibus. In-S", 3 5 S. lena (From- mann). ' fr. 3 5 Luber (A.). TpayoûSta 'Pwixaïocà. Neu- griechische Volkslieder m. einleitg. Corn- mentar u. Glossar. In-8°, 61 S. Salzburg (Mayri). ' fr. 75 Mac Laughlin (H.). Biographical Sket- ches of Ancient Irish Saints, etc. In-8*, 240 p. cart. London (Hunt). 6 fr. 25 Masson (D.). Wordsworth, Shelley, Keats and other Essays. In-8*, 306 p. cart. London (Macmillan). 6 fr. 25 Mignard. Archéologie bourguignonne. Alise, Vercingétorix et César. In-8', 62 p. Paris (Aubry). Molinier (A.). Catalogue des actes de Simon et d'Amauri de Montfort. In-8°, 119 p. Nogent-le-Rotrou (imp. Gouver- neur). Monumenta Hungariae historica. 3 . Série. Monumenta comitialia regni Hungariae v. D' Vilmos Fraknoi. i.Bd. (1526-1536). In-8', xxxij-650 S. Pesth (Rath). 1 3 f. 3 5 Mûller (W.). Politische Geschichte der Gegenwart. VII. Das Jahr 1873. Nebst e. Chronik d. Ereignisse d. J. 1873 u. e. alphab. Verzeichnisse der hervorrag. Personen. ^-8°, xx-402 S. Berlin (Sprin- ger). 6 fr. Reuss (E.). Die Geschichte der heiligen Schriften neuen Testaments. 5. verm. u. verb. Ausg. In-8°,x-64oS. Braunschweig (Schwetschke u. Sohn). 13 fr, 3J Robertson (J. C). History of the Chris- tian Church, from the Apostolic Age to the Reformation A. D. 64-1517. New and revised (8 vols.). Vol. 4. In-8', 478 p. London (Murray). 7 fr. 50 Rogers (H.). The Superhuman Origin of the Bible inferred from Itself, 2nd edit. In-8*, 478 p. cart. London (Hodder et S.). 1 5 fr. Smend (R.), De Dsv r' Rvmna poeta arabico et carminé ejus commentatio. ^-8°, 38 S. Bonn (Weber). 2 fr. ■Westermayer (A.). Der Lysis d. Plato zur Einfuhrg. in das Verstasndniss der Sokratischen Dialoge. In-S", 132 S. Er- langen (Deichert). 2 fr. 25 Zurborg (A.). De Xenophontes libello qui TOpoi inscribitur. In-S", 46 S. Berlin (Weber). i fr. 75 Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur. N» 8 Neuvième année. 20 Février 1875 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE RECUEIL HEBDOMADAIRE F'UBLIÊ SOUS LA DIRECTION DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS. Secrétaire de la Rédaction : M. Stanislas G u yard. Prix d'abonnement : Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus suivant le pays. PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK F. VIEWEG, propriétaire 67, RUE RICHELIEU, 67 Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). ANNONCES En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 67, rue de Richelieu. Monuments divers re- rV • iVl rViVlILl i LL» DLLI cueillis en Egypte et en Nubie. i2Mivraison. In-fol. 6 fr. BIBLIOTHEQUE DE L ECOLE DES HAUTES ETUDES 18" et 19e fascicules. Rn FT ï A QT" R V R ï pr ^^^^^ ^"^ ^^^ ^°^^^^ ^^ • L/ IL l_i/\0 1 IL I Iv 1 IL vicomtes de Limoges antérieurs à l'an 1000. 5 fr. AT-\ A tH W/I^'t^^i^^ t? HP r? "p Traité de la formation des • LJ/\ iviVl ÎLO 1 lL 1 JlL Jl\ mots composés dans la langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. 12 fr. Cr^ fj A O A TV T r? A T T f>'3g"^6nts d'un mystère proven- • V-^ 11 A JLjPi. IN lL A U, rai découverts à Périgueux , publiés, traduits et annotés. Gr. in-S». . /i^iJ.,»?!- i fr. 50 PÉRIODIQUES. The Academy, N° 14^, new séries, 30 janvier. John Earl Russel, Recollec- tions and Suggestions, 181 3-1873. London, Longmans and Co. (Houghton, i^^ art.). — Bancroft, History of the United States, from the Discovery of the American Continent. Vol. X, London, Sampson Low and Co. (J. M. Ludlow: ce volume embrasse les années 1778-1782; art. généralement favorable : l'ou- vrage de M. B. aura une valeur durable). — Contes populaires recueillis en Agenais par M. Bladé, avec notes deKŒHLER. Paris, Baer(W. R. S. Ralston : art. analytique). — Notes and News. — Notes of Travel. — The late Canon Kingsley (G. A. Simcox). — Extracts frora a Journal Kept at Bath (1809-1818, J. J. Cartwright). — Correspondence. Our Oldest Manuscript, and who muti- lated it (qq. observations sur la lettre de M. Le Page Renouf par Edmund S. Ffoulkes). — Meetings of Societies (Soc. asiatique, de numismatique, royale). The AthensBum, N° 2466, 30 janvier. Kinglake, The Invasion of the Crimea : its Origin, and an Account of its Progress down to the Death of Lord Raglan. Vol. V. Blackwood and Sons (volume du plus haut intérêt). — The Poetical Works of J. Milton. Ed. by David Masson. Macmillan and Co. (deux excellentes éditions Tune en 3, l'autre en 2 volumes). — The Jewish Coinage (T. Lewin : réponse à M. Madden). — Our Oxford Letter (T.). — Nashe's Death-Date (Brinsley Nicholson). — Canon Kingsley (not. nécrol.). — Literary Gossip. — Societies (Soc. royale, de géographie, de numismatique, de l'institut anthropologique). Literarisches Centralblatt, N° 6, 6 février. Heyden, Beitrsege zur Geschichte Antiochus des Grossen. Emmerich, Romen. In-8", 64 p. (cette bro- chure contient de bonnes choses). — Kleine Toggenburger Chroniken. Von Scherrer. St. Gallen, Huber, In-8'', 152 p. — Petrick, Zur Geschichte des Grafen Bothwell. St. Petersburg, Buchdr. v. Pratz. In-S", 52 p. (apologie du troisième époux de Marie Stuart; travail qu'il faut consulter). — Strelitz, De antiquo Ciceronis de republica librorum emendatore. Breslau, Leuckart. In-8", 95 p. (l'auteur admet que les corrections de deuxième main du palimpseste qui contient le de re publica sont faites d'après l'original sur lequel a été copié le palimpseste, et par conséquent il donne aux corrections de deuxième main la préférence sur les leçons de première main). — Romanische Studien herausg. V. Bœhmer. IV. Heft. Strassburg, Trùbner. In-8'', p. 441-552 (contient le commencement du Girbers de Metz de J. de Flagy, publié par M. Stengel). — Fœrster, Der Raub und die Rûckkehr der Persephone (cf. Revue crit., 1874, I, p. 390). — MÛLLER, Numismatique de l'ancienne Afrique. Supplément. Avec 3 pi. et une table alphabétique de tout l'ouvrage. Leipzig, Brockhaus. In-4", vj- 96 p. (contient des additions et rectifications nouvelles aux 3 premiers volumes). Germania, herausg. v. K. Bartsch. NeueReihe, siebenter Jahrg. IV. Heft. Zum Rolandsliede (K. Bartsch). — Heinrich von Morungen (Fedor Bech). — Urkundliche Nachweise ùber das Geschlecht und die Heimat der Dichter Hein- rich und Johannes von Freiberg (Ders,). — Ulrich von Zatzikhoven (J. B^ch- told). — Mittelalterliche Ansichten ûber die Trseger des Namens Petrus (R. Kœhler). — Dienstag-Zinstag (Adelbert Jeitteles). — Sonnenuntergang, Geilâte, Gustrâte u, a. Gott folgen gehn (Schrôer). — Lûtbrechic (Adalbert Jeitteles). — Ahd. Glossen aus Scheftlarn und Tegernsee (K, Bartsch). — Litteratur. 0. Erdmann, Untersuchungen ûber die Syntax der Sprache Otfrids (P. Piper). — J. Chr. Cederschiôld, Bandamanna Saga (K. Maurer), — Bibliographie. Bibliographische Uebersicht der Erscheinungen auf dem Gebiete der germanischen Philologie im Jahre 1873 (K. Bartsch). — Miscellen. Bericht ùber die Sitzungen der deutsch-romanischen und der Section fur neuere Sprachen REVUE CRITIQ^UE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE N* 8 — 20 Février — 1875 Sommaire: 36. Aristote, Poétique, p. et tr. p. Susemihl, 2' éd.; Baumgart, Pathos etPathema. — 37. Gantrelle, Grammaire et style de Tacite. — î8. Schœn- BACH, Sur les lamentations de la Vierge. — 39. Baschet, Histoire du dépôt des Ar- chives des Affaires étrangères. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions. 36. — Aristoteles ûber die Dichtkunst. Griechisch und Deutsch und mit sacher- kiaerenden Anmerkungen, herausgegeben von D' Franz Susemihl, Professer in Greifs- wald.ZweiteAuflage. Leipzig, Engelmann. 1874. ln-8°, xxxvj-3 1 3 p. — Prix: 5^.35. Pathos und Pathema im Aristotelischen Sprachgebrauch. Zur Erlaîuterung von Aristoteles' Définition der Tragœdie dargelegt von Hermann Baumgart , Gymnasial- lehrer am kœnigl. Friedrichs-Collegium zu Kœnigsberg in Pr. Kcenigsberg, Koch. 1873. In-8*, 58 p. — Prix : 2 fr. M. Susemihl vient de publier une nouvelle édition (la première avait paru en 1865) ^" ^^^^^ ^^ '^ Poétique d'Aristote avec traduction allemande en regard, précédé d'une introduction très-développée, accompagné de notes critiques où les conjectures les plus importantes ont été rassemblées, enfin suivi de nombreuses remarques, où comme dans l'introduction, tous les travaux dont la Poétique a été l'objet ont été utilisés. M. S. connaît complètement et à fond la littérature de son sujet ; et son édition est nécessaire pour celui qui veut s'y orienter. Elle rendra les plus grands services à ceux qui voudront pénétrer un peu avant dans l'intelligence de cet ouvrage, l'un des plus célèbres et des plus intéressants d'Aristote, et sans contredit le plus maltraité de tous par le temps. Le texte repose sur un seul manuscrit représenté par le manuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris 1741 (^xi® siècle). Il est défiguré par des altérations innom- brables et pour la plupart irrémédiables; les critiques qui s'en occupent n'ont pas trouvé et ne trouveront pas beaucoup de corrections qui paraissent aussi évidentes aux autres qu'elles le paraissent à eux-mêmes. M. S. ne se fait pas, en général, illusion sur l'intégrité du texte. Il a eu le sentiment net et exact des difficultés ; et il les a examinées très-attentivement. Peut-être a-t-il eu trop de confiance dans la possibilité de les résoudre. Quand on est obligé de trop multiplier les corrections et les conjectures à un court in- tervalle , c'est un signe qu'il faut y renoncer. On est souvent réduit , quand on traite de ce texte, à expliquer pourquoi on ne peut pas le comprendre. Il est vrai que M. S. donne une traduction et qu'on ne peut traduire ce qu'on ne comprend pas ; et comme d'ailleurs il a mis les lecteurs en état de se faire une opinion par eux-mêmes, il y a peut-être moins d'inconvénient à admettre trop de-conjectures, qu'à extorquer par des interprétations forcées un sens peu satisfaisant de fautes de copiste ' . I. M. S. admet, non sans raison, beaucoup de transpositions, mais il aurait mieux valu XV 8 I 14 REVUE CRITIQUE Si la multitude des conjectures diverses qui ont été proposées sur le texte de la Poétique montre qu'il n'est pas facile de s'entendre sur sa restauration, la diversité des vues qui ont été émises sur les théories indiquées dans la Poétique montre qu'il n'est pas plus facile de tomber d'accord sur le fond des choses. Ainsi chacun a pour ainsi dire son avis sur la manière d'interpréter le passage célèbre où Aristote dit (VI, 1449 b 28) que la tragédie eaTtv {;/'[jly](7iç Tcpoc^cwç aTuouBataç xal TeXet'aç St' èXéou y,at çoêou xepaivouaa tyjv tô)v Toio'jTwv xa6ir){ji.aTtj)v ^âôapaiv. En 1847, M. H. Weil, aujourd'hui doyen de la Faculté des lettres de Besançon, eut' le premier l'idée de se servir d'un texte important de la Politique d'Aristote (VIII, 7. 1 341 b 32) pour serrer la pensée d'Aristote de plus près qu'on ne l'avait fait jusque-là. Dans ce passage, qui avait bien été cité mais non examiné attentivement par les commentateurs de la Poétique, Aristote dit que certaines musiques servent à la y.aôapatç, que par exemple les gens sujets à ce délire extatique que les Grecs appelaient IvOcucta- (jlJ.6ç, quand ils ont entendu la musique sacrée qui produit ce délire, deviennent tranquilles wczep îaTpeîaç Tuyçvxaç xal xaOapaswç ; que, de même, pour ceux qui sont sujets à la pitié, à la crainte, en général à quelque passion, Tuàci 'c{-|^cCf- 6at Tiva y.âôapctv v.oà y.ou^tî^eaôai p-eO' y;§ovyîç. M. Weil a conclu ^ de ce passage que le mot xa6apaiç devait être entendu d'une sorte de purgation au sens médi- cinal; que, suivant Aristote, la terreur et la pitié sont des émotions dont l'homme éprouve le besoin; que tant que ce besoin d'émotions n'est pas satisfait, l'homme éprouve une sorte de malaise ; que la tragédie en satisfaisant ce besoin et en nous soulageant de ce malaise exerce sur le moral une action qu'Aristote com- pare à celle d'un purgatif sur le corps. Mais d'après le texte de la Politique, ce ne sont pas les passions qui sont purgées, c'est celui qui les éprouve. Donc il faut entendre le génitif tcov xaô'^[j.aTa)v du sujet qui produit la purgation, et TotouTwv se rapporte aux passions autres que la pitié et la terreur, comme l'èvôouatacixôç : « La tragédie produit par la terreur et la pitié la purgation que » produisent les passions de cette espèce, qui est propre aux passions de cette » espèce '. » Plus tard, en 1857, M. J. Bernays, sans avoir connu le travail de son devan- cier, qui avait paru à Bâle au milieu des bouleversements de l'année 1848, fut conduit par l'examen attentif de ce même texte de la Politique à prendre aussi ne pas les introduire dans le texte : ce qui rend très-difficile de retrouver une citation. 1 . Ueber die Wirkung der Tragœdie nack Aristoteks dans le recueil des Verhandlungen der 10. Philologenversammlung. Bâle. 1848. 131 p. et suiv. 2. P. 139 : « Mitleid und Furcht, fur manche Gemùther auch Enthusiasmus und Ex- » tase, sind Bedurfnisse des Menschen wir empfinden ein Missbehagen, ein schmerz- » liches Gefùhl, wenn wir laengere Zeit dieser Erschùtterungen entbehren mussten Je » mehr unsere Natur fur dièse affecte empfaenglich ist, desto schmerzlicher quaelt uns das » Bediirfniss nach denselben, desto heftiger verlangen wir nach Arznei, nach Erleichte- » rung, desto lebhafter ist unser Vergnùgen an der Tragœdie. Die Erschùtterung erleich- » tert und reinigt uns wie der Kœrper durch ein Purgativ gereinigt wird, das ihn B gewaltsam durchwuhlt. » 3. P. 140 : « Die Reinigung asolcher Affecte » ist die Reinigung welche durch seiche » Affecte bewirkt wird. » d'histoire et de littérature. I 1 5 le mot y.atôapatç dans le sens de purgation médicinale ' . En outre il découvrit dans Jamblique (De mysîeriis I, 1 1) et dans le commentaire de Proclus sur la République de Platon (p. 362) des textes qui contenaient des allusions évidentes à la théorie de la xaOapaiç développée par Aristote dans une partie de la Poétique que nous n'avons plus. Il a même établi d'après un passage de ce commentaire de Proclus (p. 360) qu'Aristote avait probablement eu en vue, dans cette théorie, de contredire Platon, qui bannit de sa république la poésie dramatique. Dans l'interprétation du texte de la Poétique il a entendu xaGYjixa d'un état per- manent {affection), d'une disposition à éprouver l'émotion par opposition à un état transitoire qui serait désigné par xaOoç (affect, émotion), ici par eXsoç et féSoç; il pense que toioutwv est l'équivalent de éXeYjTixwv xal çoêrjxixwv ; enfin, suivant lui, Aristote dit que la tragédie, en excitant la pitié et la terreur, débar- rasse avec soulagement de la disposition à ces émotions 2, Il convient d'ailleurs que xaÔYjiJLdxwv n'est que grammaticalement l'objet sur lequel s'exerce l'action de la xaôapciç; que logiquement c'est le xaôr^xtxcç (p. 149). M. Bernays avait resserré à l'excès les liens qui unissent le texte de la Poli- tique à celui de la Poétique. M. Bonitz a établi ? que la distinction que M. Ber- nays avait cru voir entre xâôoç et xaGY][;.a n'était pas fondée, et que ces deux mots sont employés sans différence de sens appréciable. M. Baumgart, dans la dissertation indiquée en tête de cet article, s'est efforcé de démontrer contre M. Bonitz, que les deux mots ne sont pas absolument équivalents, que xàôoç signifie un certain changement en général (allgemeine Bezeichnung der hervor- gebrachten Veraenderung), tandis que xa6Y)ixa désignerait un cas particulier et concret de ce changement (die besondere Erscheinungsform jener allgemeinen Veraenderung an diesem Objecte). La démonstration ne me semble nullement convaincante, et la traduction (p. 5 5) où M. B. applique sa distinction à la défi- nition de la tragédie aurait bien besoin d'être expliquée. En aucune langue il n'est possible de distinguer avec une précision rigoureuse les termes synonymes qui désignent des idées de l'ordre moral ; les synonymistes qui ont voulu distin- guer en français feux et flamme pris au sens moral ont perdu leur peine. M. Zeller4 a trouvé que l'interprétation proposée par MM. Weil et Bernays ne tenait pas assez de compte de la manière dont les émotions devaient être excitées ; il pense qu'Aristote devait distinguer entre la manière dont elles sont excitées par l'art et la manière dont elles sont excitées par la réalité. M. Suse- mihl approuve cette objection (p. 47) ; il croit (si j'ai bien saisi sa pensée, ce dont je ne suis pas sûr) avec M. Reinkens 5 que la tragédie en excitant artisti- quement la terreur et la pitié nous débarrasse des passions du même genre qui 1 . Grundzûge der verlorenen Abhandlung des Aristoteles ûber Wirkung der Tragœdie von J. Bernays. Breslau, 1857. In-8*. 2. P. 148 : « Die Tragœdie bewirkt durch (Erregung von) Mitleid und Furcht die » erleichternde Entladung solcher (mitleidigen und furchtsamen) Gemùthsaffectionen. » 3. Aristotelische Studien. Wien, 1867. (Dans les comptes-rendus de l'Académie de Vienne LV, p. 13.) iuL^ii;;.. 4. Die Philosophie der Griechen, Ul, 61 ^-61^. 5. Aristoteles ùber Kunst. Wien, 1870, p. 161. I l6 REVUE CRITIQUE existent en nous indépendamment de la tragédie (p. 53); ces passions forment en nous une sorte de matière trouble, qui fermente obscurément au fond de Pâme et pèse sur elle sans qu'elle en ait conscience (p. 5$); la tragédie donne à ces passions une occasion innocente de se manifester, occasion qui leur est refusée par la vie où nous ne pouvons pas leur laisser un libre cours (p. 56). L'interprétation proposée par MM. Weil et Bernays, surtout dans les termes où s'est renfermé M. Weil, me paraît garder un avantage incontestable sur celles qui ont été proposées depuis : elle ne va pas au delà des textes. La théorie elle-même peut paraître insuffisante, l'analogie bizarre; mais qui nous dit qu'Aristote ne s'en était pas tenu là ? Il reste une difficulté grammaticale, c'est le sens de toioùtwv. L'explication de M. Weil exigerait qu'on lût toûtwv xai Twv ToioÙTwv. Les explications de MM. Bernays, Reinkens, Susemihl donnent un sens à twv toioùtwv; mais il faut établir entre ekezç y.ai çc6oç et TraO'^jjLa'ca des distinctions que rien ne confirme ; et cependant si on n'établit pas de distinc- tion, le sens exigerait qu'on lût touxwv twv zaOYîixaxtov. Je ne vois pas de moyen de sortir de cette difficulté. Charles Thurot. 37. — Grammaire et style de Tacite, par J. Gantrelle, docteur ès-lettres, professeur à l'Université de Gand, ancien inspecteur de l'enseignement moyen. Paris, Garnier frères. 1874. In-12, xii-54 p. Le contenu de cet opuscule est suffisamment indiqué par le titre. La préface mentionne les sources où l'auteur a puisé, Bœtticher, Drseger, Sirker, Wœlfflin, etc. ; elle nous apprend que l'ouvrage, destiné surtout aux élèves, doit suffire à l'enseignement dans les classes supérieures. Nous désirons rendre toute justice à l'excellente intention de M. Gantrelle, qui est évidemment d'offrir à l'étude de Tacite qui se fait au lycée un bon fondement philologique. Mais il nous semble qu'il a donné trop ou trop peu. Nous avons peine à croire que les élèves des lycées fassent jamais grand usage d'un livre de ce genre, et nous ne sommes pas même bien sûr que nous les y engagerions. Ce qui leur fera le mieux con- naître le style de Tacite, c'est de lire le plus possible de ses œuvres et d'être rendus attentifs, pendant la lecture, à ce qui distingue son langage de celui des autres auteurs classiques. Ceci sera l'affaire d'un bon commentaire, ou, mieux encore, de l'explication orale du professeur. En revanche, un traité du vocabu- laire et du style de Tacite serait certainement utile au professeur, pour l'aider à bien faire cette explication. Mais le livre de M. G. est trop incomplet pour servir à cet usage. Il faudrait, pour cela, une énumération beaucoup plus développée des formes, des expressions et des tournures propres à Tacite , et surtout de nombreux passages de l'auteur cités à l'appui de chaque observation. Il faudrait, en un mot, quelque chose comme les ouvrages de Bœtticher, de Draeger et de Sirker renouvelés et fondus en un seul. Peut-être un jour M. G. nous donnera- t-il un livre de cette nature. Ce n'est pas ce qu'il a voulu faire cette fois. Il convient d'examiner son ouvrage tel qu'il est. La division et la distribution de la matière sont celles de la grammaire latine. d'histoire et de littérature. 117 et plus spécialement de la grammaire latine de M. G. lui-même". C'était tout indiqué. Aussi est-ce à propos de la grammaire de M. G, que l'on aurait à faire ses réserves sur ce sujet. Nous laisserons donc les nôtres de côté, excepté en ce qui concerne la j*' partie, intitulée Du style. Nous ne saurions l'accepter comme une 5« partie, coordonnée aux autres. Par quoi donc le style d'un auteur se caractérise-t-il, si ce n'est par l'usage particulier qu'il fait de toutes les ressources de la langue, c'est-à-dire précisément par ce qui forme l'objet des obser- vations contenues dans les quatre premières parties? surtout, la quatrième trai- tant déjà des Figures de syntaxe, qui sont de la rhétorique plutôt que de la gram- maire. C'est pourquoi nous voudrions que M, Gantrelle eût donné à cette pré- tendue 5*' partie son titre naturel de Conclusion, mais principalement qu'il en eût fait une conclusion plus que ce n'est le cas; ou mieux encore, qu'il eût com- posé son ouvrage tout entier de telle façon que la conclusion en ressortît pour ainsi dire d'elle-même, et au courant de l'exposition. Nul écrivain plus que Tacite ne s'est créé un langage à lui, avec intention, on peut même dire avec calcul. A l'aide des riches matériaux réunis dès aujourd'hui dans les nombreuses monographies sur le sujet, ou dans les répertoires de Bœtticher, de Draeger et de Sirker, il n'eût pas été trop difficile, croyons-nous, de montrer jusque dans les moindres détails quelle a été cette intention de Tacite, quel effet il s'est pro- posé de produire, quels caractères il a voulu donner à son style, et par quels moyens il y a réussi. En recherchant ces caractères dans tous les traits particuliers où ils se mani- festent, comme il l'a fait en quelques endroits malheureusement trop rares (p. 4, § 12; p. ?9, § 1 58), M. G. aurait sans doute aussi trouvé plus que la couleur oratoire à ajouter aux trois qualités observées par Bœtticher, brièveté, variété et couleur poétique; avant tout, le caractère dominant, fondamental, et qu'on s'étonne de voir à peine mentionné par certains des admirateurs modernes de Tacite, tandis qu'il a été si bien remarqué par son ami contemporain (Plin. Ep. II, II, 17 et, quod eximium orationi eius inest, aepwç), la gravité, la solen- nité même quelque peu pompeuse. (Voy. Nipperdey, Introd. aux Annales, 4^ éd. p. xxxiij. M. G. semble à peine connaître cette excellente peinture du style de Tacite, bien supérieure pourtant à la sèche analyse de Bœtticher.) Il aurait aussi, très-probablement, donné un autre nom à la variété. C'est bien plutôt d'asymé- trie qu'il faudrait parler; les exemples qu'on en donne prouvent que c'est là ce qu'on entend. (E. Wœlfflin, Philologus XXV, p. 121 suiv. propose uariatio au lieu de uarietas.) Enfin, cette asymétrie même, et en général la nouveauté, et la brièveté (ou, pour mieux dire, la concision) et la couleur poétique auraient été subordonnées plutôt que coordonnées à la couleur oratoire, quand on aurait vu comment c'est partout et toujours la préoccupation de l'effet qui guide la plume de Tacite. Car il faut bien le reconnaître, Tacite, en devenant historien, n'a pas cessé d'être orateur, ou du moins ancien élève de l'École de rhétorique. I . Si du moins il nous est permis d'en juger par la Grammaire élémentaire publiée chez E. Belin. Il nous a été impossible de nous procurer la Nouvelle grammaire de la langue latine qui doit paraître chez Garnier frères. I l8 REVUE CRITIQUE Le choix des observations que M. G, présente dans chaque chapitre est, en général, assez heureux. Pourtant, on aimerait à connaître les motifs qui l'ont dirigé, soit dans bien des cas particuliers, soit surtout en principe. Pourquoi nous parle-t-on de Perseus et Orpheus, et non de tous les noms propres en es, si fréquents chez Tacite? de l'imparfait en ibam et non de -aram, -arim, -asse, etc. ? de ceîerum (mais) et non de iaxta (également) ? pourquoi ne trouve-t-on rien sur les nombres, rien sur les pronoms? Mais surtout, en vertu de quel principe M. G. cite-t-il tantôt des formes ou des tournures propres à Tacite seul, tantôt de celles qui se retrouvent chez un ou deux autres auteurs, tantôt de celles qui sont communes à tout son siècle (p. 14, inuidere avec l'ablatif, v. Quint. IX, 3, 1; p. 34, ab epistolis, etc., titres très-fréquents, surtout dans les inscriptions, et que Tacite d'ailleurs cite comme tels), ou même à toute la litté- rature latine (p. 31, § 122, nam avec ellipse, etc.)? On pouvait, sans doute, montrer comment le goût de Tacite se manifeste dans le choix qu'il fait entre plusieurs manières possibles de s'exprimer; mais du moins eût-il fallu marquer nettement ces différents degrés d'originalité, et c'est ce que M. G. nous paraît avoir fait d'une manière trop irrégulière. Qu'il nous soit permis de terminer par quelques critiques de détail. Dans les quatre pages consacrées à la lexicographie, nous relèverons seule- ment l'abus que M. G. fait, après Sirker, mais encore plus que lui, du mot de contraction. Il se trouve six fois en une page et quelques lignes, et deux fois pour le moins il est employé à faux. Sans doute, le génitif en i des substantifs en ius et m/72, et très-probablement (Corssen, Ueber Aussprache, etc., Il*, p. 72$ suiv.) le gén. plebi sont contractés. On pourrait de même voir dans Persi l'i long équi- valent à ei contracté de eï comme dans Pelei, Promethei. Quant à l'imparfait de la 4'' conj. en ibam, qui était encore considéré par Bopp (Vergl. Gramm. IP, p. 404 suiv., trad. de M. Bréal, vol. III, p. 1 57, en note) comme contracté de iebam, il ne l'est plus aujourd'hui (Corssen, Krit. Beitrsege, p. 539; Ausspr. IP, p. 736; H. Merguet, Die Entw. d. lat. Formenbildung, p. 207 suiv.), et ne doit pas l'être, puisque ibam est plus ancien, et conforme à l'analogie des autres conjugaisons. Peut-être M. G. pense-t-il à la contraction présumée à laquelle sont dus l'a de la première conjugaison, Vë de la deuxième et l'ï de la quatrième. Cependant, l'origine de la forme en iebam est trop incertaine pour qu'on puisse expressément en distinguer l'autre par cette dénomination d' « imparfait con- tracté». Mais l'abus de langage devient excessif, quand on parle de con- traction dans les génitifs deum, nummum, etc. (forme plus ancienne que deorum^ etc., et d'une origine différente) et dans salutantum, etc. (confusion des radicaux en / et de ceux qui se terminent par des consonnes). Dans les parties suivantes, plusieurs observations n'ont pas trouvé leur vraie place. Ainsi, p. 5, dans Ann. XIV, 26, ce n'est pas comme nom collectif que pars est suivi du verbe au pluriel, mais c'est parce qu'il faut sous-entendre trois fois alla pars. — P. 7, falsum renidens, adjectif quahfiant le verbe au heu d'un adverbe qui le modifie (comp. le toruum et furiale renidens de Silius, le dulce ridenîem d'Horace) ne peut être rangé dans la même rubrique que uulnus pauens, etc. Sa place était au § 102, p. 27. d'histoire et de littérature. nç Dans un ouvrage destiné aux commençants, et où les citations sont relative- ment si rares, on n'aurait dû en admettre que de tout à fait incontestables. Mais en bien des endroits, l'explication donnée par M. G. aux passages qu'il cite est douteuse, et en quelques-uns elle est fausse à nos yeux. Ainsi, p. i, § i, dans Germ. 28, plusieurs interprètes, depuis Juste Lipse jusqu'à Schweizer-Sidler entendent par conditoris sui Agrippa, et non pas Agrippine. Par contre, au ch. 7, uagitus infanîium contraste d'une façon singulière avec l'idée d'appeler sanc- tissimi testes, maximi laudatores, ces mêmes infantes! — P. 28, § 107. On ne peut pas dire que et soit mis pour aut dans Agr. 1 2 nec (solem) occidere et exsur- gere sed transite, les deux premiers de ces verbes formant une seule idée opposée à transite. Cicéron ou n'importe quel auteur aurait mis gf aussi bien que Tacite. — P- ? 3> § n 5- Hist. I, 8, est un passage dont le texte même n'est pas incontesté (de même que p. J , § 9, Hist. 1, 1 2, eodem auctu; p. 6, Ann. XIV, 20, et d'autres). Nous croyons que M. G. a bien fait de conserver la leçon du ms. noluisset, mais nous pensons que son interprétation n'est pas la vraie. Les soldats de Virginius craignaient d'être suspects à Galba, parce qu'ils ne s'étaient décidés que lentement à abandonner Néron, et que Virginius ne s'était pas tout de suite prononcé pour Galba ; c'était une question de savoir si Virginius n'avait vraiment pas voulu du trône (an imperare noluisset dubium) ou s'il l'avait refusé par prudence , de sorte que ce refus ne pouvait faire pardonner à l'armée ; mais il n'était pas douteux que les soldats le lui avaient offert (delatam ei a milite imper ium conueniebat), de sorte qu'ils avaient raison de craindre. On voit que ce n'est pas un exemple de an affirmatif. — P. 43, §171. Hist. I, 64 Çprope exarsere, ni admonuisset) est bien certainement elliptique. M. G., qui le nie, s'est laissé prendre à sa propre traduction. En latin, il y a : ils en vinrent presque au combat (et ils en seraient venus là en réalité, devons-nous ajouter), si Valens ne les eût avertis. Quant aux passages suivants, comme M. G. renvoie à son commentaire sur l'Agricola, nous attendons pour juger que cet ouvrage ait paru. En fait d'orthographe, on ne peut prévoir encore quel principe M. G. adoptera dans son édition. Mais il nous paraît difficile qu'aucun principe justifie millia (p. 5), annulas (p. 37) et surtout concio (ibid.). -sic/i hi Enfin quelques fautes d'impression fâcheuses : p. vj et p. 2, Zirker (lisez Sirker); p. 7, § 18, trirèmes (1. triremis); p. 9, Bœttiger (\. Bœtticher); p. 48. Hist. 3, 38 (l. 3, j8). Max Bonnet. 38. — Ueber die Marienklagen. Ein Beitrag zur Geschichte der geistlichen Dich- tung in Deutschland. Von D' Anton Schcenbach. Graz. Leuschner et Lubensky (Fest- schrift der le. k. Universitaet in Graz). In-4', 82 p. — Prix : 5 fr. 35. Cette excellente dissertation éclaire un point jusqu'à présent fort obscur de l'histoire de la poésie pieuse allemande. Au moyen-âge on rencontre souvent, soit isolément, soit intercalées dans les grands mystères de la Passion, des varia- tions de ce thème : les lamentations de la Vierge au pied de la croix. M. Schcen- bach montre que toutes ces compositions ont la même source, un hymne latin, 120 REVUE CRITIQUE composé en France au xii* siècle, et plusieurs fois publié {Planctas ànte nescia), et qu'elles se sont variées presque à l'infini à cause de leur popularité même. Il redresse chemin faisant un grand nombre d'erreurs plus ou moins graves com- mises à ce sujet par les critiques qui l'ont précédé. En appendice il donne plu- sieurs textes inédits. — L'auteur ajoute en terminant qu'il ne méconnaît pas l'im- portance des formes françaises et anglaises du Planctus, mais que les matériaux nécessaires pour une étude approfondie sont encore trop peu accessibles. Quand ils seront mis à la portée des travailleurs, il sera en effet intéressant de soumettre à un examen comparatif le développement du Plancîus dans les diverses littéra- tures; il faudra, pour compléter ce travail, y joindre l'étude des sources latines du Planctas lui-même, et suivre depuis l'origine l'histoire du rôle attribué à Marie dans le drame du Calvaire et des sentiments sous l'empire desquels il s'est trans- formé. 39. — Histoire du dépôt des Archives des Affaires étrangères, par Armand Baschet. Paris, Pion, i vol. in-S", xxviij-590 p. — Prix : 10 fr. « Ces archives, dit M. B. dans sa préface (viij), n'ont pas encore eu dechro- » niques. Leurs annales n'ont pas été produites. Nous avons essayé d'être ce » chroniqueur, nous avons tenté d'écrire ces annales. » M. B. définit ici très- bien la nature du travail auquel il s'est livré. Il raconte comment et par qui le dépôt des Affaires étrangères a été formé, en quels lieux il a été installé, quels déplacements il a subis, quelles personnes en ont eu la garde, quelles acquisitions l'ont enrichi, de quelle manière enfin il est organisé. C'était un travail long et difficile; les sources en étaient disséminées en maint endroit différent, mais M. B. sera récompensé des peines qu'il s'est données par le service réel qu'il rendra aux historiens. Il est en effet moins difficile de pénétrer dans ce dépôt fameux que de savoir comment y diriger ses recherches. De ce chef, les découvertes de M. B. sont d'un très -grand prix; son travail mérite d'être tout particulière- ment signalé à l'attention des chercheurs. — M. B. a pris soin de faire connaître ses sources ; les notes de son livre sont donc déjà par elles-mêmes remplies d'indications très-intéressantes. Il classe ces sources de la manière suivante : 1" l'incomparable «fonds français» des manuscrits de la Bibliothèque nationale; il mentionne en particulier les recueils de Clairambault, les papiers de l'abbé Le Grand et le « petit fonds » de Bréquigny; 2° les Archives nationales et spéciale- ment les papiers de la surintendance des bâtiments; 3° les Archives du départe- ment de Seine-et-Oise ; 4" les Archives des Affaires étrangères où il a fait des recherches sur une période qui s'étend de 1 547 à 1748; 4" des papiers qui lui ont été communiqués par M. Henri Bordier, entre autres deux Mémoires précieux l'un de Sémonin, daté de septembre 1792, l'autre de Gaillard, daté de fructidor an XII. — M. B. suit l'ordre chronologique. Il prend pour cadre l'histoire des ministres qui ont contribué à la constitution du dépôt et celle des archivistes qui en ont eu la garde. Il arrive quelquefois que le cadre déborde sur le tableau et que M. B. ne résiste pas au désir d'ouvrir au public ses portefeuilles de notes. d'histoire et de littérature. tai Il s'est arrêté par moment à des faits qui n'avaient qu'un rapport assez indirect avec son sujet et il en est résulté un excès d'abondance, je ne sais quoi de touffu, qui arrête en certains passages le lecteur; mais il faut reconnaître que ces temps d'arrêts, en des régions si peu explorées, sont rarement sans profit. Dans V Introduction, M, B. résume l'histoire des papiers diplomatiques de la France, jusqu'à l'année 1661, époque à partir de laquelle on a commencé à les classer aux Affaires étrangères. Jusque-là ces papiers restaient entre les mains des familles des secrétaires d'État et des diplomates : un grand nombre de ces documents ont été retrouvés plus tard, par occasion, et ce n'est pas la partie la moins utile du livre de M. B. que l'histoire des collections particulières qui sont venues enrichir le dépôt des Affaires étrangères. La première partie contient l'histoire du dépôt à Paris sous le ministère du marquis de Torcy jusqu'à la translation à Versailles sous les ministères des ducs de Choiseul et de Praslin, 17 10-1763. — Pendant cette période les biographies de Le Dran (17 30- 1740) et de l'abbé de La Ville (1740- 1746), gardes du dépôt, présentent un intérêt particulier. L'un et l'autre sont, avec des traits un peu différents, des types de ces admirables serviteurs de l'État qui firent la force de la monarchie et l'honneur de l'ancienne France. — La deuxième partie s'étend de 1763 à 1796; c'est l'histoire du dépôt à Versailles. — La troisième partie part de 1796, date de la translation du dépôt à Paris et conduit le lecteur jusqu'en 1874. On y remarque un portrait de d'Hauterive, dont le livre d'Artaud de Montor avait déjà fait connaître la physionomie grave, sévère et profondément respectable. — A travers ces chapitres très-remplis de faits et de documents, nous nous sommes surtout arrêté à l'histoire des acquisitions successives faites par le dépôt et aux rensei- gnements relatifs à l'Académie politique fondée par M. de Torcy. Les collections du dépôt des Affaires étrangères se composent surtout des correspondances diplomatiques, rapports des agents à l'extérieur, dépêches du département, mémoires rédigés soit par les agents soit par les ministères, lettres particuHères des agents et des ministres, pièces annexées aux correspondances des uns et des autres. A partir de l'année 1661 ces correspondances sont divisées par puissance et classées par ordre chronologique. En outre le dépôt s'est enri- chi de collections diverses : les unes contenaient des correspondances diploma- tiques, et ces correspondances ont dû être au moins en grande partie versées dans les collections générales du dépôt (p. 570); les autres contenaient des pièces historiques, des mémoires, des travaux rédigés au moyen de documents diplomatiques par des agents du ministère. Les catalogues découverts par M. B. et les indications rassemblées par lui peuvent servir de guide à travers ces nombreuses collections. Mais M. B. n'est pas en mesure d'affirmer que toutes les pièces qui ont été acquises par le dépôt ou qui, d'après les documents qu'il a dépouillés, pourraient s'y trouver, s'y trouvent en réalité. Certaines collections ont été distraites en faveur d'autres dépôts, M. B. l'indique lui-même (p. 191, 272, 461); des papiers ont été restitués à des particuliers (p. 161). Quoiqu'il en soit, les notes très-nombreuses et très-détaillées de M. B. seront certainement très-utiles à consulter. — Il indique comment les collections étaient distribuées 122 REVUE CRITIQUE en 1792 (p. 277); comment elles le furent en 1804 (p. 425), comment enfin elles le sont aujourd'hui (p. 567). — Il n'a pas cru devoir dresser une table, une sorte de catalogue — in partibus — des documents qui, d'après ses recherches, doivent ou peuvent se trouver au dépôt. Voici, à défaut de cette table, un aperçu très-sommaire des renseignements que fournit le livre de M. B. I. Travaux de classement commandés par M. de Croissy en 1679, p. 77. — II. Inventaire fait en 1679 et intitulé : Recueil de toutes les négociations, lettres, mémoires des ambassadeurs et ministres du roi dans les pays étrangers avec diverses autres pièces concernant les affaires étrangères depuis l'année 1661, p. 80 (pièce produite par Nicolas Clément, de la bibliothèque du roi, chargé de ce classement: Bibl. nat. Registre n'* 1 5 1 de la collection de Bréquigny). — III. Catalogue des manuscrits de la bibhothèque de M. Parayre, ancien premier commis des Affaires étrangères sous MM. de Brienne, de Lyonne et de Pomponne, acquis, sauf peut- être quelques articles, par le dépôt, p. 86 (Bibl. nat. manuscrits, fonds latin, registre n° 10595). ~ ^^- Extraits d'un inventaire des papiers du cardinal de Richelieu (acquis en 170$) dressé en 171 1 par l'abbé Le Grand sur l'ordre de M. de Torcy, p. 147 (Bibl. nat. Mélanges de Clairambault, volume n° 671). — V. Papiers saisis chez M. de Cellamarre, indications vagues, p. 172. — VI. Mémoires politiques et Histoire des Traités, commencés par Saint-Prez, chef du dépôt, mort en 1720, p. 173, mention. — VII. Papiers du président de Mesmes, indication générale p. 192, Mémoire sur ces papiers p. 212, Catalogue des manuscrits choisis dans cette collection pour les Affaires étrangères, p. 214 (Bibl. nationale). — VIII. Papiers de Loménie de Brienne, évèque de Coutances, acquis en 1732, p. 192, mention. — IX. Papiers de Mazarin, mention, p. 192 et 232, classement, p. 224 (Bibl. nationale). — X. Papiers de Bouthillier, de Chavigny, p. 192 et indications p. 227 d'après la Bibliothèque historique de la France. — XI. Papiers de Law, mention, p. 209. — XII. Papiers de Lorraine. Papiers du cardinal de Fleury, mention, p. 271-272. — XIII. Mémoires et travaux de Le Dran, garde du dépôt, p. 317, 3i8_, 319, 427, 564. — XIV. Papiers de Durand de Distroff, garde du dépôt, mention, p. 350. — XV. Papiers de Tercier, p. 353. — XVI. Travaux de Bréquigny, p. 360. Mémoires écrits par Prieur pour Louis XVI sur l'histoire diplomatique de 1748 à 1775, p. 366. Note pour le commissaire des relations extérieures, 22 août 179$, men- tionnant divers mémoires, p. 394. — XVII. Papiers acquis pendant la Révolution, p. 407, 411, 426. —XVIII. Notes d'Anquetil sur ses recherches au dépôt, p. 416. — XIX. Détails sur les papiers de Soulavie, 462-472. Quelques exemples montreront toute l'importance de ces documents. Ainsi les travaux d'histoire diplomatique composés sur les pièces originales par les gardes du dépôt, pour l'instruction des diplomates, souvent pour renseigner le roi et ses ministres doivent présenter à ceux qui étudient l'histoire les ressources les plus précieuses et les plus inattendues. Non-seulement on doit trouver dans ces Mémoires des indications sur les pièces que contient le dépôt, mais encore des données sur la manière dont les contemporains les mieux informés des desseins de l'État, considéraient l'ensemble de la politique européenne : on doit découvrir d'histoire et de littérature. 12} là ce que les dépêches mêmes ne donnent pas — ce que l'historien ne retrouve que par un effort d'induction — le lien des pensées, l'enchaînement des faits, l'esprit général de la politique. Aussi M. B. nous dit (p. 173) que Saint-Prez travailla jusqu'à sa mort, 1720, à une Histoire des Traités, il nous indique (p. 1 69) que Dubois demanda en 1 7 1 8 à ce savant diplomate un mémoire sur ses projets d'alliance avec l'empereur et le consulte sur la question de savoir s'il n'y a pas quelquefois avantage à s'allier avec l'adversaire de la veille « lorsqu'on ne peut » rien de plus efficace contre un ennemi puissant et armé dans le tems qu'on » n'est pas en état de lui résister, que de l'arrêter, le désarmer et se donner » le tems dont on a besoin pour rétablir ses forces, — Je voudrais, écrit » Dubois, savoir les maximes et les exemples des nations anciennes et modernes » qui peuvent autoriser cette conduite. » — Nous trouvons (p. 317) parmi les titres des ouvrages de Le Dran : une Histoire de la négociation du Traité de Turin, août et octobre 1696, qui forme un volume de 407 p.; une Histoire de la négociation pour la paix de Ryswick en 1 697 ; une Histoire de la négociation des Traités de paix conclus aux congrès de Rastadt et de Bade en 1714e/ 1 7 1 5 . — Nous signalerons encore (p. 336) un Précis historitjue de toutes les négo- ciations de la France avec les différentes puissances de l'Europe depuis la paix d'Aix-la-Chapelle en 1748, continué jusqu'à l'année 1776, par l'ordre de MM. de Vergennes et de Montmarcis, et destiné à mettre Louis XVI au courant des affaires diplomatiques. — Au moment où la Commission des archives récem- ment instituée au ministère des Affaires étrangères paraît diposée à encou- rager les études historiques et à ouvrir plus largement le dépôt aux hommes d'étude, M. B. leur rend un service inestimable en leur faisant connaître des ouvrages dont personne avant lui — au moins dans le public — ne parais- sait soupçonner l'existence. Il serait possible même que plusieurs de ces travaux et mémoires fussent dès maintenant en état d'être publiés, moyennant certains accommodements et compléments nécessaires. Dans tous les cas c'est une mine à explorer et très-probablement une mine féconde pour ceux qui l'exploiteront. — Nous pourrions multiplier les exemples. Nous renvoyons le lecteur au livre de M. B., que nous ne prétendons pas analyser ici dans son entier et dont nous ne désirons que faire connaître l'utilité. Arrivons à l'histoire de l'Académie politique fondée par M. de Torcy. M. B. a puisé ses documents à ce sujet dans le registre n" 668 des Mélanges de Clairam- bault (Bibl. nationale). M. de Torcy est le véritable fondateur du dépôt des Affaires étrangères. Mais il ne voulait pas se borner à conserver les documents, il voulait en tirer parti. Ce ministre de Louis XIV avait à ce sujet des idées que l'on considérerait peut-être encore aujourd'hui comme assez hardies et comme empreintes d'un dangereux esprit d'innovation. Il avait rédigé en 171 1 un Projet d'estude; on y lisait : « Ce n'est pas assez d'avoir bien fortifié une place, de » l'avoir remplie de toutes sortes de munitions de bouche et de guerre, si on n'y » met du monde pour la défendre. Ainsi il ne suffit pas d'avoir ramassé grand » nombre de mémoires, de dépêches, de papiers, de les avoir mis en lieu où ils ne » se puissent perdre, il faut encore former des hommes pour s'en servir. » 124 REVUE CRITIQUE C'était l'objet de V Académie politique. Elle était destinée à faire l'éducation des futurs diplomates. M. de Torcy leur souhaitait de rares qualités, mais surtout des qualités sérieuses. « Quant au caractère d'esprit que je demanderais, j'avoue » que j'aimerais mieux, du côté de la vivacité, qu'ils en eussent moins que plus, » pourvu qu'ils fussent laborieux et qu'ils ne fussent pas des portefaix de litté- » rature qui, chargés de grec, de latin, d'histoire, ne savent faire aucun usage » de leurs connaissances. De l'autre côté, ces esprits si vifs prennent si souvent » à gauche, subtilisent si fort que, cherchant partout à faire paraître qu'ils en » savent plus que d'autres, ils ne finissent jamais rien. Nous avons eu deux » hommes employés dans les Affaires étrangères d'un mérite extraordinaire : ce » sont le cardinal Dossat et le président Jeannin: Ni l'un ni l'autre n'étaient de » naissance. Quelques-uns même ont cru que le premier était bâtard On » doit proposer sans cesse ces hommes incomparables pour modèle à ceux qui » doivent être employés pour le service du roi dans les Affaires étrangères, et » leur faire connaître qu'en se conduisant avec sagesse, en travaillant sans » relâche et avec application, en servant fidèlement, il n'est rien où un homme » habile ne puisse parvenir. » Quant aux études que M. de Torcy prescrivait aux élèves de son Académie, le plan n'en est pas moins intéressant ; il montre chez ce ministre des vues tout aussi élevées, tout aussi inattendues , disons le mot, tout aussi modernes. Il signale en même temps chez les contemporains de M. de Torcy des travers d'esprit que nous déplorons encore aujourd'hui. « On ne saurait trop s'attacher à » les préserver ou à les guérir d'un défaut commun à toute notre nation qui est » de ne pouvoir goûter ni approuver que nos manières et de blâmer celles de » tous les autres pays. Rien ne nous rend plus odieux et plus insupportables » parmi les étrangers. Il serait à désirer, non-seulement qu'ils sussent le droit, » mais qu'il y eût à Paris ou ailleurs quelque professeur de droit public. » Mais par droiî public, Torcy n'entend pas, comme on le faisait de son temps et comme on le fait encore trop souvent aujourd'hui, de vaines spéculations sur la consti- tution idéale d'États imaginaires ou sur le droit des gens abstrait de peuples perfectionnés. Par esprit politique, il s'élève au sentiment de la véritable méthode, de la seule qui soit vraiment féconde et bienfaisante en ces matières et il écrit : « L'étude du droit public ne donnant que des notions générales, elle » suppose ou demande beaucoup d'autres connaissances et principalement celle » de l'histoire moderne des traités de paix et des langues. » Cette étude ne doit pas remonter au delà du règne de Louis XH. Torcy conseille l'étude des pièces originales et de divers ouvrages étrangers. Son projet d'Académie et d'étude achevé, il consulta ses conseillers des Affaires étrangères, et M. B. nous donne (p. 129) un aperçu de leurs observations qui sont fort intéressantes. Comme complément à l'Académie, Torcy avait conçu le projet d'un Corps d'histoire formé d'après les papiers des Affaires étrangères et commençant en 1660. « Dans cet ouvrage, disait-il, on expliquerait les traités que la France a » faits non-seulement avec ses voisins, mais avec les États plus éloignés Les » raisons qui l'ont fait prendre part aux affaires, soit du Nord, soit d'Italie où d'histoire et de littérature. 125 » elle s'est intéressée. Je crois qu'une bonne histoire du ministère du cardinal » de Richelieu, de celui du cardinal de Mazarin, et du commencement du règne » du roi, où l'on s'appliquerait moins à raconter des faits, à décrire des batailles » qu'à découvrir la source et la cause des mouvements et des guerres dont » l'Europe a été agitée pendant le dernier siècle, pourrait donner une grande » connaissance de ce que je souhaiterais sur cela. » Le Corps d'histoire ne devait cependant pas être une suite de discours, et ce n'est pas précisément l'histoire à la Montesquieu que désire M. de Torcy. Il était grand chercheur et collection- neur de documents, il tenait qu'en « fait d'affaires on ne peut travailler que » papiers sur table, » et il voulait que l'histoire fût un instrument de travail pour ses diplomates. Il conseillait donc de mentionner dans l'histoire des négo- ciations, les dépêches, les pièces publiques, proclamations, harangues, actes, « même certains écrits fugitifs qui donnent de grandes lumières sur des matières » qui ne se trouvent pas assez expliquées dans les dépêches. » — On devait commencer le travail par un dépouillement consciencieux des pièces ; puis, cela fait, les historiographes devaient en conférer entre eux. L'histoire de toute négo- ciation devait être précédée d'une introduction. « On examinera l'état de la » France, celui des pays où la négociation a été conduite, les guerres dont elle » avait été précédée, celles qui duraient encore, leurs causes et leurs principaux » événements, le génie du prince, celui de ses ministres et les dispositions de la » nation. » Enfin Torcy donnait aux futurs historiographes ce précieux aver- tissement : « Ceux qui sont employés à ce travail sont trop éclairés pour s'ima- » giner, comme font quelques curieux, que tout est dans les dépêches et qu'on » doit douter d'un fait qui ne s'y trouve point. Il y faut chercher l'histoire » secrète; les événements publics se doivent tirer d'ailleurs; mais on peut enri- » chir et éclaircir sa matière par des circonstances que le public a ignorées et » qui ont été connues par l'ambassadeur. » L'/lc^^em/e /)o////^ug fut installée en 1712, sous la direction de M. de Saint- Prez; elle se composait de six jeunes gens rémunérés chacun de mille livres, et de six attachés libres. Elle disparut en 1720, sans avoir, il faut le reconnaître, donné de grands résultats. M. de Torcy avait quitté le ministère en 171 5 et n'avait pu surveiller le développement de son œuvre. Or, en pareille matière, l'application est plus malaisée et exige presque plus de talent que la conception même de l'entreprise. Cependant on peut citer parmi les élèves de l'Académie MM. de Chavigny et d'Argenson. Enfin c'est des travaux prescrits par M. de Torcy que sortit l'Histoire des traités de Henri IV à la paix de Nimègue, écrite par Saint-Prez et publiée à La Haye en 172 5. — Au dire de Marmontel, le car- dinal de Bernis reprit un instant l'idée d'un cours de diplomatique (p. 309), mais cette idée n'aboutit pas. — Un arrêté du 9 floréal an VIII (29 août 1800) fit renaître l'établissement des élèves politiques, sans plus de succès (p. 433). Plus tard on songea à faire des bureaux des Archives une sorte de préparation à la carrière diplomatique, mais cet essai, conçu sans méthode, exécuté sans résolu- tion, demeura sans résultat. L'école d'administration de 1848 parlait d'une con- ception trop abstraite de la politique, et, bien qu'elle ait fourni à notre diplomatie 126 REVUE CRITIQUE un de ses agents les plus distingués, elle ne répondait que très-incomplètement à l'objet que s'était proposé M. de Torcy. Enfin la section de diplomatie à l'école libre des sciences politiques (1872) est le premier essai d'un enseigne- ment complet et méthodique, uniquement fondé sur les sciences historiques, et destiné à fournir aux futurs diplomates les connaissances qui leur sont néces- saires. A. SOCIÉTÉS SAVANTES. ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. Séance du 1 2 février 1 87 5 . Un rapport de M. le secrétaire perpétuel fait connaître les progrès des divers travaux de l'académie pendant le second semestre de l'année 1 874. M. de S** Marie envoie cent nouveaux estampages d'inscriptions sémitiques (n°^ 801 à 900), avec la copie d'une lettre au ministre de l'instruction publique dans laquelle il signale celles de ces inscriptions qui présentent le plus d'intérêt. Une circulaire relative à un congrès international des américanistes est adressée à l'académie. M. Th. H. Martin continue la lecture de son mémoire intitulé : Hypothèses astronomiques des philosophes grecs, de l'école d'Ionie et d'autres écoles, qui n'admettent pas la sphéricité de la terre. — Il achève d'exposer le système cosmographique de Thaïes de Milet. Thaïes considérait les astres comme des corps de nature ter- restre, mais incandescents, qui sortaient de la mer le matin et y redescendaient le soir. Il savait que la lune est plus rapprochée de la terre que le soleil, et qu'elle produit les éclipses de cet astre en s'interposant entre lui et la terre. Mais quoi qu'en dise Stobée il paraît avoir ignoré la cause des éclipses de lune, et n'avoir pas su que la lune emprunte sa lumière au soleil. Il est faux aussi, probablement, qu'il ait professé une opinion sur la dimension relative des astres, dont personne ne paraît s'être occupé avant Anaximandre. Il expliquait les mouvements des astres par l'âme divine, principe du mouvement qu'il supposait répandu dans tous les corps. Il admettait probablement que l'eau, sur laquelle il faisait reposer la terre, avait une étendue infinie, tant dans la direction horizontale qu'en profon- deur. — Anaximandre de Milet, dont M. Martin parle ensuite, prit comme Thaïes la cosmographie poétique et populaire des Grecs pour point de départ de son système. Mais il eut le mérite de s'en écarter, d'une part en considérant la terre seulement comme une petite partie de l'univers visible, de l'autre en ne cher- chant pas comme Thaïes à lui donner un support, solide ou liquide, qui eût paru devoir faire obstacle au mouvement nocturne des astres. Il s'égara complètement en voulant déterminer la dimension des corps célestes. Il comprit ainsi que Thaïes que la lune était plus près de la terre que le soleil, mais il crut comme lui que la terre était un disque et que la lune avait une lumière propre. M. Martin lui reproche aussi d'avoir considéré les astres comme des feux revêtus d'une enve- loppe opaque qui ne laissait passer la lumière que par un étroit orifice, et d'avoir d'histoire et de littérature. 127 expliqué les éclipses, les phases de la lune, par des rétrécissements de cet orifice. Ouvrages offerts à l'académie : Th. H. Martin, Astronomie grecque et romaine (extr. du Dictionnaire des anti- quités grecques et romaines de MM. Daremberg et Saglio); Lassen, Indische Alterthumskunde, t. 2 ; Das Buch der Jubilàen oder die kleine Genesis etc. herausgegeben von Herrmann Rônsch ; Records of the past, traductions de textes assyriens et égyptiens, publ. par la Société d'archéologie biblique, 3 vol. ; Filopanti, Indication de quelques nouvelles idées scientifiques exposées dans son ouvrage « LWniverso », Bologne 1875; Diverses revues, etc. . ' M. de Longpérier présente de la part des auteurs les ouvrages suivants : 1° un nouveau fascicule de la traduction de Ma-touan-lin par M. Léon d'Her- vey, dans lequel se trouve l'histoire de la Corée du 7* au 12^ s.; M. de Long- périer signale de curieux détails sur les soins que le gouvernement de la Corée prenait aux 10" et 1 1* siècles pour répandre l'instruction dans ce pays, et sur les négociations qu'il engageait avec les empereurs de la Chine pour obtenir d'eux des dons de livres imprimés ; 2° Mélanges d'épigraphie et d'archéologie sémitiques, par M. Joseph Halévy. M. E. Le Blant lit un mémoire intitulé Les larmes de la prière. Il signale un sarcophage d'Arles sur lequel sont représentés deux hommes prosternés au pied du Christ, et deux autres debout de chaque côté qui couvrent leurs yeux d'un linge. C'est là la représentation d'un usage constant des premiers siècles du christianisme : on pleurait en priant. On trouve déjà cet usage dans la Bible et dans l'antiquité païenne, mais il prit une force plus grande dans le christianisme, o\i il s'autorisait de l'exemple même des larmes du Christ. Les larmes étaient considérées comme la marque de l'assistance de Dieu; tant qu'elles duraient, on ne devait pas cesser de prier. Sans elles la prière était incomplète; aussi s'eflforçait-on de les provoquer, fût-ce en affaiblissant le corps, et c'était là l'un des objets du jeûne. On en avait tellement l'habitude qu'un acte du j^ siècle ordonne que lors de l'ouverture d'un concile, le peuple se mette en prières, et répande des larmes. Au reste l'usage de pleurer en priant s'est continué après l'antiquité, pendant le moyen âge, et n'a entièrement disparu que dans les temps modernes. — Là comme partout, dit M. Le Blant, l'exagération a eu sa part. On faisait plus que pleurer, on poussait des cris et des gémissements : les pères emploient plusieurs fois, pour désigner ces gémissements, l'expression de mugitus. S. Augustin décrit les transports furieux dont un malade qu'il avait visité accom- pagnait sa prière. Le biographe de S. Julien l'ascète raconte que sur tous ses livres le nom de Dieu se trouvait partout effacé, par les larmes qu'il répandait chaque fois qu'il rencontrait ce nom. — M. Le Blant termine en citant une légende rapportée par Anastase le Sinaïte, au 7* siècle. Un brigand thrace après une vie souillée de crimes, était mort en donnant de vives marques de repentir 128 REVUE CRITIQUE D'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. et en priant Dieu avec des larmes abondantes. La nuit de sa mort, un médecin vit en songe des Éthiopiens et des anges se disputer son âme. Les premiers mirent sur l'un des plateaux d'une balance des papiers où étaient écrits tous les crimes du mort : mais les anges mirent sur l'autre plateau le linge qu'il avait mouillé de ses larmes, et ce linge pesa plus que les papiers accusateurs. M. Guérin termine sa lecture sur la ville de Césarée de Palestine. Il fait l'histoire de cette ville depuis ses premières origines, au temps où elle portait le nom de Tour de Straton, et sa fondation définitive sous le nom de Césarée par Hérode le Grand, jusqu'à sa destruction à la fin du 1 3^ siècle. Il raconte notam- ment les événements remarquables qui s'y produisirent au i"s. de notre ère, les dissensions entre Grecs et Juifs, la mort d'Hérode Agrippa, la fondation de la colonie Julia Flavia par Vespasien, la conversion du centurion Cornélius, le premier gentil qui devint chrétien. Après l'empire romain et la domination musul- mane, M. Guérin indique les vicissitudes de cette ville à l'époque des croisades; conquise en 1 102 par Beaudouin I", reprise en 11 87 par Saladin, puis plusieurs fois prise et reprise par les deux parties, elle fut définitivement détruite par les Arabes en 1 291. Au 12'' siècle c'était encore une grande ville avec un faubourg et une forte citadelle; au temps d'Aboul Féda, au commencement du 14^ siècle, elle était entièrement déserte, il n'en restait que des ruines qui ne se sont jamais relevées. Julien Havet. LIVRES DÉPOSÉS AU BUREAU DE LA REVUE. Von Amira, Erbenfolge und Verwandtschaftsgliederung nach den ait- niederdeutschen Rechten (Munchen, Ackermann). — Bluhme, Die Gens Langobardorum. 2. Heft. Ihre Sprache (Bonn, Marcus). — Brugsch-Bey, Histoire d'Egypte. 2* éd., 1" livr. (Leip- zig, Hinrichs). — Cassiodore, De l'âme, tr. p. De Rouville (Paris, Rouquette). — Das Nibeiungenlied. Schul-Ausgabe mit einem Wœrterbuch, v. Bartsch (Leipzig, Brockhaus). — De Dionysii Thracis interpretibus veteribus scrips. Hœrschelmann. Pars I. (Lips., Teubner). — D'Eichthal, Le site de Troie selon M. Lechevalier ou selon M. Schliemann (Paris, Durand, Pedone-Lauriel ; Maisonneuve). — Fournier, Abt Johann von Viktring und sein Liber certarum historiarum (Berlin, Vahlen). — Claudii Galeni de piacitis Hippocratis et Platonis libri novem recens, et expl. I. Mûller. Vol. I (Lips., Teubner). — Gantrelle, Grammaire et style de Tacite (Paris, Garnier). — — Grùber, Versuch einer Erklaerung der L. 9 § i D. De jure dotium (Munchen, Ac- kermann). — Von Helfert, Der Rastadter Gesandtenmord (Wien, Braumuller). — Hellmann, Das Gemeine Erbrecht des Religiosen (Munchen, Ackermann). ERRATUM. N" 7, p: 102, 1. 31, au lieu de Roudouneau, lisez Rondonneau. Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. ;t; ,Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. 'auf der XXIX. Versammlung deutscher Philologen und Schulmaenner zu Inns- bruck vom 28. Sept, bis i. Oct. 1874 (J. Egger). — Uebersicht der germa- nistischen Vorlesungen an den Universitaeten Deutschlands, Œsterreichs, der Schweiz und Hollands im Wintersemester 1874-75. — Oscar Jaenicke (Joseph Strobl). — Jacob Grimm an Adelbert von Keller. — Denkmal fur Walther von der Vogelweide. — Herrn Walther sanc. (K. Bartsch). — Jacob Grimm (Ders.). — Denkmal fur Hoffmann von Fallersleben. — Personalnotizen. — Berichti- gungen. La Rivista Europea, Février 1875. Busslaieff, Appunti di Mitologia Slava. — La Chiesa e lo stato in Italia. — Patuzzi, Cesare Bettoloni. — Bacci, Giacomo Leopardi (fin), — Notices littéraires et bibliographiques italiennes, françaises, et slaves. Polémique linguistique. Réponse de M. Caix à M. Storm. — Sous la rubrique Notizie letterarie slave nous trouvons de piquantes rectifica- tions à l'étude toute d'imagination de Castelar sur Pouschkine ; et sous la rubrique : Italiani ail' estero une réponse de M. A. de Gubernatis aux articles de M. Ber- gaigne dans la Revue critique. 1875 (j^^^- ^7 ^^ 21), Mittheilungen aus der historischen liitteratur. III* année. N" i. Voy. Rev. crit. 1873. 2*sem. p. 406. — Wollschl/EGEr, Handbuch der vorhisto- rischen, historischen und biblischen Urgeschichte. Leipzig, Spaarmann. In-8°, iv-245 p. (Abraham). — Programmenschau, Alte Geschichte (Foss). Cet article passe en revue des dissertations sur l'histoire ancienne qui accompagnent des programmes de gymnase : Fricke, Die Hellenen in Campanien (Hildesheim); Genz, Die servianische Centurien Verfassung(Sorau); Strenge, Der tendenziôse Charakter des csesarischen Memoirenvom Burgerkrieg(Lunebourg); Luttgert, Das Varusschlachtfeld u. Aliso (Lingen) ; Meyer, Sueven in Flandern (Bnabrùck); Wolffgramm, Cn. Domitius Corbulo (Prenzlau). — Cassel, Morgen u. Abend- land : Kaiser u. Kœnigsthrone in Geschichte, Symbol u. Sage. Berlin, Gûlker. 10-8", iv-152 p. (Stœckert). — Carolingiaca (Foss. Sous ce titre, M. F. examine les ouvrages de MM. Fœrster, Drei Erzbischœfe vor tausend Jahre. Gutersloh, Bertelsmann, In-8", 128 p.; Gegenbauér, Das Kloster Fulda im Carolinger Zeitalter, 2, Buch : Buchonia u. das Grabfeld; B. Simson, Ludwig der Fromme, Cf. Rev. crit., 1874, II, p. 51). — Tobien, Denkwùrdigkeiten aus der Vergangenheit Westfalens, Elberfeld, Hartmann. 2 vol, in-8'', 299 et 83 p. (Feldner). — HoRAWiTz, Caspar Bruschius. Leipzig, Brockhaus. 1874 (Grossmann; cf. Rev. crit., 1874, II, p. 326). — Juste, Guillaume le Taciturne. Bruxelles, Muquardt. In-8'*, 363 p. (Zermelo). — Noorden, Europaeische Geschichte im xviii. Jahrh. : I. Abth. : Der spanische Erbfolgekrieg. 2* vol. Dusseldorf, Buddeus. In-8°, xv-592 p, (Hirsch). — Riemann, Geschichte der Stadt Colberg. Colberg, Post'sche Buchh. $72 et 106 p. (Jungfer). — Wer- nicke, Die Geschichte der neuesten Zeit. Berlin, Paetel. 2 vol, gr. in-8", 492 et 59° P- (Foss). BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en magasin. Alciphron. Lettres grecques, traduites | en français par S. de Rouville. In- 16, 151 p. Paris (Rouquette). Baguenault de Puchesse (G.). I.-a Saint-Barthélémy à Orléans (26 août 1572). In-8", 35 p. Orléans (Herluison). Baumefort (V. de). Cession de la ville et de l'État d'Avignon au pape Clément VI par Jeanne I", reine de Naples. In-8*, 108 p. Apt (imp. Jean). Cartulaire de Marmoutier pour le Du- nois, publié par M. E. Mabille. In-8% Ixi-312 p. Paris (Dumoulin). 7 fr. Casati (C.-C). Notice sur les faïences de Diruta, d'après des documents nouveaux (avec une pi. chromolithog. In-8*, 12 p. Paris (Lévy). Cauvet (J.). L'ancienne université de Caen. Notice historique. In-S", 38 p. Caen (Le Blanc-Hardel). Cazin. Recherches sur les usages et le luxe des anciens dans leurs repas. In-B", 32 p. Caen (Le Blanc-Hardel). Chabouillet. Notice sur un ducat d'or inédit de Borso, marquis d'Esté et sei- gneur, puis duc de Ferrare. In-8°, 1 5 p. Nogent-le-Rotrou (imp. Gouverneur). Charencey (H. de). Essai d'analyse gram- maticale d'un texte en langue Maya. In- 8*, 22 p. Caen (Le Blanc-Hardel). Dechepare (B.). Poésies basques. Nou- velle édit. absolument conforme à la pre- mière de 1545. In-B", 71 p. Bayonne (Cazals). Deladreue (L.-E.) et Mathon. Histoire de l'abbaye royale de Saint-Lucien (ordre de saint Benoît). In-8°, 296 p. et !o pi. Beauvais (imp. Père). Duchâteau (E.). Souvenirs historiques de la ville et du canton de Jargeau. In- 18 jésus^ 178 p. Orléans (Séjourné). Duruy (V.). Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du règne des Antonins. T. 4. In-8*, 489 p. Paris (Hachette). 7 fr. 50 Pabre (A.). Romans et chansons sur Gérard de Roussillon, étude historique et littéraire. In-B", xv-20 p. Vienne (imp. Savigné). Feugère (G.). De Socraticae doctrinal vestigiis apud Euripidem. In-B", 83 p. Paris (Hachette et C''). Froidefond de Boulazac (A. de). Liste chronologique des maires de la ville et de la cité de Périgueux depuis 1200 jusqu'à nos jours, accompagnée de nombreuses notes. Avec une vue de l'ancien Hôtel-de- Ville par M. H. Dupuy, In-8*, 115p. Périgueux (imp. Dupont et C«). Gabourd (A.). Histoire contemporaine, comprenant les principaux événements qui se sont accomplis depuis la révolution de 1830 jusqu'à nos jours, et résumant durant la même période le mouvement social, artistique et littéraire. T. 12. In-8% 49$ p. Paris (F. Didot frères, fils et C«). GabrieL Louis XVI, le marquis de Bouille et Varennes. Épisode de la Révolution française. In-8°, 415 p. Paris (Ghio). Gautier (T.). Portraits contemporains. Littérateurs, peintres, sculpteurs, artistes dramatiques. Avec un portrait de T. Gau- tier, d'après une gravure à l'eau forte par lui-même, vers 1833. In-i8 Jésus, 468 p. Paris (Charpentier et C«). 3 fr. 50 Germain (A.). Pierre Gariel. sa vie et ses travaux, 1584-1674. In-4', 224 p. Mont- pellier (imp. Martel aîné). Gubernatis (A. de). Mythologie zoolo- gique, ou les légendes animales. Trad. de l'anglais par P. Regnaud. Avec une no- tice préliminaire par M. F. Baudry. 2 vol. in-8°, xlj-9 5 5 p. Paris (Durand et Pedone- Lauriel). Lezat (A.). Bourdaloue, théologien et orateur. In-8°, 89 p. Paris (Thorin). Marinier (H.). Un nouveau voyage au Groenland. In-8*, 30 p. Paris (Douniol et C°). Peîletan (E.). Le 4 Septembre devant l'enquête. In- 18 jésus, 343 p. Paris (Pagnerre). 3 fr. Rivière (H. -F.). Histoire des institutions, contenant un essai historique sur le droit public et privé dans cette province. T. !•'. In-8',xxiv-5i8 p. Paris(Marescq aîné). Schmidt (M.). Die Inschrift v. Idalion u. das kyprische Syllabar. Eine epigraph. Studie. Mite. autograph.Taf. In-S", vj- 102 S. lena (Mauke). 8 fr. Zeitschrift fiir Vœlkerpsychologie und Sprachwissenschaft. Hrsg. v. D' M. La- zarus u. Prof. D' Steinthal. 8. Bd. 2. Hft. In-8% S. 129-256. Berlin (Dûmm- ler). 3 fr. 25 Nogent-le-Rotrou. Imprimerie de A. Gouverneur. N' 9 Neuvième année. 27 Tévrier 1875 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS. Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Guyard. Prix d'abonnement : Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Étranger, le port en sus suivant le pays. PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 67. RUE RICHELIEU, 67 Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). ANNONCES En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 67, rue de Richelieu. Le Petit Poucet et la Grande Ourse, i vol. in-i6 , imprimé en caractères elzeviriens. 2 fr. 50 G. PARIS I BiBLid+H'ÈQUl'ÔE l'École des hautes études 20^ FASCICULE. •^ ï T T VT np' T T T 17 IVT Institution oratoire. Collation d'un ms. V^ U 1 IN 1 1 L« 1 iL 1 N du xe siècle, par Emile Châtelain et Jules Le Coultre, licenciés ès-lettres, élèves de FÉcole des hautes études. 3 fr. 1 8® ET 1 9* fascicules précédemment parus : Rn Pr T A ^X PT V R î FT ^^"^^ ^^^ ^^^ ^°"^^^ ^ • LJ LLi l_i/\0 1 Cj;^I r\l IL vicomtes de Limoges antérieurs à l'an 1000. • . , : ^ fr. Ar\ A D IV/r rr Ç nn X7 T^ T7 X? "^^^^^^ ^^ ^^ formation des • L-'/^rviVl IliO 1 I_j 1 JL-irv mots composés dans la langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. 12 fr. Pour paraître très-prochainement : 2i« fascicule. Hymne à Ammon Ra des papyrus de Boulaq, traduit et com- menté par Eugène Grébault, avocat, élève de l'École des hautes études. PÉRIODIQUES. The Academy, N" 144, new séries, 6 février. Desnoiresterres, Voltaire et la Société française au xyiii^ siècle. Voltaire et J.-J. Rousseau. Paris, Didier (E. F. S. Pattison : forme le VP volume de l'Histoire de Voltaire ; art. très- élogieux). — C. I. Hemans, Historié and Monumental Rome. London, Williams and Norgate (C. W. Boase : excellent manuel composé par un archéologue des plus compétents). — C. M. Ingleby, Shakespeare's Century ofPrayse. London, Trùbner (R. Simpson : recueil de matériaux pour une histoire de l'Opinion des écrivains postérieurs à Shakespeare sur cet auteur et sur ses œuvres). — Jahr- bûcher des fraenkischen Reichs unter Ludwig dem Fromraen. Von.B. Simson. Ed. I. (Harry Bresslau; cf. Rev. ait., 1874, II, p. 51). — Ciirrent Literaîure (notes de l'éditeur sur la biographie de Strauss, par Zeller, la grammaire d'éco- nomie politique de Marriott, la 2^ éd. du Mémoire de John Grey, les Œuvres complètes de Sheridan). — Notes and News. — Notes of Travel. — The Late M. Hitzig (T. K. Cheyne). — Paris Letter (G. Monod; notices littéraires). — Correspondence. The first Book printed in Spain (Winand B. G. Jansen), — A Pehlevi Ms. recovered (Max Muller). — Our oldest Manuscript and Who mu- tilated it (P. Le Page Renoue). — Platts, A Grammar of the Hindûstânî or Urdû Language. London, Allen (E. H. Palmer : recommande cette grammaire, malgré ses défauts, comme la meilleure parue jusqu'ici). — Science notes (contient des notes sur la dernière communication de M. de Vogué à l'Académie des inscriptions, relative à l'inscription phénicienne trouvée à Byblos ; sur la publi- cation du manuel d'astronomie d'Aryabhafa, par M. Kern, sur l'Introduction au Nouveau-Testament de M. Hilgenfeld, sur les Jahrbiicher de la faculté de théo- logie de lena). — Meetings of Societies (Soc. de géographie, d'anthropologie, royale de littérature, des antiquaires). The Athenœum, N" 2467, 6 février. Gardiner, A History of England under the Duke ofBuckingham and Charles the First, 1624- 162 8. 2 vols. Longmans and Co. (se distingue par la scrupuleuse minutie des détails). — The Odes of Pindare. Transi, by Ernest Myers. Macmillan and Co. (art. favorable). — Mr. Wilkin's Edition of the «Georgics» (réponse des éditeurs — Bell and Sons — kVartkk deVAthen£um du 23 janvier). — Prof. Ferdinand Hitzig (not. nécrol.), — Sir Philipp Francis in India (R. Garnett). — Bohemian (Slavonic) Manuscript in the Library of Trinity Collège, Cambridge (A. H. Wratislaw). — « Fac-similé Reprints, » — Mr. Finlay (not. nécrol.). — The Tomb of David (Charles Warren). — Orientalia (notes sur divers ms. sanskrits et pra- krits de l'Hindoustan et sur des monnaies).— Literary Gossip. — Societies (Soc. des antiquaires, royale de littérature, d'archéologie britannique^ d'archéologie biblique). -, _^^,j ,;;^„...:' Literarisches Centralblatt, N' 7, 13 février. Capitolare dei Visdomini del Fontego dei Tedeschi in Venezia. Zum erstenmal bekannt gegeben von G. Mart. Thomas. Berlin, Cohn. In-4°, xliij-309 p. — Kaufmann, Die Fasten der spae- teren Kaiserzeit. Gœttingen, Dieterich. In-8°, p. 235-295 (contient: 1° Les Fastes d'Idatius; 2° Les fastes de Ravenne). — Otto, Johannes Cochlaeus der Humanist. Breslau, Aderholz. In-8^ viij-199 p. (cette brochure n'est qu'un avant-coureur de la biographie que l'auteur prépare depuis de longues années). — The Aryabharîya éd. by H. Kern. Leiden, Brill. In-8°, xij-107 p. (impor- tante publication).— CiOFi, Ad. Q^Horatium Flaccum Spécimen observationum. Rom, Druck von Salviucci. In-8% 108 p. (pour la science allemande « ce qu'il « y a de bon » dans cette brochure « n'est pas nouveau, ce qu'il y a de neuf » n'est pas bon »). — Flach, Das System der Hesiodischen Kosmogonie. Leipzig, Teubner. In-8°, viij-134 P- (a^. développé). — Geiger, Petrarka. Leipzig, Dunckeru. Humblot. In-S*, x-277 p. (s'adresse au grand public : in- REVUE CRITIQ^UE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE N* 9 — 27 Février — 1875 Sommaire: 40. Aristote, Poétique, p. p. Vahlen, 2' éd. — 41. Du Mesnil- Marigny, Histoire de l'économie politique des anciens peuples, etc., 2' édit. — 42. FiERViLLE, Le cardinal Jean Jouffroy et son temps. — 43. Voyages de Pero Tafur, p. p. JiMENEz DE LA EsPADA. — 44. Dcux chansons sur le passage en Alsace de l'armée de Navarre en 1 587, p. p. Reuss. — Sociétés savantes : Académie des inscrip- tions. 40. — Aristotelis de arte poetica liber. Iterum recensuit et adnotatione critica auxit lohannes Vahlen. Berolini, Fr.Vahlen. 1874. In-8*, xv-2i6p.— Prix : 6fr. 75. M. Vahlen avait publié en 1867 une édition du texte seul de la Poétique' constitué d'après les remarques qu'il avait faites en quatre dissertations publiées dans les comptes-rendus de l'Académie de Vienne (L, 1865 ; LU, 1866; LVI, 1867) et parues sous le titre de Beitrsge zu Aristoteles Poetik. La seconde édition, dont nous rendons compte, contient les variantes du manuscrit de Paris 1741, et quelques leçons choisies des autres manuscrits, les textes parallèles à certains passages de la Poétique; et elle est suivie du fragment sur la comédie publié par Cramer, des textes d'Aristote {Poliîicjue 1341 a 21, b 32), de Proclus (in Plaîonis remp. p. 360), de Jamblique (de mysteriis 1,11) relatifs à la xaôapciç 7i:aOY3[;i.aT{j)v, et d'un commentaire grammatical et explicatif de la Poétique. M. V. s'est attaché uniquement à la constitution du texte, et il ne s'est pro- posé dans son commentaire que de l'expliquer grammaticalement. On avait déjà entrevu que le manuscrit de Paris 1741 devait être la base du texte, puisque les autres manuscrits n'offraient pas de variante de quelque importance, que par exemple aucun ne donnait nulle part plusieurs mots de suite qui auraient manqué dans le manuscrit de Paris. M. V. qui a eu à sa disposition les collations de 16 manuscrits croit pouvoir affirmer qu'ils sont tous des copies plus ou moins corri- gées du manuscrit de Paris. , :-,i , ,, . Le manuscrit de Paris a été collationné très-exactement et très-minutieuse- ment; M. V. a donné même les fautes d'accentuation. Dans la constitution du texte il s'est tenu le plus près possible du manuscrit, se défiant beaucoup des conjectures proposées par les autres (et en effet il n'en est guère de certaines), un peu moins des siennes propres, disposé à penser que le texte, quand il n'a pas aperçu le premier les difficultés, peut être expliqué tel qu'il nous a été transmis. C'est ce que je vais tâcher de montrer à propos de quelques passages que j'ai particulièrement étudiés 2. i. Voir la Revue critique, i8é8, II, 65. Je crois sans nulle vû/z/'/é que l'auteur de l'article est désigné dans les plaintes amères de M. V. contre les docti homines « qui identidem » diffitentes se editoris mentem perspicere maluerunt superbi videri quam pusilla sumpta » opéra cognoscere et de cognita causa ut aequos judices decet iudicare. » 2. Observations philologiques sur la poétique d'Aristote dsins h Revue archéologique, 1863, XV 9 I ÎO REVUE CRITIQUE En trois passages (1449 b 9, 1453 b i, 1460 a 1 1) les particules [j/ev ouv interprétées suivant l'usage des auteurs et d'Aristote lui-même rappellent quelque chose dont il a dû être traité antérieurement et dont il n'y a plus trace dans le texte tel que nous l'avons. M. V. a objecté {Beiîrage l, 48) que ouv n'est pas toujours une particule de conclusion, qu'on ne saurait par conséquent s'en servir pour admettre une lacune dans le texte et que le premier écrit venu d'Aristote peut montrer par une foule d'exemples, « jede beliebige Schrift des Aristoteles » durch viele Beispiele ùberzeugen kann » combien peu une telle conjecture est fondée. Il répète {Beitr. III, ??8) qu'Aristote emploie ouv pour passer à autre chose dont il n'a pas encore été question, et il ajoute que, pour en citer un exemple, on a ainsi admis, à tort, une lacune dans Hlst. anim. 608 b 19 devant 'Kokz]i.oç, [JL£V OUV. Dans l'index de Bonitz, après qu'il a été question de l'emploi de [xàv ouv au début de l'explication d'une idée antérieurement énoncée, comme dans Top. I, 104. 105 b 21 et ailleurs, on lit (54°) 5^) • " i"<^Ê paullum deflectit » usas, ita quidem ut [xàv ouv usurpetur ubi non e superioribus notio explicatur, » sed prorsus novi aliquid profertur, veluti 'KÔXeixoq [j,6v ojv 608 b 19 » 1460 b 1 1. » On le voit, la foule des exemples se réduit, en dehors de la poétique, à un seul, à celui de l'histoire des animaux. Tant qu'on n'en aura pas produit d'autres, je persisterai à penser qu'Aristote n'a pas employé [ih ouv comme équivalent de M, non par une légère inflexion du sens primitif, mais par un saut brusque à une signification opposée ; c'est là un fait de langage assez extraordinaire pour avoir besoin d'être établi par des textes nombreux, d'une intégrité incontestable : îestis unus, tesîis nullus. En réalité le premier écrit venu d'Aristote peut montrer par des exemples innombrables que oùv rappelle quelque chose d'antérieurement énoncé. Une autre lacune que M. V. s'efforce de nier en interprétant la leçon du manuscrit, c'est celle qu'indique (XXVI, 1462 a 14) le mot e'zeiTa par lequel commence le développement des avantages que la tragédie a sur l'épopée. Aristote établit sa thèse d'abord indirectement, en réfutant l'opinion de ceux qui tenaient la tragédie pour inférieure à cause de la mimique exagérée des acteurs. Il fait deux réponses à l'objection : Premièrement (xpwtov [xàv 1462 a 5) ce reproche tombe non sur la tragédie elle-même, mais sur la manière dont elle est jouée; en outre (Iti 1462 a 1 1) la tragédie n'a pas besoin d'être jouée pour produire son effet. Ensuite (è'xeixa 1462 a 14) la tragédie l'emporte (il manque quelque chose comme otaçépei) parce que etc. S'il n'y a pas de lacune, ^Tteixa est certai- nement altéré; M. Usener corrige lai S' en sous-entendant xpsÎTTwv qui est exprimé dans la phrase précédente : ce qui me semble moins conforme à l'usage que de répéter xpetxTcov en sous-entendant le verbe substantif. Quoi qu'il en soit, M. V. maintient l'intégrité du texte en donnant exsixa comme le corrélatif de TrpwTOV [xh (1462 a 5) : ce qui me semble inadmissible, puisque la preuve indirecte et la preuve directe seraient ainsi confondues, et que c'est ne tenir II, 281-296. Je crois avoir donné le premier dans ces observations l'explication du texte 1457 b 19 qui jusque-là n'avait pas été bien entendu. d'histoire et de littérature. 4|1 aucun compte de Ixi (1462 a i\) qui est évidemment le corrélatif de TtpGixov [/.ev, et qui indique la seconde réponse à l'objection. Il y a dans le passage (V, 1449 b 9) dont nous avons parlé plus haut une autre difficulté qui ne me paraît pas levée par l'interprétation. En effet le manu- scrit de Paris donne : yj \)kv ouv ir^oTzodc/. if^ xpaYwBia [xé/pt [xévou [xéTpou \xe-{iXo^ [xfjAYjaiç £tvai ffzouBatwv i^xoXoûÔYjaev. D'abord on ne comprend pas que l'épopée, qui, de toutes manières, a précédé la tragédie, la suive; les textes cités par M. V. ' ne peuvent établir que àxoXouôetv puisse jamais se traduire par « una » procedere cum ; » suivre ne sera jamais synonyme de marcher avec, ni de s'accorder avec indépendamment de toute idée de succession. Enfin il me semble peu naturel et peu grammatical d'entendre le reste ainsi : « commune epicae » poesi cum tragoedia est solum hoc [jLéxpov [lÀ'^a. (h. e. spatium amplum, fines » ampli), [x([jLY]ot(; elvai, aTOuSaiwv. » C'est un passage qui, comme tant d'autres de la Poétique, laisse entrevoir le sens, mais est altéré de telle sorte qu'on ne peut le restaurer avec vraisemblance. ■- âjàb yiîÊq li-rôr .'jjugdfi'l Ailleurs (IX, 145 1 b ^ i) Aristote, après avoir dit que le poète n'est poète que par l'invention de la fable, ajoute : xâv àpa au[).6r\ Y£Vi5iJi.eva ucteiv, oùOev -^ttov ■JCotYjTifii; èaxt • xûv yàp Yî^^P-évcov Ivta cOckv xwXôei TOiauxa elvat oïa. àv etxbç Y£véa6at y,at cuvaxà Y^vécôat, /.aÔ' 0 èxetvoç aùtwv 'KOtY]TY]ç ècTtv. M. V. fait observer avec raison que des faits vrais peuvent paraître invraisemblables ou im- possibles à celui qui ne sait pas qu'ils sont vrais. Mais toute la difficulté n'est pas levée. On ne voit pas dans notre texte en quoi consiste l'œuvre du poète qui raconte ou met en scène des faits qui se sont réellement passés, ni la raison du restrictif Ivia. Le sens exige quelque chose comme : « Même en représentant » des faits vrais, le poète fait œuvre de poète en les faisant paraître vraisem- )) blables et possibles. » Je ne vois d'ailleurs aucun moyen plausible d'introduire ce sens dans le texte.^ ^u^ x^jkvs'îî 8S2 î3 joibnoloïqqii-eôu obuîb sny îitii b li Je ne puis admettre que dans XIIÏ, 1453 â 24, ceux qui reprochaient à Eu- ripide de terminer ses tragédies par un dénouement triste commissent la même erreur que ceux dont Aristote dit incidemment 1 1 lignes plus haut qu'ils préfé- raient à tort une fable double à une fable simple ; car ce n'est pas du tout la même erreur et rien n'indique dans le texte qu'Aristote ait voulu rapprocher ces deux erreurs qui n'ont rien de commun ; les mots xb aùxb sont donc certainement altérés. Ailleurs (XV, 1454 a 29) Aristote, après avoir énuméré ce que l'on doit rechercher dans les mœurs des personnages, donne un exemple de chacun des défauts que l'on doit éviter eaxiv Sa 7:apaBe(Y|xa TcovYjpfaç [j.£v v^ôouç [/.y; àvaYxaïov oTov 0 M£véXaoç 6 èv 'Opéax'fj, xoy §£ àTCpsTCoijç xou §£ àvti)[ji.aXou x. x. é. Il me paraît forcé de maintenir àvaYxatov (qu'il est si facile de corriger en àvaYxaiaç ou même àvaYxaiou, car l'adjectif était souvent des deux genres dans la prose Attique), et d'interpréter « exemplum non necessarium, quod facile I. Encore dans ces textes n'en est-il qu'un (Phys. Ausc. I^ 5. 188 b 26) où le mot oMVYixoXou8rîxa(7i soit employé; et ce texte n'est pas sans difficulté. IJJ REVUE CRITIQUE » evitari potuit ; » le sens force de rapporter l'adjectif à Trovrjpiaç, et non à TcapâSctYiJ'a : un poète n'a pas à se préoccuper de donner des exemples. Enfin dans un texte très-difficile (XXV, 1460 b 22-26) M. V. me paraît avoir résolu heureusement une première difficulté en mettant un point en haut après ^pÛTov [xàv Ta Tupbç. aÙTYjv TTiV T£5(VTQV et en sous-entendant £7utTi[jLYj[;i,aTa Ssï èx TouTwv £xtc7/,oTïouvTa Xutiv, qui vient d'être exprimé. Mais je ne puis plus le suivre lorsqu'il ponctue le passage où Aristote dit de la poésie qui représente des choses impossibles, opOôç e/et, ei xu^/avsi toj TéXouç tou abxriç (to '/àp xéXoç el'p'/îTat), el ouTtoç èxTcXiQ/.Tiy.wTepov v^, aùxo v^ àXXo xoi&î [/.époç, et qu'il l'entend ainsi : « il n'y a rien à blâmer, si le poète atteint le but de la poésie (en effet il a déjà » été parlé plus haut de ce but XXIV, 1460 a 12), c'est-à-dire s'il rend ainsi » ce passage même ou un autre plus frappant, » D'abord, il n'est pas question XXIV, 1460 a 12, du but de la poésie, tel qu'il est ici expliqué; Aristote explique (1460 a 12) comment la poésie épique peut pousser le merveilleux jusqu'à l'absurde. Ensuite, eût-il parlé déjà du but de la poésie, pourquoi dire ici qu'il en a déjà parlé, puisqu'il explique immédiatement quel est ce but? que signifie ici •^ap? on comprendrait « je ne parlerai pas de cela, » ou « je n'en parlerai pas » plus en détail, car j'en ai déjà parlé; » ou bien : « si le poète atteint le but » de la poésie, qui, comme il a été dit plus haut, est de etc. » Mais, dans le texte tel que M. V. le constitue, fàp ne peut indiquer le rapport que le sens exige entre les deux propositions que cette conjonction doit unir. On a essayé, dans la vraie direction à mon avis, de corriger en lisant auTî^ç • xo yàp 'zi'koç, euprjTai ou siXT^xTai ou aipstiai, ei outwç y., t. é. mais, ici encore, il faut reconnaître qu'on ne peut déterminer avec précision la nature de l'altération ni trouver un remède certain. M. Vahlen a eu raison de suspecter la grécité de to téXoç £upY]Tai. Car en général ', il connaît très-bien la langue d'Aristote, dont il a fait une étude très-approfondie ; et ses travaux sur la poétique d'Aristote abondent en observations précieuses sur l'usage de son auteur. Charles Thu ROT. -'i 41 . — Histoire de réconomie politique des anciens peuples de l'Inde, de l'Egypte, de la Judée et de la Grèce, par Du Mesnil-Marigny. Deuxième édition. Paris, Pion. 1875. 2 vol. in-S», 487-442 p. ,3,-j jç^q'.„ ,„p ^lus C'est au mois de juin 1872 que nous avons rendu compte ici-même de la première édition du livre de M. Du Mesnil-Marigny. En apprenant récemment qu'une seconde édition avait été publiée dès les premiers jours de 1873, nous avons éprouvé tout d'abord une véritable surprise. Aucun éditeur français ne songe à réimprimer, en la complétant d'après la ■seconde édition allemande, la traduction faite en 1828 par Laligant de VÉconomie politique des Athéniens. VËconomie politique des Romains par Dureau de La Malle, publiée en 1 840, est depuis longtemps épuisée, et il n'est pas question de la ré- I . Je ne sais pourquoi il n'a pas été arrêté par l'emploi du moyen dans Ta TrpdYM-ata 'oruvîcTTaCTÔai (VI, 1450 a 37). d'histoire et de littérature. IJ5 éditer. •— Au contraire, V Économie politique des peuples anciens par M. DuMesnil- Marigny rencontre dans le public une telle faveur que la première édition est enlevée en une année, et que l'éditeur s'empresse d'en donner une seconde ! Et, cependant, est-ce ce dernier ouvrage qui mérite les préférences des lec- teurs? Nous croyons avoir prouvé, en 1872, par des exemples frappants, que M. Du Mesnil-Marigny, loin de faire progresser la science, retarde sa marche, en nous obligeant à démontrer de nouveau (aufs neue nachweisen) ', contre des attaques mal fondées, des propositions que l'on était autorisé à regarder comme certaines. Aujourd'hui, nous sommes remis de notre première impression; mais elle a disparu pour faire place à un autre sentiment que nous n'osons pas caractériser. Les lecteurs n'ont pas été aussi nombreux que nous le pensions, et un artifice a été employé pour leur recommander le livre. L'Histoire de l'économie politique des peuples anciens est toujours à sa première édition. Le frontispice a été changé ; mais le nombre des feuillets est resté le même ; chaque page commence et finit par les mêmes mots; les fautes d'impression sont identiques, etc Quelle raison peut porter un auteur à présenter au public comme une édition nouvelle le reliquat d'une précédente édition? Nous l'ignorons; mais voici le résultat : La Faculté de droit de Grenoble, sur la foi d'une annonce qu'elle croyait sincère, vient d'acquérir la prétendue deuxième édition de l'ouvrage de M. Du Mesnil-Marigny. Elle a affecté une partie des modestes crédits que le budget lui alloue à un livre qui lui est complètement inutile, et qu'elle se serait bien gardée de demander si elle avait pu deviner la vérité. Nous espérons que les lecteurs de la Revue, suffisamment avertis, ne tomberont pas victimes de la même erreur. E. Caillemer. 42. — Le cardinai Jean Joufifroy et son temps (1412-1473). — Étùdè historique par Ch. Fierville, docteur ès-lettres, censeur des études au Lycée de Coutances. Paris, Hachette, 1874. vij-296 p. Cet ouvrage est l'histoire d'un des diplomates les plus clairvoyants du XV® siècle. Amené depuis longtemps à l'étude de la personnalité intéressante du cardinal Jouffroy, M. Fierville a réuni sur ce personnage un grand nombre de documents et de notes, empruntés d'ailleurs pour la plus grande partie aux ouvrages imprimés. Il a connu peu de manuscrits, et ceux qu'il a consultés ne lui ont pas fourni de renseignements importants; tel est le Quintilien de Carcas- sonne, dont les marges et les feuillets blancs ne lui ont donné que des poésies assez insignifiantes et les noms des auteurs connus et pratiqués par le cardinal. En somme, malgré les défauts dont nous allons donner le détail, c'est là une bonne monographie qui pourrait rendre de grands services, si l'auteur n'avait pas suivi un plan absolument défectueux. Jean Jouffroy, cardinal de Saint-Martin in Montibus, évêque d'Arras, puis i. C'est le jugement que nous trouvons exprimé, à propos de notre compte-rendu du livre de M. Du Mesnil-Marigny, par Baehr, dans sa cinquième édition des Staatsalterthùmer d'Hermann, 1874, § 126, note 11. I 34 REVUE CRITIQUE d'Albi, abbé de Saint-Denis, de Saint-Sernin, de Caunes et de Bonnecombe fut conseiller et favori de Louis XI et ami du duc de Bourgogne, Philippe le Bon. Franc-Comtois de naissance, il fut un de ces prélats diplomates, si nombreux aux XV® et xvi« siècles, pour lesquels les dignités de l'église n'étaient qu'un moyen d'arriver plus facilement aux honneurs du siècle. N'ayant en politique guère plus de scrupules que le dernier de ses maîtres, il sut abandonner à temps la cour de Bourgogne, se rallier à la fortune naissante de Louis XI et jouer un rôle important dans toutes les grandes affaires de son temps. Ce n'était donc pas un prélat pieux, un abbé exemplaire que M. F. avait à étudier, c'était un politique hardi et entreprenant, un intrigant consommé, un courtisan habile. L'auteur aurait dû, reléguant dans l'ombre l'érudit et le dignitaire de l'église, nous montrer l'activité de Jouffroy s'étendant de jour en jour, nous faire comprendre comment, dans ces dignités accumulées, le cardinal de Saint-Martin ne voyait qu'un moyen d'accroître son influence, d'augmenter l'importance de son rôle. De là la nécessité de suivre dans l'exposition l'ordre chronologi- que, en nous montrant ^dans chaque nouvelle commende la récompense d'un nouvel effort et le moyen d'atteindre plus haut. Au lieu de cette division claire et naturelle, que trouvons-nous .'' Après'un résumé de quinze pages rappelant les prin- cipaux faits de la vie de son personnage, M. F. considère successivement en lui l'abbé commendataire, l'évèque, le cardinal. Un autre chapitre étudie son rôle au concile de Ferrare, son ambassade à Rome, ses entreprises contre la Pragma- tique Sanction, ses actions en France à la cour de Louis XI et la part qu'il prit à la guerre du Bien public, enfin une dernière division nous parle de Jouffroy savant et bibliophile. Aucune unité dans le récit, répétitions perpétuelles, confusions, tels sont les principaux inconvénients de cet ordre singulier. Nous reconnaîtrons d'ailleurs volontiers qu'à part ce défaut capital, les recher- ches sur chaque partie du sujet sont aussi complètes que possible, la mise en œuvre satisfaisante et que chaque chapitre forme en lui-même un tout complet, mais ce n'est pas là un ouvrage, ce n'est qu'une collection de monographies. Outre cette critique de fond, nous adresserons encore à l'auteur quelques observations de détail. Parmi les sources qu'il a consultées il en est une, à laquelle il a, croyons-nous, attribué une importance exagérée ; ce sont les discours officiels prononcés par Jouffroy en diverses occasions, discours auxquels, en dépit de l'enthousiasme de M. F., nous ne pouvons accorder aucune impor- tance ; ils peuvent être de quelque intérêt au point de vue littéraire, pour nous montrer comment les lettrés du xv® siècle comprenaient et traitaient l'antiquité ; mais chercher des renseignements historiques dans ces discours en beau latin, émaillés de citations, de sentences et d^exemples, c'est ce qu'on ne saurait faire, et M. F. a eu grand tort de les donner en appendice. A propos de ces compo- sitions littéraires, nous relèverons encore les détails trop abondants dans lesquels l'auteur est entré quand il a .voulu en apprécier le mérite oratoire ; l'utilité de ces détails est nulle et ces discours pourraient tout au plus être donnés comme exemples à des élèves de rhétorique; ils y trouveraient des modèles accomplis, des phrases en excellent latin et vides de sens. d'histoire et de littérature. (35 Il ne nous reste plus qu'à parler des pièces justificatives qui terminent le volume; elles sont en général peu intéressantes et se composent presque unique- ment de poésies insipides et des discours politiques de Jean Jouffroy. Ajoutons-y quelques lettres, dont deux ont pu être collationnées par nous sur les manuscrits de la B. N. ; dans ces deux pièces la correction du texte laisse un peu à désirer. — N° I (p. 241), lettre de Jehan Josier de Sancerre à Louis XI, du 16 mai 1462, nombreuses variantes orthographiques, et de plus : licencié en droit; corrig. licentié en décret; — à sa {sic) collation, corrig. à la collation. — N" V (p. 246), lettre latine de JoufFroi à Pie II; i*"" paragraphe, lig. ult. après condi- tione, ajouter : dispositionem ecclesiarum causarumque cognitionem ; ce membre de phrase est indispensable au sens. — 3^ parag., ligne 2 : rependit, corrig. refundit: ligne 4 : profici, corrig. perfici. — 4* parag., ligne 4 : temporis (sic), lisez îemporibus. — Page 247, ligne 2 : Guarineti, corr. Guarmeti. On voit, par toutes ces critiques sur l'exécution du livre et sur la disposition des matières, que l'histoire de Jean Jouffroy laisse fort à désirer, ce qui ne l'em- pêche pas d'être un utile répertoire de faits pour l'histoire politique du xv* siècle. Un meilleur ordre dans l'arrangement des parties en eût fait un livre vraiment bon '. A. MoLiNiER. 43. — Andanças é viajes de Pero Tafur por diversas partes del mundo avidos (1435-1439). Madrid, libreria de Murillo. 1874. xxvij et 618 p. in-S" (t. VIII de la Coleccion de libres espanoks raros 6 curiosos^). M. le marquis de la Fuensanta del Valle et M. Sancho Rayon viennent encore d'enrichir leur intéressante collection d'un nouveau texte inédit. Ce texte est la relation d'un voyage « dans diverses parties du monde » accompli dans la pre- mière moitié du xv* siècle par Pero Tafur, un gentilhomme de la cour de Juan II. Il est publié ici par M. Jimenez de la Espada qui l'a fait suivre d'un vocabulaire géographique, de deux cent quarante-huit pages, en petit texte, de notes bio- graphiques et critiques, enfin d'un glossaire des mots rares ou difficiles. Cette relation de voyage, qui n'avait été que citée par quelques historiens ou biblio- graphes espagnols des xvi^ et xvii" siècles?, méritait certainement d'être inté- gralement publiée. Ce n'est pas que le récit de Tafur abonde en renseignements nouveaux propres à compléter certains chapitres de l'histoire de la géographie au moyen-âge, car les pays les plus excentriques visités par le voyageur espagnol 1 . En fait d'erreurs de détail, nous n'en relèverons qu'une seule assez singulière. Page 203, M. F. suppose qu'un récit de La Faille, auteur des Annales de la ville de Toulouse (1687), a été copié par De Serres (Véritable inventaire) et par Mézeray. La Faille est pos- térieur à de Serres de près d'un siècle et de }o à 40 ans à Mézeray. 2. Nous rendrons compte des tomes V, VI et VII quand nous les aurons reçus. 3. C'est à tort que M. J. de la E. accuse N. Antonio d'avoir prétendu que Argote de Molina avait /au /'é/og« de Tafur dans sa Nobkza de Andalucia. L'illustre bibliographe dit très-exactement: a Hune et consulebat Gundisalvus Argote de Molina, siquidem in libris » suis, quos ad manum habuit, cum Beûccz Nobilitatis conficeret commentarios , Petrum n Tafur laudat (c.-à-d. il le cite dans la liste de ses sources). » Voy. Bibl. hisp. vêtus II, 254. 136 REVUE CRITIQUE sont simplement la Crimée; la Syrie et les îles de la Méditerranée; mais le ton par moments presque humoristique de la narration (une rareté pour l'époque), l'intérêt qui s'attache aux personnages que Tafur a rencontrés, ou du moins pré- tend avoir rencontrés, dans ses pérégrinations, font en somme du journal de l'aventureux chevalier une œuvre historique d'une certaine importance qui peut revendiquer une place honorable parmi les nombreuses productions de la prose castillane au XV* siècle. Avant d'examiner avec quelques détails le voyage de Tafur il importe de s'arrêter un instant à l'introduction de l'éditeur. Dans ces pages préliminaires M. J. de la E. se plaint avec raison que des relations de voyageurs espagnols antérieurs à la découverte de l'Amérique on n'ait publié jusqu'ici que la relation de l'ambassade de Ruy Gonzalez de Clavijo au grand Tamerlan, et cependant, nous dit-il, « deux relations de ce genre ont eu l'heureuse fortune de se con- » server jusqu'à nous. » La seconde est celle de Tafur. La première, d'après M. J. de la E., est anonyme; elle a dû être écrite dans la première moitié du xiv' siècle (l'auteur donne l'époque exacte de sa naissance : 1 1 septembre 1 304), « elle traite du monde connu alors et même de quelques pays qu'on croit avoir » été découverts à des époques très-postérieures, beaucoup de ses para- » graphes se réduisent à une énumération , qui est bien dans la nature d'un iti- » néraire, des villes, des montagnes et des rivières d'une contrée. L'emploi fré- » quent que fait l'auteur de l'impératif saheî en s'adressant à ses lecteurs, la » symétrie des chapitres qui se terminent sans exception par la description des » armes ou des signes symboliques (senales) de chaque état, signes qui sont » peints à la fin du texte, donnent à cet ouvrage le caractère d'un traité de » géographie décoré d'ornements héraldiques, plutôt que celui d'une relation de » voyage. » Viennent ensuite l'analyse et des extraits de quelques parties de ce livre dont M. J. de la E, déclare connaître trois manuscrits ' du xv* siècle qui lui ont servi à établir un texte correct. Avant de remettre son manuscrit à l'im- primeur M. J. de la E. fera bien de se mettre au courant de certaines questions de géographie historique qu'il traite ici un peu légèrement. Il s'est même com- promis aujourd'hui en attribuant à ce texte une valeur qu'on lui a contestée à quatre reprises au moins, car il s'en faut que ce traité de géographie soit aussi ignoré qu'il veut bien le croire. S'il s'était avisé d'ouvrir VHistoire de la première descouverte et conqueste des Canaries faite dès Van 1402 par Messire lean de Bethen- court escrite du temps mesme par F. Pierre Bontier.... et lean le Verrier, etc. Paris, 1630, il n'eût pas manqué de reconnaître que certains extraits (insérés aux ch. LV à LVIII) d'un livre attribué par les deux ecclésiastiques français à un frère « mendeant espagnol « répondent exactement à divers passages de son texte inédit 2. Bergeron, dans les remarques dont il a accompagné le livre de la 1 . Un de ces mss. se trouve sans doute à la Bibl. nationale de Madrid. Vindice de cette bibliothèque {Ensayo de una bibl. esp. de libros raros 6 car. t. II) mentionne une Descrip- cion de Espaha, .Europa y parte de Asia por un anônimo del S. XIV, con las divisas itumi- nadas (Aa 1 58) qui paraît répondre au texte de M. J. de la E. 2. Qu'on en juge par le passage suivant (p. xiij) : « é andodimos despues que parti- d'histoire et de littérature. 1 37 conquête de Bethencourt, a été assez frappé de l'inexactitude et de l'incohérence des données géographiques et historiques de cet extrait pour noter par exemple un fait comme « faux mais pardonnable, selon l'ignorance du temps » et pour reconnaître à un autre endroit que « toute ceste géographie est fort embrouillée » et incertaine. » Bien plus, les rédacteurs eux-mêmes, Bontier et Leverrier, déclarent qu'ils taisent certaines « choses merveilleuses « racontées par leur moine de la ville de Mêlée « pour plus brièvement passer outre et pour doute que » se ne semblast au lisant estre mensonges. » Et en effet comment croire à la véra- cité d'un homme qui déclare avoir traversé l'Afrique à la hauteur du 20° de latitude nord environ, et qui ne trouve à raconter sur ces contrées tout à fait inconnues alors qu'une série d'historiettes étrangères aux localités décrites, comme celle des « fermis qui tiroient gravelle d'or ? » On sent bien qu'on n'a point affaire ici à un récit d'exploration semblable à ceux que nous ont laissés les grands voyageurs arabes, mais à une compilation inspirée d'une part par l'étude d'une carte du temps (analogue à la carte catalane de 1375) et empruntée de l'autre au trésor commun des légendes qui circulaient au xiv® s. sur les pays inconnus de l'Afrique. La critique moderne a du reste formulé son opinion sur cet étrange traité. M. 0. Peschel, qui dans sa Geschichte des Zeitalîers der Entde- ckungen s'était borné (p. s 8) à citer sans commentaire quelques passages du moine espagnol, a reconnu dans un autre ouvrage (Geschichte der Erdkunde, p. 174 note) que l'extrait de cette relation contient « tant de choses ineptes » qu'on ne se sent pas tout à fait à l'abri d'une mystification. » De son côté M. H. Major, qui dans sa nouvelle édition de la conquête de Bethencourt ' a dû s'occuper du passage en question , s'est prononcé catégoriquement contre l'au- thenticité de l'ouvrage du franciscain espagnol (en tant que relation de voyage 2). p mos de! rio del Oro muy gran camino guardando siempre !a ribera , é dejamos atras » las Islas Perdidas, é fallamos una ysla muy grande poblada de muchas gentes, é de- » zianle însula Gropis, é era bien abondada de todos los bienes, salvo que las gentes eran » ydolatrias, é llevaronnos â todos ante su rey é maravillôse mucho de nos é de nuestra » fabla é de nuestras costumbres .... (les points sont dans le texte) Partimos de la » însula Gropis é tomamos camino contra el Levante por el mar meridiano, e fallamos » otra ysla que dizen Quyble, é esta ysla ... (de même ici) es ya en el mar meredionai, » é es poblabla de gentes negros, é dexâmosia â man derecha é tomamos après de la » ribera, é paresçiô un monte muy alto que dezian Alboch, etc. » Voici le texte français qui naturellement abrège : « Puis se partirent de là et tindrent le chemin selon le rivage » de la mer et trouvèrent une isle moult bonne et riche où ils firent grandement leur » proffit, qui s'appelle isle Gulpis, là sont les gens idolâtres, et de là se partirent et alle- » rent plus avant et trouvèrent une autre isle qui s'appelle Caable et la laissèrent à main » dextre. Et puis trouvèrent une montaigne en terre terme moult haulte et moult abon- » dante de tous biens qui s'appelle Alboc, etc. » Hist. de la prem. desc, etc. ch. LVII. i. The Canarian, or, book of the comjuest and conversion oftheCanarians in the year 1402, by messire Jean de Bethencourt, etc., translated and edited by Richard Henry Major. Lon- don. Printed for the Hakluyt Society. 1872. In-8°. 2. Voy. 1. c. p. 102 note : « This history of the Mendicant Friar is a confused em- » bodiment of the geographical traditions of the period.» Et plus loin (p. 107 n.), après avoir cité un passage d'Edrisi mal compris par le moine, M. Major ajoute : «The reader » has only to recognise in the mendicant friar's language, as he easily may do, a rechauffé » of the confused geography of Edrisi, not losing sight of the good friar's stumble over » the référence to the Euphrates, to judge whether the fear of the narrator (Bontier et » Leverrier) as to his crédit for veracity is a reasonable one. » 138 REVUE CRITIQUE Ces appréciations si peu favorables que nous venons de citer édifieront sans doute M. J. de la E. sur la valeur du texte qu'il est impatient de nous faire con- naître. Nous ne voulons pas dire par là que le projet de publication de ce traité géographique doive être abandonné, il se peut que ce moine ait recueilli quelques renseignements intéressants dont l'importance pourra être déterminée par les critiques spéciaux, mais il est indispensable que l'éditeur se rende un compte exact de la nature de l'ouvrage qu'il désire produire au jour et qu'il ait recours aux ouvrages qui pourront le mettre au courant de l'état des connaissances géographiques au xiv* siècle. L'inexpérience de M. J. de la E. en des matières qui devraient lui être familières s'est encore trahie dans cette introduction. A propos d'un passage de son géographe anonyme où il a cru voir une allusion aux Vivaldi, M. J. de la E. sépare encore l'expédition de ces derniers pour trou- ver la route des Indes Orientales (qu'il place en 1287) de celle de Theodosio Doria (à laquelle il assigne la date de 1292). Et pourtant le passage des annales de Jaques Doria, seul témoignage contemporain et digne de foi qui prouve qu'il n'y a eu qu'une seule expédition dirigée par les frères Vivaldi et par Doria, et cela en 1291, a été publié par M. Pertz dans un travail spécial {Der slîeste Ver- such zur Entdeckung des Seewegs nach Osîindien, Berlin 1859, traduit dans les Nouvelles annales des voyages. Septembre 1859, p. 257-272), reproduit par M. d'Avezac dans des notes additionnelles au mémoire de M. Pertz (^Nouv. annales des voy. Sept. 1859, p. 273-289) et enfin compris dans l'édition défini- tive de ces annales {Monumenta Germ. hist. script, t. XVIII, p. 3 3 5). Il est ensuite à désirer que M. J. de la E. se livre à quelques recherches pour découvrir le nom de l'auteur de son traité ' . Un franciscain né « dans le royaume de Castille, » le 1 1 septembre 1 304, » compilateur d'un ouvrage de géographie qui a sans doute joui d'une certaine popularité, puisqu'il nous en reste trois copies, doit au moins avoir été honoré d'une mention dans une des nombreuses biographies franciscaines des provinces d'Espagne. Revenons à Pero Ruiz Tafur. Ce chevalier voyageur de la cour de Juan II, dont M. J. de la E, n'a pas réussi à reconstituer bien exactement l'état civil, descendait d'une famille établie à Cordoue. Lui-même paraît être né à Séville; en tous cas il a vécu longtemps dans cette ville et s'y est créé de nombreuses relations. Le voyage dont il nous a laissé le récit a duré quatre ans, de 1435 à 1439, à peu près. A peu près, car un défaut de concordance entre les dates de certains événements mentionnés au début du récit s'oppose malheureusement à la détermination plus précise de l'époque à laquelle il a quitté l'Espagne. Après avoir parcouru les côtes du nord-ouest de l'Italie et visité l'Italie du centre, il s'embarque à Venise pour la Terre-Sainte qu'il quitte bientôt pour se rendre en Chypre, de là au Caire et au mont Sinaï. Puis il retourne en Chypre pour passer ensuite en Turquie et en Crimée, d'où il revient à Venise en stationnant dans les i. Peut-être est-il question du moine espagnol et de son oeuvre dans les Noticias de la historia gênerai de las nias de Canaria de José de Viera y Clavijo, mais nous n'avons pas pu nous en assurer, car le tome premier de cet ouvrage important manque à la Biblio- thèque Nationale. , d'histoire et de littérature. 130 diverses îles de la Méditerranée. De retour en Italie il franchit les Alpes, traverse la Suisse, longe les bords du Rhin, visite la Flandre et le Brabant, revient à Bâle et se rend de là en Bohême et en Autriche. Il se rapatrie enfin par Venise, la Sicile et la Sardaigne, Tafur n'est point un écrivain. Convaincu que l'intérêt du sujet le dispensait de toute recherche de style il s'est borné simplement à faire l'énumération de ses impressions de voyage. Ces impressions sont celles du premier moment : Tafur n'est pas un observateur bien pénétrant, il ne cherche pas à s'expliquer les causes, même les plus immédiates, des phénomènes naturels, moraux ou politiques qui le frappent; mais dans les jugements qu'il porte sur les mœurs et les coutumes des pays qu'il a visités on reconnaît un homme de bon sens, curieux et qui n'est pas par trop crédule. Lorsqu'on lui montre à Nuremberg la lance « qui est entrée dans » le côté de notre Seigneur, » son respect pour les reliques ne l'empêche pas de répondre sans ambages « qu'il l'a déjà vue à Constantinople, » réponse qui attire sur lui la colère des Nurembergeois. Comme Tafur prétend être entré en relations directes avec tous les souverains des pays qu'il a traversés et avoir été témoin d'événements qui ont marqué dans l'histoire, il est facile dans beaucoup de cas de contrôler ses assertions. M. J. de E. ne s'est pas dérobé à cette tâche, il a compris que le devoir de tout éditeur sérieux est non -seulement de publier un texte correct, mais encore de déterminer la valeur de ce texte par une véri- fication soigneuse des faits qu'il contient. S'il est un reproche qu'on soit autorisé à faire à l'éditeur de Tafur c'est d'avoir donné à certains articles de son commentaire historique un développement exa- géré, d'y avoir compris quantité de choses qui ne contribuent nullement à l'intelligence plus complète de tel ou tel passage de ce voyage. Ainsi à propos d'une légère allusion à Alphonse V d'Aragon, M. J.deE., inspiré par la grandeur du sujet et par un sentiment d'admiration très-légitime pour son illustre compatriote, a laissé courir sa plume : il a écrit sept pages là où quelques lignes eussent suffi. On pense bien qu'il ne nous a pas été possible de vérifier page par page la relation de Tafur, ni même de nous assurer de l'exactitude de toutes les notes de l'éditeur. Pour être fait consciencieusement ce travail de vérification demande- rait un temps dont nous ne pouvons pas disposer. Nous n'insisterons donc ici que sur deux passages dont l'un au moins n'est pas sans importance pour la cri- tique de l'œuvre de Tafur. Après avoir passé trois jours au monastère de Sainte- Catherine du mont Sinaï, Tafur, désireux de se rendre en Inde, va en suivant le bord de la mer Rouge à la rencontre de la caravane qui arrivait chargée des trésors du pays des merveilles. Au nombre des voyageurs de la caravane se trouvait le Vénitien Nicolo Conti (Nicolo de Conto) avec sa famille qui entre aussitôt en relations avec Tafur et le dissuade de continuer son voyage en Orient. Tafur se laisse persuader par le marchand vénitien et revient avec lui au Caire. Pendant le trajet Nicolo Conti raconte au chevalier espagnol sa vie aventureuse, notamment sa conversion forcée, et s'étend longuement sur les merveilles de l'Inde. M. J. de la E. a déjà remarqué que le récit de Conti, tel que nous l'a conservé Tafur, ne s'accorde pas sur la plupart des points avec la relation de 140 REVUE CRITIQUE ces mêmes aventures écrites en latin par Poggio, secrétaire du pape Eugène IV, sous la dictée, pour ainsi dire, de Conti lui-même'. S'il est admissible que Poggio ait amplifié les renseignements qui lui étaient fournis par Conti, il n'avait en tous cas aucune raison pour les dénaturer. Or, les différences qui séparent les versions de Poggio et de Tafur sont telles qu'il nous semble impossible d'admettre l'une sans rejeter entièrement l'autre. Si le récit de Poggio est exact (^il est difficile qu'il ne le soit pas) nous ne serions pas éloigné de croire que Tafur a inventé une rencontre avec le célèbre marchand vénitien pour donner plus d'in- térêt à sa narration. Le passage en question mérite donc d'être examiné à nou- veau et de très-près. L'autre passage n'a pas la même importance, aussi nous y arrêtons-nous plutôt pour apporter quelques rectifications aux notes de l'éditeur que pour constater l'exactitude de Tafur. Ayant appris à Bâle que le cardinal de San Pedro, Juan de Cervantes, prenait les eaux à Baden en Argovie (estava en las Alpes en Sabada, que dizen los Santos Banos, que son de agua calienté), Tafur s'empresse d'aller rendre visite à ce compatriote, comptant du reste profiter de son séjour à Baden pour se guérir d'une vieille blessure. Tafur parle à ce propos d'un monastère situé près de Baden nommé Maristella où le cardinal de San Pedro avait fait construire des étuves. M. J. de la E. a pensé que Maristella pouvait être pour Maria-Stein (près de Bâle). Marlsstella est le nom d'une abbaye cistercienne assez connue du diocèse de Constance, située aux portes de Baden sur la Limmat, et dont le nom vulgaire est Wettingen (voy. le Gallia christiana, V, 1090). La chute d'eau par-dessus laquelle on faisait passer les bateaux en les retenant avec des cordes, tandis que les voyageurs étaient obligés de descendre à terre, et qui se trouve, selon Tafur, près d'une ville sur la route de Baden à Bâle, n'est pas la chute du Rhin à Schaffouse, ainsi que M. J. de la E. est disposé à le croire, mais le Hoellenhaken, autre chute de la même rivière près de Rheinfelden. Tafur raconte avec une certaine surprise qu'il a vu à Baden « les )) hommes et les femmes entrer tout nus dans le bain et y faire beaucoup de » jeux et y prendre beaucoup de boissons selon la coutume du pays. » Du reste, en homme qui a beaucoup voyagé et qui prend son parti des vicissitudes de ce monde, il ne tarde pas à se familiariser avec les coutumes du pays : on pourra même lire dans le texte les plaisanteries auxquelles il se livre avec les suivantes d'une dame de Cologne, venue en pèlerinage à Marisstellapour obtenir la délivrance d'un frère prisonnier en Turquie. I . Cette relation qui constitue le quatrième livre du traité De vanetate fortuna de Pog- gio, si elle n'a pas été imprimée à la fin du XV' siècle (l'existence d'une édition de 1492 est fort douteuse), était du moins assez répandue à l'état de manuscrit vers la même époque pour avoir été comprise dans un recueil de voyages imprimé en portugais à Lis- bonne en 1 502 (Marco Paulo. Ho l^vro de Nycolao K£«efo,etc. Lysboa 1 502). On a du De varietate fortuna une édition de Pans 1723 , et le quatrième livre qui contient la relation de Conti a été réimprimé avec des notes par M. F. Kunstmann, Die Kenntniss Indiens im XV Jahrhunderte, Mùnchen, 1863, in-8' p. 54 à 66. La Bibliothèque Nationale ne pos- sède pas l'ouvrage de M. A. de Gubernatis Memoria intorno ai viaggiatori Italiani nelle Inde Orientali dal s. XIll a lutta il XVI, Firenze 1867, qui contient peut-être quelques faits nouveaux sur le voyage de Conti. d'histoire et de littérature. 141 En somme, bien que l'impression que laisse la lecture du voyage de Tafur soit généralement satisfaisante, nous ne nous sentons pas encore en état de porter un jugement d'ensemble sur la véracité de l'auteur et l'exactitude de ses rapports, car beaucoup d'assertions du chevalier espagnol demandent à être confirmées par d'autres sources. Mais la tâche n'est pas aisée. Il est clair par exemple que la présence d'un chevalier espagnol, sans mission officielle, à la cour du duc de Bourgogne ou de l'empereur d'Allemagne devait passer assez inaperçue. Ce n'est donc pas dans les histoires générales des pays parcourus par Tafur qu'on peut espérer trouver une mention confirmant le séjour du voyageur espagnol en tel lieu ou sa rencontre avec tel personnage. En fouillant les chro- niques de l'époque on arriverait sans doute à déterminer assez exactement la valeur de la plupart de ses témoignages^ mais un travail de ce genre demanderait un temps considérable : il ne pouvait être entrepris par l'éditeur qui n'aurait pas trouvé dans les bibliothèques de son pays des ressources suffisantes. Il ne nous reste plus qu'un mot à dire de l'édition. Le manuscrit unique, du xviii« siècle, qui a servi à M. J. de la E. est conservé à la BibHothèque Patri- moniale; il provient du Colegio mayor de S. Bartolomé de Cuenca à Salamanque. A part quelques lacunes de peu d'importance cette copie paraît avoir été exécu- tée avec soin et nous avoir conservé l'ouvrage de Tafur dans un état assez satisfaisant. L'éditeur s'est borné à corriger les fautes évidentes et à régulariser l'orthographe. Le glossaire que nous avons signalé plus haut a été rédigé avec intelligence, nous ne trouvons à reprendre qu'une étymologie dépourvue de toute valeur (il s'agit du mot en, abréviation de dominas que M. J. de la E. tire de l'arabe) et l'omission des formes intéressantes regi5f/r, registencia (y oy. p. 184, 219, 279) p. resistir, etc. Voici enfin quelques fautes d'impression qui n'ont pas été relevées dans l'erratum. P. 84, 1. 4 du hzsfasta, 1. fnsta; p. 118, 1. 4 du bas aman, 1. a man; p. 185, 1. 9 du bas ase, 1. a se; p. 224, 1. 14 ôvoso, 1. ôvose; p. 249, 1. 8 enîendor, 1. entender;^. 2C)^, 1. 14 de que, 1. deque. Alfred Morel-Fatio. 44. — Z-wei Lieder ûber den Diebskrieg, oder Durchzug des Navarrischen Kriegsvolkes im Elsass (1587) mit historischer Einleitung und ungedruckten Beilagen, von D' Rudolph Reuss. Strassburg, Noiziel. 1874. In-S", xv-iji p. — Prix : 4 fr. Ce petit livre est ce qu'on appelle en Allemagne une Festschrift. M. Reuss a voulu célébrer à sa manière le 70"* anniversaire de la naissance de son père, le docte professeur de théologie si estimé de toute l'Europe savante. Prenant occa- sion de deux chansons retrouvées par Ijai dans les archives de l'église de Saint- Thomas, il a écrit en allemand, mais avec toutes les qualités de style et de com- position que l'Alsace lettrée doit à son éducation française, l'histoire d'une des nombreuses calamités qui font de notre pauvre province l'une des grandes vic- times historiques de l'Europe. Il s'agit de l'expédition organisée dans la Basse- Alsace en suite du traité conclu à Friedelsheim, le 1 1 janvier 1 587, entre le roi de Navarre et le comte-palatin du Rhin Jean Casimir, pour porter secours aux 142 REVUE CRITIQUE protestants de France, et qui n'eut d'autre résultat que la défaite des Allemands sous les coups du duc de Guise à Vimory, en Gâtinois, et à Aulneau, au pays Chartrain. On peut se figurer les souffrances du pays pendant les longues semaines qui s'écoulèrent entre la fin du mois de juin jusqu'à la mi-août, — depuis l'arrivée du corps du duc Guillaume-Robert de Bouillon, jusqu'au départ des 30000 soldats sous les ordres du comte de Dohna. M. Reuss n'a rien négligé pour donner à son récit toute l'exactitude, toute la vérité possibles. Je ne crois pas qu'il se trouve, parmi les sources imprimées, un seul témoignage contemporain dont il n'ait pas fait son profit, et je ne vois pas davantage quel document inédit nos archives pourraient, quant à présent, lui fournir encore. Dans son introduction il a esquissé d'un crayon rapide les faits de l'histoire générale auxquels se rattache cet épisode particulier; il a mis les acteurs en scène, expliqué les intérêts que chacun personnifiait, les causes qui ont fait avorter d'aussi grands préparatifs. Strasbourg est comme le centre de ce récit, tant son rôle fut considérable. En dépit de sa neutralité apparente, cette ville ne pouvait se désintéresser des efforts que faisaient les Huguenots pour vaincre la Ligue. Mais c'était là une connivence plutôt morale qu'effective, et en rendant la grande métropole protestante de l'Alsace responsable des excès dont ils étaient victimes, les vassaux catholiques de l'évèque témoignaient plutôt de leurs passions religieuses qu'ils ne rendaient hommage à la vérité. Les deux chansons que M. Reuss a publiées et qui, sous ce rapport, rendent bien l'impression ressentie par les contemporains, ne sont pas les seuls documents dont il a appuyé son texte : il y a ajouté de nombreuses pièces justificatives, et, ce qui n'est pas à dédaigner pour les travailleurs, une bonne table des noms propres. Pour résumer mon opinion sur le travail de M, Reuss, je dirai que c'est une page définitivement écrite de notre histoire, et qu'il serait à désirer qu'on y posât plus d'un jalon de ce genre. X. MOSSMANN. SOCIÉTÉS SAVANTES. ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. Séance du 1 9 février 1 87 5 . M. de Sainte Marie adresse à l'académie une lettre contenant des détails sur les fouilles qu'il dirige en Tunisie et sur les dernières découvertes qu'elles ont amenées; M. Ch, Giraud, de l'académie des sciences morales et politiques, commence la lecture d'un mémoire sur les tribuni militum a populo, en réponse à celui que M. Duruy a lu sur la même question à la séance du 29 janvier dernier. Il est d'accord avec M. Duruy pour repousser les opinions antérieurement émises au sujet de ces tribuns. Mais il ne trouve pas que M. Duruy ait réussi à démontrer que les tribuni militum a populo fussent autres que les tribuns militaires élus dans les comices romains, et qu'ils eussent le caractère de fonctionnaires municipaux d'histoire et de LITTÉRiTURE. I45 que son système leur attribue. — Le tribun militaire, sous la République, était le chef de la tribu armée, c'est à dire de la légion. De bonne heure on donna à chaque légion 6 tribuns commandant alternativement chacun pendant deux mois. Primitivement la nomination des tribuns appartenait au commandant en chef de l'expédition. Puis ce commandement, très-important quoique temporaire, devint l'objet de l'ambition des plébéiens, qui obtinrent d'abord pour eux-mêmes l'ad- missibilité au tribunat, puis en l'an J94 de Rome l'élection des tribuns par les comices. Maiscommece système présentait de graves inconvénients on en sus- pendit plusieurs fois l'application, puis on finit par adopter une transaction en vertu de laquelle les tribuns seraient élus pour moitié, et pour l'autre moitié' nommés par les consuls. Il en fut ainsi jusqu'à la fin de la République; les tri- buns élus affectaient la primauté sur leurs collègues nommés. Salluste appelle leur dignité îribunatum militum a populo. Selon M. Giraud le tribunat électif ne disparut pas avec la République; il continua d'exister après l'établissement du régime impérial jusque sous les Flaviens. Il n'est pas exact, comme l'ont dit Orelli et M. de Boissieu, que cette élection ait été rendue impossible par la suppression des comices : les comices législatifs furent seuls supprimés sous Tibère, les comices électoraux durèrent beaucoup plus longtemps : Tacite et Pline le jeune témoignent que des comices pour l'élection des magistrats furent tenus sous Vitellius et sous Trajan. Il est vrai que ce n'était plus alors qu'une forme vaine, mais cela suffit pour expliquer un titre officiel. Rien n'autorise donc à attribuer aux mots tribunus militum a populo, sous l'Empire, un sens différent de celui qu'ils avaient sous la République. — M. Giraud passe ensuite à l'examen détaillé des textes où sont mentionnés des tribuns militaires a popu/o. Le premier qu'il étudie est une inscription de Vérone (n° 1 87 du musée de cette ville), où un personnage est qualifié tribunus militum a populo, prdfectus ec^uitum, ponîifex et ejuatuoruir. Cette dernière qualification, n'étant pas suivie des mots iuri dicundo, indique que le monument est antérieur à la loi Rubria, de l'an 7 1 1 de Rome, qui conféra aux quatuorvirs de la Gaule cisalpine le plein exercice de la juridic- tion. M. Giraud fait remarquer qu'à cette époque, où le tribunat militaire électif était certainement en pleine vigueur à Rome, on ne peut voir dans le person- nage désigné qu'un tribun romain ; c'est ce que confirme la qualification de pr£- fectus equitum, qui désigne sans conteste une charge d'état, romaine et non municipale. Viennent ensuite deux titres purement municipaux, pontifex et qua- tuoruir : mais le cumul des fonctions romaines et des fonctions municipales est un fait très-fréquent à cette époque, et qui n'a rien que de très-naturel. Ouvrages offerts à l'académie : Œuvres de Tacite, publiées par Ém. Jacob : Annales, 1. 1-6. Paris, Hachette, 8% A. Darmesteter, Traité de la formation des mots composés dans la langue fran- çaise, Paris, Franck, 8" (19® fascicule de la Bibliothèque de l'école des hautes études, sciences philologiques et historiques); Bruston, Les inscriptions assyriennes et l'ancien testament, Montauban, 8"; 144 REVUE CRITIQUE D'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. Cortambert, Histoire des progrès de la géographie de iSjy^i 1874 (présenté par M. L. Delisle). M. Maury présente de la part de l'auteur les Letture sopra la mitologia vedica de M. A. de Gubernatis. M. Ravaisson met sous les yeux des membres de l'académie deux photogra- phies d'un vase funéraire en marbre, trouvé à Athènes, qui paraît de la seconde moitié du 5* siècle av. J.-C, et qui présente de l'intérêt tant par la beauté de l'exécution que par le sujet qui y est représenté. On y voit une jeune femme que Mercure mène par la main : elle va à la rencontre de trois autres personnages, qui paraissent être des membres de sa famille. M. Ravaisson rapproche ce sujet d'un grand nombre de scènes analogues figurées sur divers objets funéraires. On y a toujours vu jusqu'ici des scènes d'adieu, le mort prenant congé des membres de sa famille. Cette interprétation, dit M. Ravaisson, est contredite presque toujours, et notamment dans le vase dont il entretient l'académie, par l'attitude et l'expression des personnages. Il est évident que la scène représentée est une réunion et non une séparation. Comme sur plusieurs monuments on voit en outre Caron, dans sa barque, venir au devant du mort, il faut croire que la scène figurée est supposée se passer dans l'autre vie et non dans celle-ci. C'est, selon M. Ravaisson, la réunion du mort, dans l'autre monde, avec ses parents morts avant lui, qu'on a presque toujours voulu représenter, et cette interpréta- tion doit être substituée à celle des « scènes d'adieu » . Les anciens n'ont jamais représenté que des scènes réelles ou supposées telles, non des fictions allégo- riques comme les adieux d'un mort à ses parents vivants. M. du Chatellier présente un vase en argent, en forme de coupe, de 19 ou 20*^"^. de diamètre sur 5 ou 6^™. de profondeur, qui a été récemment trouvé en Bretagne. Il pense que ce vase a dû servir à administrer aux fidèles la commu- nion sous l'espèce du vin, suivant un usage qui a été pratiqué jusque dans le 16* siècle. Il est impossible de fixer avec certitude la date de la confection de cet objet, mais on peut avec assez de probabilité indiquer le 14^ ou le 1 5® siècle. Deux vases analogues se trouvent au musée de Cluny. Julien Havet. LIVRES DÉPOSÉS AU BUREAU DE LA REVUE. Sprachwissenschaftliche Abhandlungen hervorgeg. aus Georg Curtius' Grammatischer Gesellschaft zu Leipzig (Leipzig, Hirzel). — Stender, De Argonautarum ad Colchos usque expeditione fabulas historia critica (Kiliae, Wechmar). — Volkmann, Die Rheto- rik der Griechen und Rœmer. 2. Ausg. (Leipzig, Teubner). Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. Nogent-ie-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. téressant ouvrage). — Quellenschriften fur Kunstgeschichte und Kunsttechnik des Mittelalters und der Renaissance, herausg. v. Eitelberger v. Edelberg (annonce des tomes VII et VIII). — Crowe u, Cavalcaselle, Geschichte der italienischen Malerei. Leipzig, Hirzel. In-8", viij-642 p. (cinquième volume de la traduction allemande de Jordan). Anzeiger fur Kunde der deutschen Vorzeit, N° i, janvier 1875. Ueber eine Schwabenspiegelhandschrift (Rockinger). — Handschriften der Stockholmer Bibliothek (Wattenbach). — Zwei Fliesen aus dem 1 5. Jahrh. (Fùrst Hohen- lohe : accompagné d'une planche détachée). — Mittheilungen aus dem Haus- buche des Rathsherrn Christoph Hùber von Lintz (C. Woldemar Neumann). — Siegel des Fridricus de Raspuhel (V/inkelmann). — Nachtraegliche Berichti- gung. — Beilage zum N° i. Chronik des germ. Muséums. — Schriften der Aka- demien und historischen Vereine. — Nachrichten. The Indian Antiquary, éd. by Jas. Burgess. Part XXXVIIl (vol. IV), janvier 1875. Metrical Translation of the Nîtiçatakam of Bhartrihari (C. H. Tawney). — Tree and Serpent Worship (J. S. F. Mackensie). — Persian Inscriptions from Belgâm, Sâmpgâm, Gulbarga, and Siddhâpur (H. Blochmann). — Malifattam (H. Yule). — Santhâli Folklore (F. T. Cole).— Archaeological Notes (M. J. Walhouse). — Notes on Hindu Chronograms (G. H. Damant). — Old Kanarese Literature (F. Kittel). — Correspondence and Miscellanea. On the Catholics of Western India. — The God Vifhobâ and Pandarpur. — Âgarîs. — Sketch of Sabaean Grammar (E. Rehatsek)^, BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en magasin. Antiquités (Les) égyptiennes. Traduit librement de l'anglais. Ouvrage illustré de nombreuses vignettes insérées dans le texte. In- 12, 192 p. Paris (Lib. pro- testante). 80 c. Backer (L. de). L'Archipel indien. Ori- gines, langues, littératures, religions, morale, droit public et privé des popula- tions. In-8*, 552 p. Paris (F. Didot frères, fils et C*). Brassart (F.). Le Pas du Perron-Fée tenu à Bruges en 1463 , par le chevalier P. de Lalamg; publié pour la première fois et accompagné de notes généalogiques et héraldiques sur les princes, les seigneurs et les gentilshommes qui ont figure dans ce pas d'armes. In-8% 94 p. Douai (Crépin). 4 fr. Cahier (C). Nouveaux mélanges d'ar- chéologie, d'histoire et de littérature sur le moyen-âge. Ivoires, miniatures, émaux. In-4*, viij-jjop. 8 pi. et nonib. figures. Paris (F. Didot frères, fils et C*). Delhaye (L.). Histoire de la prévôté de Bavay suivie d'une dissertation sur l'an- cienne capitale de la Nervie. In-8°, 254 p. Bavay (Jouglet). Demmin (A.). Histoire de la céramique en planches phototypiques inaltérables, avec texte explicatif. L'Asie, l'Amérique, l'Afrique, et l'Europe par ordre chrono- logique. Poteries opaques (faïences, etc.) et kaoliniques (porcelaines). Peintures sur lave. Émaux sur métaux. Vitraux et verreries. Mosaïques. Liv. 100 à 103. In-folio, 5 p. et 8 pi. Paris (Loones). Dictionnaire de la conversation et de la lecture, inventaire raisonné des notions générales les plus indispensables à tous, par une société de savants et de gens de lettres sous la direction de M. W^. Duckett. Supplément offrant le résumé des faits et des idées de notre temps, sous la direc- tion de M. Louvet. T. 4. 1" et 2" livr. Gr. in-8'', 320 p. Paris (F. Didot frères, fils et G'). de l'Académie des beaux-arts, conte- nant les mots qui appartiennent à l'en- seignement, à la pratique, à l'histoire des beaux-arts, etc. T. 3. 3' livr. Gr. in-S", p. 193-256. Paris (F. Didot frères, fils et C-). 3 fr. 7S Goethe, œuvres. Traduction nouvelle par J. Porchat. T. 10. Mélanges. In-8», xxxj-491 p. Paris (Hachette et C"). 6 f. Lecoy deLaMarche(A.). L'Académie de P>ance à Rome. Correspondance iné- dite de ses directeurs, précédée d'une étude historique. In-8*, vij-391 p. Paris (Didier et C^), 6 fr. Marie- Antoinette. Correspondance se- crète entre Marie-Thérèse et le comte de Mercy-Argenteau, avec les lettres de Marie-Thérèse et de Marie-Antoinette. Publiée avec une introduction et des notes par M. le chevalier A. d'Arneth et M. A. Geflfroy. T. 3" et dernier. In-S", 574 p. Paris (F. Didot frères, fils et G*). Marno (E.). Reisen im Gebiete d. blauen u. weissen Nil, im asgyptischen Sudau u. den angrenzenden Negerlaendern in den Jahren 1869 bis 1873. Mit 36 (lith.) Tafel u.Holzschn. nach Original-Zeichgn u. 3 flith.) Karten. In-8% $16 S. Wien (Gerold). 26 fr. 75 Mûlinen (E. F. von). Prodromus e. schweizerischen Historiographie, in alpha- bet. Reihenfolge die Historiker aller Gantone u. aller Jahrhunderte umfassend. In-4°, 240 S. Bern (Huber et G'). 9 f. 3 5 Nibelungenlied in der aeltesten Gestalt. Schulausgabe. Hrsg. u. m. e. Wœrter- buche versehen v. A. Holtzmann. 3. um- gearb. Aufl. besorgt durch A. Holder. In-8°, xvj-376 S. Stuttgart (Metzler). 4fr. Règlement ecclésiastique de Pierre le Grand, traduit en français sur le russe, avec introduction et notes par le R. P. G. Tondini, barnabite. Édition accom- pagnée de la traduction latine imprimée à Saint-Pétersbourg en 1785 par les soins du prince G. Potemkin, du texte russe original et de l'instruction du Procureur suprême du Synode. In-8», xl-270 p. Paris (Société des Bibliophiles). 10 fr. Renan (E). Mission de Phénicie. 7% 8* et 9*Iîyr. (fin). In-4*, p. 604-887 et 12 pi. Paris (Michel Lévy frères). Sage. Les folies de Daniel Sage, de Mont- pellier, éditées par A. Du Ménil. In-8«, xlix-219 p. Montpellier (Goulet). Saint-Simon (de). Mémoires publiés par MM. Ghéruel et A, Régnier fils et colla- tionnés de nouveau pour cette édition sur le manuscrit autographe, avec une notice de M. Sainte-Beuve. T. 14. In- 18 jésus, 485 p. Paris (Hachette et G'). 3 fr. 50 Schneider (J.). Neue Beitrasge zur alten Geschichte u. Géographie d. Rheinlande. 5. Folge. Local Untersuchungen ûb. die alten Heeresstrassen u. Schanzen auf der rechten Rheinseite. Mit i. lithog. Taf. In-8*, 38 S. Dusseldorf (Schaub). 2 f.. Les J parties. 14 fr. 50 Schultz (A.). De Theseo. Quaestio ar- chaeologica. In-8°, 79 p. Breslau (Tre- wendt et Granier). i fr. 3 5 Schweinfurth (G.). Im Herzen v. Afri- ka. Reisen und Entdeckgn im centralen iEquatorial-Afrika waehrend des J. 1868 bis 1871. Deutsche Originalausg. 2 Thl. Gr. in-S". Leipzig (Brockhausi. 40 fr. Syrneilh (De). Journal de François de Syrneilh , chanoine de Saint- André de Bordeaux, archidiacre de Blaye, de l'an 1 568 à l'an 1 58 5 publié par M. G. Simon. In-40, 120 p. Bordeaux (imp. Gounouil- hou). Tourtual (F.). Zur Geschichte d. west- phaelischen Friedens. 1. Hft. ^-8", 40 S. m. I. Tabelle. Munster (Theissing). 2 f. Vainberg (S.). La faillite d'après le droit romain. Monographie juridique. In-8*, 312 p. Paris (Leroux). Viel-Castel (L, de). Histoire de la Res- tauration. T. 16. In-8°, 704 p. Paris (Michel Lévy frères). Vinson (J.). Documents pour servir à l'étude historique de la langue basque, recueillis et publiés avec index , notes et vocabulaires, i" fascicule. L'Évangile selon saint Marc, traduit pour la première fois en basque par J. de Licarrague, de Briscous. Nouv. édit. entièrement con- forme à la première de 1 571. In-S'/xxv- 76 p. Bayonne (Gazais). Zeitung, numismatische. Blaîtter f. Munz-, Wappen- u. Siegel-Kunde. Red. Leitz- mann. 41. Jahrg. 1874, 26 Nrn. in-4*. Weissensee (Weber). 1 1 fr. 50 Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur. N* 10 Neuvième année. 6 Mars 1875 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS. r Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Guyard. Prix d'abonnement : Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus suivant le pays. PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK . ;,:.:!/. iLi'. ^- VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 7/ ?.vr,.<îfAT- 67, RUE RICHELIEU, 67 Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). ANNONCES :'' '0 En vente,à,la,.librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, ;3rflif!ov ^7> ^"^ ^^ Richelieu. G. PARIS Le Petit Poucet et la Grande Ourse, i vol. in-i6 imprimé en caractères elzeviriens. 2 fr. 50 BrBLIOTHÈQUE DE L'ECOLE DES HAUTES ÉTUDES 20« FASCICULE. •^ ITT XTT' T ï T tr NT ^"stitution oratoire. Collation d'un ms. V^ U 1 IN 1 1 l_i 1 lL IN du xe siècle, par Emile Châtelain et Jules Le Coultre, licenciés ès-lettres, élèves de PÉcole des hautes études. 5 fr. 1 8* ET 1 9* fascicules précédemment parus : Rn tr T A ^nr F v r î r ^^"'^^ ^^^ ^^^ ^°"^^^^ ^^ • jL/ EL i-j/nLO i/Ili I r\ 1 IL vicomtes de Limoges antérieurs à l'an 1000. '->7 .•'":---'^ -- .' 5 fr. AT~^ A D TV /T t7 Ç '"P T7 T^ 17 D '^'"^'^^ ^^ ^^ formation des • L'/\rvlVl lLi3 1 l_j 1 l-j l\ mots composés dans la langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. 12 fr. Pour paraître très-prochainement : 2 1^ fascicule. Hymne à Ammon Ra des papyrus de Boulaq, traduit et com- menté par Eugène Grébault, avocat, élève de l'École des hautes études. PÉRIODIQUES. Revue de l'Instruction publique (supérieure et moyenne) en Belgique. Nouv. série. T. XVIII% i""^ livr. La paix de Cimon (A. Motte). — Le Parthé- non. Die Kunst des Pheidias am Part.henon und zu Olympia von Eugen Petersen (D. Keiffer). — De l'emploi du participe et de l'infinitif dans la langue grecque (J. Delbœuf), — Comptes-rendus. Grammaire latine par le Père Janssens (A. D. S.), — Spâss an Jérscht. Fum Michel Lenz : choses plaisantes et sérieuses. Chansons et Poésies de M. Lenz (G. Kurth). — Varia. Rapport triennal (1870- 1872) sur l'état de l'enseignement moyen en Belgique. — Sommaire de la Revue critique d'histoire et de littérature. The Academy, N" 145, new séries, 1 3 février. Nordhoff, The Communistic Societies of the United States. London, Murray (J. M. Ludlow : tableau assez complet). — Smith, Assyrian Discoveries. London, Sampson Low and Co. (A. H. Sayce : recommande chaudement la lecture de ce rapport, qui entre autres documents importants, contient le texte complet des tablettes du déluge). — K. Maurer, Island von seiner ersten Entdeckung bis zum Untergange des Freistaats. Mùnchen (Edmiind W. Gosse : la première contribution de valeur à l'histoire de l'Islande). — Kerviler, Le Chancelier Pierre Séguier, second protecteur de l'Académie française. Paris, Didier (F. Bury Palliser : art. analytique). — The Last Journals of David Livingstone in Central Africa, etc. by Waller. 2 vols. London, Murray (George Birdwood). — Talboys Wheeler, The History of India from the Eârliest Ages. Vol. IH. London, Trùbner (F. J. GoLDSMiD : contient l'histoire du Bouddhisme et du Brahmanisme). — Notes and News. — Notes of Travel. — The Royal Historical and Archaeological Association of Ireland. — Correspondence. The Century of Praise (R. Simpson : erratum à sa précédente lettre). — Irish Texts (James Graves). — An unpublished Letter of Coleridge (R. Childers). — Pour le Mérite (H. Schûtz Wilson). — Our Oldest Ms., and Who mutilated it (John Morris). — Ewald, Die Lehre der Bibel von Gott, ^. Bd. Leipzig, Vogel (W. Robertson Smith : déclare qu'il est impossible de faire la critique proprement dite de ce volume; on ne peut, dit-il, (ju'adopter en bloc ou rejeter le système d'Ewald). — Catalogue of the Collec- tion of Oriental coins belonging to Colonel C. Seton Guthrie. Fasc. L Coins of the Amavv^î Khalîfehs. By Stanley Lane Poole. Stephen Austin (G. Stîckel). — Meetings of Societies (Soc. d'archéologie biblique, royale de littérature, des antiquaires, de philologie). The Athenseum, N* 2468, 1 3 février. Mark Pattison, Isaac Casaubon. Longmans and Co. — A. H. Sayce_, The Principles of Comparative Philology. Trûbner (attaque plusieurs des doctrines admises aujourd'hui). — Our Oxford Letter (T.). — The Utrecht Psalter (Edward A. Bond). — The Commémora- tion at Leyden. — Literary Gossip (M. Smith a découvert au Br. Muséum une tablette assyrienne contenant la légende de la tour de Babel). — Societies (Soc. de géographie, royale de littérature, d'archéologie britannique, de l'Institut archéologique, de philologie). — A Lintel from Niniveh (Jas. Fergusson). liiterarisches Centralblatt, N*8, 20 février. VoiGT, Geschichtschreibung ùber den schmalkaldischen Krieg. Leipzig, Hirzel. In-8°, p. 569-758 (extr. du t. VI des Mém. de l'Acad. des sciences de Saxe, classe hist.-phil., n" VI: contient d'abondantes informations). — Lenz, Kœnig Sigmund und Heinrich der Fùnfte von England. Berlin, Reimer. In-S", viij-216 p. (travail très-considérable). — Vanderkindere, Notice sur l'origine des magistrats communaux (cf. Rev. crit., 1874, II, p. 405). — Halévy, Essai sur la langue Agaou. Paris, Maisonneuve. In-8°, p. 149-188 (extr. des Actes de la Soc. de phil., t. III, n° 4, note analy- tique). — Précis de grammaire polynésienne, par J. F. V. Paris, Maisonneuve. REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE N* 10 — 6 Mars — 1875 Sommaire : 45. Sutta Nipdta, tr. p. Coomara Swamy. — 46. Christ, Métrique des Grecs et des Romains. — 47. Alciphron, Lettres, tr. p. De Rouville. — 48. D'AuBiGNÉ, Œuvres complètes, p. p. Réaume et De Caussade, t. III; D'Aubh GNÉ, Le printemps, publ. p. Read. — Variétés : Italia, p. p. Hillebrand, t. II. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions. 45. — Sutta Nipâta, or dialogues and discourses of Gotama Buddha, translated from the Pâli, with introductfon and notes, by sir M. Coomara Swamy. London, Triibner. 1874. In-i2, xxvj et i6o p. — Prix : 7 fr. Ce petit volume renferme la traduction de trente Sûtras, sur soixante-dix dont se compose le Sutta Nipâta; les quarante autres doivent faire l'objet d'une publi- cation ultérieure. Le traducteur, hindou de naissance, n'a pas cru pouvoir ajouter à sa version anglaise le texte pâli, d'abord parce qu'il s'adresse plutôt au public {gênerai reader) qu'aux savants (critical student'), ensuite parce que, dit-il, « ce texte, bien que suffisamment correct pour se prêter à une traduction, n'est » cependant pas assez exact {? précise) pour pouvoir être imprimé. » Ce scrupule n'a pourtant pas arrêté plusieurs savants européens, qui nous ont déjà donné le texte de quelques-uns des Sûtras ici traduits. Nous devons d'autant plus vivement regretter ce manque de confiance de M. Coomara Swdmy, qu'il nous apprend dans l'introduction que « d'après les pandits de Ceylan, le Sutta Nipâta présente » quelques-uns des plus anciens spécimens de Pâli, et qu'il a, sous ce rapport, » une valeur en quelque sorte correspondante à celle des Vedas pour le Sanskrit.» Il ajoute que « pour les Buddhistes du Sud le Sutta Nipâta est, avec le Dham- » mapada, le plus estimé des livres du Khuddaka Nikâya, et que, de ces deux » livres, il est regardé comme le plus original. » On trouve encore dans cette introduction quelques renseignements sur la place qu'occupe le Sutta Nipâta dans le canon buddhique, et d'autres sur le style de l'ouvrage, qui gagneraient beaucoup en clarté et en utilité, s'ils étaient accompagnés d'exemples. Mais M. C. Sw. évite les détails techniques, et il semble en général moins désireux de mettre ses lecteurs au courant de la littérature et des idées buddhiques, que de se présenter à eux comme un homme au courant des littératures et des idées européennes. C'est du moins ce que nous croyons pouvoir conclure de la fré- quence des citations, assez inutiles, en Anglais, en Français, même en Allemand (en caractères gothiques), ainsi que de certaines allusions, auxquelles on ne peut trouver quelque saveur qu'en se rappelant qu'elles émanent d'un Hindou. L'effet produit par la prédication du Buddha est dépeint en ces termes : « La liberté, l'égalité, la fraternité, ces véritables pierres de touche de toute » saine morale, ces bases sur lesquelles fut élevé le plus grand peut-être des » événements de l'Europe moderne, ce but vers lequel tend aujourd'hui tout XV 10 146 REVUE CRITIQUE » progrès humain, semblent avoir eu leurs échos, en ces bons vieux temps, dans » les fertiles contrées de Kosala et de Magadha. ...Un coup terrible était porté » au culte déréglé de ce fétiche — la Force, — culte qui est le vice de tous les » peuples dans l'enfance, et qui malheureusement aujourd'hui en Occident, bien » que dépouillé de son auréole et de ses accessoires barbares par l'arrivée oppor- » tune de ce doux génie de l'Orient — le Christianisme, — s'affirme encore » avec plus ou moins d'énergie dans toutes les directions. » Telles sont les transitions qui amènent M. G. Sw. à parler du Nirvana. Mais sur cette question éminemment indienne, le savant hindou laisse la parole à ses collègues euro- péens, dont il cite les opinions divergentes, et lui-même s'abstient de conclure. Nous ne pouvons rien dire de la traduction des Sûtras, si ce n'est qu'au dire du traducteur elle est très-littérale. Les notes sont courtes mais suffisantes, sauf celles sur la géographie qui ne méritent aucune confiance. On y voit que le pays des Mallas est peut-être le Malwa moderne; Vesali y est assimilée à Allahabad, et Rajagaha au moderne Râjagrha dans le Bihar. En résumé, on doit se montrer reconnaissant envers M. C. Sw. de nous avoir fait connaître par une traduction un certain nombre de Sûtras buddhiques, et on ne saurait que l'encourager à continuer, mais nous voudrions pouvoir le convaincre, d'abord que les discours du Buddha n'ont plus grand attrait pour le gênerai reader depuis qu'il connaît, dans ses traits généraux, la doctrine buddhi- que, mais qu'ils pourraient en avoir un bien plus grand pour les savants s'ils étaient publiés avec le texte ; et ensuite que les idées et les appréciations qu'un Européen aime à trouver dans l'œuvre d'un Hindou sur l'Inde, sont non pas celles des Européens, mais celles des Hindous. 46. — Metrik der Griechen und Rœmer, von W. Christ. Leipzig, Teubner. 1874. — Prix: 18 fr. 75. Il est facile, avec un peu de patience, de faire une métrique grecque et latine, si on veut se contenter de mots : on n'a qu'à relever et à classer les assemblages de longues et de brèves dont se composent les vers antiques. Mais l'entreprise est difficile, si on a l'ambition de comprendre les mots, d'attacher un sens clair et précis aux termes techniques. Comment les anciens disaient-ils les vers destinés à la récitation .? comment chantaient-ils les vers lyriques ? Sans doute, on ne saurait en deviner l'air; mais ne peut-on en retrouver la mesure ? Si les valeurs naturelles des syllabes étaient modifiées par la musique, elles l'étaient cependant beaucoup moins que dans nos langues modernes : autrement, la variété des combinaisons métriques et leur exacte reproduction dans les strophes corres- pondantes n'auraient pas eu de but ni de raison d'être. Les textes peuvent nous apprendre quelque chose de la mesure des airs : ils en conservent une image plus ou moins fidèle. Cependant ces textes offrent souvent une réunion d'éléments métriques (de pieds) divers. Faut-il les ramener à l'unité de mesure? le faut-il toujours, ou seulement dans certains cas? et comment les y raraènera-t-on ? Et d'histoire et de littérature. 147 dans ces mesures ainsi rétablies, comment répartira-t-on les temps forts et les temps faibles, comment battra-t-on la mesure ? Pour répondre à ces questions, on peut d'un côté comparer, étudier, les textes poétiques ; de l'autre, interroger les traités de métrique et de musique que l'antiquité nous a légués. Malheureuse- ment la tradition antique est fragmentaire, confuse, souvent contradictoire; quant aux inductions qu'on peut tirer de l'étude comparée des textes poétiques, il est difficile d'éviter l'arbitraire et les opinions préconçues. La science de la métrique grecque et latine est donc de celles qui se débrouillent lentement, après beaucoup d'efforts et d'hypothèses erronées. Quoi qu'on fasse, elle ne sera jamais complète. Qu'elle établisse ce que nous pouvons savoir, ce que nous pouvons supposer avec une certaine probabilité, ce qu'il faut nous résigner à ignorer : voilà tout ce qu'un esprit judicieux peut lui demander. Outre beaucoup de recherches partielles, plusieurs essais pour reconstruire l'ensemble de la métrique ancienne ont été tentés dans ces dernières années en Allemagne. L'essai de H. Schmidt est très-hardi, aventureux même. L'ouvrage de Rossbach et Westphal a éclairé beaucoup de points qui étaient restés obscurs dans la tra- dition antique, et il marque un progrès notable dans la science. Mais, comme il arrive aux chercheurs, ils abondent trop dans leur sens, ils développent avec complaisance ce qu'ils ont trouvé eux-mêmes, et laissent dans l'ombre ou négli- gent tout à fait des parties qui les intéressent moins. Le livre de M. Christ répond mieux à l'idée d'un manuel : il est substantiel et complet; il donne tout ce qui est nécessaire et s'interdit le superflu. Les mètres les plus usuels sont étudiés avec le détail que comporte leur importance; les poètes latins ne sont pas sacri- fiés aux grecs, les lecteurs de Plaute et de Térence trouvent dans ce livre tout ce qu'il importe de connaître des particularités de la métrique et de la prosodie de ces poètes ; d'un autre côté quelques indications sur les vers politiques et l'accent se substituant à la quantité comme règle de la versification sont insérées à propos. L'auteur n'a garde de trancher toutes les questions; il ne dissimule pas les difficultés et les obscurités du sujet qu'il traite. Et cependant il ne tombe pas dans un scepticisme qui empêcherait toute exposition suivie et jetterait le lecteur dans la perplexité. Il prend son parti et met en avant la théorie qui lui semble la plus probable, tout en marquant ce qu'elle a de conjectural. L'auteur a consacré à peu près le quart de son livre à la métrique générale. Cette excellente introduction, aussi claire que nourrie de faits et d'aper- çus, se complète par l'appendice relatif à la composition des poèmes et à la manière de les débiter, de les exécuter. Cela est si vrai que quelques-unes des observations qui se trouvent ainsi rejetées à la fin du volume eussent été mieux placées, ce nous semble, en tête du livre. Les mouvements du corps, la marche et la danse, ont d'abord mesuré le chant et la parole : là est l'origine de la métrique : les vers marchés et dansés ont précédé les vers simplement chantés; enfin sont venus les vers récités, qui ne conservent plus qu'une ombre de la mesure primitive, mais dont les éléments s'appellent encore des pieds, c'est-à- dire des pas. Il fallait insister sur ce fait fondamental : le lecteur aurait mieux compris, et l'auteur lui-même aurait peut-être mieux exposé certains points qui. 148 REVUE CRITIQUE suivant nous, ne se trouvent pas assez élucidés. Comment se fait-il que, dans les anapestes, la fin des mots coïncide avec la fin des dipodies, souvent même avec la fin de chaque pied, tandis que le contraire est la règle de l'hexamètre dactylique ? L'anapeste était le mètre de la marche : or la marche veut être forte- ment rythmée, elle demande des divisions nettement accusées. La mesure des vers récités, tels que les hexamètres, doit au contraire se varier, se dissimuler : ils fatigueraient l'oreille, s'ils se scandaient comme au son du tambour. On remarque une différence analogue entre les césures du trimètre iambique et du tétramètre trochaïque ; et cette différence s'explique de la même manière. Aussi ne croyons-nous pas, comme M. Chr. l'assure à la page 665, que les élégies de Tyrtée aient accompagné la marche des bataillons Lacédémoniens : cela n'est vrai que des £[ji[3aTY]pia anapestiques de ce poète. On peut rapporter aux élégies ce que l'orateur Lycurgue dit des vers de Tyrtée chantés devant la tente du roi. A ces restrictions près, il n'y a qu'à louer l'étude très-attentive dont les césures, et particulièrement celles du vers héroïque, ont été l'objet dans le livre de M. Chr, C'était là un des points trop négligés dans la métrique de Rossbach et Westphal. Si l'on pouvait suivre historiquement tous les mètres grecs, il y aurait plaisir à les voir naître les uns des autres, ou, tout au moins, les uns après les autres. J'accorde que cela n'est guère possible, et qu'un manuel n'est commode qu'à condition d'observer un ordre systématique. Cependant, il est utile d'adopter l'ordre historique toutes les fois qu'il peut se concilier avec le système. P. 165- 172, M. Chr. énumère les mètres dactyliques, en allant du plus court au plus long, jusqu'à ce qu'il arrive à l'hexamètre. C'est un inventaire. J'aurais com- mencé par l'hexamètre. Le lecteur aurait été charmé de voir les membres (xûXa) en lesquels se divise ce vers suivant ses diverses césures, s'émanciper et devenir des mètres plus ou moins indépendants, quelquefois en gardant la place qu'ils avaient occupée dans le grand vers, comme VAdonius (-uu-u) qui figure à la fin de systèmes dactyliques ou de la strophe saphique. De même, le rôle et la valeur des petits mètres trochaïques eussent été plus facilement compris, si l'auteur les avait traités à la suite du dimètre et du tétramètre. Je m'étonne d'autant plus qu'il n'ait pas préféré cette ordonnance, que plus loin, quand il arrive aux iambes, il commence, très-rationnellement, par le trimètre. En fait de termes techniques inventés par les métriciens modernes, M. Chr. (p. 98) applique, avec G. Hermann, le nom de base au pied initial et librement conformé de certains vers, des dactyles éoliens, des glyconiques, etc. Cette désignation est commode, pourvu qu'elle ne soit pas étendue à des faits d'un ordre différent. Or Hermann avait compris sous ce même nom de base les deux longues qui se voient en tête de ce vers d'Eschyle {Agam. 160) : Zsù;, Sctiç tot' èaxi'v xtX., et d'autres vers analogues. Ces deux syllabes, dont la durée est prolongée au delà de leur valeur naturelle, ne forment pas un pied, mais équi- valent à deux pieds trochaïques. M. Chr, le sait et le dit, il distingue ces cas différents : cependant, il y a peut-être quelque inconvénient à confondre ainsi dans une dénomination commune des faits métriques qui ne se ressemblent pas. d'histoire et de littérature. 149 Le terme de syncope est emprunté à Rossbach et Westphal. Il désigne préci- sément le fait dont nous venons de parler : un vers dans lequel une longue (ou plusieurs) prend la valeur d'un pied tout entier est appelé un vers syncopé. Cette manière de parler peut induire le lecteur en erreur : en prenant un terme dans la musique moderne, il ne fallait pas en modifier le sens. Cela est d'autant plus fâcheux qu'on trouve chez les anciens des syncopes proprement dites, auxquelles on pouvait réserver ce nom. Dans le Sotadée (p. 509) les ioniques mineurs (- - u u) alternent avec les dipodies trochaïques (- u - u) : c'est un mélange de la mesure à trois avec la mesure à six-huit, lequel constitue une marche à contre- temps, une vraie syncope. L'emploi des syncopes semble avoir été très-répandu chez les anciens: voy. Revue critique, 1872, 1,p. 52. M. Christ lui-même signale (p. 9J et p. 501) le mélange des choriambes et des dipodies iambiques, ainsi que la permutation de ces pieds. Il admet avec beaucoup de vraisemblance que le sotadée est né du tétramètre trochaïque. Ne pourrait-on pas supposer que les choriambes mixtes, tels que IIplv [).h £5(wv (âepPéptov, Y.ak()\).\ioi.x' ècîÇY)y,o)iAéva (Anacréon, fr. 21), sont une modification des tétramètres iambiques? Quoi qu'il en soit, on y voit le trochée s'y substituer à l'iambe, comme cela arrive dans le pied initial (la base) de certains mètres. Si ces faits et quelques autres avaient été rapportés dans la partie générale du livre comme exemples de syncope pro- prement dite, M. Chr. aurait peut-être hésité à rejeter d'une manière aussi absolue qu'il le fait à la page 80, des observations d'Aristide Quintilien qui ne semblent pas être purement théoriques, mais paraissent se rapporter à la pratique des musiciens anciens, à leur manière de battre la mesure. Relevons encore quelques petits détails, afin de prouver à l'auteur que nous avons lu son livre avec l'attention qu'il mérite. P. 10. Oaa[xaxa aTpouôûv (Eschyle, Agam. 1 57) est donné comme exemple de la position négligée à la fin d'un mot. Mais comment croire à une telle licence avant trois consonnes, lorsque les poètes grecs de l'époque classique n'offrent qu'un seul parallèle {el\û axoTst- v6v, Pindare Ném. VII, 61), bien moins choquant et, de plus, facile à corriger. 'Le texte d'Eschyle est, sans doute, altéré. — P. 61. En disant : au^eaGai 8e çaiveTat to [aèv ta[j,pr/,bv ^évoç i^é^pt xtX., Aristoxène ne s'exprime pas avec précaution et réserve. Le verbe çaîvexai indique au contraire l'évidence d'un fait facile à constater. — P. 186 et p. 201. Le jugement porté sur les hexa- mètres d'Horace me paraît injuste. Pour approprier un vers aussi solennel à ses causeries familières, Horace l'a brisé à dessein, l'a malmené encore plus que Ménandre n'avait fait le trimètre iambique. La preuve, c'est que, dès que le sujet et le ton s'élèvent, Horace donne à ses vers une allure plus noble. — P. 519. Les vers anacréontiques des Bacchantes d'Euripide sont mal choisis, et ne prouvent pas ce que l'auteur veut établir : la quatrième syllabe y est toujours brève, jamais longue. — P. 514. L'ionique mineur serait-il en effet plus effé- miné que l'ionique majeur? J'en doute. — P. 536. Les vers du vieux poète comique Phérécrate : 150 REVUE CRITIQUE au[/,xT6/,T0i(; àvaxaicTOiç sont très-difficiles à expliquer. Héphestion les donne comme exemple du mètre dit phérécratien; mais comment le nom d'anapestes repliés peut-il convenir à ce mètre ? Héphestion et les autres métriciens grecs se seraient-ils trompés, et ces vers n'auraient-ils qu'une ressemblance trompeuse avec les phérécratiens proprement dits ? Comme tous les hémistiches commencent par deux longues, on pourrait donner la valeur de quatre brèves à la seconde et à l'avant-dernière syllabe de chaque hémistiche. De cette manière les deux hémistiches équivau- draient à un tétramètre anapestique, le vers ordinaire des parabases, et l'épi- thète g{j\).'p:xuv.ioi se trouverait aussi justifiée. Rossbach et Westphal mesurent de la même manière les vers qu'on lit dans les Perses d'Eschyle : 2éPo[xai [xàv xpoaiSécjOat, cé^op-ai 0' àvTia cpdcaôat. P. 639. On sait qu'Horace imite le début de la deuxième Olympique de Pindare dans son : Qaem virum aut heroa. Mais l'imitation ne s'arrête pas là. L'ode latine se décompose en cinq fois trois strophes, comme l'ode grecque, avec cette différence que les groupes ternaires sont marqués dans Pindare par l'épode, tandis que dans Horace ils ne sont indiqués que par le sens. Nous n'avions vu nulle part cette observation curieuse : elle appartient, sans doute, à M. Chr. lui-même, et nous la signalons d'autant plus volontiers qu'elle met fin aux hypothèses des critiques qui voudraient nous faire croire que cette ode a été amplifiée par des interpola- tions. Nous nous bornons à ces observations. Le livre de M. Chr. est trop substan- tiel pour être analysé. C'est un ouvrage instructif, bien fait, consciencieux, au courant des dernières recherches, aussi satisfaisant, à le juger dans son ensemble, que le permettait notre science, très-imparfaite, de la métrique grecque et latine. Nous ne saurions recommander de guide plus sûr à ceux qui veulent s'initier à des études sans lesquelles on ne peut bien juger et apprécier les poètes de l'antiquité. Henri Weil. 47. — Stéphane de Rou ville , Lettres grecques du rhéteur Alciphron , tra- duites en français. Paris, Rouquette. 1874. In- 16. — Prix : 2 fr. Cette traduction se présente dans un état complet de nudité. Ni préface, ni avant-propos, ni notes, ni table analytique. M. Stéphane de Rouville se contente de prendre pour épigraphe la maxime quelque peu usée nil novi sub sole, fai- sant ainsi allusion à certains détails des lettres d'Alciphron, mais oubHant que, ce qui «est nouveau sous le soleil», c'est de présenter au lecteur une traduction aussi complètement dépourvue de tout cadre littéraire et bibliographique. Non- seulement il ne donne aucun renseignement sur celui qu'il traduit, mais encore il ne dit point quelle édition il a choisie, quels sont ses devanciers, s'il a utilisé leurs travaux et dans quelle mesure. Alciphron cependant, écrivain de talent qui avait la finesse d'observation, la délicatesse de style et la sobriété élégante d'un d'histoire et de littérature. I 5 I véritable attique, méritait mieux que de servir uniquement d'appât à une cer- taine catégorie de lecteurs. Quand on entreprend de traduire un auteur on contracte par cela même envers lui, et surtout envers le lecteur, des obligations fort étroites. M. Stéphane de Rouville ne paraît pas s'en être douté. Il a interprété ses devoirs de traducteur dans le sens le plus restreint, il n'a eu qu'une chose en vue, translater en français le grec d'Alciphron. Mais cela ne le dispensait pas de chercher le meilleur texte, et par conséquent de comparer entre elles les différentes éditions. Croira-t-on qu'il s'est servi uniquement de celle de Bergler (171 5), à l'exclusion de toute autre, qu'il a laissé de côté les éditions plus récentes, forcément plus complètes et probablement meilleures, de Wagner, de Meinecke et de Seiler ? qu'il n'a même pas connu, ou voulu connaître, celle de M. Hercher, publiée en 1873 (!) par la maison Didot? Aussi, il est résulté de cette inexplicable méprise que M. St. de R., en se faisant le contemporain de Bergler, nous a donné une traduction qui, pour le fond, sinon pour la forme, est vieille de plus de cent ans, et, ce qui est plus grave, une traduction incomplète. Car elle ne contient pas les lettres ou fragments de lettres qui, depuis Bergler, ont grossi le recueil d'Alciphron. Elle est de plus inexacte et négligée. Les noms propres y sont souvent repro- duits d'une manière fautive : P. 6, Rhodins = PôOioç, p. 7, Eutybolus = EùOu- ^cAoç, p. 21, IschoUne — ''lay^ô'kiiJ.oq (Bergler), p. 78, Cotylobrocîise =^Ko-:\)\o- ^p6i^t.ao<;^ etc. Je ne chicanerai point trop M. St. de R. sur sa transcription des noms propres, car, avec les habitudes actuelles, il est impossible de s'en tirer d'une manière absolument satisfaisante. Mais il devait être conséquent avec lui- même et ne pas adopter deux notations différentes pour des formes identiques. Ainsi pourquoi écrire, p. 109, Licopinace = Aer/oniva^, et p. 141, Aristocorax = 'Apta-uoxipa^, p. 107, Psicodaustès =^ WiyQ-/.'kaÙGTqq^ et p. 110, Psicodiakcîe = Wr/oSta>v£XTY]ç? Pourquoi employer tour à tour, et cela dans la même pièce, les formes latines Vénus, Cérès, et les formes grecques i4p/zro^tfé, Démèîer, p. 32, 3? et p. 57, 60? Ce ne sont que des négligences. Soit; mais on ne les pardonne pas volontiers à un traducteur qui, en s'interdisant toute excursion dans le domaine de la cri- tique littéraire et philologique, en laissant de côté une bonne partie de sa tâche, prenait par cela même l'engagement de redoubler de soins et d'attention pour ce qui lui restait à faire. Ce qui est plus grave ce sont les fautes de sens qui témoignent d'une connais- sance imparfaite du grec ou d'une lecture trop rapide. Je n'en citerai que quel- ques-unes prises dans deux des principales lettres. — P. 43 (I, XXXIX, Didot), TpéiJLouaav oiov my.eXr,'^ yj 'i:7]-/,Tcv ^iXa Tr^v oaçùv àvecaT^suasv, n'est pas exacte- ment traduit par « elle commença à agiter des hanches dont l'embonpoint n'avait » nulle fermeté y) . Il fallait dire avec Alciphron « des hanches dont les chairs » tremblaient comme une boule de graisse ou du lait caillé ». — P. 44, uxo(âXé- 'KOuaoL dq Toùxtaw xpbç xà 7.iYq\x%-:a tyjç xuy% • -^péf/.a S'oTov èvepYoDca èpwxixbv uxeaTéva^ev, wcte èiji, vy) tyjv 'AçpoSiTr/V, /.aTax^a^^vai. « Elle se mit ensuite à » considérer ses mouvements avec complaisance, tout en soupirant tendrement 152 REVUE CRITIQUE » comme si elle éprouvait de la passion. Je la pris alors pour Vénus (/), et j'en fus » émue (St. de R.) » Eiç ToÙTitaw veut dire « en arrière » et non « ensuite », •^p£[;,a « lentement, doucement » et non « tendrement», (ùaxe l\jk etc. doit se tra- duire par «si bien, par Aphrodite, que j'en fus stupéfaite.» «Comme si elle éprou- » vait de la passion » n'est ni exact ni bien français, car on « éprouve une pas- » sion (-f- une épithète) » et non « de la passion ». Dans ce passage et dans le suivant, M. St. de R. semble avoir reculé devant son modèle; mais puisqu'il était décidé à ne pas tirer le rideau sur les passages scabreux, à ne pas les cacher, suivant l'habitude, sous la feuille de vigne du latin, il devait tout traduire et traduire tout exactement. — Ibid. « S'inclinant légèrement » ne rend pas bien [j(.t"/,pbv uTi:o{ji[xwaa(7a r/]v ocçùv, il fallait « cambrant légèrement ses reins ». — P. 45. « Nous avons dit beaucoup de mal de nos amants, dans l'espoir de les » changer bientôt. » lisez « avec l'espoir d'en changer bientôt. » — Ibid. Mexà fàp Tûv èpaffTwv Y.pM'Kal.riao\LVf doit se traduire par « car nos amants seront » de la partie » et non par « nous boirons avec des amis », attendu que l'article Twv marque ici la possession. M. St. de R. n'a pas été plus heureux avec la lettre de Glycère à Ménandre, lettre spirituelle et passionnée, qu'il pouvait cette fois reproduire dans tous ses détails sans craindre de choquer le lecteur. — Comme elle est trop longue pour être analysée en entier, il suffira d'en citer un passage. — P. 62, (II, IV, Didot) f(Ttç xàv Toîç Tcapac/.Yjvi'oiç êar^xa tûuç BaxTuAouç èjjLauTïiç wéÇouaa, êwç Sv xpoTaX((îY) xb ôéaxpov • xai Tp£[xou(ja xoxe vy] tyjv 'ApT£{ji.!,v àvat{;6xo> xai x£pi[3aXXouaa ers xy)v Upàv twv Spa[j.dT(i)v £X£ivy)v xs^aX^jv èvaYxaXtî^ojjLai. « Gly- » cère qui se tient aux avant-scènes, pour donner dans le théâtre le signal des » applaudissements. Diane en est témoin; je tremble souvent, j'essaie toujours de » f encourager. Que de fois j'ai entouré de mes bras cette tête sacrée qui produit » des drames! (St. de R.). » Traduction faible et peu fidèle. En interprétant ziéî^ouaa toùç SaxxuXouç, comme il l'a fait, M. St. de R. s'est trompé avec Ber- gler, guide excellent il est vrai, mais non pas le seul que doive suivre un tra- ducteur d'Alciphron. Quant aux autres erreurs elles lui appartiennent en propre. Ce passage pourrait se traduire ainsi : « N'est-ce pas moi qui, debout dans » les coulisses, me tords les doigts avec angoisse, jusqu'à ce que le théâtre » éclate en applaudissements ? Et, toute tremblante encore, c'est alors que je » me sens revivre, par Artémis, et je te presse sur mon cœur, et je serre dans » mes bras ta tête, ce sanctuaire de la comédie ». Signalons quelques fautes de français. — P. 59. « Il n'y a besoin ni de sol- » dats, etc. » 1. « Il n'est besoin ». — P. 60. « Mes désirs c'est d'avoir » Dit-on « créer des comédies » (p. 64) ? Que signifie « tu es animé des plus vifs » sentiments » (ibid.) ? Malgré les fautes de sens et les négligences qui déparent trop souvent cette traduction, on doit lui reconnaître une qualité, c'est qu'elle n'est pas, comme d'autres qu'on pourrait citer, la reproduction plus ou moins déguisée d'une tra- duction antérieure. Je m'en suis assuré en la comparant avec celle de l'abbé Richard, le premier et, jusqu'à M. St. de Rouville, le seul traducteur français * ■ d'histoire et de littérature. 155 d'Alciphron. J'ajoute, ce qui est encore en faveur de ce dernier, qu'elle n'est pas languissante comme celle de son devancier et qu'elle fait effort pour serrer le texte de plus près. Mais d'autre part elle est, comme on l'a vu, trop incom- plète, trop défectueuse pour qu'on puisse la recommander aux lecteurs exigeants et j'ai le regret de dire qu'Alciphron attend encore un traducteur. A. Boucherie. 48. — Œuvres complètes de Théodore Agrippa d'Aubigné, publiées pour la première fois d'après les manuscrits originaux accompagnées de notices biographique, littéraire et bibliographique, de variantes, d'un commentaire, d'une table des noms propres et d'un glossaire par MM. Eugène Réaume et de Caussade. T. j"'. Paris, Lemerre, 1874. În-B* écu de 444 p. — Prix : 10 fr. Agrippa d'Aubigné. Le printemps « poème de ses amours » stances et odes publiées pour la première fois d'après un manuscrit de l'auteur ayant appartenu à M°* de Main- tenon avec une notice préliminaire par M. Ch, Read. Paris, Librairie des Bibliophiles, 1874, in-j2 de xxx-i47 P- — P*"'^ • ^ ^'■• Je me suis beaucoup étendu (n° du 10 janvier 1874, p. 2 3-28) sur le tome i" des Œuvres complètes de d'Aubigné, ce qui me permet d'être très-bref aujourd'hui dans l'appréciation du tome 3* '. Les éloges donnés ici, l'an dernier, à M. Claye et à M. Lemerre, comme à MM. Réaumç et de Caussade, je n'ai pas à les renou- veler : ils subsistent dans toute leur étendue. Sans donc m'attarder dans d'inu- tiles répétitions, je m'occuperai des vers mêmes de d'Aubigné, et non de la manière dont ils ont été publiés. Ces vers se divisent ainsi : Le primtems (p. 1-205); Poésies diverses (p. 207- 270) ; Poésies religieuses et vers mesurés (p. 27 1-3 14); Tombeaux (p. 312-314); Vers funèbres sur la mort d'Estienne Jodelle, Parisien, Prince des poètes tragiques (p. 31 5-324); La Création (p. 325-444). La partie la plus remarquable du recueil est sans contredit la première, le primtems, et, des trois livres du primtems, le plus remarquable est le premier, intitulé Hécatombe à Diane et composé de cent sonnets inspirés par M"^ de Talcy. Il y a là, avec quelques-uns des défauts de Ronsard, quelques-unes de ses plus admirables qualités, et je ne crois pas que, parmi tous les disciples du chantre de Cassandre, aucun se rapproche plus de lui que le chantre de Diane 2, Le talent de d'Aubigné, voilé de temps à autre par le mauvais goût, entortillé parfois dans des phrases prétentieuses, ridicules, éclate avec une singulière vigueur à chaque page, et pas un seul des sonnets à Diane n'est dépourvu de quelque étrange beauté. Dans les stances du second livre, dans les odes du troisième, odes qui 1. Le tome second paraîtra dans quelques mois et le tome quatrième au commence- ment de 1876. Les cinq volumes promis seront complets avant la fin de la même année. Puisse, avec le même soin, la même rapidité être apportée à la publication de l'Histoire universelle ! 2. D'Aubigné, du reste, invoque et célèbre Ronsard avec enthousiasme. Voir p. 17 (sonnet V); p. 207 (vers faits à seize ans). Voir encore (t. i", p. 457) la lettre où d'Au- bigné parle complaisamment de ses relations « avec M' de Ronsard, que j'ay cogneu pri- » vément, ayant osé, à l'âge de vingt ans, luy donner quelques pièces, et luy daigné me n respondre. » 154 -REVUE CRITIQUE sont le plus souvent des odelettes, les taches sont plus nombreuses, les qualités sont moins brillantes. Le sonnet est décidément la forme qui paraît le mieux convenir au génie poétique du a gentilhomme Xantongois. » Parmi les Poésies diverses figurent vingt-et-un autres sonnets, qui ne sont pas tous des sonnets amoureux, et dont un, le premier (p. 246), fort spirituellement tourné, est la traduction libre du programme de béatitudes renfermé dans une des plus jolies épigrammes de Martial (X, 47). La verve gauloise anime plusieurs des sonnets suivants, surtout le sonnet II (p. 247), dont le sujet n'est pas mal scabreux '. Je signalerai comme excessivement curieux le sonnet XI, ou le poète répond ainsi à sa femme Susanne de Lezay qui lui reprochait de pleurer Diane, perdue depuis si longtemps : Pourquoy ne peut sa mort me donner de l'amour, Puisque morte elle peut te donner jalousie? 2 Le sonnet XX (p. 256) reproduit non sans énergie les vers latins dictés par Jules César Scaliger mourant à son fils Sylvius. D'Aubigné qui, comme je l'ai déjà remarqué^ est, dans ses chants d'amour, un imitateur habile de Ronsard, me paraît avoir, dans son poème de la Création, moins heureusement imité la Sepmaine de son coreligionnaire Du Bartas. Sans doute les quinze chants de la Création renferment de beaux vers, parfois de beaux passages, mais l'œuvre, prise en son ensemble, laisse beaucoup à désirer. Le souffle y manque, et en trop de circonstances le poète donne raison à l'objection qu'il se fait adresser (p. 328) : Mais quoy, dira quelqu'un, c'est beaucoup entrepris. Tes cordes sonnent bas L'auteur, du reste, avoue sans fausse modestie que son style « mène peu de » bruit, » mais il ajoute qu'on peut le comparer à un de ces petits tuyaux qui, dans les orgues, rendent un son qui n'est pas inutile. Malgré de pittoresques détails, malgré quelques éloquentes tirades, le poème de la Création n'est, à tout prendre, qu'une assez faible copie d'un original déjà très-imparfait. Mais si ce poème, au point de vue purement littéraire, est d'une médiocre valeur, il constitue, au point de vue philologique, un document d'une réelle importance. D'Aubigné, entassant descriptions sur descriptions, prodiguant tour à tour les plus minutieux détails sur les pierres, les arbres, les plantes, les poissons, les oiseaux, les quadrupèdes, les reptiles, ainsi que sur la structure du corps humain, a trouvé l'occasion d'employer une foule de mots et de tours que les historiens 1. Un des vers de ce sonnet est incomplet, sans que nous sachions si la lacune provient d'un mot que l'on n'a pu déchiffrer dans le manuscrit original. Le mot qui manque est, d'après une communication de M. Read, le mot soif : Je ne veulx ny saouler ma [soif], ny tormenter. Mais je me demande si l'on est bien sûr de la lecture du mot tormenter, et s'il ne faut pas lui substituer le mot augmenter, ce qui fournirait un sens si clair et si naturel : Je ne veulx ny saouler ma soif, ny l'augmenter. 2. Ce cri du cœur ne devait pas empêcher d'Aubigné de pleurer avec désespoir celle à qui il avait préféré un fantôme. Voir (p. 278) la pièce : ÏMrmts pour Susanne de Lezay, et aussi (p. 201) la Vision funèbre de Susanne. d'histoire et de littérature. ■ 155 de la langue française ne devront pas négliger. Sec, aride, et, puisqu'il faut parler net, ennuyeux, si on ne le lit qu'en tant que poème, l'ouvrage de l'inégal émule de Guillaume de Saluste devient, au contraire, très-intéressant, si on l'étudié comme un texte nouveau, et je suis bien sûr que MM. Réaume et de Caussade , qui ne manqueront pas d'indiquer , dans leur annotation , les nom- breux rapprochements qu'on peut établir entre les deux poèmes, ne manqueront pas non plus d'indiquer toutes les ressources qu'offrira la Création aux chercheurs qui marchent dans la voie si largement ouverte par l'éminent auteur du Diction- naire de la langue française. Les vers mesurés et les poésies religieuses, qui forment, avec la Création, la partie la moins précieuse du bagage poétique de d'Aubigné, ont été extraits du volume qui a pour titre : Petites œuvres meslées et sont réimprimés pour la première fois d'après l'édition de 1630. Trois pièces (p. 2^'S-2bci) sont tirées d'un recueil intitulé : Le séjour des Muses ou la Chresme des bons vers (in-12, Rouen, 1626). Les vers funèbres sur la mort d'Esîienne Jodelle avaient paru à Paris, chez Lucas Breyer, i $74'. Tout le reste provient des manuscrits originaux de la collection Tronchin. Pendant que MM. Réaume et de Caussade préparaient leur édition du prim- tems, M. Ch. Read en préparait une autre d'après un recueil manuscrit de poésies du xvi^ siècle acheté par lui à la vente de M. Monmerqué (1861), et que ce dernier, tantôt inclinait à regarder comme ayant appartenu à M'"'' de Maintenon, car, a-t-il dit en une note consignée sur le premier feuillet du recueil, « les noms » de poètes, écrits à la marge de leurs pièces, paraissent être de sa main qui » m'est bien connue, « et tantôt était tenté d'attribuer à Brantôme. Quoi qu'il en soit, ce manuscrit ne renferme pas le tiers du nombre des pièces qui, dans le volume de MM. R. et de C, forment ce que M. R. appelle (p. xij) « ce frais » et étincelant bouquet de fleurs printanières, qui avait surgi au cœur du jeune » d'Aubigné, amoureux fou de la belle et fière Diane. » On y chercherait notamment en vain les cent sonnets du premier livre. Le nombre total des pièces fournies à M. R. par le ms. Monmerqué est de 48 {26 stances et 22 odes). On compte 20 odes de plus dans le volume de MM. R. et de C, mais on y trouve 6 stances de moins 2. Ce n'est pas seulement parce 1 . J'avoue que je donnerais sans hésiter tous les vers « sur la mort de ce grand Jo- » dalle, » pour la petite pièce suivante qui possède à la fois toute la concision et toute la grâce des meilleures inscriptions funèbres de l'Anthologie (p. 313) : Sur une belle fille morte au berceau. Cette grand' beauté si exquise, En bref temps esclose et reprise, Ne fut à nous que par depost : Le ciel la monstra par merveille Comme une perle sans pareille Qu'on descouvre, et serre aussi tost. 2. Après les 20 stances, les éditeurs ont reproduit (p. 1 12) une Consolation à Made- moiselle de Saint-Germain pour la mort de Madame de Saint-Angel et (p. 115) des Qnadrains à Madame de B., pièces qui ne se rattachent pas au Primtems. N'aurait-i! pas mieux valu les mettre après les Poésies diverses? ' 156 REVUE CRITIQUE que le recueil de M. R. complète, sur ce dernier point, le recueil de ses devan- ciers, que je le recommande à tous les amis de d'Aubigné : il a d'autres titres encore à leur sympathie : imprimé avec un soin extrême (il sort des presses de Jouaust, et c'est tout dire) ', il est enrichi d'une notice très-piquante 2, oh l'on apprend « comment on s'est fourvoyé à plaisir au sujet du Printemps d'Agrippa » d'Aubigné, » comment, par exemple, à la suite d'une phrase des Mémoires en- jolivée par l'éditeur de 1729, enjolivée de nouveau par l'éditeur de 173 1, et subissant des travestissements de plus en plus graves (vitia acquirit eundo), on avait fini par admettre que le Printemps avait été imprimé (voir l'Histoire de M'^^de Maintenon par le duc de Noailles, 1848), et qu'après avoir été imprimé, il avait disparu (voir un article de M. Léon Feugère sur d'Aubigné dans la Revue contemporaine de novembre 1853)3. Les Notes et corrections, rejetées à la fin du volume (p. 1 37-144), seront lues avec profit par tout le monde. M. R. y éclaircit très-bien de nombreuses et délicates questions, et je tiens à citer le passage de son commentaire où il combat (p. 143) une opinion qui compte de considérables partisans : « Habemus confitentem reum. Le premier de ces deux quatrains se trouve dans le Divorce satyrique, avec une légère variante (Jeux, au lieu de vœux). En le plaçant comme sien dans son Printemps, d'Aubigné n'a-t-il pas ainsi tranché lui-même la question de paternité du Divorce satyrique, que Lenglet du Fresnoy lui avait judicieusement attribué (t. IV du Journal de Henri lU, 1 744, p. 14), mais qui était restée en litige.? Avant même d'avoir aperçu ce rappro- chement, qui nous paraît décisif, nous étions déjà convaincu que le Divorce était bien de d'Aubigné 4, surtout après avoir découvert et déchiffré, non sans peine, dans ses brouillons, tel quatrain sur la reine Margot qui dépasse tout ce que le célèbre pamphlet a de plus excessif. Il faut donc se résigner, en présence de cette constatation imprévue, à ranger le Divorce satyrique à côté de la Confes- sion de Sancy 5 . » T. DE L. 1. Ce petit volume porte le n° XVIII dans la collection si élégante appelée Cabinet du Bibliophile. 2. M. R. a choisi pour épigraphe, avec infiniment d'à-propos, cette citation tirée des Tragimies : « Ce sont les fleurs et l'espérance s> 3. Bien d'autres erreurs encore ont été commises au sujet du Printemps : Un judicieux critique, M. A. Sayous, qui, dit M. R. (p. xxiij), « le premier a été admis à pousser des » reconnaissances dans les archives privées où dormaient, depuis près de deux siècles, les » papiers posthumes de notre auteur, » n'a pas reconnu dans les manuscrits Tronchin le poème des amours de d'Aubigné : « Je n'ai rien découvert de ses premiers essais, » a-t- il tristement déclaré dans le chapitre sur d'Aubigné de ses Etudes littéraires sur les écrivains français de la Réformation (Paris, 1854, t. II, p. 207-312). L'assertion de M. Sayous a trompé la plupart de ceux qui ont écrit après lui, comme M. Postansque (d'Aubigné, sa vie, ses œuvres et son parti, thèse pour le doctorat ès-Iettres. 1854, in-S", p. 55). 4. M. R. écrivait en 1873 : a II en fut de même de cette autre virulente plaquette, le « Divorce satirique, qu'on lui a attribuée, et peut-être avec quelque raison » (p. v de l'In- troduction à l'Enfer, satire « dans le goût de Sancy » publiée pour la première fois d'aprïs le manuscrit du recueil de Conrart (N" XV du Cabinet du Bibliophile). 5. MM. R. et de C. rejettent ainsi {Introduction, p. xj) I authenticité du terrible docu- ment : « On ne trouvera pas dans notre édition le lourd et grossier pamphlet du Divorce » satirique, quelquefois attribué à d'Aubigné, sans autre raison que son inimitié bien connue d'histoire et de littérature. 157 VARIÉTÉS. Italia, hrsg. v. K. Hillebrand. Bd. II. Leipzig, Hartung; — Firenze-Roma-Torino, Lœscher; — Milano-Napoli-Pisa, Hœpli. In-8°, 335 p. — Prix : 10 fr. 75. Le second volume de V Italia a suivi de près le premier ' , et il le surpasse par la variété et l'intérêt des articles qui le composent. Nous avouons, il est vrai, ne pas goûter beaucoup un article de description et de fantaisie de M. W. Kaden intitulé : Un nid de peintres dans les montagnes de la Sabine, ni une nouvelle de M. H. Horner qui a pour titre : Le nourrisson. Un long article sur le théâtre italien depuis 1848, signé Yorick, nous paraît aussi d'un médiocre intérêt, mais la faute en est plutôt au sujet qu'à l'écrivain. Le volume pris dans son ensemble n'en a pas moins une grande valeur. Conformément au programme tracé par M. H. ce sont les Allemands qui se chargent de tous les travaux sur le passé de l'Italie. M. de Reumont nous donne une très-intéressante étude sur le Collège des Banquiers (collegio del cambio) à Perouse; M. Lanz passe en revue les plus récents travaux sur Machiavel, de Zambelli, de Sanctis, Guerzoni, Btienne, Gioda. Ce sont les Italiens au contraire qui nous parlent de l'Italie moderne, et il faut le dire, soit que les Allemands aient craint de paraître pédants, soit que les Italiens aient craint de paraître superficiels, ce sont leurs travaux qui jusqu'ici constituent la partie la plus solide et la plus nouvelle de V Italia. M. Fiorentino nous fait connaître le mouvement philosophique en Italie depuis 1 860 et nous indique avec brièveté et précision les divers courants qui se parta- gent la pensée italienne, les restes de l'hégélianisme avec Spaventa et Vera, le rationalisme sceptique avec Franchi ou Ferrari, le positivisme avec Marselli, Villari, Angiulli, de Dominicis, de Meis; les doctrines d'Herbart avec Bonatelli, et enfin des tendances spiritualistes variées avec Mamiani, Bertini, Ferri, Conti et Vito Fornari. M. Luzzati analyse les tendances des diverses écoles d'écono- mie politique qui existent aujourd'hui en Italie. On sait combien ces questions sont aujourd'hui brûlantes dans la Péninsule. Les doctrines des Catheder-socia- listen allemands y ont trouvé beaucoup d'écho et soulevé des controverses pas- sionnées. L'article de M. R. Pareto sur la campagne de Rome est aussi un article d'économie politique et a un intérêt d'actualité aujourd'hui que Garibaldi, inspiré sans doute par l'ombre de Cincinnatus, échange son épée contre une charrue. M. Gilioli raconte les voyages d'Odoardo Beccari (1865-1874), à Bornéo et en Nouvelle-Guinée, qui peuvent compter parmi les expéditions les plus héroïques et les plus utiles à la science qui aient été faites en ce siècle. M. Zumbini nous donne une intéressante description d'un des districts monta- gneux les plus pittoresques de la Calabre, la Sila, à l'est de Cosenza. — Enfin » contre Marguerite de Navarre. » MM. R. et de C. resteront-il^ fidèles à leur première appréciation? Je dois les avertir qu'un érudit qui a beaucoup étudié d'Aubigné, et qui a récemment eu lui aussi communication des manuscrits de Bessinges, M. Lud. Lalanne, regarde comme incontestable ce qui leur paraît si peu vraisemblable. I. Voy. Rev. crit., 1874. 2° vol. p. 380. 158 REVUE CRITIQUE M. H. s'est réservé la chronique politique. Si les numéros suivants de Vltalia, qui doivent paraître à des intervalles indéterminés, restent à la hauteur des deux premiers, l'entreprise de M. H. ne peut manquer de réussir malgré ce qu'il y avait d'un peu factice dans sa conception. SOCIÉTÉS SAVANTES. ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. Séance du 26 février 1875. Le ministre de l'instruction publique adresse à l'académie la liste des élèves de l'école des chartes qui ont reçu le diplôme d'archiviste-paléographe. Ce sont MM. Bourbon, Vayssière, Lelong, Clédat, Raynaud, Pontal^ Normand, Richou, et (hors rang) M. Terrât. Le ministre transmet à l'académie la copie d'une lettre de M, de Vaux, gérant du consulat de France à la Canée, au ministre des affaires étrangères, qui donne des détails sur les deux statues découvertes à Aptéra en Crète, dont il a été question à la séance du 5 février, et qui annonce qu'une découverte analogue vient d'être faite aux environs de Candie, et que d'autres fragments de sculp- tures antiques existent encore en divers endroits de la Crète. L'académie décide qu'il y a lieu de pourvoir au remplacement de M. d'.\vezac, membre ordinaire de l'académie, décédé. La discussion des titres des candidats est fixée au vendredi 1 2 mars. M. Ch. Giraud étant souffrant, la suite de sa lecture sur les tribuni militum a populo est ajournée à une autre séance. M. de Witte lit une note sur deux amphores panathénaïques, trouvées à Corneto, dont il a déjà entretenu l'académie à la séance du i^"" août 1873. Il met sous les yeux des membres de l'académie des dessins de ces amphores qui lui ont été adressés par M. Newton, conservateur du musée britannique, où elles se trouvent aujourd'hui. Ces dessins lui permettent de rectifier sur quelques points sa première communication et d'y ajouter quelques détails nouveaux. M. de Longpérier lit un travail de M. Chabas sur un papyrus du musée de Turin qui contient des formules magiques pour préserver de la mort. Ce docu- ment présente d'abord une formule destinée à détruire tous les germes mortels, puis une énumération nominative de tous les genres de mort contre lesquels cette formule doit protéger ceux qui l'emploieront. Cette liste ne comprend pas moins de 73 articles qui se suivent sans aucun ordre. M. Chabas a rédigé, au sujet des expressions qui désignent chacun de ces divers genres de mort, des notes philologiques approfondies, dont M. de Longpérier, sans en donner lecture, signale l'importance et l'intérêt. Ouvrages offerts à l'académie : J. Labarthe, Histoire des arts industriels, nouvelle édition, t. 3, fasc. 3 et 4; Edm. Le Blant, Une lampe païenne portant la marque ANNISER (extr. de la Revue archéologique); d'histoire et de littérature. 159 Rig-Veda-Sanhita, éd. Max Mûller, vol. 6; Os fasîos de Publia Ovidio Nasào corn traducçâo em verso portuguez por A. Fe- liciano de Castilho, etc., 5 v. 8° ; Historia dos estabelecimentos scientificos, litterarios e ârtisticos de Portugal, por José Silvestre Ribeiro, 4 vol. 8° ; Portugaliae monumenta historica, plusieurs fascicules fo. Ces trois derniers ouvrages sont envoyés par l'académie royale des sciences de Lisbonne. M. Mohl présente de la part de M. Lane le 5® fasc. de son Arabic-english lexicon, Lond. 1874, 4°. M. Egger présente les t. 2 et 3 de la 2^ édition du traité de droit constitu- tionnel (en grec) de M. Saripolos, professeur à l'université d'Athènes. M. Léopold Delisle présente de la part de M. Tamizey de Larroque un ouvrage intitulé Documents inédits pour servir à l'histoire de l'Agenais. M. Abel Bergaigne commence la lecture d'un mémoire sur V arithmétique mythologique du Rig-Veda. Avant d'entamer l'étude de ce qui fait proprement le sujet de ce mémoire, l'auteur expose dans une introduction les idées qu'il pro- fesse sur l'interprétation des mythes védiques en général, et qui l'ont guidé dans ce travail particulier. Il pense qu'on a eu tort de voir dans les mythes védiques des représentations directes des phénomènes naturels, tandis qu'il n'aurait fallu chercher dans ces sortes de représentations que l'origine primitive de ces mythes. On a trop oublié que le Rig-Veda ne nous offre pas une simple poésie descriptive de la nature, mais qu'il est le monument d'une religion déjà constituée et qui avait ses dogmes, reposant essentiellement sur la croyance à l'identité du feu et du Soma, sous leurs formes céleste, atmosphérique et terrestre, et à l'action de ces différentes formes l'une sur l'autre et surtout du feu du sacrifice sur les feux de l'atmosphère et du ciel. Ce sont ces dogmes que M. Bergaigne veut dégager de l'interprétation des mythes védiques : il croit plus utile de se livrer à cette recherche historique que de se réduire comme aujourd'hui à une vérification surabondante du caractère naturaliste de la religion et de la mythologie védi- ques, que personne ne conteste. Si l'on objecte qu'une telle théorie oblige, pour ne pas briser les liens qui paraissent unir les mythes védiques aux mythes grecs et autres, à reculer la formation de ces dogmes jusqu'à la période antérieure à la séparation des peuples indoeuropéens, M. Bergaigne (en même temps qu'il revendique les droits de l'exégèse védique indépendante contre les empiétements de la mythologie comparée) répond qu'il n'y a rien d'invraisemblable à attribuer à ces croyances une si haute antiquité. Le dogme essentiel de l'identité du feu sous ses trois formes primitives est indoeuropéen, comme l'a montré M. Kuhn dans son livre sur la descente du feu. Le haut rang d'Hestia et de Vesta dans le panthéon des Grecs et dans celui des Romains prouve que ces peuples ont cru comme les Hindous de l'époque védique à la toute puissance des sacrifices. — Dans le mémoire qui va suivre, M. Bergaigne compte démontrer que les nom- bres védiques peuvent s'expliquer tous par différents systèmes de division de l'espace et par les places du feu ou du Soma universel, qui correspondent à ces différentes divisions. Julien Havet. l6o REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. LIVRES DÉPOSÉS AU BUREAU DE LA REVUE. Von Hellwald, Culturgeschichte in ihrer natûrlichen Entwicklung bis zur Gegenwart (Augsburg, Lampart). — Jahrbiicher des deutschen Reichs unter Heinrich IIL Von Stein- DORFF (Leipzig, Dunclcer und Humblot). — Maspons y Labros, Jochs de la Infancia (Barcelone, Martî y Cantô), — Merwart, Erster Zusammenstoss Polens mit Deutsch- land (Graz, Josefsthal). — Moliere's Werke herausg. von Laun. l. II. III. IV. (Berlin, Van Muyden ; Paris, Sandoz et Fischbacher). — Mommsen, Rœmisches Staatsrecht. 2. Bd. 1. Abth. (Leipzig, Hirzel). — G. Muller, De Theophrasti dicendi ratione. Pars prima. Observationes de particularum usu (Anstadt, Frotscher). — Paulus Rœmerbriefe, von VoLKMAR (Zurich, Schmidt). — Peipers, Untersuchungen ùber das System Plato's. I. Th. (Leipzig, Teubner). — Rig-Veda Sanhita. Ed. by Max Muller. Vol. VI. Pré- face (London, Allen). — Teutsch, Geschichte der Siebienbûrger Sachsen. 2. Aufl. 2 Bde (Leipzig, Hirzel). — Wodsworth, Fragments and Spécimens of early latin (Oxford, Clarendon Press). — Archives révolutionnaires du département de la Creuse 1 789-1 794, par L. DuvAL (Guéret, chez l'auteur). — Boucher de Molandon, Note sur un gros tournois de St-Louis, 2' éd. (Orléans, Herluison). — A Commentary on the text of the Bhagavad Gîtâ by HuRRYCHUND Chintamon (London, Trûbner). — Commentationes Philologae; scrips. Seminarii Philol. Regii Lipsiensis Sodales (Lipsiae, Gieseke et Devrient). — De Castro, Arnaldo da Brescia e la rivoluzione romana de XII sec. (Livorno, Vigo). — Froment, l'Éloquence et le Barreau dans la i" moitié du XVI' siècle (Paris, Thorin) ; Essai sur l'histoire de l'éloquence judiciaire avant le XVII* s. (Ibid.). — Gauthier, Histoire de Marie Stuart, 2* éd., 2 vol. (Paris, Pion). — Geographisches Jahrbuch. V. Bd. 1874. Herausg. v. Behm (Gotha, Perthes). — Grassmann, Wœrterbuch zum Rig- Veda , 4. Lief. (Leipzig, Brockhaus). — Huillard-Bréholles, Titres de la maison ducale de Bourbon, 2 vol. (Paris, Pion), — Lalor (l'abbé), Cartulaire de Saint-Loup de Troyes; Trésor de Clairveaux. — Landau, Beitrasge zur Geschichte der italienischen Novelle (Wien, Rosner). — Marsden's Numismata Orientalia. A new éd. Part I. An- cient Indian Weights by Ed. Thomas (London, Trûbner). — Olivier de Magny, Les Souspirs, p. p. E. Courbet (Paris, Lemerre). — Paillard, Histoire de la transmission du pouvoir impérial à Rome et à Constantinople (Paris, Pion). — Roget, Histoire du Peuple de Genève, t. III, 1" livr. (Genève, Jullien). — Sweet, History ofEnglish Sounds (London, Trûbner). — The Chinese Classics transi, into Engiish by Legge. Vol. II. The Life and Works of Mencius (London, Trûbner). — Wallon, Saint Louis et son temps, 2 vol. (Paris, Hachette). — Zupitza. Altenglisches Uebungsbuch (Wien, Brau- mûller). Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. In-8", 22 p. (intéressante brochure). — Heller, Curae criticae in Platonis de republica libros. Berlin, Calvary. ln-4", 48 p. (contrib. à la statistique des mauvaises leçons du ms. de Paris A). — Volkmann, Geschichte und Kritik der Wolfschen Proiegomena zur Homer (nous publierons prochainement un article de M. Weil sur cet ouvrage). — Hartel, Homerische Studien. II. Wien , Gerold's S. In-S", 50 p. (ce cahier traite du hiatus). — Des Magisters Petrus de Ebulo liber ad honorem Augusti; herausg. v. Winkelmann. Leipzig, Duncker u. Humblot. In-8°, xij-96 p. (bonne édition; l'art., compétent, signale pourtant un assez grand nombre d'erreurs et fautes typogr.). — Henning, Ueber die Sanctgallischen Sprachdenkmaeler. Strassburg, Trùbner. In-8°, xvj-i 59 p. (plein d'érudition et d'utiles contributions à la philol. germanique). Revue d'Alsace, Janvier-Mars 187$. R. Reuss, Lettres inédites de Louis XIII, Louis XIV, du prince de Condé, etc., au magistrat de Strasbourg (ces lettres écrites dans les années 1642- 1647 nous montrent la ville de Strasbourg, bien que neutre pendant la guerre de Trente-Ans prêtant un secours constant aux armées françaises, qu'elle ravitaille). — Tuefferd, Curiosités de l'histoire de Montbéliard (on regrette que les détails très-piquants donnés par M. T. sur l'ivrognerie et la goinfrerie des habitants de Montbéliard au xvi*' s. ne soient accompagnés d'aucun renvoi aux sources où il les a puisés). — A. Benoit, Col- lections et collectionneurs alsaciens (xvii* siècle : Sébastien Schag, Jacques Men- tel, Louis-Balthazar Kunast, de Ratzamhausen , Elias Brackenhoffer ; xviii" s, : Bartenstein, bibliothèques et musées des couvents d'Alsace, Beysser, Schœpflin, Silbermann, etc., etc.). — Ch. Grad, Les Nains du Hohneck, légende popu- laire. — F. S. Tripone, Le Blocus et le siège de Belfort du 24 décembre 181 3 au 16 avril 1814 (ce journal d'un notaire de Belfort raconte avec une précision minutieuse tous les détails de la défense de Belfort, qui a eu en 1814 comme en 1 87 1 , la gloire de prolonger sa résistance jusqu'après la prise de Paris, et n'a capitulé qu'avec tous les honneurs de la guerre). — Bibliographie. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en magasin. Aboul-Ghâzi Bèhâdour Khan. His- toire des Mogolset des Tatares. Publiée, traduite et annotée par le baron Desmai- sons. T. II. Traduction. Gr. in-S", 393 p. Leipzig (Voss). 7 fr. 50 Arnold (J. M.). Islam : its History, Cha- racter and relation to Christianity. 3d Edit. In-8* cart. London (Longmans). 17 fr, 50 Bacon (F.). Letters and Life of; inclu- ding ail his occasional Works, new. col- lected and set forth in Chronological order. With a Commentary, Biographi- cal and Historical by J. Spedding. Vol. 7. In-8*, 656 p. cart. London (Long- mans). 1 5 fr. Bamberg (A. v.). Homerische Formen zur Erganzg. v. D' C. Franke's griech. Formenlehre. In-8*, 19 S. Berlin (Sprin- ger). 50 c. Beke (C. T.). Jésus the Messiah ; being an Answer anticipatory to the Work, « Supernatural Religion. » New edit. In-8* cart. London (Trùbner et C'). '3 fr. is Birks (T. R.). Modem Utilitarianism ; or, the Systems of Paley, Bentham and Mil! examined and compared. In-8*, 248 p. cart. London (Longmans). 8 fr. 15 Bonstetten (v.). Carte archéologique du canton de Vaud. Accompagné d'un texte explicatif. Bern (Huber et C'), 7 fr. 50 Catalogo per ordine alfabetico di testi di lingua in edizioni citate dagli Accademici délia Crusca. ln-8", 52 p. Parma (tip. Grazioli). Codices Mss. operum S. Thomas de Aqui- no e S. Bonaventurae in regia neapoli- tana Bibliotheca (compilatoda A. Miola). In-S", 52 p. Napoli (tip. degli Accatton- celli). Cunningham (A.). Traditional Taies of the English and Scotch Peasantry. New Edit. In-S" cart. London (Kerslake). 7 fr- So D^Ancona (A.). I precursori di Dante, In-16, 1 14 p. Firenze (Sansoni). 2 fr. Dobrée (P. P.)- Adversaria critica. Edi- tio in germania prima cum praefatione G. Wagneri. Vol. 2. Adversaria ad De- mosthenem et Sophistas spectantia. In- 8°, 220 p. (Calvary). 2 fr. 75 Dods ey's Select Collection of Old Eng- lish Plays. 4th Edit. By W. C. Hazlitt. Vol. 6. In-S", 578 p. cart. London (Reeves et T.). 13 fr. 15 Doublier (L.). Geschichte d. Alterthums vom Standpunkte der Kultur m. besond. Rucksicht auf die Entwickelg. d. volks- wirthschaftl. Lebens in Ackerbau, Handel u. Industrie. In-8*, xvj-736 S. Wien (Hœlder). 12 fr. Hall (W. E.). Rights and Duties of Neu- trals. In-8* cart. London (Longmans), 10 fr. 65 Jahrbuch fur romanische und englische Sprache u. Literatur. Begrundet im Verein m. F. Wolf und A. Ebert, hrsg. von D' L. Lemcke. Neue Folge. 2. Bd. 4 Hefte. Leipzig (Teubner). 21 fr. 35 Koren (0.). Quaestiones Symmachianae. In-S», 46 p. Wien (Gerold). 8j c. Kummer (C. F.). Die Jungfrau von Or- léans i. der Dichtung (Shakespeare, Vol- taire, Schiller;. In-8»,4i S. Wien (Hœl- der). I ^r- 3 5 Lenz (M.). Kœnig Sigismund u. Heinrich der Fûntte v. England. Ein Beitrag zur Geschichte der.Zeit des Constanzer Con- cils, In-S", viij-2 1 5 S. Berlin (G. Reimer). 4 fr. Le Strange (T.). Development of Créa- tion on the Earth. In-8° cart. London (Trûbner et C»). 3 fr. i s Legends of the Old Testament traced to their Apparent Primitive Sources. In-8° cart. London (Trùbner et C). 6 fr. 25 Mahn (A.). Ueber die epische Poésie der Provenzalen besonders ûber die beiden vorzùglichsten Epopen Jaufre u. Girartz de Rossilho, so wie ùber die Ausgaben und Handschriften, worin sich dieselben be- finden. In-8*, 24 S. Berlin (Diimmler). 1 fr. 2j Mira (G.). Bibliografia siciliana ovvero Gran Dizionario délie opère édite ed inédite, antiche e moderne di argomento siciliano stampate in Sicilia efuori. In-4*, p. i-272. Palermo (tip. di Gaudiano). Pavesio (P.). Carlo Botta e le sue opère storiche con appendice di lettere inédite e di un ragguaglio intorno ad opéra del Botta rara e poco nota. In-S", 198 p. Firenze (tip. dell' Associaz.). Raccolta di rime attribuite a Francesco Petrarca che non si leggono nel suo Can- zoniere colla giunta di alcune fin qui iné- dite, pubblicate dal prof. P. Ferrato. In-8*', viij-72 p. Padova (Prosperini). 5 fr- Records of the Past, being English Trans- lations of the Assyrian and Egyptian Monuments. Vol. 2. Egyptian Texts. In-8*, 184 p. cart. London (Bagster). 4 fr. 40 Roby (H. J.). A Grammar of the Latin Language, from Plautus to Suetonius. In Two Parts. Part 2 ; containing Book 4, Syntax; also Prépositions. In- 12, 660 p. London (Macmillan). 13 fr. 15 Sacken (E. v.). Ueber e. neues Militar- diplom. von Kaiser Elagabalus. Mit 2 (emgedr.) Zinkographien. Gr.in-8", 14 S. Wien (Gerold). 60 c. Sozimeni Ecclesiastica Historia. Edited by R. Hussev. Vol. i. In-8° cart. Lon- don (Macmillan). 18 fr. 75 Strelitz (A.). De antiquo Ciceronis de re publica librorum emendatore. In-8°, 95 p. Breslau (Leuckart). 2 fr. 75 Tylor (T.). Ecclesiastes : A Contribution to its Interprétation and a Translation. With notes. In-8' cart. London (Wil- liams et N.). 9 fr. 40 Zeitschrift fiir deutsches Altherthum. Hrsg. V. K. Mûilenhoff u. E. Steinmeyer. Neue Folge. 6. Bd. i. Hft. In.8', 160 S. Berlin (Weidmann). 4 fr. Nogent-Ie-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur. N* 11 Neuvième année. 13 Mars 1875 JR,gVUE CRIJIQUE D'HISTOIRE ET DE LitTÉRATURE RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL,,.G, MQ^OD^. G..JPARISV "~ Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Gdyàrd. Prix d'abonnement : Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus suivant le pays. :> o^pi snu 0; PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 67, RUE RICHELIEU, 67 Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire. d6 la. Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). )'.',^-y',\ ANNONCES En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, ';:} -!;,)' o.iT .^.^; 67, rue de Richelieu. ';v,^s^i£f.!piî^li >9b ,3upiî G-Q 1 Q T Q Le Petit Poucet et la Grande Ourse, i vol. în-iô • JC- jf\ Iv 1 0 imprimé en caractères elzeviriens. 2 fr. 50 BpClÔffeÈQiJE DE l'École DE$.Hii^êlSTibES n".;;,;,-j;-.:.= -y : 20^ fascicule; •■''>•! •j'^'^ ni. ''H .k"' ;:;■';; r^ î T T XIT^ T î T T7 IVÎ ""stitution oratoire. Collation d'un ms. V^ U 1 IN 1 1 i-i 1 Ci IN du xe siècle, par Emile Châtelain et Jules Le Coultre, licenciés ès-lettres, élèves de PÉcole des hautes études. 5 fr. ,-••'.', iS^ ET ï ^^ fascicules précédemrnent £arus : RT\ tr^ T' A QT^ 17 V O T î?^ : Éttide sur les comtes et • LJ £_j l:^i\^i:i £iJ^lL. .L\i'i]fjii^ -vicomtes de Limoges antérieurs à l'an 1000. , '^^f'^noO olJDoHop — .^ oz ^ f^ Af^HA R ^/IF^^T'ÎT"T]-^R '^^^^^^ ^^ ^^ formation des • L/rVrviVl EuO 1 LLi l dl\ mots composés dans la langue française comparée aux autres langues romanes et.au latin. 12 fr. d Jj .Vil:- ' ;'jA ~.(.U Ik Pour paraître très-prochainement tr:l .TrrrtbM , 2 le fascicule. Hymne à Ammon Ra des papyrus de Boulaq, traduit et com- menté par Eugène Grébault, avocat, élève de l'École des hautes études. PÉRIODIQUES. The Academy, N* 146, new séries, 20 février. Kinglake, The Invasion of Crimea. Vol. V. Edinburgh and London, Blackwood and Sons (G. Chesney : ce volume est consacré à la bataille d'Inkermann). — Blanchard Jerrold : The Life of Napoléon III. Vol. IL London, Longmans and Co. (Etienne Coquerel: ce volume embrasse la période comprise entre 1837 et 1848; l'auteur n'a pas un mot pour blâmer « les fautes et les crimes du prince •)). — Notes and News. — Notes of Travel. — American Scholars and the « Academy. » — Letters of Joseph Spence. — Boston Letter (Thomas Sergeant Perry : nouvelles scienti- fiques et littéraires). — The Leyden tercentenary Festival. — Correspondence. The late D"" Rowland Williams (Ellen Williams). — The Original of Shaks- pere's «Othello» (Edward H. Pickersgill : réfute la précédente communication de M. Rawdon Brown). — Piètrement, Mémoire sur les Chevaux à trente- quatre côtes des Aryas de l'époque védique. Paris, E. Donnaud (Max Mùller : communique une lettre de M. Huxley qui démontre que le passage du Rig-Veda sur lequel s'appuie M. Piètrement ne suppose nullement l'existence de chevaux n'ayant que ^^4 càtes). — Meetings of Socieiies (Soc. de l'Institut anthropologique, des antiquaires, New Shaksp., anthrop. de Londres). The AthensBum, N" 2469, 20 février. W. Smith and Grove, An Historical Atlas of Ancient Geography, Biblical and Classical. Murray (i^'art. sur ce splendide Atlas). — G. Gaskell, Algeria as It is. Smith, Elder and Co. (très- superficiel). — The Dâthdmnsa, Ed. and Transi, by Coomara Swamy (cf. Revue crit., 1874, II, p. 102). — Mr. Wilkin's Edition of the « Georgics » (réplique de l'auteur à l'art, de VAthen.). — Mr. I. T. Prichard (A. R. : quelques détails biographiques). — Officiai Philology (M. R. A. Dalyell réclame contre l'ex- pression « tissue of blunders « appliquée par un article de VAthen. à la partie de l'ouvrage intitulé « Spécimens of the Languages of India » qu'il a rédigée). — Notes from Paris (Edmond About). — Literary Gossip. — Societies (Soc. asia- tique, des antiquaires, de l'Inst. anthrop., New Shaksp.). — The Temple of Herod (C. Warren). liiterarisches Centralblatt, N* 9, 27 février. Hammerich, ./Elteste christ- liche Epik der Angelsachsen, Deutschen und Nordlaender. Aus dem Dasnischen von A. Michelsen. Gûtersloh, Bertelsman. In-8°, vi)-28op. (important ouvrage). — Seidemann, D"" Jacob Schenk. Leipzig, Hinrichs. .In-8°, 203 p. (contribution de grande valeur à l'histoire de la Réformation). — Ostfriesisches Urkundenbuch. Herausg. v. Friedl;ender. i. Heft. 787-1400. Emden, Haynel. In-4'', viij- 152-xiv p. — Bestushew-Rjumin, Geschichte Russlands. Ueb. v. Schiemann. I. Bd. I. Lief. Mitau, Behre. In-8", 160 p. (ce commencement ne fait pas bien augurer de la suite). — Fitting, Zur Geschichte der Rechtswissenschaft am Anfange des Mittelalters. Halle, Buchh. d. Waisenhauses. In-8°, ij-28 p.; Glosse zu den exceptiones legum Romanorum des Petrus, herausg. v. Fitting. Ebd. In-S", iv-68 p. — Schulz, Spéculum Saxonicum num latino sermone conceptum sit? lena, Dufît. In-S", 26 p. — Collectio Consuetudinum juris apud Slavos méridionales etiam num vigentium. V. Bogishicz. i. livr. In-8°, lix-714 p. — Bethman-Hollweg, Der Civilprozess des gemeinen Rechts. 6. Bd. Bonn, Marcus. In-B°, xj-271 p. — Plinii Secundi naturalis historia. D. Detlefsen recens. Vol. V. Berlin, Weidmann. In-8", x-249 p. (ce volume termine la bonne édition de M. D.). — Acta fratrum arvalium quse supers, restit. et illustr. Hen- zen. Berlin, Reimer. In-8°, ccxlv-240 p. (art. anal.). REVUE CRITIQ^UE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE N- 11 — 13 Mars — 1875 Sommaire : 49. Talboys Wheeler, Histoire de l'Inde. — $0. Hurrychund Chintamon, Commentaire sur la Bhagavad-Gita. — 51. Volkmann, Histoire et cri- tique des Prolégomhnes sur Homère, de Wolf. — 52. Jaffé, Monuments Alcuiniens, p. p. Wattenbach etDiiMMLER. — 53. ScHOLz, Acquisition par Charles IV de l'Élec- torat de Brandebourg. — 54. Paillard, Considérations sur les causes générales des troubles des Pays-Bas auXVI'' siècle; Histoire des troubles religieux de Valenciennes, 1 560-1 567. — 55. ViNET, Bibliographie méthodique et raisonnée des beaux-arts. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions. 49. — The History of India : hindû, buddhist, and brahmanical. By J. Talboys Wheeler. London, Triibner, 1874. In-8*, xxiv-joo p. M. Wheeler a déjà publié deux volumes sur l'Histoire de l'Inde, l'un conte- nant l^analyse critique des Vedas et du Mahâbhârata, l'autre celle du Râmâyana et des lois de Manu, Celui que nous avons sous les yeux peut faire suite aux deux autres, mais il permet aussi de s'en passer, car il en contient dans les deux premiers chapitres un résumé succinct. Les chapitres suivants traitent : de la vie et de l'enseignement du Buddha, de Pinde des Grecs et des Romains, de l'Inde buddhique, du théâtre hindou, des Rajpoutes, de la restauration brahma- nique, etenfm de l'Inde portugaise. Ce sont autant d'analyses d'ouvrages connus, tels que la vie du Buddha de Bigandet, le théâtre hindou de Wilson, les anti- quités du Râjasthan de Tod, etc. Ils nous présentent, l'énumération ci-dessus l'indique suffisamment, non pas une histoire suivie, mais une succession de tableaux rangés dans un ordre chronologique assez lâche. Ce qui en forme l'unité, ce sont les commentaires de l'auteur sur le développement de la civilisa- tion et des religions de l'Inde, commentaires qui ne sont certes pas à dédaigner, puisque M. Wh. a passé quinze ans dans l'Inde et en Birmanie, et qu'il y a vu pour ainsi dire fonctionner sous ses yeux des institutions et des mœurs que les siècles n'ont changées qu'en partie : il a donc pu en comprendre le jeu et les effets beaucoup mieux qu'un savant de cabinet. Mais enfin ces commentaires, généralement ingénieux et quelquefois vraisemblables, n'en ont pas moins un caractère hypothétique, parce que l'auteur était dépourvu des moyens nécessaires pour arriver à une démonstration rigoureuse. Incapable de puiser lui-même directe- ment aux sources indigènes il n'est en outre nullement au courant des travaux euro- péens, qui ont, depuis un demi-siècle surtout, jeté quelque clarté au milieu des ténèbres de l'antiquité indienne. Aussi nous présente-t-il sous des formes tout à fait inattendues des faits qui ne sont plus, et même qui n'ont jamais été en discussion. Nous ne citerons que des exemples courts mais significatifs. Le célèbre philosophe Çankara Âchârya est appelé partout, dans le texte et dans l'index, Sankha Achâ- rya. Le nom de Prasenajit, le roi contemporain du Buddha, est toujours écrit Prasa-najiî^ et M. Wh. cherche dans la première partie de ce mot ainsi coupé les Ilpadioi des historiens grecs. Un appendice spécial est consacré à Açoka, dans lequel M.Wh. reconnaît bien, comme la plupart des historiens, le Piyadasi XV H l62 REVUE CRITIQUE des inscriptions; mais il veut en même temps l'identifier avec Chandragupta, le monarque dont les relations bien connues avec Seleucus premier sont le pivot de la chronologie indienne. Sans sortir du livre de M. Wh. on trouve dans les inscriptions de Piyadasi reproduites quelques pages plus haut d'après les tra- ductions de Prinsep et de Wilson, l'énumération des souverains grecs contem- porains du fameux roi buddhiste, ce qui suffit pour réfuter cette étrange identi- fication. On voit assez pourquoi l'Histoire de l'Inde de M. Wh. ne saurait faire ici l'objet d'un examen approfondi. Il semble d'ailleurs, d'après un passage de la préface, que l'ouvrage soit plus spécialement destiné aux Hindous et à ceux who arefamiliar wiîh India, c'est-à-dire sans doute, qui connaissent V\x\àt de visu. pour y avoir séjourné ou voyagé. A ces deux catégories de lecteurs, les analyses des principales œuvres de la littérature indienne et d'un certain nombre de livres qu'on ne peut pas toujours se procurer facilement ni emporter avec soi, seront effectivement fort utiles. Si l'on ajoute que l'exposition de M, Wh. est claire, simple, et d'une lecture agréable, on s'expliquera le succès des deux premiers volumes et on prévoira celui du troisième. jo. — Hurrychund Ghintamon; A Commentary on the text et the Bhagavad-Gîtâ, or the discourse between Krishna and Arjuna on divine matters; a sanscrit philoso- phical poem. With a few introductory papers. London, Trùbner and Co. 1874. In-S", xxiv-8j p. — Prix : 7 fr. 50. Ce livre ne répond à son titre que pour la forme. L'auteur, M. Hurrychund Ghintamon, qui est agent politique à Londres du Guicowar de Baroda (celui-là même qui se trouve sous le coup d'un impeachmenî pour tentative d'empoison- nement sur la personne du résident britannique), se présente à nous comme un grand admirateur de la civilisation européenne et un chaud partisan du progrès sous toutes ses formes, social, politique, moral et religieux. L'esprit obsédé de tant de graves problèmes et jugeant sans doute que toute occasion est bonne pour dire des vérités, il a pris prétexte de la Bhagavad-Gîtâ pour nous dire les siennes. Le lecteur est prévenu en conséquence que <( la philosophie qu'il trou- » vera dans ces pages n'est celle ni de Patanjali, ni d'Epicure, ni de Lucrèce, » ni de Kant, ni de Berkeley, ni de Gousin, mais simplement celle du sens » commun. » On devait s'attendre avant tout à y trouver celle de la Bhagavad- Gîtâ ; mais les convictions fortes nous ménagent quelquefois de ces surprises-là. La Bhagavad-Gîtâ se trouvant ainsi transformée en un exposé de la philoso- phie du sens commun, par quoi il faut entendre celle de l'auteur, présente, cela va sans dire, un ensemble parfaitement homogène et consistant. Pour en avoir l'intelligence, il est donc inutile d'en scruter les origines, d'y noter les emprunts, d'en analyser les centons. G'est une allégorie pure, dont il s'agit seulement d'avoir la clef. Gette clef, la voici : « Par les deux familles de même race, les » Kurus et les Pândavas, il faut entendre les deux familles de la Passion et de » l'Intelligence, qui sont aussi d'une même race, le genre humain, lequel est d'histoire et de littérature. i6; » appelé Kshatriya, parce qu'il est doué d'un élément belliqueux, la Raison. Le ^microcosme ou l'homme, aussi bien que le vaste monde, esta jamais le champ » de la bataille du vice et de l'erreur contre la vérité et la vertu... Arjuna repré- » sente l'Esprit; son char représente le Corps; son cocher, Krishna, représente » la Raison. » Ce que devient le poème appliqué sur ce lit de Procuste, on peut se l'imaginer. Ainsi, quand au début le vieux roi aveugle Dhritarâshîra demande à son fidèle écuyer Sanjaya « qu'arriva-t-il après que mes fils et mes » neveux se furent rangés en bataille les uns contre les autres ? » et que San- jaya lui répond par la description et le dénombrement des deux armées, nous devons, à la place de ce dialogue, imaginer le suivant : « L'opinion populaire : *r Quand l'homme, qui est doué d'un esprit investigateur, arrive sur la scène de » ce monde pour penser par lui-même, quelle est sa situation dans la société ^ » — La vérité : L'homme naît dans un état non développé. Son premier âge j^ est un âge d'ignorance et de soumission à tout ce qu'on lui dit de croire. » Quand il arrive à la virilité, il s'émancipe de ces habitudes enfantines, excepté » en religion, où il garde sa crédulité Un petit nombre seulement com- * mencent à douter et, avec l'aide de la Raison, finissent par prendre courage ti et par fouler aux pieds la superstition. A ce moment, quand l'homme voit » clairement que la paix de son royaume mental est troublée par la Passion, il )i- réagit contre elle. La Tentation vient en aide à la Passion. La Raison, après » avoir tenté inutilement un essai de médiation, décide enfin l'Esprit à déclarer la )) guerre et à risquer la bataille. Les deux commandants en chef sont l'Intelli- » gence d'un côté, la Passion de l'autre. Les généraux sont la Piété opposée à )) l'Irréligion, la Patience opposée à la Colère..., etc. » Quand ce procédé d'in- terprétation devient trop embarrassant, l'auteur se tire d'affaire en s'esquivant par la tangente. Ainsi l'allégorie de l'arbre au chap. xv, qui est un de ces élé- ments traditionnels que le poème ramasse en chemin sans se les assimiler suffi- samment, est remplacée par une petite leçon de physiologie comparée. Ailleurs, comme pour la majeure partie des chap. x et xi, il n'y a pas de commentaire du tout, l'auteur se bornant à dire « ceci est poétique » ou « ceci est purement )■> théologique. » Evidemment ce n'est pas à la Bhagavad-Gîtâ, mais aux opi- nions personnelles de M. H. Ch. que nous avons affaire en tout ceci. Quant à ces opinions en elles-mêmes, ce serait une tâche fastidieuse s'il fallait, pour s'en former une idée, les recueillir tout le long d'un poème qui les repousse. Heureusement l'auteur nous a évité cette peine en les résumant ex professo dans son Introduction et dans un écrit particulier intitulé Progrès théologique, dont voici la substance : tout est action et par conséquent progrès : la preuve est fournie par les sciences naturelles, chimie, astronomie, géologie, botanique, minéralogie, zoologie, mécanique, physique proprement dite, etc., dont les merveilleuses conquêtes sont passées en revue. Toutes ces sciences sont actives, ou nous révèlent l'action; les idées de l'auteur s'embrouillent quelquefois là-dessus. Seule la théologie fait exception; seule elle est immobile; seule elle n'a point eu ses Newton et ses Faraday (l'auteur oublie que ces deux savants se sont beaucoup occupés de théologie dans le sens large où il prend 164 REVUE CRITIQUE ce mot). « Où, quand et comment la pierre de touche de la science a-t-elle été » appliquée à la théologie ? A peine en aucun temps, en aucun lieu, a-t-elle » jamais senti cet attouchement de nature céleste — attouchement aussi léger » mais non moins puissant, aussi silencieux mais non moins efficace que celui » de la lance d'Ithuriel s'abaissant sur le crapaud blotti à l'oreille d'Eve dans » le paradis Toujours sur la mare ténébreuse de la théologie flotte » l'écume verdâtre et fétide de la superstition. N'est-il pas temps qu'un ange » descende et vienne troubler les eaux de ce Bethesda spirituel — maintenant, » hélas ! inutile bourbier ou marécage exhalant la fièvre ? » Pour pro- céder à cette désinfection, M. H. Ch. fait un appel à la coalition de toutes les forces actives, sans acception de pays, de couleur et de race. Seulement il oublie de nous dire sur quels principes s'établira l'accord, et de quelle manière ces forces agiront. Tout en inclinant au positivisme, M. H. Ch. ne se rattache en efïet à aucune doctrine précise. Il se contente d'être un « ami des lumières » et il est tel de ses futurs alliés à qui il pourrait bien sembler être lui-même encore profondément engagé dans « la mare ». Bref pour tout programme nous sommes renvoyés à la philosophie du sens commun. C'est une chose précieuse que le sens commun, et riche en excellentes maximes, entre autres celle-ci, qu'il ne faut se mêler que de ce qu'on entend bien. L'auteur se doute-t-il que tout ceci n'est pas aussi neuf qu'il se l'imagine ? que la plupart des questions qu'il agite ainsi en phrases vagues, ce n'est pas d'aujourd'hui qu'elles sont soumises, même parmi ses compatriotes, à l'enquête scientifique ? et qu'en particulier sa propre méthode d'interprétation est précisément celle dont l'abus a été le plus reproché à la théologie ? Je ne mets pas en doute l'excellence de ses intentions; je ne prétends pas non plus juger ce qu'on peut appeler sa doctrine, et je suis prêt à reconnaître qu'il y a de bonnes choses dans son livre. Mais il a visé trop haut. Au lieu de tout ce verbiage ramassé dans les Magazines, et plutôt que de nous parler de « l'électricité voltaïque de Galvani et de la thermo-électricité du » Prof. Seebeck de Berlin », il eût mieux fait de s'enquérir un peu des choses et du passé de son propre peuple, puisqu'il entreprenait d'en commenter un des plus beaux monuments, et de surveiller l'orthographe de ses citations sanscrites (qu'il appelle aryennes et donne en caractère nâgarî), qui sont estropiées neuf fois sur dix. Mais je ne veux pas m'arrêter à ces erreurs de détail, bien que, dans le nombre, il y ait des choses très-fortes. Si ce livre était sorti d'une plume européenne, la critique n'aurait point à s'en occuper. Si j'en ai parlé si longue- ment, c'est que l'auteur est hindou. Et malgré cela j'aurais mieux fait peut-être d'être plus court. Nous ne sommes plus en effet autant tenus que par le passé de faire cette distinction. Le temps n'est plus, où c'était presqu'un évé- nement de voir un de nos arrière-cousins des bords du Gange prendre part au mouvement littéraire et scientifique de l'Occident et où l'indulgence qu'on doit à des novices était envers eux de rigoureuse équité. Les sciences et les méthodes de l'Europe ont trouvé parmi eux des disciples nombreux et distingués, et les compatriotes de M. H. Ch. nous ont donné eux-mêmes le droit d'être sévères envers lui. . ■,. u l.,, A. Bart^,, , d'histoire et de littérature. 165 51. — Geschichte und Kritik der Woirschen Prolegomena zu Homer. Ein Beitrag zur Geschichte der Homerischen Frage, von D' Richard Volkmann, Gymnasial-Director in Jauer. Leipzig, Teubner. 1874. In-8',xv-368p. — Prix: iofr.75. Les Prolegomena ad Homerum, chef-d'œuvre de science et de méthode, même aux yeux de ceux qui n'adoptent pas les vues de Wolf, ont paru en 1795, et ont été le point de départ d'une foule d'écrits sur l'origine et la formation de l'Iliade et de VOdyssée. Quant à l'origine de ces poèmes, Wolf essaya d'établir que, à l'âge épique, les Grecs ne connaissaient pas l'écriture ou ne s'en servaient guère. Or une vaste épopée ne peut exister, ne peut même être conçue, sans le secours de l'écriture qui seule permet de la fixer et de la réunir en corps d'ou- vrage. Il ne pouvait donc y avoir d'abord que des chants détachés et peu étendus. La réunion de ces morceaux, la formation des deux grandes épopées, n'eut lieu qu'au vie siècle, par les soins de Pisistrate. Pendant les siècles qui séparent ces deux termes, la transmission du dépôt poétique se fit parles rhapsodes, exercés, grâce à un enseignement traditionnel, à retenir fidèlement et à réciter suivant les règles de l'art les vers confiés à leur mémoire, ainsi que ceux que quelques- uns d'entre eux pouvaient y ajouter. Ce que Wolf s'était efforcé de démontrer historiquement, Lachmann (dont les Betrachtungen iïber die Ilias parurent en 1837 et 1841) et ses disciples cherchèrent à le confirmer par l'analyse des poèmes, décomposés par eux en un certain nombre de chants primitifs. Cepen- dant l'argumentation de Wolf, qui sert jusqu'à un certain point de base à ces recherches d'un ordre différent, avait été attaquée et ébranlée dans plusieurs de ses parties. Qu'en reste-t-il aujourd'hui.? C'est là ce que M. Volkmann s'est pro- posé de mettre en lumière dans ce livre, dont la première partie est consacrée à l'exposition, la seconde à la critique du système de Wolf. Disons tout d'abord que le résultat de ce long et consciencieux examen est tout à fait négatif : M. V. estime qu'il ne reste plus rien des thèses de Wolf, que tout son édifice a croulé. La première partie, l'exposé historique, est aussi complète qu'intéressante. Avant d'arriver aux Prolégomènes, le lecteur passe en revue les précurseurs de Wolf, ainsi que les écrits par lesquels Wolf lui-même préluda à son grand ouvrage. Dans la seconde moitié du xviii* siècle, on s'était épris d'une grande passion pour ce qu'on appela poésie naturelle ou poésie populaire, et Wolf était sous l'influence des idées répandues à ce sujet un peu partout_, mais surtout en Angleterre. Homère passait pour le plus grand représentant de cette forte poésie primitive, antérieure à tout art et à toute réflexion, née du contact d'un chan- teur inspiré avec un peuple enthousiaste, dans l'heureux temps oi^i il n'y avait encore ni alphabet, ni livre, ni écrivain. L'Iliade et l'Odyssée, en laissant de côté l'ensemble des épopées, et à ne les considérer que morceau par morceau et dans le détail de l'exécution , portent-elles en effet les caractères d'une poésie aussi primitive? On ne l'accordera pas aujourd'hui. Alors on se faisait de la poésie naturelle, spontanée, des idées un peu vagues. En les appliquant à Homère, Wolf en tira les conséquences rigoureuses , nécessaires en quelque sorte. Quel- ques données fournies par les anciens et depuis longtemps connues, d'autres 1(56 . REVUE CRITIQUE. ,^^^j,,^ révélées par les scholies de Venise que Villoison venait de faire connaître, s'ac- cofdaient facilement avec ces idées générales, et donnèrent une base en appa- rence très-solide à une construction puissamment combinée et exécutée de main de maître. M. Volkmann donne une analyse sommaire des Prolégomènes, et il expose ensuite comment les vues développées dans cet ouvrage se sont, avec le temps, modifiées dans l'esprit de l'auteur lui-même, comment elles ont été accueillies et jugées par les contemporains, quels travaux elles ont suscités du vivant de Wolf soit parmi les partisans, soit parmi les adversaires de son système. Après cet historique très-détaillé, très-complet, surtout en ce qui regarde l'Allemagne, l'auteur examine les principaux points du système, et là encore, fidèle à sa méthode, il résume et revise les objections que la critique y a faites depuis un demi-siècle. Il est constant que l'usage de l'écriture parmi les Grecs remonte plus haut que ne pensait Wolf : les découvertes épigraphiques le prouvent, et, depuis le commencement des Olympiades, des épopées d'un ordre secondaire ont été, on ne saurait en douter, rédigées par écrit. Quant à la trans- mission orale des poèmes homériques, on sait bien peu de chose sur les aèdes et les rhapsodes : tout ce qui regarde les écoles, les familles de ces interprètes de la poésie épique, et en particulier la famille des Homérides de Chios, est ex- trêmement douteux. M. V. a raison de dire qu'on donne trop souvent comme des faits ce qui n'est au fond qu'assertion hypothétique : sa critique nous semble cependant trop absolue, trop négative. Le tyran Clisthène abolit à Sicyone les concours des rhapsodes qui récitaient les poèmes d'Homère. Par un hasard heureux, Hérodote (V, 67) a trouvé l'occasion de mentionner ce fait, dont il est permis de tirer des conséquences. Si_, vers l'an 600, des concours réguliers de rhapsodes existaient déjà depuis quelque temps à Sicyone, on peut croire que de tels concours étaient plus anciens dans l'Ionie, et que des rhapsodes couraient le pays bien plus anciennement encore. Néanmoins M. V. est d'avis (p, 288 et les suiv.) que l'existence de rhapsodes ne remonte pas beaucoup plus haut que l'âge de Solon. Il s'appuie en premier lieu sur un passage de la Rhétorique d'Aristote (III, i , 3). Après avoir dit qu'on ne s'est pas encore occupé de l'action oratoire, ià iirepl ttjv uTidxptaiv, le philosophe ajoute : Kal -^àp elq ty)v xpaYaïjv 7,at pa(];a)Siav o'bï xap^XGev • uTuexpivoTcxo ^àp aÙTo\ -uàç TpaYwSiaç oî Tioir^zcù xb TcpwTov. Cela veut-il dire que les rhapsodes sont d'origine récente ? Nous ne saurions admettre une telle interprétation. Il est clair que le philosophe ne parle pas de l'action, mais de la théorie de l'action. Glaucon de Téos et quelques autres étaient (il le dit quelques lignes plus bas) les premiers qui eussent étudié l'action des interprètes d'ouvrages poétiques. Il ajoute, par rapport à la tragédie, que d'abord les poètes étaient leurs propres acteurs : et l'on comprend en effet que, tant qu^il en était ainsi, le besoin d'un enseignement théorique à l'usage des acteurs n'ait pas dû se faire sentir. S'il ne fait pas d'observation analogue sur la paJ^wâta, c'est qu'il n'en trouvait pas à faire. M. V. allègue encore ce qu'on lit au sujet de Cynaethos dans une scholie très-confuse ad Pindari Pyîh. VI, 4, et ailleurs au sujet du fameux règlement imposé aux rhap- d'histoire et de littérature. 167 sodés par Solon ou par Hipparque. Mais il faut distinguer entre la rhapsodie officielle et la rhapsodie libre : des concours de rhapsodes ont pu être établis assez tard à certaines fêtes de Syracuse et d'Athènes, quand depuis longtemps des rhapsodes avaient fréquenté ces mêmes villes et y avaient récité les vieux poèmes. Comment ces poèmes auraient-ils pu être si populaires, s'ils n'avaient pas été sans cesse récités en public? La transmission orale, parallèle à la con- servation de textes écrits, a dû primer ces derniers et influer sur eux, par la raison que la plupart des textes étaient probablement copiés à l'usage des rhap- sodes ou rédigés par eux. La rédaction de Pisistrate n'a plus aujourd'hui aux yeux de personne l'impor- tance qu'y attachait Wolf. Les épopées cycliques supposent l'existence de l'Iliade et de l'Odyssée comme grands corps d'ouvrage, et Pisistrate n'avait pas à créer ni à réunir ce qui était depuis longtemps assemblé, du moins dans ses parties essentielles. Est-ce à dire qu'il faut contester toute la tradition relative au travail de Pisistrate sur le texte d'Homère.? M. V. est du nombre des conservateurs qui la rejettent hardiment : elle vient, suivant lui, de quelques mots mal interprétés d'une épigramme sur Pisistrate (Anîhol. Pal. XI, 442). On y lit : "Oç tov "0[j.y]- pov Yjôpoica (JTuopaBTjv to Tcplv dcstBép-evov. Insistant sur le participe àeiSdpLsvov, M. V. donne de ces mots une explication nouvelle et ingénieuse : ils signifient, dit-il, que Pisistrate força les rhapsodes à réciter aux Panathénées toute la suite des deux épopées, au lieu d'en détacher des morceaux, comme ils en avaient pris l'habitude. C'est l'institution dont d'autres font honneur à Solon ou Hipparque. Quelque séduisante que puisse être cette explication , il m'est difficile de l'ad- mettre. Elle force le sens du verbe rjôpotaa, et elle introduit une espèce de contre-sens dans l'épigramme : « trois fois chassé d'Athènes, j'y ai été trois fois » ramené. par le peuple, et j'ai fait un règlement sur la manière de réciter » Homère : car ce grand poète était notre concitoyen , s'il est vrai que Smyrne » est une colonie d'Athènes. » Le mérite est bien mince pour être si pompeuse- ment célébré. La tradition sur le travail de Pisistrate me semble confirmée par un autre passage, auquel M. V. lui-même attache beaucoup d'importance, parce qu'il se trouve dans un ouvrage qui, tout en portant à tort le nom de Platon, remonte probablement à l'époque de ce philosophe. En faisant l'éloge du fils de Pisistrate, l'auteur du dialogue Hipparque, dit entre autres choses : ïà 'O[j.f^pou eTCY] xpwToç è/,6|;.i(j£V stç ttjV -fTiv xauTYjvi, xai •^vaY/.aae to'jç patl^wSoùç IlavaÔ'/;- vaioiç è^ uTuoXïnl'ewi; £(p£^% aùxà oiiévai. M. V. (p. 301) cherche à esquiver la première de ces deux phrases : il soutient qu'elle ne fait qu'indiquer d'une manière générale ce qui est précisé par la seconde phrase. Comme elle en dit trop pour lui, il veut qu'elle ne dise rien. Cependant les mots ne sont pas obscurs : ils signifient bien qu'Hipparque le premier dota Athènes d'un texte, c'est-à-dire d'un texte complet, d'Homère. En effet, sans texte officiel, le règlement imposé aux rhapsodes devenait illusoire : les deux choses se tiennent. Cette tradition se concilie aisément avec celle qui en dit autant de Pisistrate : ce souverain pouvait se servir pour cette entreprise littéraire de celui de ses fils qui avait le plus de l68 REVUE CRITIQUE goût pour les lettres. Quant à Solon, on s'est donné trop de peine pour établir une distinction entre le règlement que lui attribue Diogène Laërce, I, 2, 57, ainsi que Suidas, et celui dont le Pseudo-Platon fait honneur à Hipparque : nous pensons, avec M. V., que la même mesure était rapportée tantôt à l'un, tantôt à l'autre. Ajoutons que Solon était pour les Athéniens le législateur par excel- lence, et qu'on faisait souvent remonter à lui des lois données par d'autres. Il est encore un point sur lequel nous ne partageons pas l'avis de M. V. Welcker et Bergk entendent la réunion par Pisistrate de l'œuvre d'Homère, non- seulement de l'Iliade et de l'Odyssée, mais encore des épopées secondaires qui portaient vulgairement son nom. De cette manière la tradition perd beaucoup de sa gravité : le travail de Pisistrate consistait à rassembler plutôt qu'à rédiger. M. V. soutient (p. 343 suiv.) que l'extension abusive du grand nom d'Homère ne remonte pas plus haut que la période attique, et que les érudits qui, plus tard, attribuèrent à d'autres poètes la plupart des poèmes du cycle épique ne firent que renouveler la tradition primitive. Mais si cette tradition avait existé, un homme aussi versé dans ces matières qu'Hérodote l'aurait-il ignorée.'' Or nous voyons Hérodote s'efforcer de prouver par quelques légers indices que les Cypriaques et les Epigones ne sauraient être d'Homère. Quant à la Thébaïde nous savons par hasard que le poète Callinos la donnait déjà pour un poème homé- rique. D'un autre côté, Pausanias et ceux qui rapprochent de certaines épopées les noms de Stasinos ou d'Hégésinos, de Leschès, etc., le font avec tant d'hési- tation et de doute qu'on voit qu'ils regardent ces attributions comme purement conjecturales; souvent ils y mettent plus de réserve, et ils aiment mieux laisser anonymes ces poèmes. L'Êthiopide seule fait exception : une tradition constante l'attribue à Arctinos : mais il faut ajouter que cette épopée ne semble jamais avoir passé pour un ouvrage d'Homère. On est donc fondé à dire que le nom d'Homère, comme celui d'Hésiode, s'étendait d'abord à un grand nombre de poèmes et n'a été réservé qu'assez tard à l'Iliade et à l'Odyssée, grâce à une admiration plus éclairée et au réveil de la critique. Henri Weil. 52. — Jaffé, Bibliotheca Rerum Germanicarum. T. VI. Monumenta Alcuin- iana a Philippe JafFaeo praeparata ediderunt Wattenbach et Dûmmler. Berlin , Weid- mann. 1873. vj-9i2 p. Gr. in-8*. — Prix : 24 fr. On sait que lorsque Jaffé cessa de collaborer aux Monumenta Germaniae il entreprit à lui seul une collection de textes latins du moyen-âge conçue sur un tout autre plan que les Monumenta. Il réunissait dans un même volume une série de documents se rapportant à un même personnage ou à une même ville. Il mit à cette entreprise une incroyable activité, car il publia, de 1864 à 1869, cinq forts volumes {Monumenta Corbeiensia, Gregoriana, Moguntina, Carolina, Bambergensia). Le sixième était à moitié prêt quand Jaffé, victime de persécu- tions mesquines et cédant aux inspirations d'un caractère faible et ombrageux, se suicida le 3 avril 1870. C'est ce dernier volume que MM. Wattenbach et d'histoire et de littérature. 169 Dûmmier ont terminé et publié. Il contient la vie d'Alcuin par un moine anonyme de Ferrières, la Vie de saint Willibrod par Alcuin, son poème sur les saints et les évêques de l'église d'York et enfm son recueil de lettres. Aucun manuscrit ne nous reste pour la vie d'Alcuin ni pour son poème sur l'église d'York; les éditeurs ont dû se contenter de reproduire les éditions de Duchesne et de Gale en tenant compte des corrections faites par les autres éditeurs et en proposant quelques nouvelles conjectures. Pour les lettres à Alcuin ils se trouvaient dans une situation plus heureuse. Ils ont pu collationner 22 mss., dont plusieurs avaient été inconnus aux précédents éditeurs, entr'autres trois mss. du British Muséum (Harlei 208; Cotton Vesp. A. xiv; Cotton, app. 3 s) qui leur ont fourni 32 lettres entièrement inédites, et 2 partiellement inédites. Six autres sont données sous une forme plus complète que celle des précédentes éditions. Parmi ces lettres inédites quelques-unes offrent un grand intérêt historique, en particulier celle adressée à Arn de Salzbourg (n. 108) au sujet des persécutions qu'avait à endurer le pape Léon III; et deux lettres à des archevêques anglais (n. 219, 220) sur les superstitions usitées parmi les populations anglo-saxonnes. Il veut aussi qu'on interdise les assemblées religieuses tenues en plein champ (de vrais meetings) et qui favorisaient moins la prière que l'ivresse. Les lettres 1 3 à un abbé saxon, 16 à son disciple Joseph, 17 à Adalhard de Corbie, 61 aux évêques anglais pour qu'ils prient pour Charles, 87 à un archevêque anglais au sujet des incursions des Normands, ont également une assez grande importance. Les lettres 79 à Osbert, et 271 à des moines écossais sont parmi les plus remar- quables de la correspondance d'Alcuin, mais on en connaissait la plus grande partie par Guillaume de Malmesbury. Quant aux autres lettres inédites d'Alcuin, nos I à Vulfard, abbé de Saint-Martin de Tours; 3 à Hygbald, évêque de Lindisfarne; 6 à Pépin, roi d'Italie; 60 à l'abesse Edilburga; 82 à Léon III; 89 à la reine Liudgarde; 225 à l'abbesse Regnoida; 236 à Nifridius, évêque de Narbonne et à Benoît d'Aniane; 258 a Rotrude et à Berthe, filles de Charlema- gne; 272 à l'abbé Aethelbald; 276 aux moines de Mayo; 280 à l'abbesse Adaule; 38, 218, 221, 228, 246, 297, 298, 305, 306 à des anonymes, ne sont que de simples billets ou des exhortations pieuses. Enfm deux lettres, n°s 39 et 287, ne sont pas écrites par Alcuin en son nom personnel. La première est adressée par le prêtre Eanbald à l'archevêque d'York du même nom : la seconde est envoyée par l'évêque Arn de Salzbourg à Dodon, dit Cuculus, pour lui reprocher son goût pour le vin. Cette dernière lettre se distingue par un mélange aimable de gaieté malicieuse et de pieux reproches qui se rencontre fréquemment dans la correspondance d'Alcuin. Ce n'est pas seulement au point de vue du nombre des lettres et de la cor- rection du texte que l'édition des lettres d'Alcuin par M. Jaffé présente un sérieux progrès sur les éditions antérieures de Canisius, de Duchesne, de Mabillon et de Froben (celui-ci a réuni dans ses Alcuini opera^ Ratisbonne 1776, 4 vol. in-f°, 260 lettres) ; elle nous donne un nouveau classement chronologique très-diffé- rent de celui de Froben, dont la valeur ne pourrait être jugée qu'après un examen très-minutieux, mais qui paraît en général très-satisfaisant. Nous nous lyo .:; •".'.'REVUE critique ' ; trouvons donc grâce à M. Jaffé et à MM. Wattenbach et Dûmmler, si bien qua- lifiés pour continuer son œuvre, en possession d'une édition complète, et l'on peut presque dire, définitive d'un des plus précieux documents que nous possé- dions pour l'histoire de l'Empire Frank et des royaumes anglo-saxons à la fin du VIII® s., et surtout pour la connaissance de l'état des esprits à cette époque. Alcuin a été, sous Charlemagne, le représentant le plus éminent de cette civili- sation anglo-saxonne qtii fournit à l'Europe ses plus énergiques missionnaires et qui exerça une influence si puissante sur tout le développement intellectuel du moyen-âge. Bède a été sans doute le véritable maître ; mais c'est Alcuin qui a été à la cour de Charlemagne, et dans l'Ecole du Palais, puis dans toutes les Ecoles monastiques et épiscopales par ses élèves, le propagateur de l'influence anglo-saxonne. K': Deux tables à la fin du volume donnent la liste des lettres d'après les premiers mots de chacune d'elles et un Index nominum. On regrette de n'avoir pas une table donnant les lettres dans leur ordre chronologique avec l'indication des personnes à qui elles sont adressées, leur date présumée et le renvoi aux édi- tions antérieures. On pourrait ainsi se rendre compte des matières renfermées dans le volume, et de ce qu'il contient de nouveau; tandis qu'il faut le feuilleter page après page et se faire soi-même cette table si l'on veut avoir une idée d'ensemble sur la correspondance d'Alcuin. 53 . — Erwerbung der Mark Brandenburg durch ELarl IV, von D' P. Scholz. Breslau, Josef Max und Comp. 1874. In-8', 79 p. — Prix : 2 fr. Le présent travail est sans doute une dissertation académique, écrite en vue du grade de docteur; il a les mérites et les inconvénients de la plupart des tra- vaux de ce genre que l'Allemagne produit en si grand nombre. Beaucoup de zèle à réunir les sources, beaucoup de soin dans la discussion des détails,, peu d'aperçus généraux et trop de points, touchés à peine, qui font allusion à des questions ignorées de la plupart des lecteurs. Une pareille étude paraît toujours écrite à l'usage de l'auteur, de son critique, s'il en trouve, et de deux ou trois initiés peut-être, mais reste inaccessible au grand public. Il est vrai que personne ne songe à lui en cette occurrence : il s'en venge un peu en igno- rant absolument de pareils travaux. L'opuscule de M. Scholz s'occupe de l'acquisition de l'Electorat de Brandebourg par l'empereur Charles IV, qui, durant les longues querelles de la maison de Vittelsbach avec la sienne, sut augmenter sinon le pouvoir impérial, du moins les domaines particuliers des Luxembourg. Les différents chapitres nous font assister aux phases successives de la réalisation des convoitises impériales, de 1351 à I37^ L'auteur nous expose les luttes embrouillées des derniers souverains brandebourgeois de la famille des Vittelsbach, Louis le Romain et Othon le Jeune, avec Charles IV, luttes que termina le traité de Fùrstenwalde, signé le 15 août 1373. Cette transaction enlevait le Brandebourg à Othon, quoiqu'il fût le gendre de l'erape- d'histoire et de littérature. 171 reur, tout en lui laissant le titre d'Electeur, et une dotation annuelle de douze mille écus d'or. Le prince dépossédé chercha, comme nous le racontent les chroniques, à se consoler de ses déboires politiques dans les bras d'une belle meunière et mourut auprès d'elle en 1 379 à son rendez-vous de chasse de Wolfstein en Bavière. Mais l'auteur n'a pas touché ces événements de sa vie intime. Tout ce que je trouve à signaler de particulier dans ce travail, appuyé principalement sur les importantes publications de Riedel, c'est l'effort de M. Sch. pour intéresser, plus que ne l'ont fait ses prédécesseurs, à la personne d'Othon, tandis qu'il fait peser sur Louis le Romain la responsabilité du triomphe de la politique luxembourgeoise. Il aurait peut-être pu accentuer encore davantage ce fait que l'intervention de l'empereur, tout en étant provo- quée par l'ambition personnelle, eut des résultats heureux pour le pays conquis. Les marches de Brandebourg purent respirer un instant sous l'administration de Charles IV; quand sa mort, arrivée en 1578, les eut de rechef abandonnées à leurs tyranneaux innombrables, elles sentirent la différence; et ce fut une des raisons pour lesquelles les habitants de ces contrées s'attachèrent si vite à la dynastie nouvelle des HohenzoUern quand le fils de Charles, Sigismond, donna le pays à ces parvenus de la petite noblesse, qui devaient, trois siècles et demi plus tard, ceindre à leur tour la couronne de l'empire d'Allemagne. .:• ■.';::■'-:;:) ■■>■■■■.■ R. 54. — Considérations sur les causes générales des troubles des Pays- ^ Pas au XVIe siècle, par Charles Paillard. Bruxelles, La Haye et Paris. 1874. "^In-8*, 150 p. Histoire des troubles religieux de Valenciennes 1560-1567, par le même. Édition réservée à la France de l'ouvrage publié pour la Belgique et la Hollande par la Société de l'Histoire de Belgique. T. I". Paris, Valenciennes et Bruxelles. 1874. In-8-, 594 p. Ce n'est pas sans une certaine appréhension, je l'avoue, que j'ai ouvert le premier des deux ouvrages dont on vient de lire le titre. Je me méfie quelque peu des considérations générales, ayant eu l'occasion de constater que, sous cette étiquette ambitieuse, on groupe bien souvent des idées vagues, confuses, insaisissables, trop semblables à ces légers brouillards que je vois en ce moment flotter devant moi. Mais j'ai été bientôt rassuré. Au lieu de creuses et vaines théories, j'ai trouvé dans les considérations de M. Paillard une étude des plus substantielles. Tout y repose sur des documents originaux, principalement sur les documents publiés par un paléographe aussi savant qu'infatigable, M. Ga- chard {Correspondance française de Philippe II et de Marguerite d'Autriche, duchesse de Parme, 2 vol. — Précis de la correspondance italienne et espagnole de Philippe II et de ses ministres, 4 vol.). M. P. distingue, à la clarté des révélations de ces correspondances, trois causes des troubles des Pays-Bas, d'où sortit la Répu- blique des Sept provinces unies : causes politiques, causes financières, causes religieuses. Le judicieux écrivain soutient sa thèse sans la développer : la 172 .:^/..'-"f REVUE CRITIQUE ' "' resserrant, au contraire, en quelques pages pressantes, nerveuses, il va droit au but, n'employant que des preuves de toute solidité, appelant à son secours, dans sa marche à la fois rapide et prudente, les dates les plus précises, les cita- tions les plus frappantes. Il me paraît difficile de ne pas être de son avis, soit qu'il s'agisse de l'ensemble de ses appréciations, soit qu'il s'agisse des jugements particuliers qu'il porte sur les principaux personnages qui s'agitent dans l'histoire des Pays-Bas pendant la seconde moitié du xvi* siècle, Philippe II, Marguerite d'Autriche, le cardinal de Granvelle, le duc d'Albe, le président Viglius, le comte de Berlaymont, le comte d'Egmont, Guillaume de Nassau. Peut-être cependant, tout en ayant raison au fond, n'use-t-il pas d'assez de ménagements dans la forme, et, dédaigneux des nuances, assombrit-il un peu trop les cou- leurs dont il peint Philippe II, « cet inquisiteur couronné, » et le duc d'Albe, « ce bourreau systématique et formaliste. » Peut-être encore se montre-t-il trop enthousiaste de « l'infortuné d'Egmont, si vivement discuté dans ces derniers temps, » et surtout de Guillaume de Nassau (le Taciturne), au sujet duquel il s'exprime ainsi : (p. i o) : « Quant aux sentiments d'admiration, ils vont natu- )) rellement et sans effort à la noble et impassible figure, qui domine cette » lugubre scène, et semble planer au-dessus d'elle. » Les Considérations sont, aux yeux de M. P., la clé de l'Histoire des troubles religieux de Valenciennes, ouvrage qui méritait par son importance d'être précédé d'un aussi lumineux travail. Là, pour la première fois, sont utilisés des maté- riaux « d'une richesse véritablement surprenante » conservés dans les Archives générales de Belgique, matériaux fort accrus, en 1862, par la restitution de nombreuses liasses qui, en 1815, avaient été envoyées de Paris à Vienne. « Ainsi, » remarque l'auteur (p. 5), « se trouva enfin reconstitué le fonds de » l'audience, le plus riche peut-être de l'Europe, en ce qui concerne les affaires » du XVI® siècle. On peut donc dire qu'il n'y a pas plus de dix ans que les docu- » ments,. sans lesquels ne pouvait être écrite l'histoire de Valenciennes au » xvi® siècle, ont été mis à la disposition du public. » — « Le livre, » ajoute- t-ii, « parle de lui-même. C'est un livre de première main, et dont chaque ligne » est écrite avec des documents originaux à l'appui. Sans doute, je puis m'égarer » dans l'interprétation des textes; si, toutefois, je me trompe, je fournis en » même temps à mon contradicteur le moyen de me redresser. » ■ Excellente méthode dont on ne saurait trop recommander l'emploi I M. P. Iiii devra l'honneur d'avoir écrit un livre que l'on n'aura pas à refaire. Je ne veux que l'annoncer aujourd'hui, me réservant d'en parier amplement quand les trois ou quatre volumes dont il doit se composer auront tous paru. Je me contenterai donc de dire que les affaires générales de la religion à Valenciennes pendant les années 1 560 à 1563 sont exposées, en ce premier volume, sous la forme de récits intitulés : L'épisode des Maubruslez (i 560) ; Le Diable et la Ré- forme. Conjuration d'Anthones Rogier dit de Hiers (1561); un procès de lèze- majesté divine et humaine sous le régime de la Bulle d'or et des joyeuses entrées de Brabant. Procès de Jacques Régnier dit Maso, manant de Novelles (1 562). Ces trois d'histoire et de littérature. 17 j récils, pleins de curieux détails, sont entourés de notes peu étendues, généra- lement très-satisfaisantes ', et suivis (p. 2 jo-390) de trente-neuf pièces justifica- tives pour la plupart inédites. Tout cela ne comble pas seulement une lacune dans l'histoire de Valenciennes, mais nous aide à mieux connaître tout un côté du XVI' siècle. Il faut faire des vœux pour qu'un aussi consciencieux ouvrage soit continué sans retard, et pour qu'il trouve auprès des érudits ce succès, mêlé d'estime et de gratitude, que les travailleurs du mérite de M. P. regardent comme la plus précieuse des récompenses. 55. — Bibliographie méthodique et raisonnée des beaux-arts, par Ernest ViNET. Paris, Didot. 1874. 1" livraison, xij-144 p. — Prix : 5 fr. Depuis longtemps l'Europe lettrée tout entière réclamait la publication d'une bibliographie des beaux-arts, et on peut constater sur un grand nombre de points des tentatives plus ou moins isolées, plus ou moins heureuses faites en vue de combler cette lacune. En France il faut signaler deux excellents travaux de M. G. Duplessis, consacrés l'un à l'indication des ouvrages relatifs à l'histoire de la gravure et des graveurs 2, l'autre à la bibliographie des biogra- phies d'artistes 3, En Autriche le musée impérial pour l'art et l'industrie a mis au jour un catalogue fort commode de sa bibliothèque déjà passablement riche4. En Italie un chercheur infatigable, M. C. Morbio, a, dans son dernier volume, Francia ed Italia, annoncé comme prochaine l'apparition d'un dictionnaire des livres concernant l'histoire de l'art. En Angleterre enfin le musée de South- Kensington a entrepris de dresser, avec le concours des savants de tous pays, l'inventaire général et complet des publications, grandes ou petites, qui inté- ressent cette branche si importante de nos connaissances 5. Nous avons rendu compte ici-même 6 de cette œuvre gigantesque, dont les deux premiers tomes 1. M. P., racontant le supplice de Jacquet Walin, condamné à monter sur le bûcher comme hérétique, dit (p. 97) : « Peut être aussi fut-il étranglé avant d'être brûlé, ce qui » avait lieu assez souvent. » Il aurait fallu mettre : le plus souvent, car on ne trouve guère de circonstances, au XVI* siècle, où la peine du feu n'ait été commuée en celle de la strangulation. Cet adoucissement était, en quelque sorte, sous-entendu dans presque toutes les sentences, quand il n'y était pas formellement indiqué. — A la p. 185, M. P. écrit, sous le mot crasset : « petite lampe plate et de construction tout à fait primitive, » ne contenant qu'une mèche trempant dans un peu d'huile. » Je constate que l'on se sert encore de cette lampe en Gasgogne, et qu'elle y porte le nom decareil. — Estrapade (p. 212) ne vient pas d'estrêper, briser, mais bien de strappan, tirer. Observons, à ce propos, que M. P. se sert trop de l'insuffisant recueil de Roquefort, recueil qui, au milieu des immenses progrès de la philologie, pourrait être comparé à l'arriéré crasset ou careil. 2. Paris, Rapilly. 1862. ,,.1^. 3. Paris, Rapilly. 1866. 4. Katalog der Bibliothek des k. k. œst. Muséums fur Kunst u. Industrie, par M. Sches- tag. Vienne. 1869. 5. Universal Catalogue of Books on Art. 2 vol. in-4'de 2188 p. Londres, Chapman et Hall. 1869-1870. 6. Revue critique, 18 juin 1870. ;,:i.,:ip ;:) 1:1210 !^a!'-;i ■ 'Ohu.' ''O' ■,,"■.'' 174 ."î'f'T/.'REVUE CRITIQUE " ' ne renferment pas moins de 68,000 notices et dont le supplément, actuellement sous presse, apportera une trentaine de mille notices nouvelles. Cependant mal- gré des sacrifices pécuniaires considérables, malgré l'activité, le dévouement de ses éditeurs , VUniversal catalogue of Books on art n'est jusqu'ici qu'un simple répertoire, dont la composition se ressent de la multiplicité de ses collaborateurs, et qui ne contient qu'une interminable liste de livres disposés par ordre alpha- bétique. La table méthodique, qui devait suivre de près, n'est pas encore ache- vée et ne le sera sans doute pas de longtemps. On le voit, ces divers ouvrages ou bien n'ont trait qu'à une portion détermi- née du domaine qu'il s'agit d'explorer, ou bien, alors même qu'ils en embrassent l'ensemble, comme le catalogue anglais, ne présentent pas l'unité de vues, la pleine possession du sujet qui sont indispensables pour mener à bonne fin une entreprise pareille. , ,. i.i.^-.^ Un écrivain élégant, un archéologue plein de savoir et de s'égacit"^, M. E. Vinet, après avoir poursuivi de longues années durant la solution de ce double problème, vient de nous donner le début d'un travail destiné à satisfaire les exigences diverses de l'artiste et du critique, du collectionneur et de l'érudit. Nous voulons parler de la Bibliographie méthodique et raisonnée des Beaux-Arts, complément du manuel du libraire et de l'amateur de livres. Cette publication justifie l'impatience avec laquelle elle était attendue ; elle mérite, on peut l'affirmer, la faveur avec laquelle elle a été accueillie dès le premier jour. La richesse et la variété des informations, la clarté du système de classement adopté par l'auteur, telles sont les qualités qui la distinguent. L'an dernier M, Vinet nous a offert un aperçu de sa méthode dans le Cata- logue méthodique de la bibliothèque de l'École nationale des Beaux-Arts^; il l'a en quelque sorte expérimentée en petit. Aujourd'hui il l'applique sur une plus vaste échelle et tout permet de lui prédire le succès. Nous reviendrons sur ce manuel si recommandable quand la publication en sera plus avancée 2, mais nous ne voulons pas nous en séparer pour le moment sans signaler le soin, on pourrait presque dire l'amour avec lequel l'auteur s'est acquitté de sa tâche. Plusieurs chapitres, par exemple celui qui est consacré aux solennités, sont de vraies monographies contenant l'indication d'une foule de raretés inconnues à Brunet et à M. Grsesse. Il faut aussi louer M. Vinet d'avoir joint à la description des principaux ouvrages des notes souvent fort étendues, contenant des renseignements curieux. Sur ce point il s'est très- heureusement inspiré de l'exemple du comte Cicognara, dont le Catalogo ragio- nato, de plus en plus recherché, peut passer pour un modèle du genre. Ajoutons enfin que la place accordée aux pubHcations étrangères : anglaises, allemandes, italiennes, hollandaises et même slaves, est des plus considérables. Ce progrès mérite d'être noté. L'histoire de l'art, différant en cela de beaucoup 1. Paris. 1873. xiij-256. , ■'■^'. 2. L'ouvrage tout entier se composera de quatre fascicules. '^"^ «' t^' ..' :;;T/j:;t)*HlSTOIRE ET DE LITTÉRATURE. SUVÏ^ I75 d'autres disciplines, a un caractère encore trop national ; les méthodes d'investi- gation varient d'une contrée à l'autre, les résultats acquis en France ou en Alle- magne sont ignorés en Angleterre et en Italie ou vice versa. On ne peut donc qu'applaudir aux efforts des esprits courageux qui se proposent de mettre fin à cette espèce d'infériorité et de faire des conquêtes d'un pays le patrimoine du monde savant tout entier. Eug. MUNTZ. oj SOCIÉTÉS SAVANTES. ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. Séance du 5 mars 1875. M. Desjardins écrit pour se porter candidat à la place de membre ordinaire vacante par la mort de M. d'Avezac. Ouvrages adressés à l'académie : Compte-rendu de la commission impériale archéologique pour les années 1 870. ei 1871, avec un atlas : St. Pétersbourg, 1874; .'ùzmiri P. P. Mathieu, Temple de Mercure découvert au pied du Puy-de-Dôme ; — L'Auvergne antéhistorique ; — Nouvelles observations sur les camps romains de Ger- govia; — Vercingétorix ; — Le château de Murol; 5 vol. ou brochures 12°, Cler- mont-Ferrand ; Schuermann, Réplique à M. Roulez, Bruxelles, 1875 ; Publications de la section historique de l'institut royal grand-ducal de Luxembourg, t. xxviii (vi), année 1875 : Luxembourg, 1874, 4°; Sechs phonikische Inschriften aus Idalion, v. Julius Euting, mit drei Tafeln : Strassburg, 1875, 4", etc. M. Pavet de Courteille présente de la part de M. de Ujfalvy la V^ partie d'une Étude comparée des langues ougro- finnoises, Paris, 8°. M. Ch. Giraud continue la lecture de son mémoire sur les tribuni militum a populo, en réponse à M. Duruy. Il commente une inscription trouvée par Keller- mann à Cervetri, l'ancien municipe de Caere, dans laquelle un personnage, citoyen romain, nommé M. Manlius, est qualifié de tribunus militum a populo, praefectus fabrum et censor perpétuas. Cette inscription semble à M. Giraud devoir être rapportée à la fin de la république ou au plus tard au règne d'Auguste ; cette appréciation est confirmée par la mention du censeur du municipe, ma- gistrat remplacé sous l'Empire par les quinquennales. — M, Giraud rappelle l'histoire de la ville de Caere, qui, après être entrée dans l'alliance romaine et avoir reçu la qualité de municipe, perdit ensuite une grande partie de son indé- pendance en punition de ce qu'elle s'était jointe aux villes étrusques insurgées contre Rome, Elle passa au rang des praefecturae, c'est-à-dire que la justice y fut rendue non par les magistrats élus du municipe, mais par un praefectus envoyé de Rome ; et ce préfet n'était pas même, comme celui de certaines pré- 176 REVUE CRITIQUE D'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. fectures, élu par le peuple romain, mais nommé par le praetor urbanus. En outre les Caerites ne gardèrent le droit de cité romaine que diminué du ius suffragii et du iushonorum; ils ne furent plus électeurs ni éligibles qu'aux magistratures de leur municipe. De là l'expression in Caeriîum tabulis, souvent employée pour désigner les citoyens rangés par les censeurs dans la classe des aerarii, qui n'avaient pas les droits de vote et d'éligibilité. Telle étant la condition des Caerites, M. Giraud ne peut croire que les Romains, qui avaient montré contre eux une telle défiance, leur eussent accordé le droit d'entretenir une force militaire à eux sous un commandement électif, et cela surtout à une époque agitée comme les dernières années de la république, auxquelles se rapporte le plus probablement l'inscription en question. Il voit donc dans le tribunus militum a populo qu'elle mentionne un tribun militaire de Rome, d'autant plus qu'à cette époque la persistance du tribunat électif à Rome n'est pas douteuse. Une autre confirmation se tire du titre de praefectus fabrum qui suit. En effet, bien que ce titre ait été employé pour désigner plusieurs emplois fort divers, on admet que lorsqu'il n'est accompagné d'aucune qualifica- tion géographique ou autre, comme c'est ici le cas, il indique un officier militaire romain, analogue à nos officiers du génie. — M. Giraud termine le commentaire de cette inscription par quelques considérations sur le titre de censor perpetuus, qui est particulier au seul municipe de Caere. On voit ici un nouvel exemple du cumul des charges romaines et municipales. — Il écarte ensuite du débat trois fragments informes provenant de l'Andalousie, où l'on a voulu lire sans fonde- ment les mots tribunus militum a populo. — Il cite une inscription provenant d'Olevano, non loin de Rome, en partie effacée, où l'on lit... a populo, et où il faut sans doute restituer tribunus militum dans la lacune. Borghesi qui a étudié cette inscription n'a pas douté qu'il ne s'agît d'un tribun romain, et il a vu là la preuve que cette inscription remontait à la république ou aux premiers Césars. — La suite de cette lecture est ajournée à quinzaine. M. Naudet fait une seconde lecture de son mémoire sur le lieu appelé castra peregrinorum à Rome, dans lequel il voit la demeure des soldats frumentaires. Julien Havet. LIVRES DÉPOSÉS AU BUREAU DE LA REVUE. Benecke, Wœrterbuch zu Hartmanns Jwein. 2te Ausg. besorgt von E. Wilken (Gœttingen, Dieterich). — Benfey, Die Quantitaetsverschiedenheiten in den Saffîhitâ- und Pada-Texten der Veden. i, Abh. (Gœttingen, Dieterich).— Cobet, Varias lectiones quibus continentur Observationes criticae in scriptores grascos. Ed. sec. (Lugd. Batav., Brill). — De Baudissin, Jahve et Moloch (Lipsias, Grunow). — Ewald, Hebraeische Sprachlehre fur Anfaenger. 4te Ausg. (Gœttingen, Dieterich). Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. Nogent-Ie-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. PUBLICATIONS NOUVELLES DE LA LIBRAIRIE HACHETTE ET C" Boulevard Saint-Germain, 79, à Paris. BAILLON, professeur à la Faculté de médecine de Paris. Histoire des Plantes. Tome V : Géraniacées, linacées, trémandracées,, polygalacées , sochyviacées, euphorbiacées, térébinthacées, sapindacées, malpighiacées, méliacées. i vol. grand in-8°, avec 461 figures dans le texte par Faguet. Broché. 25 fr. L'ouvrage formera environ huit volumes contenant 7000 figures intercalées dans le texte. COURNOT. Matérialisme, vitalisme, rationalisme, i vol. in- 18 jésus, br. 3 fr. 50 Dictionnaire des Sciences philosophiques, par une société de professeurs et de savants, sous la direction de M. Ad. FRANCK, membre de l'Institut. Deuxième édition; I vol. grand in-8° à deux colonnes, publié en dix livraisons qui paraîtront sans interruption, à raison d'une livraison par mois. Les 2 premières livraisons sont en vente. Prix de la livraison,, composée d'environ 10 feuilles d'impres- sion (160 pages). 3 fr. 50 Dictionnaire de chimie pure et appliquée, par M. Ad. WURTZ, membre de l'Institut avec la collaboration d'une société de professeurs et de savants. Dix-neuvième fascicule Cfeuilles 77 à 86 du deuxième volume), grand in-8°, avec figures. 3 fr. 50 L'ouvrage formera vingt-deux fascicules de chacun 10 feuilles d'impression (160 p. grand in-8* à deux colonnes). Prix du fascicule. 3 fr. jo DUCAMP (Maxime). Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle. Tome VI et dernier, i vol. in-8°, br. 7 fr. 50 ETIENNE, recteur de l'académie de Besançon. Histoire de la littérature italienne. I vol. in- 18 Jésus, br. 5 fr. FIGUIER. L'Année scientifique et industrielle. Dix-huitième année (1874). ' "vo^- in- 18 Jésus, br. 3 fr. 50 Les dix-sept premières années (1856-1873) se vendent séparément 3 fr. 50. Les années 1870-1 871 ne forment qu'un volume. FRANQUEVILLE (Ch. de), maître des requêtes au conseil d'État, secrétaire de la commission centrale des chemins de fer. Du régime des travaux publics en Angleterre. 4 vol. in-8°, br. 30 fr. FUSTEL DE COULANGES, maître de conférences à l'École normale supérieure. Histoire des institutions politiques de l'ancienne France. Première partie : L'empire romain. — Les Germains. — La royauté mérovingienne, i vol. in-8°, br. 7 fr. 50 HUGO (Victor). Les Misérables; nouvelle édition. 5 volumes in- 18 jésus, br. 17 fr. 50 JOANNE (Paul). Les stations d'hiver de la Méditerranée (Hyères, Cannes, Monaco, Menton, Bordighera, San-Remo). i vol. in-32, avec 5 9 gravures, 3 cartes et I plan, cartonné. 3 fr. 50 HÉRODOTE. Morceaux choisis. Texte grec publié et annoté par Ed. Tournier, maître de conférences à l'École normale supérieure, i vol. petit in-i6, car- tonné. 2 fr. LAMARTINE. Correspondance. Tome V. i vol. in-8% br. 7 fr. 50 L'ouvrage comprendra 6 volumes. Les armées française et étrangères en 1 874. Principaux événements militaires et maritimes, notices et documents statistiques, renseignements divers, etc. i vol. in-iB Jésus, broché. 5 fr. 50 Publication de la réunion des officiers. MOLIÈRE. Œuvres. Nouvelle édition, revue sur les plus anciennes impressions et les autographes, augmentée de travaux inédits, de variantes, de notices, de notes, d'un lexique des mots et locutions remarquables, d'un portrait de fac-similé, etc., par M. Eugène Despois. Tome II. i vol. in-8°, br. 7 fr. jo L'ouvrage fait partie de la collection des Grands écrivains de la France , publiée sous la direction de M. Ad. Régnier, membre de l'Institut. Il formera 10 volumes. NUITTER. Archiviste de l'Opéra. Le Nouvel Opéra, i vol. in-i8 Jésus, avec 59 gravures et 4 plans, broché. 3 fr. TACITE. Œuvres complètes. Texte latin, revu et publié d'après les travaux les plus récents, avec un commentaire critique, philologique et explicatif, une in- troduction, des arguments et des tables analytiques, par Emile Jacob, ancien élève de l'Ecole normale, professeur de rhétorique a.u Ijçée Saint-Louis. Tome I" (Annales, livres I-VI) grand in-B". ""^ " \^ -••,-- ^ ^^ ^^ Les oeuvres de Tacite seront publiées en quatre volumes, divisés de la manière sui- vante : Annales, livres I-VI, i vol. — Annales, livres XI-XVI, 1 vol. — Histoires, I vol. — Vie d'Agncola, Mœurs des Germains, Dialogue des orateurs, i vol. Cet ouvrage fait partie de la collection d'éditions savantes des principaux classiques grecs et latins qui comprend déjà : CORNELIUS NEPOs, publié par M. Monginot, professeur au lycée Fontanes. i vol., 6 fr. — VIRGILE, publié par M. E. Benoist, professeur suppléant à la Faculté des lettres de Paris. Bucoliques et Géorgiques; 2' édition, i vol., 7 fr. jo. Enéide. 2 vol., 1 5 fr. — DÉMOSTHKNR, Les Harangues, publiées par M. H. Weil, correspondant de l'Institut, doyen de la Faculté des lettres de Besançon, i vol., 7 fr. 50. — euripide, Sept Tragédies, publiées par M. H. Weil. i fort vol., 12 fr. — homère, Iliade, publiée par M. Alexis Pierron. 2 vol., 12 fr. — Sophocle, Tragédies, publiées par M. E. Tournier, maître de conférences à l'École normale supérieure, i fort vol., 12 fr. VIVIEN DE SAINT-MARTIN. L'Année géographique. Treizième année (1874). I vol. in- 18 Jésus, broché. 3 fr. 50 Les douze premières années ( 1 862- 1 87 j) se vendent séparément 3 fr. jo. Les années 1870-1871 ne forment qu'un volume. ■ :) \; '.; ,, . ,.; ,;/.>.Mr ^. ....i i WALLON (H.), membre de l'Institut, député à^yèrriyéè rtâWônafé et son temps. 2 vol. in-8°, br. 15 fr. Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur. N* 12 Neuvième année. 20 Mars 1875 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÊAL, G. MONOD, G. PARIS. Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Guyard. Prix d^abonnement : Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus suivant le pays. PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 67, RUE RICHELIEU, 67 Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). ANNONCES En vente à la librairie A, Franck, F. Vieweg propriétaire, 67, rue de Richelieu. G-Q A Q T ç Le Petit Poucet et la Grande Ourse, i vol. in- 16 • 1 i\ Iv 1 O imprimé en caractères elzeviriens. 2 fr. 50 BIBLIOTHÈQUE DE l'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES 20^ FASCICULE. ^ T T T XIT* T î T T7 IVÎ ^"stitution oratoire. Collation d'un ms. V^ U 1 IN 1 i Lj 1 Ci 1 N du xe siècle, par Emile Châtelain et Jules Le Coultre, licenciés ès-lettres, élèves de l'École des hautes études. 3 fr. 1 8^ ET 1 9' fascicules précédemment parus : Rn Pr I A QT P V R T FT ^^"'^^ ^"^ '^^ ^°"^^^^ ^^ • lJ l-j 1— *r\k311_il rV 1 Cj vicomtes de Limoges antérieurs à l'an 1000. j fr. AT~\ A D 1\ yt ÎT* Ç T^ Ï7 T^ T7 O '^'"^•^^ '^^ ^^ formation des • L-'AlviVl CjO 1 EL 1 EilV mots composés dans la langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. 1 2 fr. Pour paraître très-prochainement : 2 le fascicule. Hymne à Ammon Ra des papyrus de Boulaq, traduit et com- menté par Eugène Grébault, avocat, élève de l'École des hautes études. PERIODIQUES. The Academy, N» 147, new séries, 27 février. Mark Pattison, Isaac Casau- bon. London, Longmans and Co. (J. A. Symonds). — Markham, Statement exhibiting the Moral and Material Progress and Condition of India during the Year 1872-1873. Ordered by the House of Gommons to be printed, June 2, 1874 (James Innés Minchin, 1" art.). — C. E. Maurice, Lives of English Popular Leaders in the Middle Ages — Tyler, Bull, and Oldcastle. London, King and Co. (James Gairdner : trop sommaire). — Dowden. Shakspere : a Critical Study of his Mind and Art. London, King and Co. (R. Simpson : cette étude paraît à M. S. la meilleure qu'on ait écrite sur Shakspere). — Minor His- torical Books (notes de l'éditeur sur les ouvrages suivants : Memoir of Margaret Countess of Richmond and Derby, by the late Ch.H. Cooper; Cassell's Illusîrated History of England, vol. IX; Manufacturing Arts in Ancient Times, with spécial référence to Bible History, by J. Napier; Die Regesten des Kaiserrechs unter Karl IV, von J. F. Bœhmer, hrsg. v. Huber). — Notes and News. — Notes of Travel. — Notes of a Tour in the Cyclades and Crète. III, Crète (Jd. F. Tozer). — Corres- pondence. The Ordre pour le Mérite (R. Lepsius). — Captain Marryat a Plagia- rist (H. C. C00TE : le conte intitulé Le Porteur d'eau qu'a publié sous son nom le Capt. Marryat est un conte arabe traduit par un certain Dr. Russell, puis rédigé en anglais et imprimé par le traducteur d'Hérodote, Beloe, en 1795)- — Irish Texts (John K. Ingram). — Metrical Tests for Shakspere (F. G. Fleay). — Meetings of Societies (Soc. asiatique, numismatique, philologique). — Disco- veries and Antiquities in Rome (C. I. Hemans). The Athenœum, N° 2470, 27 février. Von Ranke, A History of England, principally in the Seventeenth Century. 6 vols. Clarendon Press (c'est plutôt un Essai sur les relations extérieures de l'Angleterre). — An Historical Atlas of Ancient Geography, Biblical and Classical. Compiled under the Superintendence of W. Smith and Grove, Murray (2'' article). — The Subjunctive Mood (C. P. Mason : réfute une vue sur le subjonctif émise par M. Abbott). — Pope's Translation of the Satires of Horace (W. M. : a trouvé et reproduit un auto- graphe de Pope consistant en un titre et une table des matières d'une traduction des Satires d'Horace; sur le titre on trouve la mention : London, Printed for J. Knapton L. Gilliver and R. Dodsley; il serait curieux de savoir si cette traduction a réellement été publiée ou, sinon, quelle cause en a empêché l'émission). — Oriental Notes (rapport annuel de M. Garcin de Tassy sur la littérature hindous- tanie pour l'année 1874). — An Unknown « Caxton » (William Blades). — Literary Gossip. — Societies (Soc. de géogr., de numism., de philol.). — A Lintel from Nineveh (George Smith). — Miscellanea. Shakspeare's Geographical Blunders (F. G. Fleay). — The Storm (C. A. Ward). — Shakspeare Emendations (George Greenwood). Literarisches Centralblatt, N" !o, 6 mars, Monumenta spectantia histo- riam Slavorum meridionalium. Vol. IV. Agram. In-8", xxiij-480 p. — Spiegel, Arische Studien. i. Heft Leipzig, Engelmann. In-8", 162 p. (ce travail revêt le caractère d'une polémique; il faut le regretter pour la science). — Delitzsch ^Friedrich), Assyrische Studien. i. Heft. Leipzig, Hinrichs. In-8°, vij-189 p. (on s'applaudit que M, D. ait renoncé à s'occuper de la problématique question des affinités primitives des racines sémitiques et indo-germaniques pour se tourner vers l'étude de la faune assyrienne ou plus généralement des noms d'animaux qu'on trouve mentionnés dans les inscriptions assyriennes). — Carmina graeca medii aevi edid. G. Wagner. Leipzig, Teubner. In-8", xv-^82 p. (contient 21 pièces; éd. satisfaisante). — Litauische und lettische Drucke des 16. Jahrh. Hrsg. V. Bezzenberger. Gœttingen, Peppmûller. In-S", xiv-36 p. (repartie REVUE CRITIQ^UE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE N* 13 — 20 Mars — 1875 Sommaire : 56. Hodgson, Essais sur les langues, la littérature et la religion du Népal et du Tibet. — ^7. De Duhn, Examen critique de l'épisode de VOdyssée relatif au voyage en Egypte de Ménélas. — 58. Teutsch, Histoire populaire des Saxons de Transilvanie. — 59. Curiosités de voyages en Alsace, p. p. Stœber. — 60. Du Fail, Œuvres facétieuses, p. p. Assézat. j6. — Essays on the languages, literature and religion of Népal and Tibet, together with further papers on the geography, ethnology, and commerce of those countries by B. H. Hodgson. London, Trùbner. 1874. In-8\ xj, 145 et 124 p. — Prix : 17 fr. 50. Les mémoires et articles de M. Hodgson sur le Népal et en particulier sur le Buddhisme, bien que déjà vieux la plupart d'au moins quarante années, ont conservé presque toute leur valeur primitive. On peut encore répéter de plusieurs d'entre eux ce qu'en disait Burnouf « qu'ils n'ont pas été dépassés. » Plusieurs fois réédités, ils l'avaient toujours été dans des conditions qui ne les rendaient guère accessibles aux savants européens. La dernière réimpression faite par fragments dans le Phœnix n'avait sur la précédente d'autre avantage que celui de paraître en Europe, mais elle était bien incommode, morcelée qu'elle était dans une longue série de numéros de ce regrettable Magazine. Le présent volume qui n'est, croyons-nous, qu'une nouvelle mise en page des articles du Phœnix, vient enfin mettre à la portée de tous ces excellents travaux, dont l'éloge ni la critique ne sont plus à faire. Un index les rend faciles à consulter. 57. — De Menelai itinere ^gyptio, Odysseae carminis IV episodio, quasstiones criticae. Dissertatio philologica quam Fridericus de Duhn. Bonn, 1874. In-8°, 46 p. — Prix : I fr. 35, Cette dissertation d'un jeune docteur de Bonn est d'une lecture pénible : l'au- teur nous promène par un vrai dédale de questions et de recherches enchevêtrées les unes dans les autres. Mais elle témoigne d'une sagacité pénétrante, et elle ofîre, dans un petit nombre de pages, une foule de combinaisons ingénieuses, de vues intéressantes et même quelques résultats que l'on peut considérer comme acquis. Il est, en effet, très-probable que le récit de Ménélas (Odyss. IV, 351- 586) n'a pas été d'abord composé pour la place qu'il occupe dans l'Odyssée. Télémaque demande des nouvelles de son père ; et dans ce long récit il n'est question d'Ulysse qu'incidemment et brièvement. Il y a plus : les vers 550-560, les seuls qui se rapportent à la question de Télémaque, ainsi que le vers 498, qui les prépare, offrent plus d'une prise à la critique et se retrancheraient avan- tageusement. La prédiction des vers 561 sq. : XV , 12 178 J}EyU|: Cp-ITIQUE Sol S' oS ôdaçaxov èari, Stoxpeçàç ô MevéXas, 'ApY^i ^v lz7i;o^6Ta) ôavietv v.al 7u6t[;i.ov èTriaTreïv se réfère évidemment à ce qui avait été dit plus haut d^Agamemnon : l'immorta- lité de Ménélas est opposée à la triste fin de son frère. Mais cette relation est obscurcie par les vers intermédiaires, le passage relatif à Ulysse. Les vers 514 et les suiv. donnent lieu à une autre observation aussi juste qu'importante. On y voit Agamemnon empêché par la tempête de doubler le cap Malée et rejeté vers un canton éloigné où se trouve la maison d'Egisthe. L'au- teur de ce morceau (il est difficile d'échapper à cette conséquence) plaçait donc la résidence d'Agamemnon, non à Mycène, mais à Lacédémone. La même tra- dition se trouve dans Stésichore, Simonide, Pindare : c'était évidemment la tra- dition de Sparte. On connaît le récit de la mort d'Agamemnon_, récit tout épique, et très-différent de la version que la tragédie nous a rendue familière : le palais des Atrides n'en est pas encore le théâtre; Égisthe n'a pas cédé le pas à Clytemnestre ; nous voyons une bataille entre les guerriers de deux princes, et non un duel entre l'époux et l'épouse. M. de Duhn soutient que, partout ailleurs dans l'Odyssée, sauf dans le XV livre, la mort d'Agamemnon est présentée conformément à la version tragique. Cela ne me paraît point prouvé. Il est vrai qu'ailleurs Clytemnestre y intervient : mais le récit de Protée n'exclut pas la complicité de Clytemnestre: on le voit bien par le passage correspondant du XI^ livre. M. de D. n'a pas tenu compte de ce que Nestor raconte dans le IIlMivre. Là aussi Egisthe conduit Clytemnestre dans sa maison à lui (àv/)YaYev cvBe o6p^ov, v. 272), et le meurtre d'Agamemnon s'accomplit dans cette même maison: c'est seulement après la mort du roi qu'Égisthe s'empare du pouvoir et règne à Mycènes (v. 305). Les deux récits, celui du III* et du IVMivre, s'accordent donc, sauf sur un point : le récit de Protée semble sujpposer que les Atrides résident à Lacédémone, ,^ t,,^., û,- n,,.-,;.;. Les erreurs de Ménélas, la fable d'Hélène, son séjour en Egypte, la conception primitive du fleuve ^Egyptos, quand il ne se confondait pas encore avec le Nil, sont l'objet de conjectures spécieuses, qui se rattachent à l'histoire du texte, mais souvent aussi remontent plus haut et portent sur l'histoire des mythes mis en œuvre dans le poème. Disons en général que l'auteur applique avec bonheur une méthode de critique pénétrante, mais quelquefois excessive. Ainsi il lui arrive (p. 19 sq.) de bâtir tout un système sur une petite variante qui peut être accidentelle, ou d'appliquer à la poésie des raisonnements prosaïques. Il lui semble (p. 6 sq.) que, dans le XV* livre, Théoclymène fait perdre trop de temps à Télémaque, quand celui-ci est pressé d'échapper à l'hospitalité de Nestor : il va jusqu'à dire : insipienter inserîa narratio. Je veux bien que l'épisode de Théo- clymène soit ajouté plus tard ; mais qu'on ne m'allègue pas d'argument si plat, si antipoétique. Malheureusement, des observations de cette espèce ne déparent que trop souvent les raisonnements des critiques modernes. H. Weil. d'histoire et de littérature. 179 58. — Geschichte der Siebenbûrger Sachsen fur das sœchsische Volk, par G. D. Teutsch. 2« édit. Leipzig, Hirzel. 1B74. 2 vol. in-12, 341 et 417 p. — Prix : 10 fr. 7j. Les Saxons de Transilvanie sont, parmi les petits peuples de l'Europe, l'un des plus remarquables par leur ténacité ethnographique. Séparés de la mère- patrie, depuis le xii" et le xiii* siècle , par un triple cercle de Roumains, de Slaves et de Magyars, ils ont pieusement gardé la langue, les coutumes, les costumes même de leurs ancêtres, et de leurs parents de plus en plus éloignés. Les Turcs appelaient Hermannstadt la « ville rouge » à cause de la couleur de ses toits, pareils à ceux de Westphalie. L'amphithéâtre montagneux des Kar- pathes est d'ailleurs merveilleusement approprié, par l'isolement relatif où il maintient ses habitants, à la conservation des vieilles choses. Le patriotisme de la race et de la langue ne s'est jamais plus fortement expri- mé que dans le bon ouvrage, très-intéressant et très-clair, dont M. Teutsch vient de nous donner une seconde édition augmentée et travaillée à nouveau, comme il le remarque dans sa préface. — Je lui ferai observer tout de suite que le manque absolu de notes est le principal défaut de son livre. Il répondra en montrant le titre : Histoire populaire etc. Soit, je sais bien que l'excellente Œsîerreichische Geschichte fur das Volk, dans ses nombreux volumes, s'est interdit l'usage des notes, que la science de ses auteurs aurait pu facilement accumuler. Mais c'est précisément le genre que je n'admets pas. Qu'une histoire nationale pour les écoles primaires ou pour les petites classes des collèges se passe de notes, rien de plus naturel, mais un ouvrage de 700 pages sur l'histoire d'une tribu de deux ou trois cent mille âmes, ouvrage fait sur d'excellents documents renfermés dans des collections peu accessibles ou dans les archives d'Her- mannstadt, serait bien plus utile encore si les textes fréquemment cités étaient accompagnés de renvois. — La première édition date de vingt ans. La préoccu- pation patriotique de M. T. se fait constamment sentir dans les appréciations, sans que nous ayons remarqué aucune preuve de la partialité vraiment blâmable qui aurait consisté à dénaturer et à dissimuler les faits. Nous avons sous les yeux une œuvre honnête quoique enthousiaste , ce qui est rare lorsque l'ethno- graphie se met de la partie : car l'ethnographie est dans l'Europe orientale ce que la politique est en Occident. .; L'ouvrage se divise en sept livres, dont la plupart se terminent par un cha- pitre consacré aux coutumes, aux lois, à l'économie sociale pendant la période dont le récit vient d'être présenté : c'est une méthode claire et commode, souvent indispensable, mais elle a quelquefois le tort d'établir une séparation arti- ficielle entre les faits et les mœurs. — Le premier livre nous apprend comment le roi Geisa II, vers 1 1 50, fit venir en Transilvanie des colons saxons et flamands, bientôt suivis des chevaliers teutoniques établis momentanément dans le Burzen- land, autour de Cronstadt. Les privilèges de ces nombreux colons furent solen- nellement confirmés par la bulle d'or de 1224: ils ont toujours été très-fiers l80 REVUE CRITIQUE d'avoir obtenu une constitution à eux, portant le même nom que celle de la nation magyare. L'invasion mongole de 1241 causa, là comme dans tout le royaume, les plus affreux malheurs ; mais là comme ailleurs et plus encore elle fut le signal de nouveaux progrès, car de nouveaux étrangers furent appelés dans le pays, et lorsque s'éteignit la dynastie des Arpad, la petite Saxe de Hongrie était entièrement constituée. Sous la monarchie élective (i 301-1 526) les L. II et III nous montrent la prospérité des Saxons, particulièrement sous les rois de la maison d'Anjou, qu'ils avaient d'abord combattue par sympathie nationale pour l'autre prétendant Otto de Bavière — la seconde partie de cette période étant toutefois assombrie par les premières invasions des Turcs, et par une courte insurrection contre Matthias Corvin. Le récit devient plus détaillé depuis la bataille de Mohacs qui a pour résultat de séparer la principauté de Transilvanie du royaume de Hongrie jusqu'à la fin du xvii'' siècle (Livres IV, V, VI et VII), où M. T. arrête son ouvrage. Il nous en laisse espérer une conti- nuation (T. II, p. 414), mais il pense avec raison que le jour où la Transilvanie devient décidément une province héréditaire de l'Autriche (1699) la partie la plus intéressante de cette histoire est terminée. De grandes figures ont passé devant nos yeux : Jean Honter :-i'.ï .r.riavoni^J rno-it loinli jr-^ T T T XTT"' î T T 17 TVÎ institution oratoire. Collation d'un ms. Vç^ U 1 IN 1 1 L< 1 tL IN du xe siècle, par Emile Châtelain et Jules Le Coultre, licenciés ès-lettres, élèves de l'École des hautes études. 3 fr. -jiàjiii . ■ /- • I -.-'[ ■- iQ^ KT i^^ fascicules précédemment parus: Rn F î A ^T" FT V R î R ^^^^^ ^^^ ^^^ *^°™^^^ ^^ • lJ Hj l_i/TLkJ 1 L_j I iv 1 Cj vicomtes de Limoges antérieurs à l'an 1000. z''*^''-,*^.^^'^' $ fi". Ar^ A D 1\ /I 17 C nn T7 nr t7 H) traité de la formation des • L-'/Tl rViVl ELi3 1 Ej 1 LL Iv mots composés dans la langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. 12 fr. Pour paraître très-prochainement : :'i 2 1^ fascicule. Hymne à Ammon Ra des papyrus de Boulaq, traduit et com- menté par Eugène Grébauh, avocat, élève de l'École des hautes études. PERIODIQUES. T^^'-T n The Academy, N" 148, new séries, 6 mars. Maine, Lectures on Early History of Institutions. London, Murray (Emile de Laveleye : art. très-favo- rable). — The Works of Thomas Love Peacock. With a Préface by Lord HouGHTON, a Biogr. Not by his Grand-daughter, Edith Nicolls. Ed. by Cole. In three vols. London, Bentley and Son (Edmund W. Gosse) — Rawson Gar- DiNER, A History of England under the Duke of Buckingham and Charles L 1624-1628. In two vols. London, Longmans and Go. (David Masson : le nom seul de l'auteur est une garantie de l'excellence de l'ouvrage). — Notes and News. — Notes of Travel. — Oxford Letter (A. H. Sayce : nouvelles littéraires). — Correspondence. Irish Texts (James Graves). — « What» (F, J. Furnivall : prétend que ce mot employé dans une alternative : « que ce soit ou que ce » soit » signifiait primitivement en partie; il ajoute qu'une trace de ce sens est restée dans Somewhat, quelque peu; M. F. nous paraît être dans l'erreur la plus complète : c'est some qui a le sens partitif dans somewhat, et si dans quelques cas on peut rendre what par en partie, c'est précisément parce que what répété marque une alternative). — D"" Cooke's « Report on the Gums, Resins, etc. in » the India Muséum » (George Birdwood). — The Utrecht Psalter (Nicholas Pocock). — Grsecus Venetus. Pentateuchi Proverbiorum Ruth Cantici Eccle- siastae Threnorum Danielis Versio Graeca. Ex Unico Bibl. S. Marci codice nunc primum uno volumine comprehensam éd. Gebhardt. Praef. est Franc. De- LiTZSCH. Lipsise, Brockhaus (T. K. Cheyne : rien ne laisse à désirer dans cette remarquable publication). — Meetings of Societies (Soc. d'anthropologie, royale de littérature, des antiquaires). The Athenœum, N»247i, 6 mars. Lord Fitzmaurice, Life of William, Earl of Shelburne, afterwards First Marquess of Lansdowne. Vol. I. 1 737-1 766. Macmillan and Go. (ouvrage d'un intérêt extraordinaire pour l'histoire politique du siècle dernier en Angleterre). — Hook, Lives of the Archbishops of Canter- bury. Vol. X. Reformation Period. Bentley and Son. — Parish, A Dictionary of the Sussex Dialect. Lewes, Furncombe and Co. — Ottiwell Adams, The History of Japan. Vol. II, 1865 to 1871. King and Co. (termine l'ouvrage). — Literary Gossip. — Societies (Soc. roy. de litt., d'archéol. bibl., d'anthrop.). — ScHLiEMANN, Troy and its Remains. Murray (quelle que soit l'importance des trouvailles de M. Schl., il faut naturellement suspendre son jugement sur l'iden- tification des ruines découvertes à Hissarlik avec la Troie d'Homère). — A Lintel from Nineveh (J. Fergusson). — The Ajunta Caves (George Birdwood). — Miscellanea. Shakespeare's Arms (F. G. Fleay : pense que les armes de Sh. sont parlantes : le faucon aux ailes déployées signifie shake (agiter) et le fer de lance spear). Literarisches Centralblatt, N" ! i , 13 mars, Italia. Herausg. v. Hille- BRAND. Bd. I u. II. (cf. Rey. crit. 1874, II, p. 380, et 1875, I, p. 157; Part, du Centralblatt réfute sur plusieurs points l'appréciation de la Rev. ait.'). — Sch^efer, Geschichte des siebenjaehrigen Kriegs. 2. Bd. 2. Abth. Berlin, Hertz. In-S", x-778 p. (cet excellent ouvrage est non-seulement un récit de la guerre de Sept ans, mais encore une histoire de la diplomatie européenne à cette époque). — Ad. ScHMiDT, Pariser Zustaende wsehrend der Revolutionszeit von 1789-1800. i. Th. lena, Dufft. In-8'', xj-336 p. (on applaudit l'auteur qui « fait descendre » de leur piédestal les héros de la Révolution française »). — Codicis Justiniani fragmenta Veronensia éd. Krueger. Berlin, Weidmann. In-folio, vij-84 p. — FiCK, Die griechischen Personennamen. Gœttingen, Vandenhœck u. Ruprecht. In-8", ccxix-236 p. (l'auteur expose la formation des noms propres en grec et dans les langues congénères; la science doit adopter ses conclusions). ~ Wal- REVUE Ç^IITIQ^UE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE N* 13 — 27 Mars — 1875 Sommaire : 6i. Œuvres de Tacite, p. p. Jacob. — 62. Miklosich, Théorie des formes en Paléoslovène. — 63. Zarncke, Dissertation sur la lettre de Prêtre Jean à Manuel I ; Dissertation sur la lettre du pape Alexandre III à Prêtre Jean ; Dissertation sur le patriarche Jean, précurseur de Prêtre Jean. — 64. Greville, Mémoires, p. p. Reeve. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions. 61. — Œuvres de Tacite, texte latin, revu et publié d'après les travaux les plus récents, avec un commentaire critique, philologique et explicatif, etc., par Emile Jacob, ancien élève de l'École normale, professeur de rhétorique au lycée Saint-Louis. Annales, livres I-VI. — Prix : 7 fr. 50. Cette édition de Tacite, qui formera quatre volumes in-8°, fait partie de la Collection d'éditions savantes, entreprise par la maison Hachette, et « destinée à » fonder en France une école de philologie grecque et latine, à bien mériter du )) monde érudit et du monde universitaire. » Parmi les éditions savantes qui ont paru jusqu'ici, nous ne connaissons par nous-même que le Virgile de M. E. Benoist et le Démosthène de M. H. Weil, deux ouvrages remarquables l'un et l'autre à des titres divers. C'est donc avec un grand intérêt que nous avons examiné le premier volume du Tacite de M. Jacob. Disons tout de suite que nous y avons pu constater un progrès réel sur les éditions de Tacite publiées jusqu'ici en France. Pour le texte et pour le commentaire, l'auteur avait à sa disposition des ressources qui manquaient à ses devanciers ; aussi le texte en a-t-il profité lar- gement, et le commentaire est-il plus complet et plus exact. Peut-être aurait-on pu davantage encore tirer profit des excellents travaux que l'étude de Tacite a provoqués de nos jours. Peut-être aussi ce premier volume dénote-t-il encore un peu d'inexpérience dans ce genre de publications. Mais nous sommes sûr (d'autant plus que l'auteur le dit lui-même) que les volumes destinés à suivre profiteront de l'expérience acquise. Nous tâcherons de faire ci-après quelques observations qui seront peut-être utiles à la suite de l'ouvrage, et prouveront, en tout cas, quel intérêt nous atta- chons à la réussite complète d'une édition savante de Tacite. Ce premier volume qui a 4J0 pages contient, outre le texte et le commentaire, une page et demie d'errata, six pages et demie d'addenda et de corrigenda et une Introduction de 52 pages. L'Introduction, écrite, comme le commentaire, avec une clarté et une élégance remarquables, est divisée en cinq parties, dont la première a pour titre : Vie de Tacite. Ses ouvrages. Nous y avons remarqué deux bons passages sur la jeu- nesse de Tacite et sur son style. M. Jacob a mis à profit l'Introduction « judi- » cieuse et substantielle, » placée en tête de l'édition de Nipperdey. Mais si XV 13 194 -•^ ^ T ir\ î-*rî HEVUE GRITIQUE Mrl f "^ TT Nipperdey est en général un excellent guide, nous ne voudrions cependant pas nous en tenir uniquement à lui. Ainsi, lorsque M. Jacob dit, comme lui, qu'en 90 Tacite « quitta Rome, appelé probablement au commandement d'une légion, » peut-être aussi « nommé, en qualité de propréteur, au gouvernement d'une » province, » nous regrettons qu'il n'ait pas tenu compte de ce que M. Geffroy dit de cette partie de la vie de Tacite dans un livre érudit et bien fait, intitulé : Rome et les Barbares'. A l'exemple de Nipperdey, M. Jacob attribue au grand historien le Dialogue sur les orateurs; mais, après Nipperdey,, on a produit contre cette attribution de nouvelles objections très-fortes, tirées de la chronologie. Il faut les réfuter, ce qui nous semble assez difficile, ou bien en tenir compte. Relevons deux petites inadvertances : l'Agricola « paraît avoir été composé au « commencement de l'année suivante, » c'est-à-dire en 98; publié serait plus exact. Il est dit aussi que le beau-père de Tacite fut v rappelé de la Bretagne » après cinq ans d'un gouvernement équitable ; » on sait qu'Agricola fut nommé au gouvernement de la Bretagne en 78, et que ce ne fut, qu'en 85 qu'il quitta ce pays, où il fit sept campagnes. ' -t-,;,* ; ^ i,~ Nous ne nous arrêterons pas aux autres parties àeVlrîtrdduction. Elles sont intitulées : les Annales, les manuscrits et les plus anciennes éditions; travaux de Juste-Lipse et de ses contemporains ; travaux postérieurs à Juste-Lipse. Il nous est cependant impossible de ne pas faire au moins une remarque. Parmi les édi- tions indiquées comme les plus récentes, nous trouvons celles de Ritter (1848), de Nipperdey (1862), de Halm (1866), de Draeger(i869). M. J. aurait bien fait de consulter la 5* édition de Nipperdey, celle de 1871, et la seconde de Ritter (1864). Parmi les publications postérieures à Juste-Lipse, nous trouvons aussi une énumération des travaux dont la grammaire de Tacite a été l'objet. Cette énumération pourrait être plus complète. On aurait voulu y voir les meilleures des nombreuses dissertations qui ont été publiées sur la grammaire et le voca- bulaire de Tacite. Il y a une faute d'orthographe dans le nom de Zirker (au lieu de Sirker), mais je la prends sur mon compte, parce que je l'ai faite le premier et qu'on me l'a déjà reprochée avec raison comme une faute d'impression fâcheuse. La Ç partie de l'Introduction est intitulée : De la présente édition. En fait d'orthographe, M. J. ne veut pas d'innovations qui étonnent les yeux et troublent l'attention; il regrette cependant de ne pas avoir écrit Thrma, et Sibulla. Ses innovations sont limitées à un petit nombre de mots. La chose la plus difficile et la plus importante est la constitution du texte. « Mon autorité pour le texte, dit M. J., est celle d'Orelli (édit. de 1859). » Nous osons l'engager à ne pas négliger dans l'intérêt des volumes suivants des éditions plus récentes, par exemple celle de Halm (1874) et celle de Ritter (1864), qui a pour la seconde fois fait la collation des mss. Pour la commodité des savants, nous eussions désiré que M, J. eût réuni dans un appendice critique les changements qu'il a faits au texte d'Orelli. Nous sommes I. V. Rev. crit. 1874, n' 10, d'histoire et de littérature. 195 d'avis que, même dans une édition savante, il est bon de donner séparément la critique du texte et les notes grammaticales, historiques, géographiques, esthétiques, etc. Halm, dont l'édition n'a pas de commentaire, donne en tête de chaque volume un Commentarius criîicus, et la première édition de Ritter, qui a des notes exé- gétiques, les sépare complètement des leçons des mss. S'il y a de bonnes raisons pour recommander cette manière de faire, j'avoue qu'elle n'est pas indispensable dans tous les cas. Mais elle mérite d'être recommandée pour une édition qui prend pour base une édition parfaitement connue. M. J., en choisissant celle d'Orelli, n'avait plus qu'à marquer, au commencement ou à la fin du volume, les endroits où il s'éloigne de son autorité. C'est ainsi qu'ont fait Draeger et Haase, qui ont pris pour base de leurs éditions celle de Halm. Nous nous rendons difficilement compte des principes qui ont été suivis dans la partie critique du Commentaire. Voici, par exemple, au ch. I du livre I une note pour laquelle il ne nous semble pas qu'on puisse invoquer le principe d'uti- lité : « Deterrerenîar. Leçon du Mediceus, reproduite par les meilleures éditions, » y compris les plus récentes. La correction proposée par Muret et Juste-Lipse, » detererenîur, n'est pas justifiée. » Puisque, depuis longtemps, les meilleures éditions, d'accord avec le Mediceus, écrivent deîerrerentur, qui est parfaitement clair, pourquoi faire mention d'une vieille correction dont personne ne veut? Voici une note critique sur laquelle nous avons à faire une observation d'un autre genre. On lit au ch. 8, liv. I : « Nomenque August£. Le nom est ainsi écrit » dans le Mediceus, qui porte à cet endroit la trace d'une correction. » Vient ensuite une explication dont la conclusion est : « il y a donc lieu de maintenir » la leçon du manuscrit. » L'observation sur le Mediceus ne me paraît pas tout à fait claire. D'après Ritter, dont la collation est postérieure à celle de Baiter, le Mediceus donne Augusta ou Augustu (dans le ms. les a, un peu ouverts en haut, se distinguent difficilement des u); Augusta est une correction. Orelli avait dans sa première édition Auguste, dans la seconde il adopte Augustum; Grono- vius, Dœderlein, Haase, Nipperdey, Halm, Draeger sont pour ^ugi/^ium. Nipper- dey et Draeger donnent l'explication de ce mot, et, pour ma part, je ne voudrais rejeter ni leur leçon ni leur explication. Le Commentaire est très-dé veloppé. Il occupe, en moyenne, à peu près les deux tiers des pages. M. J. dit qu'il a tiré un grand profit du Commentaire de Nipperdey. Nous trouvons qu'il a bien fait de l'utiliser. Nous voudrions cepen- dant qu'il eût profité davantage de celui de Draeger, qui a aussi d'excellentes qualités, et qu'il eût pu mettre à contribution les bons travaux dont Tacite a été l'objet de nos jours, mais nous savons par expérience qu'il est souvent bien diffi- cile de se les procurer. « S'il y a des omissions ou, à plus forte raison, des erreurs, dit M. J., je » serai heureux qu'elles me soient signalées. » Nous ne voulons faire que quel- ques observations qui, si on les trouvait justes, pourraient exercer une utile influence sur le Commentaire des autres volumes. Disons tout d'abord qu'il serait possible, selon nous, de rédiger plus brièvement un assez grand nombre de notes, afin de gagner de la place pour d'autres notes également utiles. Prenons 196 :';'"•; REVUE CRITIQUE pour exemple la première phrase du ch. I, 1. i : Urbem Romam a principio reges habuere. Nous trouvons ici une longue note sur urbem Romam et sur une question bien rebattue : cette phrase forme-t-elle un vers hexamètre ou non ? Il nous semble qu'on pourrait énoncer en moins de lignes ce qu'il y a de plus utile à dire, et ajouter une note sur a principio. Est-ce que dans les auteurs classiques, prin- cipio et a principio sont la même chose ? Si les deux expressions y ont un sens différent. Tacite s'est-il conformé à l'usage classique? On aurait pu aussi, une fois pour toutes, faire une observation sur les formes en ère et ërunt du parfait, observation qui a été faite d'abord, si je ne me trompe, par Wagener, et qui se trouve dans les notes de Haase sur Reisigs Vorlesungen. Les commentaires de Nipperdey et de Drseger ne disent rien non plus sur a principio et habuere, mais il n'y avait pas de raison de les imiter dans une édition faite en France et pour la France. On aurait pu du reste se contenter ici d'un renvoi à une grammaire. S'il y a des endroits où des notes nécessaires ou utiles manquent , il y en a en revanche qui en ont de superflues. Il me semble qu'il faut se garder de faire des notes grammaticales sur des règles qui se trouvent bien formulées dans les grammaires, à plus forte raison faut-il éviter, dans une édition savante, des notes trop élémentaires. A qui ces notes pourraient-elles être destinées ? Non assuré- ment aux professeurs qui n'en ont que faire. Si l'on suppose qu'il y a un certain nombre de personnes peu au courant de ces règles, il faut tout simplement faire un renvoi à une grammaire où elles puissent les apprendre dans leur ensemble. Citons un ou deux exemples de notes de grammaire élémentaire. Au ch. I, 1. i , note 7, on lit: « Claris scriptoribus (memorata sunî). Tacite, à l'exemple des » poètes, construit fréquemment au datif le régime indirect des verbes passifs, » quels que soient les temps. » La règle du datif accompagnant les verbes pas- sifs doit être connue de tout le monde. Du reste, Tacite ne s'éloigne pas ici de la prose de Cicéron et la note par conséquent est inexactement rédigée. Au ch. II, 1. I , il y a une note bien élémentaire sur invalida auxilio. Une pareille note, selon moi, ne devrait pas même se trouver dans une petite édition classique. La fin de la note seulement s'adresse aux professeurs. Au ch. VI, pour/uxfa periculoso, le lecteur est renvoyé à la note sur invalida auxilio, et l'on compare comperto, cognito. C'est confondre trois cas différents. Il eût suffi de citer une grammaire. Voici un dernier exemple d'une note élémentaire qui pourrait être rédigée autrement. Au ch. XVI, 1. I , il est dit sur Mutatus princeps que la substitution du participe passif au substantif abstrait ne se trouve pas encore dans Cicéron ; Draeger est cité entre parenthèses. C'est là assurément une inexactitude. On n'a qu'à consulter une grammaire classique pour trouver des exemples de Cicéron : Homerus fuit anîe Ramam conditam (avant la fondation de Rome). Nous venons de voir, parmi les règles superflues, quelques-unes qui pourraient être rédigées avec plus de soin. Il y en a dont la rédaction laisse encore plus à désirer, par exemple : « Epistolas, la lettre Le pluriel est mis pour le singu- » lier, à l'imitation de littercB. « On aurait pu dire : le pluriel epistoU se trouvé déjà employé dans Velléius Paterculus pour désigner une seule lettre; en tout cas, le pluriel littera n'est pas mis pour le singulier. Le commentaire explicatif d'histoire et de littérature. 197 n'est pas non plus toujours d'une exactitude scrupuleuse; exemple : « Hermun- » durorum. Ils habitaient dans la Bavière actuelle, vers les sources de l'Elbe. » L'erreur qu'on voit ici a probablement son origine dans la Germanie de Tacite, qui place les sources de l'Elbe chez les Hermondures. Nous reviendrons peut-être un jour sur tous les détails du commentaire. Nous avons surtout voulu aujourd'hui appeler l'attention de l'auteur sur certaines règles qu'il est bon, selon nous, de s'imposer dans un commentaire savant. Nous serions heureux si nos observations pouvaient avoir quelque utilité, et contribuer tant soit peu au succès complet des trois volumes suivants, car c'est uniquement dans cette intention que nous les avons faites. Gantrelle. 62. — Altsiovenische Formenlehre in Paradigmen mit Texten aus glagoli- tischen Quellen, von Franz Miklosich. Wien. 1874. In-8*, xxxv-96 p. — Prix : 6fr. 75. e-ijVoilà plus d'un quart de siècle que l'illustre professeur de Vienne, auteur de cette Théorie des formes en ancien slovène, cultive son champ favori avec un zèle aussi persévérant que fécond. Chaque année nous apporte quelque nouveau fruit de ses labeurs et chacune de ses publications jette de nouvelles lumières sur les questions encore inexplorées ou difficiles à résoudre. Aussi est-ce avec une vive satisfaction que nous les voyons paraître, assurés que notre attente ne sera pas déçue. .-^I enni) î>*v.ry.oti L'opuscule dont il s'agit en fournit une preuve de plus. L'intérêt en est plus grand que le titre ne semble le promettre. Celui-ci ne nous annonce, en effet, que des paradigmes de déclinaison et de conjugaison, choses que l'auteur avait déjà données dans sa grande Grammaire comparée des langues slaves. Quant aux textes glagolitiques, placés à la fin du volume, outre qu'ils ne sont pas très-considéra- bles, les spécialistes les connaissent depuis longtemps. H'r'tf ivc Mais en tête des textes et de l'esquisse grammaticale il y a une autre étude de 3 5 pages qui est comme l'âme de l'ouvrage et qui, à notre avis, vaut un livre. Nous dirons quelques mots de chacune des trois parties, en insistant davantage sur la préface. L'auteur y fait une sorte de profession de foi, en se déclarant plus énergi- quement que jamais en faveur de l'origine pannonienne du slavon liturgique, qu'il appelle l'ancien slovène pour le distinguer du slovène moderne. La théorie qu'il défend aujourd'hui, il l'avait déjà exposée dans l'Encyclopédie d'Ersch et Gruber (à l'art, glagolitisch), ainsi que dans sa Grammaire comparée des langues slaves. Mais la question du paléoslave étant de nouveau devenue l'objet de débats fort animés, M. M. aura cru opportun de produire son ancienne thèse en l'accentuant davantage. Son introduction n'est pas un traité complet — l'espace ne le comportait guère — c'est une déclaration de principes. Trente années de recherches assidues n'ont fait que rendre en lui plus iné- branlable la conviction que l'ancien idiome ecclésiastique est celui que parlaient les Slaves de la Pannonie (y comprise la Moravie), vers le milieu du ix* siècle 198 •*'"'" REVUE CRITIQUE ^'"^ (863). Epoque à jamais mémorable ! car c'est alors que les deux saints frères, Cyrille et Méthode, sont venus au milieu de ce peuple, en lui apportant des livres liturgiques traduits en sa langue maternelle, et en élevant ainsi le slavon à la dignité d'un idome sacré. C'est cette langue sacrée qu'on appelle aujour- d'hui, quoique improprement, paléoslave, et que nous avons continuée d'appeler slavonne, dénomination parfaitement correcte et rendant avec fidélité le terme primitif (slovensko pistno) que le pape Jean VIII (872-882) traduisait si bien dans ses lettres par litierae slaviniscae. Lorsqu'après la mort de Saint Méthode, archevêque de Pannonie, la nouvelle église slave cessa d'exister dans ce pays, et que ses disciples se virent forcés d'aller chercher asile ailleurs, la langue sacrée des Slaves Pannoniens fut adoptée par les peuples slaves de la Bulgarie, de la Russie, de la Croatie et de la Serbie qui lui imprimèrent chacun son cachet particulier, en laissant s'effacer de plus en plus les traits distinctifs du dialecte pannonien. Je dis à dessein dialecte : car à l'époque dont il s'agit, c'est-à-dire vers le milieu du ix^ siècle, il y avait autant de dialectes que de peuples slaves et aucune de ces langues ne saurait être regardée comme étant la mère des autres. La langue-mère, le vrai paléoslave, appartient aux temps préhistoriques. Ainsi, d'après M. M., l'idiome employé par Cyrille et Méthode dans le culte religieux fut celui des Slovènes pannoniens du ix* siècle. Telle n'est pas l'opinion des autres slavistes dont la plupart se prononcent en faveur de l'origine bulgare du paléoslave et placent son berceau dans la Macédoine, patrie des deux apôtres-frères , habitée par des slaves Bulgares. Nous voilà donc en présence des deux hypothèses bien formulées. De l'aveu de l'auteur lui-même, l'hypothèse bulgare est depuis quelque temps devenue si générale que parmi les slavistes vivants, il croit être seul à élever la voix contre elle (p. IV). Il y a 3 5 ans, le célèbre Kopitar, son maître, tenait un langage tout à fait semblable : « Je suis là tout seul, écrivait-il à Vostokov {Ich stehe allein). Après tant de revers » que vous reste-t-il? Moi. » (Voy. la Corresp. de Vostokov, publiée par M. Srez- nevski, St-Pétersb. 1874, lettre de 271, datée de 1841). On le sait, Kopitar a été le premier à lancer dans le monde savant l'idée de l'origine pannonienne du paléoslave, dont il croyait avoir découvert un véritable spécimen dans son Glagolita Clozianus^. La découverte fut, en effet, très-importante ; elle fit époque dans les études slaves; mais aussi elle suscita à l'heureux auteur de la précieuse découverte de nombreux adversaires. Depuis lors la science a marché ; le nom- bre des documents paléoslovènes s'est considérablement accru ; malgré cela, aujourd'hui comme alors, les savants sont encore partagés en deux camps oppo- sés. Si, de part et d'autre, on s'affranchissait davantage de préventions natio- nales ou religieuses, peut-être la question aurait-elle été plus proche de sa solution, car on ne saurait nier l'influence fâcheuse de ce double élément, et la critique impartiale doit en tenir compte jusque dans l'examen des preuves intrin- sèques que chaque parti produit en faveur de sa théorie. I. Publié en 1836. d'histoire et de littérature. 199 ^Ge n'est pas le lieu d'entrer dans des détails. Il suffira de faire remarquer avec l'auteur, que dans tous ces débats l'histoire doit être consultée non moins que la linguistique, et que l'évangélisation des Slaves pannoniens par SS. Cyrille et Méthode est un fait incontestable, tandis que leur séjour en Bulgarie n'est rien moins que prouvé. En parlant des preuves extrinsèques, M. M. cite en sa faveur l'autorité de Schafarik, celui qui a étudié la question glagolitique à fond et plus que tout autre. Eh bien, l'illustre contradicteur de Kopitar a fini par s'avouer vaincu et par adopter pleinement l'hypothèse pannonienne, après l'avoir combattue durant de longues années avec autant d'ardeur que de science. Un esprit aussi critique que le sien ne s'est rendu assurément qu'à l'évidence des faits. Je ne parle pas de l'abbé Dobrowski, le patriarche des slavistes. De son temps (175 3-1829) les études slaves existaient à peine; en fait d'écrits glagoli- tiques, on ne connaissait que ceux de la période relativement récente qu'on nomme croate, le Glagolita de Cloz n'était pas encore découvert ; en revanche il connaissait déjà l'évangéliaire cyrillique d'Ostromir, écrit à Novgorod en 1056. On conçoit que l'auteur des Inslitutiones linguae slavicae veteris dialecù (1823) et de tant d'autres écrits ait pu voir dans la glagolitza une invention du xiii^ siècle, erreur à laquelle Kopitar, son fidèle ami, a donné un solennel démenti, en publiant en 1836 son Glagolita Clotianus, qui date du xi® siècle. Quant à Vostokov, il n'a jamais rejeté entièrement l'hypothèse de Kopitar (sauf l'identité de l'ancien slovène et du carinthien) ; car en plaçant le berceau du paléoslave en Bulgarie, Vostokov n'excluait pas la Moravie et la Pannonie. Il a même, à la fin de sa carrière, modifié son opinion dans ce sens qu'à la Bulgarie proprement dite, il substitua la Macédoine en y joignant toujours la Moravie. Ajoutons que l'éminent éditeur de l'évangéliaire d'Ostromir n'était pas versé dans les études glagolitiques aussi profondément que dans celle des monuments cyrilliques que la Russie lui offrait en abondance et dont les plus anciens ont, en outre, l'avantage de porter une date certaine (io$6, 1073, 1076, etc.), avantage que jusqu'à présent n'a aucun monument glagolitique. H en est autre- ment de M. Sreznevski, le vétéran des slavistes de nos jours. Ses nombreuses et savantes publications prouvent que les deux littératures paléoslaves lui sont également familières. Une étude sérieuse de l'une et de l'autre l'a amené à des résultats défavorables à l'hypothèse de M. M. De la sorte, tandis que pour l'illustre professeur de Vienne le Glagolita Clozianus avec ce qui en approche est la vraie base d'une grammaire slave scientifique (p. xxxi), l'académicien de St-Pétersbourg, au contraire, place son point de départ dans l'évangéliaire d'Ostromir, qu'il considère, d'accord en cela avec Vostokov, comme le plus ancien monument paléosiave. Cela prouverait que la question dont il s'agit n'est pas encore assez mûre pour recevoir une solution définitive. Après avoir exposé les deux théories, l'auteur, fidèle à son principe, partage tous les monuments littéraires en deux catégories qu'il appelle pannonienne et non-pannonienne. Il énumère ensuite les principaux écrits de l'une et de l'autre, 200 .S>»U^*'.RKVUE CRITIQUtfHVfidVVi'C» tant glagolitiques que cyrilliques. En tête de cette liste, forcément incomplète, nous voyons figurer l'évangile de Zograph et le Glagolita de Cloz, cité déjà plus d'une fois. L'auteur les a choisis pour servir de spécimen et il en donne des extraits à la fin de l'opuscule. On sera surpris, sans doute, de ne pas voir à leur suite les Fragments découverts en 1856 à Prague et publiés par Schafarik qui les place dans la première moitié du x^ siècle au plus tard (863-950) et que cette découverte inattendue détermina à abandonner son ancienne théorie bulgare pour embrasser celle de Kopitar. Parmi les monuments pannoniens écrits en lettres cyrilliques, la première place est accordée au Livre de Sabas (Savvina Kniga) du xi'' siècle, récemment publié par M. Sreznevski qui l'avait découvert à la Bibliothèque Typographique, non de St-Pétersbourg ainsi que le dit M. Miklosich (p. xiv, n. i), mais de Moscou. Suit le ms. de Souprasl, également du xi* siècle, publié en entier par l'auteur en 1 8 5 1 et remarquable par son affinité avec le texte glagolitique de Cloz (8, n. 14). :.. Les écrits d'origine non-pannonienne sont classés en quatre familles, bulgare, serbe, croate et russe. Parmi ceux de la famille bulgare, nous nommerons le psautier de Bologne, c'est-à-dire conservé à Bologne, mais écrit à Ochride sous le roi Asène (1186-1196), et l'évangile de Ternovo (1273); parmi les mss. serbes, un évangile d'Athos du xii" siècle, un nomocanon de 1262, les actes des apôtres de 1324, du couvent de Schischatovatz, publiés par M. Miklosich en 1854, enfin l'évangile de Nikolsk datant du xv» siècle, mais copié sur un original plus ancien. Je ne dirai rien de la famille croate, sinon que Vostokov ne la reconnaissait point. L'évangéliaire d'Ostromir ouvre la longue série des mss. de la famille russe. Nous l'avons dit, dans l'opinion de M. M., ce vénérable reste de l'anti- quité slave n'appartient pas à la catégorie pannonienne, comme étant écrit à Novgorod et ayant subi l'influence du dialecte russe. Il est inutile d'ajouter que mes compatriotes ne lui sauront point gré d'avoir assigné la dernière place à ce qu'ils considèrent comme le plus beau joyau de la littérature paléoslave. M. M. cite encore les homélies de Grégoire de Nazianze (du xi* siècle), le Recueil (Jzbornik) de Sviatoslav (de 1073), l'évangile de Mstislav (de 1073), et plusieurs autres. En parlant des homélies de S. Grég. de Nazianze, il dit qu'on n'en a publié que des extraits. Cela pouvait être vrai au moment où il écrivait son livre ; mais à l'heure qu'il est ce précieux ms. est édité en entier et d'une manière savante par M. Boudilovitch. De ce qui précède, il est facile de conclure que le traité des formes en ancien Slovène, celui qui fait le corps de l'ouvrage, doit contenir bien des données qu'on chercherait vainement dans le grand travail de l'auteur, je veux dire sa Gram- maire comparée des langues slaves dont le y vol. traite le même sujet (p. 1-176) '. 1. Il faut en dire autant de la Grammaire de Bopp, qui avait pris pour modèle celle de Miklosich, en tout ce qui regarde l'idiome slave (Voy. t. II, p. 162 de l'excellente édition française par M. Bréal). d'histoire et de littérature. 201 Il suffit, pour s'en convaincre, de comparer ceux des paradigmes qui sont iden- tiques dans l'un et l'autre ouvrage. Qu'on prenne, par exemple, le modèle rab (esclave), on verra aussitôt que l'instrumental sing. n'a pas la même forme {rabùmï et rabomï) et ainsi des autres exemples du genre masculin. L'instru- mental du féminin ryba (poisson) offre une différence bien plus saillante [rybq et ryboiq). Mais ce qui frappe le plus, c'est la déclinaison déterminée des adjectifs. Dans le nouveau îraiîé des formes elle conserve dans toute leur intégrité primi- tive les suffixes pronominaux ajoutés à la partie principale du mot (par exem- ple : nom. dobry-j, gen. dobra-jego, dat. dobrou-jemou, instr, dobru-imu, etc.). Cette transparence d'agglutination témoigne de l'antiquité de la forme paléoslo- vène, qui, d'ailleurs, n'a pas tardé à s'altérer en se contractant de plus en plus, sous l'influence des autres dialectes. Les formes plus récentes dominent déjà dans l'évangéliaire d'Ostromir qui est de 1056 [dohra-ago, sUpou-oumou, etc.). Je ne cite que ces deux traits distinctifs de l'ancien slavon, afin que chacun lise dans l'auteur le chapitre entier (XII) qui les indique tous, quoique assez sommairement. Au reste ce point a été déjà amplement traité par Schafarik, dans sa mémorable étude sur Vorigine et la patrie du glagoUtisme (Ueber den Ursprung und die Heimath des Glagolitismus, Prag., 1858), oii il établit victorieusement la thèse de M. M. Après la théorie, la pratique. L'auteur a placé à la fin du livre des textes extraits, avons-nous dit, de l'évangile de Zograph et du Glagolita de Cloz. Nous avons assez parlé du dernier pour ne pas y revenir. Quant au premier, appelé du nom d'un couvent du Mont-Athos, on sera bien aise d'apprendre que l'original est conservé aujourd'hui à la bibliothèque publique de St-Pétersbourg, ainsi qu'un fac-similé photographique du ms. tout entier, œuvre et don de l'in- fatigable explorateur du Mont-Athos, M. Sévastianov. Une partie de ce ms. a été déjà publiée par M. Sreznevski; mais différente de celle de Miklosich et transcrite en lettres russes, tandis que l'extrait du présent opuscule est en carac- tères cyrilliques. L'un et l'autre ont eu en vue un but pratique. Je noterai, à ce propos, que leur transcription n'est pas identiquement la même et que des diver- gences se rencontrent dans la reproduction du même texte. Ajoutons que les textes sont accompagnés de notes critiques comme M. M. en sait faire. Voilà une analyse trop incomplète du nouveau traité des formes en ancien Slo- vène. Malgré son peu d'étendue, il est très-substantiel et contient des vues d'en- semble fécondes en résultats. Personne ne pourra aborder les études paléoslaves sans avoir attentivement consulté cet écrit, qui nous paraît mériter les honneurs d'une édition française. J. Martinov, s. J. 7t 3QJt . ^3cVr ■< REVUE CRITIQyB''>"rP»«''V! _<',1tîL^^ ■■•M '-'^-'i ■:;••''•- ^ ^. ^ . ^ , ^î'Hy'.'j»r^.^-*.?t^t{4î oj.— Fr. Zarncke. Gommentatio de epistola qaae sub nomme presbyteri Johannis fertur. Leipzig. 1874. In-4*, j8 p. Fr. Zarncke. Gommentatio de epistola Alexandri papae III ad presbyte- rum Johannem. Leipzig. 1875. In-4', 20 p. Fr. Zarncke. Gommentatio de patriarcha Johanne quasi praecursore presbyteri Johannis. Leipzig. 1875. In-4*, 17 p.* ^ ' Le premier et le plus important de ces mémoires est consacré à la célèbre lettre du prêtre Jean à l'empereur de Constantinople Manuel. M. Zarncke en énumère 66 manuscrits*, dont 8 du xii* siècle, et il les classe ensuite, en montrant qu'un seul d'entre eux (Harl. ^099, 3) contient le texte primitif, qui, au xii* s. d'abord puis au xv% a été l'objet d'interpolations successives. Le savant profes- seur de Leipzig donne ensuite, d'après ce ms., une édition du texte, dans laquelle sont insérés, et typographiquement distingués les passages interpolés postérieurement. On ne peut rien souhaiter de mieux tant pour la sûreté et la méthode de l'investigation que pour la disposition claire et pratique de l'édition. L'auteur nous fait espérer prochainement un travail sur les sources de VEpistola, qui répandra sans doute la lumière sur cette question encore bien obscure, et que le livre de M. G. Oppert n'a pas, il s'en faut, éclaircie 3. — M. Z. a obtenu, par voie d'obligeantes correspondances, des renseignements sur un grand nombre de manuscrits disséminés dans toute l'Europe ; il invite tous ceux qui liront son travail à compléter et à rectifier ses données : nous souhaitons que son appel soit entendu. Rien ne peut contribuer plus à faire rapidement avancer la science que cette aide fournie à un travailleur par les autres. On sait générale- ment, dans le monde érudit, que tel ou tel savant s'occupe depuis longtemps d'un certain sujet : chacun de ceux que le hasard de leurs recherches amène à trouver quelque document concernant ce sujet devrait se hâter de le communi- quer au savant compétent. Tout le monde y gagnerait, et des renseignements utiles ne resteraient pas inconnus de ceux qui peuvent les mettre en œuvre. On sait que le pape Alexandre III, sur le rapport d'un médecin nommé Philippe, adressa (en 1177, comme le montre M. Z.) une lettre au prêtre Jean, dans laquelle il accrédite ce Philippe auprès de lui. M. Z. montre que Benoit de Peterborough est le seul auteur qui nous ait conservé cette lettre et que tous les textes qui en existent dérivent du sien. Il donne ensuite une édition critique de ce singulier document. Le pape paraît avoir connu la prétendue lettre du prêtre Jean, à laquelle un passage de la sienne fait allusion; peut-être cependant ce passage se réfère-t-il au récit de Philippe, qui aurait alors puisé dans VEpistola 1 . Ces trois dissertations , écrites en allemand malgré leur titre latin, ont été publiées parla Faculté de philosophie de Leipzig, dont M. Z. est actuellement doyen, à l'occasion de diverses solennités académiques. 2. M. Z. ne se dissimule pas que beaucoup de mss. lui ont échappé; il demande qu'on les lui signale. j. Voy. p. 4 le jugement extrêmement sévère que M. Z. porte sur ce livre; il reproche à l'auteur, outre son manque absolu de critique, de s'être approprié audacieusement une hypothèse de M. d'Avezac. d'histoire et de littérature. 20} les données d'après lesquelles il aurait composé l'histoire de son séjour dans le pays du fabuleux roi des Indes. « Philippe se mit-il en route pour porter la » lettre du pape ? la lettre parvint-elle à son adresse, et qui se trouva finalement » être le personnage auquel elle s'adressait ? C'est ce dont nous ne pouvons rien » dire. » La troisième dissertation de M. Z. concerne un certain Jean, patriarche de l'Inde, qui serait venu à Constantinople en 1 122 pour y recevoir le pallium, et qui, ayant trouvé là des légats du pape, les aurait accompagnés à Rome et y aurait raconté beaucoup de merveilles sur son pays. Ce patriarche Jean est visiblement, comme le dit M. Z., le précurseur du prêtre Jean. Le récit qui le concerne nous a été conservé par Albéric des Trois-Fontaines, qui dit le tirer des Gesîa Calixîi II, malheureusement perdus. M. Z. publie le passage d'Albéric, et une autre version, plus longue et sans doute plus voisine de l'original, qui se trouve dans deux rass. de Leipzig et dans diverses impressions du xv^ et xvi^ s. 64. — The Greville Memoirs. A Journal of the Reigns of King George IV and K-ing William IV. By the late Charles C. F. Greville, Clerk of the Council to those Sovereigns. Edited by Henry Reeve, Registrar of the Privy Council. Three volumes. 3d Edition. London, Longmans, Green and C°. 1875. — Prix : 48 fr. Il est peu de pays, je crois, oîi, grâce aux circonstances de la vie nationale, l'histoire moderne soit éclairée d'un jour aussi vif et aussi plein qu'en Angle- terre; il n'est guère d'homme d'Etat dont on n'ait recueilli, après sa mort, les lettres et les discours, — et dans les vingt dernières années du xviii* siècle et les trente premières du xix% on aurait peine à rencontrer un événement politi- que de quelque importance sur lequel nous ne puissions connaître avec la der- nière minutie et les opinions des divers partis et les démarches parfois étrange- ment compliquées qui l'ont préparé. Ce qui est plus rare dans la littérature historique de nos voisins, c'est le genre des mémoires ou des journaux : on est bien près d'en avoir épuisé la liste chez eux lorsque l'on a cité les noms de lord Malmesbury, de Windham, lord Colchester, lord Holland, lord Brougham et en dernier lieu lord John Russell. Enfin, la publication dont nous avons inscrit le titre en tête de ces lignes est une entière nouveauté; c'est, croyons-nous, la première fois qu'un homme, étranger aux luttes des partis, profite de la neutra- lité de sa position et des opportunités qui lui sont offertes par un emploi mer- veilleusement propre à éveiller et à satisfaire la curiosité d'un observateur, pour révéler au public bien des résolutions et des actes dont la coulisse avait jusqu'ici gardé le secret. Aussi la colère a-t-elle été grande. Peut-être, si ce livre ne contenait quelques pages qui allèchent en scanda- lisant, n'aurait-il pas obtenu un aussi grand succès. En tous cas, il nous semble, à ne le juger qu'au point de vue des faits nouveaux qu'il ajoute à la connaissance de cette époque, ne présenter qu'une valeur secondaire. L'auteur, né en 1794, appartenait par son père à la famille des Comtes de Warwick, et était par sa mère petit-fils du duc de Portland ; après une éduca- 204 i^^^H^tŒVUE CRlTIQyBH-if^Ifl'H tidn un peu brusquée le comte Bathurst le prit pour son secrétaire privé en i8i j; il joignit en 1821 à la sinécure de secrétaire de la Jamaïque le poste important et confidentiel de secrétaire du Conseil privé. Ses goûts le portèrent à s'occuper beaucoup du turf, et la faveur du duc d'York lui confia pendant un temps la direction de son écurie. Dès juin 1818, il se mit à tenir un journal des faits curieux qui venaient à sa connaissance, des conversations intéressantes qu'il avait et des jugements qu'il portait. L'intérêt réel de ce journal ne com- mence guère qu'en 1828 au moment où le duc de Wellington et sir Robert Peel se déterminèrent enfin à l'émancipation des catholiques. Par ses relations avec le duc, dont son frère Algernon Greville était secrétaire privé, et avec lord Lyndhurst, Greville fut à même de voir de près les difficultés que rencon- trèrent les ministres Tories soit auprès des membres extrêmes de leur parti soit auprès du roi, sur l'esprit duquel les violences de son frère, le duc de Cumber- land, ne laissaient pas d'avoir quelque influence. La partie de beaucoup la plus neuve de ces trois volumes, c'est dans les chapitres xvi, xvn et xviii (vol. II, p. 197-324) le récit de la scission du parti Tory au sujet du Reform Bill après la dissolution de 1832, et des négociations entreprises entre lord Harrowby, lord Wharncliffe et le gouvernement, par l'intermédiaire de l'auteur et de Charles Wood (alors secrétaire de Lord Grey, aujourd'hui devenu Lord Halifax). — Quelques détails nouveaux rendent assez curieux le récit de la retraite de lord Grey et de la formation du premier ministère de Lord Melbourne (ch. xxiii, vol. III, p. 68-1 14) : mais la publication du mémoire de lord Hatherton sur ce sujet permet de reléguer dans le domaine de la fantaisie un grand nombre des causes que Greville assigne à ces événements. — Enfin, on rencontre quelques traits intéressants dans le récit de la formation du court ministère de sir Robert Peel en 1854-3$, spécialement sur les rapports du Times et du nou- veau gouvernement. La dissolution du premier cabinet Melbourne et l'attitude du roi, lorsqu'il eut été contraint de reprendre ses anciens ministres, fournissent quelques particularités curieuses. C'est aussi un tableau animé que celui du pre- mier Conseil qui suivit l'avènement de la jeune reine Victoria et l'ouvrage se termine ainsi non sans éclat. Toutefois, ce n'est pas dans les faits positifs que ces mémoires ajoutent à notre connaissance de cette époque que réside leur principal intérêt : ils sont surtout curieux comme fidèle témoignage de l'état d'esprit d'une partie assez nombreuse des classes aristocratiques et conservatrices dans les vingt années qui suivirent la paix continentale. Par sa naissance et par ses relations, Greville appartenait au Toryisme le plus pur. Son esprit était néanmoins assez large pour embrasser sans peine d'autres vues plus libérales et mieux accommodées aux nécessités du temps. Aussi vit-il avec plaisir le duc de Wellington rompre le charme fatal qui semblait enchaîner les Torys au maintien des abus du passé en prenant en main, avec cette vigueur simple et virile qui était sa grande qualité, l'abolition du régime d'exclusion qui pesait sur les catholiques d'Irlande. Après 1830, au milieu de cette agitation inquiète qui ébranlait alors les plus fermes courages, Greville, qu'aucune théorie préconçue n'entraînait à souhaiter le d'histoire et de littérature. 205 triomphe des idées réformatrices, n'en juge pas moins avec la plus implacable sévérité les efforts inintelligents des « High-Torys » pour résister jusqu'au bout, au risque d'entraîner dans la ruine d'institutions vieillies les fondements mêmes de la glorieuse constitution britannique. Il prévoit avec sagacité que les Torys n'échapperont à une perte entière qu'en se transformant en conservateurs libéraux, et son regard devine déjà dans sir Robert Peel, encore hésitant, le chef nécessaire du nouveau parti. Enfin, sur une question dont la solution n'a pas encore été trouvée après un demi-siècle de discussion et de réformes, sur la question irlandaise, Greville professe des opinions étonnamment avancées, et dont la réalisation ne laisserait pas de sembler encore chimérique à bien des esprits, je dis les plus dégagés de préjugés. Il voudrait voir l'Etat se faire des alliés des prêtres qui ont jusqu'ici formé les cadres de l'armée de la désaffection et de la révolte, en leur accordant les avantages d'un subside pécuniaire. i Si Greville est un assez sûr observateur des signes des temps, il manquait essentiellement du don d'apprécier sainement les hommes. Esprit à la fois absolu et mobile, il ne savait pas nuancer ses portraits; de là l'étrange impression que produisent les jugements si parfaitement contradictoires qu'il donne çà et là sur le duc de Wellington (cf. I, 168, II, 81-84, ^^ 204-^, II, 372). De là aussi l'exagération de certaines critiques dans son appréciation de sir Robert Peel (cf. II, 94, 141, 264, p8, 3^4), et enfin la parfaite fausseté de ses jugements sur le roi Léopold de Belgique (II, 153, 167, 177), sur lord Melbourne (II, 67), lord Auckland (II, 66), sir James Graham (II, 66, 90, 91) et lord Palmer- ston (II, 66, III, 20, 56, 136). Il n'est guère qu'un homme d'Etat dont Gre- ville parle avec une invariable admiration, c'est Canning (cf. !_, 104, 106, 272, 326, II, 42, etc.), et probablement les liens de parenté et d'amitié qui unissaient l'auteur à lord George Bentinck, l'ancien secrétaire de Canning, n'ont pas peu contribué à échauffer ce si légitime enthousiasme. Je touche ici à l'une des faiblesses principales de Greville, le caractère strictement personnel de ses préférences et de ses antipathies; ce penchant, qu'il ne dissimule pas (cf. II, 90), enlève, de son aveu même, une grande partie de leur valeur à ses jugements. C'est aussi ce tour d'esprit qui explique sans la justifier l'incroyable violence des critiques adressées à George IV et à Guillau- me IV; on conçoit sans peine qu'un pays où le trône a encore de solides assises ne puisse lire sans scandale les imputations si fréquemment élevées contre les deux oncles et prédécesseurs de sa présente souveraine : lâcheté (I, 1 55), égoïsme (I, 189), désordre (II, 189), folie (II, 193, 307, 364, etc.), le tout résumé dans ces deux portraits aussi sommaires qu'irrévérencieux. « Il y a longtemps » que j'ai l'opinion qu'il n'existe pas un chien plus méprisable, plus lâche, plus )) égoïste, plus insensible que le présent roi » (George IV. — Vol. I, p. 1 55). « Guillaume IV, montant sur le trône à l'âge avancé de soixante-cinq ans, fut » si excité par son élévation qu'il en devint presque fou ; il se distingua par » mille extravagances de langage et de conduite, à l'alarme ou à l'amusement » de tous ceux qui étaient témoins de ses frasques. Bien qu'il se fût rangé peu » après à des habitudes plus convenables, il n'en continua pas moins d'être en 206 ?""T''-^*EVUE CRlTIQUlrv'î'''''^''^" » partie un mauvais garnement et en partie un bouffon » (III, 410). — Les préventions de Greville l'ont évidemment emporté sur son sens critique quand, souvent sur le témoignage d'un valet du roi qu'il avait l'indélicatesse d'interroger (I, 143, 190, 200, etc.), il dépeint sous des couleurs si fortes l'avidité de lady Conyngham, la dernière amie de George IV (I, 206, 207, II, 31), ou la haine du roi pour son factotum sir William Knighton (I, 154 sq.). Enfin, il aurait peut-être mieux valu que l'éditeur, conformément à sa promesse (Préface, p. IX), retranchât certains passages inutilement blessants pour des personnes encore vivantes ou dont le souvenir n'est pas éteint ; il ne se serait pas attiré de démentis de la part de M. Jonathan Peel contre le jugement sévère qu'on lui prête sur son illustre frère, ou de la part de lady Burghersh contre une odieuse insinuation sur une entrevue avec un jeune prisonnier dont elle avait obtenu la grâce (II, 85), ou encore du présent lord Conyngham contre les propos mis dans sa bouche lorsqu'il était lord Mount-Charles. On le voit, nous apprécions sans partialité ces mémoires; est-ce à dire que nous souscrivions pleinement à la sévérité des jugements que certains organes de la presse tory ont portés sur ce livre ? L'histoire n'a pas les mêmes raisons qu'un parti pour tenir rigueur à l'impitoyable franchise des critiques adressées par Greville à ses amis politiques, et peut-être ne sera-ce pas s'éloigner de l'équité que de blâmer en cet ouvrage un esprit trop personnel, un trop vif amour des petits commérages scandaleux, l'oubli de certaines convenances sociales, le manque de justesse dans la plupart des portraits, sans négliger d'y louer la sage indépendance d'un esprit véritable- ment politique et l'abondance de renseignements curieux sur les incidents de coulisse. Un homme d'Etat anglais résumait ainsi son appréciation de ces volu- mes : « Pour rien au monde, je ne voudrais les avoir écrits; je ne voudrais pas, » pour beaucoup, qu'ils n'eussent pas été publiés. » Francis de Pressensé. SOCIÉTÉS SAVANTES. ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. Séance du 12 mars 1875. L'académie se forme en comité secret pour discuter les titres des candidats à a place de membre ordinaire vacante par la mort de M. d'Avezac, MM. Bou- aric, Bréal et Desjardins. M. Le Blant annonce la découverte d'une inscription, portant les noms de Flavius Sabinus (frère de Vespasien) et de sa sœur Titiana, qui vient d'être trouvée à Rome dans la catacombe de S'^ Domitille, sépulture des chrétiens de la famille Flavienne. On a trouvé aussi sur une colonne un bas relief du 4' siècle qui représente le martyre de S. Achillée. Le bulletin d'archéologie chrétienne de M. de Rossi donnera de plus amples détails sur ces découvertes. M. François Lenormant commence la lecture d'un mémoire en réponse à celui par lequel M. J. Halévy a voulu soutenir que la langue primitive de la Babylonie^ que les assyriologues désignent sous les noms de langue accadienne d'histoire et de littérature. 207 ou sumérienne, et qu'ils rattachent à la famille des langues ougrofinnoises, n'avait en réalité jamais existé. M. Lenormant se propose pour cette fois seulement de démontrer l'existence de la langue accadienne ; il se réserve d'en étudier plus tard le caractère linguistique. i i«q?^m^^,s3i;'f Parmi les ouvrages adressés à l'académie, on remarque les survailts' : Michel Bréal, Les tables eugubines, i^ livraison (Bibl. des hautes études, 22* fascicule) : Paris 1875, 8". :!«6t «i •^j-^fi- iitif éfjW-, Histoire générale du Languedoc, par dom Cl. Devic et dbm J. Vaîssète (nouV. éd.), t. I, 2° partie : Toulouse, Ëd. Privât, 1874, 4°. Correspondance des contrôleurs généraux des finances avec les intendants des pro- vinces publiée etc. par A. M. de Boislisle, t. i, i68j à 1699 : Paris 1874, 4° (présenté par M. Alfred Maury). Eug. Talbot, Histoire romaine; Petit de Julleville, Histoire grecque : 2 vol. in- 18, Paris, Lemerre, 1875. Séance du 19 mars 1875. M. Ernest Desjardins, maître de conférences à l'école normale supérieure, directeur adjoint à l'école des hautes études, est élu membre ordinaire de l'aca- démie en remplacement de M. d'Avezac, décédé. M. Eug. Hucher adresse à l'académie un volume intitulé Le jubé du cardinal Philippe de Luxembourg à la cathédrale du Mans, Le Mans 1875, g'"- in-f°. Cet ouvrage comprend la description de ce monument d'après les dessins de l'archi- tecte du 1 5® siècle, et la reproduction de ces dessins en fac-similé. — Est aussi adressée à l'académie une brochure intitulée 2uvo':îTt/,Y) àçYjYYjaiç ty^ç ^vio\i.értiç àvaxaXutj^etoç Tou 'OjJiYjpixou 'IXiou xaxà xà Ity) 1870, 1871, 1872 xal 1873, UTCO 'Eppixou 2x^iei;.avv : 'AG'/jvr^aiv 1875, 8°. M. Garcin de Tassy offre de la part de M. Bosworth Smith un volume intitulé Mohammed and Mohammedanism, lectures delivered at the Royal Institution of Great Britain. Contrairement au D'' Arnold, qui dit simplement que l'islam est une ira- posture criminelle, M, Smith s'est attaché à montrer le beau côté de la religion musulmane. Elle est fondée sur la révélation de l'ancien et du nouveau testa- ment, ce qui lui assure selon l'auteur une vitalité contre laquelle échouent les efforts des missionnaires : les chrétiens devraient donc chercher à se faire des musulmans des alliés et non des ennemis. Les musulmans ont beaucoup à apprendre des chrétiens tout en restant musulmans, et selon l'auteur les chrétiens peuvent apprendre d'eux quelque chose tout en restant bons chrétiens : il faut donc qu'ils s'accordent une tolérance réciproque, ce qui serait très-désirable surtout dans l'Inde pour les Anglais et en Algérie pour les Français. M. Renan présente de la part de M. Hartwig Derenbourg un volume publié, à l'occasion du 5 o" anniversaire du doctorat du prof. Fleischer, par ses élèves, et dans lequel M. H. D., qui est de ce nombre, a donné une édition et un commentaire du Livre des locutions vicieuses de Djawaliki (en arabe). Cet ouvrage porte le titre de Morgenlàndische Forschungen, Leipzig, 1 87 5 , 8". M. de Rozière présente : — i°de la part de M. Cauvet, une étude historique 208 REVUE CRITIQUE D*HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. sur l'abbaye de Fonfroide ; — 2* la première livraison de 1875 de la Revue de législation ancienne et moderne, contenant un article de M. Labbé qui résume et discute les diverses théories sur l'appariîio des magistrats romains, soutenues à l'académie par M. Naudet et M. Edm. Le Blant. M. Delisle présente de la part de M. Siméon Luce un mémoire sur les négo- ciations des Anglais avec le roi de Navarre pendant la révolution parisienne de 1358, qui a été lu l'année dernière à l'académie (extr. des mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de V Ile-de-France); et M. Maury, de la part de M. J. Oppert, un travail sur l'immortalité de l'âme chez les Chaldéens (extr. des Annales de philosophie chrétienne). M. Giraud continue la lecture de son mémoire sur les tribuni militum a populo. Parmi les inscriptions qu'il étudie, la principale est une inscription provenant de l'ancien municipe d'Abellinum, aujourd'hui Avellino. On y voit un personnage qui, après avoir exercé diverses charges et notamment celle de tribunus militum a populo, est admis à titre honoraire au nombre et même au premier rang des membres de Vordo ou sénat d'Abellinum, avec dispense des conditions ordinaires d'admissibilité. On ne peut croire que ce soit, comme le voudrait la théorie de M. Duruy, un tribun militaire du municipe d'Abellinum, car il est probable qu'une telle charge eût emporté l'admissibilité à l'or^^o, comme celle de tribun militaire romain rendait admissible au sénat de Rome, et par conséquent la dis- pense des conditions d'admissibilité eût été inutile. La lecture de cette inscrip- tion est douteuse en quelques points, et peut être y faut-il lire îribuno militum a populo facto ; M. Giraud rapproche cette expression d'un passage de Frontin qui désigne un tribun militaire électif du peuple romain par les mots tribunus militum a populo facîus. — Les autres inscriptions qu'il passe en revue éclairent peu la question. On y trouve des charges municipales et la qualité de tr. m. a. p. réunies en un même personnage, mais cela ne va pas contre la thèse de M. Giraud, car on trouve aussi des inscriptions (M. G. en cite une du musée de Nîmes) qui attribuent à une même personne des honneurs municipaux et la charge de tribun militaire d'une légion romaine nominativement désignée. — Passant ensuite à l'objection qu'on pourrait tirer contre son système du grand nombre de tribuni m. a p. que mentionnent les inscriptions de Pompéi, et qui par suite font plutôt songer à une charge du municipe de Pompéi qu'à un office romain, M. Giraud répond qu'à raisonner ainsi a priori, il devrait paraître encore plus étrange, s'il fallait admettre que le tr. m. a p. fût un fonctionnaire municipal, de ne le ren- contrer jamais qu'en Italie et de n'en trouver aucune mention ni dans les grands municipes de la Gaule, ni dans aucune autre partie de l'empire. u.r!EH:.M.bnt J'iHen Havet. Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A, Gouverneur. DER, Der Infinitiv bei Plautus. Berlin, chez l'auteur. In-8% 64 p. (bon travail). — Commentationes philologae; scripss. sem. phil. reg. Lips Sodales. Leipzig, Giesecke und Devrient. In-8", iv-288 p. (art. analytique). — Sybel, Die deutschen Universitaeten. Bonn, Cohen u. S. In-8", 67 p. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages annoncés dans ce bulletin, ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la Revue cntiqae. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en magasin. Arnold (B.). De Atheniensium saeculi a Ch. n. quinti praetoribus. In-S", 34 S. Dresden (Hinrichs). i fr. 50 Beccaria (C). Délia commedia presso i Greci, i Latini e gl' Italiani. Studi. In-8', 352 p. Torino (Lœscher). 6 fr. Bertheau (F.). Die Gesta Trevirorum vom J. 1152 bis zum J. 1259. Eine Quellen untersuchg. In-S", 88 S. Gœttin- gen (Peppmùiier). 2 fr. 75 Bibliotheca Casinensis seu codicum ma- nuscriptorum qui in tabulario Casinensis asfiervantur séries per paginas singillatim mucleata notis characterum speciminibus ad unguem exemplatis aucta cura et stu- dio monachorum ordinis S. Benedicti Abbatias Montis Casini. T. i . In-4*, 290 p. et 21 tab. Montis Casini (typ. Casinens.). Bladé (J.-F.). Contes populaires recueillis en Agenais. Traduction française et texte agenais, suivis de notes comparatives par M. R. Kœhler. In-8*, iv-i68 p. Paris (Baer). Boos (H.), Die Liten und Aldionen nach den Volksrechten. In-8', 70 S. Gœttin- gen (Peppmùiier), 2 fr. 25 Champagny (de). La religion romaine d'Auguste aux Antonins. In-8*, 24 p. Paris (Douniol et C*). Codex diplomaticus Cavensis nunc primum in lucem editus curantibus DD. M. Mor- caldi, M. Schiani, S. de Stephano 0. s. b. Accedit appendix, quo prajcipua bi- bliothecse Ms. Membranacea describuntur D. B. Cajetano de Aragonia 0. s. b. T. I. In-4°, cxlvij-319 p. c. 5 chromo- lith. tab. Milano (Hœpli). 40 fr. Corblet (J.). Hagiographie du diocèse d'Amiens. T. 4. In-8°, 716 p. Paris (Dumoulin). Desfrancs (L.-B.). Une colonie française au XVIIe siècle, ou analyse d'un Mémoire inédit sur le Canada. ^-8% 21 p. Niprt (Clouzot). >,v,nlvi^i> (Pfarrer Busl). — Zur Geschichte der Feuerwaffen (Jacobs). — Zur Vernich- tung des ehemaligen churfùrstlich mainzischen Archivs (Dr. C. Will). — Find- REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE N* 14 — 3 Avril — 1875 , Sommaire : 6y Eggeb. Notions élémentaires de grammaire comparée, 7» édit.; Les substantifs veroaux, 2" éd. — 66. Stender, Histoire critique de !a fable de l'expé- dition des Argonautes. — 67. Busson, Contribution à l'histoire de la ligue de paix conclue entre plusieurs villes allemandes en 1254. — Variétés : Les Chants bulgares du Rhodope; — Annuaire géographique, p. p. Behm, t. V; Vivien de Saint- Martin; L'année géographique, t. XII (1874). — Correspondance: Remarques supplémentaires sur le Dictionnaire étymologique latin, etc. -sanscrit de Zehetmayr (Th. N.). — Sociétés . savantes : Académie des inscriptions. liW^, _— , 6j. — Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir à l'étude des trois langues classiques, par E. Egger, membre de l'Institut. 7" édition. Paris, Durand. 1875. In-12, viij-2ji p. — Prix : 3 fr. Les substantifs verbaux formés par l'apocope de Pinfînitif. Observations sur un procédé de dérivation très-fréquent dans la langue française et dans les autres idiomes néo-latins, par E. Egger , membre de l'Institut. 2' édition. Paris, Pedone- Lauriel, 1875. In-8*, x-67 p. — Prix : 2 fr. Les Notions élémentaires de grammaire comparée, bien connues de tous ceux qui pratiquent ou qui aiment la philologie, ont paru pour la première fois en 1854. Le ministre qui dirigeait alors l'instruction publique n'a pas laissé dans PUni- versité un souvenir populaire ; mais comme l'ambition de cette Revue est d'être impartiale pour tout le monde, nous dirons qu'il possédait au moins une qualité : il avait du goût pour la grammaire comparative. Ce fut lui qui encouragea la publication des Notions élémentaires, et une fois le livre publié, il ne résista pas à la tentation de le rendre obligatoire dans les classes. La nature humaine est malheureusement si imparfaite que même sous un ministre aussi puissant que l'était M. Fortoul, nos professeurs éprouvèrent de la difficulté à enseigner ce qu'ils ne savaient point. Pendant quelques années le Manuel de M, Egger fut appris par cœur et récité : l'auteur, un peu inquiet de ce succès, avait beau pro- tester dans ses préfaces, les éditions se succédaient rapidement, le libraire, en hotnme intelligent, faisait clicher le volume, et d'un bout de la France à l'autre la grammaire comparée paraissait devenue à jamais, une fois par semaine, l'ali- ment des élèves de quatrième. Mais si l'Université, dans certaines occasions, se résout assez facilement à obéir sans être convaincue, elle se dédommage et satis- fait aux droits de la conscience par une opposition aussi insaisissable qu'active. Elle est en ceci l'image exacte de la France. Lorsque M, Fortoul quitta le ministère en même temps que la vie, son successeur, M. Rouland, céda à l'opi- nion qui dès lors ne craignit point de se faire entendre, et rendit la grammaire comparée facultative : ce fut pour le Manuel le point de départ d'une vie à pul- sations moins fréquentes et plus saine. Le voici arrivé à sa vingtième année et à sa septième édition. L'auteur a pensé XV 14 210 ''If? TAfl REVUE CRITIQUE ï O que dans l'état actuel de la science il ne devait pas le réimprimer sans modifi- cations : il en a donc préparé une édition qui mérite justement le nom d'édition augmentée et corrigée. Nous l'avons rapprochée de la précédente, et nous avons pu constater qu'à toutes les pages l'auteur a enrichi, amélioré, émondé son œuvre. En voici quelques exemples. Dans la 6'' édition, l'auteur fait la distinction, parfaitement justifiée en soi, entre les mots variables et les mots invariables (chap. VII) : Mais il ne dit rien sur l'origine de ces derniers. Cette fois il fait voir par des mots bien choisis que les termes invariables sont généralement des mots revêtus d'une flexion, comme x^?^'^) ë^^i^^> Srj[jLo.ouaa, etc. n'offre, dit-il, un sens satisfaisant que si l'on entend tous les héros qui montaient le navire. Ce passage et le précédent seraient donc un emprunt à quelque chant Argonautique antérieur (p. 18-20). Cette hypothèse devient pour l'auteur le point de départ d'une resti- tution très-hasardée de la fable antéhomérique. -i-rairif^ L'application de la fabuleuse Ma à la Colchide est un trait qui n'apparaît fixé qu'à l'époque d'Hécatée de Milet, c'est-à-dire après la colonisation milésienne. Il ne se trouve pas dans Mimnerme. Nous doutons que les fragments d'Eumèle, où se trouve le nom de Colchide, remontent aussi haut que 7 50 (p. 23. Cf. p. 63): Grote les place entre 500 et 600 avant J.-C. Quoi qu'il en soit, M. St. admet, comme 0. MùWer {Orchomenos , ch. 12, p. 275. 2® éd.), l'existence antique, nous dirions antérieure, de la tradition qui porte le navire Argo sur les côtes de la Chersonnèse Taurique. Il établit en outre que de tout temps, fort tard même, le nom de Scythie resta trop vague, pour qu'on puisse y voir une troisième variante du terme de l'expédition (p. 26). La Colchide elle-même a longtemps des contours fort indécis. Dans ses étapes le long de la Propontide, la fable Argonautique, en s'associant à celle d'Hercule, s'enrichit de nombreux épisodes. Le mariage des deux légendes, l'admission d'Hercule parmi les Argonautes, dut être, d'après M. St. (p. 48), l'œuvre de Pindare. Cette union ne pouvait manquer de s'accomplir entre deux fables depuis longtemps fixées l'une et l'autre sur la même côte. L'influence d'Héraclée du Pont, une des plus récentes colonies grecques, influence d'ailleurs très-réelle et très-manifeste en d'autres parties de la légende, doit être ici écartée. Car d'un côté, des récits tels que ceux qui couraient à Cius sur Hercule et Hylas, l'enfant disparu et appelé par des cris à de certains jours, marquent une combi- naison déjà fort ancienne d'un culte grec avec un culte asiatique. Et d'autre part on ne saurait admettre que la fable des Argonautes soit postérieure sur ces rivages au premier établissement Thessalien à Cyzique, c'est-à-dire environ aux temps de la 7""' Olympiade. Je ne sais pourquoi M. St. récuse le témoignage du scholiaste d'Apollonius sur iI4 REVUE CRITIQUE Pexistence, dans le Bosphore de Thrace, d'une baie et d'un heroon attribué à Amycos (p. 5 5 sq.). Le '/,6Xtoç "Apxoç de Denys de Byzance ', le portas Amyci de Pline, où, surmontant le tumulus du chef barbare, croît le laurier qui fait naître des disputes 2, répond au lieu désigné sous le nom de AasvY^ |j,atvo[ji,£VY) par Arrien et Etienne de Byzance?. Le texte même de Jean d'Antioche, dont nous avons parlé plus haut (cf. le Périple anonyme, c. 90), offre la trace d'une tradition qui rattachait à la même fable le nom de Sosthenes ou Sosthenion, situé en face sur la côte d'Europe. Ces témoignages ne remontent pas il est vrai à une très-haute antiquité; mais ils sont assez nombreux, et, dans leur variété, assez concordants , pour qu'il n'y ait pas lieu de tirer un argument du silence de Stra- bon, et du prétendu silence d'Etienne de Byzance. Quand les Argonautes ont franchi , avec l'aide de Phinée, les redoutables Symplégades, — vieux mythe phénicien déjà associé par Hésiode au récit grec, — l'itinéraire se divise (variantes du site de Salmydessus). Sur les côtes méridio- nales de l'Euxin, les récits véritablement antiques tarissent. Apollonius ne trouve plus que les inventions patriotiques propagées par les mythographes d'Héraclée. Il a recours alors aux ouvrages géographiques (p. 65), et écrit une sorte de périple en vers. Seul, l'épisode de l'île Aria ou Aretias a un caractère ancien. Aria, qu'Apollonius place à l'Est du Thermodon, sera au contraire dans Hygin voisine des Symplégades. La géographie mythique nous habitue à ces surprises. Ces tâtonnements trahissent l'embarras de la légende , qui dans cette mer sans îles ne trouve pour se fixer que d'insignifiants écueils {Aretias dans Arrien, Area dans P. Mêla, Ada aujourd'hui, d'après Hamilton, Researches I, p. 261). M. St. termine son étude à l'arrivée du navire Argo en Colchide. Le soin consciencieux qu'atteste son travail nous fait désirer qu'il en donne la suite. P. Vidal-Lablache. 67, — Zur Geschichte des grossen Landfriedensbundes deutscher Stsedte. 1254. Von Arnold Busson. Innsbruck, Wagner'scheUniversitaets-Buchhandlung. 1874. In-8', 94 p. — Prix: 2 fr. $0. Le présent travail est un des nombreux écrits publiés à l'occasion du cinquan- tième anniversaire de la carrière professorale de M. George Waitz, l'illustre historien de Gœttingue. M. Busson, professeur à l'Université d'Innsbruck, que nous avons déjà eu l'occasion de mentionner à nos lecteurs 4, s'est occupé dans ces pages de l'origine et du développement de la confédération des villes libres de l'Empire, à cette époque, si néfaste pour l'Allemagne, qui suivit la chute des Hohenstaufen et qu'on désigne d'ordinaire sous le nom du Grand Interrègne. Plus d'une fois dans le cours des siècles, surtout vers la fin du moyen-âge, les villes libres de l'Allemagne ont essayé de se protéger, les armes à la main, contre les agresseurs princiers, qui voyaient en elles de faciles victimes, ou de forcer leurs 1. Anapl. Bosp. Thrac, dans les Fragm, hist. gr., t. V, p. 188. 2. Pline, V, 43 — XVI, 89. 3. Périple, c. 37 — Et. de Byz. (s. v. Aàfvri). 4. Revue critique, 31 juillet 1869. d'histoire et de littérature. 215 voisins à leur garantir la paix et la sécurité indispensables à la prospérité de leur commerce. C'est l'une de ces tentatives que nous retrace le présent opus- cule. Elle n'a point eu plus d'importance que beaucoup de faits semblables, mais par une fortune singulière, elle a trouvé des historiens, qui, dans les meilleures intentions du monde, ont fait de cet essai de coalition des villes du Rhin et de la Westphalie l'un des événements les plus importants de l'histoire d'Allemagne au moyen-âge, et ont désigné l'obscur citoyen de Mayence qui fut l'un des signa- taires de la pièce diplomatique par laquelle les villes se promettaient aide et secours, comme « l'un des sauveurs de son .pays et l'un des bienfaiteurs de » l'humanité '. » a'« kip ?x>l\bhbn;m pb'MMimdini't'j^ ihuu M. B. a ramené cet enthousiasme chimérique dans de justes limites. Uti- lisant dans la mesure du possible des documents trop peu nombreux*, il nous fait assister aux premières négociations entre Mayence et Worms, en février 1254, d'où devait sortir la confédération nouvelle. Ces négociations aboutirent à une trêve ou paix publique {Landfrieden) jurée pour dix ans par un grand nombre de villes rhénanes, à Mayence, le 1 3 juillet de la même année. Ni le nom de ces villes, dans leur ensemble, ni celui des princes ecclésiastiques et laïques qui adhérèrent à la confédération ne sont établis d'une façon tout à fait certaine, les documents dont on s'était toujours servi jusqu'ici pour en dresser la liste, étant déclarés inauthentiques par M. B. On y peut faire figurer cependant, hors de toute contestation, les archevêques de Mayence et de Cologne, les évêques de Worms et de Bâle, les villes de Spire, Strasbourg et Francfort, pour ne nommer que les états les plus puissants. Un instant la ligue fut prospère, et grâce à la confirmation qu'elle obtint de ses statuts par le roi d'Allemagne, Guillaume de Hollande, elle sembla devoir étendre la sphère de son influence des Alpes à la mer du Nord. Mais à la mort de Guillaume, assommé dans leurs marais par les paysans frisons, cette prospérité apparente se dissipa du coup. Entraînés les uns dans le parti d'Alphonse de Castille, les autres dans celui de Richard de Cor- nouailles, les aUiés se brouillèrent bientôt et se séparèrent, laissant leur programme pacifique sans exécution. Avant même que les circonstances politiques eussent entravé leurs projets, on avait pu constater combien peu leurs forces étaient suffisantes et organisées pour la lutte. Il n'existait aucun centre de gouver- nement ou d'action ; trop peu d'intérêts communs rattachaient les villes de la Westphalie à celles de l'Alsace, par exemple, et trop de raisons poussaient les plus importantes parmi les cités libres impériales à se jalouser mutuellement, pour que l'union entre elles pût résister à la moindre épreuve sérieuse. C'est ce que M. B. a montré d'une façon convaincante et l'on doit le louer d'avoir ramené à de justes proportions ce mouvement de 1254, qui, parti des villes, aurait eu besoin de l'appui loyal des princes pour réussir, et que l'hostilité latente des seigneurs ecclésiastiques et laïques paralysa dès le début, en attendant que 1. Schdiib, Gcschichte des grossen rhdnischen Stadtebundes. Mainz, 1843-1845. 2 vol. in-go. 2. Le traité principal entre les différentes villes, la forma pacis de 1254, n'a pu être retrouvé dans les archives rhénanes et semble définitivement perdi}. 2l6 .'TtTTi vftEVUE CRITIQyiînT'!i'''M des circonstances majeures vinssent dissoudre la ligue, à peine conclue. Seule- ment il aurait pu insister davantage sur un point, qu'il n'a fait que toucher en passant, c'est que les villes n'avaient point encore alors la force matérielle né- cessaire au rôle qu'elles prétendaient jouer; ce n'est que de l'invention, de l'usage de l'artillerie, que date la puissance des villes libres d'Allemagne. Quand chacune d'elles eut sa fonderie de canons, les petits dynastes commencèrent à avoir peur d'elles et les princes recherchèrent leur alliance. Mais il s'en fallait d'un siècle que ce moment de splendeur fût venu pour elles. Il ne faudrait donc point accuser trop exclusivenient leur incapacité politique, mais tenir compte aussi des impossibilités matérielles qui s'opposaient à ce que les villes exerçassent une influence aussi considérable qu'elles l'auraient voulu. La plus habile politique n'aurait pu changer non plus la situation géographique des différents alliés, qui rendait, elle aussi, l'entente et la coopération presque toujours impossibles. Quelques fautes d'impression sont restées dans le texte et les notes, à cause de la rapidité sans doute avec laquelle l'auteur a dû terminer son intéressant tra- vail, pour pouvoir le présenter au maître respecté auquel il en offrait la dédicace. '■■ ^ .,^.,i.rti. ,:i. Rod. ReUSS. VARIÉTÉS. <.> ., Les chants bulgares du Rhodope. ' '^ Nous avons, dans la Revue politique du 22 novembre 187?, analysé le rapport de M. Dozon sur les chants bulgares du Rhodope recueillis par M. Verkovitch. Tout en rendant justice au consciencieux travail de M. Dozon nous avons ex- primé sur la valeur mythique et sur l'authenticité absolue de ces chants des doutes sérieux. Nous nous proposions d'étudier à fond ces poèmes dès qu'ils seraient intégralement publiés; des raisons toutes personnelles nous ont empêché jusqu'ici d'aborder cette étude. Toutefois nous n'avons cessé de faire nos réserves sur la valeur de ces poèmes et ces réserves nous les avons indiquées à différentes reprises, notamment au congrès des archéologues slaves tenu à Kiev l'été der- nier et tout récemment encore dans la Revue critique. Jusqu'à nouvel ordre nous n'entendons point prendre part aux polémiques entamées sur ce sujet délicat. Nous nous contentons de provoquer une enquête vraiment scientifique et nous sommes certain qu'elle tournera au profit de la vérité. Jusqu'ici aucun travail sérieux n'avait été écrit dans les pays slaves sur le volume que MM. Schafarik (neveu) et Verkovitch ont récemment publié à Belgrade sous ce titre emphatique, Le Véda slave, chants populaires bulgares de l époque anîéhisîorique et antéchrétienne. Il semblait que par une sorte de pudeur ou de patriotisme malentendu personne n'osât directement aborder la question. Ce silence vient d'être enfin rompu par un savant de premier ordre, M. Joseph Jiretchek. M. Jiretchek est l'un des maîtres de la science slave, qui lui doit de nombreux travaux; son témoignage est d'autant moins suspect qu'il est, par une alliance de famille, parent assez proche de M. Jean Schafarik, l'enthousiaste éditeur des chants bulgares. d'histoirb et de littérature. 217 Dans un travail en langue tchèque lu récemment à la section de philosophie, histoire et philologie de la Société royale des sciences de Prague", M, Jiretchek étudie un certain nombre de mystifications littéraires qui se sont produites récemment chez les Slaves méridionaux et montre dans quelles circonstances et sous quelles formes elles se sont produites. Il aborde ensuite la question des chants bulgares du Rhodope et s'exprime en ces termes. a Le Serbe Etienne Verkovitch voyage depuis plusieurs années dans les » régions de la presqu'île du Balkan, recueille des antiquités et en fait commerce. » Ainsi qu'il le raconte lui-même, il fut « ennuyé » de voir que les Slaves » n'avaient point d'anciens documents et il lui vint l'idée que dans les recoins » éloignés et inconnus de la Bulgarie il pourrait trouver des documents de ce » genre dans les chants populaires. Il s'adressa à ses amis et connaissances en » les priant de rechercher des chants concernant Alexandre le Grand, Orphée, » etc Pendant longtemps ses recherches restèrent sans résultat; à la fin » pourtant une personne complaisante se trouva pour contenter son désir. En » 1866 on lui envoya du Rhodope un poème sur Alexandre. Puis vinrent » d'autres poèmes de très-ancienne origine. » A l'exposition ethnographique de Moscou, M. Verkovitch put présenter un » chant sur Orphée, où sont relatés la jeunesse du merveilleux musicien et plus » longuement son mariage avec la fille d'un roi d'Arabie. Le président de l'ex- » position M. Dachkov fit imprimer ce poème avec une traduction russe. Peu » de temps après M. Dozon donna un compte-rendu des nouvelles découvertes. » Récemment M. Verkovitch lui-même a publié la première partie de sa collec- » tion sous ce titre : Le Véda slave. Ce volume contient quinze poèmes : cinq » variantes d'un chant sur l'établissement d'un peuple dans le bassin du Danube, » un poème sur le mariage du Soleil avec la vierge Vlkana, quatre poèmes sur » le roi Talatin et cinq poèmes sur Orphée. -; » Dès le premier coup-d'œil ces poèmes éveillent l'étonnement : tous les » chants épiques bulgares, comme les chants serbes ont un mètre régulier, » composé d'un nombre précis de syllabes; les chants du Rhodope n'ont ni » rythme ni mètre ; des vers de six syllabes alternent avec des vers de vingt » syllabes I C'est de la prose pure et simple ? ■ » Le sujet des chants est encore plus bizarre. Peut-on supposer que la race » slave si isolée qu'elle fût du reste du monde, ait gardé des souvenirs si nets de » sa première émigration? Peut-on supposer que des chanteurs même dans les » gorges du Rhodope aient gardé le nom du Dieu Vichnou, du Dieu Ogne » (Agni)? Peut-on supposer que du nom de la fête Koleda personne sauf un » mythologue de cabinet, ait jamais fait un Dieu Koleda ? Tout cela se trouve » dans le recueil de Verkovitch. » Nous ne saurions nier que l'inspiration de ces chants ne soit assez poétique. » Si leur auteur ne les avait pas envoyés à Verkovitch, comme des chants anciens, » mais simplement comme son œuvre, il aurait enrichi la littérature nationale ; I. Séance du 20 décembre 1874.. ■ii,.::!-i:mj'.Ui^:-i 31 s REVUE CRITIQUE » tels qu'ils nous sont présentés ils portent au front le stigmate de l'imposture K » Telle est, traduite littéralement, la note de M. Jiretchek: nous le remercions d'avoir le premier parmi les Slaves hardiment dévoilé une mystification que des esprits clairvoyants avaient depuis longtemps soupçonnée. Nous espérons qu'il ne s'en tiendra pas là et qu'il nous donnera une étude complète sur la question. Principiis obsta! :')i voblTsV,' Louis LEGER. Geographisches Jabrbach. V Band, 1874. Herausgegeben y, E. Behm. Gotha, ' Justus Perthes, 1874. In-12, 503 p, — Prix : 10 fr, 7<. ., ^ • .J- L^année géographique par M. Vivien de Saint-Martin. T. XII {treizième année. 1874). Paris, Hachette. 1875. In- 12, xi)-429 p. — Prix : 3 fr. 50. s L'annuaire géographique de M. Behm paraît tous les deux ans, depuis 1866. Le but de cette publication nouvelle de la célèbre maison de Gotha était de compléter les recueils géographiques, d'une part en réunissant tous les matériaux de statistique, de géodésie, de détermination d'altitude, etc. qui modifient in- cessamment les données numériques de la géographie; d'autre part en résumant, dans des rapports demandés à des spécialistes, le progrès des différentes branches 4e la science géographique. Après la publication de trois volumes, l'abondance des matériaux força l'éditeur à scinder l'annuaire. La partie statistique constitue, dès 1872, un recueil annuel qui forme un supplément aux Mittheilungen sous ce titre « la population de la Terre » (die Bevolkerung der Erdé). Désormais, les rapports occupent seuls l'annuaire et cette modification, leur laissant plus d'espace, leur donne plus d'importance. «., Le tome V, récemment paru, contient les travaux suivants : J. Hann : Sur les progrès de la météorologie; •— Grisebach : Sur les progrès de la géographie botanique ; — Schmarda : Sur les progrès de notre connaissance de la distribu- tion géographique des animaux ; — Bruhns : sur les récents progrès de la géo- désie européenne ; — Nessmann : Sur les progrès de la statistique de la popu- lation ; — Behm : Les voyages géographiques les plus importants des années 1872 et 1873 ; — Koner : L'Expédition allemande pour l'exploration de l'Afrique équatoriale; — Behm : Sociétés et revues géographiques; — Fr. Muller : Le but et la méthode en ethnographie et en anthropologie; — Seligmann : Sur les progrès de l'ethnologie; — Neumann : Aperçus sur la production, le commerce universel et les moyens de communication. On voit par ce sommaire que l'annuaire de M. Behm est de nature à intéresser les physiciens, les naturalistes et les économistes aussi bien que les géographes. Les rapports sont dus aux hommes les plus compétents dans chaque branche ; nous avons donc peu de chose à en dire. — Le rapport de M. Frédéric Muller ne se compose que de quelques pages : une ophthalmie , nous dit l'éditeur , a empêché le savant professeur de Vienne d'apporter son tribut habituel. Il se 1. La note de M. Jiretchek forme une plaquette de huit pages extraite des bulletins de la Société royale et qui n est pas dans le commerce. d'histoire et de littérature. 219 borne à rappeler la distinction entre l'ethnographie et l'anthropologie qu'il avait déjà établie dans de précédents écrits ; mais tant de confusion obscurcit encore les idées de maint savant à cet égard qu'il n'est pas inutile de revenir sur ce sujet. — On pouvait s'attendre à voir M. Seligmann passer en revue, dans son « rapport sur les progrès de l'ethnologie » les travaux d'ethnologie et d'anthro- pologie historique que ces dernières années ont vus éclore. Il n'en est rien, et il se borne à peu près à exposer les idées des récents ouvrages de Darwin et la controverse Darwinienne. — M. Nessmann, dans son rapport sur les progrès de la statistique, adresse à notre administration des reproches qui nous semblent mérités. Il s'agit de notre dernier recensement à l'exécution duquel on a consacré plusieurs semaines : une opération de ce genre, pour avoir sa pleine valeur scientifique, doit être instantanée : d'autres pays, comme l'Angleterre, l'Allemagne, la Suisse, en ayant recours à d'autres procédés, l'exécutent en un jour : pour cela il n'est pas nécessaire d'aller jusqu'aux mesures que l'excès de zèle statis- tique a inspirées au gouvernement de Venezuela dans le recensement de Caracas en 1873. Un coup de canon, raconte M. Nessmann, servit de signal au commen- cement de l'opération du recensement : à ce signal, les habitants devaient rentrer chez eux et ne plus en sortir jusqu'à la fin de l'opération. Le recense- ment dura trois jours! Les habitants ennuyés d'être consignés tout ce temps, il y eut des troubles dans la ville. Le seul reproche qu'on puisse adresser au recueil de M, Behm est de ne pas être complet. On voudrait y voir tout d'abord un rapport sur les travaux de géographie historique, et l'on regrette d'autant plus cette lacune que dans les deux précédents annuaires cette branche de la science était représentée par des articles de feu Spôrer. — La géographie des langues est depuis quelques années l'objet d'intéressantes monographies dans tous les pays de l'Europe, et elle constitue une contribution importante à l'étude de l'ethnographie. Un rapport de M. Richard Bœckh ou de M. Kiepert sur cette matière serait le bienvenu. — Les recherches d'archéologie préhistorique qui prennent un si grand déve- loppement mériteraient peut-être aussi de figurer dans le cadre de cet annuaire. — Si nous signalons ces lacunes, ce n'est pas pour diminuer le mérite du recueil de M. Behm; c'est pour lui demander de rendre aux sciences géographiques plus de services qu'il ne leur en rend déjà. L^arinaaire de M. Behm s'adresse au public savant : celui dé M. Vivien de Saint-Martin s'adresse au grand public. Dans un pays comme le nôtre où les recueils géographiques sont encore rares, où, notamment, les travaux étrangers sont peu ou point connus, les années géographiques rendent un véritable service. Elles permettent de suivre le mouvement général de la science géographique et l'histoire des explorations, et en même temps elles forment un répertoire bibliographique à l'aide duquel on peut se renseigner sur telle ou telle question. Nous n'avons rien à changer aux éloges que nous avons déjà donnés à cette publication (Revue critique, 1874, t. I, p. 237), et nous nous bornerons à quel- ques remarques de détail. — Dans le récit du voyage de MM. de Compiègne et 220 REVUE CRITIQUE Marche à l'Ôgovaï, M. Vivien désigne (après ces voyageurs) une tribu riveraine de l'Ogovaï du nom de Gallois. Notre langue n'a connu jusqu'ici ce nom de Gallois que pour désigner les habitants de la principauté de Galles, qui se nomment eux-mêmes Cymry et que les Anglais appellent Welsh. Il nous semble qu'il faudrait leur réserver ce nom, et que, pour ne pas créer fût-ce une ombre de confusion, il conviendrait d'appeler ce peuple africain de son nom phonétique Galloa : c'est du reste la forme de ce nom qu'emploient les géo- graphes allemands. — M. Vivien de S*-M. analyse le projet de mer saharienne présenté par M. Roudaire et les objections faites à ce projet. Il eut été conve- nable, pensons-nous, de rappeler que l'idée d'amener les eaux de la Méditerranée dans les chotts, en perçant l'isthme de Gabès, avait déjà été émise quelques années auparavant par un géographe français, M. Georges Lavigne {Le percement de Gabès, dans la Revue moderne du 25 novembre 1869). Ce souvenir ne diminue pas le mérite du capitaine Roudaire qui par ses travaux sur le terrain, ses nivellements, et son ardente prédication a fait entrer cette grande question dans la discussion pratique ; mais il convient de restituer à chacun sa part d'honneur. H. Gaidoz. CORRESPONDANCE. Sur un article déjà assez ancien, puisqu'il a paru dans le n* du 15 août 1874, on nous envoie d'Allemagne une lettre que nous insérons volontiers, quoiqu'elle ne fasse guère que confirmer la critique publiée dans la Revue. Il s'agit du Lexicon etymologicum latino etc. -sanscritum comparativum de M. Zehetmayr. Au fond, l'auteur de cette lettre est d'ac- cord avec nous : la différence est dans la sympathie particulière qu'il paraît éprouver pour M. Z., sympathie dont nous ne songeons d'ailleurs pas à contester la légitimité. Quelques annotations au bas des pages suffiront pour répondre aux observations de notre corres- pondant. Ajoutons seulement, pour prévenir tout malentendu, que les initiales G. de G. qui terminaient cet article, désignent la Conférence de Grammaire à l'École pratique des Hautes-Études, où l'ouvrage de M. Z. avait été analysé. M. B. Remarques supplémentaires sur le Dictionnaire étymologique latin, etc. -sanscrit de Zehetmayr ' . Après avoir parcouru le « Lexicon etymologicum latino, etc. -sanscritum com- » parativum » de M. Seb. Zehetmayr avec un intérêt tout particulier, je prie qu'on veuille bien me permettre de présenter quelques observations sur l'article que la Revue critique a consacré à cet ouvrage. Le critique, M. C. de G., dit d'abord que le titre a quelque chose d'énigma- tique, et que la lecture de l'ouvrage ne dissipe pas entièrement l'incertitude oh il laisse sur les intentions de l'auteur. Néanmoins, le critique semble avoir deviné (p. 98) ou entrevu l'intention de l'auteur, en disant relativement à l'idée de « pousser » commune à plusieurs mots de diverses racines, que « cet article ne » laisse pas que d'avoir son utilité pour l'étude du sens : qu'on y voit comment I. Voir n» 33, \\ août 1874. S^ —.: ^: -^i-^ - ■ ... D*H1ST0IRK ET DE LITTÉRATURE. 22 r » différentes langues emploient des verbes signifiant « pousser * pour marquer » la floraison des bourgeons. » Voilà précisément ce que M. Z,, en contraste avec les philologues, semble avoir eu en vue presque par tout son livre. Faire voir que le même sens se retrouve dans nombre de mots de langues différentes, c'est avancer et favoriser infiniment les recherches étymologiques. Ce qui se trouve à l'état rare et dispersé dans d'autres ouvrages est un caractère essentiel chez M. Z. : c'est outre l'étymologie la substance de son livre. La brièveté peu commune et, il faut bien l'avouer, presque énigmatique de ses explications fait aisément perdre de vue le service éminent que M. Z. a rendu à la linguistique. Entrons dans quelques détails. Le critique trouve que l'adjectif mansuetus n'est pas mentionné. Mais il aurait trouvé l'éclaircissement désiré sous le mot con- suesco ', p. 6i. — Quant au mot « mando, » d'où dérive « Mandarin, » M. C. de G. traite cette étymologie comme douteuse pour ce nom de fonctionnaire chinois, et dit que « ce n'est peut-être pas assez pour nous renseigner sur le verbe » latin en question.» Il est vrai que M.Z. aurait bien fait d'expliquer v Mandarin» comme importé par les Portugais, mais, sans doute, dérivant de « mandare^. ». — Relativement à « adfero » = ags. odhbëran on a repris l'explication de M.Z. Comme « Lexicon comparativum , » l'ouvrage de M. Zehetmayr ne fait que mettre en parallèle ad- avec odh, et fero avec b'éran. — A propos du mot « Tiberis, » le critique semble reprendre le peu de clarté qui se trouve dans tout l'article. Mais M. C. de G. semble ne pas avoir remarqué que c'est principale- ment de l'analogie qu'il s'agit dans cet article : il aurait dû faire attention aux mots : « De sensu fere eodem confer. » « Tiberis » veut dire « Vils, » en allemand « Felsbach » (en français à peu près : torrent qui se précipite sur des rochers). Sans doute, l'auteur a voulu constater par plusieurs exemples que « Fels » (falaise) signifie la hauteur, et que cette signification provient de ce que (.(Fel»-s et (f Fel » -d (en français champ) se retrouve en « pel » -1ère, verbe dont le sens peut aussi être celui de «pousser en haut. » — « Proîrudere gemmas » a été traité comme article à part à cause de l'analogie qui existe entre plusieurs mots, con- formément au titre de l'ouvrage. — A propos du génitif « quorum » M. Z. semble avoir composé tout un article, parce qu'il a voulu faire un « Lexi- » con comparativum » au lieu d'un simple lexique où l'on ne cherche que le nominatif. Sans doute, il est pour la linguistique d'une grande importance d'ex- pliquer la formation originaire des cas. Voilà pourquoi aussi cujus, ejus forment un article séparé 5. — De même, as^ assis dérivant de astis implique une 1. C'est précisément ce qu'il est difficile de deviner. Pourquoi l'auteum'a-t-il pas pris le verbe simple suesco? L'article en question se réduit d'ailleurs à ces mots : Consuesco j.Ex « su » -i, « si î -bi...,; v. suus = swa. Un verbe tiré d'un adjectif possessif méritait plus d'explications. 2. Nous continuons à penser qu'une explication sur l'origine de mandare aurait été plus à sa place dans un dictionnaire latin (fût-il comparatif) que ces simples mots : mando i . Hinc der Mandarin , cujus est mandare. L'étymologie portugaise nous paraît suspecte, parce qu'il n'est pas ordinaire de voir des mots en ino tirés d'infinitifs. 3. Ces articles prouvent que nous avions raison de dire que l'auteur n'a pas vu claire- ment ce qu'il voulait faire. Déplacés dans un dictionnaire étymologique, ils ne sont d'au- 222 . ««*^f^ ■ REVUE CRITIQUE J^««*^ faute selon le critique. Fick, p. 510, place également assis sous astis, et cite l'accusatif du mot borussien asti-n = rem, Nesselmann, dans son thésaurus linguae Prussicas, traduit cet asti-n par « Handlung, r» action, proprement l'être, par conséquent une analogie de ces mots. On pourrait, de même, dire uEdles;» car as-ti, parent de èa-xt, esse, s'accorde avec h-^héq « edel. » Si M. C. de G. dit à propos du mot as que l'importance accordée aux mots sanscrits est exces- sive, et que parfois ils sont cités hors de propos, il aurait dû remarquer que c'est précisément le titre « latino etc. -sanscritum » qui fait espérer ces citations. Il fallait constater mot pour mot le caractère homogène des langues latines avec le sanscrit, et l'auteur avait devant ses yeux un public qui se compose, non d'experts, mais de lecteurs qui jusqu'ici n'avaient aucun pressentiment d'une parenté aussi profonde. C'est pourquoi M. Z. a eu aussi égard aux terminaisons ou suffixes qui se rencontrent dans le sanscrit ' . — Quant au mot « bonus, » ancien duonus, M. Z. ne le rapporte pas en premier lieu à « dvi; » au contraire, il rapproche duonus et bonus du mot sanscrit duvas (Petersburger Wœrterbuch, III, 697). Bene dérive de dvene, comme bellum de duellum, comme bis de dvis, aussi Curtius dit-il dans ses « Grundzûgen, » p. 425 : bonus tire son origine de duonus, comme bis de duis. Le suffixe -nus en bonus est sans contredit le même que dans dig-nus=<.( montré, » comme traduit Bopp dans sa «Vergl. Gramm.» § 83^ ; c'est donc le partie, de die-, semblable à mag-nus, proprement = crû, comme Bopp le traduit dans le livre cité. Dans le § 946 Bopp revient à ce suffixe 2. Restent encore, pour passer sous silence quelques malentendus d'une moindre importance, les mots virbius, faustus, tulipa. Virbius se trouve où il faut le cher- cher, à savoir sous vireo, p. 301. — Faustus est correctement dérivé defavos- pour favos-tus, p. 91. Bhawat, dans l'appendice, n'y appartient qu'à moitié avec son « bhawi. n- — Le critique s'étonne de trouver « tulipa » dans ce dictionnaire latin. Mais l'ouvrage de M. Z. embrasse, vu son caractère comparatif, plusieurs langues qui appartiennent à la famille indo-européenne. Comment faire avec d'autres mots d'origine celtique, tels que alauda, cerevisia, reda....? « Tulipa, » du reste, sert très-bien à faire des comparaisons intéressantes à cause du chan- gement des lettres liquides. cun usage dans un dictionnaire comparatif. La vraie place de ces explications est dans une grammaire. 1. Ici le défenseur obligeant de M. Z. ne se place pas sur un bon terrain. La démon- stration de la parenté du sanscrit avec les langues de l'Europe a été faite d'une manière qui ne laisse rien à désirer, et qui dispense d'y revenir. Le livre de M. Z. peut avoir, comme nous l'avons dit, un certain intérêt pour les spécialistes, parce qu'au milieu d'un amas confus de notes il renferme çà et là quod tollere velks. N'allons pas plus loin : M. Z. a trouvé des critiques moins bienveillants. 2. Toutes ces étymologies, que notre correspondant regarde comme démontrées, sont plus que douteuses. Il n'a pas l'air de se douter des difficultés qu'il soulève à toutes les lignes. 3 . A la page 9 1 , l'auteur dit, faustus ex favostus = skr. bhuwatwant. Il fallait s'ar- rêter sur favostus : bhuwadwant (c'est au moins ainsi qu'il faudrait écrire) diffère par la racine et par le suffixe. - '" " I>*H1ST01RE ET DE LITTÉRATURE. 22? £»0n ne saurait nier que M. Z., par une méthode d'arrangement plus claire, n'eût évité nombre de méprises; et le critique aurait été, sans doute, mis en état de mieux reconnaître la grande utilité de ce livre. Il faut inférer cela par la manière loyale dont M. C. de G. a rendu justice au mérite de M. Z., toutes les fois que ses expositions ne laissent aucun doute. Néanmoins l'auteur de cette lettre n'a pu s'empêcher d'apporter, par suite d'une étude toute particulière de l'ouvrage en question, les éclaircissements nécessaires sur différents malentendus, et de rendre, par là, et principalement en faisant ressortir la grande valeur d'une analogie suivie qui a trouvé la place méritée dans ce livre, justice aux services que son compatriote a rendus à la linguistique ' , ri'jciîugîi iiâMot^ Th. N. SOCIÉTÉS SAVANTES. ,; ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. '^ j,(. Séance du 24 mars 1875. Une lettre de M. Alb. Dumont donne des détails sur les collations de mss, auxquelles travaillent sous sa direction MM. Léon Clédat, archiviste paléographe, et l'abbé Duchesne. — De nouveaux estampages sont envoyés par M. de S*^ Marie. L'académie, ayant à choisir un lecteur pour la séance trimestrielle de l'institut qui aura lieu au mois d'avril, désigne M. Naudet. M. Ch. Giraud termine la lecture de son mémoire sur les tribuni militum a populo. — Continuant l'examen des inscriptions où l'on trouve ce titre, il étudie celles qui proviennent de Pompéi, et qui sont toutes du temps d'Auguste. Il y en a dix, soit la moitié d'entre toutes celles qui mentionnent ces officiers : mais dans ce nombre on trouve à diverses reprises plusieurs inscriptions relatives à un même personnage, en sorte que le nombre des tribuni militum a populo dont elles nous donnent le nom est de cinq seulement. On peut expliquer ce nombre encore relativement considérable sans supposer que la charge mentionnée dans ces textes fût une charge municipale pompéienne. En effet la révolution qui fut opérée par Auguste dans l'organisation militaire, et qui consista essentiellement dans la substitution d'une armée permanente aux troupes levées pour chaque campagne et licenciées après la victoire, dut entraîner la nécessité de n'employer que des officiers nommés d'une manière permanente par l'empereur, et les tribuns élus chaque année durent le plus souvent rester en disponibilité sans servir (ce qui amena peu à peu la disparition du tribunat électif) ; leur titre fut purement honorifique. Dans ces conditions il n'est pas étonnant qu'on trouve cinq officiers de cette espèce réunis vers la même époque dans une ville de plaisir où affluaient les étrangers. D'ailleurs ce qui prouve qu'il n'y avait pas à Pompéi de charge municipale de tr. m. a p., c'est que, le tremblement de terre de 63 ayant surpris I. Puisque notre correspondant se sert si bien de la langue française, recommandons- lui pour finir, La Fontaine, Fables, VIII, 10. 224 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. la ville au milieu ou au lendemain d'une période d'agitation électorale, nous avons les affiches des candidats et les autres documents relatifs à l'élection, qui nous donnent la liste complète des charges électives de la cité, et que nous n'y trouvons pas celle de tribun militaire. — M. Giraud étudie ensuite séparément chacune des inscriptions en question. Des dates qu'on peut assigner à chacune d'elles, il résulte que c'est à un même moment qu'il s'est trouvé à la fois à Pompéi 4 ou 5 tribuns militaires a populo : si c'étaient des commandants des forces municipales, celles-ci auraient donc été bien considérables. — M. Giraud, d'ailleurs, n'est pas seul à admettre la thèse qu'il défend contre M. Duruy : il a pour lui l'autorité de M. Th. Mommsen, qui a soutenu la même opinion dans le second vol. de son Romisches Sîaaîsrecht. — Enfin quant au chap. 103 de la loi de la colonie de Genetiva Julia, qui permet aux duumvirs de prendre, avec le consentement des décurions, le commandement d'une troupe formée pour défendre la colonie, il ne faut y voir qu'une clause exceptionnelle nécessitée par la posi- tion de Genetiva, exposée à de plus grands dangers que la plupart des villes de l'empire. — En résumé M. Giraud, jusqu'à la preuve du contraire, croit que partout où l'on trouve les mots tribunus militum a populo, cette expression désigne un tribun militaire romain, élu à Rome dans les comices. M. Duruy déclare qu'il n'est pas convaincu par l'argumentation de M. Giraud et qu'il persiste dans son sentiment. Il ne se propose pas de réphquer pour le moment, M. Léon Renier ayant l'intention d'intervenir dans le débat. Il se borne à faire remarquer : i" que rien n'indique que les tribuns militaires électifs de Rome aient jamais été appelés tribuni militum a populo, vu que dans les deux seuls passages allégués par M. Giraud pour établir ce point, « ergo ubi primum (Marius) tribunatum militarem a populo petit » (Salluste [lug. 63]), et « Porcius Cato qui tum, iam consularis, tribunus militum a populo factus in exercitu erat » (Frontin [Strat. 2. 4. 4]), a populo se rapporte au verbe et non au substantif; 2° que la dernière mention certaine du tribunal électif qui nous soit parvenue se rapporte à une date antérieure de dix années au premier triumvirat , qu'on ne comprend pas comment cette institution aurait pu continuer d'exister sous le pouvoir absolu de César ou sous celui des triumvirs, et qu'il n'est pas vraisem- blable qu'une fois abolie elle ait été rétablie par Auguste; 3° que si l'on ne trouve pas de tribuni militum a populo dans les provinces, c'est que les officiers qui remplissaient dans les municipes provinciaux les fonctions des tribuni militum a populo italiens ne portaient pas le même titre, mais d'autres qui variaient suivant les localités, tels que ceux de préfet des vigiles, du littoral, praefectus armorum, praefectus latrociniis arcendis, Gxpaxri^oq i7:\ xà 5xXa, etc. Il pense que les tribuni militum a populo, comme ces divers fonctionnaires, étaient les chefs élus d'une troupe armée au service du municipe. M. Naudet annonce l'intention de présenter sur la question une opinion tierce, différente de celle de M Giraud et de celle de M. Duruy. Julien Havet. Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. ling (Dr. Frommann). — Beilage zum N" i. Chronik des germ. Muséums. — Schriften der Akademien und historischen Vereine. — Nachrichten. En appen- dice : Einundzwanzigster Jahres-Bericht des germ. Nationalmuseums. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en magasin. Amos (S.). The Science of Law id edit. In-8° cart. 417 p. London (H. S. King). 6 fr. 25 Archives historiques du département de la Gironde. T. 14. In-4», 552 p. Paris (Aubry), Babeau (A.). Histoire de Troyes pendant la Révolution. T. 2. 1792-1800. ln-8*, 552 p. Paris (Dumoulin). Barghon Fort-Rion (F. de). Le Drui- disme au moyen-âge, époque tertiaire. In- 18 Jésus, 56 p. Paris (Lib. générale). Beyschlag (W.). Die christliche Ge- meindeverfassung im Zeitalter d. neuen Testaments. In-8*, xj-113 S. Leipzig (Richter et Harrassowitz). 4 fr. $5 Bezzenberger (A.). Ueber die A- Reihe der gotischen Sprache. Eine grammat. Studie. In-8*, 71 S. Gœttingen (Pepp- mùller). 2 fr. 75 Bœttcher (C. J.). Germania Sacra. Ein topograph. Fuhrer durch die Kirchen- u. Schulgeschichte deutscher Lande. Zu- gleich e. Hilfsbuch f. Kirchengeschichtl. Orstkunde. 2. Haeifte. In-8*. S. 561- 1 53 1 . Leipzig (Naumann). 8 fr. 75 Complet. 14 ir. Boucher (L.). De Joannis Barclaii Ar- genide. In-8', 103 p. Paris (Sandoz et Fischbacher). William Cowper, sa correspondance et ses poésies. In-S», 443 p. Paris (les mêmes). Brown (J. B.). The Higher Life : its Reality, Expérience, and Destiny. 2nd edit. In-8*, 410 p. cart. London (King). 9 fr. 40 Chefs-d'œuvre des conteurs français après La Fontaine. XVIII' siècle. Avec une introduction, des notes historiques et littéraires et un index, par C. Louandre. In- 18 Jésus, xxviii-427 p. Paris (Char- pentier et C»). 3 fr. 50 Combier. Étude sur le bailliage de Ver- mandois et siège présidial de Laon. In-8*, 167 p. Paris (Leroux). Congrès international des orientalistes. Compte-rendu de la 1" session. Paris. 1873. T. I avec pi. et fig. intercalées dans le texte. In-8*, J84 p. Paris Mai- sonneuve et C'). 20 fr. David (J.). Religionsdisputationen im Mittelalter. Populaer-wissenschaft. Vor- trag geh. im Bet-ha-Midrasch zu Wien. ' In-S", 23 S. Wien (Winter). 1 fr. 25 Du Bois-Reymond (E.). Ueber eine Akademie der deutschen Sprache. Ueber Geschichte der Wissenschait. In-80, 49 S. Berlin (Dûmmler). i fr. ja Dûntzer (H.). Charlotte v. Stein, Gœthe's Freundin. Ein Lebensbild m. Benutzg. d. Familienpapiere. 2. Bd. 1794-1827. In-8*, 535 S. Stuttgart (Cotta). 12 fr. Eggert (F.). Ueb. die erzaehlenden Dich- tungen Hartmanns v. Aue. In-4*, 34 S.' Berlin (Calvary et C'). i fr. 75 Farrar (F. W.). The Life of Christ. 7th edit. 2 vol. in-8* cart. 996 p. London (Cassell). 30 fr. Fayet. Les hautes oeuvres de la révolution en matière d'enseignement. ^-8°, 59 p. Langres (Dangien). Gibson (C. B.). Philosophy, science, and Révélation. 2nd Edit. In-8* cart. London (Longmans). 9 fr. 40 Gras (L.-P.). Répertoire héraldique, ou Armoriai général du Forez, dressé d'après les monuments, suivi de la description des blasons de la Diana, etc. ^-8", xx- 329 p. et 4 pi. Lyon (Mougin-Rusand). Gresset. Le Méchant^ comédie en cinq actes. Précédé d'une notice p. G. d'Heylli. In-i6, X-146 p. (Lib. des Bibliophiles), 3fr. Grothe (H.). Leonardo da Vinci als In- génieur und Philosoph. Ein Beitrag zur Geschichte der Technik u. d. inductiven •^ Wissenschaften. Mitt 77 Holzschn. u. i. (lithog.) fac-similé Taiel. In-4', 94 S. Berlin (Nicolai), 6 fr. 75 Grueber (H. A.). Roman Médaillons in the British Muséum. Edited by S. R. Poole. Gr. in-8° cart. London (Piclce- ring). 26 fr. 25 Hallayet Abdulla (Bin Abdulkadar). Munshi, Translations from. With Gom- mants by J. T. Thomson. In-8° cart. 349 p. London (H. S. King). 1 5 fr. Helps (A.). Ivan de Biron; or, the Rus- sian Court in the Middle of last Century. In-8*, cart. 473 p. London (Isbister). 8 fr. 15 Heydemann (H.). Die antiken Marmor- Bildwerke in der sog. Stoa d. Hadrian, dem Windthurm d. Andronikus, dem Waerterhseuschen auf der Akropolis und der Ephorie im Cultus-ministerium. Mit e. lithog. Taf. u. 5 Holzschn. In-8*, 338 S. Berlin (G. Reimer). 9 fr. 35 Kalidasa. La Reconnaissance de Sakoun- tala, drame en sept actes. Traduit du sanscrit par P. E. Foucaux. In- 16^ xxiv-188 p. Paris (Lemerre). 2 fr. 50 Kirchhoff (A.). Ueber d. Schrift vom Staate der Athener. In-4*, 5 1 S. Berlin (Dummier). 3 fr. 40 Laurent. Examen des derniers éclaircisse- ments sur l'emplacement de Quintowic. In-8"*, 23 p. Amiens (imp.Lenoël-Hérault). Legendre (P.). Histoire de la persécution faite à l'église de Rouen sur la fin du dernier siècle. Précédée d'une notice his- torique et bibliographique et suivie d'un appendice par E. Lesens. Avec 2 pi. grav. à l'eau-forte en fac-similé par J. Adeline. ^-4°, xxx-216 p. Rouen (imp. Deshays). Lieutaud(V.). Notes pour servir à l'his- toire de Provence. N" 6. Le pape Léon X, archevêque d'Aix (8-20 juin 1483). ^-8°, 8 p. Marseille (Boy fils). liittrë (E.). Études sur les Barbares et le moyen-âge. 3^ édit. In- 12, xxxij-460 p. Paris (Didier et C"). 3 fr. 50 Longpérier (A. de). Observations sur quelques objets antiques figurés dans les livres chinois et japonais présentées au premier congrès des orientalistes à propos de l'exposition des collections de l'extrême Orient par M. H. Cernuschi. In-8', 16 p. et 2 pi. Paris (imp. V' Bouchard- Huzard). Marsh (G. P.). The Earth, as Modified by Human Action. A new edit. of « Man and Nature. » In-8" cart. 656 p. London (Low). 22 fr. 50 Original (the). Lists of Persons of Qua- lity, 1600-1700. Edited by J. CamHen Hotten. In-4° cart, London (Chatto and W.). 47fr.75 Poulbrière (J.-B.). L'Église de Saint- Pierre de Beaulieu (diocèse de Tulle) et son portail sculpté. Notice descriptive. ^-8°, 68 p. Paris (Chapoulaud frères). Quellenschriften f. Kunstgeschichte u. Kunsttechnik d. Mittelalters u. der Re- naissance m. Unterstûtzg. d. k. k. œster- reich. Ministeriums fur Kultus u. Unter- richt, im Verein m, Fachgenossen, hrsg. v. R. Eitelberger v. Edelberg. VIII. In- 8°. Wien (Braumûller). 3 fr. 25 Les fascicules I-VIII. 32 fr. 60 Racine (i.). Théâtre. Orné de vignettes gravées à l'eau-forte sur les dessins de E. Hillemacher par F. Hillemacher. T. 3. ^-8°, 325p. Paris (Lib. des Bibliophiles). 20 fr. Rio (A. -F.). De l'art chrétien. Nouvelle édition, entièrement refondue et considé- rablement augmentée. T. 4. In-18 Jésus, 489 p. Paris (Bray et Retaux). Rolland. Histoire de Saint François de Paule, fondateur de l'ordre des Minimes et de son couvent de Plessis-lez-Tours. In-8*, xvj-402 p. Paris (Poussielgue frères). 7 fr. 50 Romant (Le) de Jehan de Paris, roy de France; revu pour la première fois sur deux manuscrits de la fin du XV* siècle, par M. A. de Montaiglon. In- 16, xlviij- 160 p. Paris (Lemerre). 2 fr. 50 Umpfenbach (F.). AnalectaTerentiana. In-4*, 32 p. Berlin (Calvary et G*). I fr. 50 Vie-w (A.). Of the Prophecies of Daniel, Zechariah, and the Révélation. By M. E. H. With a Map. In-8* cart. 404 p. Lon- don (Macintosh). 5 fr. 6j Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur. N* 15 Neuvième année. 10 Avril 1875 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION j I DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS. ,-: Secrétaire de la Rédaction : M. Stanislas Guyard. Prix d'abonnement : Un an, Paris, 20 fr, — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus suivant le pays. PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE ' "'■ 67, RUE RICHELIEU, 67 Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). ANNONCES .vivnobf En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 67, rue de Richelieu. ""y.c \' GO A D T Ç ^^ ^^^^^ Poucet et la Grande Ourse, i vol. in-i6 , . • 1 /v l\ 1 O imprimé en caractères elzeviriens. 2 fr. 50 BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES 20^ FASCICULE. r\ î T î XTT' T î î T7 IVT ^"^'^'^"^'°" oratoire. Collation d'un ms. is^ U 1 IN 1 1 Li 1 lL 1 N du xe siècle, par Emile Châtelain et Jules Le Coultre, licenciés ès-lettres, élèves de l'École des hautes études. 3 fr. 1 8^ ET 1 9' fascicules précédemment parus : '' t>'Tr\.:: T^ r? TA QT Î7 V R T PT ^^^^^ ^"^ ^^^ comtes et -îFV. U Ht Li/\o 1 Ej 1 rv i lL vicojptes ;.de, Umoges antérieurs à l'an looo.-''''^ .«à/ooiî z'zal li'up ,b «rfD/fljjD . «»1 ètidutift. ,,,..■,..,..• I., . . . . ' • A HA R \/T]H'^T'FrT'FrP '^'"^^^^ ^^ '^ formation des • l-/r\rviVl LliO 1 IL 1 IL rV mots composés daas la langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. ôjjv'-iziîf. Pour paraître très-prochainement : 2 le fascicule. Hymne à Ammon Ra des papyrus de Boulaq, traduit et com- menté par Eugène Grébault, avocat, élève de l'École des hautes études. PERIODIQUES. The Academy, N° i $o, new séries, 20 mars. The Poetical Works of John Milton. Ed. by David Masson. In three and in two vols. London, Macmillan and Co. (R. C. Browne). — Viscountess Strangford, Egyptian Sepulchres and Syrian Schrines. New Ed. London, Macmillan and Co. ; Brugsch-Bey, Histoire d'Egypte. Leipzig, Hinrichs; Kiepert, Neue Wandkarte von Palaestina. Berlin, Reimer (E. H. Palmer : le i" de ces ouvrages est très-agréable à lire et peut être utile aux touristes; le second est au-dessus de tout éloge, comme le peut faire prévoir le nom de son auteur; quant à la carte de Kiepert, elle est parfaitement au courant de la science). — Von Ranke, A History of England, principally in the Seventeenth Ceniury. In six Vols. Oxford, Clarendon Press (Samuel R. Gardiner). — A. Schmidt, Shakespeare-Lexicon. Vol. I. A-L. Berlin, Reimer; London, Williams and Norgate (J. W. Hales : appréciation favorable). — J. J. Bond, Handy-Book of Rules and Tables for Verifying Dates. London, Bell and Sons; Bartlett and Co. (H. A. Pottinger : recommande chaudement cet ouvrage). — Books relating to the English Counties (notes de l'éditeur). — Notes and News. — Notes of Travel. — Notes of a Tour in the Cyclades and Crète. IV. Crète (continued : H. F. Tozer). — Correspondence. « What-What » (Richard Morris : cite des exemples de cet emploi en ancien anglais. A ce propos, M. Furnivall nous écrit que what w^hat signifie d'un côté de l'autre, tant cjue, et ne marque nullement une alternative, cf. Rev. crit., n° 13, couv. Nous reconnaissons la justesse de cette observation; mais nous avons voulu dire que what what a dû exprimer d'abord une alternative pour arriver au sens de tant (ceci) que (cela), cf. le latin quà cjuà). — « A n Libel concerning Campion » (Edward Peacock). — The Numerals in old Cornish (W. S. Lach-Szyrma). — The Ethics of Aristotle. By sir Al. Grant. Third Ed. London, Longmans and Co. (James R Thursfield : -éd. très-amé- liorée). — The Origin of the Phoenician Cosmogony and the Babylonian Garden of Eden (A. H. Sayce : important article). — Science Notes. Anthropology. — Meetings of Societies (Soc. d'archéologie biblique, de l'Inst. anthrop., des anti- quaires). .j,^ The Athenœum, N** 2473, 20 mars. Milton, Areopagitica. ByJ. W. Hale3- Clarendon Press. — Calendar of State Papers. Foreign Séries, of the reign of Elizabeth. 1569-1 571. Ed. by A. J. Crosby. Longmans and Co. — Shakes- peare's Century of Prayse. Trûbner and Co. — Notes from St. Petersburg (S. les progrès des études orientales en Russie). — Edinburgh Critics and Quarterly Reviewers (Charles J. Monk). — Literary Gossip. — Anthropological Notes. Miscellanea. Excavations at Rome (Thos. H. Dyer). Literarisches Centralblatt, N° î 3, 27 mars. Acta genuina SS. oecumenici concilii Tridentini édita ab Aug. Theiner. II tomi. Agram. Leipzig, Breit- kopf und Haertel. Gr. in-4'', xxij-722; 701 p. (art. défavorable). — Rothe's Vorlesungen ùber Kirchengeschichte. Herausg. v. Weingarten. i. Th. Die katholische oder kirchliche Zeit. Heidelberg, Mohr. In-8°, xj-491 p. (l'éditeur a publié les cahiers de Rothe tels qu'il les a trouvés, en ne retranchant que les parties qui avaient été empruntées à d'autres ouvrages). — Ziegler, Illustra- tionen zur Topographie des alten Rom. 2. Heft. i. u. 2. Abth. Stuttgart, NefF. In-folio, 4 pi. — Boeckhii opuscula academica Berolinensia. Edd. Ascherson, Bratuscheck, Eichholtz. Leipzig, Teubner. In-8°, viij-547 p. (IV volume des Opuscules de Boeckh). — Mùlleri Luc. de Phaedri et Aviani fabulis libellus. Leipzig, Teubner. In-8°, iv-34 p. (assez insignifiant). — Terentianus Morus, Marius Plotius Sacerdos, Rufinus, Mallius Theodorus, fragmenta et excerpta metrica ex recens. H. Keil. Leipzig, Teubner. In-8°, xxviij-p. 313-669 (fasc. REVUE CRITIQUE . D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE w N' 15 — 10 Avril — , ^.^ 3,^, 1875^1 ". \ !'. . ['' V Sommaire : 68. Rig-Veda-Sanhitâ, p. p. Max Muller, t. VI. — 69. Wimmer, Histoire de l'écriture runique dans le Nord. — 70. Lenz, Le roi Sigismond et Henri V d'Angleterre. — 71. De Magny, Les Souspirs, p. p. Courbet. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions. 'Hf'il 'iiî 68. — Rig'Veda-Sanhita, the sacred hymns of the Brahmans; together with the Commentary of Sayanacharya. Edited by F. Max Muller. Vol. VI. London, Allen et Co. 1874. ^-4», p. lix; 32; 785; 401-762. Ce sixième et dernier volume du Rig-Véda de M. Max Muller contient le texte et le commentaire des 146 derniers hymnes (46-191) du X* livre. L'édi- teur y a joint une récapitulation générale du Sarvânukrama de Kâtyâyana, des index spéciaux des divinités , des rishis et des commencements de vers, et un ^rata complet pour l'ensemble de l'ouvrage. Les variantes et les additions connues sous le nom de Khila occupent 32 pages à la suite de la Préface. Enfin la 2* moitié du volume contient la fin de l'index des mots et des formes employés dans le Rig-Véda, plus un répertoire spécial des mots composés rangés selon l'ordre alphabétique de leur second terme. Ainsi se trouve achevée une publication dont la fin s'est fait longtemps attendre et qui, à défaut de critiques, a provoqué jusqu'ici bien des murmures d'impatience ; mais qui restera aussi comme une des plus belles œuvres de notre époque, tant par l'importance exceptionnelle du document qui s'y trouve mis au jour, que par la perfection que l'éditeur a su donner à son travail. ci&i ,M .H .14 4>il A peu d'interruptions près, M. Max Muller n'a pas employé moins de 30 années à ériger ce monument. Aussi conçoit-on qu'arrivé à la fin de sa tâche, il l'ait quittée avec le sentiment qu'on éprouve à se séparer d'un vieil ami, et qu'il n'ait pu s'empêcher de faire un retour ému sur ce long passé. Sa Préface contient à ce sujet des détails pleins d'intérêt sur les origines et la marche de son œuvre depuis le jour qu'il en conçut l'idée sous les auspices de Burnouf; sur l'état des études sanscrites d'alors ; sur sa propre inexpérience au début, et sur les diffi- cultés sans nombre contre lesquelles il eut à lutter pour arriver à établir un texte critique du commentaire de Sâyana, si maltraité par les copistes, et des nombreuses citations qu'il renferme , citations souvent tronquées et incorrectes , se réduisant parfois à d'obscures allusions, qui étaient empruntées d'ailleurs à une littérature alors inconnue, à des ouvrages dont il n'existait ni index ni éditions, et qui presque toutes étaient à vérifier sur manuscrit. Il y aurait eu sans doute un moyen d'abréger considérablement toute cette besogne. C'eût été de se borner à donner une édition critique du texte même des hymnes, pour laquelle il suffisait de comparer quelques manuscrits et de dépouiller le Prâtiçâkhya, et quant au XV I j 226 REVUE CRITIQUE f 'î f '"'^ '' * commentaire, d'où venaient les principales difficultés, de ne le donner que par extraits ou de le reproduire tel quel, après quelques collations hâtives et en recourant largement aux conjectures pour enlever les plus grosses taches. M. M. M. ne fut point de cet avis. Dès le début, il se rendit aux conseils de Burnouf et jugea que du moment qu'on entreprenait cette œuvre, ce devait être de façon qu'elle fût faite une fois pour toutes. Il résolut en conséquence d'y appliquer rigoureusement d'un bout à l'autre les mêmes principes de critique qui se sont montrés si féconds sur le terrain de l'antiquité classique et qui sont devenus ceux mêmes de la philologie moderne. Le résultat auquel il est arrivé dans des conditions aussi difficiles suffirait à lui seul à justifier ces principes , s'ils avaient encore besoin de justification. Voici 25 ans que son 1" volume est soumis à l'examen des indianistes et que les autres se suivent à des intervalles plus ou moins réguliers. Bien que l'envie de le trouver en défaut n'ait certainement pas manqué, son œuvre est sortie intacte de cette longue épreuve et, jusqu'à la fin, M. M. M. aura eu ce rare bonheur d'arriver presque toujours le premier à signaler ses peu nombreuses méprises et d'être à lui-même son plus pénétrant critique. La Préface du nouveau volume contient à son tour un ample et curieux sup- plément à cette espèce d'examen de conscience que M. M. M. a déjà plusieurs fois entrepris. Comme toujours, il sait présenter ces minuties nécessaires avec beaucoup d'art, je dirais presque de coquetterie. Nul ne s'entend mieux que lui à donner un tour agréable à une discussion d'accent ou d'orthographe, ce dont personne à coup sûr ne se plaindra, si ce n'est ceux toutefois qui s'y trouvent effleurés en passant. Genus irritabile doctorum ! Dans cette intéressante revue, M. M. M. a semé un grand nombre de remarques curieuses sur la plupart des ouvrages qui ont un rapport plus ou moins étroit avec l'œuvre de Sâyana, sur Sâyana lui-même, sur son identité avec Mâdhava suggérée par M. Burnell et au sujet de laquelle M. M. M. reproduit les réserves qu'il a déjà faites dans VAca- demy {]\ janvier et 11 avril 1874), sur les écrivains qui ont précédé Sâya/ia comme interprètes du Rig-Véda, et sur la littérature qui est citée dans ses com- mentaires ' . Le reste de la Préface est presque entièrement polémique. Nous sommes assez désintéressés en France dans ces querelles, que nous ne voyons pour ainsi dire que de surface. Nous aimons à croire que M. M. M., qui peut avoir des adver- saires parmi nous, n'y a pas d'ennemis, et nous savons de reste qu'il n'en est pas de même ailleurs. A propos de son Rig-Véda en particulier, on lui a repro- ché sa lenteur avec un zèle parfois indiscret et une insistance qui ferait croire I. M. M. M. revient aussi sur la question des avantages du ndgart sur le caractère romain, déjà traitée par lui dans sa petite édition du Rig-Veda, Pada-Text (cf. Rev. ait. du II avril 1874). Pour le fond, il est impossible de ne pas être de son avis, bien que sa a démonstration géométrique » ne soit peut-être pas tout à fait aussi rigoureuse qu'elle le semble de prime abord. Le plus ou le moins de fatigue de la vue ne dépend pas seule- ment de la dimension des caractères, mais surtout de leur formCj et pour l'œil au lecteur, ce n'est pas à sa 2' colonne ndgart que répond sa colonne romaine, bien qu'elles soient toutes deux fondues sur le même corps, mais plutôt à la 1". d'histoire et de littérature. 227 que les auteurs de ces plaintes avaient réellement un droit sur ses journées et sur ses heures. M. M. M. qui, coupable ou non de n'avoir pas fait toute la dili- gence possible, a été assez puni de ses retards par le fait qu'un tiers du Rig- Véda a été lu pendant de longues années dans une autre édition que la sienne, a fini par se fâcher de cette « sollicitude maternelle » qu'on ne se lassait pas de témoigner pour son œuvre, et il a cru devoir montrer comme quoi M. Weber qui, en matière semblable, avait été plus expéditif, n'avait pas, à beaucoup près, fait aussi bien que lui. On s'en doutait bien un peu : en tous les cas nous gagnons à la démonstration une discussion très-substantielle sur l'emploi du sandhi dans les manuscrits, plus 4 pages in-4" de variantes pour le commentaire de Mahîdhara sur la Vâjasaneyi-Sanhitâ, et pour peu que M. Weber réplique de la même façon, ce sera tout profit. Mais pour nous la meilleure réponse de M. M. M. sera tou- jours son édition même. L'essentiel ici autant et plus qu'ailleurs était, non pas de faire vite, mais de faire bien. Ne semble-t-il pas du reste que moins que toute autre branche d'études, la nôtre, sous peine de faire rire à ses dépens, doive se donner l'air affairé et tracassier ? Nous sommes un petit groupe engagé dans ce qu'on appelait jadis des « recherches curieuses » et, bien que les choses aient changé depuis le temps que cette locution n'est plus de mode, il y aurait tout de même quelque ridicule à croire que le bien public nous défende de nous souvenir du précepte d'Horace : nonum que prematur in annum. ^intrmi Dans la Varieîas Lectionis p. 24, 1. 5, il faut lire ye au lieu de y a; p. i^pfet^ infira. Tait. Br. II, 4, 3, 2; p. 52, 1. 1 infra, Atharva-veda III, 8, 5. -^ua^é A. Barth. 69. — Lndv. F. A. WimmeRj Runeskrîftens Oprindelse og Udviklîng i Norden. K.œbenhavn, V. Priors Boghandel. 1874. In-8°, ij-ayo p., 3 pi. et figures dans le texte (Extrait des Aarboger Jor nordisk Oldkyndighed og Historié, 1 874, cah. 1-2). — nx . 5 r. 70-^^,p.jj^,^^^i,.jjj^ j.,Q,j^ accouplés ont donné le d (le D ayant servi à rendre un son voi- son); — le caractère < {k, c) redoublé désigna le g, puis une légère modifica- tion dans l'agencement des deux signes permit de marquer les sons ng et/; — le caractère y, plus tard devenu /K, serait, suivant l'auteur, une modification du Z : ce caractère exprime le r faible, altération d'un ancien s ou d'un z, quoique plus tard il ait été employé pour transcrire de tout autres sons, quand le r faible eut disparu des dialectes germaniques méridionaux ; — les caractères très-divers qui rendent le p seraient formés par l'accouplement de deux B, et ce B, partagé en deux, aurait servi à noter le jv ; — enfin le caractère qui exprime eu dériverait du signe n (")• Assurément, ces dernières considérations laissent place à bien des doutes, surtout en ce qui concerne les 3 derniers caractères; toute- fois, il est permis de regarder comme parfaitement démontré que les runes ont pour origine l'alphabet latin et en particulier, l'auteur pense en avoir fourni des raisons suffisantes, l'alphabet latin le plus récent caractérisé par l'existence du Z au nombre des lettres qui le composent. Une autre discussion sur la direction de l'écriture et sur les signes de séparation (p. 126-147) amène enfin M. W. à la conclusion que sur ces deux points les scribes suivaient leur fantaisie, car les d'histoire et de littérature. 231 inscriptions sont tracées, sans principe arrêté, tantôt de droite à gauche, tantôt de gauche à droite, tantôt Pouaxpoçr^Sbv, et quant aux signes de séparation, parfois ils sont complètement omis, parfois ne se rencontrent qu'au début et à la fin de l'inscription, et lorsqu'ils se trouvent entre les mots se présentent tantôt sous la forme de 2, de 3 ou de 4 points, et tantôt sous d'autres formes arbi- traires. Examinant ensuite. les runes en elles-mêmes. M, W. conclut que l'alphabet archaïque commun à tous les Germains consistait en 24 caractères dérivant en bloc des lettres capitales latines en usage au commencement de l'Empire. Sans doute, cet alphabet diffère entièrement du latin par l'ordre dans lequel sont rangées les lettres (ordre que l'accord de plusieurs traditions indépendantes établit d'une manière positive) aussi bien que par les noms respectifs des lettres et par leur division en trois groupes qui, il faut le dire, paraît être primitive, et l'auteur renonce à expliquer ces particularités. Néanmoins, il fait observer, avec juste raison, que ces mêmes particularités distinguent l'alphabet runique de tout autre système d'écriture qu'on pourrait faire entrer ici en ligne de compte, et que, par conséquent, les mêmes difficultés surgiraient si l'on voulait rattacher l'alphabet runique à l'alphabet grec ou au phénicien. M. W. met ensuite en pleine lumière (p. 1 47-1 5 2) ce fait que les inscriptions runiques les plus anciennes ne remontent pas au delà de l'an 200 de notre ère. Or l'archéologie nous enseigne qu'à cette époque le monde germanique subissait pleinement l'influence romaine. L'influence étrusque supposerait une époque antérieure ; l'influence grecque une époque postérieure ; et, d'un autre côté, les quelques lettres grecques à la forme desquelles on pourrait ramener certains caractères runiques appartiennent à une période trop reculée correspondant à l'âge du bronze du Nord. Ainsi les preuves historiques et archéologiques conduisent aux mêmes résultats qui ressortent de l'étude de l'alphabet runique. Pour ce qui est de la voie par laquelle l'alphabet latin a pénétré chez les Germains, M. W. n'ose se prononcer catégoriquement. Une importation directe serait possible ; mais on pourrait songer aussi à l'inter- médiaire des Celtes, car les Gallo-Celtes et les Celtes de l'Italie supérieure avaient échangé dès les débuts de l'Empire contre l'alphabet latin les premiers leur alphabet grec, les seconds leur alphabet étrusque septentrional. En tous cas, M. W. refuse absolument d'admettre la possibilité, à laquelle croit un professeur de Christiania, M. Sophus Bugge', d'une influence de l'alphabet étrusque sep- tentrional sur l'alphabet runique. La seconde partie du travail, de beaucoup la plus courte (p. 152-212), traite du développement de l'écriture runique dans le Nord. L'auteur, après avoir relevé le caractère exclusivement septentrional de l'alphabet de 16 lettres de la dernière période de l'âge du fer, observe que 9 de ces lettres sont de tous points conformes aux lettres correspondantes de l'alphabet de 24 signes, et 2 extrême- ment voisines de leurs représentants dans l'ancien alphabet. Cette conformité s'étend aux noms respectifs des lettres dans les deux alphabets et à la division I. Aarbôger for nordisk Oldkyndighet qg Hw(o^V^^,l87^, p. ijj. ^ 2J2 -^SHIPA^REVUE CRITIQU*' ">><*'*■' '*5 des lettres en trois groupes, de sorte que l'étroite affinité des deux alphabets est mise hors de doute et qu'il ne reste plus à en déterminer que le mode. Si l'origine latine de l'alphabet de 24 lettres est démontrée, il va sans dire que l'alphabet de 16 signes doit être issu de ce dernier. Mais l'auteur, non content de cette évidence, cherche à corroborer encore cette conclusion par des argu- ments positifs et négatifs. Jusqu'ici, on avait généralement admis que c'était l'alphabet le plus compliqué qui était sorti du plus simple, ou bien que tous deux provenaient d'un alphabet antérieur, formé, comme le plus court, de 16 signes, et qui à son tour serait dérivé du latin. Dans cette hypothèse, il faudrait poser en fait qu'un ancien alphabet de 16 signes, dont toute trace aurait disparu, se serait de bonne heure bifurqué, donnant naissance à un alphabet du Nord qui aurait conservé l'ancien nombre de 1 6 signes dont il n'aurait modifié que par- tiellement la forme et la valeur, et d'autre part à un alphabet du Sud qui par l'addition de 8 nouveaux caractères serait devenu l'alphabet de 24 signes, lequel aurait subi ensuite en Angleterre un accroissement de quelques lettres. Cette hypothèse, remarque M. W., était parfaitement justifiée tant qu'on voyait dans la langue des inscriptions du Nord écrites avec les 24 caractères un dialecte germanique méridional ' ; mais elle s'écroule dès qu'on y reconnaît au contraire une simple phase du dialecte du Nord. M. W. nie également la relation qu'on avait établie entre la question des affinités des deux alphabets, des formes dia- lectales que présentent les inscriptions des deux genres, et l'hypothèse qu'à l'époque de la dernière période de l'âge du fer aurait eu lieu l'immigration d'un nouveau peuple dans le Nord. Il pense, d'accord en cela avec Worsaae^ et J. E. Sars3, que cette hypothèse n'est nullement fondée. Réservant le côté linguistique de la question pour un ouvrage ultérieur, M. W. se contente en passant de rappeler que l'abandon dans l'écriture de caractères distincts primitivement usités pour exprimer des sons voisins n'est pas un fait inouï dans les fastes de la gra- phologie. C'est ainsi qu'en latin le C représenta d'abord exclusivement le son g, pendant que le K était réservé pour la gutturale forte, puis servit à noter à la fois le g et le k, et finalement fut restreint à la notation du k, tandis qu'un autre signe apparaissait pour transcrire le g; en danois le d et le g aspirés ont cessé d'être distingués du d ex du g simples, le v et le w sont confondus dans l'écriture, bien que la prononciation continue de séparer nettement ces divers sons. Enfinj et c'est là que gît la difficulté principale, M. W. cherche à retracer la route qu'a suivie l'alphabet complet de 24 signes pour devenir celui de 16 signes, à mon- trer les étapes qu'il a successivement parcourues. Je n'hésite pas à considérer cette partie comme la plus brillante de tout l'ouvrage. M. W. avait à examiner de bien nombreuses questions. 1" Le caractère qui dans l'ancien alphabet exprime 1. L'auteur dit : « gotisk eller germansk ; s mais j'emploie, ici comme ailleurs, les termes qui me sont propres , de germain septentrional pour désigner le danois , le suédois et le norvégien, et de germain méridional pour désigner l'allemand, le gothique et l'anglais. 2. Dans ses recherches sur la population et la culture de la Russie et de la Scandinavie septentrionale {Aarbôger, 1872, p. 509-430). 3. Coup-d'œd sur l^ histoire de Norvège, QMr'iiixdiXiVà, 1873, d'histoire et de littérature. 2?} le; est devenu la lettre a dans le nouveau. Cette transformation est facile à ex- pliquer : le nom ancien du y était yâra (Jahr); le j initial tomba dans la pronon- ciation, et comme il est de règle que toute lettre représente le premier son du nom qu'elle porte, on conçoit que le j ait pris la valeur de a. Mais l'ancien alphabet possédait déjà un signe pour a et le nommait ansur (ansuz). On eut donc pendant quelque temps deux caractères pour le a, dont l'un représentait un a sourd et nasal, jusqu'à ce qu'enfin tous deux furent complètement assimilés l'un à l'autre; en dernier lieu, le caractère ansur se prononça o et reçut en vieil anglais la dénomination de âss. M. W. fait observer, en particulier, comment le caractère jâra subit dans la forme en même temps que dans la valeur plusieurs modifications, et signale 2° des métamorphoses analogues pour le s, le h, le m, le r, altéré du s faible, et le k. Ces métamorphoses ne se sont pas produites d'un coup, mais ont traversé des phases intermédiaires, et cela de façons très-diverses suivant le temps et le lieu ; quelquefois on rencontre à côté l'une de l'autre des formes différentes du même caractère, souvent dans la même inscription. L'au- teur essaie de déterminer approximativement les époques où se sont manifestés ces changements successifs, tentative d'autant plus difficile que l'âge de la plu- part des monuments runiques est mal connu. Heureusement, la sûreté des résultats généraux est entièrement indépendante du plus ou moins de certitude de ces évaluations particulières, j" Le nouvel alphabet a perdu 8 lettres anciennes : le p et le eu semblent avoir disparu de très-bonne heure, et on peut en dire autant du ng; au contraire les lettres exprimant e, 0, g, detw persistèrent plus long- temps. On peut rendre compte de la disparition du g et du 4 par ce fait qu'on attribua respectivement au k et au t, outre leur valeur propre , la valeur de la gutturale sonore et de la dentale sonore. Le caractère 0 disparut parce que ô et 0 devinrent phonétiquement â et u. Le caractère e cessa d'être employé quand son nom éhwa fut devenu jàr. Enfin la perte du caractère w, qui se maintint le plus longtemps, est due probablement à la ressemblance des sons w et u. Toutes ces altérations ne se produisirent naturellement, elles aussi, que peu à peu. On ne saurait qu'approuver M. W. d'avoir consacré une attention toute spéciale aux inscriptions qui présentent des formes transitoires. 4" Enfin, trois signes ont changé de place dans l'alphabet récent. L'alphabet de 24 signes fait précéder le / du m; l'alphabet de 16 signes intervertit cet ordre; de plus il rejette en dernier le caractère qui exprime le r correspondant à l'ancien s faible ; il en change d'abord le nom {yr au lieu de elgr) et plus tard la valeur (y au lieu de r). L'auteur déploie la plus grande pénétration lorsqu'il expose les raisons qui ont amené ces deux modifications, et quand il montre pourquoi, seul entre tous les noms des caractères runiques, le mot yr finit, au lieu de commencer, par la lettre qu'il désigne. Mais il nous paraît moins heureux lorsqu'il tire le mot yr du vieil anglais yr, nom de la lettre y, et suppose qu'il ne serait apparu dans le Nord qu'à une époque où le caractère qu'il désigne aurait déjà perdu sa valeur de r final et serait devenu la lettre y. Dans une courte conclusion, M. W. s'occupe des destinées ultérieures de l'al- phabet runique. Après que l'alphabet de 24 signes se fut réduit à 16, le besoin 2}4 i?fl'Q*/ REVUE CRITIQUE se fit sentir de distinguer dans l'écriture les sons différents qu'elle confondait. A partir de la fin du x* siècle, on commença à ponctuer certaines runes ; plus tard on en figura de nouvelles. Cet alphabet ainsi amplifié resta longtemps en usage dans le peuple à côté de l'alphabet romain qu'employaient les savants, puis tomba complètement en désuétude pour faire place à ce dernier. Pour la seconde fois l'alphabet latin s'implanta en vainqueur dans le Nord. Un supplément étendu (p. 213-262) est consacré aux anciennes pierres runiques danoises de la dernière période de l'âge du fer, c'est-à-dire à celles dont l'écriture et la langue présentent des formes intermédiaires. L'abondance des renseignements que contient cette partie de l'ouvrage est telle que je renonce à l'analyser. Je ne puis terminer sans résumer mon opinion sur l'ensemble du livre de M. W. Ce livre me paraît devoir imprimer aux études runiques une direction toute nouvelle. Sans doute, antérieurement à M. W., plusieurs savants, et prin- cipalement Kirchhoff ', avaient déjà soutenu que l'alphabet runique a son origine dans l'alphabet latin et apporté à l'appui de leur thèse des arguments du plus grand poids. Mais, somme toute, ils ne pouvaient résoudre la question d'une manière décisive, puisqu'ils partaient de l'hypothèse que l'alphabet de 16 signes est le plus ancien ou au moins le plus voisin de l'alphabet primitif. D'autres savants, tels que Bredsdorfi, Lauth, Dyrlund, concédaient bien la possibilité de faire dériver l'alphabet simple de l'alphabet compliqué, ou même regardaient cette dérivation comme vraisemblable ; mais ils ne disaient pas de quelle façon s'est opéré le passage, et émettaient sur l'origine de l'alphabet primitif les opinions les plus erronées. M. W. est, à mon avis, le premier qui ait fourni sur ces deux points des données positives, et qui ait tenté de résoudre scientifiquement le problème dans un travail méthodique embrassant la question sous toutes ses faces 2. Une heu- reuse circonstance me met en état de contrôler l'exactitude des résultats variés auxquels est parvenu M. W., et c'est le guide le plus sûr en ces matières, M. So- phus Bugge de Christiania, qui m'en offre les moyens. Je trouve dans les Mémoires de l'Académie des sciences de Christiania pour Vannée 1 87 j , condensée en deux pages in-8°, la substance d'une communication faite, le 7 novembre de l'année précédente, par M. Bugge, à la section d'histoire et de philologie, «sur )) l'origine et l'histoire primitive de l'écriture runique. » On voit par la susdite communication que ce Maître fait procéder, lui aussi, l'alphabet de 16 signes de celui de 24 signes et qu'il en place la formation également dans le Nord; qu'il tire l'alphabet de 24 signes de l'alphabet latin et en fait le bien commun de toute la famille germanique. Seulement, et c'est là qu'il se sépare de M. W., il ne croit pas que les Germains aient reçu leur alphabet directement des Romains, mais pense qu'ils ont adopté celui d'une tribu celtique établie au nord des Alpes qui 1. Das gothische Kunenalphabet, 2' éd., 1854. 2. Il ne faut d'ailleurs pas dissimuler, pour être juste, que les trouvailles relativement récentes (1857) de monuments runiques : les boucles de ceinturon de Charnay, le couteau de la Tamise, ont apporté à M. W. d'immenses secours dont étaient privés ses prédé- cesseurs. d'histoire et de littérature. 255 aurait approprié à ses besoins un ancien alphabet latin modifié par l'influence du système étrusque septentrional. Personne ne doutera que les deux coryphées des études runiques actuelles n'aient travaillé indépendamment l'un de l'autre. Si donc ils s'accordent sur tous les points fondamentaux et ne diffèrent que sur des points de détail, nous pouvons saluer dans cet accord l'avènement d'une vérité nouvelle et déclarer que désormais la voie est frayée dans laquelle devront s'engager les futurs explorateurs. Il ne me reste plus qu'à souhaiter d'avoir réussi à dire mon avis sur l'excellent ouvrage de M. W. et sur les matières qui y sont traitées avec toute la modestie et toute la réserve qui convenaient à mon imparfaite compétence du sujet que j'avais à aborder ici. K. Maurer. 70. — Kœnig Sigismund und Helnrich dér Fûnfte von England, ein Bel; trag zur Geschichte der Zeit des Constanzer Concils, von D' Max Lenz. Berlin, Reimer. 1874. In-8*, viij-215 p. — Prix : 4 fr. L'histoire intérieure de l'Allemagne, exploitée par de nombreux historiens, présente de moins en moins des sujets restreints que puisse traiter avec fruit un débutant dans la science, qui n'a ni le temps ni les moyens de pénétrer dans les archives et d'y chercher des sources inédites. Aussi pouvons-nous observer, depuis quelque temps déjà, que l'attention des jeunes écrivains allemands se porte de préférence sur l'histoire des relations extérieures de leur pays, moins bien connues, et que la richesse de la plupart des bibliothèques universitaires d'Alle- magne permet d'étudier sur place, sans voyages au dehors. Le présent volume est un des plus intéressants parmi les travaux de ce genre qui ont paru dans les dernières années. C'est un début : on le sent à une certaine prolixité, à la minutie avec laquelle l'auteur s'arrête à des points secondaires. Mais si je signale ces longueurs et si, pour tout dire, l'étendue du travail ne me semble aucunement en rapport avec les résultats obtenus, il serait injuste de ne pas constater aussi le soin avec lequel M. L. a dépouillé les sources anglaises, encore très-peu connues et utilisées chez nous, du règne de Henri V, les histo- riens français et bourguignons, et de ne pas dire que son travail nous montre sous un aspect nouveau la politique allemande et anglaise à l'égard de la France, dans les années 1414 a 1420. L'introduction de l'ouvrage traite des sources; il y est surtout parlé de la Chronique d'Eberhard Windecke, que l'auteur regarde comme une autorité surfaite. Windecke a bien été le serviteur de Sigismond et l'accompagnait dans ses voyages en France et en Angleterre ; mais il n'a rédigé ou dicté son récit que bien des années plus tard, et ses erreurs nombreuses lui enlèvent beaucoup de l'autorité qu'on réclame souvent pour lui. Parmi les sources françaises c'est surtout sur la narration du Religieux de Saint-Denys que s'appuie notre auteur. Les Foedera de Rymer et diverses chroniques récemment publiées dans les Scripîores Remm Anglïcamm forment le principal appoint à cette étude préliminaire. Les deux premiers chapitres contiennent le récit des négociations entamées 236 "'""" REVUE CRITIQUE par Sigismond d'Allemagne avec Charles VI et Henri V, à partir de 141 1. Par les traditions de sa famille, l'empereur était lié aux Valois. Son grand-père, Jean de Bohème, était mort à Crécy ; son père, Charles IV, avait été blessé dans la même bataille. La France n'avait point oublié ces services; c'est grâce surtout à la chevalerie française que Sigismond put essayer d'arrêter à Nicopolis, en 1399, le torrent de l'invasion musulmane. Il semblait donc devoir continuer à son tour les relations paternelles. En juin 14141! signait en effet un traité d'al- liance avec Charles VI et tous les princes français; mais en même temps ses intrigues pour une alliance directement hostile à la France avaient commencé déjà par l'intermédiaire d'un envoyé du roi d'Angleterre, Hartung van Clux. Quelle était la raison d'une duplicité pareille? M. L. pense qu'il songeait peut- être à profiter du démembrement de la France, attendu des victoires de Henri V, pour obtenir le royaume d'Arélat dont ses prédécesseurs avaient porté la couronne (p. 57). Peut-être aussi ne se laissa-t-il entraîner que peu à peu à trahir ses premières promesses ' . Le traité que nous citions plus haut est de 1 4 1 4 ; mais ce n'est qu'après Azincourt que Sigismond poussa jusqu'à Paris, dans le cours de son voyage, officiellement entrepris pour rétablir la paix générale dans la chrétienté, à la demande du concile de Constance. Il y vit naturellement les affaires de notre pays dans le plus grand désarroi, et lorsqu'il eut passé la mer, Henri V lui représenta sans doute le profit qu'il aurait à s'allier au vainqueur. C'est alors que l'empereur signa avec lui le traité de Cantorbéry, en août 141 6, par lequel les deux monarques se liguaient contre la France ^ En effet, Sigis- mond, de retour à Constance en avril 1417, déclarait la guerre à Charles VI. Mais il ne prit aucune part sérieuse à la lutte entre la France et l'Angleterre, les troubles des Hussites ayant éclaté bientôt, absorbant toute son attention et toutes ses ressources. En réalité cette alliance anglo-germanique ne porta de fruits que sur le terrain ecclésiastique, à Constance même, en déplaçant la majorité du concile. Jusqu'alors les Français, les -Allemands et les Anglais avaient travaillé de concert à réformer les abus de l'Église et de la papauté. M. L. montre en détail et non sans arguments sérieux, ce me semble, que depuis le moment de la coalition des deux souverains la nation française au concile passa du côté des Italiens et des Espagnols, et par esprit d'opposition patriotique (mal entendu, sans doute) empêcha les réformes désirées de s'accomplir. Le seul résultat pratique du traité de Cantorbéry fut donc de détruire les espérances fondées par la chrétienté sur la grande assemblée œcuménique de 1414. Les deux alliés parvinrent aussi à empêcher l'exaltation au saint-siége du cardinal Pierre d'Ailly, qui jusque-là semblait avoir le plus de chances, et ils réussirent à faire nommer, grâce au concours des Italiens, Othon de Colonna qui prit le 1 . Pour ma part', le caractère bien connu de Sigismond me fait pencher vers cette seconde alternative. 2. M. L. me semble écarter avec raison la tradition historique, consignée par certams chroniqueurs, qui nous représentent Sigismond signant ce traité par peur, privé des moyens de quitter librement l'Angleterre, puisque le comte de Hollande était parti, emmenant les vaisseaux qui avaient escorté l'empereur. d'histoire et de littérature. 2J7 nom de Martin V. Mais ce fut une singulière victoire , où les antipathies natio- nales l'emportèrent encore une fois sur les opinions ecclésiastiques, puisqu'en définitive ils combattaient dans cette élection les principes qu'ils avaient soutenus tout d'abord. C'est la combinaison de ces deux séries de faits, peu étudiés dans leur en- semble par les nombreux historiens du concile de Constance, qui donne à l'étude de M. L. un intérêt particulier. Autant qu'on peut asseoir un jugement sur les documents bien clair-semés dont nous disposons jusqu'à ce jour, je ne vois point quelles objections on pourrait faire à ces développements historiques. Çà et là l'auteur est forcément entré dans le domaine de l'hypothèse, mais on doit dire, .à sa décharge, qu'au moins, chez lui, l'hypothèse est toujours plausible '. Rod. Reuss. 71. — Les Souspirs d'Olivier de Magny, texte original, avec notice par E. Courbet. Paris, Lemerre. 1874. In- 12 écu (sur papier de Hollande) de xxiij-i2j. p. — Prix : 5 fr. ;j!b>a W i ,1 jî) .ki!f;5i;^t)i?p.é^(ttfO Ce délicieux petit volume met un critique dans un grand embarras : On a beau l'examiner de près, de très-près, et même avec une loupe des plus grossissantes; on n'y découvre aucune tache. Admirablement imprimé par Perrin, le recueil de 1874 reproduit avec une exactitude minutieuse le recueil de 1 557. Rien ne différencie les 176 sonnets publiés par Vincent Sertenas des 176 sonnets publiés par M. Lemerre, et il semble que M. Courbet se soit dit : Tu n'ajouteras ni ôteras un iota. La notice dont cet habile érudit a fait précéder les Souspirs n'est pas moins irréprochable que le texte. Ce texte y est analysé et apprécié avec goût, avec justesse, avec sobriété. M. C. s'élève tout d'abord contre l'opinion de ceux qui, sur la foi du titre, ont cru que les Souspirs sont « un recueil de plaintes sen- » timentales, de lamentations amoureuses. » Non, 01. de Magny n'est point, dans ce livre, un tourtereau qui nous fait entendre de monotones roucoulements : c'est bien plutôt un pinson au chant joyeux, volant de branche en branche, en- traîné un peu partout par sa vivacité. « Il allait, » dit (p. x) M. C, « droit » devant lui, s'exprimant en liberté sur tout ce qu'il sentait comme sur tout ce » qu'il voyait, tantôt poussé par l'amour, tantôt emporté par la satires » On lira avec intérêt les détails que contient la Notice sur le séjour du poète à Rome (i 5 54-1 5 57), séjour pendant lequel il composa les Souspirs, pleins de renseigne- ments précieux relatifs à l'Italie; sur ses relations avec son compatriote et pre- mier protecteur, Hugues Salel, abbé de Saint-Chéron , le traducteur de Viliade, et avec son second protecteur, Jean de Saint-Marcel, seigneur d'Avanson, 1. Je voudrais seulement que M. L. nous donnât un peu plus souvent les citations des textes sur lesquels il s'appuie. Quand on aborde un terrain aussi mouvant et qu'on le par- court le premier, de nomljreux renvois sont absolument nécessaires. 2. Rapprochons de ce passage les conclusions de la Notice (p. xxiij) : « Les Souspirs » constituent un livre éminemment curieux. L'auteur porté par nature à une excessive » liberté, n'a subi aucune contrainte. Il s'est abandonné à tous les caprices de son inspi- ration, sans gâter son œuvre, qui n'offre pas moins de beautés que de bizarreries. » «.•^S ' '^ REVUE CRITIQUE « maistre des requestes de la maison du Roi et le Mécène de ce temps-là ' ; » sur les événements politiques auxquels fut mêlé le secrétaire de cet ambassadeur à Rome, événements dont on retrouve l'histoire dans les transparentes allusions de ses vers; enfin sur ses amours avec Louise Labé, amours entrevues par M. Turquety, admises par M. Sainte-Beuve, et qui, grâce aux ingénieuses recherches de M. C, paraissent aussi certaines que peuvent l'être jamais, à la distance où nous en sommes, des choses de ce genre. Le soin avec lequel toute la notice est rédigée donne d'avance la plus favorable idée de ce «Glossaire index » où seront présentées dans un ordre régulier les notes de toute nature qu'un » ouvrage en un seul volume comporterait logiquement à sa suite ^, » travail qui doit accompagner le volume des Amours, dont la publication suivra celle des Odes. Que M. C, encouragé par le succès de son édition des Gayeîezi et par le succès non moins rapide réservé à son édition des Souspirs , mette bientôt dans nos mains les deux autres recueils de Magny I Tous les vrais lettrés sont impa- tients de posséder, en une si fidèle et si ravissante édition, la série des œuvres complètes de l'ami de J . Du Bellay, et cette impatience n'est pas moins provo- quée par la fine érudition du commentateur que par le gracieux talent du poète. T. DE L. SOCIÉTÉS SAVANTES. ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. Séance du i avril 1875. Le ministre de l'instruction publique transmet à l'académie un décret qui approuve l'élection de M. Ernest Desjardins. M. Desjardins est introduit et prend place. Le ministre envoie encore : 1° Une lettre de M. Albert Dumont qui donne des détails sur les travaux des membres de l'école archéologique placée sous sa direction à Rome; ,, 2° Une notice sur les statues récemment découvertes à Aptéra en Crète, écrite par le gérant du consulat de France à la Canée, et transmise par le mi- nistère des affaires étrangères. M. Dumas, secrétaire perpétuel de l'académie des sciences, envoie un exemplaire du fac simile d'un document relatif à la découverte de l'Australie par les Portugais, dont plusieurs exemplaires lui ont été adressés par le ministre du Portugal. 1. Pourquoi le Mklne? c'est bien exclusif. Un des Médnes aurait suffi. M. C. le sait aussi bien que personne, le cardinal d'Armagnac et le cardinal deTournon, pour ne nommer que ces deux personnages, partagèrent avec d'Avanson la gloire de combler de bienfaits les poètes, les savants et les artistes. 2. Les Gayetez d'Olivier de Magny, 1871. Avertissement, p. vij. 1-^ O r l_i JZ/ LJ rvo Philippe le Solitaire, publié dans le texte pour la première fois, d'après six mss. de la Bibliothèque nationale, par l'abbé E. Auvray, licenciées-lettres. 5 fr. 75 COLLECTION PHILOLOGIQUE (ANCIENNE SÉRIE) ^e FASCICULE. t-i • Iv 1 1 1 Ci r\ Les noms de famille. 3 fr. 50 9' En distribution : . Le i" numéro 1875 de la Romania. •^'^^^PÉRIODIQUES!'^^'^' Il t The Academy, N* 1 51, new séries, 27 mars. Owen Legge, Pius IX : the Story of his Life. London, Chapman and Hall (G. A. Simcox). — Chaucer, The Prioresses Taie, Sire Thopas, The Monkes Taie, The Clerkes Taies, etc. Ed. by W. W. Skeat. Oxford, Clarendon Press (F. J. Furnivall : édité magis- tralement; excellente introduction). — Yeatman, An Introduction to the Study of Early English History. London, Longmans and Co. (Geo. F. Warner : amas d'absurdités). — Some tracts on Education (notes de l'éditeur). — Notes and News (on signale un fait curieux : une grammaire grecque écrite en hindi paraît dans l'Inde sous le titre de Yavan bhâshâka Vyâkarana). — Notes of Travel. — Paris Letter (G. Monod : passe en revue les plus récentes publications philo- sophiques). — Correspondence. The Indian Affmities of the Gipsies (Richard F. BuRTON, à propos de la brochure de M. de Goeje sur les Tsiganes, repro- duit quelques passages de son propre ouvrage : Sindh and the Races that Inhabit the Valley of the Indus, London, Allen 1851, où il discutait les mêmes questions dont s'occupe la brochure de M. de Goeje; M. Burton ajoute modestement qu'il n'est pas étonné que ses humbles travaux aient échappé aux savants ; mais il espère qu'on voudra bien ressusciter en cette occasion son ouvrage oublié et enterré; nous sommes heureux de nous faire l'écho de ce vœu d^autant plus légitime que la lettre de M. Burton est pleine d'intérêt). — Spenser's Last Lines (F. J. Furnivall). — - The Word « Fye-Marîen » (F. G. Fleay). — Sayce, The Principles of Comparative Philology. London, Trûbner (J. Rhys : l'auteur fait un procès de tendance à la Grammaire comparative officielle). — Meetings of Societies (Soc. de numismatique et de philologie). — The Esquiline and Palatine Hills (C. I. Hemans). The Athenœum, N" 2474, 27 mars. Sir Travers Twiss, The Black Book of Admiralty, Vol. III. Longmans and Co. — Myers, Remains of Lost Empires. Sampson Low and Co. (récit attrayant d'un rapide voyage de Palmyre à Kasch- mir). — MyETZNER, An English Grammar. Transi, from the German by Clair James Grèce. 3 vols. Murray (on constate qu'aucune grammaire écrite en An- gleterre ne peut soutenir la comparaison avec cette œuvre d'un étranger). — Calcoen, A Dutch Narrative of the second voyage of Vasco da Gama to Calicut. Printed at Antwerp circa 1 504. With Introd. and Transi, by Berjeau. Pickering. Our Library Table (note favorable sur le Jules Michelet de M. Monod). — Notes ou Stillingîleet, by S. T. Coleridge. — Literary Gossip. — The Art of Travel. — Dolmen-Mounds of the Boyne (S. P. Oliver). — Societies (Soc. de géogra- phie, de numismatique, de philologie). — Frœhner, Les Musées de France. Paris, Rothschild. — Schliemann's « Troy ». — Michael Angelo. — Miscellanea. Herod's Temple (Samuel Sharpe. Literarisches Centralblatt, N" '.4, 3 avril. Giesebrecht, Geschichte der deutschen Kaiserzeit. 4. Bd. 2. Abth. Braunschweig, Schwetschke. In -8°, xx- 309 p. (suite des Staufer und Welfen, cf. Rev. crit., I, 233, pour la i""' partie). — Jaffé et Wattenbach , Ecclesiae metropolitanae Coloniensis codices mss. descripti. Berlin, Weidmann. In-B", x-i66 p. (travail magistral). — Roscher, Geschichte der Nationalœkonomik in Deutschland. Mùnchen, Oldenbourg. In-8°, !o8) p. (cet important ouvrage forme le 14" vol. de l'Histoire des sciences en Allemagne). — Curiosités de voyages en Alsace (cf. Rev. crit. 1875, I, 181). — Bastelberger, Dîe militârischen Reformen unter Mahmud II. Gotha, Perthes. In-8", 208 p. (recommandable). — Gertz, Studia critica in 4. Annaei Senecae dialogos (cf. Rev. crit., 187$, p. 68). — Kilian, Die Théorie der Halbvocale. Strassburg, Trûbner. In-8°, i8 p. (sans valeur). — Lenormant, Choix de textes cunéiformes. 1.-3. fasc. Paris, Maisonneuve. In-4°, 172 p. (très-fautif). REVUE CRITIQ^UE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE N* 16 — 17 Avril — 1875 Sommaire : 72. VAryabhattya, p. p. Kern. — 73. Hehn, Introduction en Europe des Plantes cultivées et des Animaux domestiques, 2' éd. — 74. Teuffel, Histoire de la littérature romaine. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions. 72. — The Aryabhatîya , with the Commentary Bhafadîpikâ of Paramâdîçvara, edited by D' H. Kern. Leiden, E. J. Brill. 1874. Gr. in-4", xij-107 p. — Prix : 10 fr. 50. Les premières informations positives concernant Aryabha/a sont dues, comme tant d'autres, à Colebrooke (As. Res. XII, Calcutta 1816 et Algebra... of Brahmagupta and Bhâskara, London 1817). Malgré leur insuffisance et leur état fragmentaire, ces renseignements furent aussitôt accueillis avec un vif inté- rêt. Ce n'était pas en effet une donnée de médiocre importance pour l'histoire des sciences mathématiques, que l'existence avérée et nullement légendaire d'un astronome indien qui, dès les premiers siècles de notre ère et encore plus tôt peut-être, avait présenté un système scientifique du monde, système en appa- rence original, dans lequel les révolutions célestes étaient évaluées avec une exactitude surprenante et où se trouvaient enseignés la précession des équinoxes et le mouvement de la terre autour de son axe. Malheureusement Colebrooke n'avait point eu accès à l'œuvre même d'Aryabha/a, qu'il ne connaissait que par l'intermédiaire des écrivains postérieurs. Aussi toutes ses assertions ne sont-elles pas également fondées, et le fait, pour nous capital, que cette œuvre est rigou- reusement datée, lui avait-il échappé. Ses autorités, que des indications de ce genre ont toujours médiocrement intéressées, s'étaient bien gardées de relever celles-ci et, d'autre part, parmi les données numériques du système qu'il avait pu recueillir, il ne s'en trouvait pas qui fussent de nature à lui fournir une détermi- nation chronologique. En général, les données impliquant une date, telles que seraient par exemple les éléments d'une éclipse, sont très-rares, si tant est qu'il s'en trouve, dans les écrits astronomiques des Indiens. On n'y rencontre que des mesures angulaires dont on ne peut tirer que des conclusions peu précises, parce que ces mesures sont souvent inexactes, l'erreur pouvant aller jusqu'à plusieurs degrés, et qu'elles se rapportent en outre à des mouvements révolutifs la plupart d'une extrême lenteur. C'est ainsi que l'âge de compilations volumineuses et remplies de détails, telles que le Sûrya-siddhânta, n'a pu encore être déterminé que d'une façon tout approximative, et il n'en serait pas autrement de l'ouvrage d'Aryabha/a, si l'auteur n'avait pas eu soin de nous indiquer lui-même l'année de sa naissance et celle aussi, selon toute apparence, à laquelle il entendait rap- porter son traité. En dehors de cette donnée, je ne vois, en effet, dans tout le livre, qu'une seule indication explicite qui permette d'en déterminer approxima- XV i6 tivement l'époque : la valeur qu'on y donne pour la longitude de l'apogée du soleil estimée égale à 78". Grâce à la date fournie par l'auteur lui-même, nous voyons que cette valeur, qui correspondrait à 549 ap. J.-C. est trop forte d'en- viron 50' et qu'elle implique une erreur en plus d'une cinquantaine d'années. Mais sans le secours de la date, même en ne supposant pas l'erreur plus grande (et elle aurait pu l'être) qu'elle n'est en réalité, il est évident que nous ne sau- rions pas en quel sens la prendre, et que la détermination déduite de cette donnée resterait ainsi flottante en deçà ou au-delà de $49 dans la limite d'un siècle. Cette date qui tranche la question et qui était restée inconnue à Colebrooke fut produite plus tard par M. Wish, et avec plus de précision et d'autorité par M. Bhau Dadji (J. of the Roy. As. Soc. 1864). De nouveaux renseignements furent également ajoutés à ceux qu'on possédait déjà par MM. Fitz-Edward Hall et Kern. Mais il suffit de jeter un regard sur la notice que M. Lassen, qui disposait cependant de toutes ces sources d'information^ a consacrée à Aryabhafa dans la 2*^ édition de son Indische Alterthumskunde, II, 1147, pour voir combien il restait encore de points obscurs même pour les savants le mieux en position d'être bien renseignés. Fallait-il admettre un seul auteur de ce nom ? Fallait-il en admettre deux ou même trois? Et comment devait-on répartir entre les homonymes les écrits qui ont été transmis avec cette attribution î A ces questions et à d'autres encore, il n'y avait de réponse à faire qu'à la condition d'avoir les textes. C'est donc un service de premier ordre que l'éditeur et le traducteur de Varâha-Mihira vient de rendre à cette branche des études indiennes, en publiant celui de ces textes que son contenu, ainsi que la tradition, oblige de reconnaître comme le plus ancien et le seul authentique, Aryabhafa se nomme lui-même en deux qndroits de son ouvragé : la première fois dans l'une des deux stances d'introduction à la Daçagîîikâ, stances dont rien ne nous autorise à suspecter l'authenticité, bien qu'elles ne soient pas comptées, aussi peu que la stance finale, au nombre des sûtras de cette section ; la deu- xième fois dans la première stance de la deuxième section. IV, 50 le traité est appelé VAryabhatîya, et c'est aussi le seul titre que semble reconnaître le com- mentaire. II, I nous montre l'auteur fixé à Kusumapura, c'est-à-dire Pâ/ali- putra sur le Gange; enfin III, 10 il nous apprend qu'après l'an j6oo du Kaliyuga (== 498 ap. J.-C.) révolu, « 23 années s'étaient écoulées depuis sa naissance. » On peut donc admettre le commencement de l'année 499, sinon pour la date même de la rédaction du traité, comme le veut le commentaire, du moins pour le point de départ des calculs rétrospectifs sur lesquels il est fondé. Dans la tradition indienne (vid. Préface, p. X), Aryabha/a passe pour avoir été un réformateur, dans la mesure du moins dans laquelle on y conçoit un pareil rôle à l'égard d'une science tenue pour immuable et révélée ; et le fait en lui-même n'a rien d'improbable, bien qu'à la lecture de l'ouvrage il n'y paraisse guère>, Irt^i polémique,, qui semble inséparable des nouveautés, et qui a su se faire sa place jusque dan^ les oeuvres les plus sèches et les plus décharnées de, la littérature sanscrite, n'a pas laissé de traces dans celle-ci. L'auteur ne se d'histoire et de littérature. 24J réclame de personne, ne cite aucune autorité, soit pour s'en prévaloir, soit pour la combattre. S'il termine en vouant à l'enfer ceux qui s'aviseraient de faire opposition à son livre, c'est que ce livre contient « la doctrine éternelle, » révélée jadis par Brahmâ ' » IV, 50. S'il déclare que c'est « par faveur spé- » ciale de la divinité qu'il a pu, monté sur la nef de son intelligence, retirer cet « excellent joyau de vraie doctrine du sein de l'océan de la science absolue » IV, 49, il se charge lui-même d'interpréter ces paroles infiniment moins empha- tiques en sanscrit qu'en français, en nous prévenant ailleurs qu'il va « exposer » la science tenue en honneur à Kusumapura » II, i . Peut-être y a-t-il toutefois dans ce dernier passage une allusion à des rivalités d'écoles. Il ressort en effet de l'usage que fait Aryabhafa du méridien d'Ujjayinî, que cette ville était dès lors le principal siège de la science astronomique. Toute cette époque, du reste, fut pour cette étude une période de singulière activité. La littérature des Siddhânta était alors en pleine élaboration, et un intervalle de moins d'un siècle voyait paraître les écrits d'Aryabha/a, de Varâha-Mihira et la dernière rédaction du Sûrya-Siddhânta. Il est d'autant plus étonnant qu'Aryabhafa, qui fait si souvent bande à part, ait pu garder dans tout le reste de son traité un ton aussi impersonnel. La nouveauté même à laquelle son nom demeure attaché et qu'on est le plus tenté de regarder comme son bien propre, le mouvement diurne de la terre, est énoncée sans apprêts et comme une vérité courante. L'impression produite est d'un manuel résumant une tradition ancienne et bien assise, et nullement du manifeste d'une école nouvelle. Comme la plupart des ouvrages de ce genre, le traité est rédigé en vers, mais sans aucun des ornements plus ou moins poétiques qui encombrent par exemple certaines parties de la Brihat-Sa/nhitâ et du Sûrya-Siddhânta. Comparé à ce dernier surtout enchâssé dans son cadre mythologique qui rappelle celui des Purâ/zas, il se comporte exactement comme un Dharma-Sûtra, celui d'Apas- tamba, par exemple, vis-à-vis du Code de Manu. Par contre, la plupart de ces vers sont d'une extrême concision. Ainsi les règles de l'extraction des racines carrée et cubique, avec l'indication de toutes les opérations essentielles, sont renfermées chacune en un seul distique, et en un seul aussi se trouve condensée l'exposition de tout un système très-compliqué de numération syllabique. Le Sûtra^, II, 19 ne contient pas moins de quatre règles distinctes enlacées pour ainsi dire les unes dans les autres et qu'on ne peut en dégager qu'en soumettant successivement le distique à quatre constructions différentes. Aussi beaucoup de ces stances seraient-elles inintelligibles sans le secours du commentaire J. Par bonheur celui-ci est excellent, surtout pour la section mathématique. Dans les autres parties, il est quelquefois moins heureux; par exemple I, i et IV, 9, où il fait violence au texte et au sens commun pour faire dire à Aryabha/a que la 1 . Le commentaire conclut de là ainsi que de l'invocation à Brahmâ par laquelle débute l'ouvrage, quS\ryabhaîa reconnaît pour son autorité le Brahma-Siddhdnta. 2. Le commentaire qualifie ainsi les distiques du texte. L'auteur s'est lui-même servi de ce terme, mais dans le sens propre de « collection de règles. » I, 1 1, il appelle toute la I" section Daçagîtikâsûtra, « le sûtra des 10 stances. » 3 . Il en est d'autres qui paraissent parfaitement claires, mais qui conduiraient à d'étranges i^ «-SM. REVUE CRITIQUE terre est immobile ; ou IV, 5, quand il avance que Mercure et Vénus, bien qu'étant des planètes inférieures, n'ont pas de phases comme la lune, mais que, par suite de leur proximité du soleil, et de la grandeur de celui-ci, leur disque reste toujours éclairé. Il faudrait traduire cette explication bien largement pour la réconcilier avec la géométrie. Le reproche toutefois qu'on serait le plustenté^v mais aussi, en raison du caractère spécial de la littérature scientifique des Indiens/ le moins en droit de lui faire, c'est qu'il se borne à interpréter son texte sans, au fond, l'éclairer suffisamment. Aryabhafa énonce et prescrit, mais il ne démontre pas. Son traité est une suite de résultats sans justification, et de recettes sans théorie. Le mal à cela n'est pas grand pour la partie purement mathématique, la façon seule de poser la question ou d'en indiquer la solution, étant presque toujours un indice suffisant de la méthode. Mais pour les données astronomiques il n'en est pas de même, et là, le plus intéressant serait précisément de savoir comment il y est arrivé. Il ne le dit pas, et le commentaire, sans doute pour de bonnes raisons, ne nous en apprend pas plus que lui. L'auteur de ce commen- taire, Paramâuîçvara, n'est pas autrement connu. Il nous apprend lui-même dans l'introduction qu'il a commenté la Lîlâvatî et d'autres écrits de Bhâskara, ainsi que deux traités intitulés Mânasa et dont l'un est qualifié de Laghu. Il cite le Sûrya-Siddhânta, Varâha-Mihira, Lalla, la Lîlâvatî, Brahmagupta, un commen- taire de l'Aryabha/iya antérieur au sien, la Prakâçikâ de Sùryadeva ', et une SiddhântadîpJkâ qui est probablement son propre commentaire sur l'œuvre de Bhâskara {p. 26, ^i, 86). La science astronomique pour Aryabhafa se divise en trois branches, ganita ou le calcul, kâlakriyâ ou la connaissance des temps, et gola ou la théorie de la sphère ^ (stance d'introduction). A ces trois parties correspondent les sections méprises, si on les prenait au mot. Le sûtra I, 10, après avoir énuméré 24 nombres, 225, 224, 222, 219 37, 22, 7, ajoute : « ce sont là les sinus des kalâs (ou les sinus » en kalâs). » Il semble que si ces mots ont un sens, ce doit être celui que les nombres donnés sont les valeurs des sinus. Kalâ, il est vrai, est obscur : il a ici la signification de minute d'arc; mais il pourrait en avoir d'autres, par exemple celle d'une partie quel- conque, soit d'un arc, soit du rayon. Qu'on ne se rappelle pas dans le moment la table toute semblable dont la construction est enseignée dans le S(!lrya-Siddhânta, ou qu'on néglige 2 lignes du commentaire, et on sera naturellement amené à voir dans les nombres énoncés les sinus exprimés en parties du rayon pour 24 subdivisions du quart de cercle, le rayon étant égal à 225. On n'irait pas bien loin, il est vrai, sans s'apercevoir qu'on est fourvoyé; mais, sans autre guide que le texte, on chercherait peut-être longtemps avant de trouver le bon chemin. En réalité ces 24 sinus sont exprimés en minutes d'arc, desquels le rayon contient 3438, et les nombres énoncés donnent, non pas la valeur de ces sinus, mais celle de l'excès de chaque sinus sur le sinus précédent. On obtient ainsi une table des sinus de 225' en 225' fort exactement calculée, si on tient compte de l'ha- bitude des Indiens de négliger les tractions. 1. M. Kern en a publié l'introduction dans sa Préface. 2. Ces divisions sont quelquefois établies autrement, mais le principe même d'une divi- sion ternaire est resté d'usage courant. Triskandhàrthajna « celui qui connaît les 3 sections » est presque synonyme d'astronome. — Aryabhafa s'est renfermé strictement dans les li- mites indiquées ci-dessus. L'astrologie ou Hord, qui occupe une si grande place dans d'autres ouvrages, est restée tout à fait en dehors de son traité. Mais il la connaissait, puisqu'il en a donné une des règles fondamentales , celle qui détermine pour chaque jour de la semaine et pour chaque heure du jour la planète qui les régit, III, 16. d'histoire et de littérature. 245 II, III et IV de son traité qui, réunies, forment en quelque sorte un tout à part, souvent désigné, à cause de ses 108 distiques, sous le titre d^AryâshXaçata. En tête et comme la base de l'ouvrage, se place la section I ou Daçagîtikâsâîra, qui contient les données numériques du système du monde. Que ces deux parties aient formé dans la pensée même de l'auteur deux ensembles plus ou moins distincts, cela est très-probable, puisqu'elles ont chacune son introduction et son post-scriptum, et que le système particulier de numération syllabique employé dans la première, ne reparaît pas dans la seconde. Mais là s'arrêtent les diver- gences. Colebrooke, il est vrai, a supposé que ces deux parties exposaient deux systèmes astronomiques différents {Mise. Ess. II, 378 et 474). Mais je ne retrouve pas dans le texte les contradictions qu'il mentionne sur la foi de ses autorités. Le commentateur ne paraît pas les avoir aperçues non plus. Il se contente de prêter à l'auteur quelques sous-entendus, et il déclare, d'accord en ceci avec Lalla, lequel passe pour avoir été un disciple d'Aryabhaîa, que celui- ci, en spécifiant l'année 499 dans VAryâshtaçaîa, a voulu signifier que les mou- vements moyens calculés à l'aide des nombres donnés dans la Daçagîtikâ fournissaient des positions vraies pour cette année-là. L'assertion, prise à la lettre, est sujette à caution ; elle exclut cependant de grosses divergences théori- ques, et de fait, les deux parties de l'ouvrage, dans quelques circonstances d'ailleurs qu'elles aient été composées, semblent bien ne présenter qu'une seule et même doctrine. A plus forte raison est-il impossible d'admettre la supposition de M. Lassen d'après laquelle la Daçagîtikâ serait l'œuvre d'un Aryabhaïa antérieur de deux ou trois siècles et mentionné dès le milieu du iv^ par les chroniqueurs byzantins sous le nom d'Andubarios. La valeur de 78° donnée à la longitude de l'apogée du soleil impliquerait dans ce cas une erreur beaucoup trop forte, même pour un observateur indien. Quel qu'ait pu être par conséquent l'original de l'An- dubarios du Chronicon Paschale, on peut affirmer qu'il n'a rien à faire ici et que, jusqu'à nouvel ordre, nous devons nous borner à distinguer deux Arya- bha?a, l'auteur des deux parties du présent traité, et l'homonyme ou le pseudo- nyme postérieur à qui M. Kern a attribué ailleurs le Mahâ-Siddhânta. \ Ce ne saurait être ici mon but de donner une analyse détaillée de l'Aryabha- rîya : j'essaierai cependant, autant que le comporte le cadre de la Revue, d'en indiquer les points principaux, en commençant par la Daçagîtikâ. Les données des révolutions sidérales du soleil, de la lune, des planètes, des apsides et des nœuds lunaires sont exprimées chez Aryabha/a comme ailleurs par des chiffres représentant le nombre de ces révolutions accomplies durant le cours d'un yuga ' (I, 1. 2). Ce yuga qui diffère sensiblement de celui qu'on I . J|ai déjà eu l'occasion (Rev. ait. du 21 mars 1874) de toucher à quelques-unes des questions que soulève l'usage de ces grandes périodes, et je n'y reviendrai pas ici. — Par yuga, Aryabhaia entend la période complète du mahd- ou catur-yuga. III, 12, il l'appelle « yuga des dieux. « 1008 yugas, correspondant à 72 règnes de Manu, font un jour de Brahmâ (I, j. III, 8). Le yuga se compose de 4 âges d'égale durée (I, j. III, 10), et se partage en 2 moitiés, \'Ulsarpim et VAvasarpinî; la partie mitoyenne est dite Sushamd, les 2 extrémités sont les Dushshamâ (III, 9. Paramâdîçvara n'explique pas cette stance dont la terminologie est celle des Jainas). Le yuga a commencé le i" de Caitra, un mer- 246 <»»<-^. REVUE CRITIQUE -??f^*:<^ trouve chez d'autres autorités, comprend le nombre ordinaire d'années sidérales solaires (4,320,000), mais celles-ci renferment un nombre de jours différent. La terre est censée en effet accomplir durant cette période 1,582,237,500 révolu- tions diurnes, ce qui donne 1,577,917,500 jours dans un yuga et, pour la durée de l'année sidérale solaire, le chiffre particulier de 565 j. 6 h. 12'" 3o^ Les valeurs qu'on obtient pour la durée des autres révolutions, présentent natu- rellement des différences analogues. Tous ces chiffres du reste sont donnés sans aucune indication quant à leur origine. Il est donc inutile de s'y arrêter plus longuement. On ne pourra les discuter avec fruit que lorsqu'on possédera tous les monuments de l'ancienne astronomie indienne, et aussi qu'on aura dépouillé plus complètement les restes des vieilles archives de la Chaldée. Je remarquerai seulement que, si on compare ces données avec celles du Sûrya-Siddhânta et avec celles qu'on peut regarder jusqu'à présent comme la source des unes et des autres, les évaluations d'Hipparque, on trouve que sept fois sur neuf Aryabhafa exagère l'écart qui s'observe entre le traité indien et l'astronome grec, et cela quel que soit le sens de cet écart. Il lui arrive ainsi trois fois d'être plus exact que l'un et l'autre, trois fois par contre de l'être moins, et une fois de l'être plus qu'Hipparque mais moins que le Sûrya-Siddhânta. Une seule fois, pour Jupiter, il s'écarte d'Hipparque en sens inverse du Sûrya-Siddhânta, pour tomber moins juste que l'un et l'autre. Pour la révolution de Vénus, l'écart chez lui est moindre, tout en ayant lieu dans le même sens. Mais ce cas est d'une nature particulière, le Siddhânta présentant ici une erreur assez forte qui semble trahir un emprunt maladroit et résulter d'un chiffre lu de travers. Aryabhafa n'a pas commis cette erreur et, en même temps, son résultat est plus exact que celui de l'astronome grec. De ce rapprochement il semble ressortir d'abord, que la part de la véritable observation dans ces divergences doit avoir été bien modeste et qu'elle s'est probablement réduite à l'introduction de changements arbitraires destinés à rétablir pour quelque temps l'accord entre les résultats du calcul et l'état actuel du ciel; en second lieu, que ces variations, malgré leur irrégularité apparente, semblent cependant être soumises à une certaine loi qui aidera peut- être un jour à en faire découvrir la filiation. Aryabha/a ne donne pas d'indication spéciale relativement aux positions des apsides et des nœuds de la lune. On devra les déduire, pour un moment donné, des nombres assignés aux révolutions de ces points dans le cours d'une yuga, en faisant les corrections nécessaires, et sachant qu'à l'origine de la période les longitudes du périgée et de l'un des nœuds (probablement le nœud ascendant; il ne dit pas lequel) étaient toutes les deux nulles •. Mais il donne directement credi, au moment du lever vrai pour le méridien de Lanka et de l'entrée du soleil dans le signe du Bélier (I, 2. III, 11). Le dernier quart, ou l'âge Kali dans lequel nous vivons, a commencé le lendemain du « Jeudi des Bhâratas » ou du départ de Yudhish/hira et de ses frères pour le ciel (î. 3). Le commencement du yuga a coïncidé avec une conjonction générale (I, 2); de là l'expression de « yuga commun des planètes » (III, 8); parce que, ajoute le commentaire, le soleil et toutes les planètes se trouvent alors réunis au point d'origine du zodiaque, ce qui dispense de tenir compte dans le calcul de leurs mouve- ments, des nombres entiers de yugas. i. Si Aryabhafa a réellement entendu rapporter son traité à l'an 499, et si l'assertion d'histoire et de littérature. 247 les loîîgitudêS de l'apogée et du nœud ascendant des planètes, ainsi que celle de l'apogée du soleil (I, 1). Ce fait seul autorise la supposition qu'il ignorait les mouvements de ces points. Et en effet, son traité ne contient aucune indication précise', aucune évaluation relative à leur déplacement, pas plus en ce qui concerne Saturne, pour l'apogée duquel Colebrooke lui fait admettre cinquante- quatre révolutions dans un kalpa, qu'en ce qui concerne les autres planètes. Quant aux équinoxes et aux solstices, il se contente de les rapporter aux divi- sions du zodiaque (IV, i); mais je ne vois nulle part qu'il ait éprouvé le besoin d'en déterminer la position sidérale, ou d'en évaluer le mouvement. En particu- lier je ne retrouve pas dans le traité le passage cité par Colebrooke {Misc^ Ess. U; 378) comme tiré de l'Aryâsh/açata, et dans lequel il serait question d'un déplacement libratoire de l'écliptique. Il n'est donc nullement démontré qu'Aryabhafa n'ait pas regardé ce cercle comme fixe. Il y a au contraire tout lieu de croire qu'en faisant coïncider au commencement du yuga l'équinoxe vernal avec le premier du Caitra (ce qui suppose le soleil dans la constellation des Poissons), il entendait donner une fois pour toutes une indication valable pour toute la durée de la période, et que dans sa pensée, les années qui commencent avec ce mois avaient de tout temps commencé aux environs de l'équinoxe, sans autre variation que celle qu'entraînait la nature même du mois mobile de Caitra. Il semble donc qu'on se soit trop hâté en lui attribuant la connaissance de la précession ou du moins d'une libration des points équinoxiaux. — L'inclinaison de l'écliptique sur l'équateur est évaluée par lui à 24° avec une erreur de 22' (1, 6). Pour l'obliquité des orbites planétaires, l'erreur est parfois encore plus forte, de 5'' par exemple pour Mercure, I, 4 et 5 donnent la circonférence des orbites du soleil, de la lune et des planètes, ainsi que les diamètres de ces astres et celui de la terre. Ce dernier est de )o^o yojanas, le yojana étant de 8000 hauteurs d'homme de 4 hastas ou coudées chacune. Cette mesure est en tous les cas notablement trop forte 2 ; elle n'en est pas moins remarquable pour un peuple qui logeait le pôle immédia- • tement derrière l'Himalaya. Est-elle de provenance indigène ou étrangère ? Les Indiens savaient-ils tracer une méridienne et la mesurer ? Rien n'indique qu'ils aient possédé un réseau géodésique comparable même de loin à celui que possédaient les Grecs dès le temps d'Eratosthène, et l'erreur de 47' que com- du commentaire est fondée, que les positions moyennes calculées sont vraies pour cette année, on aurait pour la longitude du périgée au commencement du printemps 499, 3 5° 42' et pour celle de l'un des nœuds 352° 12'. Il serait intéressant de vérifier ces posi- tions. 1. J'ai quelque peine à accepter comme telle IV, 2 où il est dit que les nœuds des planètes et de la lune, ainsi que le soleil, se meuvent sur l'écliptique. En tous les cas Arya- bhafa n'a nulle part évalué ce mouvement, et je me demande si, l'ayant connu, il ne l'au- rait pas évalué coûte que coûte, comme l'ont fait tous les astronomes indiens, dont les chiffres à ce sujet sont de pure fantaisie. 2. Il serait intéressant de pouvoir la comparer avec celles qu'ont laissées les Grecs. Mal- heureusement les différentes espèces de stade ne sont guère mieux déterminées que le yo- jana. Dans le Sûrya-Siddhânta la hauteur d'homme est la mesure d'un homme debout, les bras levés. -■^■\i./rJ^,ti\::i':^bù^iiy>L^u\f;^^)i^i s.')iiLUknii 248 . 3 fl'"^'i REVUE CRITIQUE yN*'c met Aryabha^a dans l'évaluation de la latitude d'un lieu aussi important qu'Ujjayinî (22° ?o' d'après IV, 14), n'est pas faite pour inspirer une grande confiance en leur habileté pratique. Les mesures r.elatives à la lune suggèrent des questions semblables. En prenant le rayon de la terre pour unité, on trouve qu'Aryabhafa donne pour celui de la lune 0,3 au lieu de 0,27, et pour celui de l'orbite 65,48 au lieu de 60. Quant aux autres valeurs, il est plus facile de voir comment elles ont été obtenues : elles résultent de l'idée préconçue et chimé- rique que la vitesse est la même pour le soleil et pour toutes les planètes et que, par conséquent, les dimensions des orbites sont en raison directe de la durée des révolutions. De l'orbite se déduit ensuite le diamètre de l'astre. Celui du soleil est à celui de la terre comme 4,2 est à i ; ceux des planètes sont repré- sentés à plus forte raison par des chiffres de pure fantaisie, et tellement petits, que la plupart de ces astres seraient invisibles, même à la distance à laquelle l'auteur les place. Ce qui n'est pas dit, mais qu'il est permis de supposer, c'est que les dimensions du soleil, de la lune et de la terre ainsi que leurs distances respectives une fois obtenues, on les aura corrigées de façon à établir entre eux les rapports nécessaires à l'explication des éclipses. — I, 8 et 9 con- tiennent les données numériques relatives aux épicycles imaginés pour expliquer les irrégularités des mouvements des planètes et sur lesquels ces astres sont supposés se mouvoir uniformément (les excentricités des orbites sont données III, 18, 19). Enfin I, 10 fournit la table des sinus dont il a déjà été question. La II® section, ou ganitapâda, est purement mathématique. Elle comprend : la numération II, 2; la définition du carré et du cube numériques et géométri- ques; l'extraction des racines carrée et cubique, II, 3-5 ; la mesure des surfaces, polygones, cercle, sphère, II, 6-9; le rapport de la circonférence au diamètre représenté oar -^— * II, 10: la manière de calculer directement les sinus en ^ ' 20000 ' ' partant des côtés du carré et du triangle inscrits, II, 11; une méthode qui serait curieuse, si elle était juste, de calculer les éléments de la table donnée, I, 10. Cette méthode enseignée aussi dans le Sûrya-Siddhânta, aboutit à une erreur d'une unité en moins dès le 7® résultat, II, 12; la construction d'une figure donnée, II, 13; les relations des côtés du triangle rectangle appliquées aux lignes du gnomon et aux lignes trigonométriques (sinus, cosinus et flèches, les seules dont le traité fasse usage), II, 14-17; la détermination de la surface commune de deux cercles qui se pénètrent, ou des dimensions d'une éclipse, II, 18 ; les relations des éléments d'une progression arithmétique, II, 12, 20; la sommation de la série des nombres triangulaires et de celle des nombres carrés, sous une forme qui rappelle tout-à-fait le problème des piles de boulets de nos traités, II, 21-22; le développement du carré de la somme de deux 'nombres, II, 23; deux exemples de la solution de l'équation du 2^ degré, II, 24-25 ; la règle de trois, II, 26; le calcul des fractions et la réduction au même dénominateur, II, 27 ; la règle de la transposition des termes dans une équation, ^11, 28; trois problèmes du i*' degré à une et à plusieurs inconnues, entr'autres la détermination du moment de la prochaine et de la dernière conjonction de deux planètes, étant donnés les positions, les vitesses et le sens des mouvements, d'histoire et de LITTÉRAIURE. 249 II, 29-ji ; l'opération du kultâkâra ', ou la solution générale de l'équation indé- terminée du i^' degré ax-by ±: c = o. Cette solution, que les modernes n'ont retrouvée qu'au xvii^ siècle, est présentée ici pour le cas complexe où x doit satisfaire en outre à une 2^ équation a'x-b'y'±:c' = o. Les valeurs de x déduites de chaque équation séparément sont appelées les agras ou antécédents de la valeur définitive, et selon que l'opération est bornée à une équation ou qu'elle en embrasse deux, elle est dite niragra ou sàgra kultâkâra^ U, 5 2-? 3. ^ La IIP section, ou kâlakriyâpâda, s'occupe spécialement du comput. Elle traite de l'année et de ses subdivisions, du rapport des divisions du temps à celles du cercle, III, 1-2; des différentes espèces de temps, solaire, lunaire, sidéral; une mention spéciale est faite de l'année de Jupiter, III, 3-6; des yugas et de leurs divisions, III, 7-1 1 ; du rang des planètes dans l'espace et de l'ordre dans lequel elles président aux jours et aux heures de la semaine, III, 12-16; de la disposition des orbites vraies, excentriques à la terre, et des épicycles qu'elles supportent, III, 17-21; Delà réduction des positions moyennes aux positions vraies, III, 22-25. ' J^J^ àWKf^Qf^^:^^''^^lil^^(fi Dans la IV« et dernière section, ou golapâda, l'auteur expose enfin ce qui, d'après nos idées, eût été mieux placé au commencement. Il se décide à décrire cet univers qu'il a supputé jusqu'ici, à le figurer par des lignes et à indiquer sinon des méthodes précises d'observation, du moins quelques procédés géné- raux à Haide desquels on est parvenu soit à ordonner les aspects variés du ciel, soit à les représenter. U commence par tracer l'écliptique avec ses douze signes, sur lequel cheminent le soleil, les nœuds des planètes et l'ombre de la terre. Tous les astres, les étoiles comprises, sont des globes obscurs par eux-mêmes, qui empruntent leur éclat à la lumière du soleil. Au centre de leurs orbites et de l'espace, la terre est suspendue, massive et parfaitement arrondie, « semblable » au poteau autour duquel tournent les bœufs sur l'aire w (III, 1 5). Malgré sa solidité, elle subit l'action du temps : son diamètre s'accroît d'un yojana dans un jour de Brahmâ, et décroît d'autant la nuit suivante. Son immobilité, du reste, n'est que relative : elle tourne sur son axe, sans que ses habitants s'en aperçoi- vent : « comme le nautonier allant au fil de l'eau voit le rivage immobile fuir » en sens contraire, ainsi voit-on les étoiles immobiles traverser directement de » l'est à l'ouest le méridien à Lanka ^ « (IV, 9). Les deux pôles, où le jour — — — -^i 1. Cette expression n'est pas employée dans le texte même. Le commentaire s'en sert, un peu contre l'analogie, non pas pour désigner x, mais bien l'opération au moyen de laquelle on le détermine. 2. Le commentateur, qui soutient l'immobilité absolue de la terre, veut qu'on traduise la fin de ce passage « ainsi les étoiles qui traversent le méridien de l'Est à l'Ouest, s'ima- » ginent que la terre immobile se meut en sens contraire. » Mais il est évident qu'Arya- hhata. n'avait point à se soucier de l'illusion que peuvent se faire les étoiles. Ce passage n'est du reste pas le seul où il parle de la révolution diurne de la terre. Il la mentionne tout aussi nettement I, 1; et, sans parler d'autres indices, l'expression singulière de » conjonctions du soleil et de la terre » par laquelle il désigne III, 5, les levers du soleil, s'expliquerait difficilement dans l'autre hypothèse. Il est vrai que dans le vers suivant, IV, 10, il semble se dédire tout aussi nettement : « La sphère sidérale produit le lever » et le coucher, entraînée qu'elle est avec .toutes les planètes d'Orient en 0.çcidjÇ|i|^jpar 250 'f'»^^^"'' REVUE CRITIQUE et la nuit sont de six mois, sont marqués par le Meru qui est la résidence des dieux, et par la Bouche de la Cavale, entrée des enfers, près de laquelle séjour- nent les trépassés. Des deux hémisphères que ces points dominent, l'un est continental, l'autre est entièrement occupé par l'océan. Aux quadrants de l'équa- teur qui les sépare, sont placées les quatre cités fabuleuses de Lanka , de Siddhàpura, de Yavakoù et de Romaka. Sous le méridien de Lanka, qui est le premier méridien, se trouve Ujjayinî, IV, 1-17, '3î'î> î?^'' Ar-^; dm'. L'univers étant ainsi décrit, il s'agit de le figurer. Pour cela on construit une sphère composée de deux cercles verticaux se coupant à angle droit, et dont l'un représente le méridien, d'un cercle horizontal et d'un cercle horaire perpen- diculaire au méridien. Dans l'intérieur de cette première sphère, le commentaire en loge une deuxième dont le texte ne parle pas : celle-ci est mobile autour de son axe dont les pôles sont ceux du monde, et consiste en un cercle équatorial, en deux cercles figurant les colures et en un écliptique par les divisions duquel on pourra mener en outre un nombre voulu de parallèles diurnes. Ces cercles sont en bambou, et à certaines recommandations sur la manière de les monter que fait le commentateur, il n'est que trop visible qu'il était étranger aux pro- cédés de construction même les plus élémentaires. L'appareil ainsi disposé constitue une sphère armillaire bonne pour la démonstration, mais évidemment impropre à l'observation. Il n'en est pas tout-à-fait de même de deux autres cercles, l'un vertical, l'autre horizontal, et dont le centre est l'œil de l'observa- teur. i\ n'est pas dit si ces cercles sont indépendants ou s'ils font partie du pre- mier appareil, ni comment, dans ce dernier cas, ils doivent y être adaptés; maniés à part, ils constitueraient du moins un instrument rudimentaire pour déterminer la position des astres. Enfin la machine entière (ou une boule en bois placée au centre représentant la terre ? ou une boule quelconque tout-à-fait indé- pendante du premier appareil ?) devra être mue « proportionnellement au » temps, à l'aide de mercure, d'huile et d'eau », ce que le commentaire expli- que de la façon suivante : l'appareil est rendu mobile autour d'un axe horizontal fixé sur deux poteaux orientés nord-sud : dans les trous par lesquels s'engage l'axe on verse de l'huile : sur l'équateur, au point ouest, on plante une fiche de bois à laquelle on attache une corde qu'on enroule sur l'équateur en la passant d'abord en dessous et en la ramenant en dessus au point ouest : à l'extrémité libre de la corde on suspend une petite calebasse remplie de mercure : celle-ci vient flotter dans l'eau qui est contenue dans une tige creuse de bambou de hauteur égale à la longueur de la corde et au bas de laquelle on a percé un » le vent Pravaha. » Si ce vers est bien authentique, il faut admettre qu'après avoir établi l'état réel des choses, Aryabha^a est revenu au langage courant. Mais dans ce cas il faut admettre aussi que le vent Pravaha a une autre signification chez lui que dans la tradition, et que ce tourbillon, cause du lever et du coucher des astres, est conçu par lui comme agissant sur la terre et non pas sur les étoiles. Or I, 9 il parle d'un « vent de la terre » qui enveloppe notre globe jusqu'à la hauteur de 12 yojanas. Le commentaire entend par là la région des vents terrestres variables, au delà desquels règne le vent des cieux. Mais il est permis de supposer que c'est précisément ce dernier que l'auteur a entendu désigner. d'histoire et de littérature. 251 trou de telle façon que l'eau mette juste 24 heures à s'écouler. On ouvre le trou et le flotteur, baissant avec le niveau de l'eau, entraîne la machine d'un mouve- ment uniforme d'orient en occident. Le commentaire a soin d'ajouter que l'ap- pareil fonctionnant ainsi ne représentera en aucune façon les mouvements com- pliqués du ciel, mais il servira d'horloge ! C'est là tout ce que nous apprenons concernant l'outillage de l'observatoire d'Aryabha/a ' (IV, 18-22). Le reste de la section (IV, 23-50) s'occupe de traduire sur la sphère en lignes trigonométriques les quantités usuelles en astronomie ainsi que les rapports qui les relient (latitude terrestre; longitude, déclinaison et distance zénithale du soleil; rayon d'un parallèle diurne donné; levers équatoriaux, ou pour une latitude quelconque, des divisions de l'écliptique ; accroissement et diminution des jours; le gnonom d'une heure donnée; la position des points du lever et du coucher, etc.). Toute cette partie dénote chez Aryabhaîa une connaissance étendue et surtout un usage très-ingénieux de la géométrie du cercle. Il passe ensuite à la détermination du lieu d'un astre, particulièrement du soleil et de la lune en vue des éclipses, et il donne la vraie théorie de ces dernières. Il note également les effets de la pénombre et de la réfraction dans les éclipses de lune, mais sans essayer d'explication. On se rend moins bien compte de l'origine d'une autre remarque, à savoir que la lune, étant à l'état liquide, est transparente vers le bord et que, par suite, dans les éclipses du soleil, la partie éclipsée de l'astre est plus grande en réalité qu'en apparence. Peut-être faut-il voir là un reste d'idées mythologiques, car ses données suffisaient à l'explication de tous les aspects du phénomène, y compris celui de l'éclipsé annulaire. Il résulte de cette trop longue analyse, mais qu'il n'a pas dépendu de moi de faire plus courte, qu'Aryabha^a appartient entièrement à la nouvelle astronomie indienne, à celle qui est représentée par les Siddhântas et qui relève des Grecs, en particulier d'Hipparque. Le seul emploi du mot horâ W, 1 5 (dans le sens d'heure) attesterait au besoin l'influence étrangère. La base de l'ancienne science, les naxatras, n'ont plus aucun rôle dans son traité ; le mot même n'y paraît plus dans son sens propre. Quant à la chose, il y fait allusion une seule fois, à propos des années de Jupiter (III, 4), qu'il dénomme d'après la liste qui com- mence par Açvinî. En même temps l'astronomie est devenue déjà toute mathé- matique et la connaissance pratique du ciel semble y tenir peu de place. Ce serait abuser toutefois de la preuve négative que de le mettre sous ce rapport au même niveau que la plupart des écrivains plus modernes, et de lui reprocher la même indifférence pour l'observation dont fut certainement affligé par exemple son commentateur. Il est fort probable, en effet, que la codification de la science en un certain nombre d'écrits de haute autorité ait eu dans l'Inde une influence 1. Les autres instruments qu'il mentionne ou auxquels il fait allusion sont le gnomon (que le commentaire fixe à 1/2 coudée), le fil à plomb, la règle et le compas II, 1 3. Celui- ci consiste d'après le commentaire en une tige de bois fendue dans le sens de la longueur et muni à l'une des extrémités d'une forte ligature : les 2 branches sont taillées en pointe, et l'écartement s'en détermine au moyen d'une fiche de bois qu'on fait glisser dans la fente. Le niveau se détermine par l'eau, ibid. Pour s'assurer si un plan est horizontal, on y creuse une rigole circulaire qu'on remplit d'eau (Comment,). 2^2 -vM".,! REVUE CRITIQUE semblable à celle que Biot accuse quelque part l'Almageste de Ptolémée d'avoir exercée en Occident : d'avoir ouvert la porte à la routine en substituant l'étude d'un livre à celle des faits. Il se peut donc qu'Aryabha/a ne doive pas être rangé lui-même parmi ces astronomes indiens qui calculaient les aspects du ciel sans jamais le regarder ; mais il a certainement, par toute la tendance de son manuel, aidé à préparer leur avènement. j Le dépouillement complet du texte et du commentaire de l'Aryabharîya four- nirait un contingent assez considérable de termes et d'acceptions qui ne se trouvent pas dans les lexiques. Il ne faudrait pas sans doute aller trop loin dans cette voie, surtout en ce qui concerne les acceptions, ni enregistrer indistincte- ment toutes les hardiesses de ce style de rébus. Mais il n'en reste pas moins un certain nombre de termes, la plupart techniques, que l'étymologie seule ne détermine pas suffisamment et dont il est à espérer que les auteurs du Diction- naire de Saint-Pétersbourg feront leur profit pour leurs derniers suppléments. En voici quelques-uns , ceux qui se trouvent dans le texte même sont en itali- ques : agra et ses composés niragra et sâgra ; il en a été parlé plus haut à propos du kuHâkâra; ce dernier terme manque également dans le Dictionnaire. — Ashri, le nombre i6; atyash/i, le nombre 17. — Avalambaka, le cosinus de la latitude terrestre représenté par le gnomon majeur du midi, le jour de l'équinoxe. Le gnomon majeur, mahâçanku, a pour hypothénuse le rayon de la sphère céleste ; paraçanku est le gnomon du midi : ces deux termes manquent égale- ment. — Asu, division du temps, synonyme de prâna. — Ahi, aussi nâga, le nombre 8. — Udayajyâ le sinus de la distance du point Est au point où un astre se lève. — Karna, le rayon vecteur d'une planète. — Khara, le nombre 7. — Jalamadhya, le pôle sud, le pôle de l'eau, opposé à sîhalamadhya, le pôle nord, le pôle de la terre ferme : madhya désigne le centre quand il s'agit d'une sphère et le pôle quand il s'agit d'un hémisphère; ainsi Khamadhyas\gmï\QXdiX\Xb\. le centre de l'univers, tantôt le zénith. — Tiîhipralaya, l'excès du nombre des jours lunaires sur celui des jours solaires pendant un yuga. — Dîpayashii, dîpabhujâ, la hauteur du point lumineux au-dessus du plan sur lequel se projette l'ombre; bhujâ, un des petits côtés du triangle rectangle, est toujours employé au féminin par Aryabhaïa. — Madhyajyà, le sinus de la distance zénithale du soleil à midi. — Mara, dans amaramarâh, les immortels et les trépassés; alterne avec prêta. — Mùla, dénominateur; ce sens résulte de II, 7. — Vishuvajjyâ, le sinus de la distance zénithale du soleil à midi, le jour de l'équinoxe, égal au sinus de la latitude. — Vislmcchayâ, la même quantité exprimée par l'ombre du gnomon majeur pour le même moment. — Çakra, le nombre 14. Etc.; la liste complète serait beaucoup plus longue. Quant au travail de l'éditeur, il est tel qu'on devait l'attendre de la part de M. Kern, c'est-à-dire excellent. La correction peut passer pour irréprochable dans une matière aussi difficile. L'exécution matérielle, de son côté, ne laisse rien à désirer sous le rapport de l'élégance et de la clarté. Une seule chose manque à cette belle publication, une traduction, pour laquelle nul ne peut être mieux préparé que M. Kern, et sans laquelle le livre ne rendra qu'imparfaitement tous D*H1ST01RE ET DE LITTéRATURE. 2^^ les services qu'on peut en attendre pour l'étude du passé de l'Inde et de l'histoire des sciences en général. En ce qui me concerne du moins, je n'hésite pas à faire l'aveu que ce ne sera que du jour où je posséderai ce complément indispensable, que je croirai pouvoir former un avis définitif sur plus d'un point obscur. '^ Voici quelques incorrections que je crois devoir relever : p. 4, 1. 12 au lieu de shu, lire ba. — Ibid. et p. 5,1. $, il y a confusion des caractères U et Iri. — P. 5, 1. 6, au lieu de ci, lire gi. — P. 5,1. 2, infra, ajouter tadvat après bhâni. — P. 1 5 , 1. I , infra, et p. 17, 1. 9, au lieu de svaki, lire skaki : le nombre figuré est 191. — P. 19, 1. 1 3, au lieu de dvâdaçâgra, lire dvMaçâçra, à moins qu'il faille admettre pour agra la signification d'arête d'un polyèdre ? — P. 22, 1. 6, il faut probablement lire pûrvasîhâpitaghanamàlâ'' en un seul mot; de même 1. 13 et 14, au lieu de ghanapankti, ghanamûlapankti ou mûlapdnkti; de plus les lignes I G et 11 et les deux dernières syllabes de la ligne 9 sont à effacer. — P. 46, 1. 14, au lieu de vakrayor, lire vakrâvakrayor, deux planètes allant en sens contraire ne pouvant être toutes les deux rétrogrades. ~ P. 47, 1. 3 infra, kuttâkâra. — P. 71, ligne i infra, au lieu de 3, lire 6. — P. 72, 1. i infra, au lieu de 3, lire 6. — P. 83, 1. 14, svâhorâtra". — P. 86, 1. 2 infra, au lieu du i" çaçi, il faut probablement lire kha ; le commentaire adopte partout, pour la valeur de la déclinaison solsticiale du soleil, celle du texte, c'est-à-dire 24° dont le cosinus indien est 3 140 et non 3 141. — P. 9$, 1. 3, au lieu de candra, lire sùrya. A. Barth. m» 73. — Culturpflanzen und Hausthiere in ihrem Uebergang aus Asien nach Grie- chenland und Italien sowie in das ùbrige Europa, historisch-linguistische Sicizzen, von Victor Hehn. 2^ édit. revue et corrigée. Berlin. 1874. i vol. in-8°. — Prix : 12 fr. Nous avons déjà rendu compte dans la Revue (n» du 12 avril 1873) de la pre- mière édition de cet excellent ouvrage, également intéressant pour l'érudit et pour le simple lettré. La seconde édition nous a paru retouchée avec soin. L'au- teur y a cédé au vœu général de ses critiques en traduisant de nombreuses cita- tions grecques qu'il s'était d'abord contenté de donner en original ; mais pour faire cette concession à la faiblesse des lecteurs ordinaires il a supprimé les textes eux-mêmes, en quoi nous pensons qu'il a eu tort. Il fallait les laisser subsister, au moins en note, afin qu'on pût s'y référer à volonté. D'ailleurs les renvois des traductions ne sont pas toujours justes : ainsi, p. 20, on cite comme apparte- nant au Juchant de l'Iliade une description poétique du cheval qui appartient au 6^ La nouvelle édition est enrichie d'un grand article sur le cheval, dont les détails sont précieux, mais dont la conclusion n'est peut-être pas assez claire- ment démontrée. L'auteur voudrait établir que, lors de leur grande émigration, les Indo-européens ne possédaient pas encore le cheval, et que plus tard seule- ment, par l'intermédiaire de l'Iran, ils le reçurent des Turks et des Mongols, auxquels reviendrait l'honneur d'avoir dompté les premiers le roi des solipèdes dans les steppes de l'Asie centrale, sa patrie originelle. C'est en effet vers ce 254 '- REVUE CRITIQUE T'^r " point ({m nous ramène la géographie zoologique. Mais la correspondance régu- lière entre les noms du cheval chez les peuples de descendance aryenne ne nous contraint-elle pas de supposer qu'ils connaissaient déjà l'animal, et qu'ils l'avaient tout au moins reçu de leurs voisins nomades, avant la grande dispersion de notre race ? Nous avions adressé à la première édition quelques critiques de détails dont la plupart subsistent en face de la seconde. Nous y renvoyons le lecteur. F. Baudry. 74. — Geschîchte der rœmischen Literatur von W. S. Teuffel. Dritte Auflage. Leipzig, Teubner. 1875. Gr. in-8', xvj-1216 p. — Prix : 18 fr. 75. L'Histoire de la littérature romaine de M, Teuffel est un ouvrage universelle- ment estimé en Allemagne et véritablement excellent, indispensable à quiconque s'occupe des auteurs latins. La seconde édition a été enlevée en trois ans ; la troisième, celle qui vient de paraître, a été mise au courant des travaux qui ont paru pendant ce court intervalle, et comprend une quarantaine de pages de plus. On ne pourrait indiquer aux latinistes un répertoire littéraire plus complet, plus précis ou plus facile à consulter. J'ajoute que M. T. ne donne en aucune façon dans les bizarreries philologiques où se complaisent quelques-uns de ses compatriotes et qui font un tort si sensible à l'Allemagne et à la science; sa cri- tique est aussi saine que son érudition est étendue et sûre. Il est remarquable- ment au courant des travaux — trop rares — qui se publient en France '. M. T. consacre encore dans cette édition un chapitre aux fameuses Tables d'Iguvium, et dit qu'elles sont rédigées partie en ombrien, partie en latin. C'est là une erreur; les sept tables sont écrites dans une seule et même langue, celle qu'on appelle l'ombrien; l'alphabet seul est tantôt romain et tantôt étrusque. Les tables iguvines n'appartiennent pas à l'histoire de la littérature latine, M. T. indique comme source unique pour le texte des relationes de Symmaque le ms. de Munich 18787, qui a été seul bien mis à profit par M. W. Meyer dans son édition. J'ai montré ici que, contrairement à l'opinion énoncée sans preuves par M. Meyer, l'édition de 1549 représente pour nous un ms. d'une autre famille; v. Rev. crit. 1873, 2, 252. Les quelques erreurs de détail qu'on peut découvrir dans ce gros livre n'en diminuent pas la valeur. Un Français qui le traduirait rendrait à son pays un grand service; en attendant ceux même qui ne lisent pas l'allemand peuvent sans peine tirer parti des citations, qui sont nombreuses et bien classées. L. Havet. 1. M. T. ne signale pas la Notice de M. Thurot sur un ms. du XII" s. des Epistolae ad familiares (Biblioth. des Hautes-Études, fasc. 17. 1874). d'histoire et de littérature. 2ÉRlbDIQUES. I X r ^ o The Academy, N" 1 52, new séries, ^ avril. Rolt Brash, The Ecclesiastical Architecture of Ireland to the close of the Twelfth Century. Dublin, Kelly ; London, Simpkin, Marshall and Go. (James Graves). — Mayers, The Ghinese Reader's Manual : A Handbook of Biographical, Historical, Mythological, and General Literary Référence. London, Trùbner (Joseph Edkins : manuel clair, commode et sûrement renseigné). — • Yriarte, La Vie d'un Patricien de Venise au xvi'' s. Paris, Pion (M. Greighton : c'est un roman et non une page d'histoire). — Trotter, The History of India, from the earliest Times to the présent Day (F. J. Goldsmid : manuel). — Glements R. Markham, A Memoir of the Lady Ana de Osorio, Gountess of Ghinchon and Vice-Queen of Peru (A. D. 1629-39). London, Trùbner (Daniel Hanbury : c'est de la cure de cette dame par le quina que date l'introduction de cette substance en Europe). — Notes and News. — Notes of Travel. — Edgard Quinet and Amédée Achard (Evelyn Jerrold). — George Herbert's Présentation to Bemerton (Samuel R. Gardiner). — The Russian Révolution of 1762 (J. W. Willis Bund). — Letter from Persia (A. ,,,Schindler). — Correspondence. The Barhut Sculptures (R. G. Ghilders), — " « A Golden Verse » (W. D. Macray). — Fye Marten (F. J. Furnivall). — Boyd-Dawkins, Gave-Hunting : Researches on the Evidence of Gaves respec- ting the Early Inhabitants of Europe. London, Macmillan (F. W. Rudler : ou- vrage du plus haut intérêt). — Pfleiderer, Das Paulinismus. Ein Beitrag zur Geschichte der urchristlichen Théologie. Leipzig (Robert B. Drummond). The Athenseum, N° 2475, ? avril. The Périls of Griticism (surprenant juge- ment rendu en Ecosse contre VAthenaurn). — Sir Henry Rawlinson, England and Russia in the East. Murray (article très-défavorable). — The Anglo-Saxon Gospels. Ed. by W. Skeat. 2 vols. Gambridge, University Press (excellente édition). — G. Edmund Maurice, Lives of English Popular Leaders in the Midle Ages. Vol. II. King and Go. (Vie de Tyler, Bail et Oldcastle). — The Life and Works of Mencius. By James Legge. Trùbner (M. Legge aura bientôt terminé son inappréciable collection des classiques chinois). — The First Voyage round the World, by Magellan. Translated, etc. by Lord Stanley of Alderley. Hakluyt Society (il est à peine besoin de signaler l'intérêt de cette publication). — Notes on Hamlet attributed to the Earl of Rochester (G. Elliot Browne). ' — Leonardo da Vinci (R. H. Major: curieuse communication sur le caractère et le génie de Vinci). — The Basque Language (Louis-Lucien Bonaparte : ré- fute M. Broca sur deux points de son article : l'Origine et la Répartition de la langue basque). — M. Edgar Quinet. — Literary Gossip. Literarisches Centralblatt, N° i$, 10 avril. VoN Hartmann, Die Selbst- zersetzung des Christenthums und die Religion der Zukunft. Berlin, Duncker. In-S", 122 p. (réimpression d'articles parus dans le journal Die Literatur) — Hartsen, Grundzùge der Logik. Berlin, Henschel. In-S", viij-i?9 p. (sans grande valeur). — A. Mayer, Die Lehre von der Erkenntniss. Leipzig, Thomas. In-8°, x)-38i p. (peu démonstratif). — Horwicz, Psychologische Analysen. 2 Th. I. Haelfte: Analyse des Denkens. Halle, Pfeflfer. In-8", xij-183 p. (plein de fines observations). — Scheffer-Boichorst, Florentiner Studien. Leipzig, Hirzel. In-8°, ix-283 p. (conclut à la non-authenticité des ouvrages historiques qui portent les noms de Malespini et Dino Gompagni). — Fournier, Abt Johann von Viktring und sein Liber certarum historiarum. Berlin, Vahlen. In-8°, xij- 153 p. (bon travail). — Waitz, Deutsche Verfassungsgeschichte. 5. Bd._ Kiel, Homann. In-8^ ix-447 p. (art. anal.). — Benfey, Die Quantilagtsverschieden- heiten in den Samhitâ- und Pada-Texten der Veden. 1 . Abhdlg. Gœttingen , Dielerich. In-4°, 44 p. (article développé de Weber). — Zwei Achener histo- REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE N* 17 — 24 Avril — 1875 Sommaire : 75. Djawaliki, Le livre des Loculions vicieusesy p. p. H. Derenbourg. — 76. Rivière, Histoire des Institutions de l'Auvergne. — 77. Pétrarque. L'Africa, p. p. Pingaud. — 78. Fëugère, Érasme. — 79. De Rémusat, Lora Herbert de Cnerbury ; Histoire de la Philosophie en Angleterre. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions. „ 75. — Le livre des locutions vicieuses de Djawaliki, publié pour la première fois d'après le manuscrit de Paris, par Hartwig Derenbourg. S. 1. n. d. P. 109-166. Ce petit ouvrage fait partie de la série de mémoires et de thèses composés par divers savants étrangers, à l'occasion du Doctorjubilàum de M. Fleischer. L'auteur n'a pas oublié ce qu'il doit à l'enseignement de l'Allemagne et, par ce témoignage de gratitude, il a voulu s'associer à la pléiade d'élèves distingués que le célèbre professeur de Leipzig a formés depuis un demi-siècle. Patria ubi docte. La science n'a pas de frontières : nous ne pouvons donc qu'approuver le sentiment qui a inspiré cette publication et le soin avec lequel elle a été exé- cutée. Il est regrettable que le temps n'ait pas épargné les travaux du grammairien Djawâlîkî; le peu qu'il nous en reste prouve quelles utiles contributions ils auraient apportées à l'histoire de la langue arabe. Nous savons peu de choses de la vie de cet écrivain. Né vers la fin du xi* siècle de notre ère, Abou Mansour Djawâlîki étudia à Bagdad sous la direction de Tabrîzî, le commentateur bien connu du Hamâsa. Il exerça les fonctions à'imam sous le règne d'El-Mouktafî et occupa, pendant plusieurs années, la chaire de belles-lettres à l'Université dite Nidhâmyah, dans la capitale même du Khalifat. On cite parmi ses principaux ouvrages un commentaire sur le « Manuel du secrétaire « d'Ibn-Kotaïbah et le Mouarrab, ou vocabulaire des mots étrangers usités chez les Arabes. Ce dernier ouvrage, ou pour mieux dire, les fragments conservés ont été publiés par M. Sachau en 1867. On sait que de très-bonne heure des alliages étrangers altérèrent la pureté de l'idiome de Modar. Dès avant la prédication de l'islamisme, des vocables pehlevis ou parsis avaient reçu droit de cité dans différentes parties de la pénin- sule. A Hira, où l'administration des Benou-Nasr s'était modelée sur celle des Sassanides, dans l'Oman et le Bahreïn où résidaient des gouverneurs et une garnison d'origine iranienne, le contact des deux nationalités et le développe- ment des relations commerciales favorisaient, au moins autant que la similitude des institutions politiques, l'introduction des mots étrangers. L'islam n'arrêta nullement cette invasion et, bien que l'idiome du Koran s'imposât aux popula- tions conquises, les besoins nouveaux qui se manifestaient dans la jeune société XV 17 2 58 ';? f î fSJ^tiiWE CRITIQIÏE' ffÇf ^ Q musulmane facîlitèrent sfngulièrement les néologîsmes et les emprunts faits aux idiomes voisins. Le Koran lui-même n'avait pas entièrement résisté aux influences extérieures : les premiers exégètes, ceux surtout de l'école orthodoxe, qui admettaient que les feuillets apportés par l'ange Gabriel étaient écrits dans l'arabe le plus pur, se mettaient l'esprit à la torture pour démontrer l'origine nationale de certains mots rebelles au génie peu flexible de cette langue. On sait comment les races asiatiques et surtout les Arabes procèdent en matière d'étymologie. Entièrement dépourvus du sens étymologique et ignorants des lois de la dérivation phonétique, ils se contentent de jeux de nsots, d'à peu près quelquefois ingénieux, la plupart du temps, absurdçs. ■■^^'-'^'■W'^^^ Djawâlîkî occupe une des premières places parmi les grammairiens qui essayè- rent d'endiguer le torrent et d'établir une limite entre le domaine national et les apports exotiques. Mais il était de son temps et ne pouvait se soustraire aux défauts que nous venons de signaler. Il faut reconnaître pourtant qu'il indique avec exactitude la provenance des éléments étrangers ; il confond moins souvent que ses contemporains le grec du bas-empire avec le perse des Sassanides. Mais, d'autre part, il ignore la première de ces langues et sait imparfaitement la seconde ; de là d'inévitables confusions dans ses explications comme dans l'or- thographe qu'il adopte. Sa bonne foi, il est vrai, compense, jusqu'à un certain point son insuffisance philologique. Le mot là edry « je ne sais pas » qui revient souvent sous sa plume nous prouve qu'il préfère avouer son ignorance plutôt que de recourir aux inventions ridicules qui défrayent les recueils des lexicogra- phes ses confrères. H a d'ailleurs un autre mérite à nos yeux. Elève de l'école grammaticale de Bagdad, dont il représente fidèlement l'esprit éclectique, il se tient à égale distance des écoles rivales de Basrah et de Koufah, en rapporte les traditions avec une louable impartialité et leur emprunte un grand nombre de Schawâhidy c'est-à-dire de preuves tirées des poésies classiques. En un mot, son ouvrage, si mutilé qu'il nous soit parvenu, est en un sens plus utile à l'histoire de la langue arabe que les volumineuses compilations de Djawharî et de Firouzâbâdî. ^''^ nr>:jûrtkùii>ç.ab-;?imâ!a!:.'ir£îiq!;o BfcatTKi* .s^THiw^t^': , ' Mais le professeur bagdadien a encore d'autres titres à notre reconnaissance. A mesure que la pureté de la langue s'altérait, à mesure qu'elle se troublait en s'étendant sur un plus vaste terrain, une nouvelle tâche s'imposait aux puristes. Syriens, Egyptiens, Berbères, tous les peuples nouvellement soumis, concou- raient à ce travail de décomposition : le respect de la tradition grammaticale se perdait, la conscience de la philologie sémitique allait s'affaiblissant de jour en jour. L'imminence du péril donna naissance à des traités plus ou moins déve- loppés, mais identiques pour la forme, et qu'on pourrait assimiler à nos tableaux élémentaires rédigés sous la rubrique dites et he dites pas. Un des maîtres du beau langage, Hariri l'auteur des Séances ne dédaigna pas d'écrire un de ces manuels et selon la mode du temps lui donna un titre prétentieux : la perle du plongeur. Ceturieux ouvrage, publié en 1867 P^^" M. Tborbecke ', est digne de ''' I. Cf. Rev. Cru., 1872, I, 258. ^ ^ '"'^ ^ Ji-/îKb: ■^mu-^ii.r^ï,: d'histoire et de littérature. 259 la réputation de son auteur. Il nous révèle, en même temps que la vaste érudi- tion de celui-ci, le dévergondage, l'anarchie qui régnaient dans le langage poptt;^' laire et peut-être aussi chez les lettrés. L'opuscule que M. D. vient de mettre au jour est conçu sur le même plan que leHvre de Hariri, mais réduit à de plus modestes proportions. Est-il, comme le suppose l'éditeur, contrairement à l'opinion de Soyouti, un simple complé- ment de la « Perle du plongeur ? » La chose n'est pas inadmissible ; mais il €st étrange cependant que le nom de Hariri ne soit pas prononcé une seule fois dans une annexe de son ouvrage : on peut s'étonner aussi qu'un certain nombre de locutions vicieuses signalées par le premier, soient reproduites dans le complé- ment et souvent dans les mêmes termes. Ne serait-il pas plus vraisemblable de considérer l'opuscule de Djawâlîkî comme un recueil de notes écrites au courant de la plume par ce grammairien lui-même ou par un de ses élèves sous sa dictée ? Mais laissons de côté cet insignifiant desideratum bibliographique et reconnaissons que, malgré son peu d'originalité, ce livre ou ce cahier d'anno- tations, comme on voudra l'appeler, est loin de faire double emploi avec la publi- cation de M. Thorbecke. Les observations grammaticales de l'écrivain arabe sont en général intéres- santes et justes. Quelques-unes pèchent par un excès de rigorisme. Nous n'en citerons qu'un exemple, P. 121, Djawâlîkî ne veut pas qu'on emploie le mot salaf dans le sens de îîh « vanité. » Cependant Hariri, dans ses Séances, %\ donne exactement cette signification (p. 247 et 502 de l'édition de Sacy) et le commentaire dans ces deux passages l'explique par tekebbour. En outre Djaw- harî, s, verb. assure que le grammairien Khalîl l'expliquait de la même manièréi ce qui prouve l'ancienneté de la locution contestée par Djawâlîkî. Nous avons dit que les recherches étymologiques des lexicographes pèchent par la base et ne doivent être acceptées qu'avec une extrême méfiance. En pareil cas, c'est un devoir pour l'éditeur de signaler l'erreur de son texte et d'indiquer la véritable filiation du mot, dans les limites du nécessaire ou du possible. C'est ce que M. Sachau n'a jamais manqué de faire dans son édition du Mouarrap,-^ nous étions en droit d'attendre le même secours de M. D., d'autant plus qull n'a pas cru, et cela avec raison, devoir ajouter une traduction au texte par lui restitué. La plupart du temps, il n'aurait pas eu un long chemin à faire poiïf retrouver la vérité. En voici deux exemples pris au hasard de notre lecture. P. 126, l'auteur arabe reproche au peuple de se servir du verbe tanahhassa (par tin hè) en parlant de l'abstinence des chrétiens et dit qu'il faut prononcée tanahhassa (par un ha), ce qui signifie « souffrir de la faim, en se privant de viande. » Or nous avons sans doute ici le grec vyjîteùw « faire maigre » dont la première syllabe a passé dans le verbe hybride des Arabes et le peuple a raison de prononcer comme il le fait. P. 131. « Une des fautes que fait le vulgaire, nous dit l'auteur, est de nommer le singe bouzinneh au lieu de abou zinneh (pu d'après le manuscrit abou zinâ « torp^- cator ») qui est un sobriquet donné à cet animal. Une petite note n'aurait pas été de trop pour indiquer que ce mot, peut-être d'origine araméenne, s'est 200 REVUE CRITIQUE introduit en Perse d'où il est revenu un peu mutilé pour figurer dans le diction- naire arabe. Il est d'ailleurs rarement employé. ^,jïl nous serait facile de multiplier ces exemples. Nous préférons louer l'extrême correction du texte publié par M. D. d'après un excellent manuscrit de la Bi- bliothèque nationale. Le soin avec lequel ce texte est vocalisé, la justesse des corrections faites à l'original dénotent chez l'éditeur une sérieuse connaissance des grammairiens arabes, ce qui nous était déjà démontré par les précédents travaux de M. D. La publication prochaine du Kitâb de Sibawaïh complétera cette démonstration, si besoin est, et ajoutera aux services que le jeune savant a;rendus à la philologie et à la littérature arabes. .'■.-'' Barbier de Meynard, 76. — Histoire des Institutions de l'Auvergne, contenant un essai historique sur le droit public et privé dans cette province, par H. -F. Rivière, conseiller à la Cour d'appel de Riom, docteur en droit, membre correspondant de l'Académie de législation de Toulouse. Paris, Maresq aîné. 1874. 2 vol. in-S", xxiv-jiS et $45 p. «iavec une carte. — Prix : 18 fr. L'ouvrage de M. Rivière sur les Institutions de l'Auvergne est un composé sin- gulier de parties excellentes et bien étudiées et d'autres où l'influence de théories adoptées sans examen approfondi a nui à l'exactitude des appréciations de l'au- teur. Avant d'entrer dans l'étude des points de détail et de donner l'indication des principaux passages où il nous paraît avoir accepté des opinions mal fondées, nous adresserons à M. R. un éloge et un double reproche, qui s'appliquent à l'ensemble de l'ouvrage. L'éloge sera pour l'exposition, dont les qualités dominantes sont une limpidité, une netteté parfaites ; les idées y sont étroitement enchaînées; l'auteur juge rarement et se contente d'exposer les faits et d'ea_ marquer exactement la suite ; point d'équivoques, peu ou point de consi- dérations préliminaires , une grande simplicité dans l'expression. Quant aux reproches, ils s'appliqueront aux tendances de M. R, et à son pUç.^, Esprit absolument juridique, l'auteur n'admet pas le point de vue purement his- torique; il suppose perpétuellement à la législation du moyen-âge une fixité, une rigueur égales à celles d'un code moderne, et commente la coutume d'Au- vergne comme s'il avait affaire au Code civil. Il a connu à peu près tous les monuments importants de l'histoire du droit en Auvergne , mais entraîné par la tournure de son esprit, il a peu ou point employé les chartes privées, les docur^ ments particuliers, dont l'étude lui aurait montré à toutes les époques du moyen- âge la dérogation à la loi aussi fréquente que l'observation de cette même loi. Les cartulaires auvergnats lui auraient prouvé que l'observation du code Théodosien n'a pas été aussi universelle qu'il le croit, et que bien souvent les parties n'en rappellent les dispositions que pour y contrevenir ' . I. Cette observation vraie pour le droit civil dans le midi de la France, l'est encore plus pour le droit féodal. Ne point contrôler les coutumes féodales, les traités des feudistes par les chartes particulières, serait s'exposer aux plus graves erreurs. Car il n'est pas de société où la règle juridique ait été moins observée que dans la société féodale. . .^^ ^9^^dio^^[ii iyi> m^ oup i><5oq;ji âii iiOiJiiMtw ji}L>J *.i*W .5"ifidi6Cl supoqs . sypiTiflO auva;i ^ 19Uf§ii D*HISTOIRÏ ET DE LITTÉRATURE. 1> 3213 ^ &! U..ùCj^if Nous reprocherons encore à M. R. la trop grande étendue de'son pîânî p^ tant de l'époque gauloise, il descend jusqu'à la Révolution française; or sur toutes les époques antérieures au xin^ siècle, il n'a guère pu apporter de faits nouveaux en dehors d'idées plus ou moins personnelles que nous aurons à dis- cuter. Ce plan entraîne plusieurs inconvénients, il lui a fallu réduire dans ses déve- loppements toute la dernière portion de l'ouvrage, qui s'occupe de la partie de Phistoire encore aujourd'hui la moins étudiée et peut-être la plus intéressante. Ce que l'auteur dit de l'administration royale, du xiv^ au xviii® siècle, forme incontestablement la meilleure partie de son livre, et il eût pu des sources qu'il indique tirer un plus grand nombre encore de renseignements et de faits impor- tants. Nous allons maintenant passer en revue les principaux chapitres de l'ouvrage, en nous attachant principalement à la critique des théories adoptées par l'auteur, plutôt encore qu'aux détails, qui en général laissent peu à désirer. Tome I, p. 40 et suiv. Nous croyons qu'il était inutile de réfuter l'opinion du baron Delzons, pour lequel la soumission des Arvernes à César aurait été purement volontaire ; non-seulement le fait en lui-même est improbable, mais on ne pour- rait apporter à l'appui de cette thèse que des arguments sans valeur. Cette idée prend sa source dans un sentiment fort louable à coup sûr, mais contre lequel, l'historien doit se prémunir, nous voulons parler du patriotisme local. 'i P. 103-104. Résistance de l'Arvernie aux Wisigoths. M. R. n'a pas cherché à expliquer la contradiction évidente qui existe entre le tableau de ce pays, tel que nous le peignent les lettres de Sidoine Apollinaire, et le fait que ses habitants, rebelles d'après Sidoine au joug d'Euric vers 470, résistèrent courageusement aux Franks en 507. Il faut pour l'expliquer se rappeler le caractère de Sidoine: évêque catholique et lettré, ennemi par suite des barbares ariens et admirateur de la puissance romaine, il nous a transmis ses impressions personnelles, et celles d'un petit noyau de fidèles. Il faut supposer, que fatigués des incursions d'Euric, les Arvernes acceptèrent sans trop de répugnance sa domination et firent promp- tement partie intégrante de l'empire wisigothique. P. 115. L'auteur indique une fort curieuse compilation du xi^ siècle, rédigée par un jurisconsulte et renfermant le texte du Bréviaire d'Alaric avec des interprétations. Il est regrettable qu'il n'ait pas cru devoir nous donner de plus amples renseignements sur cet intéressant manuscrit, conservé aujourd'hui à la bibliothèque de Clermont. P. 127. M. R. admet la durée du royaume de Toulouse; ce royaume et la postérité du jeune Charibert n'ayant jamais existé que dans la trop féconde imagination du faussaire, auteur de la charte d'Alaon, il faut retrancher de l'his- toire tous ces développements et se résigner à ignorer le sort de l'Auvergne pendant le vii^ siècle et les vingt premières années du viii«. P. 148 et suiv. L'auteur réfute à nouveau avec force raisonnements une opâaju nion déjà émise par Montesquieu et reprise plus tard par M. Laferrière, suivant laquelle les lois romaines auraient été territoriales dans le midi de la France à l'époque barbare. Mais cette assertion ne repose que sur des hypothèses , et le 262 REVUE CRlTICyJB ' " dernier de ses partisans avait dû établir une exception pour la Septimanie, dans laquelle là loi romaine serait devenue personnelle, ce pays, grâce à ses grandes abbayes et à ses églises épiscopales, étant le seul qui possède un ensemble de textes judiciaires suffisants pour former une suite diplomatique. Le paradoxe de Montesquieu est si évident que M. R. n'eût pas dû s'y arrêter aussi longtemps. : P. 166-167. Il nous est difficile de donner au mot alleu à l'époque féodale un sens aussi précis que le voudrait l'auteur : ce qui a pu tromper beaucoup de personnes, c'est que le mot alos et ses dérivés sont souvent pris dans les textes diplomatiques pour désigner une terre, une propriété en général; dans des actes du x" siècle, ce mot. s'applique même à des tenures féodales. Quant au franc-aleu de la province de Languedoc, sans vouloir trancher cette difficile question, nous croyons qu'on peut hardiment nier la communauté d'origine de ces deux états de la terre (alleu et franc-aleu) et ne voir dans le nom de ce dernier qu'un ressouvenir de l'ancien sens du mot alos. P. 169. M. R. dit qu'en prenant des terres ecclésiastiques en précaire, les laïques recherchaient la protection de l'Eglise; le contraire a pu aussi arriver; l'Eglise a pu concéder l'usufruit de certaines terres à de puissants seigneurs, afin d'obtenir leur appui ; de là des offices spéciaux, qui s'appelaient advocaùa, villi- catiOy suivant les pays, et amenaient souvent pour résultat la spoliation de l'abbaye ou de l'évêché par le concessionnaire. - P. 174 et passim. M. R, se sert avec raison du grand cartulaire de Brioude, il eût bien fait d'y joindre la notice publiée par M. Bruel, dans la Bibliothèque de l'École des chartes (t. XXVIi) ; il y eût trouvé de bonnes indications sur la date de plusieurs des chartes qu'il cite. P. 185 et passim. Nous trouvons ici la reproduction d'une théorie séduisante, adoptée déjà par maint auteur, mais qui nous paraît absolument inacceptable; nous voulons parler de la persistance de la municipalité romaine. Telle que M. R. la présente, cette théorie repose sur une double confusion; d'une part confu- sion entre le droit civil et privé de Rome, dont la persistance dans le midi de la France est absolument indiscutable, et le droit municipal; de l'autre confusion entre la juridiction gracieuse de la curie et la juridiction des placites de l'époque barbare. Ainsi présentée, cette thèse avait été déjà combattue et parfaitement réfutée par M"* de Lézardière, dont M. R. cite un passage pour la contredire ; mais les argu- ments qu'elle emploie sont beaucoup plus convaincants que ceux de cet auteur, et nous admettons avec elle que la curie romaine, vieille institution, qui n'avait plus que des fonctions financières, disparut presque entièrement' au moment des invasions, sans laisser autre chose que des souvenirs plus ou moins confus. Quant aux preuves accumulées par M, R., expressions employées par les auteurs ecclésiastiques, nom de civitas donné aux villes sur les monnaies, noms des magistrats municipaux du xii'' siècle, enfin titres de consul et de proconsul, usurpé par les princes féodaux, aucune d'elles n'a de réelle importance et ne peut faire oublier l'absence de tout document sérieux constatant la perpétuité de cette institution. Pour nous, comme pour beaucoup d'autres plus autorisés en pareille matière, les municipalités des xii^ et xiii*= siècles tirent leur origine de la commune, d'histoire et de littérature. 26j de l'association des bourgeois pour obtenir le droit de s'administrer et de s'im- poser librement. Les premières communes durent presque toutes leur naissance à un mouvement insurrectionnel, et on peut dire que presque jamais seigneur n'accorda de son propre mouvement une charte de commune. Nous invoquons à l'appui l'histoire de la commune de Clermont, dont M, R. lui-même nous a retracé les différentes phases, et celle de toutes les grandes communautés du midi de la France, où cependant le souvenir de l'ancienne Rome était plus vivant que partout ailleurs. Pour expliquer la coexistence de tous ces mouvements communaux, il faut étudier l'état de la société à cette époque, en nous rési- gnant à ignorer beaucoup des causes qui l'ont amenée, plutôt que de l'attribuer uniquement à un fait aussi mal prouvé que la persistance de la curie romaine. P. 209. M. R. croit comme M. Championnière, auteur de l'ouvrage sur la Propriété des eaux courantes, à la perpétuité des impôts romains. Le tributum de l'époque impériale, conservé par les rois des deux premières races, aurait subsisté pendant tout le moyen-âge, en prenant plus tard le nom de justicia, théorie singulière, qui repose, croyons-nous, sur une confusion perpétuelle entre le droit de justice, et les droits utiles auxquels donnait lieu son exercice. P. 212. La hiérarchie des fiefs, telle que l'indique M. R., n'existait pas dès l'origine de la féodalité : la faire remonter aussi haut, c'est attribuer trop d'im- portance à une classification de beaucoup postérieure et qu'il faut peut-être regarder comme l'ouvrage des premiers feudistes. P. 232. M. R. attribue le grand nombre de donations reçues par l'Eglise pen- dant le X* siècle aux terreurs de l'an 1000; il semble aujourd'hui, d'après des recherches récentes, que cette fameuse panique n'a pas eu les proportions qu'on lui attribuait, sur la foi de Raoul Glaber ; on a autant de chartes de l'an 1 000 que des autres années du x° siècle, et il ne semble pas qu'à cette époque la vie sociale se soit sensiblement arrêtée. Remarquons d'ailleurs que les formules qui semblaient confirmer le texte de Raoul Glaber paraissent dans les chartes dès le VIII* siècle, et persistent au delà du x^ P. 238. Nous avons le regret de constater que l'auteur accepte pour authen- tique la trop fameuse pragmatique sanction de saint Louis ; la cause est aujour- d'hui entendue et nous croyons que ce faux manifeste a conservé peu de parti- sans. P. 304. L'auteur attribue à la compilation anonyme connue sous le nom d'Établissements de saint Louis une influence exagérée, ce recueil n'a pu en avoir aucune en Auvergne et la charte de Louis X de 1 3 1 5 , qui parle des « ordon- » nances et establissements » de saint Louis, désigne seulement par ces expres- sions les statuts de ce roi, ses règlements d'administration publique. C'est le sens consacré du mot establissements, stabilimentum, dans les textes de cette époque. P. 4 1 6. M . R. entame une longue discussion sur la distinction entre seigneur féodal et seigneur justicier, et adopte à ce sujet les opinions paradoxales de M. Champion- nière : suivant lui le fief, démembrement du territoire,doit être distingué de la justice, qui procède en droite ligne des impôts romains, et qui fut exercée par quelques i64 '^' '• REVUE CRITIQUE vT.^.mV, seigneurs à titre de successeurs des empereurs romains. Il ne semble même pas très-éloigné d'adopter une étymologie singulière de ce jurisconsulte, celle du mot îallia, qui viendrait de l'adjectif pluriel talia ! (p. 417, note 5). Ni M. Championnière, ni son fervent admirateur, M, R., n'eussent adopté cette étymologie fantaisiste, s'ils avaient connu le sens primitif du mot tallia, qui avant de désigner un impôt particulier, a servi à indiquer la répartition d'un impôt quel qu'il fût. — Cette distinction entre le fief et la justice amène M. R. à regarder comme un droit de justice d'autres droits, qui n'ont pas d'autre origine que tous les droits féodaux, le guet par exemple (p. 42 3), qui, exercé par le pouvoir royal sous les Carolingiens, tomba plus tard et tout naturellement dans le domaine privé, et fut exercé par tous les seigneurs, sans distinction de hauts ou de bas justiciers. — Quant à l'origine même des justices, il est à peu près impossible de décider cette question dans l'état actuel de la science; ce qui semble certain, c'est que sur ce point comme sur les autres, il. y eut changement lent; la justice cessa d'être rendue au nom du roi et le fut au nom du comte , ou plutôt dans les plaids l'autorité royale cessa de paraître. Les formes anciennes, établies soit par les lois de chaque peuple, soit par les capitulaires royaux, ne changèrent que peu à peu, point par point, et ce ne fut qu'au bout de 100 ans et quelquefois plus qu'au plaid carolingien succéda le vrai plaid féodal. Pour la distinction entre justice féodale et justice justicière, formulée par M. Championnière, elle n'existe pas, croyons-nous, dans les textes diplomatiques, et il a dû aller la chercher dans les ouvrages des légistes de la royauté, dont les théories ne peuvent servir à l'histoire des institutions du moyen-âge. P. 436. L'auteur attribue aux dîmes dites inféodées une seule origine, l'inféo- dation par l'Eglise ; nous croyons qu'elle n'est pas la principale, et l'usurpation a joué dans leur formation un bien plus grand rôle. Du reste, dans un grand nombre de diocèses, ces dîmes furent plus tard l'objet d'une autre usurpation : rachetées par les évêques et par quelques abbés, elles devinrent la propriété de ce qu'on appelait les gros décimateurs ; tels étaient l'évêque d'Albi, qui touchait autant de fois 10,000 livres que le setier de blé valait de livres, l'évêque de Béziers, etc. P. 463. M. R. exagère le sens de l'ordonnance de 1 190, en ce qui regarde le rôle des baillis, qui ne furent installés que dans les domaines royaux et n'eurent d'action sur les domaines des feudataires que par le droit d'appel , action du reste qui mit un siècle à se développer. P. 510. A propos des notaires, il nous semble que l'auteur a commis une légère erreur; ils existaient comme notaires seigneuriaux dès la fin du xi^s. ; c'est à cette époque l'ancien cancellarius transformé, et ce dignitaire paraît avoir existé dans un grand nombre de seigneuries. Vers le milieu du xii^ siècle, on trouve des notaires épiscopaux et municipaux, et vers l'an 1 200, cette institu- tion s'est régularisée et est devenue générale dans le midi de la France. Malgré la longue critique que nous venons d'en faire, les Institutions de l'Au- vergne ne laissent pas de renfermer d'excellentes parties. Dans ce premier volume notamment^ijons indiquerons un bon résumé ^^ç la législation commu- d'histoire et de littérature. 265 nale et des chartes de franchises de la province (p. 282 et 293), des passages intéressants sur les finances au xiv* siècle (p. 333), sur les monnaies (p. 34$), sur les banalités (p, 427), sur le mélange des deux droits écrit et couturaier en Auvergne (p. 441). Le tome deuxième renferme l'histoire des Institutions de l'Auvergne à partir du XVI' siècle. C'est de beaucoup la meilleure partie du livre, et nous ne ferons à l'auteur qu'un reproche, celui de ne pas lui avoir donné de plus grandes pro- portions; avec les documents qu'il a consultés, il pouvait facilement doubler l'étendue de son travail sans en diminuer l'intérêt. Sur les lieutenants du roi en Auvergne, les Etats, les intendants, les assemblées provinciales, l'administration municipale aux deux derniers siècles, les impôts, il dit d'excellentes choses et nous n'avons guère pu y relever d'erreurs. Peut-être M. R. eût-il bien fait cependant de joindre aux sources que Clermont lui a fournies, les collections parisiennes des Archives et de la Bibliothèque nationale, qui lui eussent fourni nombre d'additions utiles. Les pièces justificatives qui terminent l'ouvrage présentent en général un grand intérêt. Mais l'auteur a eu grand tort, à nôtre avis, de rejeter dans les notes du tome I les indications bibliographiques relatives à chaque acte, ce qui force à recourir perpétuellement du tome II au tome I et occasionne des confusions. La plupart de ces 36 pièces, dont beaucoup sont inédites, sont publiées d'une manière assez exacte et peuvent être employées sans crainte. Pour nous résumer, le vaste travail de M. R. présente trois graves défauts : plan trop étendu, qui l'a forcé à resserrer dans d'étroites limites la partie la plus neuve du livre ; prédominance du point de vue juridique sur le point de vue historique ; enfin adoption sans un contrôle suffisant de théories surannées et d'appréciations mal fondées. Ces défauts sont d'autant plus regrettables que ce livre est l'œuvre d'un esprit sain, sérieux et libéral, que ses recherches ont été faites sans aucun esprit de parti, et que l'exposition a la simplicité et la clarté qui conviennent à un livre d'histoire. A. MOLINIER. 77. — F. Petrarchae Africa, quam reçensuit, praefatione, notis et appendicibus illustravit L. Pingaud, scholae normalis olim alumnus. i vol. gr. in-S", 400 p. Paris, Ern. Thorin. 1872. — Prix : 7 fr. 50. Les fêtes du centenaire de Pétrarque, célébrées l'an dernier dans une ville de France à laquelle le nom et l'histoire du grand poète restent indissolublement unis, auraient dû, ce semble, susciter chez nous, comme au-delà des Alpes, de nombreuses études sur sa vie et ses œuvres. Mais il en est allé tout autrement. M. Mezières, dont nous avons apprécié à son heure le livre judicieux et agréable sur Pétrarque, et qui a pu annoncer aux Italiens attirés par les fêtes d'Avignon qu'il préparait un travail semblable sur le Tasse, n'a pas vu un seul rival lui disputer ce terrain si vaste et où il a certes laissé beaucoup à faire. L'Allemagne a été moins improductive. L'Italie surtout, sans donner aucune œuvre de premier ordre, sans susciter un érudit pétrarquesque de la force de 266 REVUE CRITIQUE Rossetti, ou même de M. Fracassetti, dont les travaux datent de ces dernière?, années, a notablement enrichi l'histoire et la bibliographie de son poète. Il suffili de signaler en courant deux éditions critiques des Trionfi, l'une par M. Giannini à Ferrare, l'autre par M. Pasqualigo à Venise; des recueils de Rime, en partie inédites, publiés par M. Ferrato à Padoue, par M. Carbone à Turin; des tra- vaux bibliographiques qui montrent surtout les rapports de Pétrarque avec diverses villes italiennes : Pétrarque à Venise (par l'Ateneo Veneto), Pétrarque 4, Milan (Carlo Renussi), Pétrarque à Gênes (M. Celesia); par-dessus tout, le% Scritti inediti, retrouvés et publiés avec tant de soin et de compétence par M. Attilio Hortis, de Trieste, qui vient d'y ajouter quelques vers latins, suffisants, croyons-nous, pour absoudre enfin la mémoire de Pétrarque de tout soupçon de jalousie à l'égard de son grand contemporain Dante Alighieri. En France, il n'^ guère paru qu'un essai biographique sans profondeur, d'un ecclésiastique pro- vençal, et des articles de journal et de revue trop propres à confirmer notre réputation d'ignorance en fait de littérature étrangère. Si les Italiens nous ont jugés surtout d'après une étude historique publiée à l'occasion des fêtes d'Avi- gnon dans la Revue française la plus répandue, étude où le lyrisme exubérant du style cachait mal la plus complète inintelligence du génie et de l'œuvre de Pétrarque, nous avons fort à faire pour nous réhabiliter. On est heureux de se dire que l'érudition française s'efforce aujourd'hui de prendre d'autres habi- tudes et de substituer la critique à la fantaisie; mais il faut regretter qu'elle ait trop négligé jusqu'à présent les sujets d'étude si nombreux et si féconds que lui offrent les littératures du midi, sœurs de la nôtre ; c'est une raison de plus pour recommander, après un trop long oubli, une publication très-modeste, mais très-méritoire, sur VAfrica de Pétrarque, publication déjà un peu ancienne et antérieure aux fêtes du centenaire. C'est une thèse latine pour le doctorat ès-lettres, d'une latinité fort médiocre, mais d'une rédaction sage, simplement judicieuse de fond, mais faisant bien connaître son sujet, et suivie (chose très-rare dans les livres de cet ordre) d'une édition complète et correcte de l'épopée latine du xiv* siècle, qui attendait depuis longtemps de pareils soins. L'Africa n'a pas un grand prix au point de vue de l'art, mais on ne peut en contester l'importance dans l'histoire littéraire. Ce n'est pas seulement l'œuvre qui fit la réputation de Pétrarque et lui valut son triomphe au Capitole et le laurier trop vanté ; c'est surtout le premier mo- nument de la renaissance classique et le premier essai d'épopée artificielle dans les temps modernes. Il n'est pas nécessaire de la goûter, mais il faut la con- naître et partant la lire peu ou prou. C'était bien pénible avec l'édition de Bâle (i 581) , je ne prétends pas que ce soit un amusement avec celle de M. Pingaud; mais il a travaillé sérieusement et non sans succès à diminuer notre peine. Il nous initie d'abord à cette œuvre, un peu décourageante, par une analyse très- fidèle, la seule qu'on puisse indiquer, après un assez bon chapitre de Ginguené (t. II, 473-47$), aux gens qui veulent se dispenser d'étudier à même l'épopée de Pétrarque. C'est l'objet du second chapitre de sa thèse. On y voit que le songe de Scipion, d'après Cicéron, défraie les deux premiers chants ; au troi- d'histoire et de littérature. 267 âèrae et au quatrième, Lélius envoyé chez Syphax (mais il n'aurait pas fallu écrire miîtit apud.. . , p. 1 2) prononce ou écoute de longs discours $ur les antèr cédenls historiques de l'action; Sophonisbe, décrite avec une complaisance dont le véritable objet était sans doute Laure (qui n'est nommée nulle part dans les œuvres latines de Pétrarque), remplit à peu près deux autres chants (V, VI); il n'en reste que deux pour l'action épique, dont le point culminant est la bataille de Zama; le dernier chant (IX) n'est qu'un appendice, d'ailleurs assez curieux, où Homère entretient Ennius du chantre futur de Scipion. Ce que cette analyse attentive met surtout en relief, c'est l'importance d'une lacune inaperçue des premiers éditeurs, constatée depuis par plusieurs critiques, mais plus préci- sément évaluée par M. L. P., entre le 5* et le 6« chant. Elle serait, d'après la proportion des faits dans Tite-Live, que Pétrarque suit avec une excessive fidé- lité, d'une longueur de trois chants entierS; ce qui donne à VAfrica précisément les dimensions de l'Enéide. Après avoir démêlé, dans son troisième chapitre, les sources où le poète a puisé (Cicéron, Tite-Live, Virgile), M. P. le venge sans peine, dans le quatrième, du reproche d'avoir copié Silius Italicus, qu'il n'a pas connu, et réfute, après plusieurs érudits, le quiproquo de Lefebvre de Ville- brun au sujet d'un morceau prétendu pillé dans les Puniques, Ce qui suit, appré- ciation du poème, histoire de sa composition, de ses vicissitudes, de ses éditions n'offre également rien de neuf, mais nous livre l'essentiel des travaux antérieurs , les textes mêmes de Boccace, de Coluccio Salutati, de la correspondance de Pétrarque, y sont cités soit d'après les -meilleures éditions, soit même d'après les manuscrits. 'y b'otjrtnbncfrrg-'^-r'-r' -p? ?nrJ' -«(^hwi C'est d'après les mss. (au nombre de six, quatre de la Laurentienne tie Flo- rence, deux de Paris) qu'a été établi le texte de l'Africa (p. 81-362), dédié par le soigneux éditeur « egregio Petrarchse interpreti A. Mezières. » Il suffit de dire que malgré quelques passages douteux qui subsistent çà et là et quelques négligences dans la ponctuation, ce long poème, presque illisible jusqu'ici, n'offre plus de difficulté sérieuse. Qu'il ait fallu pour l'amener à ce point un long et minutieux travail, cela ressort de la seule indication des variantes des éditions précédentes, notées au bas des pages (il y en a six ou sept par page en moyenne). Il faut remercier M. L. P. d'avoir enrichi la bibliographie de Pétrarque d'une édition d'autant plus méritoire que personne avant lui, même en Italie, n'avait voulu s'assujettira ce que Rossetti appelle «la lunga e tediosa fatica di ridurre a corretta lezione tutti i nove libri del poema ». Léonce Couture. 78. — Erasme. Étude sur sa vie et ses ouvrages par Gaston Feugère, professeur au lycée Charlemagne, docteur ès-Iettres de la Faculté de Paris, i vol. in-8°, xvj et4J7 p. Paris, librairie Hachette et C*. 1874. Les ouvrages qui ont été publiés sur Erasme sont nombreux ; aucun cepen- dant ne répond aux exigences de la science moderne, et il reste là une lacune qu'on a souvent signalée. Le livre de M. Feugère vient-il combler cette lacune ? Nous n'oserions l'affirmer. M. F., sans doute, n'est pas un écrivain sans mé- 268 REWÊ (ÎRHIQOÉ ' rite. Il a de la lecture, il a surtout une manière d'exposer les faits qui ne manque ni de vivacité ni d'élégance. Mais il nous semble qu'il n'a montré ici ni l'érudition ni la solidité de critique que réclamait l'œuvre qu'il a entreprise. Avec Erasme, on est continuellement amené à toucher aux plus graves questions religieuses, théologiques et littéraires qui furent débattues de son temps. Ces questions, M. F. ne paraît pas les avoir toutes approfondies d'une manière suffi- sante. A chaque instant, en effet, on rencontre chez lui des assertions qui dénotent une connaissance très-imparfaite non-seulement du xvi« siècle en général, mais même de son sujet particulier. Ainsi, en parlant du mouvement réformateur, il dira très-sérieusement (p. 283) : « La Réforme ne resta pas longtemps dans les limites de la spéculation dogmatique », comme si la Réforme avait été à son début un mouvement théologique. Ailleurs (p. 57), il parle des Epistolae obscu- rorum virorum en ces termes : « Les Epitres des hommes obscurs, écrits par trois auteurs, dont le principal fut Ulric de Hutten, » comme si le nombre des auteurs des Epistolae était connu, et la part qui revient à chacun d'entre eux dans cette œuvre clairement déterminée. Plus loin encore (p. 61) à propos de l'édition du Nouveau Testament d'Erasme, il écrit : « Erasme avait collationné les plus anciennes éditions grecques. Des collèges et des monastères lui en envoyèrent plusieurs, » tandis que tout le monde sait aujourd'hui qu'Erasme n'a travaillé que sur quatre manuscrits de date assez récente et que la première édition de son Nouveau Testament fut préparée avec une hâte peu digne de la science. M. F. a interrogé Erasme lui-même pour raconter sa vie, il a puisé large- ment dans sa correspondance et dans ses écrits, et, de ce chef, ce volume présente une somme considérable de travail et offre un intérêt réel. Mais s'il a beaucoup consulté Erasme, M. F. n'a guère consulté les contemporains, ni surtout les adversaires de son héros; son ouvrage est une sorte d'autobiographie d'Erasme, ce n'est plus une étude impartiale et exacte. Ajoutons que M. F. ne paraît pas avoir été toujours jusqu'aux sources. Ainsi dans le paragraphe consacré à la controverse d'Erasme et de Luther à propos du libre arbitre, il cite à plusieurs reprises l'histoire des variations de Bossuet, mais jamais Luther lui-même. Enfin, il y a plus d'une lacune dans son livre. Les ouvrages écrits ou édités par Erasme ne sont même pas tous mentionnés, et les services rendus par lui à la science, et surtout à. la- science biblique , sont beaucoup trop laissés dans l'ombre. ';;ife^>?'3ii/&iincî' siJîi i^'jl -i^'.'^ut:^}? Nous pourrions mentionner aussi des lacunes dans la notice bibliographique qui se trouve en tête du volume : ainsi nous n'y trouvons marqués ni Stockmeyer , Erasmus in seinen Briefen an Bonifacius Amerbach, dans Schweiz. Muséum fur hist. Wissenschaften, 1839, ni Glaseus, Ueber Erasmus als Kirchenreformator, 1850, ni Woker, De Erasmi studiis irenicis, 1872, ni Rud. Staehelin, Erasmus Stellung zur Reformaiion, 1873, etc., nous pourrions citer une certaine quantité d'erreurs typographiques dans les noms propres : Smith au lieu de Schmidt (p. 133), Florimond de Semond au lieu de Remond (p. 188), Pirckeiraer au lieu de Pirck- heimer, etc.; mais nous n'insistons pas sur ces détails. En résumé, le livre de M. F. est d'une lecture très-agréable, il donne même, d'histoire kt de littérature. 269 dans certains traits, la vraie physionomie d'Erasme; mais, dans son ensemble, nous ne pouvons pas lui reconnaître de valeur scientifique réelle. Htim^i T'h- Gerold. 79. — Lord Herbert de Cherbury, sa vie et ses œuvres ou les origines de la phi- losophie du sens commun et de la théologie naturelle en Angleterre , par Charles de . RÉMusAT, membre de l'Institut. Paris, Didier. 1874. In-12, viij-3iop. — Prix: Histoire de la philosophie en Angleterre depuis Bacon jusqu'à Locke, par Charles de Rémusat, membre de l'Institut. Paris, Didier. 1875. ln-8'. I, vij-420 p. ~* II, 416 p. — Prix : 14 fr. Après avoir publié à part comme un épisode détaché de l'histoire de la phi- losophie anglaise moderne, M. de Rémusat a pensé qu'il était utile de donner une idée exacte des philosophes et de la littérature philosophique qui s'est pro- duite en Angleterre depuis le miheu du xvi* siècle jusqu'à la fin du xvii*. Dans une introduction, M. de Rémusat remonte (peut-être un peu trop haut) jusqu'aux origines de la nation et de la civilisation anglaises. Il entre dans son sujet pro- prement dit avec les prédécesseurs de Bacon, Wilson, Digby, Davies, Fother- by, Hooker, Raleigh. Il ne traite pas en détail de Bacon, sur qui il a déjà publié un travail justement estimé ' , ni de Herbert de Cherbury qui a été également l'objet d'une publication spéciale; il marque seulement leur place dans l'histoire qu'il a entrepris d'exposer, mais il s'arrête davantage sur les autres contempo- rains de Bacon, G. Herbert, Carpenter, Hakewill, Pemble, Crakanthorp, et sur l'histoire de la logique en Angleterre jusqu'au xviii« siècle. Un second livre contient l'histoire de la philosophie anglaise pendant la révolution, lord Brook, Culverwel, Chillingworth, Digby, White, Browne, Hobbes, Baxter, les adver-^ saires politiques de Hobbes, Harrington, Nevile, Sidney, Milton. Dans le troi-' sième livre M. de R. traite de la philosophie anglaise après la révolution, Which-^^ cot, John Smith, Wallis, Wortington, Wilkins, Cudworth, More, Sharrock, Cumberland, Barrow, Taylor, Tillotson, Whitby, Halyburton, T. Gale,^ S. Parker, Matthew Haie, Glisson, Wray, Boyle, Glanvill, Newton. Le qua- trième et dernier livre contient l'histoire de la vie et des ouvrages, et l'appré- - dation de la philosophie de Locke. -' Dans cette période fort agitée de l'histoire de l'Angleterre, la philosophie 1 anglaise est étroitement liée aux controverses reHgieuses et politiques qui ont- passionné les esprits. M. de R. a senti qu'il ne pouvait faire bien comprendre les idées émises en philosophie s'il ne faisait pas connaître la vie des philoso- '^ phes et le milieu moral où leur esprit s'est développé. Il s'est vivement inté- ^ ressé à cette partie importante de son sujet, et il y intéresse aussi ses lecteurs. '' L'exposition et la critique des idées philosophiques elles-mêmes ont eu, évi- '^ Il 0t»j»i ' — ■ — ' 'r'' '' ■■^^ 1. Bacon, sa vie, son temps, sa philosophie et son influence jusqu'à nos jours, par'; M. Ch. de Rémusat, membre de l'Institut. Paris, Didier. 1857. ^' .gJiKîàb 253 1UZ zeq zttonimCn ?.uon zî&m ,.^;3 ^isausd mém srmoD ,? , 550f.9-îg£"2éii stuJdsI ^nu'b Jaa ."^ M sb stvi! si ,àmiieài nH f 2J'0 .Àikvf- REVUE CRITIQUE demment, moins (battrait pour lui que la théologie et la politique. L'exposition est un peu sommaire, parfois obscure ; on voudrait des citations textuelles des passages les plus importants au bas des pages : car une traduction exacte des idées philosophiques exprimées dans une autre langue paraît à peu près impossible. La critique, très-intelligente et très-équitable d'ailleurs, n'entre peut- être pas assez dans le détail sur les points fondamentaux, particulièrement en ce qui concerne le système si important, à tous égards, de Hobbes. On voudrait aussi plus de développements sur le système de Locke. Les leçons de Cousin sur la philosophie de Locke ne sont qu'un travestissement; l'injustice en est Criante, la légèreté inconcevable '. Tout ce que M. de R. dit de Locke repose sur une étude approfondie du sujet et est inspiré par l'équité la plus scru- puleuse et la plus sympathique à ce ferme et noble esprit, le maître de nos pères de 1789. M, de Rémusat n'oublie du reste nulle part en ce livre les traditions de bon sens, de générosité et de libéralisme qui avaient été transmises à sa géné- ration : son ouvrage respire partout ces sentiments, et pour emprunter ses pro^ près expressions (II, 289), « cette fidélité sans illusion, sans enthousiasme, » sans défaillance à l'humanité, à la modération, à la liberté » qui est l'honneuf et le charme de son caractère. .u..<;d;jjii; -t-i Wi ^«dCîÊTÉS SAVANTES. -;. :lJ .aidn:- j, ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. .,XvUs;-,.i^.w/. ,i^ç~ — vji ::. Séance du 16 avril 1875, .h' -■.■■-■ ' tJttlé 'ftîlï^'éSJ 'M^'C)X^Vrias, secrétaire perpétuel de Hiiiâétûk des sciences, annonce que cette académie va faire frapper une médaille commémorative du passage de Véiius sur le Soleil et des observations qui en ont été faites, et -.;, I. En voici une preuve singulière. Locke dit (IV, xj, 12) : « Nous ne pouvons pas ■'» plus connaître qu'il y ait des esprits finis réellement existants, par les idées que nous » avons en nous-mêmes de ces sortes d'êtres, qu'un homme ne peut parvenir à connaître, » par les idées qu'il a des fées et des centaures , qu'il y a des choses actuellement exis- » tantes qui répondent à ces idées là. Et par conséquent sur l'existence des esprits {en » anglais « of finite spirits ») aussi bien que sur plusieurs autres choses, nous devons » nous contenter de 1 évidence de la foi. » Il n'est pas besoin d'avoir recours à IV, IH, 27, où Locke développe la même idée, pour voir que par esprits finis Locke entend les anges et les démons. Mais Cousin l'a compris autrement; voici comment il commente ce texte. Après avoir cité la première partie jusqu'à « ces idées là, » il ajoute (Philosophie de Locke, 1861, p. 259) : g£pTov TpaX/ouTou. Tofio; A', xeujroi; A'. Aide uàaav aKTTjdtv aTiEu ôuvxéov Ttpôç 6tev6uvTïiv. In-S", xxij-i44p. Venezia (Stamp. Greca, La Fenice). Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur. N' 18 Neuvième année. 1" Mai 1875 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS. Secrétaire de la Rédaction : M. Stanislas G u yard. Prix d'abonnement : Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus suivant le pays. PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 67, RUE RICHELIEU, 67 Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). ANNONCES jmrry ; — ~ ' ;';:i •'■ En vente à la librairie A, Franck, F. Vieweg propriétaire, 67, rue de Richelieu. BIBLIOTHÈQUE DE l'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES 2ie FASCICULE. TT'v/'iyyr TVT Y7 ^ Ammon-Ra des papyrus égyptiens du musée de 11 1 iVl IN IL Boulaq, traduit et commenté par Eugène Grébaut, avocate la Cour d'appel de Paris. 22 fr. 22e FASCICULE. LPTQ OT ThTÎDÇ ^^ Philippe. Poème en vers politiques de 1^^ rl-. Strabon, l'adversaire d'Ilium novum, identifie éga- lement le Simois avec le Dumbrek-sou. Il indique même d'une façon positive l'existence de ce confluent du Simoïs et du Scamandre, dont la disparition est la principale cause de l'obscurité qui règne sur cette topographie (XIII, i, 34). Quel que soit le sort qu'un examen plus approfondi ou des découvertes ulté- rieures réservent au système de M. Schliemann, nous croyons en tous cas qu'on ne saurait lui opposer l'hypothèse de Lechevalier. Par la clarté même avec laquelle il l'expose, M. d'E. en fait mieux toucher du doigt la faiblesse. P. Vidal-Lablache. 81. — Les Ëcorcheurs sous Charles VII. Épisodes de l'histoire militaire de la France au XV' siècle, d'après des documents inédits, par A. Tuetey, archiviste aux Archives nationales. Montbéliard, H. Barbier. 1874. In-S», iv-422 et 566 p. — Prix : 1 5 fr. ' Le présent ouvrage est le fruit d'un grand et consciencieux labeur. M. Tuetey a voulu réunir sur les Ëcorcheurs, comme les appellent les chroniques françaises, sur les Armagnacs comme les désignent plus volontiers les documents d'origine allemande', tout ce qu'il trouvait à portée de ses recherches scientifiques. Il a non-seulement mis à contribution les fonds des Archives nationales, les manuscrits de la Bibliothèque nationale, la collection Godefroy à la bibliothèque de l'Institut, etc., mais il est allé fouiller les riches dépôts de Dijon, de Strasbourg et de Nancy, afin de suivre sur les lieux la trace des affreux pillards dont il s'est fait l'historien. Grâce à une mission scientifique du ministère de l'instruction publique, il a pu visiter quelques-unes des archives de la Suisse, Bâle et Zurich et pour- suivre ses recherches jusque dans les dépôts publics de Stuttgart. De cette ex- cursion laborieuse, il a rapporté un butin scientifique considérable. Plus de sept cents pages de documents inédits attestent le zèle patient avec lequel M. T. a rempli sa tâche. Son ouvrage est un précieux complément, non-seulement aux ouvrages généraux sur notre histoire, mais encore à ceux qui se sont plus parti- culièrement occupés de cette période peu brillante de nos annales, de M. Vallet de Viriville, de M. de Beaucourt, le plus récent éditeur de Mathieu d'Escouchy, i" I. Ce mot, mal compris des populations allemandes, a fait naître le sobriquet plus répandu de Armen Gecken, mot à mot pauvres diables. d'histoire et de littérature. . 277 et de plusieurs autres encore. Il contrôle et rectifié bien des assertions inexactes, bien des données hasardeuses, il comble çà et là de regrettables lacunes. Nous ne voulons point dire par là qu'il ait épuisé la matière ' — l'auteur lui-même est bien éloigné sans doute d'une prétention pareille — mais on peut affirmer sans exagération aucune que les Ëcorcheurs de M. T. resteront pendant longtemps la mine de renseignements la plus abondante, dans notre littérature scientifique, comme dans celle du dehors, sur cet épisode plus curieux que réjouissant de l'histoire générale du xv* siècle. L'ouvrage (je parle du récit, renfermé dans le premier volume, tandis que le second contient les documents inédits) se divise en deux parties distinctes. La première, qui embrasse les années 143 5-1444, nous raconte l'origine des Ëcor- cheurs, formés principalement par les gens de guerre débandés après le traité d'Arras et, plus particulièrement, par les garnisons licenciées de la Champagne. M. T. nous décrit leurs principaux chefs, et les suit ensuite dans leurs courses vagabondes et pillardes à travers la Bourgogne, la Lorraine et l'Alsace, relevant dans les documents, fournis plus loin in extenso, les traits les plus caractéristiques des faits et gestes de ces féroces soudards. Il y en a de navrants et d'horribles, il y en a parfois de grotesques dans ces enquêtes dressées après leurs pillages, où tel vient raconter qu'on a tué ses bestiaux et brisé ses huches, tel autre qu'on a « forcé » sa femme, tel autre qu'on l'a rôti lui-même tout vif et qu'il n'a pu échapper que par miracle. Chacun vient aussi fixer le chiffre des dommages éprouvés par lui, dans l'espoir illusoire de voir arriver une indemnité qui ne devait jamais venir; bien peu sont aussi résignés que ce bon bourgeois de Château-Salins dont la femme effrayée accouche avant terme et qui déclare que «à Dieu en convengne du dommage, car y ne le sauroit estimer ». A propos de ces excès, je ne puis m'empêcher de faire remarquer à M. T. que, s'ils sont odieux en soi, ils ne sont nullement exceptionnels et qu'ils font partie de VArt de la guerre, telle qu'on l'a pratiquée jusqu'aux temps modernes. En lisant ces dépositions qui excitent à si juste titre l'indignation de M. T. je n'ai même pu m'empêcher de faire une réflexion qui l'étonnera peut-être, c'est qu'en somme, et tout comparé, les Armagnacs me semblent avoir été moins féroces que les Espagnols du xvF siècle, si horriblement démoralisés par leurs guerres d'Amé- rique et même que les soudards de la guerre de Trente-Ans. Si je voulais cher- cher des exemples plus modernes ils ne me manqueraient pas, on le sait, et l'on pourrait les puiser dans les annales militaires de toutes les nations civilisées de l'Europe. Je ne crois pas surtout que le fait d'avoir été des troupes irrégulières, des bandes pillardes et travaillant pour leur propre compte ait notablement influé sur la conduite des Ëcorcheurs, ainsi que M. T. semble l'admettre, si j'ai bien I . Le chapitre qui se rapporte à la politique allemande pourra surtout recevoir plus tard des développements nouveaux quand M. Weiszascker aura conduit la collection des Actes et réels de l'Empire jusqu'au règne de Frédéric III. Déjà maintenant on peut signaler dans cette direction un accroissement de nos connaissances, dans le travail que vient de publier M. Wùlcker, archiviste de la ville de Francfort, et que M. Tuetey n'a point connu, bien qu'il ait précçdé le sien : Urkunden und Schreikn, betreffend den Zug der Arma- g«adf/i (1439- 1444). Francfort, 1873, in-4'. 278 REVUE CRITIQUE SU le comprendre. Toutes les troupes régulières, royales et princières de ces temps — autant qu'il est permis de parler de troupes régulières pour cette époque — se conduisaient exactement de même. La seconde partie du récit, de beaucoup la plus étendue, parce qu'elle com- prend douze chapitres, tandis que la première n^en comptait que quatre, s'occupe de la campagne du dauphin Louis contre les Suisses de 1444 à 1445. Après un aperçu général sur la situation militaire de la France', sur l'état politique de l'Allemagne et de la Suisse, sur les vues politiques du dauphin et le but véritable de son expédition, M. T. nous fait assister au passage des Êcorcheurs par la Franche-Comté, à l'occupation du pays de Montbéliard, ainsi qu'à cette bataille de Saint-Jacques, près de Bâle, si glorieusement perdue par les confédérés suisses contre les forces supérieures des Français. Nous suivons les négociations du dauphin avec les Suisses et les princes allemands, se terminant par le traité d'Ensisheim et par l'évacuation des pays occupés par les Êcorcheurs, surtout de l'Alsace, s'accomplissant au milieu des négociations suivies avec la Bourgogne dont l'attitude passablement indécise ne laisse point que de surprendre, quand on songe aux forces dont aurait pu disposer cet État. Le volume se termine .brusquement à ce point et je n'hésite point à signaler à l'auteur cet arrêt pré- maturé, comme l'un des plus graves défauts de son livre. On dirait presque que les Armagnacs en franchissant la crête des Vosges vont disparaître dans quelque abîme inconnu; de fait, l'auteur qui sait fort bien sans doute ce qu'ils sont devenus, n'en dit plus rien à ses lecteurs. Il y a là un chapitre, et non le moins important, s'il est un des plus difficiles à faire, qui manque et que M. T. devra nécessairement ajouter à une seconde édition de son livre *. Le second volume comprend, par extraits ou dans leur entier, 1 19 documents d'importance diverse, dont beaucoup ont servi à former la trame du récit qui précède. Parmi les pièces qui nous ont paru les plus intéressantes, nous signalerons une série de lettres de rémission, accordées principalement à des paysans ayant assommé des Êcorcheurs. Il y a de bien jolis tableaux de mœurs à tirer de ces documents judiciaires, qu'on fera bien de publier quelque jour dans leur ensemble et qui fourniront la matière d'un curieux travail au chercheur intelligent qui s'emparera de cette tâche. Dans l'appendice, nous trouvons un itinéraire du dauphin ainsi qu'une volumineuse table des matières. Si nous devons juger maintenant le mérite littéraire du livre, nous aurons de sérieuses réserves à faire. M. T. évidemment a dû se hâter de mettre ses volumes au jour et cette hâte se fait sentir partout. Contrairement à l'habitude de certains écrivains, indignes, il est vrai, du nom de savant, mais encore trop nombreux chez nous, il n'a point sacrifié dans cette occurrence le fond à la forme, mais il a préféré terminer avec soin la partie scientifique de son labeur, sauf à rédiger 1 . Je ne puis m'empêcher de trouver que ce chapitre fait un peu double emploi avec celui qui se trouve au début de la première partie. 2. Je suis tout à fait d'accord avec M. T. quand il dit que le dauphin ne songeait guère par cette expédition à étendre les frontières de la France jusqu'au Rhin, mais qu'il voulait avant tout se défaire de ses gens de guerre, dont il ne savait que faire chez lui. d'histoire et de littérature. 279 très-vite les résultats sérieusement obtenus. Du moment que l'alternative est admise, je ne puis que féliciter M. T. d'avoir agi comme il l'a fait, mais je crains que le grand public ne soit point d'aussi facile composition que la critique scien- tifique. On ne saurait en fin de compte lui en vouloir, car on sent comme une certaine lassitude dans la manière dont les notes de l'auteur sont juxtaposées parfois, plutôt que fondues en un tout harmonieux. La rédaction n'est pas assez vivante, les recherches de détail se trouvent trop mêlées au récit même, et l'on sent que l'auteur a peur de faire des descriptions qu'on pourrait accuser d'être des tableaux de fantaisie. Il aurait pu cependant mettre un peu plus de verve dans ses narrations sans s'exposer à ce reproche, très-grave, en effet, pour un histo- rien, quand il est mérité. Il n'épuise pas non plus les sources qu'il connaît, pour développer son récit. Sans doute il était limité par des nécessités extra-scientifiques ou par quelque convention de libraire, car on s'expliquerait difficilement sans cela qu'écrivant un volume sur les Ecorcheurs, il n'y ait pas mis tout ce qu'on en pouvait savoir. Pour ne parler que de quelques auteurs plus spécialement intéressants on trouve, dans les chroniques strasbourgeoises de Kœnigshoven et de Meyer, une foule de détails sur le séjour des Armagnacs en Alsace, qui ne figurent point dans notre récit. Ce n'est pas de l'inédit, sans doute, mais qui donc en France connaît et lit ces sources allemandes du moyen-âge ? Il en est de même pour quelques détails que M. T. aurait pu emprunter aux chroniqueurs bâlois; son volume en aurait été plus complet, sans que son labeur en fût considérablement augmenté, puisqu'il connaît et a dû parcourir les sources dont nous parlons. Les textes allemands , assez nombreux, ont quelque peu souffert, soit à l'im- pression, soit à la lecture, et la ponctuation surtout y est souvent fautive. C'est d'ailleurs un fait général, et dans tout le volume l'auteur devra faire une scrupu- leuse révision de ces signes de convention faits pour guider et non pour dérouter le lecteur'. Le sens aussi y est quelquefois mal saisi, ce nous semble 2. Enfin, pour en finir avec ces critiques minutieuses, nous remarquerons encore que M. T., qui reproche à M. Vallet de Viriville de ne pas conserver toujours la même orthographe, varie fort souvent dans la sienne. Une fois il écrit Mass- miinster et plus tard Massevaux, Montreux, puis Monsîreuil, Roîhelin, puis Rœîteln, Phêffingen, puis Pfeffingen, Buxières et Bussières, Foui et Fol, etc. î Les critiques de détail et de forme, que je n'ai point ménagées à l'auteur des 1. I, p. 257. Pour sechten lisez sechsten. P. 251. den pour die. Il, p. 275. Ast ichzit ne signine rien et doit être une faute de lecture, etc. 2. La phrase wie vil ir erstochen, etc. (I, 229) ne signifie pas combien des vôtres mais combien d entre eux (des ennemis). j. Une curiosité bibliographique des deux volumes, c'est qu'ils ont identiquement le même titre. On n'a porté que sur le dos de la couverture les chiffres I, II; c'est un oubli que je signale en passant à l'auteur. — Voici d'ailleurs encore quelques menues correc- tions et observations glanées en passant. Vol. I, p. 222, lisez 1844 pour 1444. — P. 295. « Schilter et Laguille s'accordent » — sans doute, puisque Laguille copie Schilter. — P. J12. La localité de Chauffleseuih qui intrigue M. T. est sans doute le village de Schaelîolsheim. — V. II, p. 319, il faut lire beurenî pour heurent. — P. 167. Au lieu de Jansson lisez Jannssen, etc. 28o REVUE CRITIQUE Ëcorcheurs, n'entament en rien l'utilité scientifique de son travail. Pour le tra- vailleur, qui ne s'arrête point aux grâces du style, un volume savant mais mal écrit vaut mille fois mieux que les plus beaux discours académiques ; mais si pour lui « le moindre grain de mil fait mieux son affaire », il n'en est pas de même du public lettré, pris dans son ensemble. Nous souhaitons que M. T. soit bientôt appelé à publier une seconde fois le fruit de ses longues et consciencieuses études. Il aura sans doute alors tout le temps nécessaire pour donner à son tra- vail une tournure plus littéraire, et pour changer en une œuvre d'art, sans rien sacrifier du fond, ce qui n'est encore aujourd'hui qu'un recueil instructif et presque complet de documents relatifs à un point fort intéressant de l'histoire du xve siècle. Rod. Reuss. 82. — Essai sur l'éloquence judiciaire en France avant le dix-septième siècle, par Théod. Froment, docteur ès-lettres, professeur de rhétorique au lycée de Bordeaux, i vol. in-S» de xvj-367 p. — Prix : 5 fr. L'Éloquence et le barreau dans la première moitié du seizième siècle, par le même. In-8» de xij-9$ p. Paris, Ern. Thorin. 187$.— Prix: 2 fr.; ne se vend pas séparément. Le sujet de ce livre était assez neuf pour tenter un littérateur de goût et de talent, car, malgré le développement que l'histoire littéraire a commencé à prendre chez nous depuis quelques années, aucun travail d'ensemble n'avait encore été consacré à l'éloquence judiciaire française. Il faut ajouter tout de suite que ce sujet était vraiment trop vaste pour une thèse de doctorat ès-lettres. Sans prétendre apprécier l'usage actuel qui admet toutes sortes de recherches littéraires, même très-étendues, pour cet exercice plus naturellement approprié à une question déterminée et susceptible d'une discussion précise, il est difficile de comprendre comment toute l'histoire littéraire et morale de l'ancien barreau français pourrait tenir dans les limites d'une soutenance. De là des lacunes de toute sorte dans le livre, d'ailleurs estimable, de M. Th. Froment; de là aussi la publication postérieure de ce demi-volume de supplément destiné à combler la plus grave de ces lacunes : une longue période assez riche et qui manquait presque absolument à sa thèse. Nous ne voulons pas insister sur ce point, qui mérite pourtant l'attention des aspirants au doctorat et qui intéresse tous les amis des saines et fortes études ; car les thèses, qui ont déjà rendu tant de services, seront d'autant plus utiles au progrès de la critique qu'elles s'appliqueront à éclairer des faits obscurs en lais- sant aux vulgarisateurs les expositions sommaires, les analyses ou les rappro- chements simplement spirituels et agréables. Envisageons le travail de M. Th. Fr. comme un pur essai littéraire; de ce point de vue même, tout en rendant hommage à l'agrément de la forme et aux qualités judicieuses du fond, nous devrons nous plaindre que les recherches de l'auteur aient porté sur des travaux précédents plutôt que sur les sources, et qu'il se soit taillé un cadre trop étroit pour le nombre et l'importance des groupes et des figures qu'il s'est chargé de peindre. Notez encore qu'en déterminant son sujet à la fin de son Avant-propos d'histoire et de littérature. 281 (après avoir cherché les origines de l'éloquence judiciaire à Athènes et à Rome), il est loin de le borner à des questions de méthode et de style, et prétend bien se préoccuper des institutions,, des idées, des mœurs, des caractères, toucher à tout en un mot, évidemment à condition de ne rien approfondir. Ainsi, dans un seul chapitre, d'une cinquantaine de pages, l'auteur a réuni tout ce qui concerne l'éloquence profane, et même les institutions judiciaires, au xiii", au xiv«, au xve siècle, époques si curieuses et si pleines, au seul regard de ce sujet spécial. Aussi ne s'attendra -t-on pas à trouver ici, sur Philippe de Beaumanoir, sur Pierre de Cugnières, sur Jean Petit et sur tant d'autres per- sonnages crayonnés d'un trait si rapide, autre chose que le résultat des recher- ches les plus connues. Il y aurait eu quelque chose à dire sur le langage des vieux monuments de notre prose judiciaire. M. Th. Fr. a peu songé à cette tâche, pour laquelle il est peut-être incomplètement préparé. C'est au moins une observation bien banale, à la suite d'une citation de Beaumanoir, de dire que « la langue a vieilli et aurait presque besoin d'une traduction aujourd'hui (p. î7). » Encore faut-il louer, dans un professeur de l'enseignement secondaire, le soin qu'il a eu d'accompagner les vieux textes de notes philologiques fort communes, mais assez exactes. Il y en a pourtant d'inutiles, par exemple l'explication du mot loyer (p. 3). Dans les notices renvoyées en appendice à la fin du volume, et qui, dépourvues de presque toute référence bibliographique, ne constituent qu'une série de sommaires sans valeur sérieuse, je noterai l'ar- rangement très-irrégulier du couplet latin rhythmique sur saint Yves (p. 340). Le xvie siècle est traité avec plus d'étendue, sinon de nouveauté. Les trois chapitres sur Etienne Pasquier, Antoine Arnauld, Simon Marionsont des études biographiques, littéraires et morales d'un véritable intérêt et d'une rédaction élégante. L'esprit qui anime ces pages trop peu originales, c'est un certain optimisme, corrigé par un sentiment sérieux de l'honnête et du beau, mais pourtant excessif. On peut difficilement s'empêcher de l'attribuer ou à une ex- trême docilité pour les appréciations courantes, ou à un parti pris d'admiration pour le rôle politique, religieux et moral de la magistrature et du barreau fran- çais. La sympathie la plus légitime pour l'action, nécessairement assez mêlée, de ces corps respectables aurait dû au contraire encourager l'auteur à un examen plus précis et plus personnel des hommes et des choses. M, Th. Fr. s'est trop peu préoccupé de rajeunir des sujets déjà fort étudiés, mais où des recherches approfondies auraient facilement ouvert des vues nouvelles, au moins sur les détails. Ce n'est pas assez, en ce genre, que des rapprochements vulgaires entre nos vieux orateurs et le défenseur de Milon, ou des fantaisies agréables, comme une citation de Lamartine sur la propriété littéraire à propos d'un plaidoyer de Marion (p. 249). L'affaire des Jésuites et de l'Université, qui tient une grande place dans la thèse de M. Th. Fr., lui fournit plus d'une occasion de recon- naître loyalement l'injustice de certains griefs, l'atrocité de certaines insinua- tions; mais une étude plus serrée des faits historiques l'eût amené à plus de largeur encore dans son jugement sur ce gros procès. Il aurait fallu, par exemple, à propos des reproches adressés à la politique peu nationale des premiers i82 REVUE CRITIQUE Jésuites au nom de l'Université, apprécier nettement le rôle de cette dernière pendant la Ligue. Au reste, une excessive modestie est peut-être le vrai principe de ces lacunes dans un travail honnête et judicieux : M. Th. Fr. se croit trop obligé de parler d'après quelqu'un. C'est ainsi qu'il analyse Gerson d'après M. Berryer (p. 57), Jean Petit d'après M. Gerusez (p. 45), le Songe du Vergier d'après Lenient (p. 40), qui lui a fourni aussi les détails de la polémique de Louis Servin avec le P. Garasse (p. 287), pour laquelle il aurait dû au moins renvoyer à l'exposition si complète de M. Ch. Nisard (Les Gladiateurs, 1860, t. II). Le sujet aurait dû s'enrichir aussi de quelques indications sur les divers parlements de France. Grâce à la Guyenne de Loisel, Bordeaux a une certaine part (p. 290) dans ce tableau ; mais tout le reste concerne exclusivement Paris. Le travail séparé de M. Th. Fr. sur la première moitié du xvi^ siècle est assurément plus neuf que le précédent et il semble que l'auteur est moins éloigné de creuser son sujet. Mais il a puisé encore à peu de sources, et le Dialogue de Loisel sur les Avocats est presque son seul guide. Est-il d'un chercheur sérieux de renvoyer purement et simplement, pour les détails historiques les plus déli- cats, à Henri Martin et surtout à Voltaire, au lieu d'apporter les textes décisifs des mémoires contemporains ? — En somme, on lira tout ce travail avec plaisir et non sans fruit, et nous aurions pu le présenter au public avec un éloge pur et simple de l'agréable talent de l'auteur. Il nous a paru qu'il valait mieux y noter avec quelque insistance des défauts purement négatifs, mais trop ordinaires chez nous dans les travaux de ce genre. Léonce Couture. 83 .—Histoire et théorie de la musique de l'antiquité, par Fr. Aug. Gevaert. Tome I. Gand. 187$. Typographie C. Annoot-Braeckman. xiv-45op. — Prix : 3ofr. L'ouvrage de M. Gevaert se composera de deux volumes. Le premier, le seul publié, traite de ce qui dans la musique ancienne concerne V harmonique et la mélopée, c'est-à-dire l'étude des intervalles, des systèmes, des modes, des tons, des genres, puis du mélange de ces divers éléments dans la composition musicale. Cette partie technique, qui occupe la plus grande partie du volume, est précédée d'une analyse des sources, d'un coup d'œil sur les caractères géné- raux de la musique gréco-romaine, enfin d'un résumé historique des diverses périodes de cette branche de l'art antique depuis les origines jusqu'à la déca- dence de l'empire romain. Ce volume est terminé par une histoire de la notation musicale antique. Le deuxième volume comprendra l'étude de la rhythmique et des instruments. Une fois achevé, le livre de M. G. sera le plus étendu et le plus complet que nous possédions sur ces matières, et cet ouvrage, nous en sommes certain, jouira d'une grande autorité. Musicien de premier ordre, initié à tous les secrets théoriques et pratiques de son art, érudittrès au courant de la littérature ancienne et moderne relative à l'histoire de la musique, M. G. réunit au plus haut point ces deux qualités de savant et d'artiste dont l'alliance est indispensable à une étude approfondie de la musique de l'antiquité. d'histoire et de littérature. 285 L'ouvrage est déjà assez avancé pour qu'on puisse apprécier l'excellente mé- thode de l'auteur, louer ses recherches patientes, sa consciencieuse érudition, sa pénétrante sagacité comme musicien. M. G. le déclare dans sa préface : il n'a pas eu la prétention de réaliser une véritable restauration de l'art musical antique. Dans l'état actuel, cette préten- tion serait parfaitement vaine. « Supposons, dit l'auteur, que l'invasion des » barbares au v^ siècle n'eût épargné aucun édifice antérieur au siècle d'Auguste, » et que pour étudier l'architecture grecque nous n'eussions que les théories de » Vitruve d'une part et de l'autre quelques constructions médiocres du ii^ et du » iii'^ siècle ' : tel est à peu de choses près le problème désespérant qui s'offre à » l'historien de la musique gréco-romaine. Il importe donc de ne pas se faire » illusion sur les résultats possibles de notre genre d'études. Ce que nous pouvons » savoir est bien peu de chose en comparaison de ce que nous sommes condamnés )) à ignorer et ne satisfait notre curiosité que dans une mesure des plus restreintes. » Mais il serait déraisonnable de prétendre que ne pouvant tout connaître, le vrai «sage doive se résoudre à tout ignorer... « Conformément à ces judicieuses paroles, l'auteur abordant un sujet que Fortlage représentait comme « envahi » par l'erreur et le non-sens », qu'Helmholtz appelle « un ramassis de détails » incohérents », s'est donné pour tâche de chercher à écarter les chimères et les contradictions qui ont si longtemps obstrué cet obscur domaine, et à ressaisir au moins une partie de la vérité concernant l'histoire et la constitution de la musique dans l'antiquité. Guidé par les travaux de Bellermann, de Vincent, qui ont les premiers renouvelé l'étude de la matière par une analyse minu- tieuse des textes, guidé surtout par les ouvrages de Westphal qui reprenant le sujet de fond en comble l'a fait sien par sa vaste érudition, ses investigations patientes, ses vues hardies, parfois même aventureuses. M, G. a successivement I. Les débris « médiocres » de l'art musical antique auxquels l'auteur fait ici allusion sont les trois hymnes à la Muse, à Hélios et à Némésis , conservés en notation grecque dans plusieurs manuscrits et qui ont été mainte fois publiés et commentés. En dehors de ces fragments les seuls restes musicaux absolument authentiques sont des exercices pra- tiques de musique instrumentale analogues à ceux qui remplissent nos méthodes élémen- taires, et que Bellermann et Vincent ont reproduits d'après les Traités anonymes. Le début de la première Pythique de Pindare, publié en notation grecque par le jésuite Kircher et qui serait le seul débris de la grande époque classique, n'est pas d'une authenticité sûre. Le P. Kircher, on le sait, affirmait avoir copié ce chant sur un manuscrit appartenant à la bibliothèque d'un couvent près de Messine. Jusqu'à ce jour on n'a pu retrouver ce manuscrit. Ce chant n'a d'ailleurs que quelques mesures et est assez insignifiant. Enfin une courte mélodie présentée par le compositeur vénitien Marcello (XVII« siècle) comme un hymne à Déméter est très-suspecte. Pour retrouver d'autres restes de l'art musical antique, il faut recourir à la liturgie de l'Église qui a certainement hérité des traditions du chant ancien et nous en a transmis des parcelles. Mais là aucun indice sûr ne nous fixe sur la provenance et la date des divers documents. M. G. dans son étude des sources semble promettre, probablement pour son 2' vol., une analyse critique approfondie du vaste recueil des chants sacrés de l'Église romaine. Ce serait là un travail plein d'intérêt et qui pourrait produire au point de vue de l'histoire de la musique ancienne d'importants résultats. Un savant allemand, M. Johannes Tzetzes, vient d'entreprendre un travail analogue sur les chants de l'Église grecque. Dans son livre, dont nous n'avons lu que les premières pages, M. Tzetzes établit que la liturgie grecque fournit une source précieuse d'études pour l'histoire de l'art musical antique (Ueber die altgriechische Musik in der griechischen Kirche. Munich, 1874). 284 REVUE CRITIQUE attaqué le jîroblème sous toutes ses faces. Tant qu'une heureuse découverte ne révélera pas de documents nouveaux, de documents musicaux surtout (M. G. fait remarquer que les quelques mesures de mélodies antiques qui ont été retrou- vées ont jeté autant de clarté sur la matière que les sept théoriciens publiés par Meibom), son livre peut être considéré comme l'inventaire le plus détaillé qui existe de ce qu'il nous est donné de connaître actuellement du système musical des Grecs et des Romains. M. G. a condensé dans son ouvrage la substance des principaux écrits de ses devanciers et notamment de Westphal qu'il déclare lui-même avoir suivi pas à pas et dont le nom revient plusieurs fois dans chacun de ses chapitres. Parmi de nombreux mérites le livre de M. G. a incontestable- ment celui de présenter sous une forme nous ne dirons pas attrayante — un exposé théorique et technique de l'art musical antique n'aura jamais cette qua- lité — mais au moins accessible et intelligible, un sujet naturellement obscur et qui dans certains ouvrages allemands revêt une forme par trop pénible et ardue pour le lecteur. On voit que l'auteur a fait des efforts dignes d'éloges pour sou- mettre au public un exposé aussi lucide que possible ; il y est parvenu jusqu'à un certain point par une division très-rigoureuse et très-nette des matières, par le soin qu'il a pris de traduire toutes les données de la nomenclature antique en langage ou même en notation musicale moderne, enfin, — et c'est là un des côtés les plus originaux et les plus utiles de son livre — par les fréquents rap- prochements qu'il établit entre des exemples tirés de l'ancienne théorie et des fragments de chants de la liturgie de l'Eglise, ou des mélodies populaires de diverses contrées et de diverses époques. Ces rapprochements lui permettent de faire ressortir d'une façon saisissante la complète conservation dans le chant liturgique des principes constitutifs de l'art musical antique et par là d'éclairer bien des points au premier abord peu saisissables de l'ancienne théorie. Le livre de M. G. a d'autres mérites que la clarté, et il sera lu avec fruit même par les personnes à qui les ouvrages des auteurs précédemment nommés et notamment ceux de Westphal sont familiers : elles trouveront dans ce livre les idées du savant allemand soumises au contrôle minutieux d'un esprit rigoureux, d'un musicien éminent qui complète sur plusieurs points les conclusions de son devancier, qui les rectifie sur d'autres points, qui apporte enfin dans plusieurs parties de ce vaste sujet des idées personnelles très-dignes d'attention. Signalons parmi les chapitres que M, G. éclaire de lumières nouvelles, celui où l'auteur traite de l'emploi pratique des genres connexes au diatonique, des genres enharmonique et chromatique, et le chapitre relatif aux nuances {yjpoiC} . La grande expérience musicale de l'auteur lui a permis de serrer de près l'étude de ces points obscurs de la théorie antique, et de rendre une certaine réalité pratique à des distinctions minutieuses que beaucoup d'auteurs avaient jusqu'ici consi- dérées comme de pures spéculations '. Westphal et Helmholtz avaient déjà com- battu ce parti pris de reléguer dans le domaine de la théorie les indications des auteurs anciens sur les délicates modifications apportées par les musiciens grecs à l'accord de certains intervalles de la gamme. M. G. complète leurs démonstra- I. Voir notamment Fétis, Histoire générale de la musique. Tome III, ch. III et IV. d'histoire et de littérature. 285 tions sur ce point par une analyse approfondie du sujet et d'ingénieuses compa- raisons tirées de quelques faits analogues de la musique moderne. Dans la longue et intéressante étude qu'il consacre à la partie restée sans contredit l'une des plus controversées de la doctrine musicale ancienne, celle qui concerne les modes, M. G. arrive aux mêmes conclusions que Westphal. Il adopte les idées nouvelles et encore discutées de celui-ci sur la constitution de l'échelle des modes phrygien, lydien et dorien, dont la dernière note grave au lieu d'être la tonique de la gamme comme c'est le cas pour les modes hypo- phrygien, hypolydien et hypodorien prend suivant Westphal et M. G. le rôle de la dominante ; réforme dont le premier résultat est de changer le caractère du mode lydien qu'on avait voulu considérer comme l'équivalent de notre mode majeur et de supprimer parmi les modes grecs tout mode semblable à ce der- nier. M. G. adopte également la thèse de Westphal sur le mixolydien dont la note finale serait en réalité la tierce majeure de la gamme et non la tonique. A l'appui de ces idées M. G. cite et commente un passage de Gaudence qui avait échappé au savant philologue allemand. Sans se borner à cette reconstitution en quelque sorte matérielle des modes antiques, M. G. cherche à pénétrer, et à pénétrer plus avant même que Westphal dans la théorie hellénique relative au caractère moral, à Vethos des modes, théorie qui semble au premier abord être devenue si insaisissable au sentiment moderne. Là encore prenant la question surtout par le côté musical, l'auteur se livre à une curieuse analyse du caractère harmonique propre aux différentes octaves et des accords tonaux ou modulants que permet la structure de chacune d'elles : il met en relief la physionomie particulière qu'empruntent les mélodies dont elles fournissent les éléments à la terminaison constante du chant sur la tonique, sur la dominante ou la médiante ; enfin il établit d'ingénieux rapprochements avec des caractères analogues retrouvés dans les chants de la liturgie ou même dans l'art musical actuel. S'il ne parvient point à accorder entre eux ni à élucider complètement les célèbres passages de Platon et d'A- ristote sur ce sujet, passages qui resteront toujours pour nous quelque peu mystérieux, on ne peut nier que M. G. ait introduit dans la discussion de ce problème tant de fois agité des éléments nouveaux. En dehors de la partie technique, la plus longue et la plus importante du vo- lume, écrite comme le dit l'auteur « par un musicien pour des musiciens », et que par cela même nous ne pouvons pas analyser ici en détail, on lira avec intérêt les pages que l'auteur consacre à apprécier les caractères généraux et les ten- dances esthétiques de l'ancien art musical. M. G. montre bien comment cet art très-pauvre au point de vue de l'harmonie simultanée des sons, — harmonie représentée uniquement par quelques accords dans la partie instrumentale, les parties vocales étant exclusivement chantées à l'unisson ou à l'octave — très- pauvre aussi au point de vue des instruments, pouvait tirer de puissantes ressources du concours des autres arts musiques, de la poésie et de Vorchesîique ou action théâtrale rhythmée; comment aussi même sur le terrain purement musical, l'habileté d'exécution des virtuoses, la délicatesse des ornements et des nuances introduites dans le chant, enfin l'élévation et la simplicité du sentiment 286 -iât-i» ' REVUE CRITIQUE -rurn d'où s'inspirait la mélodie devaient produire des effets qui nous échappent en partie, mais qui n'en étaient pas moins très-réels. Si nous avons tant de peine à apprécier la valeur de quelques-uns des éléments de l'art antique n'en concluons pas que cette valeur fût purement imaginaire : constatons plutôt, comme le dit judicieusement M. G,, que notre oreille accoutumée depuis des siècles à un art compliqué où la polyphonie, la variété des timbres et des accords jouent un rôle prédominant, est devenue insensible aux combinaisons toutes différentes d'un système musical essentiellement homophone. Pour retrouver quelque chose de l'impression qu'éprouvaient les auditeurs helléniques à l'audition des compositions d'un Terpandre ou d'un Olympe, M. G. renvoie avec raison à quelques-uns des beaux chants de la liturgie, au Te Deum par exemple : a Pour quiconque, dit-il, aura appris à sentir la beauté vraiment musicale de ces chants, l'art qui a présidé à leur construction mélodique, le problème de la valeur esthétique des compo- sitions antiques sera résolu. Mais il restera obscur et incompréhensible pour ceux à qui la polyphonie et l'instrumentation paraissent des conditions indispen- sables d'un art sérieux, n L'histoire du développement et des diverses phases de l'art musical helléni- que se trouve naturellement mêlée assez étroitement dans l'ouvrage de M. G. à l'exposé de la théorie et de la technique. Cependant l'auteur au début de son vo- lume a cherché à résumer en un chapitre le tableau des principales périodes de cette histoire. A l'exemple de Westphal il extrait ce tableau presque tout entier du Dialogue sur la musique de Plutarque en complétant les renseignements que fournit cet écrivain par les rares indications contenues dans d'autres auteurs. Westphal le premier a fait ressortir toute la valeur qu'offre au point de vue de l'histoire de la musique, malgré sa brièveté, l'opuscule de Plutarque par l'an- cienneté et l'authenticité des documents qui y sont résumés '. L'historique tracé par M. G. s'étend depuis la période archaïque représentée par Terpandre, Clonas, Archiloque, Olympe, jusqu'à la décadence romaine. Il y a nécessaire- ment dans ce tableau de grandes lacunes que le « dénombrement » le plus souvent très-somm.aire de Plutarque ne permet pas de combler : cependant le caractère essentiel de l'art aux différentes époques s'y trouve défini avec assez de netteté. Terminons en souhaitant la prochaine publication du 2^ vol. de cet important ouvrage. Une table des matières plus détaillée que celle que contient le i^' vol. se trouvera, nous l'espérons, dans le volume suivant. > yii-iji , La belle exécution typographique de ce livre fait le plus grand honneur à l'habile imprimeur-éditeur de M. Gevaert. E. ' ' SOCIÉTÉS SAVANTES. ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. Séance du 23 avril 1875. M. L. Renier annonce l'intention d'exposer dans la prochaine séance son opinion sur la question des tribuni miiitum a populo. 1. Voy. Westphal, Geschichte der alten und mittelalterlichen Musik. I. Abtheilung, et le même ouvrage III. Abtheilung. Plutarch ûber die Musik. d'histoire et de littérature. 287 M. Egger présente de la part de M. Reinhold Dezeimeris, de Bordeaux, divers volumes et brochures publiés par lui '. 1, i^-^'ï «*i»',9<*|ïrtUHU pb 5nn's:> oi M. Garcin de Tassy présente le j" fascicule d'un nouveau journal portugais, 0 cenaculo, revista àa literaîura portugaeza, dirigé par M. de Figueirido, Ce n° contient une étude de M. Coelho sur l'origine sanscrite du conte de Belphégor. M. Delisle présente, de la part des auteurs, une étude sur les derniers États de la province de Normandie au 17^ siècle, par M. de Beaurepaire, et un mé- moire de M. Jules Lair sur deux chroniques latines composées au 12* siècle à l'abbaye de S. Denis. M. de Longpérier présente de la part de M. Buhot de Kersers la première livraison d'une publication intitulée Statistique monumentale du département du Cher. M. Bertrand commence la lecture d'un mémoire intitulé Les Gaulois. C'est une étude destinée à former l'art. Galli du dictionnaire publié par la commission de la topographie des Gaules. M. Bertrand ne pense pas que les mots de Celtae, Galli, Galatae, aient eu à toutes les époques la même signification et aient dési- gné un même peuple, mais au contraire qu'ils ont été appliqués, selon les temps, à des peuples aussi différents entre eux que les Francs le sont des Français, auxquels ils ont pourtant donné leur nom, les Angles des Anglais, les Alemanni des Allemands, etc. Ecartant de la discussion le mot Celtae, sur lequel les témoignages anciens sont extrêmement confus et contradictoires, il cherche à déterminer par un classement chronologique des textes le sens qu'ont eu aux diverses époques les noms de Galli et de Galatae. Les Galli, la première fois que l'histoire les mentionne, sont les barbares qui envahirent l'Italie, en l'an 390 avant notre ère et s'emparèrent de Rome. Nous avons sur ces barbares des ren- seignements précis : c'étaient des hommes grands, à la peau blanche, aux che- veux blonds et aux yeux bleus, comme tous les peuples du Nord. Polybe (2, 17) place l'habitation de ce peuple sur les deux versants des Alpes, jusqu'aux limites de la Lombardie d'un côté, du Tyrol et de la Bavière de l'autre, et nullement dans la France actuelle, que nous avons l'habitude d'entendre sous le nom de Gaule. Nous avons aussi sur les mœurs de ces peuples, ainsi que sur celles de divers peuples congénères qu'on trouve mentionnés à la même époque en d'autres parties de l'Europe sous le nom de Galatae, des témoignages concor- dants : c'était une race militaire, vivant d'une vie sauvage dans des villages sans murailles, élevant des troupeaux, sans caste sacerdotale et sans autres institu- tions politiques que celle de la clientèle. Ils avaient pour arme caractéristique de longues épées en fer mal trempé, à deux tranchants et à pointe mousse, dont les fouilles ont fait retrouver des spécimens dans l'E. de la France. Quant au pays d'origine de ces Galli, notamment de ceux de l'invasion de 3 90, il semblerait I. Recherches sur l'auteur des épitaphes de Montaigne, i86i ; Œuvres poétiques de P. de Brach, 1861-62; Discours sur la renaissance des lettres à Bordeaux au xvi* sikle, 1864; Recherches sur la recension du texte posthume des Essais de Montaigne, 1866; Remarques et corrections d'Est, de la Bo'étic sur le traité de Plutarque intitulé epwTwoç, 1867; Note sur l emplacement de la villula d'Ausone, 1869; Essais de Michel de Montaigne, 1870-73 ; Lettre à M. Ph. Tamizey de Larroque sur les poésies de J. Rus, 1875 ; Poésies françaises, latines et grecques de Martin Des pois, 1875. 288 REVUE CRITIQUE D'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. naturel de le chercher, comme pour les autres barbares envahisseurs, dansl'E, et le centre de l'Europe, mais c'est une opinion différente qui a été admise jusqu'ici : on a cru, d'après Tite-Live (1. 5, ch, 34), que les envahisseurs de l'Italie venaient du pays des Bituriges, situé au centre de la Gaule au sens où nous entendons aujourd'hui ce mot. M. Bertrand croit que c'est une erreur, qui pro- vient du sens que ces noms de Galli et de Gallia avaient pris déjà au temps de Tite-Live et qu'ils ont gardé depuis. En effet nous trouvons dans Tite-Live une énumération des peuples gaulois qui prirent part à l'invasion de 3 90, toute différente de celle que donne Polybe : puis Tite-Live y ajoute en manière de supplément une seconde liste semblable à cette dernière. Or dans la première liste de Tite- Live figurent les plus puissants des peuples gaulois contre lesquels César eut à lutter, les Bituriges, les Éduens, les Carnutes, les Arvernes, tous inconnus à Polybe : cette liste est donc probablement une fabrication postérieure, faite sous l'influence de l'effet que produisit la conquête de César, et reproduite par T. Live, en même temps que la tradition véritable qu'avait donnée Polybe. D'un autre côté, la description que César nous donne des Gaulois qu'il combattit est fort différente de ce que nous savons des Galli de l'époque précédente. Les Gaulois de César n'étaient pas un peuple de soldats ; on distinguait parmi eux une classe inférieure, le peuple, et deux classes dirigeantes, celle des chevaliers et celle des druides. Celle-ci surtout avait une influence extrême. Presque tout le pou- voir était entre les mains des druides. Ils avaient une organisation savante, des écoles fréquentées dans lesquelles ils enseignaient une philosophie et une religion spiritualistes, et par lesquelles ils se recrutaient sans cesse. Il n'y a rien là qui ressemble à la peinture que nous fait Polybe des envahisseurs de 390. — A ces arguments s'en ajoutent d'autres, tirés de Parchéologie que M. Bertrand exposera dans sa prochaine lecture. M. A. Bergaigne continue la lecture de son mémoire sur l'arithmétique mytho- logique du Rig-Veda. Ce mémoire a pour objet de montrer que la plupart des nombres que l'on rencontre dans la mythologie du Rig-Veda sont fournis par différents systèmes de division de l'univers et par les places du feu ou du soma qui correspondent à ces divisions. L'auteur étudie à cet effet deux lois suivant lesquelles des nombres, une fois consacrés, peuvent en engendrer d'autres qui prennent place à leur tour dans la doctrine mythologique. — 1° Loi de multipli- cation des nombres. Du nombre de 3 mondes, ciel atmosphère et terre, on passe à celui de 3 ciels, 3 atmosphères et 3 terres. Ceci se rattache à un usage gram- matical de la langue védique qui consiste à mettre au duel ou au pluriel le nom des objets qui font ordinairement partie d'un couple ou d'une triade. — 2° Loi de formation des nombres par l'addition d'une unité. Aux nombres consacrés des mondes dans les différents systèmes de division de l'univers, les poètes védiques ajoutent une unité pour exprimer le monde du mystère. Julien Havet. Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. Nogent-le-Rolrou, imprimerie de A. Gouverneur. Types Gaulois et celto-bretons. 2" éd. revue et corrigée par A. Maury. Pans, Maisonneuve. In-8«, x-M9 P- ("'est pas au courant de la science). — Rigveda Samhitâ éd. Max Mûller. Vol. VI (cf. Rev. crit. 187$, n" 1 5). - Schonbach, Ueber die Marienklagen (cf. Rev. ait., 1875, I, p. 119); Hartmann, VVeih- nachtlied und Weinachtspiel in Oberbayern. Mùnchen, Kaiser. In-8», 190 p. Freybe Das Mecklenburger Osterspiel vollendet im Jahre 1464 zu Redentin. Bremen, Kùhtmann. In-8", xvj-428 p. — Verzeichniss der Handschriften der Stiftsbibliothek von St. Gallen. Halle, Buchh. d. Waisenhauses. In-8", xiv-6$op. (catalogue remarquablement bien exécuté). Jenaer Literaturzeitung, 187$, n" 5 (nous n'avons pas reçu les n"» précé- dents) HiRSCHE, Prolegomena zu einer neuen Ausgabe der Imitatio Christi nacn dem Autograph des Thomas von Kempen. Bd. I. Berlin, Luderitz'sche B. In-8», xlii)-5 22 p.; Thomae Kempensis de imitatione Christi libri quatuor.Textum accuratissime redd. Hirsche. Berol., libr. Lùderitziana. In-8", xxvj-375 p. (B B/EHRINg) — Mùller-Strûbinc, Aristophanes und die historische Kritik. Leipzig, Teubner. In-8% xvj-755 p. (Adolf Schmidt). — Welzhofer, Unter- suchungen ûber die deutsche Kaiserchronik des zwœlften Jahrh. Munchen, Ackermann. In-8", 69 p. (Wilhelm Bernhardi). — Teutsch, Geschichte der Siebenbùreer Sachsen (Ottokar Lorenz; cf. Rev. crit., 1875, I, p. 179)- — Sars, Uds'igt over den norske historié. Del I. Christiania, Cammermayer. In-8", iv-272 p (K Maurer). — Von Bernhardi, Geschichte Russlands. Th. II. Abth. I. Leipzig, Hirzel. In-8", xij-447 p. (J. Caro). [Nous rappelons que les articles de la Jenaer Literaturzeitung sont toujours très-approfondis et compétents ; le manque d'espace ne nous permet pas d'en résumer les appréciations]. N° 6. Craecus Venetus. Pentateuchi, proverbiorum, Ruth, Cantici, ecclesiastae, threnorum, Danielis versio graeca. Ed. Gebhardt. Praef. est Fr. Delitzsch. Lips., Brockhaus. In-8% lxx-592 p. (0. F. Fritzsche).-Schuster, Heraklit von Ephesus (Extrait du t. III des ActaSoc. Lips. E. Zeller). — Low, Beitraege zur jùdischen Alterthumskunde. Bd. 2. In-8", xvj-459 p. (C. Sieg- fried) — Freudenthal, Hellenische Studien. Heft i. Breslau, Skutsch. In-8% 105 p. (L. Mendelssohn). — Die Sprachwissenschaft. W. D. Whitney's Vor- lesungen. Bearb. v. Jolly(A. Leskien). — Fragments of a Samantan Targum. Ed. by NuTT. London, Trùbner. ln-8", viij-172-84 p. (cf. Rev. crit., 1874, II, 209); Two treatises on verbs containing feeble and double letters : by R. Jehuda Hayug of Fez, etc. Ed. by Nutt. London and Berlin, Asher. In-8% xiij-xv- 1 32 p. ; Driver, A treatise on the use.of the tenses in Hebrew. Oxford, Claren- don Press. In-8", xviij-256 p. (Schrader). — G. Mûller, De Theophrasti dicendi ratione. Pars I. Arnstadtiae, typis expr. oflf. Frotscheriana. In-8",_66 p. (Rudolf Eucken). — Mullemeister, De fontibus Pyrri Plutarchei. Gœttmgen, Dieterich. In-8°, 32 p.; V/ichmann, De Plutarchi in vitis Bruti et Antonii_ fon- tibus. Bonn, Georg. In-8°, 62 p.; Bachof, De Dionis Plutarchei fontibus. Gotha, Engelhardt. In-8°, 67 p. (Hermann Peter). The Indian Antiquary, éd. by Jas. Burgess. Part XL (vol. IV), mars 187^ Notes upon the Central Tâlukâs of the Thânâ CoUectorate (W. F. Sin- clair). — Bhartrihari's Nîti Çatakam (C. H. Tawney). — The Dvaiâsharâya. — On Dr. Lorinser's Bhagavad Gîtâ and Christian Writings (J. Muir). — Dr. Bûhler on the Bhâniâr of Sanskrit Mss. at Jessalmir (transi, by Shankar Pan- durang). — Miscellanea and Correspondence. Snake-Worship among the Kâfhîs (C. E. G. Crawford). - Kâlidâsa and Sri Harsha (Kasinath Trimbak Telang). — The Ring-Finger (J. F. Fleet). — The Gurkhâs. — The Kanarak Temple. — The U rauns. — Booit notices. Records of the Past. — Hodgson's Essays, etc. (cf. Rev. crit., 1875, 1, p. 177). — The Buddhist Works in Chinese in the India Office Library (Samuel Beal). BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en magasin. Arndt (W.). Kleine Denkmasler aus der Merovingerzeit. In-8% vj-82 S. Hannover (Hahn). 2 fr. 25 Bernard (T.). Cours de philosophie, r partie. Psychologie. In-8', vii-288 p. Paris (Delagrave). Ghroniken (Die) der deutschen Staedte vom 14. bis in's 16. Jahrh. 11. Bd. A. u. d. T. Die Chroniken der fraenkischen Staedte. Nùrnberg. 5. Bd. In-8% x- u. S. 441-888 mit i.Plan. Leipzig (Hirzel). 16 fr. Les tomes 1 à 1 1 . 1 3 2 fr. Conze (A.). Heroen und Gœttergestalten d. griechischen Kunst. 2. Abth. Gr. in- f", S. 2C)-49. u. Taf. 52-106. Wien (v. Waldheim). 20 fr. Les deux parties. 36 fr. Josepbus. History of the Jews. Edited by A. Murray. 2 vol. in-8°, 960 p. Lon- don (Virtue). 1 5 fr. Mussafia (A.). Cinque sonetti antichi tratti da un codice délia Palatina di Vienna. Gr. in-8*, 12 p. Wien (Gerold's Sohn). 50 c. Bohle (E.). Die angeblich Xenephon- teische Apologie in ihrem Verhasitnisse zum letzten Capitel der Memorabilien. Krit. Untersuchg. In-S", 66 S. Altenburg (Bonde). ' ff- 7 5 Reinisch (L.). Sprachen v. Nord-Ost Afrika. i. Bd. Die Barea-Sprache. Grammatik, Textu. Wœrterbuch. Nach den handschrifll. Materialien v. Werner Munzinger Pascha. In-8°, xxviij-186 S. Wien (Braumùller). 8 fr. Saulcy (F. de). Sept siècles de l'histoire judaïque, depuis la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor jusqu'à la prise de Bettir par les Romains. In- 18, 407 p. Paris (A. Lévy). 3 fr. Sayce (A. H.). The principles of campa- rative Philology. In-8° cart. 386 p. London (Trùbner). 13 fr. 15 Schlagintweit-Sakûnlunski (H. v.). Die Paesse ûb. die Kammlinien d. Kara- korùm u. d. ICùnlùn in Bâlti, in Ladâk u. im œstlichen Turkistan. Nach unseren Beobachtgn. v. 1856 und 1857 und den neueren Expeditionen. In-4°, 116 S Mùnchen (Franz). 6 fr Schmidt (A.). Pariser Zustsende waehrend der Revolutionszeit von 1789 bis 1800. I. Thl. In-8', xj-336 S. lena (Mauke), 6 fr. 75 Schmidt (J. H. H.). Z. Sprachgeschichte. Accente, Tropen u. Synonyme. In-4*, 21 S. Weimar (Hinstorff). i fr. Sievers (E.). Die Murbacher Hymnen. Nach den Handschriften hrsg. Mit 2 lith. Facsimiies. In-8", vj-105 S. Halle (Buchh. d. Waisenh.). 4 fr. TetzlafiF (M. J.). De Antiochi III magni Syriae régis rébus gestis ad regnum Syriae reficiendum usque ad illa tempora quibus cum romanis congressus est. In-8°, 43 S. Munster (Coppenrath). i fr. 3 5 Thucydidis libri I et II. Ex recensione Bekkeri in usum Scholarum ed . A. Schœne. In-8*, vj-266 p. Berlin (Weidmann). 10 fr. 75 Viollet (P.). Les enseignements de saint Louis à son fils. Réponse à M. Natalis de Wailly, et observations pour servir à l'histoire critique des grandes chro- niques de France et du texte de Joinville. In-S", s6 p. Paris (Durand et Pedone- Lauriel). A^yeiffenbach (W.). Das Papias-Frag- ment bei Eusebius H. E. III, 39, 3-4 eingehend exegetisch untersucht. ln-8*, viij-i 50 S. Giessen (Ricker). 4 fr. "Wimpflelingii (J.). Germania ad rern- publicam Argentinensem. T. Murneri ad rempublicam Argentinam Germania nova. In-4°, 34 p. Strassburg (Schmidt). 4 f. Zeitschrift f. Numismatik. Hrsg. v. A. V. Sallet. 2. Bd. 4 Hfte. In-8° (1. Hft.). 105 S. m. Tafl. Berlin (Weid- mann). 18 fr. 7J Nogent-le-Rotrou. Imprimerie de A. Gouverneur. N* 19 Neuvième année. 8 Mai 1875 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATUPvE RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS. Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Guyard. Prix d'abonnement : Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus suivant le pays. PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 67, RUE RICHELIEU, 67 Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). ANNONCES En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 67, rue de Richelieu. GTp\T k 17 D nn Histoire et Théorie de la Musique de l'antiquité. 11. V A Ci rV 1 T. I". i fort vol. gr. in-80. 30 fr. BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES 2I« FASCICULE. Y T xr 11 r TV T T-i à Ammon-Ra des papyrus égyptiens du musée de jn 1 iVl 1 >l JQj Boulaq, traduit et commenté par Eugène Grébaut, avocat à la Cour d'appel de Paris. 22 fr. 2 2^ FASCICULE. LU'C DT CÏÎDC ^^ Philippe. Poème en vers politiques de 1— 2 REVUE CRITIQUE M. Derenbourg voudra bien considérer ces remarques, qui concernent en grande partie des fautes d'impression ou des accidents d'écriture, comme une preuve de l'intérêt que je porte à sa publication, qui lui fait beaucoup d'honneur. M. Stade a contribué au recueil par un essai sur les relations entre l'hébreu et le phénicien, dans lequel il cherche à démontrer en premier lieu que ces deux langues appartiennent à une même branche des langues sémitiques, qu'elles doivent être classées parmi les dialectes du nord avec les langues araméennes, mais qu'elles se distinguent de celles-ci au même titre. En second lieu, il soutient que le phénicien ne peut pas plus être considéré comme la langue-mère de l'hébreu, que l'hébreu comme celle du phénicien, mais que l'un et l'autre doi- vent leur origine à une même langue plus ancienne. Je ne veux pas donner ici une analyse de cette étude excellente, dont je crois que les principaux résultats ne trouveront point d'opposition. M. Stade a dû entrer presqu'à chaque page dans des détails très-intéressants, mais parfois contestables. Je dois signaler une observation qui me semble très-ingénieuse, à savoir qu'il aurait existé en hébreu comme en phénicien un pronom suffixe de la troisième per- sonne avec mimation : êm pour le singulier, êmô pour le pluriel. La dernière forme est identique à l'arabe homou. M. P. Schrôder dans sa grammaire phéni- cienne, p. 1 J 3 , a proposé l'hypothèse, très-admissible, que le suffixe êmô, quand il se rapporte à un antécédent au singulier, n'est qu'une combinaison d'un ktîb êm avec un krî ô. Les diascévasîes bibliques ne comprenant plus la signification du suffixe êm pour la 3« personne du singulier, y auront ajouté au-dessus un ô, que les copistes ont combiné mal à propos avec la leçon du texte. Il suppose que souvent aussi on a simplement changé êm en ô. M. Stade, p. 205, regarde cette opinion comme plausible, bien qu'il soit difficile de l'appuyer sur des preuves. Je crois cependant pouvoir fournir un argument en faveur de la thèse de M. Schrôder, c'est qu'il y a un passage où le ktîb originel s'est main- tenu. Je veux parler d'Isaïe, chap. 8, vers, i s, où dans wekâchelou bâm le suffixe ne peut se rapporter qu'à un antécédent au singulier. M. Thorbecke a enrichi la même collection d'une édition du poème célèbre d'al-A'chà en l'honneur du Prophète; il l'a fait précéder d'une introduction con- tenant tout ce qu'il a pu rassembler sur la vie du poète et sur ses poésies. Le nom de l'éditeur nous garantit d'avance ce que nous avons à attendre de son travail, c'est-à-dire un texte pur, accompagné de notes qui expliquent tout ce qui a besoin de commentaire, sans rien de superflu. J'ai noté en marge quelques passages où je voudrais proposer à M. Thorbecke une légère modification du texte ou une autre interprétation. P. 242 note 2. Le mot thannânon en s'em- ployant d'un poème ne signifie pas sonore, commQ le dit M. Th. et aussi M. Lane dans son Dictionnaire, mais a le sens métaphorique de célèbre. J'ai discuté cette locution dans mon Glossaire du Dîwân de Moslim ibno'l-Walîd. P. 246 l. 6, lis. rozitoho ; l. 8 on trouve une autre faute d'impression, lis. 'Amrin; 1. avant- dern. je crois qu'il faut lire // au lieu de min. P. 247 l. 1 1, je propose wakâna yarâ (le sujet paraît être al-Açma'î). P. 250 1. 12, M. Th. propose kataflîqi; ne serait-il pas plus simple de lire katalqîfi, qui en même temps semble convenir d'histoire et de littérature. 29^ mieux au sens ? P. 25 1 1. 1 1 , au lieu de laïlaho lis. ibilaho; c'est une inadver- tance de copiste dont j'ai rencontré d'autres exemples. Telle est aussi la leçon Kailahâ dans le Kâmil, p. 218 1. 17, où M. Nôldeke a restitué Khayâlan. P. 252 1. 3, ne serait-il pas préférable de lire wakalâli? 1. i j, je propose wal-fakhri. P. 255 1. i, le vers me semble très-corrompu. P. 258 1. 6, ne faut-il pas lire an-noçoha ? 1. 7 au lieu de IVàqlbatin je préfère lire li'âfiatin. La dernière pièce du livre est de la main de M. Loth, qui nous offre un traité d'astrologie du célèbre al-Kindî, accompagné de la traduction latine du xV siè- cle, d'un commentaire étendu et d'une introduction sur al-Kindî considéré comme astrologue. M, Loth nous fait voir qu'al-Kindî étudiait l'astrologie comme une science sérieuse, et que ce sont ses travaux qui forment la base de tous les traités d'astrologie en Orient. Le traité d'al-Kindî est très-curieux. En premier lieu, l'auteur fixe la durée de la domination des Arabes à 693 ans. Puis ilénumère les conjonctions néfastes des planètes Mars et Saturne, en déterminant théoriquement la portée de chaque conjonction et en citant les événements jusqu'à l'an 2 1 2 comme preuves de la justesse de ces présages. Quant à la con- jonction de l'an 242 (ou 241) l'auteur dit qu'elle prédisait les guerres civiles entre Mosta'în et et Mo'tazz (252) et d'autres calamités. Mais en outre elle annonçait l'apparition d'un homme qui se donnerait comme apôtre d'une nou- velle religion et comme doué de connaissances surhumaines; cet homme aurait beaucoup de sectateurs, mais sa puissance n'aurait qu'une courte durée. M. Loth suppose qu'al-Kindî a voulu parler d'Abdallah ibn Maimoun al-Kaddâh, le fondateur de la secte des Carmathes, qui déjà en 261, selon un passage remarquable du Fihrist, aurait été le chef d'un parti bien organisé. Mais lorsqu'al-Kindî écrivait (probablement en 2 5 5), on ne croyait pas encore que ce mouvement allait devenir un des plus grands dangers pour l'Islamisme. La dernière conjonction dont parle al-Kindî est celle de 333 (ou 331). Celle-ci présage encore des guerres et des dissensions ; mais elle annonce aussi le triomphe de l'Islam sur toutes les religions et la soumission de tous les empires du monde. Comme ces pronostics ont joui d'une grande autorité en Orient, où les agitateurs politiques et religieux s'en servaient pour appuyer leurs desseins, il ne semble pas téméraire de combiner avec cette dernière prédiction le poème remarquable du prince puissant des Carmathes, que j'ai traduit dans un Mémoire sur les Carmathes de Bahrain, p. 51. Il y annonce la conjonction prochaine de Saturne et de Mars comme le terme fatal pour la domination des souverains de l'Irac, c'est-à-dire des khalifes de Bagdad, et comme inaugurant la soumission de tous les peuples à la vraie religion, celle des Carmathes, dont il espérait être lui-même le gardien fidèle, jusqu'à l'arrivée de Jésus, c'est-à-dire, jusqu'au juge- ment dernier, qu'on ne croyait pas très-éloigné alors. On sait que les espérances des millénaires avaient aussi des adhérents parmi les Arabes (voyez Loth, p. 267). Le prince Carmathe mourut en 332, probablement quand il préparait la grande victoire que les astres lui promettaient. M. Loth a mérité notre reconnaissance par la publication de ce traité, que, par ses éclaircissements, il a rendu intelligible même pour ceux qui ne sont pas initiés aux secrets de l'astrologie arabe. M.-J. de Goeje. 294 REVUE CRITIQUE 85. — Hermânn Heller, Curae criticae in Platonis de Republica libros. Berlin, Cal- vary. 1874. In-4°, 48 p, — Prix : 2 fr. 75. Ce travail contribue dans quelque mesure à l'amélioration du texte. Les conjectures nouvelles, proposées par M. H,, sont peu nombreuses, mais assez plausibles. Les voici toutes, si nous n'en oublions pas : 11, p. 570 E, TaûxYjv (mss. aÙTY)v) Tr^v zé'ki^ (?); p. 373 B, auxrjv ty]v (mss. (XÙttjV ou au tyiv ou tyjv aÙTY]v) TriXtv (?); p. 374 E, dç touto (mss. aùxo) xo k%t.x-i]Zzu\Ka. (?); III, p. 391 D, TOiauxa (mss. aÙTa) ep^a; VII, p. 537 C, Tcaaiv (mss. Tuatciv) Iv ty^ izai^da («fort. TCpoTiatBeia »); Lois, IX, p. 864 D, xaiBia (mss. xatBeta ouTïatota) xpw- [ji,£voç. Mais M. H. a eu principalement en vue l'examen des leçons adoptées par les critiques antérieurs. Ses conclusions sont le plus souvent justes : on peut seulement regretter que l'argumentation ne soit, en général, ni rapide ni facile. M. H. s'occupe des passages altérés par suite de la confusion de t avec ei, de Yj avec et, de la ressemblance qui existe entre certaines formes des verbes sTvai, levai et levai ou des pronoms aùxéq, auxoO, outoç. (Comme, en matière d'ortho- graphe, il n'y a pas grand fond à faire, quoi qu'en semblent penser certains critiques, sur les manuscrits même les meilleurs, il était, la plupart du temps, au moins inutile de reproduire l'apparat critique au grand complet.) La dernière partie du travail de M. H. est consacrée à l'étude de la particule Zd chez Platon, mot que les copistes ont fréquemment remplacé par oé. Tous les vestiges qui en restent dans les manuscrits de la République ou dans les citations de ce dia- logue qu'on trouve chez les auteurs ont été soigneusement recueillis par M. H. HaioaYWYoTç xaiSiaç */,ai vYjTïiéxYjxoç ^apiv, dans les Lois, VII, p. 808 E, nous est suspect comme à M. H. C'est vers six ou sept ans seulement (voir Krause, Geschichîe der Erziehung ... bei den Griechen, pp. 81 et 401), c'est-à-dire passé l'âge désigné par vYjxiéxYjç, que l'enfant est remis aux mains des pédagogues. On est donc forcé d'interpréter : propter puerilis aetatis « imprudentiam ». Peut-être faudrait-il lire simplement xaiSaYcoYoïç xaiâeiaç XoLpif, en considérant vr^xiéiriQTOç comme une glose afférente à xpoçwv xai [XYjxéptov oxav àxaXT^i-CTrjxai. Charles Graux. 86. — Dahlmann, Quellenkunde der deutschen Geschichte, 4. Auflage. Quellen u. Bearbeitungen der deutschen Geschichte neu zusammengestellt v. G. Waitz. 2. Aufl. Gœttingen, Dietrich. 187$. In-8*, xx-295 p. — Prix : 6 fr. 75. La Revue critique a déjà rendu compte de cet excellent remaniement du manuel de Dahlmann sur les sources de l'Histoire d'Allemagne '. M. Waitz, qui s'est dévoué, dans l'intérêt de tous les travailleurs, à cette tâche ingrate, vient de donner une 2" édition de ce remaniement. Il l'a poursuivi jusqu'à 1873, et ce recueil bibliographique, qui s'arrêtait précédemment à la guerre de 1866, s'étend jusqu'au conflit ecclésiastique entre la Prusse et l'Église catholique. Quatre cent seize nouveaux titres d'ouvrages y figurent, des corrections nombreuses y ont été i. Rev. ait. 1869, n° J2, art. 260. d'histoire et de littérature. 295 introduites et un index de tous les noms d'auteurs d'ouvrages y a été ajouté. Cette dernière addition avait été réclamée par nous en 1869, et nous remercions M.W. d'avoir fait droit à ce desideratum. Nous recommandons l'usage du manuel de Dahlmann revu par M. Waitz non-seulement à tous ceux qui s'occupent d'his- toire d'Allemagne, mais même à ceux qui s'occupent des premiers siècles de l'histoire de France ; et nous souhaitons de voir faire pour notre pays le travail si utile que les deux savants allemands ont exécuté pour le leur. 87. — Die literarischen Widersacher der Pœpste zur Zeit LudTvig des Baiers. Ein Beitrag zur Geschichte der Kasmpfe zwischen Staat und Kirche von Sigmund Riezler. i vol. in-8°, xij et 336 p. Leipzig, Duncker et Humblot. 1874. — Prix : 7 fr. 3 5 . Longtemps on a considéré la Réforme du xvi^ siècle comme une réforme éminemment théologique, préparée par des théologiens et accomplie par eux. De nos jours, pourtant, on commence à comprendre que ce point de vue est erroné, et que les causes du mouvement réformateur doivent être cherchées dans les aspirations nationales et politiques et dans les besoins religieux des peuples beaucoup plus que dans les préoccupations dogmatiques de quelques théologiens. Le sentiment naissant des droits de l'Etat et le réveil de la vie nationale vis- à-vis des prétentions théocratiques de Rome d'une part, la revendication des droits de la conscience individuelle et de la liberté religieuse vis-à-vis de la domi- nation des prêtres de l'autre, telles furent les causes principales du grand mou- vement du xvje siècle. L'historien de la Réforme devra donc remonter jusqu'au xiv° siècle, et à côté des tentatives de réforme religieuse et ecclésiastique des Vaudois, de Wiclif, de Huss, etc., il devra étudier les luttes de Philippe le Bel contre Boniface VIII, de Louis de Bavière contre les papes d'Avignon, de Wiclif et du parlement anglais contre la curie romaine, et y chercher le point de départ de la réformation. Dans cet ordre d'idées, l'ouvrage de M. Riezler nous semble destiné à rendre d'excellents services. L'auteur a circonscrit ses investigations au xiv" siècle, celte époque obscure, peu connue, mais très-importante, parce qu'elle forme comme la transition entre le moyen-âge et les temps modernes. Il a décrit la dernière grande lutte du moyen-âge entre le pouvoir papal et le pouvoir impérial, lutte qui porte déjà un caractère tout moderne, en ce sens qu'elle est accompagnée d'un puissant mouvement intellectuel et littéraire, et que la papauté est attaquée avec des armes'spirituelles, dans des écrits qui contiennent en germe les grands principes proclamés par les siècles suivants. M. R. ne s'occupe que de la querelle de Louis de Bavière avec les papes Jean XXII, Benoît XII et Clément VI, et du mouvement littéraire qui accom- pagna cette querelle en Allemagne. Les matériaux lui ont manqué, dit-il, pour faire entrer la lutte de Philippe le Bel avec Boniface VIII dans le cadre de son ouvrage. Il ne faut pas trop s'en plaindre. En embrassant moins, l'auteur a pu mieux approfondir, et il a fourni ainsi une étude très- complète sur cette littéra- 296 REVUE CRITIQUE «rOT«IH-( ture polémique qui donne à la lutte de Louis de Bavière sa haute signification historique. La première partie de notre livre, intitulée u Personnes et Evénements » (Personen und Ereignisse), montre le développement extérieur de la lutte et donne des détails biographiques sur les alliés de l'empereur : Marsile de Padoue et son ami Jean de Jandun, puis Michel de Cesena, Guillaume d'Occam, Bonagratia de Bergame et Ubertino de Casale. La deuxième partie : « Doctrines et Ecrits » (JLehren and Schrifteri) contient une analyse des traités les plus importants de ces hommes et un aperçu de leurs doctrines. Elle s'arrête surtout au Defensor pacis, le curieux écrit de Marsile auquel Jean de Jandun paraît avoir collaboré, et qui, dans un temps d'oppression politique et religieuse, proclame la plupart des grands principes que la réforme du xvi* siècle d'abord, la révolution de 1789 ensuite, ont fait triompher en partie : la souveraineté du peuple, la sou- mission du clergé aux lois de l'Etat, la liberté religieuse, etc. Un appendice contient plusieurs pièces justificatives et surtout un aperçu de la littérature sur l'Etat et l'Eglise depuis Thomas d'Aquin jusqu'au schisme, c.-à-d. de 1270 à 1370. Peut-être M. R. eût-il bien fait d'y ajouter les conclusions du Dejensor pacis. En résumé, nous avons ici une étude consciencieuse, bien faite, facile à lire, et qui devra être consultée par tous ceux qui veulent arriver à bien com- prendre la réforme du xvi* siècle. Th. Gerold. 88. — Briefe und Acten zur Geschichte des dreissigjœhrigen Krieges in den Zeiten des vorwaltenden Einflusses der Wittelsbacher. Zweiter Band : Die Union und Heinrich IV, 1607-1609, bearbeitet von Moritz Ritter. Mùnchen, Rieger'sche Universitaetsbuchhandlung. 1874. In-8*, vj-627 p. — Prix : 16 fr. Nous avons signalé récemment le premier volume de cette nouvelle série de publications entreprise par l'Académie des sciences de Munich (Revue critique, 1874, II, p. 3$ 5). Nous n'avons donc point besoin de revenir en détail sur le but qu'elle poursuit. Le second volume de M. Ritter continue à fournir les pièces justificatives de son Histoire de l'union évangélique des princes protestants d'Alle- magne et s'occupe surtout des négociations avec la France, qui remplirent les dernières années du règne de Henri IV. Il s'ouvre sans qu'aucune introduction générale vienne orienter le lecteur, et fournir un fil conducteur à ceux qui vou- draient se reconnaître dans ce fouillis de pièces inédites. Il serait bien utile cependant que l'éditeur voulût faire ressortir dans une préface spéciale les points les plus importants qui sont traités dans chaque volume, les nouveaux aperçus historiques qui sont acquis par les pièces diplomatiques qu'il publie, etc. Cela pourrait se faire en quelques pages et permettrait à chacun de reconnaître plus vite et d'une façon moins pénible ce qu'il peut s'attendre à trouver dans ces documents nouveaux. Il n'y a pas lieu de donner ici un aperçu général des 330 pièces de valeur et d'étendue fort différentes, qui forment le présent volume. Nous ne relèverons, d'histoire et de littérature. 297 comme par le passé, que celles de ces pièces qui présentent un intérêt majeur. C'est encore le prince Chrétien d'Anhalt que nous rencontrons ici comme l'esprit dirigeant de la politique des princes protestants de l'Empire et comme leur principal négociateur au dehors, toujours par monts et par vaux, toujours affairé, toujours convaincu de sa propre importance, et rappelant singulièrement par ses allures affairées la mouche du coche de notre bon La Fontaine ' . Comme par le passé d'ailleurs, il trouve l'occasion d'écrire à la princesse, sa femme, des épîtres fort amoureuses (p. 597, p. 417) et qui montrent qu'il fut excellent époux, s'il n'a fait que de la mauvaise politique. Dans les deux à trois années qu'embrasse le présent volume nous le voyons tantôt à la cour de France et tantôt à celle de Vienne, sans bien saisir toujours vers quel but tendent ses efforts 2. A côté de lui, nous voyons d'autres diplomates allemands, M. de Buwinghausen à Paris (septembre i6o8), Christophe de Dohna à Venise (1608), s'agiter pour conclure des alliances éphémères, dirigées toutes contre la supré- matie menaçante de la maison d'Autriche. La relation de Dohna est intéressante surtout par les détails qu'elle nous donne sur les relations de l'envoyé protestant avec le célèbre Servite, Fra Paolo Sarpi (p. 75-89). Outre ces dépêches de provenance allemande nous en trouvons d'autres, écrites par le nonce Ubaldini au cardinal Borghèse, par l'ambassadeur de la République des Pays-Bas, Fran- çois van Aerssen à Olden Barnevelt, par Bongars à Henri IV, par le régent des Pays-Bas espagnols, Albert d'Autriche, au roi d'Espagne, Philippe III, etc. Beaucoup de ces pièces ont été puisées soit aux manuscrits de la Bibliothèque nationale soit aux Archives Nationales. Elles complètent plutôt par quelques détails des faits déjà connus qu'elles ne nous révèlent des secrets cachés jusqu'ici. La politique étrangère de Henri IV, ses relations avec les protestants d'Alle- magne, son immixtion dans l'affaire de succession aux duchés de Clèves et de Juliers avaient été depuis longtemps familières au public savant, grâce aux bio- graphies et aux recueils de documents inédits publiés chez nous sur cette époque. C'est plutôt la politique intérieure de l'Allemagne qui bénéficie de ce nouveau volume de M. R. A ce point de vue nous signalerons comme plus particulière- ment intéressants les procès-verbaux des assemblées générales de l'Union évan- gélique tenues à Rothenbourg, en août 1608 (p. 4?) et à Schwaebisch-Hall, en mai 1609 (p. 247). Citons encore les relations assez intimes nouées par Anhalt avec les Etats des archiduchés d'Autriche et surtout avec le baron de Tscher- nembl qui devait jouer un assez grand rôle dans ces contrées aux débuts de la guerre de Trente Ans. Un appendice intitulé : Henri IV et l'Italie nous donne une série de pièces datées de 1607 à 1609, tirées de nos collections parisiennes et se rapportant à la politique française envers les états de la péninsule. 1. « Quant à nioy, pour servir le public, la religion et la patrie, je n'appréhende ny » peine, ny travail, ny péril, etc. » Anhalt à Buwinghausen, octobre 1609. P. 451. 2. L'envoyé de Henri IV en Allemagne, M. de Bongars, a fort bien caractérisé toute cette agitation stérile dans une lettre à l'Électeur de Brandebourg : « (Ce ne sont que) » force écritures, ambassades, assemblées; au bout incertitudes et irrésolutions.» P. 354. 298 REVUE CRITIQUE Les textes sont en général fort corrects, comme on pouvait l'attendre d'un érudit aussi consciencieux '. Nous voudrions seulement présenter une requête à M. R. pour les volumes à venir. Trop souvent nous voyons apparaître des cor- respondants nouveaux dans ses pages — je parle, bien entendu, de personnages subalternes et non pas des souverains ou des diplomates plus connus — au sujet desquels il est loisible de confesser, sans trop de honte, une ignorance absolue. L'éditeur ne pourrait-il pas, suivant en cela l'exemple d'autres savants attachés à l'Académie de Munich, de M. Kluckhohn, entre autres, mettre en note, chaque fois qu'il introduit ainsi une personnalité nouvelle, quelques mots de biographie, aussi sommaires qu'il voudra ? Tout le monde lui en saura gré. Ce second volume se termine par une table des matières ; il n'y en avait aucune dans le premier, et c'est un progrès dont nous nous félicitons. Seulement il y aurait encore mieux à faire. Tout le contenu de ces 330 pièces est groupé ici sous cent trente noms à peine, et nous ne pouvons que constater ce que dit l'auteur lui-même : « Grâce au petit nombre des rubriques, la table des matières )) ne permettra point de s'orienter rapidement et brièvement » (p. vj). Nous avouons ne pas bien comprendre pourquoi M. R. ayant un sentiment aussi juste de l'insuffisance de son index, n'a point voulu aller plus loin, et pourquoi la crainte de se noyer « dans une mer de citations » l'a retenu. C'est pour cela que les tables des matières sont faites et personne ne se plaindra jamais qu'elles soient trop étendues ou trop détaillées. Aussi prions-nous le savant éditeur de ne se point laisser arrêter par de semblables scrupules quand il rédigera la table de son prochain volume. Rod. Reuss. VARIÉTÉS. Dissertationes philologicae Halenses, cum praefatione Henrici Keilii. Vol. L 1873. iv-335 p. In-8*. Comme le dit la courte introduction qu'a mise en tête de ce recueil un des érudits qui honorent le plus l'université de Halle, les dissertations qui le com- posent n'ont d'autre lien que d'avoir été écrites par des jeunes gens sortis de la même école savante et inspirés du même esprit. Voici les titres des essais que contient ce premier volume, auquel l'éditeur a peut-être déjà donné une suite qui ne nous serait point parvenue. Kleemann, M., Reliquiamm dialecti Creîica pars L Glossét cretica cum commen- tariolo de Universa Creîica dialecti indole, p. i, — Gutsche, G., Qassiiones de Ho- mericohymno in Cererem, p. 47. — Walther, E.^deTacitistudiisTheîoricis, p. 91. — Friedel, W, 0., de sophistarum studiis homericis, p. 150. — Schinck, E., de interjecîionum epiphonematumque vi aîque usu apud Arisîophanem, p. 189. — Kohlmann, R., de verbi Gmci îemporibus, p. 229. — Zacher, K., de prioris nomi- num composiîorum gracorum partis formatione, p. 275. I. P. 64. Bollweil, c'est le baron de BollmiUr. — P. 107, au lieu de Bongers il faut lire Bongars. d'histoire et de littérature. 299 Nous ne pouvons étudier l'une après l'autre toutes ces dissertations, ce qui nous entraînerait trop loin; nous nous bornerons à en examiner la première. C'est une sérieuse tentative pour refaire un chapitre perdu de l'histoire de la langue grecque, pour réunir les éléments épars d'une de ces monographies de l'un des dialectes grecs par lesquels s'étaient signalés plusieurs grammairiens anciens. Jusques vers la fin du v* siècle avant notre ère, les Grecs, comme M. Jour- dain, « avaient fait de la prose sans le savoir »; ils avaient parlé, ils avaient écrit, il avaient joui de leurs poètes, de leurs historiens, de leurs orateurs sans s'inquiéter des origines de leur langue, sans en distinguer les éléments et en rechercher les lois, en un mot sans y appliquer l'analyse. C'est avec les sophistes que la curiosité commence à se tourner sur ces matières. Nous avons dans le Craîyle de Platon un monument des premières spéculations grammaticales auxquelles se soit livré l'esprit grec ; mais ce fut surtout Aristote qui donna l'impulsion, dans cette voie comme dans presque toutes les autres. Après lui et sur ses traces, l'école d'Alexandrie ouvrit, sur tout le passé de la Grèce, sur sa langue comme sur sa littérature et ses arts, une vaste et consciencieuse enquête que poursuivit, pendant des siècles, toute une armée de laborieux ouvriers. On partit de l'étude d'Homère et du dialecte épique, et ce fut ainsi que l'on s'exerça, que l'on créa la méthode ; on s'occupa ensuite des poètes et des prosateurs classiques, mais on ne s'en tint pas là ; on sentit le besoin de présenter un tableau aussi complet que possible de cette langue grecque, si riche et si diverse, qui se parlait, après Alexandre, des frontières de l'Inde aux rivages de l'Espagne. On n'oublia point d'en étudier les variétés provinciales, et l'on rédigea des lexiques des dialectes. Ces ouvrages ont malheureusement péri; à peine nous est-il resté le titre et de rares citations de quelques-uns d'entre eux. Ainsi Philémon d'Athènes avait, à une époque assez voisine d'Alexandre, écrit un vocabulaire des mots antiques ('AtTixat >vé^eiç), Aristophane de Byzance avait donné, outre des 'A-cTixai Xé^eiç, des gloses laconiennes (Aaxwvtxal "fXwacrai) . Enfin nous trouvons aussi cité plusieurs fois un recueil désigné tantôt sous le nom de gloses Cretoises (KpYjTixai ^Xûacat), tantôt sous celui de mots créîois (KpYjxaai Xé^etç), et attribué ici à Hermonax, là à Hermon '. Cette légère différence de nom nous autorise-t-elle à croire à deux ouvrages et à deux auteurs différents ? Fabricius et les autres commentateurs, avec raison, je crois, ne voient là qu'un même livre et qu'un même homme, dédoublé par la négligence des copistes. C'est quelque chose comme l'ouvrage perdu d'Hermonax que M. Kleeman a voulu refaire ; il disposait, pour mener à bien cette entreprise, de deux sortes de matériaux. D'une part Hésychius et quelques autres lexicographes nous ont con- servé un certain nombre de termes propres au dialecte crétois et sans doute empruntés à Hermonax ou à quelque autre auteur du même genre; d'autre part, si le dialecte crétois ne nous a point laissé de monuments littéraires, gardés par I. Athénée. III. 81 f. VI. 267. c. II. 53 b. III. 76. e. Le Scholiaste de Nicandre, passim. JOO REVUE CRITIQUE les manuscrits, il nous en est resté de nombreux échantillons dans les inscrip- tions, et celles-ci vont depuis une époque très-voisine du commencement de l'écriture, représentée par le texte en boustrophédon que M. Thenon et moi avons découvert à Gortyne •, jusqu'à l'époque romaine où peu à peu dispa- raissent les différences dialectales. C'est par l'indication et par l'appréciation critique de ces deux ordres de sources qu'aurait dû, si nous ne nous trompons, débuter le mémoire de M. K. Il aurait eu à en déterminer l'autorité et la valeur relative. Pour les gloses Cre- toises que nous ont transmises les lexicographes, nous pouvons toujours craindre que les copistes n'aient altéré, dans une certaine mesure, des mots rares et inusités qu'ils ne comprenaient pas; nous ne pouvons faire fond que jusqu'à un certain point sur l'orthographe des manuscrits, et ne devons nous servir de ces gloses et n'en tirer des conséquences qu'avec quelque réserve. Dans les inscriptions au contraire, nous avons des témoignages authentiques des caractères originaux que présentait le dialecte crétois dans telle ou telle partie de l'île, dans tel ou tel siècle de l'antiquité. Nous aurions aimé à trouver discutés et classés, dans une sorte d'introduction, tous les matériaux que M. K. a pu réunir, tous les renseignements et textes de provenance diverse sur lesquels' portent ses observations. Dans le classement des faits qui ont été recherchés avec le plus grand soin et qui paraissent bien compris, nous aurions désiré aussi plus de rigueur, un ordre qui y mît plus de clarté. Ce qui regarde le vocabulaire forme, sous le titre de gloss£ cretics, la seconde partie du mémoire ; mais dans la première partie, M. K.. n'aurait-il pas bien fait de distinguer entre la phonétique et la théorie des formes. Dans une première partie, il aurait étudié, si l'on peut ainsi parler, le gosier crétois, il nous aurait montré quelle couleur y prenaient les principales articulations de la voix humaine, quels concours de sons étaient évités ou recherchés ; dans une seconde, il aurait appliqué à la flexion, à la dérivation, à la composition, les lois ainsi constatées, et nous aurait donné le tableau des désinences propres à la déclinaison et à la conjugaison Cretoises. Sous ces réserves, dans l'analyse que nous présente M. K. de tous les phéno- mènes qu'il a notés, nous ne trouvons guère qu'à louer. Il prouve d'abord, par des exemples bien choisis, qu'entre les différentes cités de l'île, il y avait cer- taines différences de dialecte, mais avec assez de traits communs pour que l'on puisse ne faire de tous ces parlers locaux qu'un seul groupe homogène. Ce groupe, il le prouve ensuite, se rattache par tous ses caractères dominants à la grande famille dorique ; pourtant il y a certaines particularités qui rappelleraient plutôt l'ionien, la langue épique ou l'éolien. Enfin, dans un dernier paragraphe, il cherche à déterminer les plus importants des phénomènes qui caractérisent les dialectes crétois, ceux qui donnent à la langue grecque de l'île, prise dans son ensemble, sa physionomie propre et son originalité. 1 . Cette inscription est maintenant au Louvre. M. Thenon en a donné, en la publiant pour la première fois dans la Revue archéologique (II. 5. t. VIII, p. 441 et pi. XV) un tac-simile dû à la photographie d'histoire et de littérature. jor Pour ce qui est de la seconde partie, nous ne pouvons que rendre hommage à l'étendue des recherches auxquelles s'est livré l'auteur pour réunir, par ordre alphabétique, tous les termes cités par les grammairiens et lexicographes anciens comme particuliers aux Cretois. Voici pourtant une omission que nous lui signa- lerons, c'est le mot xaXov pour ^ûXov, bois. Il nous est donné comme crétois par Eustathe (ad. //. tj^, p. 1291, I. 6i) : KSXa. ^àp ta ^6Xa, KpYjTarj Xé^tç. Ce mot n'était pas purement crétois, puisqu'on le trouve employé par Hésiode, Ion (cité par Athénée) et Callimaque; mais ce qui paraît prouver qu'il était très- employé dans l'île, c'est qu'il y est resté, au moins en composition, dans la langue vulgaire. Tandis que, dans la Grèce continentale, la bécasse est connue sous le nom de ^uXéxoxa, la poule de bois, en Crète on se sert, comme j'ai pu m'en assurer moi-même, du mot y.aXépGx, pour xaXépviôa, qui a juste le même sens. N'est-ce pas encore, selon toute apparence, une glose Cretoise que nous donne Etienne de Byzance au mot "Oa^oç ? xtvsç Stà to x,aTaYY)vai xbv xéxov %at xpYj[jLVtoâr] uTripXstv v.akcùai Y^p (ne sont-ce pas les Crétois ?) xohq toioutouç T^Tuouç a^ouç, y.aOaTCsp v.cà •^[J.eXç, à-(\).oûq. ''AixaXXoç, (âouiYjç, AocTTa et autres mots cités p. $, d'après Hésychius, comme propres aux Cydoniates ou aux Polyrrhéniens ont été omis dans le glossaire. Pourquoi ? pour nous être donnés comme appartenant plus particulièrement à telle ou telle ville de Crète, ce n'en sont pas moins des mots crétois, des mots qui appartenaient en propre à la langue de l'île. Souvent M. K.. cherche à expliquer la glose Cretoise et à la rattacher à quelque terme de la langue classique, en montrant par suite de quelle permutation régu- lière elle a pris la forme qui semble au premier abord singulière. Ko86[xaXov, d'après Hermonax, était un nom crétois du coin. On trouve aussi ce nom écrit dans les manuscrits y.wcu[;.aXov. Ce long mot a bien l'air d'un composé. On l'a expliqué par y.wâiov, toison, peau garnie de poils, et {jlvïXov, pomme, sous la forme doîienne jxaXov. Nous ne nous dissimulons pas la difficulté que présente l'u employé là comme voyelle de liaison; mais l'étymologie ne méritait-elle point au moins d'être mentionnée ? Avec M. K., je crois que yâcTpiov, nom d'un gâteau au sésame, pour lequel Voretz a proposé une explication des plus alambiquées, se rattache aisément à vaaxYjp. C'est un gâteau qui « tient à l'esto- mac, )) comme nous dirions, qui est bon pour l'estomac. M. K. ne donne pas d'explication des mots xapav(i) et xapa qui, d'après Hésychius, auraient désigné la chèvre domestique en Crète ; je n'en ai point à lui fournir, mais on appelle encore aujourd'hui, en Crète, la chèvre et la brebis, xwpâât ou y.oupa8i, termes inusités ailleurs. Ce mot se rattache au verbe yvoupeùo), tondre. C'est la bête que l'on tond. Y a-t-il autre chose là qu'une ressemblance fortuite .? Si M. K. revient jamais à cette étude, comme il semble l'annoncer par le titre même donné à son mémoire {Pars /), nous appellerions son attention sur les dialectes modernes de la Crète, et surtout sur le dialecte sfakiote. Il trouverait dans Pashley, Travels in Crète, tous les détails nécessaires. Tous ceux qui s'en sont occupés ont signalé le caractère tranché et la couleur toute dorienne du parler de ces rudes montagnards. Dans un lexique complet des mots grecs aujourd'hui 502 REVUE CRITIQUE propres à la Crète, il y aurait aussi peut-être des découvertes à faire, des rap- prochements à tenter ; des matériaux ont déjà été réunis à cet efFet par le zèle de Grecs cultivés '. Nous signalerons à l'attention de M. K. cet utile complément qu'il peut donner à ses recherches, ce supplément d'information. A tout prendre, cette dissertation ne peut que donner une excellente idée des travaux qui se poursuivent sous la direction d'un philologue aussi compétent que M. Henri Keil et qui se publient sous ses auspices. Nous souhaitons voir le recueil ainsi commencé s'enrichir bientôt de nouveaux volumes, dont l'un contien- drait l'édition, promise par M. K., de toutes les inscriptions Cretoises connues jusqu'à ce jour. G. Perrot. SOCIÉTÉS SAVANTES. ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. Séance du ^o avril 1875. Une lettre de M. Castan donne des détails sur les fouilles qui sont pratiquées sur l'emplacement de l'ancien théâtre romain de Besançon. Ces fouilles ont amené la découverte d'un escalier monumental par où arrivaient les acteurs. Un croquis est joint à la lettre de M. Castan. M. de S'^ Marie adresse de nouveaux estampages avec une lettre sur quelques monuments récemment découverts. Il signale notamment une mosaïque romaine représentant Pégase et plusieurs inscriptions latines. La communication de M. Renier sur les îribuni militum a populo est ajournée à une autre séance. — M. Ravaisson lit un mémoire sur un vase funéraire provenant d'Athènes, dans lequel il traite en même temps des diverses scènes ou images qu'il était d'usage de figurer sur les tombeaux dans l'antiquité. Ce mémoire est la rédac- I. Il y a entre autres une brochure de M. Chourmousis, intitulée KprjTtxà qui ren- ferme un court glossaire. En voici le titre complet : Kprjxtxà auvTaxQévTa xal èxSoOÉvTa uTtô M. Xoupixou^Yi Bu!;avTtou. ev Aôrivatç, 1 28 p. Un second et un troisième glossaire du dialecte crétois ont été publiés par M. Bibylakis, l'un dans le journal le Rhadamanthe (PaSà(j.av8y<;) fondé il y a vingt ans par lui et paraissant à intervalles irréguliers, l'autre dans le recueil plus connu de M. Maurophydis, le «PiXÎCTTwp. Je dois ces renseignements à l'obligeance de M. Constantin Sathas; mais, comme il m'en avertit, « ces auteurs se » sont bornés à étudier le dialecte moderne d'une partie de l'île; ils n'ont pas étudié les » nombreux ouvrages publiés à Venise en dialecte crétois, comme Boscopoule, Erophile, » Erotocritos, etc. Le crétois est le plus riche des dialectes de la Grèce moderne, mais » en même temps le moins connu. Pour vous montrer la richesse des sources manuscrites, » poursuit M. Sathas, « je me bornerai à vous signaler : 1" » Un manuscrit de Venise contenant un grand nombre de tragédies, comédies et » autres poésies en ce dialecte. J'en ai copié la plus grande partie par une publication » très-prochaine. 2* » La grande collection des actes des notaires crétois depuis le XIV' siècle jusqu'à » la chute de l'île sous la domination des Turcs. Ces documents, contenus dans une col- » lection de quelques centaines de gros volumes, sont tout à fait inconnus. J'ai travaillé » pendant huit mois dans ce grand dépôt, et j'ai copié les plus anciens testaments, actes » ae mariage, actes de vente, etc. » d'histoire et de littérature. ÎOî tion développée d'une communication orale que l'auteur avait faite à la séance, du 1 9 février dernier. Après ayoir repris avec développement la thèse qu'il avait exposée alors (v. Rev. criî. 27 févr. 1875, p. 144), et à l'appui de laquelle il cite divers passages des auteurs, M. Ravaisson s'attache à réfuter une théorie accréditée parmi les archéologues, suivant laquelle les Grecs n'avaient pas voulu s'attrister par la contemplation de la mort et avaient toujours évité de représenter sur leurs monuments des morts ou des scènes infernales. Il montre l'idée d'une seconde existence après la mort et de la nature supérieure et presque divine des morts paraissant déjà dans Homère et se répandant de plus en plus à mesure des progrès de la civilisation grecque : de là l'idée de représenter sur les tom- beaux l'image du mort dans l'un des actes de la vie qu'on lui supposait dans l'autre monde. C'est à cette idée qu'il faut rattacher, suivant M. Ravaisson, un certain nombre de types dont la signification a été méconnue par les archéologues modernes, et qui tous doivent être ramenés à la classe des représentations funé- raires. Tantôt c'est la rencontre du mort avec ses parents qui l'ont précédé au tombeau (prise de nos jours pour une scène d'adieu); tantôt c'est la représenta- tion d'un repas du mort dans l'autre monde, dans laquelle la fausse idée signalée plus haut a fait voir une scène terrestre, le repas funèbre qui suit les funérailles. L'idée de la divinité des morts fit qu'on donna à leur figure des attributs divins; on alla même jusqu'à les représenter sous la figure et avec le nom d'un dieu. Mercure, Bacchus, Diane ou Vénus, et à introduire dans l'épitaphe la formule des dédicaces aux dieux, àvéGr(Xe : autre source d'erreur pour les archéologues de notre temps. Sur une observation de M. Georges Perrot, qui fait remarquer que dans Homère les ombres, loin d'avoir le caractère divin dont parle M. Ravaisson, sont représentées comme menant une existence infiniment triste et bien inférieure à la vie terrestre, M. Ravaisson répond qu'on peut constater dans Homère deux courants d'opinion contradictoires sur ce point, et qu'à côté du récit de l'évoca- tion des ombres qui témoigne de la pensée signalée par M. Perrot il s'y trouve d'autres passages qui indiquent que la croyance au caractère supérieur et sur- naturel des morts se faisait jour aussi. M. Perrot fait observer en second lieu que dans un mémoire couronné par. l'académie M. A. Dumont a déjà présenté sur les monuments funéraires où sont figurés des repas une opinion différente de celle qui avait cours jusqu'ici. Il n'y voit ni le repas funèbre auquel les parents et amis vivants du mort prennent part après Jes, funérailles, ni le repas purement élyséen que suppose M. Ravaisson; il pense que le mort y est représenté mangeant les offrandes que lui faisaient les vivants suivant un usage qui n'a pas entièrement cessé en orient. — M. Ravais- son admet cette explication, qu'il considère comme parfaitement conciliable avec sa théorie générale. M. Maury dit qu'il ne faudrait pas croire impossible que des représentations de scènes de la vie terrestre fussent parfois mêlées à celles de l'autre monde , car on trouve un semblable mélange dans les peintures des monuments étrusques; M. Ravaisson répond que cela ne va pas contre la théorie qu'il a soutenue ^04 REVUE CRITIQUE D'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. aujourd'hui et qui a trait uniquement aux images figurées à l'extérieur des tom- beaux, tandis que les peintures dont parle M. Maury sont placées à l'intérieur, — M. le président Maury annonce que M. Brunet de Presle, dont la santé avait donné quelques inquiétudes, est en pleine voie de rétablissement. — Ouvrages offerts à l'académie : J. de Witte, Dionysius et les Tyrrhéniens, extr. de la Gazette archéologique; F, Lenormant, leçon d'ouverture du cours d'archéologie à la bibl. nationale; Dictionnaire topographique de l'ancien départ, de la Moselle, par M. de Bouteil- 1er, imp. nat., 1874; W. Wright, a grammar of the arable language, transi, from the german of Caspari, 2. éd., vol, II, Lond, 1875; Henri Cordier, a narrative of the récent events in Tong-king, Shanghai, jan. 187$, 8»; Registrum de Panmure, compiled by the hon, Harry Maule of Kelly, a. d. 1753, éd. byJ. Stuart, Edinb. 1874, 2 vol, 4°. M. Egger présente de la part des auteurs les ouvrages suivants : Ch. Révillout, Un lexicographe du 2^ s. de notre ère, étude sur les 'Ep[ji.v]ve6- [Aaxa publiés par M. Boucherie sous le nom de Julius Pollux; Une nouvelle édition donnée par le c*® Riant de la relation de la prise de Constantinople en 1204, du moine Gunther; Étude sur les Géoponiques, par M. de Raynal, extr. de l'annuaire de l'assoc, pour l'encouragement des études grecques ; Vart et l'archéologie, par M. Ernest Vinet; Une nouv. éd. de VAgricola et deux opuscules sur la grammaire et la critique du texte de Tacite, par M. Gantrelle. M, Renan présente de la part de M. J, Halévy les Essais d'épigraphie libyque formant la i* partie de ses Études berbères. M. Defrémery présente le 5'^fasc. du Divan de Férazdak publié et traduit par M. Boucher. M, Heuzey offre une brochure de lui intitulée La pierre sacrée d' Antipolis, qui contient un mémoire lu par lui à la séance de l'académie du 20 févr, 1874. ^^ ajoute que le nom mythologique Tépxwv, dont il avait alors conjecturé l'existence, se trouve en effet sur un vase peint publié par l'institut archéol. de Rome en 1872. M. Ravaisson présente un art. de M. Foucart, extr. de la Revue archéologique, intitulé : Inscription métrique de Thèbes avec la signature des sculpteurs Polyclète et Lysippe. — M. Alex, Bertrand lit un court fragment de son mémoire sur les Gaulois. Julien Havet, Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A, Gouverneur, In-S", 1-J84 p. (Alfred Woltmann). — Q^ Horatii Flacci carmina, Luc. MuELLER recoçnovit. Lipsiae, Teubner. In-16, 362 p.; Thallwitz, De Horatio Graecorum imitatore Spécimen I. Doebelni. In-8°, 51 p. (W. Teuffel). — KuRSCHAT, Wœrterbuch der littauischen Sprache. Th. I. Deutsch-littauisches W. Bd. 1.2. Halle, Buchh. d. Waisenhauses, In-8°, xx-723; xij-390 p. (A. Leskien). — Kreyssig, Vorlesungen uber Shakespeare. 2. Aufl. Bd. i. 2. Berlin, Nicolaische Verl.-B. In-S", viij-495 ; iv-530 (Richard Wùlcker). NO g^ 20 février. Hengstenberg, Vorlesungen ùber die Leidens- geschichte [Jesu]. Leipzig, Hinrichs'sche B. In-S", 304 p. (W. Grimm). — Mittheilungen aus der historischen Litteratur, redigirt von Foss. Jahrg. IL Berlin, Gaertner. In-8°, 254 p. (Gustav Richter). — Hôfner, Untersuchungen zur Geschichte des Kaisers L. Septimus Severus und seiner Dynastie. Bd. L Abth. I. 2. Giessen, Ricker. In-8", vij-i-104; vj-105-248 p. (Hermann Peter). — Gaston Boissier, La religion romaine d'Auguste aux Antonins. T. 1.2. Paris, Hachette. In-S", x)-45o; 464 p. (Hermann Schiller). — Cl. Claudiani raptus Proserpinae recens. Ludov. Jeep. Augustae Taurin., Romae et Floren- tiae, Lœscher. In-8°, xxv-60 p. (Emil B^hrens). — Rufi Festi breviarium rerum gestarum P. R., recens. Wendelinus Fœrster. Vindob. venum dat Hœlder. In-8°, 21-23 P- (Franz Rùhl). — Schônbach, Ueber die Marienklagen (Steinmeyer; cf. Rev. crit., 1875, I, p. 119). — Grundt, Hebraeische Elemen- targrammatik, Leipzig, Hirt und Sohn. In-8°, xij-256 p. (Bernhard Stade), Germania, herausg. v. K. Bartsch. Neue Reihe, achter Jahrg. i. Heft. Pfaelzische Beiche aus Rom (K. Bartsch). — Mitteldeutsches Magnificat (von dems.). — Samuel von Lichtenberg (W. Crecelius). — X fur U (Fr. Laten- dorf). — Ueber die Verhseltniss der Klage zum Biterolf (A. Edzardi). — Die zehn Lebensalter (Adalbert Jeitteles). — Spenden zur Altersbestimmung neu- hochdeutscher Wortformen (Fedor Bech). — Eine Reliquie von Heinrich Mgev aus Calcar (Nolte). — Zur salfraenkischen Eideshilfe (K. v. Amira). — Hein- rich Wittenw^eiler (J . ByECHTOLo), — Holunke (W. Crecelius). — Kritische Beitraege I (Hans Lambel). — Zu den Murbacher Hymnen (E. Wilken). — Abschrift von Hartmanns Iwein (K. Bartsch). — Litteratur. Heinzel, Gesch. der niederfrasnkischen Geschseftssprache (H. Paul). — Mûllenhof, Laurin 'K. Bartsch), — Sievers, Paradigmen zur deutschen Graramatik (H. Paul). — Bluhme, Die gens Langobardorum (Karl Meyer). — Entgegnung (Hermann ^'ischer). — Miscellen. Karajans Bibliothek. — Gesellschaft fur Herausgabe iltfranzœsischer Texte. — Nachtrag zur Germania XVIII, 465 (Cari Pauli). — Personalnotîzen, I BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE )ES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. AVIS, — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages <• nnoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la ; levue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans 1 -ais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en 1 lagasin. ....rago (E.). L'Hôtel-de-Ville au 4 Sept. et pendant le Siège. Réponse à M. le comte Daru et aux commissions d'en- quête parlementaire. In- 18 jésus, 412 p. Paris (Hetzel et C'). 3 fr. 50 j .ssier (A.), La Bibliothèque bleue depuis Jean Oudot I" jusqu'à. M. Baudot, 1600- 1863. In-8<», 60 p. Paris (Cham- pion). Bernhardy (T. v.). Geschichte Russ- lands u. der europaeischen Politik in d. Jahren 1814 bis 1831. 2. Thl. i. Abth. In-8°, vij-447 S. Leipzig (Hirzel). 8 fr. Bondil (L.-J.). Manuel de l'helléniste, ou Méthode grecque simplifiée, offrant : I» à la suite des déclinaisons et des conjugaisons, la théorie entière de la for- mation et de l'analyse des mots; une syntaxe facile; 3° un traité complet des accents en vers. In-8*, 314 p. Avignon (Séguin aîné). Caylus (M"' de). Souvenirs de la marquise de Caylus. Nouvelle éd., soigneusement revue sur les meilleurs textes , contenant la préface et les notes de Voltaire, avec une étude sur l'auteur, un commentaire historique et une table analytique, par M. de Lescure. In- 16, 236 p. Paris (Lemerre). 2 fr. 50 Chronologie des Abbez du monastère et des evesques de l'église de S. Pons de Thomières, par F. B. T. L. G., prestre et chanoine de cette mesme église. In-8<», 57 p. Saint-Pons (imp. Francès). Couat (A.), Étude sur Catulle. In-8*, 300 p. Paris (Thorin). Fierville (C). Le cardinal Jean Jouffroy et son temps (1412-1473). Étude histo- rique. In-8*, vii-296 p. Coutances (Sa- lettes). Fontenay (H. de). Inscriptions céramiques gallo-romaines découvertes à Autun ; sui- vies des inscriptions sur verre, bronze, plomb et schiste de la même époque trou- vées au même lieu. In-8°, 128 p. et 44 pi. Paris (Champion). Gentil Bernard. L'art d'aimer, poème en trois chants. Publié par F. de Mares- cot. In- 12, xv-62 p. Paris (Lib. des Bibliophiles). 2 fr. 50 Hippeau (C). L'Instruction publique en Italie. In-12, xxiij-422 p. Paris (Didier et C«). 3 fr- 50 Holm (A.). Geschichte Siciliens. 2. Bd. Mit 7 Karten. In-8*, xii-506 S. Leipzig (Engelmann). 14 fr- L'ouvrage complet. 26 fr. Leclerc (L.). Abulcasis, son œuvre pour la première fois reconstituée. ^-8°, 20 p. Paris (Masson). Lipsius (A.). Die Qu^llen der aeltesten Ketzergeschichte. Neu untersucht. In-8*, 258 S. Leipzig (Barth). 7 fr. jo Longnon (A.). Pouillé du diocèse de Cahors. In-4-, 186 p. Paris (Imp. na- tionale). Marre (A.). Malâka, Histoire des rois malays de Malâka et cérémonial de leur cour. Traduit et extrait du livre des annales malayses, intitulé en arabe Selâ- lat al Selâlyn, en malay Peratoran Radja- radja malayou et plus connu généralement sous le nom de Sadjerat malayou. In-8*, 34 p. Paris (Maisonneuve et C*). Medicis. Le livre de Podio ou Chroniques d'Etienne Medicis, bourgeois du Puy, publiées par A. Chassaing. T. 2. In-40, liv-665 p. Le Puy (imp. Marchessou). Merwart (K.). Erster Zusammenstoss Polens m. Deutschland, seine Bedeutg. u. seine Folgen. In-8', 118 S. Graz (Leykam Josefsthal). 2 fr. 75 Parkmann (F.). Les Pionniers français dans l'Amérique du Nord, Floride, Ca- nada. Traduction de M"" la comtesse Gédéon de Clermont-Tonnerre. In- 12, Ixxviii-422 p. Paris (Didier et C'). 4 fr. Reich (E.). Studien ûber die Frauen. In- 8*, xiv-471 S. lena (Costenoble). 16 fr. Sarazin (F.). Traité des monnaies d'or au Japon. Traduit pour la première fois du japonais. In-8% 16 p. 31 pi. Paris (l'auteur). $ fr. Serbes (Les) de Hongrie. Leur histoire, leurs privilèges, leur église, leur état po- litique et social, i' partie. In-S", p. 161- 474. Prag (Grégr. et Dattel). 10 fr. 75 L'ouvrage complet. 16 fr. Souvenirs archéologiques des Castilles et du Midi français. (Quelques jours de voyage en Espagne, 1869. ^-8", 446 p. Tulle (imp. Bossoutrot). Teutsch (G. D.). Geschichte der Sieben- biirger Sachsen fur das saechsische Volk. 2. Aufl. 2. Bde. In-8*, viij-7s8 S. Leipzig (Hirzel). 10 fr. 75 Theureau (L.). Étude sur la vie et les œuvres de Jean Marot. In-8*, 214 p. Caen (Le Blanc-Hardel). Thévenot (A.). Correspondance inédite du prince François-Xavier de Saxe, connu en France sous le nom de comte de Lusace. Précédée d'une noticé^sur sa vie. ^-8°, x-349 p. Paris (Dumoulin). 6 fr. Weber (G.). Zur Geschichte d. Refor- mations-Zeitalters. Umrisseu. Ausfùhrgn. In-8', viij-616 S. Leipzig (Engelmann). 12 fr. Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur. N* 20 '■'^- ' '^" Neuvième année. 15 Mai 1875 mamm REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS. Secrétaire de la Rédaction : M. Stanislas Guyard. Prix d'abonnement : Un an, Paris, 20 fr, — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus suivant le pays. PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 67, RUE RICHELIEU, 67 Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). ANNONCES : En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, ' 67, rue de Richelieu. GT^xTK T7' D T' ^'5^°''"^ ^^ Théorie de la Musique de l'antiquité. lL V Ail* JV 1 T. I". I fort vol. gr. in-S». ^éW. BIBLIOTHÈQUE DE l'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES 21^ fascicule. U \/ TV /l NT T7 ^ Ammon-Ra des papyrus égyptiens du musée de r~l ï IVl iN lL Boulaq, traduit et commenté par Eugène Grébaut, avocat à la Cour d'appel de Paris. 22 fr. 22e FASCICULE. Ltr C O T '17 t T D C ^^ Philippe. Poème en vers politiques de L-jO i l_ii-/ U tv»^ Philippe le Solitaire, publié dans le texte pour la première fois, d'après six mss. de la Bibliothèque nationale, par l'abbé E. Auvray, licencié ès-lettres. M»"- 75 C;Q3L4.^CJipN PHILOLOGIQUE (ANCIENNE SÉRIE) ri,''-,,.''-. ,.' -1''/.'. ' ;^:, 5e FASCICULE. Ci • Iv 1 1 1 lL iv Les noms de famille. j fr. 50 Lib^rjlt GERMER-BAILLIÈRE , rue de l'École-de-Médecine. • POUR PARAITRE LE i" JANVIER 1876. REVUE,. HISTORIQUE DIRIGÉE PAR MM. Gabriel MONOD et ' Gustave FAGNIEZ, Ancien élève de l'École normale supérieure, Ancien élève de l'École des Chartes, Agrégé d'histoire, Directeur-adjoint Archiviste aux Archives nationales, à l'École pratique des Hautes-Études. Auxiliaire de l'Institut. Les études historiques prennent à notre époque une importance toujours croissante et il devient de plus en plus difficile, même pour les savants de pro- fession, de se tenir au courant de toutes les découvertes, de toutes les recherches nouvelles qui se produisent chaque jour dans ce vaste domaine. Aussi croyons- nous répondre aux désirs d'une grande partie du public lettré en créant, sous le titre de Revue historique, un recueil périodique destiné à favoriser la publication de travaux originaux sur les diverses parties de l'histoire , et à fournir des ren- seignements exacts et complets sur le mouvement des études historiques dans les pays étrangers aussi bien qu'en France. A côté des Revues spéciales qui, comme la Revue Archéologique ou la Bibliothèque de l'École des Chartes, cherchent à élucider des points particuliers de l'histoire de l'Antiquité ou du Moyen Age, nous voudrions créer une Revue d'histoire géné- rale s'adressant à un public plus étendu , mais appliquant à des questions plus variées la même sévérité de méthode et de critique et la même impartialité d'esprit. Nous voudrions offrir un champ de travail commun à tous ceux qui, quelles que soient leurs tendances particulières, aiment l'histoire pour elle-même et n'en font pas une arme de combat pour la défense de leurs idées religieuses ou politiques. Aussi, tout en laissant à nos collaborateurs 1^ liberté et la responsabilité de leurs opinions personnelles, leur demanderons-nous d'éviter les controverses contem- poraines, de traiter les sujets dont ils s'occuperont avec la rigueur de méthode et l'absence de parti pris qu'exige la science, et de n'y point chercher des argu- ments pour ou contre des doctrines qui ne seraient qu'indirectement en jeu. Nous ne ferons donc ni une œuvre de polémique ni une oeuvre de vulgarisa- tion, sans que pourtant notre Revue soit un recueil de pure érudition. Elle n'admettra que des travaux originaux et de première main , qui enrichissent la science, soit par les recherches qui en seront la base , soit par les résultats qui en seront la conclusion ; mais tout en réclamant de nos collaborateurs des pro- cédés d'exposition strictement scientifiques, où chaque affirmation soit accom- pagnée de preuves, de renvois aux sources et de citations, tout en excluant sévèrement les généralités vagues et les développements oratoires, nous conser- verons à la Revue historique ce caractère littéraire , auquel les savants ainsi que les lecteurs français attachent avec raison tant de prix. ,j Notre cadre n'exclura aucune province des études historiques ; toutefois notre Revue sera principalement consacrée à l'histoire européenne depuis la mort de Théodose (395), jusqu'à la chute de Napoléon I" (iSiO- C'est pour cette période en effet que nos archives et nos bibliothèques conservent le plus de trésors inexplorés ; et nous voulons nous tenir , autant que possible, à l'écart de toutes les polémiques contemporaines. REVUE CRITIQ^UE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE N- 20 — 15 Mai — 1875 Sommaire : 89. Le Dîwdn de Moslim, p. p. De Goeje. — 90. Vernes, Histoire des Idées Messianiques. — 91. Romero de Castilla y Perosso, Les Archives de Simâncas. — 92. J. Hillebrand, La Littérature nationale allemande au XVIII* et au XIX' siècle, 5* éd., p. p. K. Hillebrand. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions. 89. — Di-wan poëtae Abu'I-"Walid Moslim, etc. Quem e codice leidensi edidit, multis additamentis auxit et glossario instruxit, M. J. de Goeje. Lugduni Batavorum, apud T. J. Briil. 1875. i vol. in-4'', lxxix-318 p. — Prix : 25 fr. Ce volume, publié avec un luxe auquel les poètes arabes n'étaient pas habitués, a paru le 8 février, jour où l'Université de Leyde célébrait le troisième cente- naire de sa fondation. Nous avions appris avec quelque surprise que, pour per- pétuer le souvenir de ce glorieux anniversaire, on avait choisi un poète ignoré, dont la vie et les œuvres ne nous semblaient pas devoir contribuer utilement à l'histoire de la civilisation arabe. Le temps est déjà loin où la littérature musul- mane était cultivée pour l'amour de l'art, le temps où Grangeret de Lagrange la défendait avec une chaleureuse indignation contre le positivisme prosaïque de Schulz. Il y avait, selon nous, quelque témérité à décerner les honneurs d'une publicité aussi magnifique à un écrivain perdu dans la pléiade littéraire du 11* s. de l'hégire et même contesté par la critique de son temps. La lecture de son Divan a dissipé nos appréhensions. Moslim. est un poète de race : il a la verve et l'ampleur de Zohaïr, la finesse et l'élégance d'Abou Nowas, la gravité d'Abou'l-Atayyah. Il faut donc remercier M. de G, d'avoir délaissé un moment sa Bibliotheca geographica en faveur d'un charmant diseur de Kaçidehs et de Ghazals, auquel la critique moderne accordera volontiers les suffrages que ses contemporains lui ont mesurés avec une parcimonie jalouse. De sa vie aven- tureuse et débraillée , comme celle de bon nombre de ses confrères en poésie, nous ne dirons pas grand'chose ici. Le savant éditeur s'est borné à en réunir les matériaux d'après VAghani et d'autres recueils littéraires; mais il a laissé au lecteur le soin de les coordonner et d'en tirer une de ces monographies amu- santes et instructives comme le Livre des Chansons en fournit par centaines. C'est en effet une tâche attrayante et dont nous sommes disposé à nous charger, mais au profit d'un autre recueil où les citations de texte et les critiques de détail seront mieux à leur place. Deux mots seulement sur l'ouvrier avant d'examiner l'œuvre. Abou'l-Walid Moslim naquit à Koufah vers le milieu du second siècle de l'hégire, probablement entre les années 130 et 140 (747-758 de J.-C). Son père était tisserand, cir- constance que la satire contemporaine sut exploiter à ses dépens. On ne sait rien de ses premières années ni de ses maîtres; ou, pour mieux dire, il n'eut d'autres XV 20 506 REVUE CRITIQUE maîtres que son génie et la lecture des poètes classiques. D'après une tradition d'ailleurs peu certaine, il parut pour la première fois à la cour des Khalifes vers l'an 187 (803) non pas comme panégyriste mais comme accusé : un terrible soupçon, celui de tremper dans les complots des Schiites, pesait sur lui ; une brillante improvisation qu'il prononça en présence du prince lui sauva la vie et désormais il devint, sinon le chantre attitré, du moins un des commensaux de la cour de Bagdad, C'est ce que prouvent plusieurs de ses odes adressées à Haroun . ar-Raschîd, au Khalife Emîn et au premier ministre Fadhl ben Sehl. La faveur de ce ministre répara en maintes circonstances les brèches que sa vie désor- donnée faisait à sa fortune et il lui dut en dernier lieu une récompense inespérée : l'insouciant coureur de ruelles, le patito des houris de Bagdad fut nommé juge au criminel, s'il faut en croire une tradition, directeur des postes, selon une autre, et agent secret du gouvernement dans la province de Djordjân (Gourgân). Ainsi le voulait le caprice du maître et nul n'y trouvait à redire dans cette société frivole et élégamment dissolue du second siècle. Polycrate fit, dit-on, d'Anacréon un des archontes de Samos ; Raschîd transformait en grave fonction- naire le chantre joyeux de l'ivresse et de l'amour. C'est à Djordjân et sans doute en possession de son grade officiel que mourut Moslim vers l'année 208 (82 j- 824). Le sobriquet galant « victime des belles » sari'oul-ghawany lui fut donné, si la légende est véridique, par le Khalife Raschîd frappé de ce vers d'une de ses odes : « Qu'est-ce que la vie pour moi ? Aimer et mourir victime du vin et des » beaux yeux. ' » Lui-même le commentait en ces termes dans une pièce qui ne fait pas partie du recueil. « Un teint de rose, des yeux languissants, des » lèvres qui laissent voir une rangée de perles blanches comme Vantbemis; |j Deux » boucles noires qui rehaussent la blancheur du visage; des seins arrondis fi comme la grenade : |1 Voilà le pouvoir irrésistible auquel j'ai succombé; voilà » ce qui m'a valu le surnom de victime des belles^. » Ce surnom né d'une boutade du prince des Croyants et que le poète acceptait d'assez mauvaise grâce, résume incomplètement ses goûts et la nature de ses inspirations. On aurait pu aussi bien le nommer « la victime de l'amphore et des » coupes » (jari' oul-kassât). Sa vie ne fut qu'une perpétuelle ivresse, mais l'ivresse d'un viveur élégant qui avait autant d'aversion pour la lourde débauche du Khalife Emîn que pour le rigorisme des gens de loi. Les Grecs l'auraient surnommé civoBuvaaxYiç. Moslim aime la liqueur d'or qu'on recueille à Tizenâbâd, parce qu'il lui doit ses plus chaudes inspirations, ses images les plus colorées, parce qu'elle le place tout à côté du grand poète Abou Nowas dans ce genre particulier de poésies que les Arabes nomment Khamriât « bachiques. » Voyez^ avec quelle délicatesse d'expression il chante la boisson enchanteresse : « C'est la fille des mages, devenue musulmane par son union avec les convives. || Nous l'avons demandée en mariage, et le négociateur qui nous l'amène marche d'un pas grave 1, Diwan, texte, p. 37; comparer avec les versions différentes citées p. 290 et 308. 2. Thâkb'i, Lataïf, édition de Jong, p. 23. d'histoire et de littérature. 307 et solennel. || Il a su séduire son premier maître et, prodiguant l'or, il l'a ravie à sa famille. || Il la livre vierge et pure à une troupe de buveurs généreux, exempts de toute vilenie. || La voilà cette liqueur que le vigneron n'a pas pressée dans la cuve; la voilà bouillonnante comme le sang dans les veines du guerrier Kharédjite. |{ C'est elle qui chasse le chagrin, qui inspire la générosité à l'avare. || Elle colore la main de l'échanson et donne à ses doigts les reflets de l'écaillé. y>* — « L'eau, en se mêlant doucement au vin, pare l'amphore d'un collier de perles (globules) 2, etc.» Ailleurs il célèbre l'esclave charmante qui fait circuler la coupe : « Les convives lui lancent à la dérobée d'amoureuses œillades; elle leur verse en même temps et le vin et l'amour. || Chacun répond à son appel ; chacun partage le délire de celle qui tient l'amphore. || Le luth et la cithare mêlent leurs plaintes aux soupirs des convives ; tous goûtent une félicité qui n'a rien à envier à celle des élus. » ' Dans la peinture de l'amour, dans l'élégie passionnée que les Arabes nomment naçîb, le poète trouve-t-il des accents aussi chaleureux, une émotion aussi sin- cère? Il faut bien reconnaître que non. La plupart des morceaux qui nous ont été conservés dans le Divan, en admettant qu'ils soient réellement son œuvre, ce qui est contestable, se recommandent par une facture élégante, un tour aisé, des images heureuses, mais on y cherche vainement ce cri de la souffrance, cette expression de la douleur vraie qui éclatent dans les courtes poésies à'Orwah et de Medjnoun, « les martyrs de l'amour. » Tout au plus, peut-on faire une excep- tion pour la pièce XXI 4 dont le début est mouvementé. En voici quelques vers : « 0 joies évanouies, ô tristesses de l'heure présente, pourquoi ne suis-je pas mort au moment des adieux? || La destinée a-t-elle reculé le terme fatal de ma vie, ou bien suis-je resté insensible à l'heure de la séparation? || Celle que j'aime n'est-elle pas loin de moi? Ne vois-je pas les traces désolées du campement qu'elle habitait? || An! si les flots de l'Euphrate pouvaient me dire où est le navire qui l'emmène! || La vie est désormais sans douceur ; la mort seule a du prix à mes yeux. || Ces colombes qui gémissent peuvent confier leurs plaintes au bocage, mais moi, pauvre amant délaissé, à qui dirai-je ma dou- leur? etc. » A part le défaut de liaison, défaut inhérent à toute poésie sémitique, les vers qui précèdent ont dans l'original je ne sais quoi de touchant et de tendre dont la traduction ne donne qu'une faible idée. Partout ailleurs, dans les pièces du même genre, Moslim n'est plus qu'un versificateur habile; il trouvera parfois des com- paraisons ingénieuses, celle-ci par exemple : « L'amour de cette magicienne m'a » fasciné comme la croix fascine le chrétien ; « il restera mesuré et relativement chaste dans le choix de l'expression, mais l'inspiration n'y est plus. D'ailleurs, l'amour est pour lui affaire de mode et de dilettantisme; il avoue lui-même quelque part qu'il chante la dame de ses pensées, parce que le bon ton le veut ainsi ; mais l'esclave qu'il charge de ses messages amoureux lui paraît plus char- mante que les Zeïneb ou les Asmâ de convention dont il se déclare publiquement l'adorateur. En relisant ces romances sentimentales, on se croit transporté dans quelque 1. Diwan, p. 32. 2. Ibid., p. 48, 3. Ibid., p. 48 et passim. 4. Ibid., p. 139. 308 REVUE CRmQL'E cour d'amour de Provence ou d'Italie ; ou, pour mieux dire, on assiste à Péclo- sion de ce génie léger et galant qui, brisant les chaînes du rigorisme musulman et les grilles du harem, va pénétrer le monde occidental et éclairer de ses joyeuses clartés les ténèbres de la vie féodale. M. de Kremer dans son excellent ouvrage Culturgeschichte des Orients unter den Chalifen, a déjà signalé ce caractère parti- culier du génie arabe '. Ce qui est vrai des autres littératures, l'est aussi de la poésie arabe, c'est là qu'il faut chercher le tableau fidèle de la vie sociale, et M. de G. a raison de dire dans son Avant-propos « imago societatis orientalis )) delineari potest poëtarum ratione non habita, pingi verô nequit. « Veut-on savoir par exemple jusqu'à quel point le langage de la haine et de là vengeance s'allie aux élégances de la vie de cour, qu'on lise l'ode où Moslim célèbre les prouesses de Yézîd ben Mazyad, vainqueur des Kharédjites ^ : « Yézîd se jette dans la mêlée le sourire aux lèvres quand la peur fait blêmir la face de ses ennemis. || Il féconde la mort et lui donne une innombrable lignée de cadavres. || Brave autant que généreux, il abreuve ses hôtes de bienfaits et son épée du sang des hérétiques. Il II ne trompe pas l'attente des oiseaux de proie; les vautours le suivent et tourbillonnent au-dessus de sa tête, sûrs d'une abondante pâture. » Ailleurs, p. 216, il dit d'un autre guerrier Moslim ben Walid : « Son butin à lui, ce sont les tètes de ses ennemis; leurs femmes et leurs filles enchaî- nées servent de contre-poids à ce sanglant trophée; etc. » Et qu'on ne s'imagine pas que ces images violentes, succédant sans transition aux gracieux tableaux de la vie nomade, choquaient le Khalife et l'auditoire raffiné auxquels elles étaient destinées. Loin de là : exigées par la tradition classique, elles étaient accueillies avec admiration par ces princes abbassides altérés de voluptés et de sang, et qui avaient fait de cette antithèse une terrible réalité. On ne s'explique pas pourquoi un critique du temps, établissant un parallèle entre Abou Nowas et Moslim, reproche à ce dernier de n'exceller que dans un seul genre et de n'avoir qu'une corde à sa lyre. Il suffit de parcourir le Divan pour se convaincre que notre poète s'est essayé dans tous les genres avec succès. Doué d'un génie moins puissant que son rival, il travaille et polit le vers avec autant de délicatesse et de soin; amoureux de son art, il remet sans cesse son ouvrage sur le métier, mais ne laisse voir nulle part le travail de la lime. Il sait mieux que personne , lui qui est arrivé à la gloire par sa première ode dédiée à Yézîd, combien il importe de frapper fort et juste au début. « Mon ami, disait-il » au poète Di'bil son élève, fais en sorte que le premier morceau que tu produiras » en public soit achevé de tout point et tu recevras dès ton apparition le beau » nom de poète. Si tu t'annonces par une œuvre imparfaite, quel que soit » le mérite de ce que tu composeras plus tard, tu ne te laveras jamais de la » tache originelle 3 . » Mais un reproche peut-être plus mérité est celui que lui adresse un admira- 1. Vienne, 187J. Voir surtout le chapitre V, Damascus und der Hof der Omajjaden. 2. Diwan, p. 2 et suiv. 3. Ibid., pièces annexes, p. 245. d'histoire et de littérature. J09 leur des anciens, un certain Ibn Mihrawaïh, « laudator temporis acti. « Au dire de ce juge difficile, Mosiim aurait été l'inventeur de ce genre brillant et faux que les rhétoriciens nomment badV et latîf, le style à facettes, l'abus des concetti, de l'antithèse et des jeux d'esprit. Bien que sa manière, si on la compare à celle de Bohtori et d'Abou Tammam ses imitateurs, soit la simplicité même, on ne peut nier qu'elle n'e^t exempte ni de recherche, ni d'ornements de faux aloi. Toutefois, avant de lui faire un procès en règle, il faudrait être sûr de l'authen- ticité de toutes les pièces qui figurent dans son recueil. Or nous avons plusieurs excellentes raisons d'en douter. Il est évident, par exemple, que certains mor- ceaux, surtout la pièce XXIV et les suivantes offrent avec les grandes odes du début un contraste frappant : la pensée en est banale, le style lâché et terne. Nous avons là sans doute quelques-unes de ces ballades anonymes dont on voulut plus tard assurer le succès en les mettant sous le couvert d'un nom célèbre. Nous savons d'ailleurs qu'il y eut plusieurs éditions du Divan. La pre- mière en date et la plus digne de confiance avait pour auteur le poète et critique du ive siècle de l'hégire Souli (qui fut aussi le plus grand joueur d'échecs de son temps;) elle paraît à tout jamais perdue. Une seconde recension, celle à la- quelle l'auteur de VAghani fait de nombreux emprunts est très-différente de celle que nous avons sous les yeux. Plusieurs morceaux en l'honneur de Yézid , de Fadhl ben Sehl, etc., cités en fragments par le Livre des Chansons ne se trouvent pas dans le texte imprimé à Leyde. Veut-on une autre preuve de la réserve avec laquelle il faut se prononcer sur la question d'origine , qu'on lise l'anecdote de la page 231 où, sur quatre vers cités comme appartenant aux meilleures pièces de l'auteur, un seul se retrouve dans l'édition de M. de G. Mais voici le coup de grâce. D'après une tradition d'un caractère respectable, le poète, à son lit de mort, écoutait la lecture de quelques-unes de ses productions. Effrayé de la hardiesse avec laquelle il avait célébré les charmes de l'amour et la boisson défendue par le Koran, il arracha le manuscrit des mains de son secrétaire (ou de son rhap- sode) et le jeta dans la rivière de Djordjân; «de sorte, ajoute le narrateur, que » presque toutes ses compositions furent perdues et qu'on ne peut considérer )) comme siennes que les pièces dédiées à des personnages historiques, lesquelles » furent conservées dans les archives de famille. » Si ce récit est vrai, et la source d'où il émane ne peut guère être révoquée en doute, il faudrait éliminer comme apocryphe près d'un tiers du divan, notamment les vers de circon- stance, chansons d'amour, etc., qui ne sont accompagnés d'aucun commentaire. Enfin le style relativement faible des passages contestés vient à l'appui de cette hypothèse. On arriverait de la sorte pour un poète du deuxième siècle de l'hégire à la même fin de non-recevoir que M. Ahlwardt oppose avec raison à une partie des œuvres attribuées à six poètes de l'âge héroïque ' . Mais la question d'authenticité mise à part, il n'en reste pas moins avéré que le divan de Mosiim, considéré comme document pour l'histoire des idées et de la 1. Voir The divans oj the six ancient arabic poets, préface, p. xxvij. ?IO REVUE CRITIQUE civilisation musulmanes, aussi bien que comme texte d'étude et de recherches lexicographiques, est une œuvre de haute valeur. Les poètes de cette époque sont encore pleins du souffle qui a inspiré les Moallakahs; ils continuent la tradition des poètes de la vie nomade; leurs chants s'appliquent à des faits et à des per- sonnages contemporains, mais la langue est restée celle de la grande poésie. Si nous avions l'honneur d'enseigner la littérature arabe au Collège de France, nous voudrions étudier les odes de Moslim concurremment avec les grands mor- ceaux de l'époque anté-islamique, persuadé qu'il en jaillirait d'heureux rappro- chements et des comparaisons fécondes. Le savant et consciencieux éditeur n'a rien négligé pour rendre cette tâche plus facile. Le soin avec lequel il a établi son texte, les nombreuses variantes qu'il y a ajoutées, le vocabulaire des mots rares et difficiles qui termine son travail et comble heureusement les lacunes du commentaire, tout cela fait de son livre un des meilleurs qu'on puisse mettre aux mains des élèves déjà exercés. C'est à peine si, après une lecture attentive, nous avons relevé quelques erreurs typographiques, quelques bonnes leçons rejetées à tort parmi les variantes, quelques mots omis dans le lexique spécial; cette liste de corrections figurera à la suite de l'article que nous destinons au Journal asiatique. Aujourd'hui nous avons voulu seulement signaler la valeur intrinsèque de l'œuvre et le rang qu'elle nous paraît devoir occuper dans le domaine littéraire des Arabes. Nous sommes heureux de pouvoir féHciter dès à présent le savant orientaliste à qui nous en sommes redevables et nous déclarons en toute sincérité que son travail nous paraît digne de la circonstance qui l'a inspiré et de la célèbre Université qui, depuis trois siècles, ne cesse de rendre d'éminents services à l'érudition. Barbier de Meynard. 90. — Maurice Vernes. Histoire des Idées Messianiques, depuis Alexandre jusqu'à l'empereur Hadrien. Paris, Sandoz et Fischbacher. 1874. 1 vol. in-8", xv- 294 p. L'Histoire des Idées Messianiques par M. Vernes est la suite d'un travail publié par lui en 1872 sur le Peuple d'Israël et ses espérances relatives à son avenir, depuis les origines jusqu'à l'époque persane ', résumé lucide des travaux des exégètes allemands sur cette question importante. Ce nouveau livre a une plus grande portée que le précédent. Il nous offre le premier travail d'ensemble qui ait été fait sur le développement des idées messianiques pendant l'époque de trouble intellectuel qui a précédé et immédiatement suivi l'apparition du christianisme. M. V. étudie successivement l'Apocalypse de Daniel, les parties juives des livres Sibyllins, l'Apocalypse d'Henoch, les Psaumes de Salomon, le livre des Jubilés, l'Apocalypse (canonique) de Jean, l'Apocalypse d'Esdras, l'Assomption de Moïse, en y joignant les livres apocryphes de l'Ancien Testa- ment, les livres du Nouveau Testament, et les Targoums et Talmuds judaïques. Il expose en excellents termes le but et le plan de son étude : w Mon premier 1. Paris, Sandoz et Fischbacher. 1872. i vol. in-8", 169 p. d'histoire et de littérature. jii » chapitre, dit-il, rappelle les résultats acquis par mes études précédentes sur » les idées messianiques avant l'exil et à l'époque persane. Les suivants sont » consacrés tour à tour à l'idée messianique sous la domination grecque, — sous )) les Hasmonéens, — sous Hérode le Grand et sous les procurateurs romains » qui exercèrent le pouvoir en Judée dans les premières années de l'ère chré- » tienne, et furent contemporains de la naissance du christianisme. Un chapitre à » part est rempli par l'étude des idées messianiques de Jean-Baptiste et surtout de » Jésus, dont la place était marquée dans notre histoire au double point de » vue de la manière dont il a conçu l'attente messianique et du rôle qu'il s'est » attribué dans la fondation du royaume à venir. A partir de lui, l'idée messiani- » que poursuit son cours chez les juifs et chez les chrétiens dans des directions » parallèles. Chez ces derniers, cependant, l'attente du Messie, sans compter le » caractère nouveau qu'elle tenait de la foi enlamessianitédeJésus, tend bientôt » à perdre sa signification originelle et nous n'en poursuivrons pas l'étude au-delà » de la fm du premier siècle. Chez les Juifs, au contraire, l'espérance de la glo- » rieuse révolution qui doit inaugurer le royaume de l'avenir est plus vivace que )) jamais à la fm de ce même siècle au point qu'elle suscite un Messie contre » Hadrien ; mais elle meurt de cet effort en même temps que le peuple qui l'a » conçue et nourrie pendant mille ans. L'idée messianique dans la primitive église » forme le chapitre VII, l'idée messianique chez les Juifs, après la destruction du » temple, le chapitre VIII et dernier.» Le mérite de M. Vernes est surtout d'avoir présenté une étude suivie et com- plète des livres où sont exprimées les espérances messianiques. Quant au fond même de son livre, il est emprunté aux travaux des érudits allemands auxquels il faut joindre M. Colani, dont le livre remarquable (Jésus-Christ et les croyances messianiques de son temps, 1864) exerce sur ses idées un empire excessif. Il s'est montré un trop fidèle disciple du professeur de Strasbourg, et semble ignorer les travaux de M. Langen, de Holtzmann et de Keim qui complètent ou rectifient les siens. r^lous reprocherons aussi à M. V. de n'avoir pas donné tout à fait ce que promet le titre de son livre. Il annonce une histoire des idées messianiques et il donne en réalité une histoire des écrits apocalyptiques. Mais quel est le milieu historique et moral où ces écrits ont pris naissance ? Il importait de le dire et M. V. l'a négligé. Nous regrettons enfin que dans un sujet aussi délicat et aussi neuf pour le public français, M. V. ait trop souvent cru pouvoir trancher les questions les plus difficiles par des affirmations trop péremptoires. En matière scientifique, ce n'est pas l'assurance, mais, au contraire, le scrupule qui donne de l'autorité. Nous noterons en particutier les chapitres V et VI (L'idée messianique sous les procurateurs romains et l'idée messianique chez Jean-Baptiste et Jésus de Naza- reth) où ce défaut s'est fait le plus sentir. M. V. semble être encore à l'âge où l'on aime à étonner les partisans des idées anciennes et à affirmer son indé- pendance par la hardiesse des hypothèses et des assertions. En revoyant son œuvre avec plus mûre réflexion nous ne doutons pas qu'il ne sente lui-même ce JI2 REVUE CRITIQUE qui doit y être corrigé à cet égard. Il se méfiera de certaines tendances de son esprit qui le poussent par amour de la clarté à appauvrir et à simplifier outre mesure son sujet, et par réaction contre le respect superstitieux dont certaines idées sont l'objet, à les rabaisser et à les dépouiller de leur poésie et de leur réelle beauté. Il devra également apporter une sévère attention à son style. Quelque soin qu'ait pris M. V. de rejeter tout ce qui pouvait rappeler, même de loin, les idées et le langage de la théologie protestante, il n'a pas su si bien dépouiller le vieil homme que l'on ne puisse le reconnaître à la forme de ses phrases et au choix de ses mots. Il a le style réfugié, comme on dit. Malgré ces critiques, que nous aurions peut-être moins accentuées si le ton d'assurance de M. V. ne donnait le droit d'être sévère pour des inexpériences en elles-mêmes bien excusables, nous pensons que le livre qu'il vient de publier est destiné à rendre de grands services. Il offre au public français un résumé clair, précis et en général exact d'une des crises les plus intéressantes de l'his- toire religieuse et morale de l'humanité ; pour la France, c'est un livre vraiment nouveau. Il pourra de plus servir de point de départ à des recherches nou- velles en déblayant le terrain déjà exploré. En le remaniant avec soin, M. V. peut aisément en faire un très-bon livre qui tiendra dignement sa place dans les bibliothèques d'histoire religieuse. X. 91. — Apuntes hlstôricos sobre el archive gênerai de Simàncas, por D. Francisco Romero de Castilla y Perosso, secretario del mismo archive. Madrid, Aribau y C. 1873. In-8°, xxiij-165 p. Le mémoire dont nous venons de transcrire le titre est consacré à l'histoire des archives de Simàncas. Jusqu'ici, quelque étonnant que cela puisse paraître, aucun érudit espagnol ne s'était senti porté à entreprendre la tâche de raconter la formation et les vicissitudes de ce célèbre dépôt de documents historiques, une des gloires de l'Espagne. Dans le rapport bien connu de Santiago Agustin Riol sur les archives d'Espagne', rédigé en 1726 par ordre de Philippe V, la partie qui concerne le plus important établissement d'archives de la monarchie espagnole n'occupe que quelques pages. Un autre mémoire qui traite également de toutes les archives d'Espagne et qui fut composé par Rafaël de Floranes pour répondre au rapport, parfois incomplet et inexact, de Riol, est resté inédit ; les renseignements qu'il donne sur Simàncas, à en juger par ce qu'en ont tiré M. Gachard et l'auteur du travail que nous annonçons, se réduisent à peu de chose. Enfin la Diserîacion sobre archivas etc. de Facundo de Porras Huidobro, est, à ce qu'il paraît, fort insignifiante. Heureusement, un savant étranger, M. Gachard, mieux préparé à cette tâche que bien d'autres, eut l'idée de pro- fiter d'un long séjour à Simàncas pour recueillir sur l'histoire du dépôt d'ar- I. Il a été publié dans le tome III, p. 73-234, du Stmanario erudito de Valladares de Sotomayor, et il en existe de nombreuses copies manuscrites : le fonds espagnol de la Bibliothèque nationale de Paris en possède deux. d'histoire et de littérature. J I 5 chives, dont il a tiré tant de documents précieux, un nombre considérable de renseignements qui lui servirent à rédiger la Notice historique et descriptive des archives royales de Simancas \ Cet excellent travail, enrichi d'extraits d'inven- taires, est trop connu de tous les érudits qui s'occupent de l'histoire du xvi® siècle pour qu'il soit nécessaire d'insister sur son mérite. M. F. Romero, secrétaire des archives de Simancas, dans l'introduction et le premier chapitre de son mémoire, suit pas à pas les travaux des érudits que nous avons nommés; cepen- dant il a pu élucider une question que M. Gachard avait dû laisser indécise. En effet, Floranes, s'appuyant sur l'autorité de Fr. Pedro de Quintanilla y Mendoza^, affirmait que l'idée de recueillir les documents historiques de la Péninsule dans la forteresse de Simancas se trouvait consignée pour la première fois dans une lettre adressée le 12 avril 15 16 par le cardinal Jimenez de Cisneros à Ferdinand le Catholique. Or, dans la correspondance du célèbre archevêque-cardinal publiée en 1867 par MM. P. de Gayangos et V. de la Fuente ?, on trouve une lettre de la même date adressée à Diego Lopez de Ayala, dans laquelle Jimenez insiste sur la nécessité de forcer les divers fonctionnaires de l'État à se dessaisir des registres ou documents qui peuvent servir au roi ou à son gouvernement, « porque », dit-il, a acordamos de hacer unos archivos adonde todas dichas » escripturas se pongan e guarden ». Le nom de Simancas n'est pas prononcé. La lettre en question est, il est vrai, adressée à Diego Lopez de Ayala et non point au roi Ferdinand, comme le prétendait Quintanilla, mais on ne peut guère admettre que Jimenez ait le même jour précisé, dans une lettre à son souverain, le projet qu'il communiquait en termes encore assez vagues à Ayala. On peut donc affirmer, sans craindre d'être démenti par de nouvelles investigations, que Charles-Quint est le véritable fondateur des archives de Simancas. Une cédule du 19 février 1 543 ordonne le transfert dans ce château-fort de certains docu- ments qui se trouvaient à Médina del Campo. A partir de cette époque les or- donnances concernant les archives nouvellement créées se multiplient : elles sont déjà connues par la notice de M. Gachard. La partie la plus intéressante, et vraiment nouvelle, du travail de M. R. est celle qui traite de l'administration des archives de Simancas sous le règne de Philippe II. L'installation d'une administration aussi importante dans la vieille forteresse devait entraîner de grandes modifications dans la disposition intérieure des corps de logis. Ce fut Juan de Herrera, le célèbre architecte de l'Escurial, que Philippe II chargea de ce soin, et la série des travaux qui furent exécutés sous ses ordres a été consignée dans un long mémoire auquel M. R. a fait de 1 . Publiée en tête du tome premier de la Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, Bruxelles, 1848. 2. Je suppose que l'ouvrage de Quintanilla auquel Floranes a fait cet emprunt est VArchetypo de virtudes, espejo de prelados, el vénérable padre y siervo de Dios , Fr. Francisco Ximenez de Cisneros. Palermo, 1653, ou bien les Panegyricos del cardenal Cisneros, Roma, i6$4, mais ces deux ouvrages pourraient bien n'en faire qu'un, voy. N. Antonio Bibl. hisp. nova II, 229. 5. Édition reproduite dans le tome II, p. 219 a 281, de VEpistolario espanol, publ. par Eugenio de Ochoa {Bibl. de aut. csp. t. LXII). ÎI4 REVUE CRITIQUE nombreux emprunts. Mais ce qui décida du sort de la nouvelle administration ce fut la nomination, en 1 561, de Diego de Ayala comme chef des archives de Simancas. M. R. a fait un éloge mérité de ce serviteur laborieux et intelligent, tel que Philippe II savait en trouver et en former, qui, pendant les trente-six années qu'il remplit la charge que son souverain lui avait confiée, dirigea les travaux des architectes , fit le triage des documents de toute nature transportés en grand nombre aux archives, enfin consacra le reste de son temps à répondre aux nombreuses demandes des agents du roi et à entreprendre la rédaction de plusieurs inventaires. Il faut lire la lettre, publiée par M. R., où cet infatigable travailleur rend compte de ses travaux, et les annotations marginales de la main de Philippe II, qui témoignent à la fois de la confiance absolue que lui inspirait Ayala et de l'importance qu'attachait ce souverain aux travaux d'archives et à la bonne conservation des documents historiques. La sollicitude de Philippe II pour ces archives était surtout motivée , comme on peut s'y attendre , par le désir de conserver les titres de propriété du domaine royal , afin de pouvoir les produire dans toutes les circonstances où les droits du roi viendraient à être contestés. Mais le « sombre tyran », calomnié par tant d'historiens qui ne l'ont jugé que sur quelques actes politiques, avait en vue aussi l'intérêt scientifique. On peut citer à cet égard les considérants d'une commission donnée en 1 567 au célèbre historien aragonais, Ger6nimo Zurita, à l'effet de recueillir les instructions, mémoires, lettres et autres papiers restés entre les mains des ambassadeurs et des ministres du roi, de l'empereur et des rois catholiques, et de les faire transporter à Simancas, après en avoir examiné le contenu; car, dit le roi, « nous avons remarqué que ceux qui sont chargés d'écrire l'histoire » et les chroniques ne possèdent pas les connaissances nécessaires pour donner » une relation exacte et circonstanciée des événements : on n'a pas extrait de » relation des papiers déjà recueillis et on ne sait pas ce qu'ils contiennent. « Philippe II comprit bientôt que les instructions de détails qu'il envoyait sans cesse à Diego de Ayala ne pouvaient pas suffire à assurer la marche régulière de l'administration à laquelle il portait tant d'intérêt , aussi publia-t-il , le 24 août 1588, une longue instruction en trente articles destinée à régler d'une façon définitive l'organisation matérielle des archives, les travaux des archivistes et la police intérieure de l'établissement. Le préambule de cette instruction contenait malheureusement une mesure, inspirée sans doute par l'affection que son auteur ressentait pour le zélé serviteur qui avait consacré sa vie au dur labeur que lui imposaient ses fonctions, mais qui eut dans la suite les conséquences les plus funestes. Cette mesure rendait héréditaire dans la famille d'Ayala la charge d'archiviste de Simancas. Le fils déjà de Diego de Ayala, Antonio, ne fit preuve d'aucun zèle dans l'accomplissement de sa tâche, et ses descendants s'éloignèrent de plus en plus du bel exemple donné par leur ancêtre. Les travaux de classe- ments et d'inventaires ne furent pas poursuivis, les documents remis aux archives s'accumulèrent et le désordre ne tarda pas à envahir la maison autrefois si bien administrée. A la vérité la main du maître ne se faisait plus sentir. Quelle impul- sion pouvaient donner à ces travaux des souverains tels que Philippe III, d'histoire et de littérature. }\\ Philippe IV, Marie-Anne d'Autriche, ou leurs validos, le duc de Lerma, le comte- duc d'Olivares et le P. Nithard! Philippe IV cependant jugea bon d'envoyer en 1624 un de ses secrétaires, Francisco de Hoyos, à Simancas pour y rédiger des inventaires, preuve que les employés des archives négligeaient absolument de s'acquitter du plus important de leurs devoirs. Mais ni les inventaires rédigés par Francisco de Hoyos et son fils Antonio, d'après un plan du reste assez défec- tueux et malheureusement différent de celui qu'avait adopté Diego de Ayala, ni une instruction royale de 16^3 qui réformait celle de 1588, ne purent couper court au désordre qui ne fit qu'augmenter. Le gouvernement de la maison de Bourbon ne devait guère améliorer l'insti- tution qu'il recevait en si mauvais état des mains du dernier prince espagnol de la maison d'Autriche. Le rapport rédigé par Riol, conformément aux ordres de Philippe V, entraîna bien la nomination d'une junte chargée de remédier à l'état déplorable des archives du royaume, mais aucune décision n'y fut prise relati- vement à Simancas : les choses restèrent ce qu'elles étaient. Au reste le grand dépôt historique allait bientôt avoir à souffrir d'injures plus graves encore que le désordre intérieur ou l'incapacité de ses gardiens. On sait comment l'abbé Guiter fut chargé en 18 10, par le gouvernement de Napoléon I*"", de se rendre à Simancas pour y faire le triage des pièces histo- riques qui devaient être transportées à Paris, aux archives de l'Empire. M. R. proteste énergiquement, et avec toute raison, contre cet enlèvement et contre les procédés déplorables des détachements de l'armée de Kellermann qui occu- pèrent la forteresse pendant qu'on était en train de la dépouiller de ses trésors. Après avoir accueilli avec les égards qu'elle mérite la protestation de M. R., il nous sera permis de faire observer, qu'au point de vue scientifique, la translation d'une partie des archives espagnoles à Paris a eu d'heureux résultats. Les res- sources d'une grande ville placée au centre de l'Europe et la libéralité d'une administration qui depuis un certain nombre d'années ouvre ses portes aux tra- vailleurs sérieux, ont singulièrement facilité les recherches des nombreux érudits de toute nationalité appelés à consulter les monuments diplomatiques de l'an- cienne monarchie espagnole. M. R. a raconté avec une modération qui lui fait honneur cet épisode de l'histoire de Simancas d'après la notice de M. Gachard. Quelques petites erreurs qu'il a commises en parlant du classement opéré par l'abbé Guiter aux archives de l'empire auraient été évitées, s'il avait eu recours à un autre travail du savant archiviste de Bruxelles ' ; ainsi les pièces apportées d'Espagne n'ont pas été distribuées dans les différentes sections des Archives natio- nales : elles ont été versées en bloc dans la section historique, série des Monuments historiques (K); les séries A à R, établies par Guiter, ne répondent aucunement I. La Notice sur la collection dite des Archives de Simancas, qui est conservée aux archives de l'empire, à Paris dans les Bulletins de la commission royale d'histoire, y série, t. III, n° I . Cette notice est encore ce qu'on possède de plus complet sur cette belle collection qui mériterait à tous égards un catalogue raisonné. Le Tableau méthodique des fonds con- servés aux Archives nationales ne lui consacre que 3 pages. Je dois ajouter que la direction des Archives nationales annonce depuis quelques années la publication d un inventaire spécial de ce fonds : il est à désirer qu'il ne se fasse pas trop attendre. 5l6 REVUE CRITIQUE à des divisions d'ordre méthodique. Enfin M. R. va trop loin quand il remarque que les papiers de Simancas sont « très-bien classés aux Archives nationales de ;) France » : bornons-nous à dire qu'ils sont conservés avec soin et rangés dans un ordre qui ne rend pas les communications trop difficiles. Le travail de classe- ment, qui aurait du reste beaucoup gagné à être fait par des personnes plus compétentes, a consisté simplement à distribuer les anciens legajos dans des cartons, et à envelopper les pièces dans des chemises, dont les cotes sont mal- heureusement trop souvent erronées. Avant de terminer le compte-rendu de cet intéressant mémoire, il nous reste à présenter deux observations. M. R. revient dans une note sur la question du procès de D. Carlos ; il remarque qu'il n'a rien trouvé à cet égard dans les nom- breux inventaires qui lui ont passé par les mains. Seul un mémoire de papiers à réclamer pour les archives contient cette note, qui pourrait être de la main de Diego de Ayala: El caso del principe D. Carlos; ce qui, comme l'observe justement M. R., « ne prouve rien ». Je crois qu'il faut absolument renoncer à l'idée qu'on pour- rait découvrir à ■ Simancas , ou ailleurs , des détails relatifs à l'enquête que Philippe II fit ouvrir sur la vie et les actes du prince des Asturies. M. Gachard a montré ' que toutes les pièces concernant D. Carlos que le roi avait un intérêt quelconque à dissimuler ont dû être détruites, conformément aux prescriptions de son codicille du 24 août 1 597. Et puis les causes qui ont amené l'incarcération de D. Carlos sont maintenant si bien connues, que les pièces de cette enquête ne nous apprendraient assurément rien d'autre que ce qui ressort des nombreux témoignages analysés par M. Gachard. Sans doute les âmes sen- sibles, pour s'apitoyer à leur aise sur la triste fin de ce fou furieux, s'applique- ront à montrer qu'on n'est point encore parvenu à connaître le fond des choses, mais les esprits sensés et calmes sauront se contenter des résultats acquis par la critique. — Le second point sur lequel il nous paraît utile d'attirer l'attention concerne directement l'établissement des archives de Simancas. M. R. présente des observations très-judicieuses sur les inconvénients de tout genre qu'engendrent la situation isolée de cette administration, à une assez grande distance des centres scientifiques, et le manque absolu de ressources du pays dans lequel elle se trouve comme perdue. Il paraît même que les habitants du bourg de Simancas, loin de se croire honorés par la présence de ces célèbres archives, ne demanderaient pas mieux que d'en être débarrassés : ils sont per- suadés, nous dit M. R., que les impôts qu'ils payent servent à l'entretien de la forteresse et de son personnel ; aussi ne font-ils rien pour rendre la vie agréable aux malheureux archivistes. La translation des archives de Simancas dans une grande ville de Castille, Valladolid par exemple, donnerait non-seulement une grande impulsion aux travaux de classements et d'inventaires qui deviennent de jour en jour plus nécessaires, elle faciliterait aussi l'exploitation, au profit de la science, de cet incomparable dépôt historique; mais je dois dire que M. R. qui la conseille beaucoup, n'a pas l'air d'y compter. Alfred Morel-Fatio. I. Don Carlos (t Philippe II, 2' éd. p. 396. d'histoire et de littérature. jiy 92. — Die deutsche Nationalliteratur im XVIII. u. XIX. Jahrhundert. Historisch u. sesthetisch-kritisch dargestellt von Joseph Hillebrand. Dritte Auflage, durchgesehen und vervollstaendigt von Karl Hillebrand. Gotha, Fr. And. Perthes. 1875. « Lorsque, trente ans après sa première publication, un ouvrage de longue » haleine arrive à une nouvelle édition, c'est déjà un signe qu'il possède une )> valeur durable; mais si dans cet intervalle de temps le sujet dont s'occupe » cet ouvrage a été traité nombre de fois par d'autres écrivains, et par les plus » considérés de la nation; si, entre les deux éditions successives, s'est opérée » dans la manière de voir politique, intellectuelle et morale une transformation y> semblable à celle qui a eu lieu en Allemagne dans les années i8$o, 1866 et )) 1870; si le genre de composition — la critique esthétique dans le cas pré- » sent — a non-seulement cessé d'être au goût du jour, mais est précisément » en opposition avec lui ; si enfin l'auteur, étranger à toutes les écoles et à » toutes les coteries, n'a jamais été patronné et appuyé par un parti littéraire » influent et puissant, on a le droit d'admettre que son livre est de ceux qui » s'adressent à plus d'une génération. » Nous ne pouvons que souscrire à ces remarques placées par l'éditeur en tête de l'ouvrage que nous annonçons; elles expliquent à merveille le lent succès de la Littérature allemande de M. J. Hille- brand, comme elles en justifient une nouvelle édition. Si cet ouvrage, en effet, a vieilli à certains égards, s'il n'est plus en parfaite harmonie avec les idées et la manière de voir actuelle, la conscience, la justesse et l'indépendance des juge- ments, qui en sont le caractère et l'honneur, ne le recommandent pas moins aujourd'hui qu'il y a vingt-cinq ans, et « l'idéal de liberté et d'humanité «, qui fut celui de J. Hillebrand et qui est resté aussi — cela ne nous surprend nulle- ment et nous n'aurons point le mauvais goût de l'en féliciter — celui de son éditeur, trouve maintenant trop peu de partisans de l'autre côté du Rhin pour que la Littérature nationale allemande ne soit pas pour nous doublement la bien- venue. C'est là aussi une raison de savoir gré à M. Karl Hillebrand d'avoir pieuse- ment respecté la pensée originale de l'ouvrage qu'il publie, et de s'être, dans les six premiers livres qui traitent de l'histoire littéraire de PAllemagne au xviii® siècle et pendant le premier quart du siècle présent, borné presque exclu- sivement à ajouter quelques notes bibliographiques, que rendait indispensables l'abondance des documents dont s'est enrichie la littérature d'outre-Rhin durant les vingt-cinq dernières années. On le comprend toutefois, il était impossible qu'il en fût de même pour le septième et dernier livre, qui retrace l'histoire du mouvement littéraire à partir de la Révolution de Juillet. Depuis 1850, date de la seconde édition, les représentants de la littérature ont bien changé ; aussi était-il nécessaire, dans cette partie de l'ouvrage, de réviser ou de compléter les juge- ments de l'auteur : c'est là une tâche dont M. K. H. s'est acquitté avec beaucoup de tact et de talent. On n'aurait pas compris que Immermann, Grabbe, Béer, Puckler-Muskau, morts pour la plupart depuis longtemps, fussent rangés 3l8 ,^";!. REVUE CRITIQUE TtmHl parmi les Contemporains ; ils ont été reportés du quatrième chapitre consacré à la littérature du temps présent, dans le second, qui traite de la période antérieure à la révolution de 1848, et où ils trouvent leur place naturelle à côté de Heine et de Menzel. Le chapitre III, au contraire, qui contient l'histoire de la Jeune Allemagne, — bien vieille maintenant, — n'a point été modifié; mais les changements n'en ont été que plus considérables dans le chapitre suivant. Quelques notices ont dû être complétées, à cause de la publication de nouveaux ouvrages par les auteurs auxquels elles sont consacrées ; d'autres ont été ajoutées pour faire connaître les écrivains devenus célèbres depuis 1850. C'est le cas en parti- culier pour Haemmerling, Gerstaecker, Steub, Keller, Freytag, Ce dernier, dont il n'était question dans l'édition précédente que comme poète drama- tique, est apprécié dans celle-ci comme romancier et archéologue. Enfin nous trouvons les noms d'Herm. Grimm, le critique d'art, de Paul Heyse et de quelques autres moins connus. Tandis que le chapitre IV gagnait ainsi en étendue, le chapitre V, qui fait l'historique du mouvement scientifique depuis la Révolution de 1848, a vu disparaître plus d'un écrivain qui a eu son jour de célébrité, mais dont les ouvrages, maintenant dépassés, sont à bon droit négligés ou oubliés; c'était justice qu'ils fissent place à leurs successeurs et à leurs émules dans la science. Si le choix qui a présidé à ces modifications peut plus d'une fois sur- prendre, on ne peut néanmoins qu'applaudir en général à la discrétion et à la sage mesure avec laquelle elles ont été faites; de même, si l'on peut trouver que le nouvel éditeur a exalté plus que de raison certains écrivains du jour, pour lesquels la postérité, tout en reconnaissant leur mérite, sera probablement plus sévère, on ne peut lui contester d^avoir terminé d'une manière digne de ses commencements un ouvrage qui se recommandera longtemps encore à l'at- tention des amis de la littérature allemande. C. J. SOCIÉTÉS SAVANTES. ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. Séance du 7 mai 1875. Le ministre de l'instruction publique transmet à l'académie les estampages de 6 inscriptions carthaginoises, envoyées par M. Cherbonneau. M. Desjardins annonce qu'il a reçu de M. Ch. Tissot, ministre plénipoten- tiaire de France au Maroc , la première partie d'un travail sur les antiquités de ce pays, qu'il se propose de communiquer à l'académie. Ce travail est le fruit de 4 ans de recherches assidues. On ne savait jusqu'ici presque rien de la Mauré- tanie Tangitane, faute de documents, les anciens ayant fort peu parlé de cette province. La connaissance de l'arabe et du berbère a permis à M. Tissot de consulter les auteurs arabes et de recueillir de la bouche des habitants les tradi- tions locales. Son travail est à la fois très-neuf et presque définitif. — M. Miller id'histoirk et de littérature. 519 rappelle qu'on doit déjà à M. Tissot la connaissance d'une curieuse inscription grecque du Maroc. — M. Alex. Bertrand termine la lecture de son mémoire sur les Gaulois. De ce qu'il a exposé précédemment, M. Bertrand conclut qu'il faut distinguer comme deux peuples différents les Gaulois elles Celtes, qu'on avait confondus jusqu'ici. Les premiers habitaient la Cisalpine et le Noricum ; ce sont eux qui envahirent l'Italie et prirent Rome; les Celtes occupaient le pays que nous sommes habitués à nommer Gaule, la France actuelle : l'institution du druidisme était propre à ces derniers. Au temps de César, les Gaulois avaient déjà pénétré dans le pays des Celtes, s'étaient fondus avec la population celtique, et lui avaient donné leur nom, comme plus tard les Francs à leur tour lui donnèrent le leur : d'où la confusion qu'a faite Tite Live , et tous les modernes à sa suite, entre les Gaulois et les Celtes. Il ne faut donc plus dans notre histoire ancienne distinguer seule- ment trois périodes, gauloise, romaine et franque, mais quatre : l'époque celtique, l'époque gauloise, l'époque romaine et l'époque franque. — Le résultat des recherches archéologiques confirme cette théorie. M. Bertrand présente une carte de la Gaule dont les diverses parties ont été teintées de couleurs différentes selon que les fouilles y ont fait rencontrer des monuments mégalithiques (qu'accom- pagnent ordinairement des objets en bronze), des instruments et des armes en fer. Les premiers se trouvent dans tout le centre et l'ouest, les seconds seule- ment dans une région plus restreinte à l'est. Selon M. Bertrand les mégalithes et les objets de bronze appartiennent à la civilisation celtique. Au contraire nous savons par le témoignage des anciens que les Gaulois avaient des armes en fer : ce sont eux qui, venant du Danube ou des contrées du nord-ouest, ont apporté le fer dans cette région orientale de la Gaule, la première qu'ils ont occupée; quand plus tard ils se sont étendus au delà, ce n'a été qu'en se mêlant à la population indigène et en adoptant toutes ses coutumes, y compris l'usage du bronze. Dans une carte d'Europe coloriée suivant le même système, on voit que les mégalithes et les objets de bronze abondent dans les pays qui sont restés le plus longtemps celtiques, comme l'Irlande, le pays de Galles et la Bretagne Armorique ; la région des instruments de fer forme une traînée qui s'étend du Danube aux Alpes et à la Gaule. Les objets en fer qu'on trouve dans cette région remontent, de l'aveu de tous les archéologues et en dehors de tout système, à une période qui se place entre les années 600 et 1 5 o avant notre ère : or c'est précisément là l'époque des invasions gauloises en divers pays dont parlent les historiens anciens. — M, Bertrand met sous les yeux des membres de l'académie divers objets trouvés dans les fouilles , et la photographie d'un grand nombre d'autres. M. Deloche fait remarquer que la différence entre les deux listes de peuples gaulois données par T. Live et Polybe, dont M. Bertrand a parlé dans sa pre- mière lecture, n'est pas si grande qu'il le dit : il s'y trouve deux noms communs à toutes deux, et non un seul, car on voit par Tite Live (5, 34 in fine) que les Insubres qui figurent dans une de ces listes n'étaient qu'une branche {pagus) du peuple des Êduens, mentionné dans l'autre liste. Deux autres des peuples nom- 520 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. mes par Polybe sont des Ligures, par conséquent des Ibères d'origine, ce qui semble, selon M. Deloche, indiquer que l'invasion venait de l'ouest. Du reste, M . Deloche ne pense pas que rien puisse infirmer l'autorité du témoignage de Tite Live, qui était de Padoue, du pays même par lequel était venue l'invasion, et qui devait bien connaître les traditions locales. Enfin il est d'autant plus vrai- semblable que les envahisseurs de l'Italie venaient de la Gaule, que César (de b. gall. 6, 24), et Tacite (Germ. 28 et 43) disent qu'il y avait eu un temps où les peuples de la Gaule étaient très puissants, avaient une population surabondante et envoyaient des colonies à l'étranger. M. Bertrand ne croit pas à l'identité des Insubres et des Éduens, Il considère comme une légende fabuleuse le récit de T. Live sur l'émigration des Gaulois de l'an 581 (d'oii seraient sortis plus tard les envahisseurs de 390) : ce récit présente des invraisemblances en lui-même, et il n'est pas croyable que de 581 au temps de César les noms des divers peuples de la Gaule n'eussent pas changé. Le récit de Polybe prouve que les envahisseurs de l'Italie venaient de l'est et non de l'ouest. Ce que disent César et Tacite des colonies gauloises se rapporte à une autre époque. M. Deloche cite un passage de Polybe (2, 22) qui représente les Insubres et les Boïens, en guerre contre les Romains, appelant à leur secours les Gésates, peuple gaulois transalpin des bords du Rhône, et leur rappelant la gloire que leurs ancêtres se sont acquise par l'invasion de l'Italie et la prise de Rome. — M. Bertrand répond que les Gésates, dont il est question, habitaient au nord et non à l'ouest des Alpes, dans la vallée du Rhône supérieur (aujourd'hui le Valais en Suisse). M. Robert approuve en général le système de M. Bertrand. Il pense que l'au- teur, dans sa peinture de la civiHsation des Gaulois, n'a pas fait assez remarquer combien la numismatique gauloise indique chez ce peuple une civilisation avancée. — M. Bertrand adhère pleinement à cette observation, qui n'affecte en rien son système et que confirme d'ailleurs l'examen des objets qu'il a mis sous les yeux de la compagnie. — M. Thurot présente le 20" fascicule de la bibliothèque de l'école des hautes études, intitulé Quintilien, Institution oratoire, collation d'un ms. du x'^ s., par Ém. Châtelain et Jules Le Coultre, Paris, 1875, 8°. Ce fascicule contient la collation du ms. de la Bibliothèque nationale, lat. 18527, anc. N. D. 187. — M. B. Aube commence la lecture d'un mémoire sur la date du martyre de S** Félicité et de ses sept fils. Julien Hayet. Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. Nogent-Ie-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. Les premières livraisons de notre recueil et les noms de nos collaborateurs diront mieux que toutes les paroles le but désintéressé et scientifique que nous poursuivons et l'esprit d'impartialité qui anime notre entreprise. Nous pouvons dès aujourd'hui citer parmi les savants qui ont bien voulu nous accorder l'appui de leur nom et le concours de leur collaboration MM. H. Bordier, E. Bouta- RIC, L. DELISLE, V. DURUY, FUSTEL DE COULANGES, A. GEFFROY, A. HiMLY, C. Jourdain, E. Littré, A, Maury, Paul Meyer, Gaston Paris, G. Perrot, J. QuicHERAT, E. Renan, L. Renier, R. Reuss, C. Rousset, E. de Rozière, A. Sorel, h. Taine, c. Thurot. La Revue historique renconirera, nous l'espérons, un accueil sympathique, non- seulement parmi ceux qui font de l'histoire une étude spéciale, mais encore parmi tous ceux qui s'intéressent aux choses de l'esprit. La France a toujours tenu en honneur les recherches historiques; si elle n'a plus aujourd'hui dans cette branche du savoir humain la supériorité incontestée qui lui appartenait jadis, il paraîtra d'autant plus nécessaire de favoriser une entreprise destinée à aider et à encou- rager les travailleurs sérieux. L'étude du passé de la France, qui sera la prin- cipale partie de notre tâche, a d'ailleurs aujourd'hui une importance nationale. C'est par elle que nous pouvons rendre à notre pays l'unité et la force morales dont il a besoin , en lui faisant à la fois connaître ses traditions historiques et comprendre les transformations qu'elles ont subies. La Revue historique paraîtra tous les trois mois par livraisons grand in-8° de 16 à 20 feuilles, de manière à former à la fin de l'année deux beaux volumes de 5 jo à 600 pages. Chaque livraison contiendra : L Quatre ou cinq articles de fond, comprenant chacun, s'il est possible, un travail complet. Nous n'admettrons que par exception la division d'un travail en deux ou plusieurs articles. H. Des Mélanges et Variétés, composés de documents inédits d'une étendue restreinte et de courtes notices sur des points d'histoire curieux ou mal connus. IIL Un Bulletin historique de la France et de l'étranger, fournissant des ren- seignements aussi complets que possible sur tout ce qui touche aux études histo- riques : publications nouvelles, découvertes de manuscrits ou de monuments, Séances des Académies et des Sociétés savantes, Cours des Universités. IV. Une Analyse des publications périodiques de la France et de l'étranger, au point de vue des études historiques, signalant les théories nouvelles et les faits nouveaux qui peuvent être mis au jour, soit dans les Revues historiques ou litté- raires, soit même dans la presse quotidienne. V. Des Comptes rendus critiques des livres d'histoire nouveaux. Le prix de l'abonnement sera de 30 francs par an (33 francs pour les dépar- tements, 35 francs pour l'étranger, en cas d'envoi direct par la poste). La première livraison de la Revue historique paraîtra le i" janvier 1876. Nous prions les personnes qui voudront s'abonner à notre Recueil de nous transmettre le plus tôt possible leur adhésion, afin que, sûrs de leur concours, nous puissions dès l'abord donner à notre entreprise tout le développement désirable. S'adresser pour la rédaction de la Revue : A M. G. Monod, 76, rue d'Assas, Paris; Et pour les abonnements et l'administration : A M. Germer-Baillière, 17, rue de l'École de Médecine. . PERIODIQUES. The Academy, N" 1 5 5 , new séries , 24 avril. The First Voyage Round the World. By Magellan. Ed. by Lord Stanley of Alderley, Hakluyt Society (R. H. Major). — Elise C. Otté, Scandinavian History. London, Macmilian (Edmund W. Gosse). — Notes and News. — Notes of Travel. — George Herbert at Cambridge (Samuel R. Gardiner). — Paris Letter (Gabriel Monod ; nouvelles littéraires). — Correspondence. The University of Melbourne and its Professors (F. J. Furnivall). — The Word « Kiln « in English (Walter W. Skeat). — The Word « Cylyn » (D. Silvan Evans). — Meetings of Societies (Assoc. roy.. histor. et archéol. d'Irlande; soc. des antiquaires, de numismatique, de philologie). The AthensBum, N" 2478 , 24 avril. The Theological Translation Fund (revue de plusieurs ouvrages allemands traduits en anglais : Jésus de Nazareth, de Keim, Paul, de Baur, La religion d'Israël, de Kuenen, et des Lectures sur l'Apocalypse de Bleek). — Rae, The Land of the North Wind; or Travels among the Laplanders and the Samoyedes. Murray (intéressant récit, mais ne contenant que peu de nouveaux renseignements). — Chaucer, The Prioresses Taie, etc. By the Rev. W. W. Skeat. Clarendon Press Séries. — Transactions of the American Philological Association (contient un article sur les formes épiques de verbes en ao), par M. Allen, des études cymriques, par M. Evans, une étude sur les modes en grec, par M. Goodwin, un article de M. March sur les récentes discussions de la loi de Grimm). — A Celtic Mss. Society (Henri Martin). — The Site of Pisgah. — Literary Gossip. — Societies (Soc. asiatique, assiociation britannique d'archéol.. Soc. de numismatique, de philologie, d'anthropologie). Literarisches Centralblatt, N" 18, i" mai. Hôfner, Untersuchungen zur Geschichle des Kaisers 4. Septimus Severus. i. Ed. 2 Abth. Giessen, Ricker. In-8", viij-145 p. (art. polémique). — Honegger, Kritische Geschichte der franzœsischen Cultureinflùsse in den letzten Jahrhunderten. Berlin, Oppenheim. In-8", xij-400 p. (ouvrage extrêmement remarquable; l'auteur reconnaît trois périodes dans l'influence française : l'Epoque de Louis XIV, le xviiie siècle, la Révolution et Napoléon). — Kônig, Gedanke, Laut und Accent am He- braeischen dargestellt. Weimar, Bœhlau. In-8°, vij-155 P- (ouvrage qu'il faut lire). — Sutta Nipâta. Transi, from the Pâli by Sir M. Coomara Swamy (cf. Rev. crit., 187$, I, p. 145). Jenaer Literaturzeitung, 187 5, n* 9, 27 février. Italia, herausg. v. Hille^ brand. Bd. II. Leipzig, Hartung. In-8'*, 335 p. (Wilhelm Bernhard : cf. Revt crit., 187^, I, p. 157). — Fanfani, Dino Compagni vendicato dalla calunnia di scrittore délia Cronaca. Milano, Carrara. In-S", xxiv-3 1 1 p. (P. Scheffer- Bgichorst). — Massari, Cavour. Leipzig, Barth. In-8'', xxxij-384p. ; Bezoh>,= Geschichts-Tabellen von Italia, als Supplément zu Massari, Biographie Cavour's? Daselbst. In-S", vj-65 p.; Massari, Graf Cavour's Leben und Wirken. Deutsche Ausg. V. Rûffer. lena, Costenoble. In-8", xxviij-583 p. (0. Hartwig). — ScH/EFER, Geschichte des siebenjaehrigen Krieges. Bd. II. Abth. 2. Berlin, Hertz. In-8°, x-778 p, (Noorden). — Mithoff, Kunstdenkmale und Alterthù- mer im Hannoverschen. Bd, I-III. Hannover, Helwing'sche B. In-4", vj-232, 206; 252 p. (J. H. Mùller). — Kônig, Gedanke, Laut und Accent ain Hebraeischen dargest. (E. Prym). — Haug, On the Interprétation of the Veda4' London, Trùbner. In-8", 24-27 p, (B. Debrùck). — Claudi Galeni de placitis Hippocratis et Platonis libri IX. Recens, et expl. I. Mueller. Vol. I. Lipsiae, Teubner. In-^S", viij-827 P- (H- Diels). — ^Eschylos Agamemnon, herausg. v, Enger. 2. Aufl. umgearb. v. Gilbert. Leigzig, Teubner. In-8", xxvj-i7op. (Johannes Oberdick). — Q. Horatius Flaccus. erkl. v. H. Schùtz. Th. I. Berlin, Weidmann'sche B. In-8'', xxiv-395 p. (Adolf Kiessling\ — Die Schlacht von Alischanz , herausg. v. K. Roth. Paderborn, Schœningh. In-8", 80 p. (Hermann Suchier). Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur. N* 21 Neuvième année. 22 Mai 1875 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS. Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Guyard. i* . Prix d'abonnement : Uti an, Paris, 20 fr, — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus suivant le pays. PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 67, RUE RICHELIEU, 67 Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). ANNONCES En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 67, rue de Richelieu. GT7\T \ 17 D nn Histoire et Théorie de la Musique de l'antiquité. EL. V A hi rV I T. F^ I fort vol. gr. in-S". 30 fr. BIBLIOTHÈQUE DE l'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES 2ie FASCICULE. I Y -«r iy r t^y |-ji à Ammon-Ra des papyrus égyptiens du musée de II I iVl IN Ci Boulaq, traduit et commenté par Eugène Grébaut, ; vocat à la Cour d'appel de Paris. 22 fr. 22^ FASCICULE. Lr-y Q T^T T7ÎTDC ^^ Philippe. Poème en vers politiques de CjO 1 i_il-/ LJ ivO Philippe le Solitaire, publié dans le texte ] our la première fois, d'après six mss. de la Bibliothèque nationale, par l'abbé I ;. Auvray, licencié ès-lettres. 3 fr. 75 <:OLLECTION PHILOLOGIQUE (ANCIENNE SÉRIE) 5e FASCICULE. E. RITTER Les noms de famille. 3 fr. 50 PÉRIODIQUES. The Academy, N° 1 56, new séries, i" mai. The Works of George Chap- man. With an Introd. by Algernon Charles Swinburne. London, Chatto and Windus; The Same, George Chapman : a Critical Essay. Ibid. (J. A. Symonds: réimpression des œuvres complètes de Chapman, traductions du grec, drames et poésies; consciencieuse étude sur Chapmann). — Rabaud, Histoire du Protes- tantisme dans l'Albigeois et le Lauragais, depuis son Origine jusqu'à la révoca- tion de l'Édit de Nantes. Paris, Sandoz et Fischbacher (E. Coquerei. : ouvrage intéressant et instructif). — Notes and News. — Notes of Travel. — The British Muséum (récentes acquisitions de la- Bibliothèque). — Letters in the Gotha and Fulda Libraries (John E. B. Mayor). — Correspondence. The Barhut Sculptures (R. C. Childers). — Barnabe Barnes : Shakspere, Sidney, etc. (Alexander B. Grosart). — The Welsh Words « Cylyn » and « Dynes » (J. Rhys). — Sutta Nipâta. Transi, by Coomara Swamy (T. W. Rhys Davids; cf. Rev. ait., 1875, I, p. 145). — Meetings of Societies (Soc. asiatique, de géographie). The Athenaeutn, N°2479, i*"" mai. The Works of Ben Jonson. Ed. by GiFFORD. With Introduction and Appendices by F. CuNNiNGHAM. 9 vols. Bickers and Sons (il est regrettable que les éditeurs n'aient pas chargé M. Cunningham de préparer une nouvelle édition, au lieu de reproduire celle de Gifford). — Baring-Gould , The Lost and Hostile Gospels : an Essay on the Toledoth Jeschu and the Petrine and Pauline Gospels of the First Three Centuries of which Fragments remain. Williams and Norgate (destiné au grand public anglais, cet ouvrage atteindra son but de vulgarisation). — The Site of Pisgah (J. L. Porter). — Barnabe Barnes (Alexander B. Grosart). — The Interior of New Guinea (réponse de l'auteur de ce livre, John A. Lawson, aux critiques qui en ont été faites, et réplique de VAthenmm). — The British Muséum. — The Dis- covery of old documents at the India Office. — Literary Gossip. liiterarisches Centralblatt, NM9, 8 mai. Annales des rois d'Assyrie, tr. p. J. Menant. Paris, Maisonneuve. In-8°, viij-296 p. (ouvrage delà plus haute importance, et dont l'exécution fait honneur à M. Menant). — Urkundensamm- lung der Gesellschaft fur Schleswig-Holstein-Lauenburgische Geschichte. 4. Bd. Fasc. I. Kiel, Univ.-Buchh. In-4°, 269 p. (contient les Régestes du roi Chris- tian I.). — Die Regesten des Kaiserreichs unter Kari IV. Herausg. v. Huber. I. Lief. Innsbruck, Wagner. In -4% 160 p. — Hellwald, Culturgeschichte bis zur Gegenwart. 2.-11. Lief. Augsburg, Lampart. In-8°, p. 81-8^9 (trop sub- jectif). — A. Darmesteter, Deux élégies du Vatican. Nogent-le-Rotrou, impr. de Gouverneur. ^-8°, 46 p. (art. très-favorable; une ou deux corrections pro- posées).— Krohn, Sokrates und Xenophon. Halle, Mùhlmann. In-8°, ix-179 p. — Herbst, Johann Heinrich Voss. 2. Bd. i. Abth. Leipzig, Teubner. In-8°, vj- ^64 p. — Koerte , Ueber Personificationen psychologischer Afîekte in der spasteren Vasenmalerei. Beriin, Vahlen. In-8°, 90 p. (s'occupe spécialement de la personnification de la rage et de la folie sur les vases de style sous-italique). — Prenner, Ueber die Venus von Milo. Greifswald, Bamberg. In-S", 47 p. ; Aicard, La Vénus de Milo. Paris, Sandoz et Fischbacher. In-S", 235 p. (ces deux travaux résolvent définitivement la question). Mittheilungen aus der historischen Litteratur. 1875. 2. Heft. — He- ' FELE, Concilien Geschichte (Feldner). — Quitzmann, Die aelteste Geschichte der Baiern bis zum Jahre 91 1 (Schattmûller).— Waschow, Herzog Otto von Braunschweig, Fûrst von Tarent (Stœckert). — Il conte Alfonso Montecuccoli (Grossmann). — Opel, Der niedersaechsisch-dsenische Krieg (Fischer). — Ritter, Briefe u. Acten zur Geschichte des 30 jaehrigen Krieges (Fischer). — KosER, Der Kanzleienstreit (Fischer). — Bandhauer, Die Kaîastrophe von REVUE CRITIOUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE N- 21 — 22 Mai — 1875 Sommaire : 93. De Goeje, Contributions à l'histoire des Tsiganes. — 94. L. Mul- LER, Supplément à son édition des Fables de Phèdre. — 95. Lettre adressée à l'empereur Théophile par les Pères d'un concile tenu en 856 à Jérusalem, p. p. Sak- KÉLiON. — 96. Tholin, Études sur l'architecture religieuse de l'Agenais. — 97. Recueil de bons mots du XV et du XVI« siècle, p. p. Papanti. — 98. Landau, Contributions à l'histoire de la Nouvelle en Italie. — 99. Contes populaires catalans, p. p. Maspons y Labros, 3" série. — 100. Chansons russes contemporaines, p. p. kiREJEVSKY et Bezsonoff. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions. 93. — Bijdrage tôt de Geschiedenis der Zigeuners van M. J. de Goeje (Extrait des Mémoires de l'Académie des sciences). Amsterdam, 1875, in-8*, 25 p. Les travaux dont les Bohémiens ont été l'objet, principalement au point de vue philologique, ont établi leur origine indienne d'une manière presque indubi- table. Pott et Elliot, Trumpp et Burton ' avaient déjà indiqué le peuple de la péninsule indienne auquel ils croyaient que ces tribus devaient être rattachées. M. de G. a recherché les traces qu'elles ont pu laisser dans les chroniques musulmanes. Les Tsiganes , race vagabonde et voleuse , sont aussi connus comme tels en Orient : en Syrie, on les appelle Nawar et Zott ou Zatt (\e t fort), forme arabisée de l'indien Djatt. Un autre témoignage de leur origine s'est perpétué dans le nom de Sindhi, qu'on leur donne également — comme d'ailleurs en Allemagne, — et qui a passé dans des proverbes arabes comme synonyme de voleur et de men- teur. Enfin, le nom de Gandorry sous lequel les Bohémiens désignent les Chré- tiens, semble encore à l'auteur un souvenir de la ville indienne de Gandâra. Les bases de sa thèse ainsi établies, M. de G. n'a pas de peine à retrouver les Zott dans le pays marécageux du N. de l'Inde, au S. de l'embouchure de l'Indus, où d'ailleurs vivent encore leurs descendants; la langue de ceux-ci, étudiée récem- ment par Trumpp {Grammar of the Sindhi language), porte encore dans le Béloutchistan oriental et le Pendjab occidental le nom de « langue des Djatt. » M. de G. ne s'occupe d'ailleurs pas d'examiner si la question concernant les Djatt et celle relative à leur langue ne sont pas distinctes C'est donc des Ojatt ou Zott que parlent les chroniques arabes et persanes. Le fait le plus ancien touchant leur histoire ^ se rencontre dans le célèbre poème des Rois de Ferdousi, où Pott l'avait déjà trouvé, et le récit du poète 1. Ce dernier dans un travail, publié en 18^1 et écrit entre 184J et 1849, Sindh and the races that inhabit the valley of the Indus , que les Tsiganologues ne paraissent guère connaître (The Academy, 27 mars 1875, p. 324). 2. Cf. Néanmoins Burton, 1. 1. et Ferishtah I, 81, N. de la trad. angl. Briggs y dit que le Col. Tod a sur les Djatt des inscriptions des IV' et V" siècles « m the nail hea' » ded or Budhish character. » Nous ignorons si ces inscriptions ont vu le jour. XV 21 5|22 H ! î II î " REVUE CRITIQUE historien est confirmé par celui de Hamzah Ispahâni, Il s'agit de l'envoi en Perse fait par un pfince indien au Sassanide Behrâm Goûr, sur la demande de celui- ci, de 12.000 musiciens dits Loûri ou Zott. Les Tsiganes, on le sait, trouvent dans la pratique de la danse et de la musique un de leurs principaux moyens d'existence. Or, c'est ce nom de Louri qu'ils portent encore en Perse, et ils descendent bien, d'après le Modjmel et-tevârîkh, de ces Loûri de Behrâm Goûr, — encore que la similitude des noms les fasse quelquefois confondre avec les habi- tants du Louristân (dits aussi Loûri). On peut d'ailleurs rapprocher du sens qu'a pris Sindhi chez les Arabes la signification d'éhontéf impudent, attribuée au mot Loûri par le Dict. persan Borhâni Kâîi'. .'/i fil >!> v Vers l'embouchure de l'Indus demeuraient, au dire des plus anciens géo- graphes et chroniqueurs arabes, des tribus descendues de Cham et qui, sous différents noms (Bodha ou Nodha, Meid ou Mend, Kork, Kikân, Sajâbidja, Asâwira) vivaient les unes de l'élève des troupeaux, les autres de piraterie'. Elles se battaient quelquefois entre elles, mais les principales attaques des tribus ^feôtières étaient dirigées contre les populations musulmanes auxquelles elles inspi- ■'^âient la plus vive terreur. Le genre de vie de ces populations, exigeant de vastes "territoires, devait les faire essaimer un peu de tous côtés, et l'on en trouve en effet — sans parler du fait cité plus haut — dès l'origine de l'islamisme, lors de la conquête de la Perse, les uns chez les Persans, les autres chez les Arabes, et ailleurs encore. On retrouve entre autres le nom des Zott près de Babylone, dans le « canal des Zott , » et l'histoire des premières conquêtes de l'Islam cite au nombre de celles-ci le territoire des Zott, entre Râmhormouz et Arradjân. L'histoire de ces colonies après la conquête arabe ne nous est guère connue, mais dès 670 le Khalife Moâwia transporta, de Basra, des familles de Zott en Syrie, c.-à-d. à proximité des possessions byzantines, et au ix* siècle on trouve encore à Antioche le « quartier des Zott, » Quant à l'Inde même, les premières •^'invasions musulmanes furent repoussées par les Zott, qui pourtant se joignirent "bientôt aux Arabes, sous Walîd P^ Mais leur caractère et leurs mœurs vaga- bondes faisant d'eux des alliés peu sûrs, vers 710, on en transporta de nouveau ■ sur les bords du Tigre, vers le Khouzistân, tant Zott qu'autres Indiens. De là, ' 4 ans plus tard Walîd, et 6 ans après celui-ci, Yezîd II en firent transporter un certain nombre vers Antioche et Mopsueste, et leurs buffles avec eux : on voulait 'débarrasser ce territoire des lions qui l'infestaient, et l'on sait que ces derniers ' fuient devant le buffle. Un siècle plus tard, en 820, nous retrouvons ce groupe principal de Kaskar jouissant d'une indépendance acquise à la faveur dés troubles 2 occasionnés par la rivalité d'Emîn et de Mâmoun, les deux fils de Hâroûn. Les '''j>remières expéditions dirigées contre eux pour les réduire restèrent infructueuses jusqu'à 8^4, où Odjeif, général de Mo'taçem, dut leur faire subir un siège en i.v règle dans leurs marais, et même, dit-on, faire venir des paysans d'Egypte pour ^' l'aider dans un genre de travail qui leur était familier. Trois jours de réjouissances ; i célébrèrent à Baghdâd une victoire chèrement achetée et dont 27.000 prisonniers, 1, Plusieurs, auxquels il faut ajouter Briggs (I.I.), les identifient avec les Gètes. d'histoire et de littérature. 325 dont 12.000 en état de porter les armes, relevèrent l'éclat. Qn Jes déporta d'abord à Khânikîn (au N.-E. de Baghdâd), puis à Ainzarba, en Syrie; il en resta néanmoins, dit-on, un certain nombre à Khânikîn. En 855 enfin, les gens de Roum ou les Byzantins attaquèrent et prirent Ainzarba, et emmenèrent les Zott avec tous leurs biens. Telle est donc la date positive où les Bohémiens sont introduits sur le territoire de l'empire byzantin. Le silence des chroniqueurs fait supposer qu'il n'y a pas eu de déportations ailleurs qu'en Syrie, d'autant que Zott est le nom des Tsiganes en Syrie seule- ment. Ceux de cette race qui continuèrent d'habiter leur pays d'origine restèrent tranquilles jusqu'à Mahmoud le Ghaznévide, qui punit exemplairement les brigan- dages qu'ils exerçaient contre son armée et soumit Mançoûrah. Près de quatre siècles plus tard, Timour dirigea également une expédition contre ces pillards, et se vante dans ses mémoires d'avoir délivré le pays de leurs rapines, — ce qui, par parenthèse, semble bien infirmer l'opinion qu'il en aurait pris à son service. Mais néanmoins, au témoignage d'Elliot, ils forment encore maintenant les 2/5 de la population du Pendjab et la majorité de celle du Sindh, et c'est cette langue .j^^indhi ou Djatt, nous l'avons dit, qu'a étudiée Trumpp. Après avoir ainsi groupé ses laborieuses recherches , tout en espérant que d'autres, plus heureux que lui, pourront continuer de suivre la piste des Zott après leur entrée sur le territoire byzantin, M. de G. cite quelques mots bohé- miens dont il croit avoir retrouvé l'origine arabe. Il propose en outre quelques étymologies : la première, pour le mot Zigeuner ou Tsigane, où il voudrait voir, bien qu'avec un peu d'hésitation, le persan schikâri, chasseur. C'est le nom donné actuellement encore par la population Djatt sédentaire de l'Inde, concur- remment avec Bhangi, aux tribus vagabondes qui parcourent le pays , c.-à-d. à nos Bohémiens proprement dits. Nous avouons ne guère saisir le rapport qu'il peut y avoir entre les formes Schikâri et Zigeuner ou Tsigane, sans compter qu'il faut admettre que les tribus nomades auraient emporté à l'étranger et gardé comme leur nom une expression de mépris, en quelque sorte, dont on se servait à leur égard. Enfin, une objection bien plus forte encore et qui nous paraît déci- sive, c'est l'origine persane du mot Schikâri. Le persan n'est devenu la langue officielle et générale du N, de l'Inde qu'à partir de la conquête Mogole; accor- dons même, si l'on veut, qu'elle le fût sous les dynasties musulmanes que soumit Bâber : nous ne remonterons ainsi qu'à la fm du xi^ ou au xii*^ siècle, alors que les ancêtres de nos Tsiganes, d'après M. de G. lui-même, sont sortis de l'Inde au viii" s. ! — Il nous paraît bien plus exact et plus simple d'expliquer Tsigane par Tchenguiâneh. De ce mot aussi il y a une étymologie proposée : la racine serait le persan tcheng, espèce de cithare très-employée ; ce même mot, m^is avec la lettre douce initiale dj, désigne aussi, selon Lane qui transcrit Jink et Gink, une population de danseurs. Mais la forme propre de vicheng», pour signifier musicien, joueur de cithare^ est îchengui. Jink (à la française, djenk) est-il employé en ce sens ailleurs qu'en Egypte .? Les dictionnaires persans indigènes n'en font au moins pas mention ' . 1. Nous pouvons pourtant ajouter que ce mot, du moins est-ce vraisemblablement le 524 REVUE CRITIQUE 'Toujours est-il que, pour procéder régulièrement, il nous faut partir de la forme '• tchenguijtl le / ne peut, à nos yeux, être autre chose que la terminaison i oxxîn ^servant à former, entre autres choses, des adjectifs. On ne peut de là, à l'aide de la terminaison plurielle an, tirer autre chose que tchenguiân; le eh de la fm reste inexpliqué ' . Le âneh tout entier le reste si l'on suppose que le Djenk dont parle Lane a passé d'Egypte en Turquie. — En nous en tenant à cette racine, nous préfére- - rions voir dans âneh une terminaison, beaucoup plus employée en turc qu'en ' persan, servant à former des adjectifs, comme dîv, dîvâneh. Nous ne pourrions néanmoins rejeter d'une manière absolue l'opinion qui rapproche îchenguiâneh de zindj (nègre) 2. Le z et le dj permutent facilement de l'arabe au persan, et réciproquement : Zott et Djatt notamment en sont une preuve. Ensuite la distance qui sépare le dj doux du tch fort n'est certes pas infranchissable, d'autant que ces deux lettres sont figurées par un seul caractère, auquel on ajoute tantôt un point Çdf), tantôt trois (tch). La preuve de ce que nous avançons se trouve encore dans notre sujet même. Lane transcrit par Jink ce qui est certainement le persan îcheng. Il est vrai que le tch est une articulation persane et turque, et non arabe, mais il est parfaitement connu en Egypte, j En résumé, les recherches de M. de G. ont reconstitué un anneau de la chaîne qui rattache les Bohémiens à leur patrie primitive, et nous paraissent de nature à faire faire un pas considérable à l'historique de leur marche dans et vers l'Europe. E. Fagnan. 94. — Luciani Mûlleri de Phaedri et Aviani fabulis libellus. Leipzig, Teubner. In-8*, 34 p. — Prix: i fr. 35. Ce petit livre est un supplément à l'excellente édition de Phèdre que M. L. '.Millier a donnée, il y a quelques années, chez Teubner. Il contient quelques re- ^' marques sur les manuscrits, et un certain nombre de corrections nouvelles pour ' un texte auquel l'auteur a déjà rendu tant de services. Mais la partie la plus in- téressante de la brochure est celle qui traite des paraphrases de Phèdre en prose : M. M. montre que ces paraphrases, — qui se présentent sous trois formes, le ms. de Wissembourg (auj. à Wolfenbûttel), l'anonyme de Nilant "(ms. de Leide), et le recueil dont l'auteur se nomme Romulus, — remontent toutes à une source commune, qui devait s'appeler Aesopus latinus, et qu'il croit avoir été composée à l'époque mérovingienne. L'édition de Romulus donnée ré- même, est employé en Turquie : « Les Singis (le mot est-il exactement transcrit?) » sont des danseuses publiques qui vont partout où on les demande, et ce sont ordinai- » rement des juives, des arméniennes ou bien des esclaves chrétiennes. Il y a aussi de jeunes » garçons juifs qui s'en mêlent quelquefois et qui s'habillent en femmes. » (Voy, de C. Le Bruyn au Levant, La Haye, 1732, I, 436-7). Cette description se rapporte bien à celle de Lane ; remarquons que ni l'une ni l'autre n'attribuent à ces danseurs la nationa- lité indienne. 1 2 haut , Qu'on n'oublie pas que, si les Turcs prononcent tchenguidneh, ils écrivent tchtngâneh. . Peut-être faut-il rapprocher la transcription Singi du passage de Le Bruyn cité plus d'histoire et de littérature. 325 cemment par M. Oesterley (Berlin, 1870) ne peut être regardée comme suffi- sante, surtout au point de vue du philologue classique; et M. M. réclame à bon droit une édition critique faite d'après tous les textes et restituant autant que possible VAesopus lui-même. Ce recueil n'a pas seulement une grande im- portance pour l'histoire de la fable ésopique au moyen-âge; il est fort utile pour la constitution du texte de Phèdre, dont les expressions ont parfois été fort peu modifiées par leparaphraste. On sait qu'il contient, en outre, des fables qui ne se trouvent plus dans aucun ms. de Phèdre; mais qui doivent appartenir à cet au- teur. On a déjà maintes fois essayé d'en remettre quelques-unes en vers, M. Mûller, à son tour, en a refait trois'; sa restitution est fort élégante, et, grâce à l'étude approfondie qu'il a faite du mètre de son auteur, elle est bien supérieure à celles de ses prédécesseurs; mais il faut avouer que le texte en prose n'a guère, sauf un ou deux vers, fourni que le canevas, et que le poète latin avait pu traiter le même sujet de plus d'une façon différente. — Les quelques remarques sur Avianus qui terminent la brochure et que M, M. nous donne par dessus le mar- ché ne sont pas sans intérêt. nô 9J. — 'EttkitoXi?) (Tuvo5tx^ twv àytoûTaTtov Trarpiapjrwv tt^ éi^aç X^nl^w; XpttTxoçopoû j^XeÇav- ôpEÎa;, 'Itb6 'AvTtoxeta;, xat BaenXsîoy *IepO(yoW(JLWv Trpèç ©soçiXov aÙTOxpàropa x. t. X. vûv TTpwTov sxôiôovTo; 'Iwàwou £axxeX(fa)voç ; Athènes, Kao-ffavôpeO; et G*, rue Euripide. 1874. In-8", 48 p. Il serait à désirer qu'auprès de chacune des grandes bibliothèques des couvents grecs d'Orient il se trouvât un homme aussi à même que M, Sakkélion d'en tirer parti. Ce n'est pas qu'on puisse attendre désormais des résultats considéra- bles de ce côté : mais il est certain qu'il reste encore plus d'un débris intéres- sant à reconnaître et à révéler, et malheureusement les explorateurs européens pressés, mal renseignés, et généralement trop spécialistes pour tout voir avec fruit passent à côté sans prêter attention. M. S., actuelleftient directeur de l'école hellénique de Patmos, a longtemps résidé à Athènes et s'est mis fort au courant des procédés et des résultats de la science philologique. Depuis le commencement de son séjour à Patmos, il s'est occupé de classer les manuscrits du couvent et en a dressé un catalogue détaillé et méthodique ; malheureusement ce catalogue, chef-d'œuvre de patience et d'érudition, n'a pu encore être publié. Le petit livre que nous avons sous les yeux contient le texte inédit d'une lettre adressée à l'empereur Théophile (829-842) parles Pères d'un concile qui siégea à Jérusalem au mois d'avril de l'année 8^6. Ce concile qui réunit les trois pa- triarches d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, i8c évêques, 1 1 higoumènes et 1 1 5 3 moines avait cependant échappé aux historiens ecclésiastiques et aux auteurs des collections concihaires. Quant au texte de la lettre synodale, sauf quelques emprunts qu'y fit plus tard l'auteur d'une épître faussement attribuée à saint Jean de Damas ', il était resté inconnu; la mention des trois patriarches 1. V. Combéfis , Manipulas rerum Constantinopolitanorum. — Le Quien, S. Joan, Damasc. opp. T. I, p. 628. 526 '^^ ^ REVUE CRITIQUE "^^'"-^ dans le texte de cette épître apocryphe avait éveillé l'attention de Fr. Combéfis (1. c.) ; mais il l'expliquait, sans recourir à un concile, en admettant une lettre d'abord écrite par un des patriarches, puis proposée à la signature des deux autres. Il en est autrement : le concile s'est bien réellement réuni à Jérusalem, dans la basilique de la Résurrection, en avril 836, comme l'indique le titre du document pubHé par M. S. La lettre a pour objet unique de défendre le culte des images : on sait que l'empereur Théophile était un iconoclaste acharné. Il s'en faut bien pourtant que le concile use envers lui du ton comminatoire : ce n'est pas même une admonesta- tion paternelle; si l'on ne savait pas quels étaient les sentiments de Théophile, ce ne sont pas les Pères du concile de Jérusalem qui nous les feraient connaître. Ils protestent de leur douleur d'être séparés de lui par la tyrannie musulmane : ils le félicitent sur ses victoires, déclarent qu'ils ont les yeux fixés sur les temps heureux de la domination byzantine et que tous leurs vœux sont pour une restauration de l'empire chrétien. On pourrait s'étonner de voir un concile se réunir à pareille date, à Jérusalem, pour traiter à nouveau la question des iconoclastes alors que la domination des Arabes mettait les chrétiens de Syrie et d'Egypte à l'abri des excentricités théologiques des empereurs de Byzance : il semble que la réunion a dû avoir d'autres motifs. Si l'on rapproche d'une part les avances faites à l'empereur iconoclaste par le clergé orthodoxe d'Orient, d'autre part les succès militaires de Théophile, dont vers ce temps-là les années victorieuses se rapprochèrent plusieurs fois des frontières de la Syrie, on sera porté à croire que les chrétiens de ce pays se préoccupaient de l'éventualité possible d'une restauration byzan- Quoi qu'il en soit nous'trouvons dans la lettre synodale plus d'un renseigne- ment curieux sur les images et les édifices sacrés de la Palestine. Je signalerai la mention d'unç grande mosaïque sur la façade extérieure de la basilique de la Nativité, à Bethléem. Cette mosaïque, dont toute trace a disparu et dont le souvenir même s'était perdu, représentait l'adoration des Mages, et ceux-ci y étaient figurés avec le costume traditionnel persan que l'on retrouve sur les plus anciennes représentations de cette scène. En effet, les Pères du concile ajoutent que, lors de l'invasion de la Palestine par Chosroès, les Perses étant arrivés à Bethléem reconnurent les images de leurs ancêtres et, en cette considération, s'abstinrent de piller la basilique (p. 30). Je citerai encore deux églises de Lydda, toutes deux dédiées à la Mère de Dieu et mentionnées à cause des images miraculeuses qu'elles contenaient. Aucun chroniqueur ancien ne signale ces églises à Lydda, aucun voyageur mo- derne n'en a trouvé ni ruine ni souvenir. Le concile cite encore une mosaïque dans une église de l'île de Chypre (p. 29), une image de S. André sur le cibo- rium d'une église de Lemnos, etc. Dans un document relatif aux iconoclastes on devait s'attendre à rencontrer des renseignements de ce genre, non moins précieux pour l'histoire de l'art que pour celle du dogme. On a vu d'ailleurs qu'ils ne constituent pas tout l'intérêt d'histoire et de littérature. 527 de la publication de M. S. et que l'histoire — tant l'histoire ecclésiastique que l'histoire générale — y trouvera des données nouvelles et intéressantes. J'ajoute que le texte est établi et annoté avec la compétence que l'on pouvait attendre de M. S. Deux manuscrits, l'un en onciale du ix* siècle, par conséquent presque contemporain du texte, l'autre de la fin du xii* ont été mis à profit. M. S., en suivant généralement le premier, a noté avec soin les variantes du second, et à l'occasion il lui a emprunté quelques leçons, sans oublier de recourir à la conjecture dans les cas où les deux manuscrits étaient insuffisants. Il est à souhaiter que tout ce qui reste d'inédit dans 1^ bibliothèque de Patmos soit publié avec le même soin: nul autre plus que M. S. n'est à même de le faire. L. DUCHESNE. 96. — Études sur Tarchitecture religieuse de TAgenais du X» auXVP s., ' suivies d'une notice sur les sépultures du moyen-âge, par G. Tholin. Agen. 1874. iiin-8', xYJ-364 p. En 1867, à sa sortie de l'École des Chartes, M. Tholin avait soutenu une thèse sur l'architecture religieuse de l'Agenais. Nommé depuis lors archiviste de Lot-et-Garonne, il a pu, grâce à son séjour dans le pays, visiter tous les monu- ments dignes d'être mentionnés, étudier avec le soin nécessaire les édifices qui présentent un intérêt particulier, en un mot compléter et développer, comme il convenait, son premier travail. Le livre de M. Th. n'est pas de ces ouvrages, comme on en publie tant aujourd'hui, dans lesquels la valeur du fonds est sacrifiée à l'éclat de la forme, où. un texte médiocre sert de commentaire trop souvent insuffisant à de magni- fiques dessins. M. Th. a voulu faire un livre rigoureusement scientifique. Il n'a eu recours aux planches que pour rendre ses descriptions plus clairement et plus ri^pidement compréhensibles. ,, L'ouvrage est divisé en deux parties, consacrées, l'une à l'époque romane, l^autre à la période gothique. Il est terminé par un appendice sur les sépultures de l'Agenais et par quelques notes dont nous parlerons plus loin. M. Th. est un élève fidèle de M. Quicherat, l'éminent professeur d'archéolor- gie de l'École des Chartes. Comme lui il considère avant tout dans les églises lés caractères purement architectoniques, c'est-à-dire la construction, indépendam- ment des ornements qui n'en sont que l'accessoire. Dans ce système, l'attention de l'archéologue doit se porter spécialement sur deux points : le plan de l'édifice et son mode de couverture, d'où dépendent les détails de son élévation. M. Th. a bien compris ce principe et en a fait la base de sa classification. Il examine tour à tour : les églises à trois nefs accompagnées de trois absides orientées, — les églises à une nef pourvues d'une grande abside et d'un transept, dans lés croisillons duquel s'ouvrent des absidioles orientées — les églises à chevet plat, — etc Il établit ainsi une dizaine de subdivisions pour l'époque romane et sept ou huit pour la gothique. ' ' 528 REVUE CRITIQUE ^ '^ Cette classification est peut-êtrç un peu compliquée et l'on peut reprocher àV l'auteur la longueur parfois exagérée des titres qu'il a donnés à chaque division. Mais la méthode en elle-même est excellente. Cette série de monographies fait bien connaître les types en usage dans le pays, elle permet de distinguer ceux qui étaient les plus répandus de ceux que l'on doit considérer comme une ex- ception, une fantaisie d'architecte. L'auteur a toutefois senti qu'il ne répondait pas complètement par là à toutes les questions que l'on peut se poser en ouvrante' son livre. Il a compris qu'il fallait encore montrer comment ces divers types? s'enchaînent, dire l'ancienneté relative de chacun, en un mot faire leur classe4^ ment chronologique. Aussi a-t-il joint aux deux principales parties de son livre des résumés qui méritent d'être lus avec attention, car ils contiennent des aperçus d'ensemble sur l'architecture de l'Agenais tels qu'aucun ouvrage, à notre con- naissance, n'en a donné jusqu'ici. Nous avons déjà dit que M. Th. avait suivi, en homme qui la connaît bien, la méthode parfaitement simple et logique de M. Quicherat; ce n'est pas nous qui l'en blâmerons. Nous ne pouvons cependant nous empêcher de trouver qu'il a appliqué avec une rigueur un peu exagérée les excellents principes de son maître, en consacrant trop peu de place à l'étude de l'ornement. Peut-être M, Th. a-t-il craint de répéter en partie les observations consignées par M. l'abbé Barrère dans son Histoire religieuse et monumentale du diocèse d'Agen. Mais un archéologue qui a étudié aussi consciencieusement les édifices du pays ne pouvait manquer de trouver des détails inaperçus par ses devanciers. Le reste du volume n'a pas l'importance des chapitres que nous venons d'examiner. Les pages consacrées aux Sépultures de l'Agenais contiennent uif bon résumé des principales découvertes de tombes faites depuis un siècle, et l'exposé des différents modes de sépulture en usage dans cette région de la France. Mais M, Th. n'avait à décrire aucun monument funéraire d'un grand intérêt. Les plus importants ont été dessinés et expliqués par M. de Saint-Amans dans son Essai sur les antiquités du département de Lot-et-Garonne. Plusieurs autres aujourd'hui perdus ne nous sont connus que par les dessins de Beaumesnil. M. Th. ne pouvait que répéter en grande partie les observations de ses devan- ciers; il lui était difficile de faire des remarques très-personnelles sur des monu- ments qui n'existent plus. Nous avons peu de chose à dire des notes qui terminent le volume. La plus intéressante est celle où l'auteur a réuni plusieurs textes relatifs à la cathédrale d'Agen. Les autres traitent de la possibilité de fixer les dates des églises par l'étude de leurs vocables, et par l'étude de la taille des parements. Le peu de cas que l'auteur fait — avec raison d'ailleurs — de ces deux éléments d'appré- ciation, nous dispense d'en parler longuement. Un mot maintenant sur les dessins. Nous avons déjà dit dans quelle mesure M. Th. y avait eu recours. Il se borne en général à donner des plans exacts ou des coupes dont plusieurs sont bien exécutées (voir celles de Layrac, pi. IX, de Mézin, pi. XXV, etc.). Nous devons cependant signaler quelques planches insuf- d'histoire et de littérature. }2'9 fisantes, par exemple la coupe de l'église de Marmande (pi. XXIV), dessinée au trait avec cette sécheresse qu'on ne retrouve guère au même degré que dans les ' publications des architectes allemands, ou bien encore les chapiteaux et ornements réunis dans les planches V, VI, XXII et XXIII ■. Enfin nous devons signaler à M. Th. un certain nombre de petites inexactitudes, du genre de celle-ci : Il dit (p. ix) que la voûte en étoile « est renforcée par » huit arcs diagonaux secondaires, réunis par des liernes et des tiercerons, » tandis qu'en réalité elle est renforcée par huit arcs secondaires nommés liernes réunis par des tiercerons, soit, en tout, douze arcs secondaires. Il emploie aussi trop souvent des expressions impropres ou peu usitées {dossereîs au lieu de pilastres, trompillon, allégir...., etc.), mais nous ne voulons pas insister sur ces critiques de détail, qui pourraient faire mal juger l'ensemble du travail. L'auteur a déployé dans son livre des qualités sérieuses que ces taches légères ne doivent pas nous faire méconnaître. R. L. 97. — Facezie e Motti deî secoli XV e XVI, codice inédite magliabechiano. Bologna, Romagnoli, 1874, in-12, viij-151 p. (T. CXXXVIII de la Scella di curiosità Utterarie). — Prix : 6 fr. Nous devons ce joli volume aux soins de M. Papanti, le savant auteur d'un livre curieux sur Dante dont nous avons parlé l'an dernier. Il a trouvé dans un ms. de la bibl. magliabechienne ce recueil de bons mots, compilé (pour la plus grande partie) au xv° siècle par Niccolô da Bucine, personnage qui dans son temps jouit d'une réputation peu commune et fut professeur d'humanités à Flo- rence. Sa collection ne fait pas tort à sa mémoire. A côté d'un certain nombre de ces plaisanteries inusables qui sont en circulation souvent depuis les Grecs, elle contient surtout de vives reparties ou des paroles remarquables à divers titres des contemporains de l'auteur. Beaucoup de ces motti se présentent ici pour la première fois, et l'ensemble est de nature à jeter un jour curieux sur l'esprit et les mœurs de l'Italie à cette époque. Les mots notés par Nicolas sont d'ailleurs le plus souvent plaisants en eux-mêmes, ce qui est loin d'être toujours le cas dans les recueils de ce genre. — En remerciant M. P. de ce nouveau cadeau, nous lui signalerons deux ou trois vétilles. — P. 62, dans la phrase espagnole, assez altérée orthographiquement par notre auteur, il faut changer QnfVs de sotter; je rétablirais également une/ p. 129 dans le mot qui termine le n° 132, bien que la phrase reste encore assez obscure. — Le n" 140, qui rapporte un mot de Dante déjà raconté par Pétrarque, confirme bien l'interpré- tation du texte latin qui a été donnée ici (1874, t. II, p. 1 58). — P. 66, quel que soit le sens qu'il faille donner ici à cdpelU blanchi (à mon avis c'est I . Un des ornements de la planche V est emprunté au tailloir d'un chapiteau , dont M. Vioilet-le-Duc a donné le dessin dans son Dictionnaire d'Architecture, t. VIII, p. 197. Il est curieux de comparer les dessins des deux auteurs, ^ci'"":: ...T.: /VJA r.; ■^iili';-* 3 30 .nmm ^evue critique v^,^y, cheveux blonds), il ne peut s'agir de cheveux poudrés : ce n'est pas là une beauté naturelle, comme l'exige le contexte de ce passage et des nombreuses variantes qu'on en connaît (de m. albi capilU dans un texte latin). — P. 149 il faut réta- blir le célèbre vers d'Ovide : Nitimur in vetimm semper, cupimusque negaîa. 98. — Beitraege zur Oeschichte der italienischen Novelle, von D' Marcus Landau. Wien, Rosner. 1875. In-S", 182 p. — Prix : 4 fr. M. Landau, auteur d'un livre estimable sur les Sources du Décaméron, donne une suite à ce travail en étudiant les successeurs de Boccace en Italie. Il s'en tient en général à examiner, chez les nouvellistes qu'il cite, les récits où ils ont imité Boccace : c'est là un point de vue un peu restreint, mais si M. Landau ne s'y était pas renfermé, son petit livre serait devenu un immense travail. Tel qu'il est, il est agréable et utile : l'auteur apprécie brièvement et judicieusement chaque écrivain, résume sa biographie, indique le caractère de son œuvre, et nous voyons ainsi passer sous nos yeux, du xiv* siècle au xviii% toute la file de ces conteurs dont on se borne trop souvent à connaître le nom. M. L. a joint aux recueils italiens les Canterbury Taies, les Cent nouvelles nouvelles, VHeptaméron et les Contes de la Fontaine : on ne voit pas bien pourquoi ce choix spécial parmi les conteurs étrangers. A propos des Cent nouvelles nouvelles, W les attribue encore à la société réunie autour de Louis XI; mais M. Wright a montré, dans la préface de son édition (Coll. elzévirienne), que cette opinion est sans fondement, qu'Antoine de la Sale est très-probablement le seul auteur de tout le livre, et que par Mo/z5e/^«eur il faut entendre non Louis XI, mais Philippe le Bon. — Une addition de vingt-cinq pages aux Sources du Décaméron, riche en renseigne- ments nouveaux, termine le volume. 99. — Lo Rondallayre, quentos populars catalans coleccionats per F. Maspons y Labros, socio honorari de la Academia de Bonas Lletras de Barcelona. Tercera série. Alvar Verdaguer, Barcelona. 1875. i vol. in-8° de xx-173 p. Ce nouveau volume n'est pas moins intéressant que ceux qui l'ont précédé. Il renferme vingt-sept contes qui, nous aimons à le penser, seront bientôt suivis d'autres récits du même genre. Cette troisième série débute par une dédicace à M. Pelay Briz connu par la publication des Cansons de la terra et qui a souvent encouragé l'auteur dans sa tâche difficile. Vient ensuite une introduction dans laquelle M. M. y L. entre dans diverses considérations sur l'ensemble de son œuvre. Nous avons dit dans cette Revue même que M, M. y L. s'était peut-être laissé quelquefois tenter par des formes trop littéraires et peu d'accord avec la nature de ses récits. L'auteur nous fait remarquer que la Revista de Esparia a pré- cisément le plus loué les Rondallas qui nous avaient suggéré cette observation; il ajoute que certaines manières dç jjir,e, £;çr|4Jn§|,]^(jiy:s ji^; phrase introduits par d'histoire et de LITTÉRAIURE. 3JI lui dans ses contes, loin de leur faire perdre leur caractère populaire, ne font au contraire que l'augmenter. Il ne nous appartient pas, à nous étranger, de discuter ce point délicat. Nous dirons cependant que dans cette troisième série nous n'avons pas remarqué ces comparaisons, ces images qui nous avaient paru un peu prétentieuses et dont nous avons cité un exemple dans un précédent article. Ici le style nous a semblé plus constamment simple et approprié au sujet. M. M. y L. a bien voulu se rappeler que nous lui avons signalé quelques rap- prochements oubliés par lui. Il en a mentionné un grand nombre dans sa pré- face, les uns se rapportent aux contes publiés auparavant, les autres aux récits de cette troisième série. Voici quelques-unes de ces dernières analogies. Los dos Geperuts ont à peu près le même fond que les Korils de Plaudea, du Foyer breton, le Fanal maravellôs, que la Lampe merveilleuse des Mille et une nuits, et qu'un conte sicilien que M. M. y L. ne pouvait connaître puisqu'il vient seulement d'être publié par M. Pitre sous le titre de la Lanterna magica. Lo Xisclet de C aidas rappelle un récit du recueil de Cenac-Moncaut {Littérature populaire de la Gascogne, p. 193); VAucellet vert, la Princessa encantada, deux contes de Madame d'Aulnoyj" l'Oiseau bleu et la Chatte blanche, Los très princeps un conte slave, le Tapis volant. La Noya dels cabels d'or fait souvenir d'un conte des frères Grimm, Raiponce; En Père Patufet, du Tom Pouce allemand ; le Cabreta, d'un conte andalous recueilli par F. Caballero : Obrar bien que Dios es Bios et de la Vurpi de Pitre. Un autre conte de Caballero : Juan le soldat roule sur la même donnée que En Père Sensé. Los très conseils de Salomo ne ressemblent pas seulement à un conte de Trueba et à une tradition irlandaise que signale M. M. y L., ils sont presque identiques au conte sicilien Li tri rigordi et rappellent aussi l'Exemple XLVI du Livre du comte Lucanor. M. M. y L. indique bien d'autres analogies, et l'on pourrait sans doute en augmenter encore la quantité, car dans des études comparatives de cette espèce il est impossible de jamais se flatter d'être complet. Ces rappro- chements suffisent, du reste, pour montrer quels soins M. M. y L. a donnés à son recueil. Le Rondallayre a sa place à côté des excellentes collections de contes que vient de nous envoyer l'Italie, à côté des volumes de M. Comparetti et de M. Pitre, près desquels nous voudrions voir aussi bientôt s'aligner des pu- blications analogues dont la France fournirait la matière. Nous sommes à peu près au courant pour nos poésies populaires, nous sommes très en retard pour les contes, et dans quelques années il sera impossible de les retrouver. Th. DE PUYM AIGRE. ;s ijfjp jîfrtft.'Wîs.-ni fci.'ac 100. — Notre siècle dans les chansons russes historiques. Chansons recueillies par P. V. Kirejevsky, rédigées et augmentées par P. Bezsonoff. 10' partie. Moscou, 1874 (Nach vjelc v russkih istoritcheskih pjesnjah. Pjesni sobran- nyja P. V. Kirejevskim, pod redaczijei i s dopolnenijami P. Bezsonova. Vypusk 10. Moskva. 1874). Les services que Kalaidovitch, Rybnikoff, Hilferding ont rendus à la littéra- ture russe sont connus : ils ont montré aux Russes étonnés que si quelqu'un JJ2 REVUE CRITIQUE leur reprochait le manque de verve épique, il n'aurait pas moins tort que Voltaire faisant aux Français le même reproche. Si Kirejevsky et les éditeurs de son recueil s'étaient bornés aux quatre premiers volumes et à l'index y joint, son mérite serait le même, mais dès le cinquième volume commencent les chansons historiques ; le huitième volume est consacré à Pierre le Grand ; le neu- vième au xviiie siècle, et enfin le dixième, que nous avons sous les yeux, au siècle présent. Il est évident que la valeur esthétique des chansons, ainsi que leur ressemblance avec les épopées des autres peuples, devait diminuer, et qu'en même temps le programme devait s'élargir : ce ne sont pas seulement les chan- sons inventées par le peuple, mais aussi celles qui ont su conquérir la popu- larité, qui devaient trouver place dans ces derniers volumes; d'un autre côté ces chansons, comme productions purement historiques (c.-à-d. composées à une époque connue par un auteur connu ou non connu), avaient besoin des explications d'un éditeur instruit. Le recueil a trouvé cet éditeur dans la per- sonne de M. Bezsonoflf, qui avait commenté aussi les quatre premiers volumes. M. Bezsonoff n'est pas du nombre des savants qui frayent de nouvelles routes à la science, mais son immense lecture, beaucoup d'expérience dans les travaux de ce genre et sa diligence sans exemple, qualités surtout précieuses dans l'explication des chansons qui doivent leur naissance à l'époque récente, le rendent un commentateur modèle. Néanmoins M. Bezsonoff a ses défauts : il parle trop pour avoir toujours raison ; il revient cinq ou six fois sur la même pensée, ce qui ne la rend pas plus lucide ; il polémise toujours contre ses ennemis réels ou imaginaires. j, Le dixième volume, offert dernièrement au public russe, a plus d'intérêt que les autres pour le public français, parce que le plus grand nombre des chansons que contient ce volume doit sa naissance à la guerre de i8i2. La plupart de ces chansons sont lyriques, et les formules n'en sont point créées à nouveau, mais empruntées à des chansons plus anciennes: c'est ce qu'on voit par exemple dans la première, où l'empereur français ordonne à Alexandre de lui procurer des logements pour son armée, et où le général Koutouzoff console son souverain. Il n'y a qu'un seul personnage vraiment épique dans cette guerre, c'est le général des cosaques Platoff, qui doit sa popularité à son arme et à sa manière de faire la guerre : les paysans illettrés sont en ce cas du même avis que beaucoup d'écrivains, qui ont prouvé que Napoléon I" ne pouvait pas être vaincu dans des batailles régulières, et que la guerre de partisan était seule appli- cable contre un ennemi qui avait franchi la frontière. Les apparitions et dispa- ritions subites des cosaques qui, de cette manière, affaiblissaient la grande armée, sont exprimées poétiquement par la courte chanson qui raconte comment Platoff, déguisé d'après l'ordre de l'empereur en marchand, après avoir fait couper sa barbe, vient chez Napoléon ; l'empereur le régale d'une manière tout-à-fait populaire (en lui présentant un petit verre), et lui demande des détails sur Platoff lui-même ; celui-ci lui répond : « Vous n'avez pas besoin de perdre de l'argent » pour voir Platoff; regardez-moi : nous nous ressemblons comme deux gouttes d'histoire ET DE Littérature. 555 » d'eau. » Puis craignant que Napoléon ne finisse par le reconnaître, il saute sur un cheval et lui envoie des railleries pour adieux. Dans d'autres variantes, sans aucun doute plus récentes, c'est la fille de Napoléon, Arine, qui questionne PlatofF sur sa figure. On peut être sûr de la route que prendra cette chanson, si elle subsiste sans être détruite par les chansons artificielles qui chaque jour gagnent du terrain chez le peuple russe ; Napoléon I", père d'une jolie fille qui ressent le plus grand intérêt pour le héros inconnu, mais célèbre par ses exploits, n'est pas très-loin de se transfigurer en sultan de chanson de geste. Après ces chansons populaires M . Bezsonoff place les chansons de soldats (pleines de lieux communs) et quelques odes et satires contemporaines. Une ode sur les exploits des cosaques du Don (p. 173), trop ampoulée, mais poétique, et une satire sur Napoléon (p. 139), où la rivalité de Koutouzoff et de l'empereur français est présentée sous la forme d'une lutte à la danse, ont joui de la plus grande faveur; la popularité de cette satire jusqu'à nos jours est si grande, que le refrain en est resté populaire et quelques expressions en sont devenues proverbiales. Cette satire existe aussi dans une rédaction française un peu plus courte, qui commence ainsi : Napoléon à danser Voulut un jour s'exercer ; Très dégoûté de l'Anglaise Il apprend la Polonaise : L'on va voir en rond Tourner Napoléon. M. Bezsonoff pense que c'est l'auteur lui-même qui a fait la traduction fran- çaise. C'est là une pure conjecture, mais la priorité de la rédaction russe doit être mise hors de doute '. La mort d'Alexandre a été chantée de la manière suivante (p. 1 97) : « Notre » Alexandre part pour faire la revue de son armée; il avait promis de revenir » vers la Noël; les fêtes se passent, Alexandre ne revient pas. Je vais monter » sur la tour qui est plus haute que les autres ; je regarderai du côté où doit se » trouver notre Alexandre (des vers suivants et des autres rédactions imprimées » p. 197 et 198 il résulte évidemment que c'est sa mère qui parle, et l'opinion » de M. Bezsonoff, qui attribue ces paroles à «la voix du peuple» ne supporte » pas la critique). Voilà la poussière qui monte en colonne sur la route de Peters- » bourg; je vais interroger le courrier. « Où vas-tu, courrier? Dis-nous, » courrier, quelque chose sur le tzar Alexandre. » « Otez vos châles roses et » revêtez le deuil ; je vais vous dire toute la vérité sur le tzar Alexandre ; notre » empereur Alexandre a rendu l'âme à Taganrog. Voilà douze généraux qui le » portent sur leurs têtes ; deux (généraux) d'armée mènent son cheval noir ; 1 . [Nous regrettons que notre savant collaborateur n'ait pas donné les motifs de son opinion. En effet ce couplet français, composé dans le rhythme et évidemment à l'imita- tion de la chanson bien connue Quand Biron voulut danser, n'a rien qui sente la traduc- tion. Il nous semble en outre avoir rencontré jadis cette chanson, analogue à tant d'autres dirigées contre l'empereur. Ne pourrait-elle pas avoir servi de thème au chansonnier russe.? — G. P.] 5 34 REVUE CRITIQUE » quatre généraux de la garde portent les drapeaux. » Deux rédactions sui- vantes, excepté ce détail sur la personne qui parle, sont des abréviations. — Nous croyons que pour les lecteurs français, la chanson n'a rien de nouveau : c'est le célèbre Malbrough s'en va-t-en guerre. A première vue il paraît étrange qu'une chanson française ait pu pénétrer dans le gouvernement de Sim- birsk, surtout quand on fait attention au caractère parodique de cette chanson et qu'on songe que la mort d'Alexandre n'a jamais pu exciter la verve satirique. Mais ce n'est pas une hypothèse; c'est un fait; en voici les preuves. 1. Le « Malbrough » existe depuis longtemps dans une traduction russe, et sa popularité a été si grande, qu'il a produit une parodie obscène. 2. A l'occa- sion de la mort du prince Potemkine, le favori de l'impératrice Cathe- rine II, le « Malbrough » fut arrangé en chant funèbre sur la mort de ce général, cette rédaction a été très-répandue (l'auteur de cet article l'a entendu chanter par des femmes de village qui ne savaient ni lire ni écrire), et dans la chanson traduite ci-dessus il n'est pas difficile de remarquer quelques expres- sions de cette rédaction sur Potemkine. :?. Enfin, et c'est ici une raison négative, la tour où monte la mère de l'empereur, le courrier, la cérémonie des funérailles militaires, sont des traits tout-à-fait étrangers à la poésie populaire russe. Entre autres pièces populaires sur le règne d'Alexandre nous citerons le chant sur Araktcheeff, célèbre favori des dernières années ; on pourrait croire que ce n'est qu'aux nobles que ce caporal régent inspira de la haine ; mais ce volume du recueil nous prouve que le peuple aussi le connaissait, le haïssait, et lui faisait un crime de son avarice et de son opulence, avec peu de raison, il faut l'avouer. La seconde partie de ce volume, consacrée principalement aux chansons que l'éditeur indique comme celles de Narychkine, est intéressante d'abord par les productions mi-populaires, mi-artificielles qui s'y trouvent (229 et ss. 443 et ss.); malheureusement le savant éditeur n'indique pas toujours assez clairement les sources qu'il a consultées et nous prive de ce moyen de faire quelques obser- vations sur l'influence mutuelle du peuple et des poètes. Plus de 200 pages sont • consacrées à des recherches sur quelques points de l'histoire et de la littéra- ture du xviii' siècle, surtout à la question de savoir qui était le personnage bafoué dans un opéra comique fait sur l'ordre et avec la collaboration de Ca- therine II, « Porje Bogatyr Kosometovitch. » L'impératrice elle-même a donné à entendre que c'était le roi de Suède Gustave ; mais les nouveaux bibliogra- phes ne voient là qu'une mystification qu'ils cherchent à éclaircir. Une revue ^* russe consacrée surtout à l'histoire et à la littérature du xviii* siècle (Rouskaja Harynd) voit dans cette pièce une satire sur le grand-duc héritier; M. Bezsonoff l'applique à Potemkine : ses raisons quoique n'étant pas très-fortes ont une cer- taine vraisemblance. h- En finissant ce compte-rendu, nous pouvons exprimer l'espérance que les <-;^Volumes suivants, qui contiendront les compléments, nous donneront beaucoup de faits nouveaux. A. Kirpitchnikoff. <. d'histoire et de littérature. ÎÎ5 SOCIÉTÉS SAVANTES. ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. Séance du 14 mai 1875. M. Hauréau donne une deuxième lecture de son mémoire sur les récits d'ap- paritions dans les sermons du moyen âge, qu'il avait lu une première fois à la séance du 2 avril dernier. M. Ravaisson lit une note sur un bas relief funéraire, trouvé dans le lit de l'Ilyssus, dont la photographie a été adressée à l'académie par le directeur de l'école d'Athènes : v. la séance du 29 janvier 1875 (P- 90- Ce bas relief repré- sente un vieillard et un jeune homme, sans doute le père et le fils. Le personnage principal est évidemment le jeune homme, qui est figuré de face et avec un relief très accusé, presque en ronde bosse. Il est debout dans l'attitude du repos, tenant de la main gauche une massue. Auprès de lui sont un enfant assis et un chien. L'enfant, qui se retrouve sur d'autres monuments analogues, paraît être un jeune serviteur du personnage principal. Suivant le système qu'il a déjà exposé à l'académie, M. Ravaisson pense que les personnages représentés sur ce bas relief, ainsi que sur tous les monuments funéraires, y sont figurés morts et dans l'autre monde. Le jeune homme est suivant lui liéroïsé ou représenté sous les traits d'un héros tel que Thésée ou Hercule, plus probablement Thésée. i| M. Aube continue la lecture de son mémoire sur le martyre de S** Félicité'et !' de ses sept fils. Suivant les actes de ce martyre, une veuve chrétienne, nommée Félicitas, fut martyrisée à Rome avec tous ses fils, au nombre de 7, quand régnaient en commun des empereurs dont l'un au moins portait le nom d'Anto- ninus, par les ordres d'un préfet de Rome nommé Publius et d'Antoninus lui- z^iméme; leur supplice avait pour but de calmer la colère des dieux, qyi semblaient 1 irrités contre l'empire. L'un des martyrs portait le nom de Januarius : c'est celui ^^que nous appelons S. Janvier. M. de Rossi, s'appuyant tant sur les données du ,^ récit (qu'il croit à peu près contemporain des événements) que sur les caractères Tarchéologiques d'une crypte de Rome dédiée aux saints Janvier, Agapitus et afiFélicissime (ces deux derniers f 258), qu'il croit construite peu après la mort ^i^e S. Janvier pour lui servir de tombeau, place la date du martyre en l'an 162. ' Alors Marc Aurèle (M. Aurelius Antoninus) était empereur avec son frère L. Verus'. La colère divine qu'on voulait apaiser s'était manifestée par un débor- dement du Tibre suivi d'une famine. Le préfet de la ville était, comme l'a montré Borghesi, le jurisconsulte P. Salvius Julianus, l'auteur de l'édit perpé- tuel. M. Aube combat ce système. Le supplice de huit personnes, tuées à Rome i. Hors le règne de ces deux princes, on ne trouve, selon M. de Rossi, d'autre époque où aient régné deux empereurs dont un Antonin, que celle du règne de Caracalla et Géta (211-212) : mais alors on ne trouve pas de préfet de Rome qui portât le prénom de Publius. J36 REVUE CRITIQUE D*HISTOiRE ET DE LITTÉRATURE. même et par les ordres directs de l'empereur, s'accorde mal avec ce que nous savons de l'humanité de Marc Aurèle, connu d'ailleurs pour l'un des princes dont les chrétiens eurent le moins à se plaindre. Les arguments archéologiques ne peuvent donner une conclusion rigoureuse : la crypte de S. Janvier peut aussi bien être du j* siècle que du second. L'année 162 n'est pas la seule où l'on trouve des calamités publiques qui aient pu être prises pour des marques de la colère divine, et l'on trouve aussi sous les Antonins d'autres époques que celles £ qu'indique M. de Rossi, où l'empire fut partagé : ainsi sous Marc Aurèle et Commode (177-180), sous Septime Sévère et Antonin Caracalla (198-21 1 : dans les dernières années l'adjonction de Géta porta le nombre des empereurs à 5). Certaines expressions des actes indiquent une époque postérieure au règne de M. Aurèle. Ainsi le préfet reproche à Félicité d'exciter ses fils ut dominorum nosîrorum iussa contemnant. L'expression domini nostri pour désigner les empe- reurs ne se trouve pas avant la fin du second siècle. D'ailleurs en 163 dans les actes du martyre de S. Justin et de ses compagnons on ne voit pas le préfet de Rome de cette année invoquer contre les chrétiens des ordres des empereurs ;, actuels, M. Aurèle et L. Verus , mais l'édit de Trajan, edictum Imperatoris : ce "serait donc aussi cet édit qu'eût invoqué son prédécesseur de l'année précé- dente — s'il avait eu à juger Félicité et ses fils. — Enfin il est probable que i, parmi les préfets de Rome du règne commun de Septime Sévère et de Caracalla, E dont les noms ne nous sont pas parvenus, il a dû s'en rencontrer quelqu'un du prénom de Publius. — Ainsi s'écroulent, même en supposant les AcUs authen- , tiques, les arguments de M. de Rossi. Mais, demande M. Aube, M. de Rossi ) a-t-il eu raison d'admettre de prime abord l'authenticité de ces actes ? n'aurait-il L pas dû se demander s'il fallait y voir un récit historique, ou bien une légende -composée à une époque postérieure, par exemple vers le temps de Constantin, ■ • pour l'édification des lecteurs ? Ouvrages offerts à l'académie : — Komats et Sakitsi ou la rencontre de deux nobles ,,. cœurs dans une pauvre existence etc. par Riutei Tanefico, romancier japonais, trad. etc. par F. Turrettini {extr. du Ban Zai Sau, Genève, 1875); — • C. A. Holmboe, ' Om Vildsviintypen paa galliske og indiske Mynter (extr. d. Vidensk.-Selsk. Forhandlinger for 1868); — G. du Fresne de Beaucourt, Charles VII, son caractère (Paris, 1872-75, 2 vol. 8*); — Ch. Jourdain, Discours sur les travaux historiques de M. Guizot. — Présentés par M. de Longpérier : — Alex. Bertrand , Le casque de Berru (extr. de la • ' Revue archéologique); — F. Bompois, Explication d'un didrachme inédit de la ville d'Ichnae (Macédoine); — 0. de Poli, Recherches sur le nom vulgaire de l'amphithéâtre flavien (Colysée); — A. de Caix, Le musée archéologique, i" fasc. ; — par M. Ravais- son : le 2' n* de la Gazette archéologique publiée par MM. de Witte et Lenormant. Julien Havet. Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. Magdebourg 1631 (Fischer. B. était un moine témoin oculaire de l'incendie et du pillage de Magdebourg en 1631. Il attribue l'incendie non à Tilly mais aux ' Suédois et aux habitants. M. Onno Klopp n'a malheureusement publié que des -fragments de cette ancienne relation inédite). — Alexi, Der Tod des Herzogs Bernhard von Weimar (Fischer). — Neuhaus, Der Friede zur Ryswick (ScHULz).— Retour de la Turquie de Charles XII en 1714-171 5 (Grossmann). — V. HoLST, Verfassung u. Demokratie der vereinigten Staaten von Amerika (Hermann). — Eberty, Geschichte des preussischen Staates (Foss). — Die ^-Archive des fùrsllichen Hauses Schwarzenberg (Ilwof). — Schuster, Das îswiener Stadtrecht oder Weichbildbuch (Kotelmann). — Nochmals zur anCeschichte der Stadt Stendal(G(ETZE, Kotelmann). — Programmenschau(Foss). Jenaer Literaturzeitung, 1875, n° 10, 6 mars. HiTZiG, Das Buch Hiob ùbers. und ausgelegt. Leipzig und Heidelberg, Winter'sche Verlagsb. In-S". li-319 p. ("H. Steiner). — Keller, DeJuba Appiani Cassiique Dionis auctore, Marburgi Cattorum, Elw^ert. In-S", 40 p.; Ders., Der zweite punische Krieg und seine Quellen. Marburg, Elwert. In-8", viij-223 p. (G. Peter). — Lossius, Drei Bilder aus dem livlaendischen Adelsleben des xvi. Jahrh. I. Leipzig, Dunc- ker u. Humblot. In-S", 82 p. (Winkelmann). — Ammiani Marcellini rerum gestarum libri qui supersunt, recens. Gardthausen. Vol. I. Lipsiae, Teubner. In-S", xxvj-339 p. (Franz Rùhl). — Richard li Biaus, herausg. v. Fœrster. Wien, Hœlder. In-8°, xxix-196 p. (G. Grœber). — Lycurgos' Rede gegen Leokrates, erkl. v. Nicolai. Berlin, Weidmannsche B. In-8°, vj-78 p. (F. ='»Blass). *.. Nuove Effemeridi Siciliane, studi storici, letterari, bibliografici , compilati '*' da V. Di Giovanni, G. Pitre, S. Salomone Marino. Série terza,vol. I. Le prix de l'abonnement est de 12 fr. pour l'Italie et de 16 fr. pour l'étranger. (La Sicile possède un petit groupe d'érudits très-actifs qui s'occupent avec zèle et succès de l'histoire littéraire et politique de leur pays. U suffit de citer les noms de V. di Giovanni et de G. Pitre. La publication de VArcliivio Storico Siciliano, de la Biblioteca storica e letteraria de Sicilia, ossia raccolîa di opère inédite 0 rare di scrittori siciliani del secolo XVI al XIX qui compte déjà 1 9 volumes et enfin des Nuove Effemeridi, revue trimestrielle qui sert de complément à la Bibliotheca et ^,j aui inaugure cette année sa 3'' série, sont la preuve de cette activité scienti- 't nque). V. Di Giovanni, Degli Eruditi siciliano del secolo XV. — S. Salomone Marino, Relatione délie Feste délia città di Palermo a D. Giovanni d'Austria dopo la vittoria di Lepanto scritta da un contemporaneo. — V. Di Giovanni, Notizie d'illustri Letterati siciliani estratti dai mss. di V. Auria délia Bibl. comm. di Palermo. — A, Arietti, Memorie sulP Isola di Ustica scritta da Michèle ty Russo. — G. PiTRÈ, Dei Giuochi popolareschi solite festeggiarsi in alcuni tempi J^:dell' anno in Palermo. — La Sicilia e i Siciliani ail' Estero. — BuUetino Biblio- .,;grafico. Il propugnatore, Janvier-Février 1875. (^^^ excellent recueil entre dans sa huitième année d'existence. Nous sommes heureux de constater son rapide et légitime succès.) Baudi di Vesme, La lingua italiana e il volgare toscano. — G. Ghivizzani, g, Giusti e i suoi tem.pi. — L. Scarabelli, Trionfi del Petrarca. — Imbriani, Natanar II, lettera a Francesco Zambrini sul testo del Candelaio di Giordano Bruno. — G. Gargiolli, Documento aneddoto. — C. Coronedi- Berti, Novelle popolari bolognesi. — C. Giuliari, La letteratura veronese al cadere del secolo xv. — Bibliografie (Le Propugnatore donne par la plume de M. Bertocchi un assentiment complet aux arguments par lesquels MM. SchefFer- Boichhorst et Fanfani ont démontré la non-authenticité de la chronique de Dino Compagni). BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en magasin. Bartsch (K.). Chrestomathie provençale accompagnée d'une grammaire et d'un glossaire. 5* éd., revue et corrigée. In-8% 590 p. Elberfeld (Friderichs). 8 fr. Commentationes philologae. Scripse- runt seminarii philologi regii Lipsiens. qui nunc sunt et qui nuper fuerunt sodales. In-S", 268 S. Leipzig (Giesecke et De- vrient). 6 fr. Delitzsch (F.). Assyrische Studien. i. Hft. Assyrische Thiernamen m. vielen Excursen u. e. assyr. u. akkad. Glossar. In-S", vii-189 S. Leipzig (Hinrichs). 10 fr. 75 Ewald (H.). Die Lehre der Bibel v. Gott od. Théologie d. alten u. neuen Bundes. 5 Bd. Die Glaubenslehre. 2. Haslfte. (Schluss). In-8% 504 S. Leipzig (Vogel). 13 fr. 35 L'ouvrage complet. 33 fr. 35 Fick (A.). Vergieichendes Wœrterbuch der indogermanischen Sprachen sprach- geschichtlich angeordnet. i. Bd., enth. den Wortschatz der indogerman. Grund- sprache, der arischen und europaeischen Spracheinheit. 3. umgearb. Aufl. In-8°, 843 S. Gœttingen (Vandenhœck et R.). 18 fr. 75 Galeni (C). De Placitis Hippocratis et Platonis libri novem. Recens, et expla- navit J. Mueller. Vol. I. Prolegomena critica, textum graecum, adnotationem criticam versionemque latinam continens. In-8°, viij-827 p. Leipzig (Teubner). ->^^ fr. 75 Heerdegen (F.). Untersuchungen zur lateinischen Semasiologie. i. Heft. Ein- leitung. In-S", 48 S. Erlangen (Deichert). I fr. 50 Jahrbûcher fur classische Philologie. Hrsg. V. D' A. Fieckeisen. 7. Suppl.- Bd. 3. Hft. In-8°, S. 305-539. Leipzig (Teubner). 7 fr. 50 Les tomes I à VII. 1 13 fr. 75 Justiniani, codicis, fragmenta Vero- nensia éd. P. Krueger. In-fol. vij-84 S. Berlin (Weidmann). 26 fr. 75 K.œnig (E.). Gedanke, Laut- und Accent als die drei Factoren der Sprachbildung comparativ u. physiologisch am He- braischen dargestellt. In-8°, vij-155 S. Weimar (Bœhlau), 4 fr. Rurschat (F.). Wœrterbuch der litta- uischen Sprache. i . ThI. Deutsch-litta- uisches Wœrterbuch. 2. Abth. L-Z. Gr. in-8°, xij-390 S. Halle (Buchh. d. Waisenh.). 16 fr. Le premier vol. complet. 36 fr. Mittelhaus (C). De Baccho attico. In- 8°, 56 p. Breslau (MaruschkeetBerendt). 2 fr. 50 Nicanoris Trept '08uiîj; (ttiy(x^ç reli- quiae emendatiores. Ed. 0. Carnutt. In-8', 68 p. Berlin (Borntraeger). 3 f. 25 Nisard (D.). Les quatre grands historiens latins, suivis de vingt-deux mois de la vie de Mirabeau. In-i8 jésus, iv-407 p. Paris (Michel Lévy frères). 3 fr. 50 Nourrisson. Machiavel. In-12, xv-3 12 p. Paris (Didier ei C"). 3 fr. jo Pape (W.). Handbuch d. griechischen Sprache. 2, ùberall bericht. u. verm- Ausg. 6. Abdr. i. u. 2. Bd. Griechisch. deutsches Handwœrterbuch. Gr. in-S". Braunschweig (Viewcg u. Sohn). 24 fr. Portagnier (T.). Étude historique sur le Rethélois et l'archidiocèse de Reims. Le Châtelet - sur - Retourne , Bergnicourt , Alincourt, Mondrégicourt et Epinois, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. In-8°, 471 p. et 3 pi. Châtelet- sur-Retourne (l'auteur). Schrœder (L.). Ueber die formelle Un- terscheidung der Redetheile im Griechi- schen u. Lateinischen m. Berùcksicht. der Nominalcomposita. In-8°, viij-562 S. Leipzig (Kœhler). 8 fr. Zeitschrift f. deutsche Philologie, hrsg. v. E. Hœpfner u. J. Zacher. Erganzùngs- Band. In-S», 622 S. Halle (Buchh. des Waisenh.). 21 fr. 35 Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur. N* 22 Neuvième année. 29 Mai 1875 REVUE CRITIQUE -D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 3n RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS. Secrétaire de la Rédaction : M. Stanislas Guyard. Prix d'abonnement : Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port^n sus ' ''^^ ^^J^i'-i suivant le pays. TflA!rr^.8.i PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 67, RUE RICHELIEU, 6j Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). ANNONCES En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 67, rue de Richelieu. GT7\T K 17 D 'X' Histoire et Théorie de la Musique de l'antiquité. lL V A Ci rv 1 T. I". I fort vol. gr. in-8«. 30 fr. BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES n,3l(i'^'. 2je FASCICULE. fTxr"» if WT 77" à Ammon-Ra des papyrus égyptiens du musée de il 1 iVl 1 >1 IL Boulaq, traduit et commenté par Eugène Grébaut, avocat à la Cour d'appel de Paris. 22 fr. 22e fascicule. LT-iQ ■QT "CITDÇ ^^ Philippe. Poème en vers politiques de CjO 1 1— iC U 1X0 Philippe le Solitaire, publié dans le texte pour la première fois, d'après six mss. de la Bibliothèque nationale, par l'abbé E. Auvray, licenciées-lettres. î fr. 75 ::OLLECTION PHILOLOGIQUE (ANCIENNE SÉRIE) 5e FASCICULE. .ifisenu t-' • Iv 1 1 1 IL r\ Les noms de famille. ^ fr. 50 ,^, PÉRIODIQUES. ^^ ^ '-^ î^ Icalel^N^ri?, new séries, 8 mai. J..A. Lawson, Wanderings in the Interior of New Guinea. London, Chapman and Hall (G. E. D. Black). — W. Warburton, Edward III.; Gairdner, The Houses of Lancaster and York, with the Conquest and Loss of France. London , Longmans and Go. (G. W. Boase : ces deux ouvrages font partie de la collection intitulée £poc/j5 of Hwfor)' ; ils rendront de grands services aux étudiants). — G. A. Swainson, The Nicene and Apostles' Greed, London, Murray (Edmund S. Ffoulkes : ouvrage inté- ressant, mais n'allant pas au fond de la question). —Von Bezold, Zur Geschichte des Husitenthums (Alfred Stern; cf. Rev. crit., 1874, II, p. 24$). — Notes and News. — Notes of Travel. — The British Muséum (suite de la liste des acquisitions nouvelles). — Notes of a Tour in the Gyclades and Grete. V. Crète (suite: H. F. T ozer). — Correspondence. A new Edition of Pepys's « Memoirs » (George Bell and Sons). — Miss Otté's Scandinavian History (Edmund W. Gosse). — An Allusion to Hamlet (R. Simpson). — Fiske, Out- lines of Gosmic Philosophy. 2 vols. London, Macmillan and Go. (J. S. Stuart Glennie : la plus importante contribution apportée jusqu'ici par un américain à la philosophie ; l'auteur est disciple de Spencer). — Meetings of Societies (Institut anthropologique). "- ' The Athenseum, N" 2480, 8 mai. Journey across the Western Interior of Australia. By Gol. P. Egerton Warburton. With an Introduction by H. Eden. Ed. by H. W. Bâtes. Sampson Low and Go. — Swainson, The Nicene and Apostles' Greed. — G. G. Leland, Fusang : or, the Discovery of America by Ghinese Buddhist Priests in the Fifth Gentury. Trùbner and Go. {VAtlien£um ne croit pas à l'assimilation de Fusang avec l'Amérique, et présente de graves objections). — Warburton, Edward III. — Ancient History from the Monu- ments : Egypt. By S. Birch ; Assyria. By G. Smith. Ghristian Knowledge Society (deux ouvrages qu'il faut lire, et dont on loue la précision et la clarté). — Ano- ther Site for Pisgah (Gharles Warren). — General Briggs (détails biographiques sur cet orientaliste). — The Gave of Adullam. — The Interior of New Gumea (réponse de M. Lawson et réplique de VAthenmm). — Prof. Ewald (not. nécrol.). — Literary Gossip. — Societies (Soc. d'archéologie biblique, Institut anthropologique). Literarisches Centralblatt, N° 20, 15 mai. Stadler, Kant's Théologie. Berhn, Dummler. ln-8°, 155p. — Hartmann, Erlseuterungen zur Metaphysik des Unbewussten. Berlin, Duncker. In-8% 82 p. — Glass, Die metaphysischen Voraussetzungen des Leibnitz'schen Determinismus. Tùbmgen, Laupp. In-8°, vii)-i28p. — Garo, Geschichte Polens. 4 Th. i4?o-i455. Gotha, Perthes. In-8% X-501 p. (n'est pas inférieur aux précédents volumes; l'article discute toutefois un assez grand nombre de points de détail). — Steindorff, Jahrbûcher des deutschen Reichs unter Heinrich III. i. Bd. Leipzig, Duncker u Humblot. In-8", xij-536 p. (l'éditeur a remph sa tâche avec soin et talent). — Urkundenbuch der Stadt Augsburg. Herausg. v. Ghr. Meyer. i. Bd. Augs- burg, Butsch's Verl. In-4", 398 p. (bien édité; ce premier volume contient les documents compris entre les années 1 104 et 1 346). — P. Ewald, Walram von Naumburg. Bonn, Strauss. In-8% 86 p. (contribution intéressante à la littéra- ture publiciste du xi« siècle). — K/empf, Phœnizische Epigraphik. Prag, Domi- nicus In-8°, viij-84 p. (fournit d'excellents éclaircissements sur 1 inscription d'Eschmunazar, corrections de texte, etc.). — Erdmann, Untersuchungen uber die Syntax der Sprache Otfrids. i. Th. Halle, Buchh. d. Waisenhauses. In-b , xviii-2 34p. (cette partie traite des formes verbales dans les propositions simples et composées; important ouvrage). — Koffmane, Lexicon lateimscher Wort- REVUE CRITIQ^UE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE •^ N- 22 .pu , ijfi'. — 29 Mai — 1875 Sommaire : loi. Boissier, La Religion romaine d'Auguste aux Antonins. — 102. Mayhoff, Nouvelles Études sur le texte de Pline l'Ancien, — 103. Bartsch, Chrestomathie provençale, 3* éd. — 104. Jeux de l'enfance, recueillis p. Maspons y Labros. — 105. Dantès, Tableau chronologique et alphabétique des principaux événements de l'histoire du monde. — 106. Le drame populaire de Fiiuiî, p. p. Engel. — 107. CoRTAMBERT, Histoire des progrès de la Géographie de 1857 ^ 1874. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions. loi. — La Religion romaine d'Auguste aux Antonins, par Gaston Bois- sier. Paris, L. Hachette, 1874, 2 vol. in-8*. — Prix : i j fr. Les écrivains les plus convaincus de l'origine surnaturelle du christianisme ont dû reconnaître que la soumission aux lois romaines de presque tout l'univers alors connu facilita puissamment la conversion de l'ancien monde. A côté de conditions extérieures si favorables à la diffusion de la religion nouvelle, l'histo- rien découvre encore de précieux auxiliaires rencontrés par elle dans les chan- gements profonds qui s'opéraient au sein des religions antiques au moment même oii le christianisme venait les déposséder de leur empire sur les âmes. En effet, on pourrait distinguer deux phases dans l'histoire des progrès du christia- nisme : la première est caractérisée par la transformation préalable du poly- théisme en monothéisme, et la deuxième est marquée par la victoire du christia- nisme sur les religions qui, elles aussi, ne connaissaient plus qu'un seul Dieu. Les premières conquêtes de l'apostolat ont été faites parmi les Juifs répandus dans toutes les parties du monde romain, ou bien dans quelques grandes familles patriciennes, amenées par une éducation philosophique prolongée à la croyance au Dieu unique. De là ces conquêtes s'étendirent en Orient chez des peuples dont les religions, presque monothéistes dès l'origine, étaient empreintes d'un mysticisme exalté , et en Occident chez les populations mixtes des villes , où le polythéisme ébranlé ou dénaturé sous l'action de causes puissantes se faisait de plus en plus semblable aux religions de l'Orient. Mais les campagnes, sous- traites à l'action de ces causes, demeurées étrangères à la propagation des nou- veaux cultes, ont été aussi les dernières soumises et les plus obstinément rebelles au joug du Christ : il a fallu employer d'autres armes que la prédication pour faire adopter à leurs habitants la foi nouvelle , tant leur esprit était mal préparé à en recevoir l'influence, tant leur cœur était peu disposé à en souhaiter les promesses. On voit combien il importe d'étudier la propagation, dans notre Occident, des cultes de Cybèle, de Mithra et de Serapis, pendant les deux pre- miers siècles de notre ère, et cette étude est le but que poursuivait principale- ment M. Boissier. XV 22 3?8 i f » .r\.^ r ' revue critique î | t\ »' '"'^ r ■ Avant d'entrer dans l'examen détaillé de cet ouvrage, rendons d'abord justice à l'esprit dans lequel il est conçu. M. B. s'est refusé à faire de l'histoire un instru- ment de polémique religieuse, et cette réserve est si rare aujourd'hui qu'elle donne à son ouvrage une physionomie originale et un charme inattendu. L'auteur, après avoir mis en lumière les grands et beaux côtés du polythéisme et de la philoso- phie ancienne, n'hésite jamais à en signaler les insuffisances et les lacunes. Il prend plaisir à montrer au lecteur à quel degré de civilisation, de bien-être et de lumières étaient parvenues les sociétés humaines sous les auspices de la Grèce et de Rome, mais il déclare fermement que vers la fin du ii* siècle les sources de ces progrès étaient taries, que l'efficacité des croyances religieuses et des sys- tèmes philosophiques du monde ancien était épuisée'. Dans la lutte engagée entre le christianisme et le rationalisme, M. B., historien scrupuleux, fournit des armes aux deux partis, et il risque de les mécontenter l'un et l'autre. Les limites entre lesquelles M. B. a arrêté son sujet n'offrent rien de bien rigoureux au point de vue historique : les altérations de la religion romaine, auxquelles il nous fait assister, remontent à une époque antérieure au règne d'Auguste; d'autre part la fin de la période Antonine n'est caractérisée par aucun mouvement religieux considérable. L'auteur a voulu, je pense, faire commencer son histoire à la naissance même du Christ, en obéissant à une préoccupation de parallélisme un peu gênante , et la terminer au moment où ayant tiré de Plutarque, de Lucien et d'Apulée les éléments de son travail, il a vu les témoi- gnages littéraires lui manquer tout à coup. Le terme final qu'il a adopté ne com- porte aucune conséquence fâcheuse. Chez les écrivains que nous avons nommés, on voit se dessiner le nouveau polythéisme avec les caractères qu'il présentera deux siècles après chez Julien et chez Libanius. Les traits principaux de la vie sociale, dont M. B. a joint le tableau à celui de la vie religieuse, n'ont guère changé depuis le second siècle jusqu'à la fin de l'empire : cette persistance se révèle dans le Digeste, qui reproduit tant de constitutions des empereurs de la dynastie Antonine, aussi bien que dans les inscriptions, témoins de la vie antique suppléant au manque de livres, qui ne montrent non plus aucun changement essentiel dans la condition sociale des peuples pendant les cent cinquante années qui suivent l'époque où s'est arrêté M. Boissier. Il a donc pu, sans franchir la limite inférieure qu'il s'était prescrite, embrasser tout un ordre naturel de faits, en montrer les rapports et en tirer des conclusions applicables à une longue et importante période de l'histoire. Mais en faisant commencer son ouvrage au règne d'Auguste, M. B. s'est exposé à un inconvénient grave. Une introduction devenait indispensable, et pour ne pas lui donner des proportions trop grandes il a fallu omettre d'importants détails et sacrifier des développements intéressants. Cette introduction, composée de deux chapitres, fait connaître les traits saillants 1. T. II, p. 451. Est-il nécessaire de faire remarquer que cette manière de voir ne préjuge en rien la question de l'origine surnaturelle du christianisme, question que l'auteur n'avait pas à traiter? En admettant avec lui que le fonds gréco-romain fût devenu insuf- fisant, que devons-nous conclure, sinon qu'un élément sémitique entre comme facteur irré- ductible dans la civilisation moderne.^ d'histoire et de littérature. 5^9 et les conceptions fondamentales de la religion romaine. M, B. a parfaitement exposé le caractère extraordinaire de cette religion, sans analogue, je crois, parmi celles dont l'histoire nous est connue, qui se réduit, comme son nom l'indique, à l'exactitude et à la régularité (t. I, p. 21), où il n'y a pas de dogmes, mais seulement des cérémonies et des sacrifices, dans laquelle, en un mot, le culte est tout, et l'idée rien ou peu de chose. Une sobre collection d'exemples bien choisis dans la masse des faits permet de suivre l'auteur sans fatigue au milieu de l'ex- position de ces doctrines si peu en rapport avec notre manière de sentir. Avant la chute de la République, la religion avait éprouvé des modifications sensibles et surtout beaucoup perdu de son prestige. M. B. assigne plusieurs causes au discrédit dans lequel elle était tombée : je ne sais si toutes ont agi comme il le suppose. Par exemple il attribue une certaine importance à ce que l'élection populaire fût , à un moment donné , substituée à la coopiatio dans le recrutement du collège des prêtres. Un tel changement aurait une influence immense pour une religion dans laquelle le corps des prêtres exposerait, propagerait ou défendrait une doctrine déterminée, parce que celle-ci recevrait alors le contre-coup de tous les mouvements de l'opinion publique; mais à Rome où le sacerdoce n'était, comme l'a si bien montré M. B., qu'un corps essentiel- lement politique, l'accession des classes populaires n'est autre chose qu'un de ces changements politiques, tous dirigés dans le sens démocratique, dont l'his- toire de la République est remplie. Les auteurs anciens n'ont signalé dans la religion aucun changement dont le nouveau mode de recrutement sacerdotal ait été la cause, et M. B. ne peut aussi en rattacher aucun à ce fait. Je ne pense pas non plus que le théâtre ait contribué, comme le pense M. B., à affaiblir la religion nationale. M. B. rapporte lui-même le témoignage de Polybe sur la puissance des idées religieuses à Rome, alors qu'elles avaient perdu toute efficacité chez les Grecs. Or Polybe n'a vu Rome qu'après la mort de Plaute. Les plaisanteries lancées sur le compte du Zeus Thébain devaient, dit M. B., rejaillir sur le Jupiter très-bon et très-grand. Une généralisation aussi absolue et aussi logique n'est pas conforme à ce que nous connaissons de l'esprit de l'antiquité, laquelle s'accommodait de disparates qui nous paraissent fort étranges. Je me demande même si elle est compatible avec l'esprit religieux en général. Dans toute religion, le fidèle a les yeux très-ouverts sur les parties puériles ou odieuses des cultes autres que celui auquel il adhère, il en rit volontiers, sans que jamais il soit déterminé à faire un retour sur lui-même par :el exercice de ses propres facultés critiques. La philosophie seule a partout présidé à l'émancipation religieuse; à Rome, il n'en a pas été autrement. La fin iu chapitre deuxième de l'introduction est consacrée à l'étude de la philosophie "omaine sous la République, et particulièrement à celle des opinions religieuses ie Cicéron. Il y faut joindre le chapitre qui traite de Varron et de son école et \\iï, pour ne pas grossir l'introduction outre mesure, a été rejeté dans la deuxième îartie de l'ouvrage , et vient ainsi après l'étude des rapports entre Sénèque et ;aint Paul'. Un scepticisme complet caractérise les idées religieuses de Varron, I . Une table très-bien faite remédie à ces dispositions critiquables dans l'économie de 5^ REVUE CRITIQUE et celles de Cicéron ne paraissent pas beaucoup moins radicales, quoiqu'il en adoucisse agréablement l'expression et ne les montre que coquettement voilées. La nécessité de ne pas allonger l'introduction oblige M. B. à ne rien dire du poème de Lucrèce, qui méritait certainement quelques pages. Nous entrons maintenant dans l'analyse du livre I" de l'ouvrage. Pendant que les hommes éclairés , appartenant aux classes supérieures , affi- chaient , comme Varron , une dédaigneuse indifférence pour les croyances de leurs ancêtres, les cultes étrangers se propageaient secrètement dans les classes inférieures. Méprisée et délaissée, tel était Pétat de la religion nationale quand Octave, ayant renversé les derniers obstacles qui s'opposaient à l'établissement du principat, se sentit tout naturellement rassasié d'innovations. Il songea donc à faire reprendre à ses sujets ces habitudes d'ordre, de respect et de sagesse que Ton perd ordinairement au milieu des guerres civiles, et la restauration de l'an- tique religion romaine lui parut un des expédients les plus propres à seconder son dessein. Il proscrivit sévèrement les cultes étrangers. D'autre part, il se fit nommer grand pontife à la mort de Lépide, il rétablit les cérémonies négligée^ il rebâtit les temples en ruine (dans l'inscription d'Ancyre il compte et recompté avec complaisance l'argent qu'il dépensa pour ce chapitre), il institua même quelques cultes nouveaux : celui de Venus Genetrix, qui n'intéressait que la gens Julia, ceux de Mars Ultor et d'Apollon, auxquels il avait voué des temples pen- dant la guerre. Il alla plus loin, et voulut changer en hommes religieux ses con- temporains sceptiques. Sa tentative n'eut qu'un succès très-court : il put, avant sa mort, assister à son avortement. Mais l'échec ne fut pas complet : il obtint des démonstrations qui pouvaient lui faire illusion, et il dut être quelque peu fier de son œuvre, lorsque Horace et d'autres poètes rajustèrent leurs toges, prirent une attitude correcte et tinrent des propos édifiants. M. B. a traité ce côté comique de son sujet avec le soin et le sérieux dont il ne se départ jamais dans le cours de son ouvrage. La seule innovation religieuse qui ait survécu au fondateur de l'Empire est l'apothéose des Césars , qui se rattache étroitement au culte de Rome et dAu- guste. Aux déclamations habituelles sur la servilité des Romains, M. B. a substitué une histoire détaillée de ce culte , de son établissement successif dans les provinces, des institutions politiques nées avec lui et autour de lui. Il rend son caractère vrai à l'apothéose, qui, décernée seulement aux bons princes', n'était qu'une commémoration historique assez légitime. M. B. fait voir aussi que les provinces, se trouvant réellement heureuses des résultats amenés par le régime romain, ont pu manifester leur satisfaction sous une forme enthousiaste qui ne doit choquer personne dès qu'on se reporte aux habitudes de l'antiquité. Enfin le culte de Rome et d'Auguste, célébré dans la ville la plus importante de chaque pays^ au moment où se tenait le concilium ou assemblée périodique des l'ouvrage. Elle montre immédiatement que M. B. a ordonné les faits dans un ordre plus logique qu'historique. 1 . Le Sénat abolissait la mémoire des mauvais empereurs immédiatement après leur mort. 2. A Tarragone pour l'Espagne, à Lyon pour la Gaule, etc. d'histoire et de littérature. J4I députés des villes, se liait à l'exercice de la vie politique : il symbolisait l'union de toutes les parties du vaste empire romain, il était l'acte par lequel les provinces déclaraient solennellement qu'elles se sentaient membres de cet empire. Ce chapitre renferme des résultats que la plupart des lecteurs auront trouvés abso- lument neufs, et il est propre à montrer combien l'étude des faits conduit au delà des idées courantes sur l'empire romain. Nous arrivons enfin aux religions orientales qui, s'infiltrant abondamment dans les lacunes de la religion romaine, la noyèrent pour ainsi dire, et n'en laissèrent intactes que les parties les plus extérieures et les plus saillantes, protégées par leur attache avec le reste du système politique. M. B. raconte leur introduction à Rome', et expose tous les détails de leurs cultes. Il définit d'ailleurs avec justesse les caractères communs à tous ces cultes : importance accordée au prêtre, part considérable faite aux femmes dans la vie religieuse, recherche de l'émotion religieuse par les fidèles, usage fréquent d'expiations et de purifications solennelles. Ces idées générales, solidement établies sur les faits, sont d'une grande importance pour l'histoire du christianisme, à laquelle M. B. songe constamment; car autant il est absurde de prétendre, comme Boulenger au siècle dernier, que le christianisme soit un plagiat des mystères isiaques ou mithriaques, autant il serait déraisonnable de contester qu'il a dû trouver un accès facile près de populations accoutumées à envisager la vie religieuse sous les aspects que M. B. nous a montrés. Les Romains n'autorisaient pas indifféremment l'exercice de tous les cultes. Le druidisme fut proscrit comme trop cruel, le christianisme fut mal vu, inquiété et finalement persécuté comme trop exclusif. En effet la condition imposée à toute rehgion pour recevoir une espèce de droit de cité était sa tolérance pour les autres religions, et nous ne voyons pas que cette condition ait fait obstacle à leur prosélytisme. Les sectateurs des différents cuhes s'accommodèrent fort bien de cet état de choses : ils ne cherchèrent même pas à se soustraire à l'ingérence de l'État dans leurs affaires intérieures et se soumirent à des prêtres désignés par les ministres du culte romain. On peut dire ainsi que la religion romaine agit sur les cultes orientaux d'une certaine façon, en leur faisant perdre un peu du caractère désordonné qu'ils présentaient en Asie et en Grèce. Y eut-il récipro- cité ^ la religion romaine fut-elle modifiée par ces cultes à qui elle avait permis de s'installer à côté d'elle ? leur prit-elle un peu de mysticisme et d'enthousiasme, comme elle leur avait donné un peu d'ordre et de tenue ? M. B. l'admet : je dois dire qu'il ne m'a pas convaincu sur ce point. Dans les monuments officiels, dans les actes des Arvales, par exemple, on ne voit de prières adressées qu'aux dieux romains et aux empereurs , et les cérémonies ont conservé sans altération leur caractère antique et italien. D'autre part les témoignages des auteurs, invoqués par M. B. à l'appui de sa manière de voir, ne me semblent pas la justifier 2, 1. M. B. explique comment certains cultes déjà pratiqués à Rome, ceux de Bacchus, de Cérès, de la Bonne Déesse, qui présentaient plusieurs des caractères appartenant aux cultes orientaux, servirent d'intermédiaires et fafilitèreot l'introduction de ces derniers. 2. T. I, p. 440 et suiv. ' î '■ -'.;àt f^u li'imrn-n' ç 342 REVUE CRITIQUE « Le Capitole lui-même finit par ressembler beaucoup aux chapelles d'Isis » Quand la figure de Jupiter apparaissait dans le lointain du sanctuaire, la foule » s'écriait : Salut au maître ! Salve Imperator ' , » Le cri salve est une invocation habituelle dans les cultes italiens^. Puis, dans le cas qui nous occupe, la foule s'adressait à Jupiter Imperator, dont la statue, rapportée de Préneste à Rome en 380 av. J.-C. par T. Quinctius Flamininus, fut consacrée dans le Capitole 3. « L'un, nous dit Sénèque^, s'est fait le licteur de Jupiter, un autre s'est institué » son parfumeur, il remue les bras à distance et fait tous les gestes d'un homme » qui verse des parfums. Minerve et Junon ont leurs coiffeuses, » etc. Prellers a rapporté cet usage au culte tout romain des trois divinités adorées au Capitole. On sait qu'en Grèce les plus anciennes idoles étaient richement costumées, por- taient des cheveux et des barbes postiches. Les scènes de toilette s'expliquent assez naturellement en se reportant à ce fait, et il n'y a pas besoin de recourir à l'Orient, où d'ailleurs on ne cite rien de semblable. — « Diane avait des » prêtres qui demandaient l'aumône par les rues comme ceux de Cybèle. » Je ne saurais voir la preuve de cette assertion dans les vers d'Ovide auxquels ren- voie M. B. ^ — « Pour obtenir la guérison d'une maladie grave, on couchait au » Capitole ou sous le portique d'Apollon Palatin aussi bien que dans les temples » de Sérapis. « Nul besoin, encore, de rattacher à l'Egypte l'usage de l'incu- bation, employée pour consulter l'oracle de Faunus? et près de beaucoup d'oracles grecs ^. Le second livre de la Religion romaine est consacré à la philosophie et surtout à Sénèque, qui méritait, par le nombre des ouvrages qu'il a laissés et par la fasci- nation qu'il exerça sur ses contemporains , une place considérable dans cette histoire. Pourtant M. B, montre que cet habile et éloquent écrivain est un esprit assez peu original. On ne peut s'empêcher ici de louer l'esprit de justice de M. B. qui l'empêche de surfaire un homme à qui il a consacré près d'un derai-ri volume. En fait, les idées exprimées par Cicéron sont le fond sur lequel a vécu pendant deux siècles la philosophie romaine?. Le stoïcisme, on le sait, s'acclimata à Rome au point d'y sembler un produit du sol. Aussi M. B. lui consacre-t-il des développements étendus. Il parle aussi des autres écoles qui tentèrent moins heureusement la fortune, l'évhémérisme, l'épicuréisme, mais il est très-bref sur ?Tr-7ïïT:p-rrrTTn- !;.;ii;h!{i;. ■v.};- 1. Plin. Paneg. 5. : " ih ':' ■=;" . :'h'b ■■t^ 5v 2. V. les exemples dans Forcellini. 3. V. 0. Jahn. Arch. Aufsatze, p. 33. 4. Dans August. Civ. Dei VI. 10. ii 5. Rœm. Myth. p. 128. :f 6. Pont. I. 39 : Ante Deum matrem cornu tibicen adunco Quum canit, exiguae quis stipis aéra neget? Scimus ab imperio fieri ni! taie Dianae. 7. Virg. yEn. VII. 95. Ovid. Fast. IV. 653. Dans les passages de Serviusetdu scho- liaste de Perse auquel renvoie M. B., il est question d'interrogation par la voie du rêve, mais non de guérison, et M. Maury, Relig. de la Grèce, II. 457, pense même que l'usage de l'incubation fut transporté par les Grecs dans les temples a Isis et de Sérapis. 8. Ibid. p. 460, qu'il faisait vraisemblablement partie de l'ensemble de rites et de tra- ditions apporté en Grèce par les Indo-Européens. 9. T. II, p. s. d'histoire et de littérature. 34} CCS essais qui remontent à l'époque républicaine. Il aurait dû, je pense, nous donner quelques détails sur le pythagorisme, dont les rapports avec la religion romaine ont été profondément sentis dans l'antiquité même, comme en témoigne le célèbre et faux synchronisme qui fait de Numa un disciple de Pythagore. L'exposition plus ou moins fidèle qu'Ovide a donnée, dans les Métamorphoses, du système pythagoricien montre quel crédit avaient gardé chez les contemporains d'Auguste le nom et le souvenir du philosophe Samien. M. B. a consacré plus de cinquante pages à la question, si souvent débattue, des rapports qui auraient existé entre Sénèque et saint Paul. On ne pourrait se défendre d'un certain dépit en voyant tant de place et tant de peine consacrées à un problème depuis longtemps résolu, si on ne devait espérer que les résultats acquis vont enfin pénétrer dans le large cercle de lecteurs que M. B. a conquis par son talent. A la page 1 16 du tome II, on trouve une observation délicate et précieuse : « Nous avons remarqué déjà chez Sénèque deux tendances qui se combattent : » il paraît moins religieux quand il n'écoute que ses sentiments personnels, et il » le devient davantage lorsqu'il cède au courant de son siècle ; c'est la seconde » de ces tendances qui l'emporte tout à fait après lui. » M. B. saisit et marque heureusement l'origine d'une importante évolution dans la philosophie religieuse, évolution au terme de laquelle la réflexion et la dialectique se trouvèrent rem- placées, comme moyens d'arriver à la vérité, par l'effusion et la prière. Le stoïcisme, après Sénèque, borna son rôle à la prédication et à la direction morale, il tomba dans la rhétorique et la casuistique. Grâce à une équivoque ', peu digne de moraHstes austères, ses doctrines semblaient conformes aux croyances populaires, alors qu'elles en différaient absolument, et les philosophes ne se pressaient pas de mettre fm à un malentendu sur lequel reposait son crédit parmi la foule. Plus sincère et plus large, le néo-platonisme, en quête de tous les mysticismes pour enrichir ses combinaisons, recueillit les traditions religieuses de tous les peuples et se substitua au stoïcisme dès que les besoins de la vie religieuse devinrent plus intenses et plus impérieux. M. B. nous en montre, dans Apulée, le représentant le plus complet dans l'Occident au ii* siècle. Il rattacha le genius romain aux démons dont les néo-platoniciens peuplaient l'univers, et fit ainsi entrer la religion romaine dans leur vaste synthèse. Le troisième livre est consacré à l'étude de la religion romaine au temps des Antonins. Le sujet ne se rattache pas d'une manière nécessaire à ceux que M. B. a traités dans les parties qui viennent d'être analysées. Les changements survenus dans la vie domestique et dans la vie sociale des Romains me semblent avoir été indépendants du nouvel esprit religieux. Les améliorations que l'on rencontre au II* siècle dans la condition civile des femmes, dans celle des esclaves, sont les moments d'une évolution purement juridique aidée, d'assez loin, par la philoso- phie stoïcienne dont les principes égalitaires, incessamment proclamés, avaient fini par devenir des espèces d'axiomes qui s'imposaient bon gré mal gré au I. T. II, p. 145. 344 REVUE CRITIQUE législateur. A la même époque, les dispositions charitables des classes élevées, les fondations généreuses multipliées à l'envi, ont leur principe dans le patrio- tisme local, toujours si puissant chez les anciens, ou bien sont des formes de patronage appropriées à des temps et à des besoins nouveaux. Les idées reli- gieuses n'ont rien à faire dans tout cela. C'est seulement en ce qui concerne les associations populaires qu'il peut être permis de les faire intervenir, puisque la religion servait de prétexte à la fondation de ces sociétés (destinées surtout à pourvoir à la sépulture des associés). Quelques-unes s'intitulent culîores deum : le caractère religieux semble ici plus marqué. Pourtant M. B. reconnaît lui- même (p. 306) que ce sont des collèges funéraires peu différents des autres et que la dévotion des membres de ces collèges ne doit pas être prise au sérieux. En somme, la religion ne servit guère qu'à masquer la reconstitution des asso- ciations populaires, tolérées sous la République, interdites ou étroitement sur- veillées sous le Principat. Ces réserves faites , nous n'avons que des éloges à donner au demi-volume consacré par M. B. à l'étude des quatre grands faits qui éclairent la vie intime de la société romaine aux deux premiers siècles de notre ère. M. B. admet que ce fut pour le monde une époque heureuse. Je partage cette opinion dont il serait trop long de développer ici les motifs : il vaut mieux les lire chez M, B. Le tableau des classes supérieures , l'étude sur la condition des femmes , celle qui est consacrée à l'esclavage, l'analyse si approfondie et si attachante qui nous fait pénétrer au sein des associations populaires sont des morceaux du plus grand intérêt, dont tous les traits sont habilement choisis, dont chaque détail est le produit d'une enquête patiente et consciencieuse. Rien ne trahit pourtant, dans ces chapitres, le travail ou l'effort. On sent qu'ils ont été écrits avec plaisir, que l'auteur, transporté par l'imagination et par la science au milieu du peuple qu'il étudiait, s'est mêlé sans embarras à tous les détails de sa vie. Le retard apporté à la publication de cet article nous procure au moins le plaisir de féliciter l'auteur sur le succès obtenu par son livre. Avant de prendre congé de ce savant et attrayant ouvrage, souhaitons que M. B. n'abandonne pas, au point où il l'a laissée, la religion romaine, et que l'accompagnant, deux siècles encore, jusqu'à l'époque de sa lutte désespérée contre le christianisme, il nous donne un livre qui prenne la place de celui de Beugnot, un peu arriéré aujourd'hui. La science épigraphique de M. B., le commerce intime qu'il a dû lier avec les cicéroniens et les virgiliens du iv^ siècle, nous assurent à l'avance du prix qu'offrirait ce complément nécessaire et attendu des deux volumes que nous avons examinés ' . C. DE LA Berge. I. A l'appréciation générale qu'on vient de lire, nous n'ajouterons que quelques obser- vations particulières, sans grande importance parce qu'elles ne touchent pas au fond des idées développées par M. Boissier. T. I, p. 109. « Le prince qui est à la fois le chef religieux et civil d'une nation est » toujours tenté d'imposer ses règlements de police comme des dogmes , et de forcer » d'obéir aux dogmes comme aux règlements de police. » A l'appui de son assertion, M. B. aurait pu faire valoir le sens nouveau que prend le mot impictas synonyme de lise- d'histoire et de littérature. î45 102.— Novae lucubrationes Plinianse, scripsit Carolus Mayhoff. Lips. Teubner. 1874. 104 p. — Prix: 3 fr. 25. M. Mayhoff est, depuis la mort de Louis Jan, chargé d'éditer Pline l'ancien dans la collection Teubner. Dans le travail qui nous occupe, il expose les prin- cipes qui doivent le guider dans son édition et discute un certain nombre de passages plus ou moins altérés. Après un court aperçu sur les sources de Pline, M. M. se range à l'avis exprimé par Detlefsen (Philologus, XXXI, p. 387), que partout où l'on a perdu les auteurs imités par Pline, le texte est fort douteux. Non pas précisément que les mss. anciens fassent défaut ; on a même plus de secours que pour bien d'autres auteurs : un palimpseste du v^ ou vi^ siècle (M) trouvé en 1853 par Mone dans un monastère bénédictin de Carinthie, publié déjà dans la grande édition de Sillig, t. VI, et qui contient la plus grande partie des livres XI à XV; une feuille en onciale d'un ms. du vi* s. conservée dans le ms. de Paris 9378 (P), con- tenant le fragment XVIII, 87-99 ^^ utilisée récemment par Detl.', enfin des majesté, dans la langue du II* siècle. On doit à M. Aube une observation intéressante à ce sujet. {Comptes-rendus de l'Académie des Inscriptions, 1866, p. 195). T. I, p. 117. a Emporter par mégarde dans un mauvais lieu une monnaie à l'effigie » du prince est un sacrilège qu'on punit de mort. » La phrase de Suétone {Tih. 59) a effigiem (principis) nummo vel annuio impressam latrinae vel lupanari intulisse » est mieux comprise depuis que l'on a retrouvé sur la muraille d'un lupanar de Pompei des effigies de Galba, de Vespasien et de Titus, obtenues en appliquant des monnaies sur l'enduit encore frais du mur; v. une note de Minervini au t. III« des Œuvres de Borghesi, P- 233- T. I, p. 163. D'autres empereurs que Commode se sont fait représenter sous les traits d'Hercule, par exemple Caligula (Dion LXIX 26) et Domitien : « Herculis in magni » vultus descendere Caesar dignatus (Martial. Epigr. IX. 65). » Voy. de Witte. Revue Numismatique, 1845. T. I, p. 171. M. B. tire du célèbre marbre de Thorigny la conclusion qu'en l'an 238 les assemblées provinciales avaient acquis assez d'importance pour oser mettre en accu- sation les gouverneurs de la province, et donner à leurs députés à Rome un mandat im- pératif à cet égard. Dès le règne de Trajan, on les trouve en possession de ce double droit. Plin. Ep. III, 9. VIII, 6. T. I, p. 412. M. B. suppose que le taurobole doit être originaire de l'Asie, mais il n'en possède pas la_ preuve. Ch. Lenormant a déjà rattaché au sacrifice taurobolique le fait, transmis par Etienne de Byzance au mot Màcrtaupa, que les Lydiens sacrifiaient un taureau à la déesse Ma, identique à Rhéa. Sur les monnaies de Pessinunte, le taureau prend quelquefois la place du lion, ce qui montre qu'il appartient aussi à Cybèle (Nou- velle galerie mythologi(]ue, p. 1 5). Si le sacrifice lydien était réellement, comme on peut le soupçonner, l'origine du taurobole, il faudrait admettre que la religion de Cybèle im- portée à Rome offrait déjà une fusion des cultes lydien et phrygien. T. II, p. 264. M. B., citant ces paroles de Sénèque : In aliéna uxore omnis amor turpis, in sua nimius, traduit : « Aimer la femme d'un autre est un crime, aimer la sienne est un » excès. » C'est évidemment une distraction; il faut traduire : « Envers la femme » d'autrui tout amour est blâmable, envers la sienne un amour excessif. » I . La haute antiquité de cette feuille, malheureusement très-endommagée et d'une lec- ture pénible, nous engage à compléter la collation que l'on trouve dans l'édition de Det- lefsen (vol. III, p. 121 sq.). Outre les variantes indiquées, on lit dans P : p. 121, 31 medulla — 34 binas om. — p. 122, 2. florem]|em (rem? En tout cas il n'y a place que pour 3 lettres) — 3 carthariae — praerea — 4 secundariis sextarios — tantumdem — 5 e floris] floris —, praetium — 8 pollinatam] tempori (?) pollinata (tempori est presque effacé, mais Dell, indique plus de lettres qu'il ne pourrait en tenir) — 10 cabarii — 346 ,K>!', REVUE CRITIQUE ,- |H 0 fragments de mss. très-anciens publiés par Endlicher (Catal. mss. Biblioth. Vindob.) etc. Outre ces vénérables débris, on a plusieurs mss. complets des x* et xi^ s. Mais quand on est réduit à leur témoignage, on reste souvent dans l'incertitude. Il n'y a pas lieu de s'en étonner; les copistes des vii'^ et viii^s. si funestes aux auteurs latins, même les plus clairs, ne pouvaient manquer de transcrire inexactement des mots techniques, des expressions obscures, et la quantité même des copies ne fit que multiplier les fautes à l'infini. M. M. consacre deux chapitres à défendre soit la leçon unanime des mss.j soit la leçon du palimpseste M, principalement quand il a des textes grecs pour confirmer ces leçons. Cette méthode de rapprochements, très-fructueuse en gé- néral, a pourtant parfois induit en erreur des critiques habiles. Ainsi Detl. s'ap- puyant sur un passage d'Aristote (H. An.VUl, 27) dans lequel se trouve le mot y,X7jpoç, avait cru pouvoir, dans la phrase (XI, 50) : « Fit in favis quibusdam qui vocatur clavus, amarae duritia cerae, etc. » rétablir clarus. Mais M. M. fait observer avec raison que les mots amar£ duritia cer£ n'ont plus de sens si l'on abandonne la vulgate qui peut, d'ailleurs, se défendre. M. M. engage une longue discussion sur les corrections des mss. de second ordre D (Vatic. n. 3861), R (Riccardianus), F (Leidensis Lipsii n. VII, que Detl. a reconnu pour le Cfiiffletianus), a (Paris, n. 6795, désigné par E dans l'ed. Detl.) et critique les conclusions auxquelles arrive Detl. (Philol. XXVIII, p. 307). Ce dernier, après avoir prouvé que les corrections de seconde main (Dî R2 F* a^) sont généralement meilleures que les leçons de première main, prétend que ces quatre mss., écrits dans le Nord de la France, ont été corrigés sur un même archétype. Armé des variantes des livres VII-XV rapportées par Detl., M. M. dresse consciencieusement la liste des passages dans lesquels ces mss. ont été corrigés, et de ceux dont les corrections sont particulières à chaque ms. Il trouve, pour n'en citer qu'un exemple, que dans le livre VIII, a porte 187 corrections dont 59 ne sont communes à aucun autre; F, 2^2 dont 112 particulières; R, 45 dont 33 particulières (D n'a aucune correction, toujours d'après Detl., dans le livre VIII). Or, jamais les corrections rapportées dans les livres VII-XV ne sont identiques pour les quatre mss. en question, quelquefois elles le sont pour trois, plus souvent pour deux; d'où M. M. conclut que les corrections xie ces quatre mss. ont été faites au moyen de quatre mss. différents. Sans doute les observations de M. M. sont sérieuses, le tout est de savoir si elles reposent sur une base aussi solide. M. M. reconnaît bien lui-même que Detl. seul pourrait trancher la question, ayant en sa possession beaucoup plus de variantes qu'il n'en a rapporté dans son édition ; mais il est probablement loin de se douter combien la base de ses calculs serait modifiée par une collation minutieuse. i oriza — grecos — 24 thypen — 25 piste — 30 procuratore élus — 3 1 exstaqu — 123, i. unu grano — 2 Leon|uni — 4 centegra||um — 8 greci^q. — erysinut : grecis — 13 ferumq. — 21 furburibus —- 22 uiginti — 2} herbiliara. d'histoire et de littérature. Î47 Pour ne parler que du ms. de Paris n. 6795, voici les variantes du commen- cement du livre VIII, qui ne sont pas rapportées dans Detl, — t. II, p. 47, 3 in priorum m. i et 2 — 7 saltibus] talibus m. 1 — 18 subere m. i — 19 africano] africo m. i et 2, africano m. 3 (on peut désigner ainsi des corrections faites par une main de la renaissance) — 20 triumphos m. i et 2. P. 48, 2. edidere] idere m. \, edidere m. 2, mais di gratté — 4 sedere m. i (s gratté) — lasciuienti m. i — pyrriche] pernice m. i et 2 — coUudere — 5 imcessere m. i et 2 — 6 singulos m. 1, singulas m. 2 — 7 lectos] iectos m. i — 9 in om. m. \ — 12 furibus m. i — mucianus IIII m. i — 1 3 et litterarum] uel tiberorum m. i — ductus grecarum m. i et 2 — decidisse m. i — 16 cogerentur... sestimatione, om. m. i ; rétabli m. 2 à la marge supérieure. — 19 Praedonnipsi ra. i — in se] ipse m. i — expectandam m. i, expectendam m. 2 — 20 iuua m. i — 24 secari] sacri m. i — 27 belus (? in ras.) m. i, belli m. 2 — curaem. i — praelis m. 1; praeliis m. 2 — 29 minime m. i et 2 — 36 hominem m. 1 et 2 — 37 iras] istas m. i — 38 tradere] trahere m. Z' — sequenti simili] sequentis mihi m. 1; reliquenti m. 2. P. 49, 1. Omnium modo indurare uisus m. i. — En voilà assez pour donner une idée des fautes du copiste de a et des corrections apportées à ce ras. Or, pour tout ce passage, l'éd. Detl. ne rapporte que 10 variantes, tant m. i que m. 2. Très-probablement on pourrait relever dans D R F autant d'inexactitudes de collation. Peut-être ne faut-il pas reprocher à Detl. d'avoir passé sous silence toutes ces variantes qui eussent triplé le volume de son édition ; mais on voit par là combien l'arithmétique de M. M. est risquée. Dans une question si délicate, il serait dangereux de donner exclusivement raison soit à M. M., soit à Detl. D'un côté, il semble peu vraisemblable que le même ms. d'un auteur si répandu ait servi à corriger quatre mss. d'époques un peu différentes; mais de l'autre, il serait faux de conclure de la différence des corrections apportées à D R F a que les correcteurs aient employé nécessaire- ment quatre mss. différents, car jamais, à cette époque, les correcteurs ne s'as- treignent à rétablir uniquement le texte de l'archétype qu'ils ont sous les yeux :l ils corrigent sans scrupule tout ce qu'ils jugent fautif. En résumé, il est plus pru- dent de dire que D R F a ont été corrigés avec plusieurs mss. provenant. tous de la même source. ' J^^'^^* * '^ *« Haïqfj oqiiii»^ î»iî«!<«ioo;3«M'î^ Examinant l'autorité des corrections de ces quatre mss. M. M. trouve que le correcteur de a a beaucoup plus altéré le texte que les autres et que F en parti- culier. Mais combien une collation minutieuse releverait-elle de fautes à la charge des correcteurs de D R F ? Car il ne faut pas oublier que M. M. n'a vu aucun des mss. de Pline dont il discute la valeur. Enfin, descendant à l'examen du ms. a lui-même, qui, comme D R F etc., est interpolé (on le voit par la comparaison avec M), M. M. cherche à établir que ce ms. a, qu'il semble avoir pris en grippe, est le plus altéré. Il produit 50 passages ' dans lesquels, suivant lui, le copiste de a a changé volontairement I. Notons en passant que, XIV, 128, a porte indicam, comme le rapporte Detl., et 348 3^ -. REVUE CRITIQUE le texte de son archétype, et ajoute que ces exemples sont choisis de telle sorte que dix suffiraient pour démontrer la mauvaise foi du copiste de a. La plupart des fautes, au contraire, ne sauraient être attribuées qu'à son ignorance. Par exemple, IX, 21, au lieu de transuolent oagantur (leçon de D F qui devait être aussi dans l'archétype de a, au lieu de transuolent uaganturyûy a dans a ; transuo- lent uento aguntur ; c'est la conséquence d'une dittographie de la syllabe ent. — XI, 104, in orbe rodentes de a n'est pas plus loin de la bonne leçon que moruero- dentes de D ; la confusion si fréquente de ^ et de u est un fait de prononciation. — Ailleurs, XI, 59, la leçon de a teterrimae est beaucoup plus proche du mot authentique deterrimae que les leçons deîerminae (M D) ou détermine (R). Enfm, accordons à M. M. que a soit plus fautif que D R F, ce sera une rai- son pour examiner ses leçons avec soin. Car, en général, quand plusieurs mss. également anciens sont en présence, c'est le ms. le moins correct en apparence qui fournit le plus de leçons authentiques. Plus le copiste a été ignorant, mieux il a reproduit son archétype ; plus les corrections qu'il a faites, à son insu peut- être, sont grossières et faciles à reconnaître. D'ailleurs, M. M. admet lui-même (p. 99) que dans deux passages au moins (XIV, 1 3 et XII, 54) on doit à a la vraie leçon '. — M. M. termine sa disser- tation par quelques remarques pleines de justesse sur la valeur du ms. d (Paris. 6797, xiiie s,). Detl. avait dû admettre 62 fois sa leçon dans les livres VII-X, quoiqu'il le crût d'abord copié sur F dont d différait en ces endroits. M. M. signale plusieurs passages dans lesquels la leçon de d doit être également insé- rée dans le texte. x!i?ijtss^(rfy' >:':>= l'ifi'î; n^HliikiS'tniïe Châtelain. „«■, -fti' ■ »o} .— Chrestomathie provençale, accompagnée d'une grammaire et d'un glossaire, par Karl Bartsch. Troisième édition, revue et corrigée. EÏberfeld, Friederichs. 1^75. Gr. in-8°, 590 p. — Prix : 8 fr. Sauf un morceau ajouté et un autre changé, cette nouvelle édition ne diffère pas de celle dont nous avons rendu compte il y a sept ans (1868, art. 1 36). Le glossaire a été revu et amélioré ; il laisse encore à désirer çà et là^. Pour une critique plus détaillée, nous renvoyons à la Romania, 1875, p. 1 30 ss. Le besoin d'une nouvelle édition après si peu d'années est un heureux symptôme de l'ac- tivité des études provençales. Il montre surtout quelle place elles tiennent dans le haut enseignement allemand. 104. — Jochs de la Infancia, per Francisco Maspons y Labros. Barcelona, Marti y Cantô. 1874. In- 12. A côté des contes et des chansons, les jeux des enfants, si souvent accompa- non indicum. I. Les recherches que j'ai faites dans ce ms. 6795 m'ont fait rencontrer les rectifica- tions suivantes aux var. fournies par Detl. — t. II, p. 74, 8 eosingu m. i — 77, 10 si om. m. I et 2, habet m. 3 — Ibid. staret... ter] slare equos. idemq. ter m. i; staret in capit. eue. equos sedemq. ter m. 2 — 83, 24 causa praetexi m. 1. d'histoire et de littérature. ^49 gnés de formules et de chants, forment une branche curieuse de ce que les Anglais ont si heureusement nommé le Folk-lore. Ils ont été jusqu'à présent bien moins étudiés que les deux premiers groupes, parce qu'ils sont plus difficiles à faire connaître et à comparer. Il est probable cependant que les résultats d'une étude approfondie de ce sujet ne seront pas sans importance : à côté des varia- tions d'époques et de pays, on devine dans tous ces petits drames enfantins un fond commun qui peut bien remonter parfois à une haute antiquité, et de nom- breux vestiges de traditions anciennes ou de mœurs disparues. Les recueils de ce genre, sans être fort nombreux, commencent à se multiplier : en Angleterre, en Allemagne, dans les pays Scandinaves, en Provence, en Espagne, en Sicile, on a déjà rassemblé d'intéressants matériaux. Le petit livre de M. Maspons apporte la contribution de la Catalogne, et cette contribution est riche et de bon aloi. L'auteur aurait pu disposer sa matière plus simplement et surtout la classer d'une façon plus commode; au moins aurait-il dû compenser par un index l'absence de divisions marquées. Malgré ce léger défaut, la collection catalane est la bien-venue, et M. Maspons, à qui nous devons déjà le recueil des contes populaires de son pays, s'est acquis un nouveau titre à la reconnaissance des amateurs de littérature comparée. 1 0 5 . — Tableau chronologique et alphabétique des principaux événements de l'histoire du monde, par Alfred Dantès. Paris, Boyer, 1875. Gr. in-8*, 2 col., loj p. Ce petit ouvrage donne d'abord la liste, année par année, des principaux événements depuis « la création du monde » jusqu'en 1874; les mêmes événe- ments sont ensuite rangés par ordre alphabétique d'après leurs traits les plus saillants. Une liste aussi courte est nécessairement bien sommaire ; cependant, " • pour aider la mémoire et faciliter certains points de vue d'ensemble, elle peut n'être pas inutile. Elle paraît dressée avec assez de soin, notamment pour la partie nécrologique. L'auteur annonce un Dictionnaire biographique et bibliographique des hommes les plus remarquables dans les lettres, les sciences, les arts, qui semble fait sur un plan commode. 106. — Das Volksschauspiel Doctor Johann Faust. Mit geschichtlicher Ein- leitung und einem Verzeichniss der Literatur der Faustsage von 1510 bis Mitte 187J. Herausgegeben von Cari Engel. In-12. Oldenburg. 1874. Druck und Verlag der Schulzeschen Buchhandlung. — Prix : 3 fr. 80. Ce petit livre comprend trois parties distinctes d'inégale longueur et d'impor- tance non moins inégale, mais auxquelles l'éditeur a eu le tort, je crois, de don- ner une pagination différente : 1° une introduction (p. 1-40) où sont passés en revue les témoignages contemporains relatifs à l'existence d'un personnage his- torique du nom de Faust ; 2° le drame populaire du xvi® siècle précédé d'un prologue (1-47); 3° un catalogue de tous les écrits dont la légende a été l'objet ou l'occasion depuis 15 10 jusqu'en 1873 (p. 1-95). On le voit, cette publication J50 ^'t H;. REVUE CRITIQUE n'a de commun avec celle de Simrock, qui l'a précédée de deux ans seulement, que le Puppenspiel; elle est ainsi loin de faire double emploi avec le livre du cé- lèbre germaniste. Le Faust historique par lequel s'ouvre l'ouvrage de M. C. Engel n'est, comme le nom l'indique, rien moins qu'une paraphrase ou un extrait de la légende po- pulaire bien connue; c'est un essai, sinon pour refaire, à l'aide des témoi- gnages du temps, l'histoire véritable de Faust, du moins pour découvrir, sous le héros fabuleux du Volbbuch, le personnage réel qui s'y cache ou y a donné naissance. Simrock avait aussi entrepris cette recherche à la fin de son Faust, et il était arrivé à cette conclusion que le héros de la légende n'était autre que l'inventeur de l'imprimerie, transformé en magicien par l'imagination popu- laire. M. Engel ne partage point cette opinion et il étudie la question à un tout autre point de vue ; s'appuyant exclusivement sur les témoignages que lui offre le commencement du xvi^ s., il admet comme prouvé que Faust était un charla- tan ou un imposteur, contemporain de la réforme, et parvenu à la célébrité grâce à son habileté dans la magie. Cette conclusion ne saurait satisfaire ; et quelque valeur que puissent avoir les témoignages qui sont ici rassemblés, ils ne suffisent point pour établir d'une manière certaine et définitive la naissance de la légende telle que nous la connaissons, encore moins pour en expliquer le caractère si souvent antique. M. Engel ne répond pas d'ailleurs aux diverses objections que soulève la question. Y a-t-il eu plusieurs Faust.'' Quel était, en particulier, le personnage dont le charlatan du xvi^ siècle se donnait pour le disciple ou le successeur, quand il prenait le nom de F ausîus junior? De tout cela pas un mot. Il y a là évidemment, dans l'explication qui nous est proposée, une lacune qu'on regrette que l'auteur n'ait point essayé de combler. On est mieux renseigné sur l'origine et l'histoire du drame populaire, et l'édition qui nous en est donnée par M. Engel, faite d'après l'unique manus- crit contemporain, doit être pour nous la bienvenue. Si sous cette forme, en effet, ce drame présente parfois moins d'intérêt tragique que dans la rédaction de Simrock, il est, du moins dans sa première partie, plus complet, et il y a un intérêt véritable à comparer les deux textes. C'est là surtout, avec la notice bibliographique soigneuse qui le termine, ce qui fait le mérite du livre que nous annonçons. *»» 107. — Histoire des progrès de la Géographie de 1857 à 1874, par E. CoRTAMBERT. Parls, Paul Dupont. 1875. Gr. in-8% 142 p. Cet opuscule est destiné à compléter , en la mettant au courant des récents travaux, une édition précédemment publiée de la géographie de Malte-Brun. Il est divisé en trois parties: 1° Voyages, découvertes, travaux géographiques et topographiques, communications générales du globe; — 2" Mouvement de la littérature géographique; — 3° Nécrologie géographique. C'est un résumé du mouvement géographique dans ces dix-sept dernières années. L'auteur voulant éviter tout développement, l'a rédigé dans une forme succincte qui est presque celle d'un mémento. Sa notice contient de la sorte un grand nombre de faits et d'histoire et de littérature. 351 d'indications, mais nous croyons que l'auteur l'eût rendue d'une utilité plus pratique en donnant des renseignements bibliographiques sur tous les ouvrages qu'il signale ■ . SOCIÉTÉS SAVANTES. ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. Séance du 2 1 mai 1 87 5 . Le ministre de l'instruction publique transmet à l'académie la photographie d'un objet employé comme amulette dans les pays barbaresques, envoyée par M. Cherbonneau, une collation du texte des Gesta Francoram, faite à Rome par M. L. Clédat, envoyée par M. A. Dumont, et de nouveaux estampages envoyés par M. de S'" Marie. — Un grand nombre d'ouvrages sont adressés à l'académie : beaucoup sont en danois et viennent de Christiania. M. Ravaisson présente de la part de M. le D'" Schliemann une traduction anglaise de son livre sur les antiquités de Troie. Cette traduction contient des gravures, une carte et plusieurs plans qui n'étaient pas dans l'édition originale. M. Ravaisson ajoute que depuis la publication des découvertes de M. Schliemann le nombre des personnes qui ont adhéré à ses conclusions n'a fait qu'augmenter. Il rappelle le dévouement dont il a fait preuve dans la recherche des antiquités troiennes, et insiste sur la reconnaissance qui lui est due. — M. Schliemann, présent à la séance, reçoit les remerciements que lui adresse M. le président Alfred Maury au nom de l'académie. M. de Longpérier communique au nom de M. Abadie les premiers résultats des fouilles faites à Montmartre à l'occasion des travaux entrepris pour la construction de l'église du Sacré Cœur. On a trouvé un cimetière du 1 3^ ou du 14* s., dans lequel à côté des cadavres étaient de petits pots à encens en terre jaune ornés de stries rouges, en usage à cette époque, et plus bas d'autres sépultures, qui remontent à l'époque mérovingienne. Dans ces dernières ont été trouvées des boucles de ceinturon d'un travail germanique, une pièce de monnaie de l'impératrice Sabine, femme d'Hadrien, et des boucles d'oreille en or, dont l'une présente le dessin le plus élégant : M. de Longpérier met ces objets sous les yeux des membres de l'académie. M. Desjardins lit un mémoire sur les inscriptions du corps de garde de la 7® cohorte des vigiles de Rome, qui ont été découvertes il y a quelques années et publiées par M. Henzen dans le Bulletin de l'institut de correspondance archéologique de Rome en 1 867 et 1 874. Les vigiles, corps de pompiers et de gardes de police institué par Auguste, formaient 7 cohortes dont chacune sur- veillait deux des 14 régions de la ville; il y avait un corps de garde, excubito- rium, dans chaque région. C'est du corps de garde de la région du Transtévère, I. Il n'est pas exact de dire que a M. Bœckh a fait une carte ethnographique et lin- » guistique (Sprachkarte) de PAllemagne » (p. 55). M. C. confond ici M. Bœckh avec M. Kiepert. M. Bœckh n'a fait qu'un ouvrage sur la statistique des populations de langue allemande en Europe et une carte linguistique de Prusse. 3 52 REVUE CRITIQUE D'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. Tune de celles que surveillait la -]" cohorte, que proviennent les inscriptions en question. Ce sont des graffiti écrits par les soldats eux-mêmes. Presque tous ont pour objet de constater que celui qui l'écrit a fait, pendant tel mois, un service indiqué par les mots sebaciaria feciî ; quelquefois celui qui a fait ce service se désigne lui-même par le terme de sebaciarius. Ce mot vient évidemment de sébum, s.uif. M. Henzen, s'appuyant sur des mentions obscures contenues dans deux ou trois de ces inscriptions, a cru que le service des sebaciaria consistait dans l'obligation où auraient été alternativement les soldats de fournir à leurs frais le suif pour les luminaires nécessaires au service du poste. M. Desjardins ne le pense pas. Il fait remarquer que la mention du service fait par tel ou tel est fréquemment accompagné de remarques telles que les suivantes : omnia Ma, sine querela, ce qui indique que le sebaciarius veillait sur l'ordre public; felicis- sime, féliciter, ce qui montre que ce service n'était pas sans difficulté; saluis com- manipulis suis, d'où il résulte que celui qui le faisait conduisait une petite troupe d'hommes sur la sécurité desquels il devait veiller. A leur tour ceux-ci devaient le protéger, car le service était dangereux : l'auteur d'une de ces inscriptions, ayant fmi son mois, adresse ses remercîments au génie du corps de garde et à ses compagnons, genio escubitori et ceomanipulis suis. On voit aussi un sebaciarius se plaindre de la fatigue : « Fufius Getulicus dicit : Lassus sum , successore[ra » date]. » De ces détails et de quelques autres M. Desjardins conclut que le service des sebaciaria devait consister à conduire les patrouilles nocturnes. Le 'nom viendrait de ce que ces patrouilles portaient pour éclairer leur chemin des torches ou flambeaux de suif. C'est ainsi qu'aujourd'hui encore en certains pays on dit souvent « Voici le falot » pour « Voici la patrouille ». M. le président signale à l'académie la perte qu'elle a faite d'un de ses corres- pondants en la personne de M. Eichhofî. M. Renan offre de la part de M. Pricot de S'^ Marie une brochure sur l'Her- zégovine. Il rappelle à cette occasion les services que M. de S'* Marie rend à l'académie par ses nombreux envois d'estampages ; le nombre des inscriptions puniques dont on lui doit la connaissance approche de deux mille. M . Aube termine la lecture de son mémoire sur le martyre de S^^ Félicité et de ses sept fils. Il ne pense pas que les actes de ce martyre tels qu'ils nous sont parvenus soient authentiques. Il ne conteste pas l'interrogatoire des huit accusés, auquel il reconnaît un caractère de vérité. Mais les autres détails du récit sont à son avis fabriqués après coup : il signale comme particulièrement invraisem- blable la mention d'une émeute des pontifes qui aurait forcé l'empereur et le préfet de la ville à sévir contre la famille de Félicité. Il ne pense pas en tous cas que l'exécution de Félicité et de ses fils ait eu lieu au temps de Marc Aurèle comme le voulait M. de Rossi. S'il fallait fixer une autre date, il préférerait indi- quer les premières années du 5® siècle. M. Boutaric commence la lecture d'un mémoire sur les origines du régime féodal et particulièrement sur l'immunité. Julien Havet. Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. formen. Gœttingen, Vandenhœck u. Ruprecht. ln-8% iv-207 p. (bon dictionnaire des difficultés de la langue latine). Philosophische Monatshefte. Leipzig. 1875. Tome XI, jMivraison, Questions religieuses. Analyse du livre de Hartmann : La Destruction spon- tanée du, Christianisme et la Religion de l'avenir. — Hûber, prof, à Munich : La (Question religieuse : contre E. de Hartmann, au point de vue théiste et chrétien. Philosophie de l'Histoire. R. Flint, prof, à Saint-André (Ecosse). Philoso- phie de l'Histoire en Europe, t. I, contenant seulement la France et l'Allemagne, du XVI* au xixe siècle, de Bodin à Comte et à Michelet, de Leibniz à Lazarus et à Lotze. Psychologie. Franz Brentano, prof, à l'Univ. de Vienne. La Psychologie au point de vue empirique, t. I. De la méthode en psychologie : Classification des phénomènes psychiques. Fragments sur l'Étude de la science de l'Homme, de la Société et de l'État (W. Dilthey). — Bibliographie et renseignements. Nordisk Tidskrift for Filologi og Paedagogik. Ny Raekke. 2 Bd, 1 . Haefte. Contribution à l'étude de VUmlaut en i, principalement à l'époque antérieure à la séparation des langues germaniques (Leffler). — Les flexions verbales en grec (d'après Curtius, par Knôs). — Revues. Motte, Étude sur ^Marcus Agrippa (L. U.). — Varia. Travaux publiés dans les programmes de -diverses écoles en 1874 C^- ^O- — Notes étymologiques (Steffenson). — In "'^Lucianum (Gertz). — Nécrologie. Cari August Walberg (C). Bibliographia Critica de Historia e Litteratura , publ. p. A. COELHO. Fasc. XI-XII. Cancionero de Lope de Stdniga. — Le livre de Ferdinand Colomb, par d'AvEZAc. — Rom.ancero del Cid (Ed. Carolina Michaelis), — Documents pour servir à l'étude des dialectes roumains, par E, Picot. — Zur Katharinenlegende, von A. Mussafia. — Beitrag zur Kunde der norditalischen Mundarten im xv. Jahrh., von dems, — Li dis dou vrai aniel, von A. Tobler. — Dictionnaire d'Étymologie française, par A. Scheler. (Beaucoup des articles de cette revue sont des reproductions d'articles de la Revue critique.) h: La Hivista Europea, Mars 1875. R. Pareto, Roma e l'agro romano. — Lettere inédite di F. de Boni. — La Chiesa e lo stato in Italia (fin). — Patuzzi, Cesare Bettoloni (suite). — Revue de l'instruction élémentaire et secondaire en Italie (C. Rosa). — Notices littéraires et bibliographiques françaises, italiennes et slaves. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES, ■ - AVIS. — On peut se procurer à la librairie A, Franck tous les ouvrages annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en -'magasin. ■■ ^^^/^-i ^ -^Abhandlungen, sprachwissenschaftliche. '^''' Hervorgegangen aus G. Curtius' gram- matischer Gesellschaft zu Leipzig, ln-8*, 175 S. Leipzig (Hirzel). 5 fr. 35 JEneee commentarius Poliorceticus rec. A. Hug. In-S", xij- ner). S. Leipzig (Teub- 2 fr. Althaus (E.). Quaestionum de Julii Pollu- cis fonlibus Spécimen* In-8*, 40 S. Ber- lin (Weber). i fr. $0 Amira (K. v.). Erbenfolge u. Verwandt- sthafts-Gliederung nach den Alt-Nieder- deutschen Rechten. In-8', x-22 5 S. Mùnchen (Ackermann). 6 fr. 50 Aristoteles' Werke. Griechisch und Deutsch u. m. sacherkla;r. Anmerkgn. 4. Bd. Aristoteles ùb. die Dichtkunst. - Hrsg. V. D' F. Susemiiil. 2. Aufl. In-8', . xxxvj-313 S. Leipzig (Engelmann). 5 fr- 5 5 Bailleu (P.). Quomodo Appianus in bel- lorum civilium libris II-V usus sit Asinii Pollionis historiis. In-S", 54 p. Berlin (Weber). i fr. 50 Benfey (T.). Einleitung in d. Grammatik der vedischen Sprache. i. Abhandlg. Der Samhitâ-Text. In-4*, 40 S. Gœttingen (Dieterich). 2 fr. 2j Ueber die indogermanischen Endungen ' d. Genetiv Singularis îans, îas, îa. In-4*, 61 S. Gœttingen (Dieterich). 3 fr. 2$ Bernard (E.). William Langland. A grammatical treatise. In-8*, 94 S. Bonn (Strauss). 2 fr. 75 Blass (F.). Die attische Beredsamkeit. 2. Abth. Isocrates u. Isaios. In-8*, 550 S. Leipzig (Teubner). 18 fr. 75 Bluhme (F\). Die gens Longobardorum. 2. Hft. Ihre Sprache. In-8°, vj-54 S. Bonn (Marcus). 2 fr. Brugsch-Bey (H.). Histoire d'Egypte. I" partie. 2' édit. In-8°, 180 p. Leipzig (Hinrichs). 6 fr. Déservillers (De). Du personnage d'Hil- debert, son origine, ses relations avec le Vendômois. In-8°, 12 p. Angers (imp. Lachèse, Belleuvre et Dolbeau). E'wald (P.). Walram v. Naumburg. Zur Geschichte d. publicist. Literatur d. XI. Jahrh. In-8*, 86 S. Bonn (Strauss). 2 fr. 75 Garcin de Tassy. La langue et la litté- rature hindoustanies de 1850 à 1869. 2« éd. In-8°, 494 p. Paris (Maisonneuve et C-). Gidel (C.). Histoire de la littérature fran- çaise, depuis son origine jusqu'à la Re- naissance. Petit in-12, 476 p. Paris (Lemerre). 2 fr. 50 Hoefer (F.). Histoire des mathématiques, depuis leurs origines jusqu'au commen- cement du XIX« siècle. In- 18 Jésus, iij- 606 p. Paris (Hachette et G*). 4 fr. Italia. Hrsg'. v. Hillebrand. i. Bd. viij- 324 S. Leipzig (Hartung et Sohn). 10 fr. 75 Kaulich (W.). System der Metaphysik. In-8*, xiv-470 S. Prag (Tempsky), io fr. 75 Klein (J. L.). Geschichte d. Drama's. II. Bd. I. Abth. In-8°. Leipzig (T. O. Weigel). 14 fr. 75 Les tomes I à XI. 1" partie. I99f. 15 Loubers (H.). Quid de forensi eloquentia senserit Antonius Loysellus. Dissertatio academica. In-8°, 7^ p. Paris (Thorin). Maillard (A.). Histoire de la littérature française depuis les origines jusqu'au XIX" siècle. 2" éd. revue et corrigée. ln-8*, 187 p. Dresde (Schœnfeldj. 2 f. 75 Michelet (J.). Histoire de France. Nou- velle édition revue et augmentée. T. 12 à 17 (fin). In-8*, 2064 p. Paris (Lib. internationale). Chaque volume. 6 fr. Rapports au ministre sur la collection des documents inédits de l'histoire de France et sur les actes du comité des travaux historiques. In-4% 188 p. Parii (Imp. nationale). Scherer (W.). Vortraegeu. Aufsaetze zur Geschichte d. geistigen Lebens in Deutsch- land und Œsterreich. In-8*, vj-43 1 S. Berlin (Weidmann). 10 fr. 75 Spiegel (F.). Arische Studien. i. Hft. In-8°, 192 S. Leipzig (Engelmann). 5 fr. ■Volkmann(R.). D. Rhetorikd. Griechen u. Roemer in systematischer Uebersicht dargestellt. 2, durch Berichtiggn. und Zusaetze verm. Ausg. In-8', viij-508 S. Leipzig (Teubner). 13 fr. 35 "Wecklein (N.). Studien zu Euripides. Mit e. Anhang zu yEschylus, Sophokles u. den Bruchstùcken der griech. Tragi- ker. In-8', 142 S. Leipzig (Teubner). 5 fr- 3 5 "White (J.). Te Rou; or, the Maori at Home: a Taie exhibiting the Social Life, Manners, Habits, and Customs of the Maori Race in New Zealand prior to the Introduction of Civilisation amongst then. In-8°, cart. 342 p. London (Low). I 3 fr. I $ Zonarae (J.) epitome historiarum. Cum C. Ducangii suisque annotationibus éd. L. Dindorfius. Vol. V. In-8*, 303 p. Leipzig (Teubner). 4 tr. Les J volumes. 21 fr. Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur. N' 23 Neuvième année. 5 Juin 1875 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE RECUEIL HEBDOMADAIRE Ï'UBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÊAL, G. MONOD, G. PARIS. Secrétaire de la Rédaction : M. Stanislas G u yard. Prix d'abonnement : Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus suivant le pays. PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 67, RUE RICHELIEU, 67 Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). ANNONCES En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 67, rue de Richelieu. BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES 22e FASCICULE. Lire OT IhÎII^Ç ^^ Philippe. Poème en vers politiques de tl"^ r l_i JZ/ U r\0 Philippe le Solitaire, publié dans le texte pour la première fois, d'après six mss. de la Bibliothèque nationale, par l'abbé E. Auvray, licencié ès-lettres. î f"*- 75 COLLECTION PHILOLOGIQUE (ANCIENNE SÉRIE) 5e FASCICULE. JL-i • tv 1 1 1 r_i tv Les noms de famille. 3 fr. 50 G-pv A Q T Q Les Contes orientaux dans la littérature française du • Jr r\ Iv 1 O moyen-âge. Broch. in-8°. i fr. En vente à la librairie Lippert, à Halle, et se trouve à Paris, à la librairie A. Franck (F. Vieweg propriétaire), 67, rue Richelieu. H^ ^ Tjr T T /-^ TT A o T~\ '"p Ritomell und Terzine. In- . oUn U L-ii ArvU I 40. iofr.75 PÉRIODIQUES. K.i'if -fn. -*;■■*■ The Academy, N" 1 58, new séries, 1 5 mai. W. Farquhar Hook, Lives of the Archbisiiops of Canterbury. Vol. X. London, Bentley and Sons (M. Crei- ghton). — The Black Book of the Admiralty : Appendix. Part III. Ed. by sir Travers Twiss. London, Longmans and Co. and Trùbner (J. Westlake). — Atkinson, History of Cleveland, Ancient and Modem. Vol. I. London, Simpkin, Marshall and Co. (J. J. Cartwright). — C. F. Allen, De Tre Nordiske Riges Historié, under Kong Hans, Christian II, Frederick I, Gustav Vasa, etc. 1497- 1 536. Kjœbenhavn (E. C. Otté : l'auteur, mort aujourd'hui, a écrit un intéres- sant volume, dans la manière de Macaulay, sur cette période de l'histoire de Scandinavie). — Minor historical Books (notes de l'éditeur sur les ouvrages suivants : Life and Times of Alexander 1, Emperor of Ail the Russias, by Joyne- ville; The Duke and the Scholar (le duc de Luynes et Huillard-Bréholles), by Oliphant; Summary of Modem History, by Michelet; Saint-Ewen : Bristol and the Welsh Border, 577-926; History of Gustavus Adolphus, by Cronholm), — Notes and News. — Notes of Travel. — Heinrich Ewald (notice nécrol. : T. K. Cheyne). — Mr. Carlyle's Portrait of John Knox. — New York Letter (nouvelles litté- raires : J. L. Gilder). — Correspondence. The Association to protect the rights of Authors (MoY Thomas). — « Pepys' Diary» (Bickers and Son; Mynors Bright). — Lenormant, La Magie chez les Chaldéens et les Origines Acca- diennes. Paris, Maisonneuve (A, H. Sayce : art. très-élogieux). — Science Notes. Philology (nouveaux résultats acquis à la science par la brochure de M. Euting: Sechs Phônikische Inschriften; appréciation peu favorable, et c'est justice, de la brochure de M. Hyde Clarke, intitulée : Researches in prehistoric and protohistoric Comparative Philology, etc.). — Meetings of Societies (Soc. des antiquaires, d'ar- chéologie biblique,' de philologie). The Athenseum, N° 2481, 15 mai. Malleson, A Historical Sketch of the Native States of India. Longmans and Co. (sans valeur). — Bossuet and his Contemporaries. Rivingstones. — Gairdner, Epochs of History. — The Houses of Lancaster and York, w^ith the Conquest and Loss of France. Longmans and Co. (excellent ouvrage classique). — « The Interior of New Guinea » (Hyde Clarke; F. T. Pratt Barlow). — Prof. Ewald (not. nécrol.). — Literary Gossip. — Societies (Inst. archéologique. Soc. de Philologie). — The Rock Edicts of Asoka (A. Cunningham : annonce qu'il a rapporté de Pinde des reproductions complètes et fidèles des inscriptions d'Asoka). — Miscellanea. Kemps (A. Hall). liiterarisches Centralblatt, N°2i, 22 mai. Hertzberg, Der Untergang des Hellenismus. Halle, Buchh. d. Waisenhauses. In-8°, viij-57! p. (bon ou- vrage). — Kleine Denkmaeler aus der Merovinger Zeit. Herausg. v. Arndt (cf. Rev. crit., 1874, II, p. 230). — Stumpf-Brentano, Die Wirzburger Im- munitset-Urkunden des x. u. xi. Jahrh. Innsbruck, Wagner'sche Univ. -Buchh. In-8°, 76 p. (l'auteur démontre que ces diplômes sont faux). — Deutsche Reichs- tagsakten. 2. Bd. Hrsg. v. Weizs^cker. Mûnchen, Oldenbourg. In-4'', xx- 544 p. (on ne reproche à cet excellent ouvrage que l'absence d'un glossaire des mots moyen-haut-allemands; ce second volume embrasse en effet les années 1 388-1 397). — L0EHNIS, Drei Monate im Orient. London, Siegle. In-8°, xv- 2C)8 p. — ScHwEWFURTH, Im Herzen von Africa. Leipzig, Brockhaus. In-8°, xiv-599; xiv-561 p. — Prokesch-Osten, Nilfahrt bis zu denzweiten Katarak- ten. Leipzig, Brockhaus. In-S", xiv-584 p. (destiné à servir de guide aux voya- geurs en Egypte). — Marno, Reisen im Gebiete des blauen u. weissen Nil. Wien, Gerold's S. In-8°, viij-520 p. Jenaer Literaturzeitung, 1875, n° II, 13 mars. Ritschl, Die christlische Lehre von der Rechtfertigung und Versœhnung. Bd. III. Bonn, Marcus. In-8°, REVUE CRITIQ^UE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE N* 23 — 5 Juin — 1875 Sommaire : io8. De Kbemer, Histoire de la Civilisation musulmane, t. I. — 109. Ebert, Histoire de la littérature latine chrétienne. — 110. Zupitza, Manuel du vieil anglais; WUlker, Chrestomathie paléo-anglaise, i''" p. — in. Reclus, Nou- velle Géographie universelle, fasc. i et 2. — Correspondance : Lettre de M. G. d'Eich- thal à M. Vidal-Lablache. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions. 108. — Culturgeschlchte des Orients unter den Ghalifen, von Alfred von Kremer. Erster Band. Wien. 1875. 1 vol. in-8*, x-547 p. — Prix : 16 fr. L'histoire de la civilisation musulmane, pour laquelle tant de matériaux im- portants ont été réunis depuis un demi-siècle, n'avait pas été jusqu'à présent étudiée dans son ensemble. Nous possédons, il est vrai, d'estimables travaux sur les origines de l'islamisme, sur la vie et le génie de son fondateur, sur les légis- lations et les principaux monuments littéraires des peuples soumis au Koran, mais la philosophie de leur histoire était encore à faire. C'est la tâche que vient d'entreprendre un savant orientaliste préparé à cette œuvre difficile par un long séjour en Orient et par l'étude de ses principaux historiens. Hors du cercle de nos travaux, la société musulmane du moyen-âge est restée ignorée ou méconnue, ou pour mieux dire, les préventions de l'esprit de secte et les fausses spéculations du xviii'' siècle en ont laissé une image infidèle qui persiste malgré les progrès des recherches historiques. On risque de passer pour un esprit paradoxal, si l'on prétend que le foyer de la civilisation au ix^ siècle était à Bagdad ; on provoque un sourire incrédule, si l'on cherche à démontrer que le Khalifat arabe avait alors sur le monde occidental l'avantage d'une orga- nisation politique plus vigoureuse, d'une administration plus régulière, que la société arabe l'emportait sur la société féodale par sa culture intellectuelle, par la largeur et l'indépendance de ses conceptions. Rien cependant n'est plus in- contestablement établi par le dépouillement de ces immenses archives historiques et littéraires dont les meilleurs documents ont passé des medressèhs d'Orient dans nos bibliothèques. Dès l'année 835, un disciple de l'école Moutazalite (rationa- liste) posait en axiome «que le doute est la base de l'investigation scientifique. « Vers la même époque, les écoles juridiques de Bagdad discutaient et adoptaient des principes tels que ceux-ci : « L'aveu, s'il est obtenu par l'emploi de la force, » n'est pas recevable en justice. — Nul ne peut être privé de sa liberté sur une » simple présomption de culpabilité. — La vie de l'infidèle et de l'esclave est » aussi précieuse que celle du vrai croyant. » Ni les caprices du despotisme, ni les déchirements intérieurs des sectes religieuses n'avaient eu encore de prise sur le beau système de gouvernement établi par les premiers Omayyades et développé par les princes de la dynastie d'Abbas. Des routes partant du cœur de l'empire et allant d'une part jusqu'aux frontières de l'Inde et de la Chine, de XV 2? 354 REVUE CRITIQUE l'autre jusqu'au Sahara et à l'océan Atlantique assuraient un cours régulier à la levée des impôts, aux mouvements de troupes, au pèlerinage et au commerce. Un système de centralisation aussi savant mais moins formaliste que le nôtre reliait toutes les provinces à la capitale et étendait l'action du pouvoir régulateur jusque dans les plus petites bourgades. Une police vigilante protégeait la sécu- rité des citoyens et assurait la loyauté des transactions commerciales. Tel est, pour s'en tenir aux traits principaux, le tableau que présente l'empire d'Orient principalement sous Haroun Ar-raschîd et Mamoun ; il était bien fait pour attirer l'attention d'un penseur et d'un écrivain exercé comme l'est l'auteur de la Culturgeschichte. Disons en quelques mots comment il a compris cette tâche séduisante mais ardue. Le premier chapitre résume à grands traits le règne des quatre khalifes orthodoxes ou, selon l'heureuse expression de l'auteur, la période patriarcale. On voit le principe du suffrage populaire se combiner dans l'élection de ces princes avec l'ancienne théorie de la suprématie d'âge (Senoriatsidee). La sou- veraineté se présente à ses débuts avec un caractère plus religieux que laïque. L'idée de la séparation entre l'Église et l'État n'a jamais été et ne pouvait pas être une conception sémitique. Le khalife, c'est-à-dire le vicaire du Prophète exerce son double pouvoir sous le titre de Prince des Croyants (Emir el-moumi- nîn) et d'imâm « chef de la prière. « Mais la théorie de la légitimité, de la trans- mission héréditaire n'ayant jamais été acceptée franchement par la nation, le principe opposé, celui de l'élection, s'étant maintenu, un germe de mort s'intro- duit dès l'origine dans cette charge suprême et il ne tardera pas à exercer une influence funeste sur les destinées de l'empire musulman. Le chapitre III décrit les premiers tâtonnements de l'administration khalifale; il signale les emprunts faits aux institutions étrangères, surtout à celles de la Perse et de Byzance. L'idéal d'un état démocratique et socialiste domine encore les réformes les plus impor- tantes. Omar, le véritable fondateur de la première civilisation arabe, a sans cesse cet objectif sous les yeux et cherche à le faire prévaloir dans le nouvel ordre de choses. Le trésor appartient à la communauté religieuse oummet; les dépenses nécessaires, la solde des troupes, le paiement des fonctionnaires, etc., une fois prélevées, toutes les sommes provenant de l'impôt et de la conquête doivent être distribuées au peuple, depuis les descendants du Prophète qui reçoivent la plus forte part, jusqu'au plus humble affranchi. Le recensement fait avec tant de soin par ce khalife a surtout pour but de régulariser le partage des revenus de l'État entre tous les ayants-droit. Le même prince divise ses sujets en deux grandes catégories : les tribus arabes forment une caste privilégiée qui seule a le droit de porter les armes et de combattre pro aris etfocis. La popula- tion des pays soumis à l'islamisme, celle qui a conservé son culte local moyen- nant une redevance annuelle, forme la deuxième classe, celle des laboureurs et des marchands. C'est elle qui nourrit l'État et alimente le trésor, tandis que la classe privilégiée n'a d'autres soins que de défendre la religion nouvelle et de la propager par la conquête et la prédication. Nous voudrions pouvoir suivre pas à pas l'intéressant exposé de l'administra- d'histoire et de littérature. 355 tion sous les Omayyades et les Abbassides, mais il est bien difficile de résumer en quelques lignes des pages aussi substantielles. Contentons-nous d'indiquer parmi les morceaux les plus dignes d'attention le sixième chapitre qui traite de l'organisation militaire depuis les premières conquêtes jusqu'à l'asservissement des khalifes par les maires du palais émir el-omera. On y verra avec quelle habi- leté les Arabes, comme autrefois les Romains, ont su s'assimiler la tactique et l'armement qu^ils trouvaient chez l'ennemi et ont réussi ainsi à le combattre avec ses propres armes. Dans le chapitre VII, le système financier est étudié jusque dans ses moindres détails. Pour la première dynastie, il est vrai, les documents font défaut et il faut se contenter de quelques aperçus donnés en passant par les chroniqueurs. En revanche, pour la période des Abbassides, nous possédons trois rôles d'impôts, de provenance certainement officielle, qui nous font con- naître les ressources de l'État au viii^ et au ix® siècle , les redevances en numé- raire et en nature de chaque province, le cadastre financier et les rendements des départements les plus importants, comme la Mésopotamie (Smra^), etc. M. de K. a soumis ces états à un contrôle rigoureux et a su en tirer une éva- luation aussi exacte qu'elle peut l'être, étant données les incessantes variations de la monnaie d'or et d'argent (dinar et dirhem) à cette époque. Dès le chapitre suivant « L'organisme de l'État » nous quittons le terrain des faits pour rentrer dans celui de la théorie. C'est à Mawerdi, légiste et économiste distingué, que sont empruntées les principales définitions des fonctions publiques. Ce savant écrivain nous révèle le caractère propre, les attributions spéciales de la hiérarchie administrative, depuis le vicaire de Mahomet jusqu'au dernier em- ployé de la police. Certainement la réalité s'éloigne ici de la théorie fondamen- tale, et l'histoire donne de trop fréquents démentis aux règles étabhes par Ma- v/erdi ; mais il n'en est pas moins intéressant de connaître l'idéal qu'on se faisait alors du mécanisme gouvernemental. Signalons enfin le dernier chapitre « Das » Recht « où les principes des quatre écoles de droit sont exposés avec beau- coup de précision et de lucidité. Comme l'auteur, nous donnons la préférence à l'école Hanéfite qui, mieux que ses rivales, a su s'élever au-dessus de la lettre de la loi et donner aux préceptes du Koran et des traditions l'interprétation la plus libérale. Le deuxième et dernier volume auquel l'auteur consacre tout le temps que lui laissent ses fonctions administratives, traitera spécialement de la loi religieuse, du culte, de l'organisation de la famille, de la société dans ses manifestations religieuses et civiles. Nous espérons qu'il y sera fait une large part à l'étude des sectes indépendantes et à celle du mouvement littéraire sous les premiers Abbas- sides. On sait combien l'influence des idées aristotéliques et néo-platoniciennes a été forte à cette époque et combien elle a développé l'essor de la libre recherche et de la spéculation philosophique. Le m" et le iv^ siècle de l'hégire brillent d'un éclat passager mais vif qui illumine tout un côté presque ignoré du génie musul- man; on ne saurait donc trop insister sur ce point. L'ouvrage de M. de K. a provoqué, paraît-il, d'assez vives critiques. Nous n'avons pas à rechercher pourquoi un travail publié à Vienne rencontre aujour- d'hui de nombreux contradicteurs surtout dans l'Allemagne du Nord. Il se peut 356 REVUE CRITIQUE que certains détails secondaires, quelques dates, quelques noms propres soient sujets à caution : c'était chose inévitable dans un livre qui traite de tant de sujets divers, qui remue tant d'idées et de faits. Nous-même nous pourrions y signaler quelques défauts de proportion. Par exemple, le récit trop romanesque de la mort de Mahomet (p. i à 4). Le chapitre second « Das stâdtische Leben » avec ses jolies anecdotes tirées àeVAghani, est ici un hors-d'œuvre ; ou plutôt, d'après le plan annoncé dans l'Avant-propos, il serait mieux à sa place dans le deuxième volume. Enfin la topographie de Damas et la description d'un intérieur arabe présentent aussi quelques longueurs. Mais ce sont là des fautes vénielles. Quant aux idées générales, aux déductions que l'auteur tire des chroniques et des documents officiels, elles nous paraissent inattaquables. Nous attendrons la publication du tome II pour porter un jugement définitif sur une œuvre aussi vaste, mais nous avons tout lieu de croire qu'elle sera dans son ensemble digne de l'attention des penseurs et des érudits. M. de K. aura eu le rare mérite de dégager la loi scientifique des faits présentés sans élévation ni critique par les historiens et de fournir ainsi à l'histoire de la civilisation de l'ancien monde un document aussi sûr, aussi complet que le comporte l'état actuel de la science. Barbier de Meynard. 109. — Geschichte der christlich-lateinischen Literatur von ihren Anfaengen bis zum Zeitalter Karls des Grossen, von Adolf Ebeut. Leipzig, Vogel, 1874, in-8«, xij-624 p. — Prix : 16 fr. Ce livre est comme l'introduction d'une œuvre beaucoup plus considérable qui depuis longtemps occupe M. Ebert: il se prépare à nous donner une histoire générale de la littérature du moyen-âge dans les contrées de l'Occident. C'est une grande entreprise, qui demande un travail immense, et qu'au témoignage des savants compétents il est plus capable d'accomplir que personne. Il lui a semblé qu'une œuvre de ce genre devait être précédée d'une étude sur la littérature latine chrétienne depuis ses débuts jusqu'à Charlemagne. C'est là, en effet, que la littérature du moyen-âge a ses racines, et l'on ne peut se flatter de la com- prendre et de la connaître qu'en voyant d'où elle est sortie. L'ouvrage de M. Ebert commence par des considérations générales sur l'état du monde romain au moment où parut le christianisme. Il y montre avec beau- coup de force que, par un malheur inévitable, les progrès accomplis dans la morale publique, et dont tous les honnêtes gens se félicitaient, s'étaient tournés contre la sécurité de l'empire. La philosophie avait répandu l'idée de la fraternité universelle (universi generis humani societas), et cette idée s'était bientôt insinuée dans la législation et les habitudes. Le droit de cité avait été accordé à tous les peuples de l'empire ; Rome d'abord, puis l'Italie avaient cessé de posséder aucun privilège. C'était assurément un grand progrès, auquel applaudissaient les esprits généreux; mais à mesure que s'étendait la patrie le patriotisme diminuait. Quand la cité, fondement des sociétés anciennes, s'effaça devant l'humanité, l'énergie du sentiment national fut affaibli. En même temps l'émancipation graduelle de la femme, du fils, de l'esclave, brisaient peu à peu le cadre de la famille antique. Les anciennes inégalités sociales ayant été aplanies par l'empire, l'aristocratie, d'histoire et de littérature. 3 57 en qui le pouvoir résidait autrefois, disparut. On la remplaça par une sorte de monarchie bureaucratique et administrative, qui était faite pour donner au gou- vernement du monde une régularité mécanique, mais qui ne créait pas des forces vives pour résister aux Barbares. C'est au milieu de cette société en décadence que débute brusquement et par des œuvres éclatantes, vers la fin du second siècle, cette littérature chrétienne, dont M. Ebert veut nous raconter l'histoire. Il a divisé son sujet en trois périodes qu'il étudie successivement. La première s'étend depuis le second siècle jusqu'à Constantin ; c'est l'époque où se forme la littérature latine chrétienne. Cette littérature ne commence pas tout à fait comme les autres; elle ne connaît pas d'abord, au moins en ce qui concerne la prose, de tâtonnements et d'indécisions, et débute par deux chefs-d'œuvre : ce sont VOctavius de Minutius Félix et VApologeticum de TertuUien. Dans un premier travail ' , M. Ebert avait établi, sur des preuves solides, que de ces deux ouvrages c'est VOctavius qui a précédé l'autre et lui a servi de modèle. Il nous montre ici qu'ils représentent les deux faces diverses de l'esprit chrétien à ce moment. Minutius Félix était évidemment de ceux qui voulaient attirer les payens à la doctrine nouvelle en leur faisant toutes sortes d'avances et de concessions. Il ne cite jamais les livres saints, il part de la philosophie antique et affecte de s'y rattacher. Son livre est composé sur le plan du De naîura deorum de Cicéron ; il contient beaucoup d'imitations de Sénèque, il est écrit avec agrément et quelquefois avec recherche. Ce sont des qualités qui ne se trouvent plus chez TertuUien. On dirait au contraire qu'il prend plaisir à se moquer sans pitié de tout ce qu'aimait la société de son temps. Il exige qu'elle renonce à ses traditions et à ses habitudes. Il hérisse pour elle de difficultés les abords du christianisme. Les lettrés lui sont tout à fait indifférents, il les choque par ses idées, il les blesse par son style : autant celui de Minutius est élégant et raffiné, voisin des délica- tesses savantes de Fronton et des mignardises d'Apulée, autant celui de Tertul- lien est brusque, grossier, populaire 2, Cette double tendance, qui se manifeste avec tant d'éclat, au début même de la littérature latine chrétienne, chez Ter- tuUien et Minutius Félix, se retrouvera chez les écrivains qui vont suivre. Les uns repousseront tout mélange avec la civilisation antique, les autres chercheront par tous les moyens à s'accommoder avec elle, et ce sont ces derniers qui fini- ront par l'emporter. M. Ebert nous fait suivre avec le plus vif intérêt les progrès de cette alliance qui s'est faite entre la culture ancienne et l'esprit nouveau, et, loin de s'en plaindre, comme le font aujourd'hui beaucoup de critiques, il pense qu'elfe était nécessaire et nous montre que la littérature chrétienne en est sortie. C'est ce que l'étude des débuts de la poésie chrétienne lui permet de mettre dans tout son jour. Dès l'origine, il s'y manifeste, comme dans la prose, deux tendances opposées. Tandis que Lactance, dans son Phœnix, conserve si bien la couleur antique que les deux religions semblent pouvoir revendiquer ce petit 1. Voyez Revue critique, 10 juillet 1869. 2. A ce propos M. Ebert soutient contre l'opinion générale qu'il n'y a pas d'africa- nismes chez TertuWkn. Les expressions qu'on a désignées de ce nom, et qu'on croit propres à la province d'Afrique, étaient, selon lui, des laçons de parler populaires qui se retrouvaient partout. Je renvoie à l'étude fort complète et très-intéressante que M. Ebert a consacrée au style de TertuUien, p. 35. 5 5^ REVUE CRITIQUE poème •, Commodien, au contraire, se jette hardiment dans les voies nouvelles. M. Ebert a étudié avec soin cet étrange poète, qui sembla deviner le moyen-âge et employa d'avance quelques-uns des procédés qui ne devaient être en usage que cinq ou six siècles plus tard. En pleine civilisation romaine, sous les règnes de Dèce et de Valérien, au milieu d'une société de lettrés délicats et difficiles, il écrit dans une langue souvent barbare des vers qui n'ont plus aucune mesure, et même par moments il remplace la quantité par la rime 2. Mais ce n'est qu'une tentative isolée. Ici encore l'opinion publique força les littérateurs chrétiens à revenir vite à l'imitation des modèles classiques, et les poètes aussi bien que les prosateurs n'éprouvèrent aucun scrupule à « mettre le vin nouveau dans de vieux vases. » L'événement prouva bien qu'ils n'avaient pas tort : de cette alliance entre l'ancienne civilisation et les doctrines nouvelles sortirent des oeuvres admirables que M. Ebert étudie dans son second livre. Cette seconde période, qui s'étend depuis Constantin jusqu'à la mort de S. Augustin, c'est-à-dire jusqu'aux invasions des Barbares, est l'âge d'or de la littérature chrétienne. Elle arrive alors à sa perfection et produit des écrivains comme S. Hilaire de Poitiers, S. Ambroise, S. Augustin, S. Jérôme, dont M. Ebert analyse les principaux ouvrages. Il nous fait suivre l'histoire de la poésie chrétienne depuis les timides essais de Juvencus, qui se contente de chercher dans Virgile des expressions et des tours de phrase dont il puisse revêtir les récits des livres saints, jusqu'à Prudence et à S. Paulin, dans lesquels il retrouve les traits originaux de l'esprit français et du caractère espagnol. Fidèle au dessein qu'il poursuit, il montre tout ce que le moyen-âge a tiré des œuvres de Prudence, surtout de la Psychomachia, qui a donné naissance à tant de poèmes allégoriques, et du Peristephanon, d'oh sont issues ces chansons en langue vulgaire qui racontent les légendes des martyrs. Il insiste sur les débuts de la poésie lyrique, et le fait d'autant plus volontiers qu'on se trompe sou- vent sur la façon dont elle a commencé. Il est de mode aujourd'hui de prétendre que dès le premier jour les hymnes de l'Église ont été écrites en dehors des règles de la métrique ancienne et en désaccord avec elles. Westphal soutient, dans son histoire de la métrique grecque, que l'accent y remplace tout à fait la quantité. On imagine donc qu'un art nouveau est né avec le christianisme , et on le félicite de n'avoir pas voulu se servir des rhythmes qu'employaient les poètes payens pour chanter leurs dieux ou leurs maîtresses. Malheureusement il n'en est rien, et tout ce système repose sur une méprise. Le nombre des hymnes attribuées à S. Ambroise est considérable, mais toutes celles qui portent le nom de l'évêque de Milan ne lui appartiennent pas. L'usage s'était répandu d'appeler Hymni Ambrosiani celles qui de quelque façon semblaient écrites i . M. Ebert a donné quelques raisons nouvelles qui permettent d'affirmer que l'auteur du Phœnix était chrétien. 2, M. Ebert persiste à croire que Commodien a écrit et a vécu en Asie ; j'ai dit ail- leurs pourquoi il m'était difficile d'accepter cette opinion (voyez Revue critique, 10 juillet 1869). A propos du poème de Commodien publié par D. Pitra, M. Ebert ne paraît pas avoir connu un excellent travail de M. Schérer, intitulé : L'Apocalypse^ de Commodien, qu'il a publié dans ses Mélanges de critique religieuse. La plupart des opinions soutenues par M. Ebert se trouvent déjà chez M. Schérer, et les mêmes corrections sont faites au texte corrompu du vieux poète. d'histoire et de littérature, J59 dans sa manière; mais il en est, dans le nombre, d'une époque et d'une méthode fort différentes de la sienne. Il faut donc commencer par distinguer soigneuse- ment les Hymni Ambrosii des Hymni Ambrosiani. M. Ebert pense qu'il n'y en a que quatre dont l'authenticité soit hors de toute contestation : ce sont celles qui ont été citées par S. Augustin. Il se trouve précisément que toutes les quatre sont écrites dans un mètre régulier, et avec un grand respect de la quantité. Elles se composent toutes de 3 2 dimètres iambiques distribués en 7 strophes. C'est un vers dont s'était beaucoup servi l'ancienne poésie payenne ; on ne voit pas que S. Ambroise ait éprouvé aucun scrupule à l'employer. M. Ebert fait remarquer aussi que l'iambe était à Rome beaucoup moins populaire que le trochée, et réservé, du temps de S. Ambroise, à la littérature des gens du monde. C'est donc une grande erreur de s'imaginer que la poésie chrétienne à son origine ait voulu rompre avec les habitudes et les traditions du passé. Nous voyons au contraire que S. Ambroise composait ses hymnes dans les mêmes mètres et avec les mêmes procédés qu'on employait autour de lui. Il tenait à les faire aussi correctes que possible, et il aurait été fort surpris qu'on lui fit un titre de gloire des fautes de quantité qu'il pouvait commettre. C'était bien un art nouveau qui naissait, mais la nouveauté lui vint du fond des choses ; quant à la forme, il n'éprouva pas le besoin de la changer, et s'accommoda de celle qu'avaient consacrée les chefs-d'œuvre de l'art antique. Il fut dès le premier jour populaire, mais au meilleur sens du mot, non pas en cherchant à se faire comprendre et agréer du peuple par l'emploi de procédés grossiers, mais en l'élevant jusqu'à l'inteUigence et au sentiment d'une poésie supérieure. Si plus lard on désapprit les règles anciennes, si l'accent et la rime remplacèrent dans les vers la quantité, ce fut un effet inévitable de l'ignorance et de la barbarie. Il faut donc laisser aux choses leur vrai nom, et appeler corruption et décadence ce qu'on voudrait nous représenter comme une sorte de révolution et de rénovation, accomplie volontairement par des gens qui en avaient conscience, pour trouver aux idées nouvelles une forme qui n'eût pas servi et qui leur convînt. Le troisième livre de M. Ebert est de beaucoup le plus considérable. Il com- prend une période de trois siècles et demi, depuis la mort de S. Augustin jusqu'à Charlemagne. On y assiste à la décadence de cette littérature dont M. Ebert nous a fait admirer jusque-là les progrès. Parmi les nombreux écrivains qu'il étudie, il se trouve encore des prosateurs distingués, et surtout des poètes de talent, comme Dracontius et Avitus, mais à mesure qu'on avance la barbarie l'emporte. L'étude de cette décadence serait assez rebutante si l'on n'en pouvait tirer des renseignements utiles, M. Ebert avait montré dans les livres précédents comment la littérature chrétienne s'était formée de l'alliance de l'esprit nouveau avec la culture antique; il fait voir ici un troisième élément qui entre dans le mélange et le complète. Chacun des peuples barbares qui s'établit dans l'empire introduit dans les lettres quelque chose de lui-même, et il est curieux d'observer comment cet élément nouveau s'accommode avec les anciens et les modifie. C'est ce qui donne, par exemple, un assez vif intérêt à l'étude des poètes de VAnthologie. Assurément Luxorius, Mavortius, Coronatus ont en eux-mêmes fort peu d'agré- ments; mais ils nous apprennent quelle fut l'influence des Vandales sur la 560 REVUE CRITIQUE littérature latine du V siècle, et à ce titre ils méritent d'être étudiés de près. Tel est le livre de M. Ebert. Il est difficile d'en donner une idée exacte dans une analyse aussi courte. Qu'il suffise de dire qu'il est fait à la fois pour les deux publics: il ne peut manquer de plaire aux gens du monde par ^ordonnance habile des parties et la clarté de l'exposition; en même temps, il contentera les savants qui trouveront beaucoup à y apprendre. Les ouvrages de ce genre étaient rares autrefois en Allemagne; ils y deviennent plus communs, et il est visible que l'érudition cherche à s'y faire plus populaire et plus accessible. On peut être assuré que le livre de M. Ebert est appelé au même succès que l'Histoire des mœurs romaines de Friedlasnder, conçue dans le même esprit, et qui s'adresse aussi aux savants et aux gens du monde. Gaston Boissier. 1 10. — Altenglîsches Uebungsbuch. Zum Gebrauche bei Universitaetsvorlesungen. Mit einem Wœrterbuche von Julius Zupitza. In-8*, iv-137 p. Wien. 1874. Wilh. Braumùller. — Prix : 5 fr. J5. Altenglisches Lesebuch. Zum Gebrauche bei Vorlesungen und zum Selbstunterricht herausgegeben von D' Richard Paul Wulker, Privatdocent an der Universitaet Leipzig. L Th. Die Zeit von 1250-1350 umfassend. In-8', x-228 p. Halle, Lippert'sche Buch- handlung. 1874. — Prix : 6 fr. Les deux ouvrages que nous rapprochons dans cet article sont loin, malgré la ressemblance du titre, de faire double emploi ou de répondre au même but. Sous le nom de vieil anglais, en effet, M. Zupitza désigne l'idiome parlé en Angleterre depuis la conquête de ce pays par les Anglo-Saxons jusqu'à l'époque de la fusion définitive de la langue des vainqueurs avec les éléments romans im- portés de l'autre côté de la Manche par les Normands ou empruntés directement au latin. Cette fusion ayant eu lieu, comme l'on sait, vers le milieu du xiV siècle, le Manuel de M. Z. comprend ainsi la période si importante qui s'étend de la fin du V siècle, ou plutôt du vii^, car nous n'avons pas de monuments anglo- saxons de date plus ancienne, jusqu'à environ 1 350. Tout autre est l'objet de Pouvrage de M. R. Wûlcker. Réservant avec raison, et comme on le fait d'ailleurs d'habitude, le nom de vieil anglais à cet âge de transition où la langue parlée en Angleterre se dépouilla de ses anciennes flexions et s'enrichit de mots romans, transformation qui commence vers le miHeu du xiii* siècle pour se terminer, avec le mélange des différents dialectes, à la fin du xve siècle, son recueil ne doit aller que de 1250 à i joo. Le volume qu'il vient de publier comprend seulement la première des deux époques qu'on peut distinguer dans cette période de près de trois siècles, celle du vieil anglais pro- prement dit, laquelle s'étend de 1240 ou 1250 jusque vers 1350; un second volume nous donnera la période du moyen anglais, qui va de 1 350 à 1 500. Si la nature des ouvrages de MM. Z. et W. est déjà si complètement différente, la forme n'en est pas plus ressemblante. Désireux de présenter sous un volume restreint un recueil capable de donner une connaissance générale de Pidiome parlé en Angleterre jusqu'à l'époque de la transformation définitive de l'anglo- saxon en anglais, M. Z. s'est contenté d'extraits assez courts des auteurs les plus célèbres de cette longue période ; les morceaux que renferme son recueil sont au nombre de vingt-huit, et on se fera une idée de la variété qu'ils pré- d'histoire et de littérature. 361 sentent quand on saura que le premier est un hymne de Csedmon et que le dernier est tiré du Guy de Warwick de John Lydgate. Sous le numéro 2 nous avons même quatre inscriptions runiques, accompagnées de notes nombreuses et d'une traduction en anglo-saxon. Enfin un dictionnaire fait avec soin et très- complet, autant que j'ai pu le vérifier, termine comme complément indispensable ce petit recueil destiné à faciliter l'étude si difficile du vieil idiome parlé en Angleterre, et à suppléer aux choix ou trop volumineux ou si indigestes qui l'ont précédé. Si VUebungsbuch de M. Z, s'adresse surtout aux amateurs de l'anglo-saxon, le Lesebuch de M. W. est plutôt fait pour les lecteurs désireux d'arriver à une connaissance approfondie de l'anglais par l'étude de ses plus anciens monuments. Le recueil qu'il nous donne répond parfaitement à ce but ; les morceaux sont non-seulement choisis avec soin, mais sont encore d'une assez longue étendue; les divers dialectes, qui offrent dans les premiers temps de la langue des diffé- rences si tranchées, y sont représentés par des extraits nombreux et importants. Un autre avantage non moins grand, c'est l'abondance et l'étendue des notes explicatives qui suivent les trente morceaux dont se compose le Lesebuch; les débutants y trouveront, avec des indications grammaticales et littéraires pré- cieuses, la solution des difficultés que ne donne point le dictionnaire par lequel se termine le volume. Tout concourt ainsi à rendre commode et utile ce conscien- cieux ouvrage et fait désirer que l'auteur ne nous fasse pas attendre trop long- temps la seconde partie, dont l'intérêt, puisqu'il doit nous faire connaître les écrivains anglais les plus célèbres du moyen âge , surpassera sans doute encore celui de la première. C. J. III. — Nonvelle Géographie nniverselle ; La Terre et les Hommes , par Elisée Reclus. Paris, Hachette. 1875. Livraisons i et 2. 32 p. gr. in-S". — Prix de la livraison ; 50 cent. Cet ouvrage doit se composer d'environ 500 livraisons hebdomadaires. Le nom de son auteur, un des meilleurs géographes français, le recommande au public, surtout dans notre pénurie d'ouvrages géographiques. Ce sera certaine- ment un ouvrage remarquable et les « 2000 cartes intercalées dans le texte ou » tirées à part » que nous promettent les éditeurs en augmenteront encore la valeur. Nous attendrons pour juger l'ouvrage qu'un plus grand nombre de livraisons parues nous permette de l'apprécier dans son ensemble. Nous nous bornerons aujourd'hui à quelques critiques sur les « Observations générales » qui remplissent les deux premières livraisons, et sur les illustrations qui les accompagnent. La mention de « 2000 cartes intercalées dans le texte ou tirées à part » fait très-bien sur le titre. Il vaudrait peut-être mieux pourtant que les cartes fussent moins nombreuses et plus soignées. Les cartes intercalées dans le texte d'un volume in-8° ne peuvent avoir de netteté qu'à la condition de représenter dans le détail un bout de pays qui offre un intérêt particulier. La carte de l'ancien et du nouveau cours de la Piave que donne le prospectus en est un excellent exemple. Mais vouloir faire ressortir les particularités d'une région comme l'Europe dans ^62 ' REVUE CRITIQUE »f:>HVih une carte large de lo centimètres et haute de 7 est simplement chimérique. A cet égard, il nous est impossible d'accepter pour autre chose que pour des cari- catures géographiques les cartes du Keïuj de l'Europe et de la Zone isothermique de l'Europe qui figurent pages 1 2 et 2 5. Nous désirons que les livraisons suivantes ne nous en apportent pas de semblables. Cette critique s'adresse peut-être plus aux éditeurs qu'à l'auteur. Mais nous devons reprocher à ce dernier de trop chercher à donner à son oeuvre un cachet exclusivement littéraire. Le style de M. Elisée Reclus est naturellement imagé et surtout attachant parce qu'on y sent une pensée originale et personnelle : mais M. R., subissant peut-être l'influence d'une Revue célèbre où il a beaucoup écrit, se laisse volontiers aller à écrire de ces phrases où des amplifications vagues tiennent la place des faits, des chiffres, des dates. On en jugera par un seul exemple; il s'agit de l'origine des populations européennes: « Sommes-nous )) les « Fils du sol », les « rejetons des chênes », comme le disaient les tradi- » tions anciennes en leur langage poétique...., etc. ?» M. R. ne donne ni le terme exact, ni la date, ni le lieu de ces poétiques appellations. Tout est écrit dans ce style, sans précision, sans références, ni notes. M. R. a sans doute craint de paraître pédant ; il a voulu faire un ouvrage de vulgarisation et non un ouvrage de science ; mais est modus in rébus, et à fuir l'apparence du pédantisme on risque de se donner l'apparence de la frivolité. La façon dont M. R. semble comprendre le rôle d'un écrivain géographe nous rappelle quelques lignes mali- cieuses où Vohaire critiquait Fontenelle sous les traits d'un Académicien de Saturne. « Il faut avouer, dit Micromégas, que la Nature est bien variée. — » Oui, dit le Saturnien, la nature est comme un parterre dont les fleurs — )) Ah! dit l'autre, laissez là votre parterre! — Elle est, reprit le secrétaircit » comme une assemblée de blondes et de brunes dont les parures — Et » qu'ai-je à faire de vos brunes .'' dit l'autre. — Elle est donc comme une galerie >) de peinture dont les traits — Eh non! dit le voyageur, encore une fois » la nature est comme la nature. Pourquoi lui chercher des comparaisons? — » Pour vous plaire , répondit le secrétaire — Je ne veux point qu'on me plaise, » répondit le voyageur. Je veux qu'on m'instruise ». Plus d'un lecteur, craignons- nous, sera tenté de faire cette observation à M. ÉHsée Reclus. La seconde livraison contient une carte ethnographique, en couleurs, de notre Europe. Le public français est si ignorant de l'ethnographie de la partie du monde qu'il habite que cette carte sera pour lui instructive. Elle est faite avec autant d'exactitude que permet une échelle aussi petite en proportion de la variété des races. M. R. a oublié d'y faire figurer les Wendes de Lusace qui forment au milieu de la population allemande un groupe au moins aussi important que les colonies allemandes soigneusement indiquées sur le Volga. Dans cet enchevêtrement de couleurs employées pour désigner les différentes races, le coloriste de M. R. a commis une méprise en teintant jaune, c.-à-d. comme « Touraniens » les Celtes de Galles, au lieu de les teinter vert, couleur réservée aux Celtes. La répartition de la population européenne en nationalités qui accom- pagne cette carte ne nous semble pas dressée avec le même soin. Ainsi, M. R. compte 36,000,000 de Français; nous croyons ce chiffre inférieur à la réalité de d'histoire et de littérature. 563 près d'un million. Par contre, il compte 52,000,000, d' «Allemands et Suisses» (sic !) ce qui est trop élevé de plusieurs millions. Sa terminologie ethnographique est remplie de termes surannés ou fantaisistes. Nous venons de citer le nom de Suisses employé par M. R. bien qu'il n'ait pas plus de signification ethnogra- phique que le nom d'Autrichien. Le terme de Touranien est chimérique. On ne peut pas parler de « populations de langues gréco-latines «, car les langues qui sont latines ne sont pas grecques, et réciproquement. M. R. emploie le terme étrange et nouveau de Latinisés pour désigner les peuples de langue latine, parce qu'ils ne descendent pas des Romains par voie de génération. A ce compte, il faudrait changer la dénomination de tous les peuples dont l'histoire entrevoit la généalogie jusqu'à un certain moment, et leur donner des noms aussi longs que celui d'un grand d'Espagne. Par exemple on nous appellerait des Franco- Romano-Gallo-lbéro-Ligures, et encore omettrait-on bien des ancêtres oubliés, Troglodytes, Quaternaires, Tertiaires et autres. De même il est tout aussi peu fondé de remplacer le vieux nom d'anglais par celui d' Anglo-Celtes qui ne con- viendrait strictement qu'aux populations de la Cornouaille et de l'Irlande anglisées depuis trois siècles. M. R. s'abuse sur la signification ethnographique des mélanges et surtout sur l'utilité de renoncer aux noms usités et connus pour des noms qui sont compliqués et ne sont même pas entièrement exacts. Au surplus, en ethnographie (nous ne dirons pas en anthropologie) is pater est quem lingua demonstrat. Nous désirons que les livraisons suivantes soient au-dessus de semblables cri- tiques. Cette publication se fait sous les plus heureux auspices. Son auteur est un de nos meilleurs géographes et la puissante Hbrairie qui l'édite peut faire tous les frais des cartes, diagrammes et gravures qui doivent accompagner une géo- graphie générale. Bien plus, nous avons besoin de bons ouvrages de géographie, et la faveur du public ira vite chercher un livre qui contribuera à remplir cette lacune. Peut-être avons-nous trop accentué nos critiques préliminaires. L'ouvrage de M. Reclus ne répondra peut-être pas à toutes les exigences que nous croyons légitimes ; mais il sera à la fois intéressant et instructif. C'est beaucoup pour un ouvrage de géographie, parce que c'est rare en France du moins. H. Gaidoz. CORRESPONDANCE. Paris, 12 mai 1875. A M. Vidal- Lablache. Je dois avant tout vous remercier. Monsieur, de l'obligeant article que, dans la Revue critique du i" mai, vous avez bien voulu consacrer à mon Mémoire sur le site de Troie. Mais permettez-moi de vous exprimer en même temps le regret que j'éprouve de n'avoir pu obtenir votre complet assentiment aux conclusions des hommes éminents dont je me suis fait l'interprète, Lechevalier, c'" de Choiseul, Mauduit et autres. Je le regrette d'autant plus que notre désaccord me paraît reposer plutôt sur de simples malentendus que sur de réelles dissidences. Je citerai comme exemple le reproche qu'au début même de votre article vous adressez à Lechevalier. Selon vous, il aurait accusé l'antiquité de s'être trompée j64 .'■'r'*^*' REVUE CRITIQUE en désignant le Mendéré, dans toute sa longueur, sous le nom de Scamandre, et aurait voulu rendre à ce cours d'eau le nom de Simoïs, en corrigeant une erreur qui remonte à Hérodote. Vous ajoutez que « cette dernière hypothèse est la clef » de voûte du système de Lechevalier. » Je reconnais, Monsieur, que la détermination des cours respectifs du Sca- mandre et du Simoïs est bien en effet la clef de la topographie homérique. Mais cette détermination est-elle bien de la part de Lechevalier celle que vous lui attribuez? Je crois, Monsieur, qu'un examen plus attentif modifierait à cet égard votre impression. Non, Lechevalier n'a point voulu restituer au Mendéré dans toute sa longueur le nom de Simoïs. Il n'a prétendu appliquer ce nom qu'à la portion du fleuve descendant de l'Ida jusqu'à son ancien confluent avec le Scamandre. M. de Choiseul, en adoptant le système de Lechevalier, le carac- térise avec une précision qui ne laisse rien à désirer. « Lorsque les deux fleuves, » a-t-il dit, se rencontraient dans la plaine, le Simoïs perdait son nom après le » confluent. De là (jusqu'à l'embouchure dans l'Hellespont), le Scamandre » donnait son nom à leurs eaux réunies. » Pour M. de Choiseul, de même que pour Lechevalier, le Mendéré au-dessous du confluent porte donc le nom de Scamandre, c'est seulement au-dessus qu'il porte le nom de Simoïs. Je pourrais m'arrèter à d'autres détails, examiner, par exemple, si, comme vous le dites, « un des traits les mieux marqués de l'Iliade est' l'identité absolue » du Mendéré et du Scamandre, « Mais une pareille discussion, fort minutieuse, fort ingrate, ne serait nullement ici à sa place. Je crois infiniment préférable d'aller tout de suite à ce qui, pour vous comme pour moi, semble être le nœud de la question. Cette question d'ailleurs intéresse à un haut degré l'archéologie en général et l'histoire de notre archéologie française en particulier. Que cette pensée soit mon excuse pour l'insistance que je mets à plaider auprès de vous la solution que j'ai défendue. Lechevalier a pris pour point de départ de ses investigations, et comme moi vous admettez avec lui, que d'après Homère Troie se trouvait dans l'angle formé par la rencontre du Scamandre et du Simoïs, le Scamandre étant à gauche et le Simoïs à droite de la ville. Cette position résulte de deux passages de l'Iliade (V, 35$ et XI, 497-500), passages dont vous confirmez le sens par la citation d'un troisième (XIII, 657-677). Telle est pour la détermination du site de Troie la donnée homérique; mais il restait à en retrouver les éléments sur le terrain, et c'était là un problème plein de difficuhés. Lechevalier l'a résolu avec une persévérance et une sagacité à laquelle il me semble que vous n'avez pas suffisamment rendu justice. Disons en peu de mots comment il a procédé pour arriver à la solution. Quand on compare les descriptions de l'Iliade avec la plaine de Troie telle qu'elle existe aujourd'hui, on est immédiatement frappé du rapport que présente le cours du Mendéré, dans sa partie inférieure; avec le Scamandre, tel que nous le décrit Homère. Mais en vain cherche-t-on aujourd'hui, en remontant le Men- déré, depuis son embouchure jusqu'à sa sortie de la plainç près de Bounarbachi, un affluent qui puisse être le Simoïs. Un seul cours d'eau, le Kimar-Sou, l'an- cien Thymbrius, vient s'y déverser par la rive droite, non loin de Bounarbachi. d'histoire et de littérature. 565 Mais le Kimar-Sou ne peut représenter le Simois. Il n'en a point la violence torrentielle; il descend des hauteurs de Callicolonne, non point des hauteurs de l'Ida. Entre ce petit fleuve et le Mendéré on ne peut d'ailleurs imaginer l'empla- cement de Troie. Le premier mérite de Lechevalier a été de constater, par un attentif examen des lieux, ce singulier désaccord avec la donnée homérique. Son second mérite a été d'arriver par ses recherches et ses ingénieuses inductions à donner l'expli- cation de cette apparente anomalie, et à retrouver le site cherché, dans les con- ditions indiquées par l'Iliade. A l'ouest du Mendéré, près de Bounarbachi, Lechevalier conduit par son guide turc rencontre dans une de ses courses de nombreuses sources, recueillies dans des canaux et dans une piscine de construction évidemment ancienne; une des sources s'échappe d'un bassin formé de débris antiques. La présence d'un pareil ensemble ne peut s'expliquer que par le voisinage, à l'époque où il fut établi, d'un grand centre de population, et des eaux aussi abondantes ont dû, en effet , provoquer la formation d'un tel centre. Or Homère décrit les sources du Scamandre comme étant situées à l'extrémité de la plaine à proximité de Troie. Les sources que Lechevalier a devant les yeux ne sont-elles donc pas celles du Scamandre, et le plateau voisin n'est -il pas le site de Troie? Il l'explore aussitôt et, vous-même le dites, Monsieur, « le trait de lumière est pour lui la coïnci- » dence de ce site éminemment stratégique avec d'abondantes sources à sa base » et un cours d'eau que la ville supposée aurait eu à sa gauche. » , Il me reste à parler de ce cours d'eau. Les eaux réunies de toutes les sources de Bounarbachi forment en effet une petite rivière qui aujourd'hui se déverse par un canal artificiel dans la mer Egée, à l'ouest, et qui est navigable pour de petits bateaux, depuis son origine jusqu'à son embouchure. Ce cours d'eau, ce canal de dérivation, étaient, comme les sources elles-mêmes, inconnus avant l'exploration de Lechevalier; il a eu le mérite de les découvrir. Cependant cette rivière qui, par ses sources et par le plateau qui la domine, répond au Scamandre, n'est pas un affluent de cet autre cours d'eau, du Mendéré qui, placé à la droite du site supposé de Troie, répond exactement à ce qu'Homère nous dit du Simois. Pour Lechevalier cette difficulté est promptement levée. Les deux cours d'eau se réunissaient autrefois; mais les crues violentes du Simois, en exhaussant son lit et le terrain avoisinant, ont refoulé les eaux du Scamandre. C'est alors que pour assécher la vallée qui s'étend à l'ouest du Mendéré jusqu'à l'Hellespont, il a fallu creuser le canal de dérivation, qui aujourd'hui conduit les eaux de la rivière de Bounarbachi à la mer Egée. Cette disparition supposée de l'ancien confluent sert à expHquer un autre fait jusqu'alors inexplicable, je veux dire l'application du nom du Scamandre à l'an- tique Simois. Comme l'a bien vu M. de Choiseul, la partie inférieure du Mendéré actuel dut naturellement conserver le nom de Scamandre alors même que les eaux de cette rivière eurent cessé de couler dans le lit commun ; peu à peu ce nom, dépassant l'ancienne limite qui n'existait plus, remonta jusqu'à la source du Simois. Le nom du Mendéré, dérivé de celui du Scamandre, est la preuve tou- jours subsistante de l'extension donnée à ce dernier nom. •Ti^gm'idftti'ri'pif»i> 366 REVUE CRITIQUE J'ai essayé, Monsieur, de resserrer dans ces quelques lignes l'histoire des consciencieuses explorations et des ingénieuses -conjectures de Lechevalier. J'ai laissé de côté tous les détails ; ils se trouvent dans mon mémoire. Ils n'eussent fait qu'embarrasser cet exposé. Il m'a semblé qu'ainsi réduite à ses grands traits, l'œuvre de Lechevalier laissait mieux apprécier ce qui s'y trouve d'initiative, de justesse et de cohérence. J'ajoute que jusqu'ici aucun système sérieux ne lui a été opposé. Vous-même, Monsieur, ne me semblez pas partager la foi de M. Schliemann en l'identité de Troie et d'Hissarlik. Cette assimilation, qui en réalité ne repose que sur la vieille prétention des habitants de l'Ilium d'Alexandre, et que déjà Strabon combattait par d'excellents arguments , a contre elle le texte homérique et la nature même des lieux ; il n'y a là rien qui ressemble à une position stratégique. Je ne revien- drai pas sur les considérations que j'ai présentées sur la question d'Hissarlik dans mon mémoire; mais il est un fait qui ne s'était pas offert à ma pensée, lorsque j'ai rédigé ce travail, et sur lequel je dois appeler votre attention. M. Schliemann a écrit que l'antiquité tout entière était d'accord pour placer à Ilium-Hissarlik le site de la Troie homérique. Il entend certainement Vanticjuité après Alexandre, car auparavant il n'est pas question du nouvel Ilion dans l'his- toire. Toutefois, dans ces limites même, l'assertion est inexacte. Les poètes romains, qui assurément n'ignoraient pas l'existence de l'Ilium d'Alexandre, protégé, développé par César et les empereurs, placent ailleurs cependant le site de la Troie homérique. Lucain nous montre César visitant après la bataille de Pharsale ce site vénéré. Il le dépeint couvert d'arbres et de broussailles; les ruines même ont disparu. Caesar Circuit exustae nomen memorabile Trojae, Magnaque Phœbei quaerit vestigia mûri. Jam sylvae stériles et putres robore trunci Assaraci pressere domos, et templa deorum Jam lassa radice tenent, ac tota teguntur Pergama dumetis; etiam periere ruinae. Cette Troie effacée. César veut la rebâtir : ■25oti6'nZ'- Restituam populos; gratâ vice moenia reddent Ausonidae Phrygibus, romanaque Pergama surgent. (Liv. IX, 998.) Ce projet de restauration, repris on ne sait par qui, est combattu par Horace dans une ode célèbre et la peinture que fait le poète des lieux où fut Troie répond parfaitement à la description de Lucain : Priami Paridisque busto Insultât armentum, et catulos ferae Celant inultae. Le site qui nous est ici dépeint n'est donc évidemment pas celui du nouvel Uium, alors si florissant, embelli, agrandi par Alexandre et ses successeurs, par Sylla, par César, par Auguste. Je serais heureux. Monsieur, si cette rapide analyse des travaux de Lecheva- lier et de ses continuateurs pouvait déterminer de votre part une adhésion plus complète aux solutions proposées par eux et qui, jusqu'à ces derniers temps, avaient obtenu un assentiment si général. Je termine en vous exprimant l'espoir d'histoire et de littérature. 07 que ce désir ne sera pas déçu et vous prie de vouloir bien agréer l'assurance de mes sentiments les plus distingués. G. d'Eichthal. SOCIÉTÉS SAVANTES. ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. Séance du iS mai 187$. M. A. Dumont envoie de Rome une copie du poème de Rad. Tortarius, colia- tionné à la bibliothèque du Vatican par M. Clédat. — M. Th. R. Pétri écrit de Quincy, Illinois, pour demander des renseignements sur la ville de Quincy, Seine et Marne, arr. de Meaux, qui paraît avoir donné son nom à la famille américaine de Quincy et par suite à la ville qu'il habite. Le ministre de l'instruction publique ayant demandé l'avis de l'académie sur le choix de deux membres du conseil supérieur des beaux arts, nouvellement créé, qui doivent être nommés par le ministre parmi les membres de l'académie des inscriptions, l'académie désigne au scrutin MM. de Longpérier et Ravaisson. M. Alexandre Bertrand lit une note sur l'un des deux tumulus de Graeckwyl, dans la vallée de l'Aar, en Suisse. Le tumulus dont il entretient l'académie con- tient deux sépultures d'époques diverses, l'une du 9" s., l'autre de l'époque gauloise. Dans celle-ci ont été trouvés des fragments de bandes de roue en fer, des fibules de bronze, les fragments d'un vase de même métal, etc. C'est une de ces sépultures de chefs gaulois dans lesquelles le mort était couché sur son char. Des serviteurs ont été tués et enterrés avec lui, les corps de quelques uns ont été brûlés. Le vase de bronze est des plus remarquables : M. Bertrand en présente un moulage restauré, exécuté aux ateliers du musée de S, Germain. On y voit la représentation de la Diane orientale, tenant deux lièvres par les pattes, et flanquée de deux lions : au dessus de sa tète est un aigle, flanqué de deux lions plus petits qui reposent sur les corps de deux serpents. La présence de la figure de cette divinité sur ce vase indique un travail très ancien , antérieur au 5e s. avant notre ère. C'est un type qui est venu de l'Orient, mais qui a été reproduit par les Étrusques. On peut se demander si le vase en question est venu, dans la contrée où il a été trouvé, de l'est de l'Europe (Crimée ou Thrace), ou bien de l'Étrurie : M. Bertrand considère la seconde hypothèse comme la plus vraisemblable. On peut supposer qu'il aura été rapporté d'Italie par les Gaulois qui prirent Rome. — M. Maury appuie l'idée de l'origine étrusque du vase en question, et pense qu'il a pu venir en Helvétie par la voie du commerce. — M. de Longpérier dit que si la divinité représentée sur ce vase appartient à l'origine aux religions orientales, d'où son image a été ensuite apportée en Italie et s'y est répandue, le vase lui-même est certainement de style et de fabrica- tion étrusques, et que l'existence de relations commerciales fréquentes entre l'Italie et les contrées situées au N. des Alpes est maintenant établie avec assez de certitude pour qu'il n'y ait pas besoin de chercher une autre explication de la présence de cet objet dans la vallée de l'Aar. M. Boutade continue la lecture de son mémoire sur les origines du régime féodal et spécialement sur l'immunité. Avant de chercher les origines du système 368 REVUE CRITIQUE d'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. féodal, M. Boutaric s'efforce de définir nettement ce système, et pour cela il se place à l'époque de son développement le plus complet, vers l'an 1200. A cette époque il trouve la féodalité caractérisée essentiellement par les trois principes suivants : 1 . Les terres sont subordonnées hiérarchiquement les unes aux autres, et toutes ou peu s'en faut à celle du roi (qui est ainsi presque le seul plein pro- priétaire foncier de son royaume). 2. De la condition de la terre dépend celle de l'homme qui la possède (on est duc, comte, baron, chevalier, roturier, selon qu'on possède un duché, un comté, une baronnie, un fief de haubert, une cen- sive). 3. A la propriété est attachée la souveraineté : les seigneurs ont les droits régaliens de justice, de guerre, de battre monnaie, etc., et ces droits sont atta- chés à la possession de la terre qui constitue leur seigneurie. Or si les deux premiers de ces principes essentiels de la féodalité peuvent être en partie ratta- chés, quant à leur origine, à diverses coutumes ou institutions des temps méro- vingiens et carolingiens, tels que les bénéfices et les précaires militaires et autres, la comiîiua germanique, l'antrustionat, la recommandation, les rapports entre les uassi et les senior es de l'époque carolingienne, aucune de ces institutions anté- rieures n'explique comment a pu naître la confusion de la souveraineté et de la propriété entre les mains du seigneur, ce 3Mrait caractéristique du régime féodal (ou mieux seigneurial). La principale explication de ce fait doit être cherchée dans la manière dont les comtes, vicomtes et autres fonctionnaires, sous les successeurs de Charlemagne , s'approprièrent , à leur profit et au profit de leurs enfants, les pouvoirs attachés aux charges qui leur avaient été confiées. Mais à cette cause principale M. Boutaric pense qu'il faut en joindre une autre, subsi- diaire, la fréquente pratique des concessions à.' immunités par lesquelles les rois mérovingiens aliénèrent au profit des églises des portions considérables, non seulement de leur domaine, mais encore de leur souveraineté. Ouvrages offerts à r académie, déposés sur le bureau : — A. Balbi, Éléments de géogra- phie générale, 4" éd. par H. Chotard, Paris, in-12; — Alex. Bertrand, Les Gaulois (mém. lu à l'acad. en avril 1875; extr. de la Revue archéologique; — Bhartrihari, Stances erotiques, morales et religieuses, trad. du sanscrit par P. Regnaud, 2" éd., in-i8; — Coutumes du pays et comté de Flandre, quartier de Bruges, par Gilliodts VAN Severen, 4*; — Coutumes du pays et duché de Brabant, quartiers de Louvain et de Tirlemont, par C. Casier, 4"; — Labarte, Hist. des arts industriels au moyen âge et à l'époque de la renaissance, 2* éd., t. 3. fasc. 5 ; — et diverses revues et brochures. Présentés, de la part des auteurs : — par M. de Longpérier : — Fr. Lenormant, La langue primitive de la Chaldée, 8"; — • L. Rochette, Sentences, maximes et proverbes mandchoux et mongols; — par M. Desnoyers : — Pinart, La caverne d'Aknanh , île d'Ounga, archipel Schamagm, Alaska (Paris, 4*); — Bibliothèque de linguistique et d'ethnographie américaines, 1" vol., par le même; — par M. Maury : — E. de Barthé- lémy, Note sur la sépulture antique fouillée à Berru (Marne) en 1872; — A. de Bar- thélémy, Étude sur les monnaies gauloises trouvées en Poitou et en Saintonge. Julien Havet. ERRATA. Dans mon article sur les Morgenl. Forsch., n" 19, p. 291, biffer les corrections proposées pour les pages 1 18, 1. 1 3 et 1 30, 1. dern. et suiv. — Ibid., 1. 24, lisez mazhalin, au lieu de mizhalin, qui est un lapsus calami. — De Goeje. N° 21, p. 326, 1. 22, au lieu de années, lisez armées. Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. viij-598 p. (Wilh. Bender). — LoTZE, System der Philosophie. Th. I. Leipzig, Hirzel. In-8°, viij-597 p. (Fortlage). — Duncker, Geschichte des Alterthums. 4. Aufl. Bd. 2. Leipzig, Duncker u. Humblot. In-8", ix-485 p. (ScHRADER).-r- WiTTiCH, Magdeburg, Gustav Adolf und Tilly. Bd. I; Bd. Il, i. Hselfte. Berlin, Duncker's Vbg. In-S", xxv-777; xxiv-i-66p. (K.G. Helbig).— Carmina graeca medii aevi éd. G. Wagner. Lips., Teubner. In-S", xiv-382 p.; Neu- griechische Volkslieder. Hrsg. v. Luber, Salzburg, Zaunrith'sche Buchdruckerei. In-8", 61 p. (G. Bursian). — Bûhler, Davos in seinem Walserdialekt. Th. I; Th. Il, Heft 1. Heidelberg, Selbstverl. d. Verfassers. In-8°, xxxviij-3 14; 1-88 p. (J. Winteler). — Brunn, Die Bildwerke des Parthenon. Mùnchen, Franz. In-8°, 50 p.; Ders., Die Bildwerke des Theseion. Ebend. p. 51-65 (L. Schwabe). N° 12, 20 mars. Wackernagel, Das deutsche Kirchenlied von der seltesten Zeit bis zu Anfang des xvii. Jahrh. Bd. 4. Leipzig, Teubner. In-S", xxiv-1184 p. (B. BiEHRiNc). — Dahn, Westgothische Studien. Wûrzburg, Stahel. In-4'*, iv-321-viij p. (Behrend). — Vanderkindere, Notice sur l'ori- gine des magistrats communaux (A. Heusler; cf. Rev. crit., 1874, II, p. 405). — Garcin de Tassy, L'Islamisme d'après le Coran. 3* éd. Paris, Maisonneuve. In-8°, 412 p. (E. Prym). — Franz Delitzsch, Durch Krankheit zur Genesung, Leipzig, Naumann. In-S", 203 p. (G. Siegfried). — HoLLyENDER, Die Kriege der Alamannen mit den Rœmern im 3. Jahrh. n. Chr. Karlsruhe, Braun'sche B. In-8", 47 p. (C. Peter;. — Heller, Deutschland und Frankreich in ihren politischen Beziehungen vom Ende des Interregnums bis zum Tode Rudolfs von Habsburg. Gœttingen, Peppmûlier. In-8°_, 160 p. (P. Scheffer-Boichorst). — Rybka, Bruder Elias von Cortona. Leipzig, Naumann. In-8°, 74 p. (Wilhelm Bernhardi). — J0ACHIM, Johannes Nauclerus und seine Chronik. Gœttingen. In-8°, 70 p. (Adalbert Horawitz). — Sayce, The principles of comparative Philology. London, Trûbner. In-8'', xiv-381 p. (Schrader). — Speck, Quaes- tiones Ausonianae. Vratislaviae, typis Jungferi. In-8°, 47 p. (W. Teuffel). — Heydemann, Die antiken Marmor-Bildwerke in der sog. Stoa des Hadrian, etc. Berlin, Reimer. In-8°, vj-388 p. (Richard Fœrster). — Westermayer, Der Lysis des Plato. Erlangen, Deichert. In-8'', 132 p. (M. Vermehren). — Cinq éditions des Niebelungen (E. Sievers). BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en magasin. Bœhmer (J. F.). Regesta Imperii VIII. Die Regesten d. Kaiserreichs unter Kai- serKarlIV. 1 346-1 578. Aus dem Nach- lasse J. F. Bohmer's hrsg. u. erganzt v. A. Huber. 1. Lief. In-4% 160 S. Inns- bruck (Wagner). 8 fr. Bouchet (G.). Les Serees, avec notice et index. T. 3. In-)2, 319 p. Paris (Le merre). 7 fr. 50 Brachet (A.). Nouvelle grammaire fran- çaise fondée sur l'histoire de la langue , à l'usage des établissements d'instruction secondaire. In- 12, xix-248 p. Paris (Hachette et C*). ! fr. 50 Catalogue méthodique de la bibliothèque communale de la ville d'Amiens, i" sup- plément. In-8', 665 p. Amiens (imp. Yvert). Clos (L.). Étude sur la municipalité de Toulouse, ln-8', i6 p. Toulouse (imp. Douladoure). Courajod (L.). Les armoiries des comtes de Champagne au XIII" siècle. In-8°, j p. Nogent-le-Rotrou (imp. Gouver- neur). Coussemaker (E. de). Scriptorum de musica medii aevi novam seriem a Ger- bertina aiteram collegit nuncque primum edidit. T. 4. Fasc. 2. In-4*, p. 81-160. Paris (Durand et Pedone-Lauriel). De Faytinelli (P.). Rime : ora per la prima voltà pubblicate con notizie suUa vita deli' autore ed altre iliustrazioni da L. Del Prête. In- 16, 120 p. Boiogna (Romagnoii). 4 fr. 50 Delisle (L.). Le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale, étude sur la formation de ce dépôt, comprenant les éléments d'une histoire de la calligraphie, de la miniature, de la reliure et du com- merce des livres avant l'invention de l'imprimerie. T. 2. In-4°, x-551 p. Paris (Imp. nationale). 40 fr. Douët-d'Arcq (L.). Nouveau recueil de comptes de l'argenterie des rois de France. In-8*, lxxj-366 p. Paris (Loones). Facezie e motti de! secoli XV e XVI : codice inedito magliabechiano. In- 16, x- 152 p. Boiogna (Romagnoii). 6 fr. Ficker (J.). Forschungen zur Reichs- u. Rechtsgeschichte Italiens. 4. Bd. Urkun- den. 2. Abth. In-8% S. 289-605. Inns- bruck (Wagner). 1 1 fr. 80 Les tomes I à IV. 62 fr. 75 Flechia (G.). Nomi locali del Napolitano derivati da gentilizi italici. In-8°, 58 p. Torino (Paravia e C). Frediani (F.). Lettere familiari e filolo- giche raccolte e illustrate dal P. A. Gal- licani. In- 16, 448 p. Pistoia (Bracali). 5fr. Greville (C. C. F.). A Journal of the Reigns of King George IV and King William IV. Edited by H. Reeve. 3 vol. in-8'', cart. 440 p. London (Longmans). 45 fr- Head (B. V.). On the Chronological Sequenceof the Co'- '■"-acuse. In-8', cart. London (Smith). 10 fr. Krakauer (G.). Dâs Verpflegungsv/esen der Stadt Rom in der spaeteren Kaiser- zeit. In-S", 59 S. Berlin (Mayer et Mùller). I fr. 75 Krohn (A.). Sokrates u. Xenophon. In-S", x-179 S. Halle (Miihlmann). 6 fr. Lauria (G. A.), La Bitinia. La Lidia : Studj. In-8', 80 p. Napoli (tip. di Avall.one). Libro délie nature degli uccelli fatto per lo Re Danchi : testo antico toscane messo in luce da F. Zambrini. In- 16, xxxvj-172 p. con figure in cromolitog. a fac-similé del codice. Boiogna (Roma- gnoii). ijfr. Mill (J. S.). Nature; The Utility of Reli- gion, and Theism. In-8*, cart. 270 p. London (Longmans). 13 fr. tj Minto (W.). Characteristics of English Poets, from Chaucer to Shirley. In-S", cart. 490 p. London (Blackwood). II fr. 2 J Persio (A.). Discorso intorno alla con- formità délia lingua italiana con le più nobili antiche lingue eprincipalniente con la greca. In-i6, 80 p. Napoli (tip. Morano). Peigné-Delacourt. Topographie archéo- logique des cantons de la France. Pro- gramme et Spécimen. In-8', 8 p. Noyon (imp. Andrieux). Prévost. Histoire de Manon Lescaut et du chevalier Des Grieux. Précédée d'une étude par A. Houssaye. Six eaux-fortes par Hédouin. 1" partie. In-i6, xxxij- 180 p. Paris (Lib. des Bibliophiles). Rabbinovicz (R.). Variae lectiones in Mischnam et in Talmud babylonicum quum ex aliis antiquissimis et scriptis et impressis tum e codice Monacensi praes- tantissimo collectae, annotationibus ins- tructae. Pars VI. Tract. Psachim. In-8*, 380 p. Mùnchen (Rosenthal). 10 fr. Les parties I à IV et VI. 38 fr. Racine (J.). Œuvres. Texte original avec variantes, notice par A. France. T. j. In- 12, 289 p. Pans (Lemerre). 5 fr. Rœsîger (A. F.). De DurideSamio Dio- dori Siculi et Plutarchii auctore. In-8', 64 p. Gœttingen (Rente). 1^-75 Wordsworth (C). Social Life at the English Universities in the Eighteenth Century. In-8°j cart. 766 p. London (Bell et D.). 18 fr. 75 Nogent-le-Rotrou. Imprimerie de A. Gouverneur. N* 24 Neuvième année. 12 Juin 1875 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE RECUEIL HEBDOMADAIRE F'UBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÊAL, G. MONOD, G. PARIS. Secrétaire de la Rédaction: M. vStanisias Guyard. Prix d'abonnement : Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus suivant le pays. PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 67, RUE RICHELIEU, 67 Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). ■— — — — — ^— ■'~i— ^■■■^— ~— — ^— ^™'^^^"^— ^■■■— — ^^^^■^^■^^"^™^^— '■^— ■ ANNONCES En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 67, rue de Richelieu. BIBLIOTHÈQUE DE l'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES 22e fascicule. de Philippe. Poème en vers politiques de Philippe le Solitaire, publié dans le texte pour la première fois, d'après six mss. de la Bibliothèque nationale, par l'abbé E. Auvray, licencié ès-leltres. ? fr- 75 COLLECTION PHILOLOGIQUE (ANCIENNE SÉRIE) 5e fascicule. •tl< • iv 1 1 1 l_i r\ Les noms de famille. j fr. 50 LES PLEURS G. PARIS Les Contes orientaux dans la littérature française du moyen-âge. Broch. in-S". i fr. En vente à la librairie Lippert, à Halle, et se trouve à Paris, à la librairie A. Franck (F. Vieweg propriétaire), 67, rue Richelieu. H. SCHUCHARDT Ritornell und Terzine. In- 4°. 10 fr. 75 PÉRIODIQUES. The Academy, N" 1 59, new séries, 22 mai, LuKis, On the Class of Rude Stone Monuments which are commonly called in England Cromlechs, and in France Dolmens. London, Simpkin, Marshall and Co. (H. Dryden : informa- tions sûres, représentation fidèle des monuments). — Wordsworth, Social Life at the English Universities in the Eighteenth Century. London, Bell and Sons (J. Bass Mullinger: ouvrage des plus instructifs et amusants). — Viollet LE Duc, The Annals of a Fortress. Transi, by B. Bucknall. London, Sampson Low and Co. (Robert Home : art. favorable). — Dasent, The Vikings of the Bahic. A Taie of the North in the Tenth Century. London, Chapmann and Hall (Edmund W. Gosse : extrêmement intéressant et rempli de curieux détails sur la vie de ces écumeurs de mer). — Curt Wachsmuth, Die Stadt Athen im Alterthum. Vol. I. Leipzig, Teubner(J. P. Mahaffy : le meilleur ouvrage qui ait paru sur la topographie d'Athènes). — Carrent Literaîur. — Notes and News. — Notes of Travel. — Paris Letter (G. Monod : revue littéraire). — Oxford Letter (A. H. Sayce). — Wild Men in India (R; C, Childers). — Mr. Gaird- ner's « Houses of Lancaster and York » (James Gairdner : répond à quelques critiques de VAcademy). — Pepy's Diary (George Bell). — Lewes, Problems of Life and Mind. Vol. IL London, Trùbner (Frederick Pollock). — Tyler, Ecclesiastes; a Contribution to its Interprétation. London, Williams and Norgate (S. R. Driver : mérite d'être lu). — Science Notes (^Anthropologie). — Meetings of Societies (institut anthrop.. Soc. psychologique, des antiquaires). — The Capi- toline Muséum, The Colosseum, the Palatine and Esquiline Hills (I, C. Hemans). The Athenœum, N° 2482, 22 mai. Pennington, The Life and Character of Erasraus. Seeley, Jackson and HalHday (on ne voit pas bien la nécessité de cette nouvelle vie d'Erasme). — Lanfrey, Histoire de Napoléon I"'. T. V. Paris, Charpentier (digne des volumes précédents). — Early Allusions to Shaks- peare (C. Elliot Brov^ne). — The Land of Moab (H. B. Tristram : répond à un critique acerbe de ses ouvrages par M. Paine). — Notes from Paris (Edmond About). — Literary Gossip (M. Gairdner écrit à propos de deux critiques que lui a adressées i'Aîhen£um au sujet des cartes qui accompagnent son dernier ouvrage). — Societies (Soc. psychologique, royale historique, inst. anthrop.. Soc. philologique de Cambridge). liiterarisches Centralblatt, N° 22, 29 mai. Jahn, Die Geschichte der Bur- gundionen und Burgundiens 2 Bde. Halle, B. d. Waisenhauses. In-8°, xxxvj- 560; ix-556 p. (malgré ses défauts, cet ouvrage est un véritable monument). — Die Chroniken der fraenkischen Staedte. Nûrnberg. 5. Bd. Leipzig, Hirzel. In-8"j x, p. 441-888. — BussoN, Zur Geschichte des grossen Landfriedens- bundes deutscher Staedte (cf. Revue critique, 1875, ^° '4)- — Schœtter, Cours d'histoire universelle. 2 vol. Histoire du moyen-âge. Luxemburg, Brùck. In-8°, 327-vj p. (n'est pas au courant de la science). — XII panegyrici latini. Rec. Baehrens. Leipzig, Teubner. In-8", xxvj-324 p. (la Revue crit. appréciera cette édition). — Q. Horatius Flaccus erkl. v. H. Schùtz. i. Th. Oden und Epoden, Berlin, Weidmann. In-8", xxiv-295 p. (nombreuses critiques sur cette édition classique), — Craik, A manuel of English Literature and Language. In 2 vols. Leipzig, Tauchnitz. In-8'', 352; 310, 16 p. (sans grande valeur). Anzeiger fur Kunde der deutschen Vorzeit, N° 4, April 187 5. Die Mûnzer, Hieronymus Holzschuher und die Furtenbache (fin .-W. Lochner). — Sphragistische Aphorismen. XC. (F. K.). — Urkundliche Beitraege zur Kûnstler- geschichte Schlesiens (Dr. C. Wernicke). — Das Grabmal des Ritters Wilhelm von Rechberg im Kreuzgang der Stiftçkirche von Ellwangen (Pfarrer Busl). — REVUE CRITIQ^UE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE N' 24 — 12 Juin — 1875 Sommaire : ii2. Hymne à Ammon-Ra, tr. p. Grébaut. — 113. Krumbholz, Recherches sur la première Idylle de Théocrite. — 114. Riese, l'Idéalisation des peuples du Nord dans les littératures grecque et latine. — 115. Querolus, p. p. Peiper. — 116. Documents inédits pour servir à l'histoire de la Réforme et de la Ligue, p.p. LouTCHiTZKY. — II 7. CouRRiÈRE^ Histoirc de la littérature contemporaine en Russie. — Variétés : Sur deux relations de voyageurs espagnols. — Sociétés savantes :. Académie des inscriptions. ...^i\.^ '.'. . — . « . ■ — ' — — — — — — • 112. — Bibliothèque de l'École des Hautes-Études, 2i« fascicule. Hymne à Ammon-Ra des papyrus égyptiens du musée de Boulaq, traduit et commenté par Eu- gène Grébaut, élève de l'Ecole des Hautes-Études, avocat à la Cour d'appel de Paris. Paris, librairie A. Franck. 187$. Gr. in-8', xxxij-j04 p. — Prix : 22 fr. M. Grébaut, élève de l'École des Hautes-Études, a été formé par M. Maspero; c'est un disciple qui fait le plus grand honneur au jeune et savant professeur. Il est juste d'ajouter que M. Grébaut a suivi pendant longtemps le cours de M. de Rougé au Collège de France, et qu'il est visiblement imbu des excellents prin- cipes qu'il a puisés à cet enseignement. Ce qui distingue, en effet, son travail, ce qui le recommande à l'attention de tous, c'est la méthode, cette méthode sûre et prudente qui inspira le Mémoire sur Ahmès et qui consiste à ne rien avancer que preuves en mains, à ne pas faire un pas sans avoir affermi le terrain sous ses pieds; cette règle de conduite, malheureusement dédaignée par quelques-uns, est indispensable pour exécuter de bons travaux dans une science en voie de formation, indispensable surtout dans l'étude d'un texte égyptien religieux. M. Grébaut apporte dans l'égyptologie le scepticisme du mathématicien; il n'admet que ce qui lui est démontré, et ne jure par aucun maître; il n'accepte pas, les yeux fermés, les formules ayant cours; il soumet à sa critique person- nelle les traductions de ses devanciers, il ne croit qu'à ce que disent les textes, car, pour me servir de son expression, il les prend au sérieux; c'est à eux seuls qu'il demande l'éclaircissement des points obscurs; ce n'est pas de son imagi- nation qu'il tire ses explications, mais de l'étude comparative des inscriptions. Il a abordé son travail sans idées préconçues, sans système échafaudé d'avance : ce qu'il expose sur la religion, il l'a lu dans les hiéroglyphes; il n'est pas un rêveur, mais un investigateur soigneux, patient, minutieux, qui étudie les textes à la loupe, qui ne laisse rien passer, et pour qui nul détail n'est indifférent. Dès les premières pages de son commentaire il donne une preuve frappante de son attention scrupuleuse et nous en fait recueillir les fruits; en étudiant la structure de son texte, en comptant les phrases, en pesant les mots, il a surpris les règles, jusqu'ici cachées, de la versification égyptienne et il les expose ainsi (p. ^i) : (( Chaque phrase, développement d'une pensée unique, constitue un verset divisé en deux parties à peu près égales, se faisant pour ainsi dire contre-poids, et XV 24 370 REVUE CRITIQUE présentant un parallélisme d'idées et d'expressions. Pour l'expression, le paral- lélisme consiste dans la répétition des mêmes tournures syntaxiques et des mêmes formes grammaticales ou au moins dans l'emploi de tournures et de formes ana- logues. Il est aussi mis en relief par le retour des mêmes mots et par des allité- rations : mais ces ornements accessoires, fort précieux pour nous, car ils rendent sensible la règle de construction poétique, font souvent défaut. Quant aux points, c'étaient, je crois, de simples accents marquant le repos de la voix après une suspension de sens, et dont le nombre, variable avec la longueur du verset, reste le même dans chacune de ses deux parties principales. » Voici quelle est la division de la première partie de l'ouvrage. Après une pré- face, dans laquelle l'auteur expose sa méthode d'interprétation des textes reli- gieux, se place la traduction interlinéaire de l'hymne entier, puis le commentaire des deux premières pages dont le fac-similé, accompagné d'une transcription hiéroglyphique, termine le volume. Deux autres parties seront consacrées à la fin du commentaire et à une étude sur la religion. Les 270 pages de commentaire que contient le premier volume paru pré- sentent d'intéressantes observations philologiques; mais la partie la plus impor- tante et la plus neuve a trait à la religion. Voici, par exemple, comment M. Gré- baut entend la conception égyptienne de la divinité : « L'Egypte monothéiste a » considéré les dieux de son panthéon comme les noms qu'un être unique rece- » vait dans ses divers rôles, en conservant dans chacun, avec son identité, la ï) plénitude de ses attributs. Dans son rôle d'Éternel, antérieur à tous les êtres » sortis de lui, puis dans son rôle d'organisateur des mondes, enfin dans son » rôle de Providence qui, chaque jour, conserve son œuvre, c'est toujours le » même être réunissant dans son essence tous les attributs divins. Cet être qui » en soi un et immuable, mais aussi mystérieux et inaccessible aux intelligences^ » n'a ni forme ni nom, se révèle par ses actes, se manifeste dans ses rôles, dont » chacun donne naissance à une forme divine qui reçoit un nom et est un » dieu. » Rappelant diverses formules égyptiennes qui présentent les dieux tantôt comme engendrés par le dieu unique, tantôt comme étant ses propres membres, M. Grébaut ajoute : « Il faut remarquer que, loin d'être une expression de poly- » théisme, ces formules avaient précisément pour but d'en écarter l'idée. Ce ne « sont pas les dieux qu'on adore, au contraire, on leur dénie l'existence person- » nelle; on adore, sous le nom d'un dieu quelconque, le dieu caché qui, en se » transformant lui-même, en s'enfantant pour de nouveaux rôles, engendre les >> dieux, ses formes et ses manifestations Le dieu qui n'a pas de forme et dont » le nom est un mystère (ce sont les expressions égyptiennes) est une âme agis- » santé qui remplit des rôles nombreux, personnifiés par les dieux ; ceux-ci sont » des formes procréées, c'est-à-dire animées par l'âme qui les revêt, ou pour » nous servir de l'expression de l'hymne de Boulaq, qui les habite. Elle circule « de rôle en rôle sans perdre jamais une seule des qualités qui sont de son » essence divine. De quelque nom qu'il l'appelle, sous quelque forme qu'il la » cherche, quelle que soit la manifestation sous laquelle il la reconnaît, le d'histoire et de littérature. 371 » croyant la proclame toujours l'âme de tous les dieux, le dieu unique qui n'a » pas son second et lui attribue toutes les perfections divines. » Le dieu un, ou l'âme divine, se manifestait dans l'ordre physique par la » lumière. Le soleil considéré comme un symbole parfait de la divinité, était, » en conséquence, adoré dans toute l'Egypte, et la plupart des noms du dieu ') égyptien répondaient à ses positions successives pendant sa révolution quoti- ■> dienne. Mais les Égyptiens ont reconnu aussi une manifestation morale de la ) divinité dans le Vrai, cette lumière des intelligences. C'est Dieu qui « enfante ') la Vérité, « et qui en est (littéralement en faif) le corps. Il est « le maître de ) la Vérité, l'âme divine subsistant par la Vérité. » Il vit de Vérité. Dans chaque ■> dieu qu'il enfante, il se manifeste donc par la Vérité. La Vérité étant la parole ) de l'Être suprême, les dieux sortent de sa bouche et sa parole devient les dieux. > Lui-même est le vrai de parole^ ma kheru. » On sait que l'expression ma kheru, appliquée tantôt aux dieux tantôt aux norts divinisés, a reçu pendant longtemps et reçoit encore de beaucoup d'égyp- ■ologues la traduction de justifié. Devéria est le premier qui ait fait comprendre (|ue ce sens est absolument incompatible avec un titre divin; il avait proposé l'interprétation véridique, ayant l'autorité de parole, persuasif, M. Grébaut explique ijue ce savant regretté n'avait pas saisi le vrai sens et, traduisant par projé- lanî la vérité, émettant la vérité, il démontre que cette qualification découle natu- lellement de ce qu'on vient de lire sur la divinité se manifestant par le Vrai: « La ) manifestation du vrai, la vérité proférée, ma Kheru, quia donné naissance aux ; dieux et par laquelle ils continuent d'être, se saisit elle-même dans son effet ) le plus sensible, le règne de la Vérité, du Bien, de la Sagesse, règne qui a mis ) fin au désordre du Chaos, et auquel correspondent, dans l'ordre physique, les ) effets de la lumière succédant aux ténèbres primordiales. Chaque matin, en ) même temps que renaît sa lumière, le dieu-Soleil se manifeste par la Vérité ) (ma) proférée (kheru); il est vrai de parole (ma kheru). Tout dieu solaire, Ra, ) Osiris, Khepra, Shu, Armakhis est, en ce sens, vrai de parole, ma kheru; > c'est ce que nous apprenons par des hymnes malheureusement trop rares. ) Comme la plupart des textes religieux parvenus jusqu'à nous ont été trouvés ) dans les tombeaux, et que les chapitres du Livre des morts, écrits sur papyrus ) ou gravés sur les sarcophages, en constituent le fonds principal, en fait, les ) textes religieux que nous possédons nous parlent surtout du ma kheru du ) soleil couché, Osiris, dieu des morts, auquel tout défunt, appelé à renaître à > une nouvelle existence, était assimilé. Quand le soleil Osiris reparaîtra en vrai ) de parole, ses ennemis, les ténèbres et le mal, les partisans de Set, seront X renversés : Horus aura vengé son père et le règne de la Vérité (suteni n ma-t) ï. aura commencé. Les ténèbres ne sont dissipées que par la lumière : le mal y (asef, l'erreur, le mensonge, le désordre moral) ne disparaît que devant la T. Vérité, mais il la rencontre dans la parole d'Osiris : est ta parole vérité pour tes )) ennemis, ô Osiris! » L'homme, si ses actions ont été conformes à la Vérité, est devenu un auteur y> de vérité (ar ma sur plusieurs stèles funéraires), un vrai de parole (ma kheru): 572 REVUE CRITIQUE » il se manifeste donc comme Osiris, le Vrai éternel, et, triomphant de ses » ennemis après sa mort, échappe à l'anéantissement; divinisé par ses propres » œuvres, il prend place parmi les dieux qui vivent à la suite d'Osiris. Son » assimilation aux dieux étant complète, sa participation aux privilèges divins » est sans bornes ; il devient lumineux (s-hef) comme Osiris renaissant en Ra, » et voit s'accomplir pour lui ce souhait qu'on formait pour tout défunt : « Que » les dieux lui accordent d'être lumineux (Khu) dans le ciel, avec Ra, vrai de » parole dans Neter-Kher, avec Osiris. » » En résumé la parole exprime la vérité du dieu manifesté par la lumière et » la vérité de l'être auteur du vrai, père des dieux. Aux dieux elle apporte la » vérité qui les nourrit, aux puissances typhoniennes la vérité qui les détruit » (p. 116-120). Le mot égyptien ta « terre, région » est toujours écrit au duel; M. Grébaut est le premier qui ait compris et démontré la signification de cette orthographe. De même que nous concevons une ligne nommée équateur qui sépare le globe en deux hémisphères, les Égyptiens disaient que le soleil, dans sa course d'Orient en Occident, tranche le monde en deux parties, le Nord et le Sud, qu'il vivifie simultanément par les rayons sortis de ses deux yeux : aussi cet astre est-il nommé Roi du Midi et du Nord ; c'est le titre représenté par le roseau et l'abeille, titre que l'on traduit à tort par roi de la haute et de la basse Egypte et que le pharaon s'attribue , non parce qu'il est souverain de l'Egypte, mais parce qu'il est assimilé à Horus, le soleil levant. En donnant cette interprétation M. Grébaut explique de la manière la plus inattendue et en même temps la plus naturelle le sens des titres divins et royaux qui constituent les protocoles et qui tous ont pour objet la domination solaire sur les régions du Sud et du Nord (p. 17? à 227). rrj'iiyon Par les citations qu'on vient de lire on aura pu, je l'espère, se faire une idée de l'intérêt particulier qu'offre la première partie de TÉtude sur l'Hymne à Ammon du musée de Boulaq; il est à désirer pour la science que les deux autres parties se succèdent rapidement. Tout le monde sera d'accord avec moi pour voir dans ce livre un début des plus remarquables : il nous annonce un égyp- tologue avec lequel il faudra compter. Paul PlERRET. 1,^. _ Albin Krumbholz. Quaestionum Theocritearum spécimen primum, quo agitur de locis aliquot primi idyllii difficilioribus ad fabulam Daphnidis spectantibus. Dresde. 1875. In-S" (J3 p.). — Prix : i fr. jj. On ne sait pas très-bien à quoi s'en tenir sur le compte de Daphnis; en par- ticulier, l'histoire de ses amours est toujours demeurée fort obscure. Aussi la première idylle de Théocrite fenferm.e-t-elle plusieurs passages qui n'ont pas encore reçu une interprétation satisfaisante. On y voit notamment, aux vers 82- 8$, courir au travers des bois une jeune fille ou jeune femme (y.wpa), sans doute une amante de Daphnis, dont les philologues n'ont pu, jusqu'à présent, établir à coup sûr l'identité. M. K. la désigne en ces termes : « mystica illa %iùpcL Théo- d'histoire et de littérature. 375 )) critea, quae haud scio an viris doctis majores paravent quam ipsi Daphnidi cru- )) ciatus, it Pourquoi faut-il que les compatriotes de M. K. déparent si souvent de bons livres par des traits de ce genre ! Au demeurant, le travail dont nous rendons compte, — présenté par son auteur à l'Université de Rostock pour obtenir le grade de docteur, — est un résumé convenable des opinions émises par divers savants sur quelques-unes des questions difficiles qui concernent Daphnis. On n'y trouvera rien de nouveau, si nous ne nous trompons, qu'une conjecture (ato-a pour àvà au vers 96) qui ne paraît point bonne. Sans toucher aux grosses difficultés qui ont été soulevées, nous pensons qu'on pourrait lire, au vers 1 50, èvl xpavatat au lieu de iià y.pava:crt '. Charles Graux. 114. — Die Idealisirung der Naturvœlker des Nordens in der griechi- schen und rœmischen Litteratur. Von Prof. D' Alexander Riese. Heidelberg, Verlag von G. Weiss. 1875. In-4'', 44 p. — Prix : 2 fr, 75. M. Al. Riese, éditeur des Satires Ménippées de Varron, de l'Anthologie latine, des œuvres d'Ovide, et auteur de nombreux travaux sur l'antiquité, a été chargé, en septembre 1874, d'un discours à l'assemblée des philologues, réunie à Inns- pruck. Il avait pris pour sujet les jugements portés sur les Germains par les auteurs romains. Ce discours ayant été accueilli favorablement, M. R. paraît avoir étendu le champ de ses observations, et c'est sans doute le résultat de ces nouvelles études qu'il a déposé dans les pages dont nous venons d'indiquer le titre, et qui ont été d'abord publiées en tête du « Programme » du gymnase de Francfort s. le Mein. La Germanie de Tacite est-elle une idylle, un roman, une satire, ou bien un ouvrage sérieux de géographie et d'ethnographie? Telle est la question d'où M. R. prend son point de départ. Il se prononce pour la dernière de ces opi- nions ; mais il reconnaît en même temps que Tacite cherche les causes de la force des Germains précisément dans le contraire de ce qui fait la faiblesse de la Rome impériale, et qu'il se complaît à peindre, dans la Germanie, un état de choses qui lui paraît plus ou moins idéal. Ce contraste établi entre la civilisation gréco-romaine et les mœurs primitives des Barbares, et plus spécialement la représentation de certains peuples du Nord comme ayant en partage une vertu et une félicité idéales, voilà ce que M. R. poursuit à travers tous les âges des littératures grecque et romaine, depuis Homère jusqu'à Tacite. Ce sont d'abord des peuples plus ou moins fabuleux, habitant l'extrême Occident, dont la justice et le bonheur sont célébrés par les anciens poètes grecs. Plus tard, les mêmes traits, et d'autres plus nombreux, mais toujours semblables, sont prêtés aux Hyperboréens, aux Scythes, et enfin, au T"" siècle ap. J.-C, surtout par les hommes de l'opposition stoïcienne, aux Germains. On ne lira pas ce petit écrit sans être frappé de maint aperçu nouveau sur les I . Sur cette conjecture, v. Tournier, Exercices critiques, n' 479. ■ ' I 574 .Mim^^ REVUE CRITIQUE TZîH'q auteurs les plus connus, comme aussi d'informations très-curieuses puisées à des sources moins fréquentées. T. 115. — Aulularia sive Querolus, Theodosiani aevl comoedia. Edidit R. Peiper. Leipzig, Teubner, 1875. In- 12, xl-68 p. — Prix : 2 fr. On sait qu'il existe, sous le nom d' Aulularia, emprunté à la comédie de Plaute, ou de Querolus, nom du principal personnage, une composition dramatique, dont on s'accorde aujourd'hui à fixer la date au iv« siècle : elle ne peut être du vu", comme on l'a souvent dit , puisque , sans parler d'autres raisons , elle est citée par Servius; ce témoignage tendrait même à faire reculer la date. En effet Ser- vius commet déjà une erreur qui a été universelle au moyen-âge, et attribue le Querolus à Plaute ' : il semble que pour qu'une telle confusion fût possible , il fallait que la pièce eût déjà une certaine antiquité. Une nouvelle édition du Que- rolus, revue sur tous les manuscrits, était à désirer, d'abord parce que celle de Klinkhamer (Amsterdam, 1829) n'avait pas à beaucoup près épuisé la tâche du critique, ensuite parce que l'ouvrage en lui-même, tant par le fond que par la forme, mérite une attention qu'il n'a guère obtenues Comme œuvre littéraire, la pièce est assurément médiocre ; cependant l'intrigue bien conçue amène des péripéties amusantes, et les hors d'œuvre qui la relèvent ne manquent pas d'un certain esprit î ; mais surtout elle a le mérite de mettre en scène quelques traits des mœurs de l'antiquité à son déclin : nous citerons le rôle joué par les devins et les mathematici, la croyance à une bonne et mauvaise fortune afférente à chacun, l'identification du Lar avec le Fatum, les rapports des esclaves entre eux et avec leurs maîtres, etc. Malheureusement l'auteur, comme beaucoup de ses contemporains, écrit dans un style à la fois si plat et si bizarre, il est si incapable de peindre avec précision des caractères ou des mœurs, il préfère si évidemment à la réalité les conceptions les plus incohérentes, qu'on trouve dans son ouvrage peu de chose dont on puisse sûrement profiter. Ainsi les pratiques des mathematici sont décrites d'une façon absurdement inin- telligible , et le curieux tableau des plaisirs nocturnes des esclaves risque fort d'être de la pure fantaisie. Le sujet de la pièce est des plus simples 4, et n'a, 1. M. Peiper dit que Vincent de Beauvais, s'il avait lu le Querolus, n'aurait certaine- ment pas commis cette méprise, parce que dans le prologue l'auteur dit positivement que sa comédie n'est pas celle de Plaute. C'est faire trop d'honneur à la critique du moyen- âge. M. P. remarque lui-même (p. xx) que Jean de Salisbury avait lu toute la pièce; en dit-il moins positivement qu'elle est de Plaute? Vital de Blois, qui a mis en vers élégiaques le Querolus et un AmphUruo probablement du même genre, les attribue l'un et l'autre à Plaute. 2. Nous citerons comme exemple de la négligence avec laquelle on l'a traitée les quel- ques mots que lui consacre M. Bernhardy : « Sous le nom de Plaute s'est encore conservé » le Querolus, fade comédie, composée peut-être avant le IV' siècle, et qui n'est qu'une » rédaction en prose de \' Aulularia. « 3. Magnin s'est étrangement exalté à propos du Querolus : « C'est, dit-il {Revue des Deux-Mondes, 1835, t. II, p. 67O, à la fois une comédie de caractère, de mœurs et d'intrigue, étincelante d'esprit, de verve et de poésie. » Malgré ce dithyrambe, on a peu lu le Querolus, même dans l'analyse fort habile du spirituel critique. 4. IT paraît d'ailleurs emprunté à une comédie grecque : du moins l'auteur le dit d'histoire et de littérature. 575 quoiqu'on l'ait souvent répété, aucun rapport avec celui de VAulularia, dont on pourrait à la rigueur regarder le Querolus comme une continuation. En effet il s'agit d'une urne où l'avare Euclion (c'est le nom du héros de Plaute) a caché son trésor, qu'il a indiquée, en mourant en pays étranger, à un ami infidèle, et que celui-ci, le parasite Mandrogéronte, après avoir essayé de la voler, restitue malgré lui au fils d'Euclion, Querolus ' . Ce qui fait une partie de l'intérêt de cette pièce, c'est la question de savoir si elle a été représentée. Magnin l'affirme ; E. du Méril {Origines latines du théâtre moderne, p. 14-1 5) est porté à en douter; mais les raisons qu'il donne sont toutes faibles, excepté une, ce vers du prologue : Nosfabellis atque mensis hune libellum scripsimus^; ces expressions indiquent en effet un livre écrit pour être récité à table. Mais certains endroits de l'ouvrage, notamment la scène 1, où le dieu Lare trouve à ses pieds et saisit un trident oublié par des pêcheurs, et surtout la scène où Mandrogéronte jette l'urne par la fenêtre dans la maison de Querolus, ne permettent guère de douter que la pièce ne fût destinée à la repré- sentation. Il est possible de tout concilier : nous voyons déjà dans Pétrone l'usage de faire paraître dans les festins des histrions qui déclamaient ou même jouaient de véritables scènes (cf. Plin. Epist. I, i $): le Querolus paraît avoir été destiné à une exécution de ce genre : c'est proprement ce qu'on appelait un acroama. La brièveté de l'ouvrage, le petit nombre des personnages, le caractère savant du style et des allusions (notamment juridiques), la prédominance du dialogue sur l'action, tout vient, si nous ne nous trompons, confirmer cette conjecture 5. Du Méril prétend que le Querolus n'a pas été fait pour être joué parce que, «malgré » l'usage suivi constamment par tous les anciens auteurs comiques, aucune trace » de versification ne s'y laisse apercevoir. « C'est là une erreur évidente. L'auteur nous dit qu'il marche dodo pede, et cette expression peut s'entendre dans plusieurs sens, mais non assurément dans celui de simple prose : il a voulu faire des vers, mais lesquels? M. Peiper se borne à peu près à reproduire ce qu'a écrit Wernsdorf sur ce point. L'opinion même de Wernsdorf, et surtout la remarque qu'y joint M. P., devait le porter à imprimer la pièce en vers. Le pied boiteux, expression, comme le remarque M, P., qu'Ovide applique au distique, désigne une unité métrique dont les deux moitiés sont inégales, et M. P. dit en effet : « Alias igitur leges apud nostrum quoque priores enuntia- » torum partes secuntur, alias posteriores , illae cum sint ad prosam orationem » confirmatae, trochaicas eis adjunxit plerumque clausulas. » Nous croyons qu'il était presque indispensable, pour donner une idée du mode de composition et expressément : Qui Graecorum disciplinas ore narrât barbare. Il est vrai que tout ce pas- sage (notamment le terme de barbarus) paraît imité des prologues de Plaute. 1. L'auteur a emprunté à Plaute l'idée du rôle qu'il prête au Lar familiaris; mais il lui fait faire à Querolus un petit cours de philosophie qui montre bien ce que devenaient les vieilles idées religieuses entre les mains des beaux esprits d'alors. 2. Ce vers, comme celui qui est cité dans la note i et beaucoup d'autres, offre un tétramètre trochaïque catalectique parfait, et, ce qui est digne d'attention, rhythmique aussi bien que métriijue, Voy. ci-dessous. 5. Les plaisanteries perpétuelles sur les parasites, sur les esclaves, etc., semblent aussi, non moins aue la discussion académique (cf. I, 13) sur la bonne et la mauvaise fortune, faites pour le même milieu. 376 'Mmm.- REVUE CRITIQUE ^^^' de récitation de la pièce, de reproduire par l'impression cette singulière structure. Il est vrai que c'est souvent difficile : le mètre semble parfois se dérober com- plètement, et il serait téméraire d'introduire des corrections; cependant la plu- part du temps on trouve des lignes comme celles-ci, les premières de l'ouvrage : Rutili venerande semper magnis laudibus, Qui das honoratam quietem quam dicamus ludicris, Inter proximos et propinquos honore dignum putas*, Duplici fateor et ingenti me donas bono, Hoc testimonio, hoc collegio : haec vera est dignitas. Quaenam ergo his pro meritis digna referam praemia? On voit que le premier hémistiche est très-irrégulier, le second assez réguliè- rement composé de six à huit syllabes et terminé invariablement par un trochée suivi d'une syllabe indifférente. Le mouvement de ce second hémistiche paraît également trochaïque, et ce fait, aussi bien que la séparation du vers en deux hémistiches et le nom même de pes dodus, nous fait hésiter à croire, avec Wernsdorf et M. Peiper, que nous ayons ici une imitation grossière du vers de Térence, dans lequel on ne conserverait plus que l'iambe final. Nous y verrions plus volontiers, ainsi que dans les vers analogues qu'offrent des inscriptions africaines *, une forme très-libre qui serait à peu près au tétramètre trochaïque catalectique ce que celle de Commodien est à l'hexamètre. En tout cas il était d'autant plus désirable de distinguer les vers pour l'œil que le sens est générale- ment achevé avec chaque vers, et que la forme de la pièce prend ainsi un tout autre aspect. Une des circonstances qui donnent encore de l'intérêt au Querolus, c'est qu'il a été mis en vers élégiaques par Vital de Blois et que cette imitation a eu le plus grand succès au moyen-âge. M. P. émet sur ce poète (p. xxj) deux opinions tout à fait nouvelles, l'une qu'il n'était pas de Blois, l'autre qu'il vivait au viii^ ou au IX* siècle et non, comme on l'a cru jusqu'ici, au xii^. La raison qu'il donne de la première opinion ne paraît pas très-bonne ; quant à la seconde il ne l'appuie d'aucun argument (ut mea est sententia), et il serait à souhaiter qu'il en donnât les motifs : elle nous paraît tout à fait invraisemblable. Le texte est établi avec beaucoup de soin. Il laisse encore à désirer, car les quatre mss. ont des fautes communes assez nombreuses, et plusieurs passages restent ininteUigibles ou évidemment altérés. M. P. a souvent corrigé avec bonheur la leçon des manuscrits ; nous citerons notamment 53,18 luas aurum pour thesaurum. La ponctuation est assez négligée, parfois tout à fait fausse : adnsi 4, 6-7 Locum tantummodo senex ostendit. Oblitus doli parasitas navem ascendit, lisez Locum tantummodo senex ostendit, oblitus doli h Parasitas, etc. (cf. 6, 17). Voici deux passages où il nous semble qu'on peut rétablir une leçon meilleure. 1. Il paraît inutile de suppléer avec M. P. dum devant putas. 2. Voy. Biicheler, Rhein. Mus. XXVII (1872), 474. Nous pensons avec M. Bûcheler contrairement à M. P., que la circonstance que ces versnese trouvent qu'en Afrique rend probable aussi pour le Querolus une origine africaine. En tout cas les inscriptions afri- caines qui le présentent auraient dû être étudiées par l'éditeur du Querolus. 3. Doli est d'ailleurs la fin du vers. d'histoire et de littérature. 377 36,1 Mandrogéronte demande à Querolus s'il a un coffre vide, pour emporter sa mauvaise fortune hors de chez lui quand on l'aura découverte : Estne aliqua tibi arcula inanis? Quer. Non una quidem. Mandr. Una tantum est opus, in qua lustrum illud exportetur foras. Quer. Ergo et claves largior, ut inclusa excludatur calamitas. Il semble clair (cf. 41, 17) qu'il faut retrancher non avant una, et dès lors, bien loin de changer avec M. P. Ergo en Ego, on comprend que c'est ce mot qui donne tout le sens à la phrase; ce sont les clefs du coffre que Querolus remet à Mandrogéronte. — L'autre correction est encore plus sûre. Mandrogé- ronte a reçu d'Euclion mourant l'indication du lieu où est caché son trésor; il lui a décrit l'endroit oh demeure son fils Querolus, la disposition intérieure de la maison , etc. Mandrogéronte arrive avec ses deux compHces devant la maison qu'ils cherchent : Mandr. Nisi me fallit traditio, jam pervenimus. Sard. Ipsa est platea quam requiris. Syc. Recurre ad aediculum cito. Mandr. Sacellum in parte, argentaria ex diverso. Syc. Utrumque sic est. Sard.' Ventum est. Quid praeterca? Mandr. Domus excelsa. Syc. Apparet. Mandr. Iligineis foribus. Sard. Ipsa est. Le mot aediculum, qui est d'ailleurs d'un latin douteux, n'a ici aucun sens : il faut indiculum. Les aides de Mandrogéronte l'invitent à consulter la note qu'il a prise de la description d'Euclion pour reconnaître s'il est vraiment devant la maison signalée. Sur quoi il lit en effet les différentes indications contenues dans cette note (cf. 24, 23 ; au vers suivant nous lirions tu pour tua^. G. P. 116, — Documents inédits pour servir à l'Histoire de la Réforme et de la Ligue, par Jean Loutchitzky. Kiew. 1875. Vol. gr. in-8* de iij-354 p. M. Loutchitzky va bientôt faire paraître un ouvrage, préparé avec beaucoup de soin , qu'il intitule : Histoire de la réaction féodale en France au xvi^ et au xvu" siècle. Il en détache aujourd'hui les pièces justificatives, pensant que la plupart de ces pièces « étant très-peu connues et même pour beaucoup complé- » tement inconnues, » il pouvait être utile de les mettre au jour sans attendre la publication de l'ouvrage entier. M. L. ne nous donne pas ici tous les docu- ments qu'il a pu recueillir, pendant son séjour en France (i 872-1 874), dans les archives et bibliothèques de Paris, Grenoble, Nîmes, Montpellier, Toulouse et Montauban : il a choisi ce qui, dans son abondante récolte, lui a paru valoir le mieux, et c'est le dessus du panier qu'il offre au public. Je ne puis mieux faire que d'emprunter à l'éditeur lui-même l'énumération analytique des pièces dont se compose son volume (Préface, p. ij) : « Les docu- » ments qui ont trouvé place dans cette édition se rattachent directement aux » événements du xvi* siècle qui peuvent éclaircir la lutte des partis, celle des « protestants et de la Ligue. La formation et les premiers progrès de la Ligue, » ses commencements en Dauphiné, ses causes et ses éléments tant sociaux que I. L'imprimé porte Mand.; ce n'est sans doute qu'une faute d'impression. Le livre en contient plus d'une, p. ex. 20, 6. 51, 16-17. 57> 24. jyS .HW\:\ REVUE CRITIQUE » religieux étant le sujet de mes premiers chapitres, j'ai placé au commencement » de ce recueil les pièces qui s'y rapportent, telles que celles sous les n°' I-IX. » Les pièces à partir du n° X se rapportent à des événements particuliers au » parti protestant après la paix de Monsieur. La lutte intérieure de la fraction » consistoriale et des villes avec la noblesse, le parti des politiques et le maré- « chai de Damville se révèle dans ces pièces et y trouve son explication. Les » pièces n°* XIX, XX, XXIV-XXX ont le même caractère, mais avec des traits » qui trahissent, encore plus clairement que les précédentes, l'influence de )■) l'élément social et politique dans les luttes des partis entre eux, dans les dis- » cordes intestines des partis mêmes. Elles indiquent les germes de la lutte qui » se développe vers la fin du xvi^ siècle pour finir par un soulèvement des » paysans dans la France méridionale (Les Croquants, n" Ixij). La période qui « va de 1579 au renouvellement de la Ligue, les péripéties de la Ligue, les » rapports entre les diverses fractions du parti protestant et l'état de Languedoc » sont mis en lumière par les documents n°' XXXV-XLII, et les lettres de » Condé, de Montmorency, de Joyeuse et de Montpensier, tirées des manuscrits )> de la bibliothèque de Saint-Pétersbourg. Les pièces numérotées de XLIII à » LXI se rapportent exclusivement aux événements de la Ligue, aux relations » entre le peuple et la bourgeoisie dans les villes. La plupart des documents » sont tirés des archives du palais de justice et de la ville de Toulouse, qui fut » un des principaux foyers de la Ligue. — Ces courtes explications suffisent, à « mon avis, pour indiquer sommairement le contenu de ce volume, en attendant » l'apparition de l'ouvrage, où je m'efforcerai de commenter cette collection... » Les pièces si patiemment réunies par M. L. ont été généralement bien lues et bien publiées (je ne parle pas de certaines fautes d'impression que nous n'évi- tons pas assez en France et qui sont particulièrement excusables dans un livre sorti des presses de Kiew). Presque toutes ces pièces sont fort intéressantes et, dans leur ensemble, elles forment un des recueils les plus curieux qui, de nos jours, aient été mis à la disposition des historiens du xvi« siècle. Entre tous ces documents qui nous transportent du Bourbonnais en Dauphiné, de Bourgogne en Champagne, de Blois à Anduze, de La Rochelle à Fréjus, de Toulouse à Lyon, de Montauban à Périgueux, de Millau à Paris, je signalerai la série des lettres de Condé (p. 126-133), de Montmorency (p. 133-150), de Joyeuse (p. 150- 172), lettres qui nous apportent beaucoup d'informations nouvelles. Je signalerai encore les nombreuses pièces relatives à Toulouse, celle de toutes nos villes méridionales qui gagne le plus à la publication du recueil de M. L. (p. 19, 106, 109, 256, 2$8, 278, 295-298, 312-322, 325, etc.). Notons enfin, parmi les extraits qui concernent les Croquants (p. 334-354), une relation très-détaillée de la révolte des paysans périgourdins en 1 594 et 1 594, tirée des registres de l'hôtel de ville de Périgueux. '' Sans insister sur un travail qui, pour être bien jugé, a besoin d'être rapproché du livre auquel il sert de base, je dirai que M. L. n'a pas eu tort d'espérer {Préface, p. j) que le monde savant appréciera l'importance de tous ces maté- riaux. J'ajouterai que je crois pouvoir promettre à cet étranger qui met au ser- d'histoire et de littérature. 379 vice de notre histoire tant de zèle, tant de dévouement, que son recueil d'au- jourd'hui, que son livre de demain, trouveront parmi nous l'accueil le plus sympathique. ■0 .■ ix', y. T. DE L. 117. — C. CouRRiÈRE. Histoire de la littérature contemporaine en Russie. 1 vol. in- 12. Librairie Charpentier. — Prix : j fr. 50. On se plaint que les Français connaissent peu les littératures étrangères ; la librairie Charpentier, pour remédier à cette ignorance, publie une série d'Histoires de la littérature contemporaine dans les divers états de l'Europe. Trois volumes ont déjà paru : l'Histoire de la littérature contemporaine en Italie par M. Am. Roux, un volume analogue de M. Odysse Barot sur l'Angleterre et l'ouvrage qui nous occupe en ce moment. Ce n'est pas le moins curieux de tous, ni celui auquel le public a fait l'accueil le moins bienveillant. L'attention se tourne volontiers vers la Russie , on commence à soupçonner que ce pays n'est pas si étranger à notre civilisation qu'on voulait nous le faire accroire et qu'il mérite d'être sérieusement étudié. L'ouvrage de M. Courrière ne saurait manquer d'apprendre beaucoup à tous ceux qui ne connaissaient jusqu'ici que les noms de Herzen et de Tourguenev. L'auteur débute dans la carrière des lettres; on le sent à certains tâtonnements, à l'inexpérience de sa plume; mais il a le très- grand mérite d'avoir vécu longtemps en Russie et d'être parfaitement au courant du mouvement littéraire qu'il entreprend d'exposer. Si nous ne nous trompons M. Courrière a été longtemps collaborateur du journal français de Saint-Péters- bourg et il y traitait spécialement de la littérature russe. On voit qu'il a beau- coup lu et beaucoup retenu. Aucun étranger vivant en dehors de la Russie n'aurait pu entreprendre une œuvre de ce genre et réunir tant de faits en un volume de 400 pages. Les grandes figures de la littérature contemporaine y sont mises en relief d'une façon convenable : Griboïedov, Pouchkine, Lermontov, Gogol, Bielinsky, Gontcharov, Pisemski, Tourguenev, Ostrovsky sont successi- vement présentés au lecteur et des extraits de leurs œuvres lui permettent de se faire une idée au moins sommaire de leur talent. Le roman a surtout attiré l'attention de M. C. Il s'est efforcé d'y retrouver l'histoire des tendances qui ont agité la société russe depuis un demi-siècle. Peut-être lui a-t-il un peu trop sacrifié les poètes et les savants. Nous sommes un peu étonné de voir le grand fabuliste Krylov, mort en 1844, exclu du volume ou à peine honoré d'une quinzaine de lignes assez dédaigneuses. Nous aurions plus d'une lacune à signaler. Comment parmi les œuvres de Pisemsky avoir oublié ce drame si remarquable : Vamère destinée (Gorkaïa Sudbina) ? Ostrovsky, le grand représentant du théâtre russe, nous paraît traité bien légèrement. Les savants, dont quelques-uns sont de véritables écrivains, n'ont qu'une place bien minime; la littérature popu- laire mise en relief depuis quelques années par tant de travaux distingués n'est pas même indiquée. Dans une nouvelle édition que nous souhaitons vivement au livre de M. C, il y aurait lieu de donner au volume un peu plus d'équilibre. Le style manque parfois de correction; il se ressent du séjour prolongé ?8o REVUE CRITIQUE que l'auteur a fait en Russie et de Finexpérience de l'écrivain. Ainsi la Grusie dont parle M. C. s'appelle en français Géorgie (p. 58). Le mot athéiste (p. 214) n'est guère employé aujourd'hui. Dans certains cas la plume du critique l'a trahi; l'analyse du chef-d'œuvre de Gogol, le Réviseur, est écrite d'un ton familier et d'un style où détonnent les mots de farceur, déficelles, etc. M. C. a fait une grande place aux analyses des romans. Mais il se laisse dominer par le récit qu'il veut faire connaître, au lieu de le dominer lui-même : l'emploi des temps des verbes dans ces analyses n'est pas toujours heureux; elles auront besoin d'être sévèrement retouchées. Ces critiques n'ôtent rien à l'intérêt de , l'ouvrage ; nous souhaitons que l'auteur ait occasion de le soumettre à une sérieuse révision, et nous l'engageons vivement à continuer ses études sur le monde russe. Louis LEGER. VARIÉTÉS. Sur deux relations de voyageurs espagnols. La Revista Europea de Madrid contient dans son numéro du 2 mai 1875, sous le titre de Cuestion bibliogrdfica, une traduction de l'article publié ici même (n" du 27 février 187$) sur les Andanças é viajes de Pero Tafur, suivie d'obser- vations rectificatives par l'auteur de cette publication, M. Jimenez de la Espada '. Dans sa réponse à mon compte-rendu, l'érudit castillan s'attaque surtout à l'opinion que j'ai émise : 1° sur la valeur de certains extraits d'un traité géogra- phique composé par un franciscain espagnol du xiv^ siècle ; 2" sur l'expédition génoise de la fm du xiii* siècle à la recherche de la route maritime des Indes orientales. J'ai vu avec plaisir que M. J. de la E. n'a pas hésité à reconnaître l'identité du traité de son franciscain avec le livre du frère mendiant dont les chapelains de Bethencourt ont publié plusieurs extraits ; il a été amené par là à examiner quelques ouvrages où les extraits en question ont été souvent cités à l'appui de certaines théories de géographie historique, mais n'ont point été étudiés en eux- mêmes. Avant de répondre aussi brièvement que possible, et en me tenant à un point de vue strictement scientifique, — ce qui n'est pas tout à fait le cas de mon honorable contradicteur, — je dois faire observer que mon intention, en rendant compte de la publication de M. J. de la E., n'était pas de discuter à fond l'au- thenticité du prétendu voyage en Afrique du franciscain espagnol, précisément parce que l'existence du texte original , qu'on croyait perdu , venait de m'être révélée. Il ne peut entrer dans l'esprit de personne de porter un jugement d'en- semble sur un texte qu'on ne connaît que par extraits et à travers une traduc- tion, alors que la version primitive existe et va être mise au jour. Mon intention était donc simplement de démontrer à l'éditeur l'identité des fragments reproduits I. Cet article a été tiré à part sous le titre de Cuestion bibliogrtifica, por D. M. Jime- nez de la Espada. Madrid, Médina y Navarro. 1875. 39 pages in-8*. d'histoire et de littérature. 581 dans Le Canarien avec divers passages du texte publiés dans l'introduction de Tafur, et ensuite d'attirer son attention sur les appréciations très-peu favorables portées par plusieurs érudits sur ce texte dont il ne soupçonnait pas qu'on eût pu s'occuper avant lui. Il me suffisait donc parfaitement de me placer sous le couvert de MM. Peschel et Major, qui ont examiné indépendamment l'un de l'autre, et à des points de vue différents, la relation de notre moine. M.J.delaE, me reproche avec raison d'avoir parlé d'wune série d'historiettes étrangères aux localités décrites» et d'avoir ajouté de l'importance aux observations des rédacteurs du Canarien et de l'annotateur Bergeron. Les historiettes se réduisent en effet à l'histoire des fourmis qui ramassent l'or ', et je reconnais qu'il n'y a pas plus à tenir compte des remarques de Bontier et de Leverrier que des annotations de Bergeron. Mais ce que je ne saurais accorder à mon savant contradicteur, c'est qu'un moine ait pu donner d'un voyage effectué au commencement du xiV siècle, dans des régions où .aucun espagnol ne s'était sans doute risqué avant lui, une relation aussi laco- nique et aussi dépourvue de tous les détails qu'on est habitué à rencontrer dans les ouvrages de ce genre. Alors même qu'on en viendrait à reconnaître l'exac- titude de la plupart des faits géographiques et historiques rapportés par le moine et qu'on trouverait des raisons plausibles pour expliquer ses erreurs ^ le ton seul de la narration laisserait encore bien des doutes sur la véracité du franciscain espagnol. En résumé si nous ne possédions de cette relation que l'abrégé du Canarien, je crois que le plus prudent, dans l'état actuel de la science, serait de ne plus en tenir compte, — et c'est aussi ce qu'a fait M. Peschel; — mais puisque l'original existe il convient simplement d'en attendre la publication. Je passe maintenant à l'expédition génoise de la fin du xiii^ siècle. M. J, de la E, réclame contre la critique que je lui ai faite d'avoir admis deux expéditions, l'une en 1 287, l'autre en 1 292 . Sa réplique prouve qu'il ne-s'est pas rendu compte de la valeur des textes qui nous ont conservé la mémoire de cette fameuse tenta- tive. Il faut avant tout mettre bien en évidence le fait suivant : c'est que tous ces textes, sans exception, ne parlent que d'une seule expédition. De nos jours seulement, quelques érudits (entre autres l'historien de Gênes, Canale), dans 1. M. J. de la E. conteste même le caractère si évidemment légendaire de cette allu- sion : il rappelle <)ue la découverte des mines d'or de Huillipatahua au Chili a été due à des écrevisses, et il ne voit pas pourquoi ces fourmis du moine n'auraient pas existé aussi bien que celles d'Hérodote. D'abord il est à peu près prouvé aujourd'hui que les fourmis d'Hérodote étaient des hommes (voy. Fr. Schiern, Sur l'origine de la tradition des fourmis qui ramassent l'or, Copenhagne, 1873, et Revue critique, 1874, n" 29). Ensuite si le moine avait réellement assisté à l'intéressant travail de ces insectes il nous l'aurait décrit d'une iâçon tout autrement précise. L'allusion du moine procède vraisemblablement des légendes inscrites sur les cartes du temps vers l'embouchure du fleuve de l'or (voy. la carte florentine de 13^1 qui donne : Hic coligitur aurcum). 2. Je serais curieux de savoir entre autres comment M. J. de la E. explique que le moine, après avoir parlé du prêtre Jean (d'Abyssinie) « en un de ses tiltres Patriarche f> de Nubie, qui marchit d'un des costés aux déserts d'Egypte et de l'autre costé à la » rivière de Nil, » etc., puisse nous présenter ce même prêtre Jean comme demeurant dans la citée de Mêlée (Melli). Cette erreur, qui pouvait être commise par l'auteur d'un traité de géographie, n'ayant à sa disposition, pour se rendre compte de la largeur de l'Afrique à cette latitude, que les cartes si imparfaites du temps, est inexplicable de la part d'un voyageur. ?82 "^^'JTA REVUE CRITIQUE l'impossibilité de concilier les dates présentées par ces textes, ont cru pouvoir tourner la difficulté, en admettant qu'elles se rapportaient à deux expéditions; mais depuis la découverte d'un texte complet des annales de Jaques Doria tous les critiques spéciaux qui, à ma connaissance, se sont occupés de cette question, ont renoncé à cette hypothèse. Vient ensuite la question de la date de l'expédi- tion. Ici il m'est impossible de comprendre comment M. J. de la E. peut mettre un instant en balance le témoignage absolument contemporain, et qui plus est en grande partie oculaire, de Doria' avec la notice de l'astronome padouan Abano (dans son Conciliaîor differentiarum, où une erreur de date au sujet de notre expédition n'a rien qui puisse surprendre, étant donnés l'éloignement des lieux et la nature de l'ouvrage), et avec l'itinéraire ^ et la lettre d'Usodimare qui écrivait plus d'un siècle et demi après l'événement. Ensuite l'autorité du passage de Doria ne dé- pend pas du tout, comme le croit M. J. de la E., du plus ou moins de valeur des corrections de texte proposées par MM. Pertz et d'Avezac pour concilier les dates des trois auteurs?. Cette discordance, qui n'a qu'une importance très- secondaire, ne doit pas empêcher de considérer la date 1291 comme la seule admissible; on ne pourra la remplacer par une autre qu'en démontrant que le passage des annales de Doria n'est pas authentique. Il me reste à répondre à quelques objections philologiques que M. J. de la E. fait à mon petit Errata des Viajes de Tafur. Quand je dis qu'il faut séparer aman en a man, il est clair que j'entends par là d man, mais cette particule n'est jamais accentuée dans les mss. du xv« siècle. — On trouve dans les mss. de la même époque les formes use, asse et a se : il me semble préférable d'écrire a se pour éviter la confusion avec ase, forme incorrecte pour /î^zê, hace et ase(acies). — Deque est une forme parallèle de desque^, il convient d'écrire en un seul mot deque, sans cela on pourrait, dans certains cas, attribuer à cette conjonction le sens de la formule relative de que. J'ai laissé entendre au début de cet article que la réplique de M. J. de la E. pourrait bien ne pas avoir été inspirée par un intérêt exclusivement scientifique. En effet la tournure donnée à la discussion et certains exposés de principes de l'érudit castillan laissent assez voir qu'il a été particuHèrement froissé de ce que des étrangers se soient permis de suspecter la bonne foi d'un de ses compa- 1. « Ideo ego lacobus Auriae que a temporibus de 1280 usque per totum annum » de 1293 per comune lanue acta sunl et que civitati et civibus lanue evenerunt, tan- » quam qui omnia vidi et interfui, vel a videntibus veraciter didici, in scriptis redigam, p etc. » Monum. Germ., t. XVIII, 288. 2. La copie de cet itinéraire qui est à Turin porte au reste la date de 1290 (au lieu de 1281). M. J. de la E. donne naturellement la préférence au ms. de Gênes, mais tout porte à croire que la bonne leçon est fournie par celui de Turin, voy. le Bulletin de la Société de géographie, avril 1875, p. 416, 417. 3. Pour ma part je suis très-disposé à admettre la correction de Vadino en Ugotino, mais celle de trigesimo en tredecimo me semble peu plausible; car dans l'original d' Abano cette date a dû être exprimée en chiffres, et en ce cas on ne s'expliquerait pas le chan- gement de XIII en XXX. 4. Dans un ms. de la Chronique des rois de Castille (c'est le texte étudié par M. A. de les Rios, Hist. ait. de la lit. esp., t. IV, 386 à 392) que j'ai précisément sous les yeux, et qui est daté de 1429, ces deux formes sont sans cesse employées l'une pour l'autre. d'histoire et de littérature. 385 triotes. C'est ainsi qu'il reproche avec amertume à M. Peschel de traiter dédai- gneusement le frère mendiant, quand dans une autre occasion il a témoigné son admiration pour l'héroïsme des Espagnols! Il me serait facile de citer plusieurs passages de la réponse de M. J. de la E. qui paraissent inspirés par cette même rancune. Je me contenterai de reproduire une phrase qui a trait aux réserves que j'avais faites sur la valeur du récit de Tafur; elle caractérisera mieux que je ne saurais le faire l'esprit qui a animé M. J. de la E. dans toute cette discussion, La voici : « Les réserves continuelles que M. M, -F. a cru devoir faire sur le » crédit qu'on doit accorder à notre voyageur me semblent quelque peu » affectées ' ; ce qui ne m'empêche pas du reste de reconnaître qu'il estparfaite- « ment autorisé à procéder de cette façon, car il s'agit de soumettre l'ouvrage » d'un écrivain né dans un pays de menteurs et de saltimbanques à l'examen » d'une critique sur la maturité et l'infaillibilité de laquelle tout le monde est « d'accord. » Alfred Morel-Fatio. SOCIÉTÉS SAVANTES. ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. Séance du 4 juin 1 87 $ . M. le président Maury annonce à l'académie la perte qu'elle vient de faire en la personne de M. l'abbé Cochet, l'un de ses correspondants. L'académie proroge jusqu'au 3 1 décembre 1 876 le concours ouvert pour le prix Bordin sur ce sujet : Recueillir les noms des dieux mentionnés dans les inscriptions babyloniennes et assyriennes, tracées sur les statues, bas-reliefs des palais, cylindres, amulettes, etc., et tâcher d'arriver à constituer, par le rappro- chement de ces textes, un panthéon assyrien. M. Le Blant lit une courte note sur le martyre de S'" Félicité et de ses sept fils, qui a fait récemment l'objet d'un mémoire de M. Aube, lu à l'académie. M. Aube avait présenté incidemment, sans d'ailleurs s'y arrêter, mais en la déclarant digne d'examen, la pensée que le fait même de ce martyre était peut être apocryphe, et qu'on pouvait y voir une fable composée (probablement vers le temps de Constantin 306-337) à l'imitation du récit qu'on lit au 2" livre des Machabées, ch. 7. M. Le Blant combat cette opinion. Il cite les divers témoi- gnages qui établissent que les chrétiens des premiers siècles ont cru au martyre de Félicité et de ses fils et les ont vénérés comme des saints : le premier en date est un calendrier de l'an 354; ensuite vient une inscription consacrée par S. Damase (366-384) à S. Janvier, l'un des fils de Félicité, puis diverses indi- cations postérieures recueillies dans les écrivains ecclésiastiques. La dévotion des chrétiens pour S'" Félicité au 4" s. est établie aussi par ce fait que le nom de 1 . Je ne vois pas comment il peut y avoir affectation à douter de l'exactitude de récits dont la vérification n'a pas pu être faite et qui se trouvent, sur certains points, en désac- cord avec d'autres relations dont la valeur est plus facile à déterminer. A propos de la discordance entre les rapports de Poggio et de Tafur sur Conti, M. J. de la E. nous ré- pond simplement qu'appelé à choisir entre un diplomate italien et un chevalier castillan, il donne la préférence au chevalier. C'est là un procédé plus commode que critique. 384 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. Félicitas est l'un de ceux qui se rencontrent le plus souvent dans les épitaphes des catacombes, toutes antérieures à l'an 410. Devant ces preuves de la véné- ration dont Félicité et ses fils ont été l'objet, M. Le Blant a peine, dit-il, à croire que la dévotion des premiers chrétiens et des pères de l'église se soit égarée sur des fantômes. M. de Longpérier commence la lecture d'un mémoire de M. Chabas sur les poids, mesures et monnaies des anciens Égyptiens. L'auteur étudie successive- ment chacune des diverses unités de poids, de mesure, etc., qu'on trouve men- tionnées dans les textes égyptiens , et cherche à en déterminer la valeur. Les monuments ne fournissent malheureusement que des données incertaines sur la valeur de ces unités diverses. Il n'est même pas toujours possible d'en savoir exactement les noms, à cause de l'usage où l'on était d'écrire ces noms en abrégé : M. de Longpérier fait remarquer que le même usage se retrouve en Europe au moyen-âge et dans les temps modernes. — La partie du mémoire qui a été lue à cette séance était consacrée aux unités de mesure et de poids : les monnaies feront l'objet de la prochaine lecture. M. Clermont-Ganneau lit une note sur la ville d'Hippos, qui fut dans l'anti- quité l'une des principales villes de la Décapole, en Palestine. L'emplacement de cette ville, qui devait être située à l'est du lac de Tibériade, n'a pu encore être déterminé exactement. M. Clermont-Ganneau expose les raisons qui le portent à croire que c'est la même ville qui est appelée dans le Talmud Sousita, et dans un écrivain arabe du 9* s., Ibn-Khordadbeh, Sousia; ces noms rap- pellent le nom hébreu du cheval, ^ow, et ont par conséquent la même significa- tion que le nom grec "iTzr.oq. C'est le nom hébreu qui a dû se conserver dans le pays : les explorateurs qui voudront retrouver l'ancienne ville d'Hippos devront donc chercher un lieu dont le nom soit analogue à Sousia ou Sousita. Ouvrages, etc., déposés sur le bureau* : — Estampages d'inscriptions puniques, envoyés par M. de S^e Marie, n" 1901 à 2000; — A. Castan, Notice sur le peintre Lancrenon, Besançon, 1875, 8*; Tabulae codicum manuscriptorum praeter graecos et orientales in bibliotheca palatina Vindobonensi asservatorum , éd. academia caesârea Vindobonensis. Vol. VII, cod. 11501-14000, Vindob., 1875, 8*. — Présentés de la part des auteurs : — par M. Jourdain : La Souanétie libre, épisode d'un voyage à la chaîne centrale du Cau- case, par Raph. Bernoville, Paris, 1875, f"; — par M. Derenbourg : Études sabéennes, par J. Halévy, Paris, 1875, 8*. Julien Havet. ERRATA. N" 22, p. 341, 1. 17, au lieu de Boulenger, lisez Boulanger. P. 342. Les notes 7 et 8 n'en font qu'une, où il faut lire : « M. Maury (Relig. » delà Grèce, 11,457) pense même que l'usage de l'incubation fut transporté ;) par les Grecs dans les temples d'Isis et de Serapis, et {ibid. p. 460) qu'il » faisait vraisemblablement partie, etc. » P. 343, 1. 34, au lieu de religion, lisez société. I . Dans cette liste ne sont pas comprises les livraisons des recueils envoyés périodi- quement à l'académie. Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. Zur Geschichte der Stadt Scheinfeld in Franken (A. MoRiETH). — Zur Geschichte des Ofens (H. Ahrendts). — Zur Geschùtzkunde (H. Palm). — Umtaufung eines Zwitters (Dr. Baur). — Hoc monet contempnere divicias (W. Watten- bach). — Findlinge. — Beilage zum N" 4. Chronik d. germ. Muséums. — , Schriften der Akademien und historischen Vereine. — Nachrichten. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages ! annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans "* frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en ■ magasin. Adams (J. Q_.)- Memoirs comprising Por- tions of his Diary from 1795 to 1848. Edited by C. F. Adams. Vol. 3. With Portrait, In-S^cart.Philadelphia. 31 f. 25 Attwell (H.). Table of the Aryan Lan- guages. In-4*>, London (Williams et Nor- gate). 9 fr. 40 Bacon. The Proficience and Advancement of Learning. With Essays Civil and Mo- ral and a Collection ot Apophthegms. In-i2, 318 p. London (Ward et L.). 1 fr. 25 Baker (S.). Ismailïa, a narrative of the Expédition to Central Africa for the Suppression of the Slave Trade organised by Ismail, Khédive of Egypt. With Maps, Portraits and upwards of fifty full-page Illustrations by Zwecker and Durand. 2 vol. in-8°, cart. 1020 p. London (Macmillan). 45 fr. Balby de Vernon (de). Recherches his- toriques faites dans l'église de Cléry (Loiret). Découverte du cœur de Charles VIII, roi de France. In-8°, 1 1 p. Orléans (imp. Jacob). Barbier de Mon tault(X.). Les Heures de René d'Anjou à l'évêché d'Angers. In-S", 14 p. Marseille (imp. Cayer et C*). Becker(B. H.). Scientific London. In-8', 348 p. London (King). 6 fr. 25 Black (C. C). Michael Angelo Buonaroti, Sculpter Painter, Architect : the Story of his Life and Labours. Gr. in-8*, 270 p. cart. London (Macmillan). 39 fr. 40 Broglio(E.). Vita di Federico il Grande. Vol. I. In-i6, xx-238 p. Milano (Hoepli). Sfr. Butler (W. A.). Lectures on the History of Ancient Philosophy. Edited from the Author's Mss., with Notes, by W. H. Thompson. 2d éd. revised by the Editer. In-8*, cart. 586 p. London (Macmillan). I j fr. Carpenter (W. B.). Principles of Mental Physiology. 2d edit. In-8*, 760 p. cart. London (King). 1 5 fr. Da-wkins (W. B.). Cave Hunting. Rese- arches on the Evidence of Caves respec- ling the Early Inhabitants of Europe. Illustrated by coloured plate and wood- cuts. In-8*, cart. 472 p. London (Mac- millan). 26 fr. 25 Delprat (C). Les orchestres et les insti- tutions musicales en Hollande. In-8', 28 p. Paris (imp. Morris père et fils). Des Périers (B.). Nouvelles récréations et joyeux devis, suivis du Cymbalum Mundi, réimprimés par les soins de P. Jouaust. Avec une notice, des notes et un glossaire par L. Lacour. T. 1. In-8*, xIij-283 p. Paris (Lib. des Bibliophiles). 10 tr. Du Fail. Œuvres facétieuses de Noël du Fail , seigneur de la Hérissaye, gentil- homme breton, revues sur les éditions originales et accompagnées d'une intro- duction, de notes et d'un index philolo- gique; par J. Assézat. T. 2. Contes et discours d'Eutrapel (fin), Appendice et Index. In- 16, 428 p. Paris (Daffis). 5 tr. Duplessis (G.). Un curieux du XVII^ s. Michel Bégon, intendant de La Rochelle. Correspondance et documents inédits , recueillis, publiés et annotés. Avec un portrait gravé à l'eau-forte par P. Sellier. In-8*, xvj-144 p. Paris (Aubry). Entrée et séjour de Charles VIII dans la capitale de la Champagne en i486, avec notes et pièces curieuses relatives à cette entrée et à l'établissement de la première imprimerie troyenne. In-4" et in-8*, 40 p. Paris (Champion). Fiske (J.). Outlines of Cosmic Philosophy. ■ Based on the Doctrine of Evolution. • "With Criticisms of the Positive Philoso- phy. 2 vols. In-8% cart. London. 37 f. 50 Fitzgerald (P.). The Romance of the English Stage. 2 vols, in-8', cart. 658 p. London (Bentley). 30 rr. Gervinus (G -G.). Histoire du XIX* s. depuis les traités de Vienne. Traduit de l'allemand par J.-F. Minssen. T. 22. In-B', 319 p. Paris (Lib. internationale). Sfr. Greg (W. K.). Rocks Ahead; or, the Warnings of Cassandra. 2dedit., with a Reply to Objectors. In-8°, 276 p. cart. London (Triibner et C^). 11 fr. 25 Greville (C. G. F.). A Journal of the Reigns of King Georg IV and King Wil- liam IV. Edited by H. Reeve. 2d edit. 3 vol. in-8*, cart. London (Longmans). 45 fr. Hardwick (G.). Ghrist and other Mas- ters : an Historical Enquiry into some of the chief Parallelisms and Contrasts between Christianity and the Religious Systems of the Ancient World. 3d Edit. edited by F. Procter. In-8°, 602 p. cart. London (Macmillan). 13 fr. 15 Hauréau (B.). Histoire littéraire du Maine. Nouvelle édit. T. 7. In- 18 Jésus, 280 p. Paris (Dumoulin). Hockley (W. B.)- Taies of the Zenana, or, a Nuvt^ab's Leisure Hours. 2 vols. in-8°, cart. London (King). 26 fr. 25 Hyver (G.). Le doyen Pierre Grégoire de ■ Toulouse et l'organisation de la faculté de - droit à l'Université de Pont-à-Mousson (1582-1597). In-8*, xvj-88 p. Pont-à- Mousson (imp. Ory). Jardine (K..). The Eléments ot the Psy- chology of Cognition. In-8*, 282 p. London (Macmillan). 8 fr. 15 Jung. La France et Rome, étude histo- rique (XVII-, XVIII- et XIX- siècles). Rome et le clergé de France au XVII- s., conflits entre la France et Rome, 1682 et 1801, l'Europe, Rome et le clergé de France en 1874, les solutions, d'après les documents inédits tirés des archives de France et de l'étranger. In-i8 Jésus, xj-436 p. Paris (Charpentier). 3 fr. 50 Leçons de philosophie. Institution des Chartreux à Lyon. 2 vol. in-8-, xij-765 p. Lons-Ie-Saulnier (lith. Lançon). Lecoy de La Marche. Titres de la maison ducale de Bourbon. T. 2. In-40, vji-540 p. Paris (Pion et G'). 36 fr! Lewin (T.). The Life and Epistles of St. Paul. 2 vol. in-40, 910 p. London (Bell et S.). 52 fr. 50 Madelaine (G.). Essai historique sur l'abbaye de Mondaye, de l'ordre de Pré- montré. Ouvrage orné de lith., fac-similé, tableaux historiques, etc. In-8", xx- 526 p. Caen (imp. Le Blanc-Hardel). 5fr. Ory (E.). Étude sur la pyrotechnie de Jean Appier Hanzelet, maître des feux artifi- ciels de S. A. le duc de Lorraine Charles IV, livre imprimé en 1630 a Pont- à Mousson, avec mention du revolver et de la mitrailleuse (gravures à l'appui). In-S", 40 p. Pont-à-Mousson (imp. Ory). Prévost. Histoire de Manon Lescaut et du chevalier Des Grieux. Précédée d'une étude par A. Houssaye. Six eaux-fortes par Hédouin. 2- partie. In- 16, 146 p. Paris (Lib. des Bibliophiles). Sampson (H.). A History of Advertising, from the Earliest Times. Illustrated by Anecdotes, Curious spécimens and bio- graphical Notes, with Illustrations and Fac similes. In-S', cart. 620 p. London (Ghatto et W.). 9 fr. 40 Smiles (S.). The Huguenots in France after the Revocation of the Edict of Nantes. New Edit. In-8°, cart. 420 p. London (Daldy et J.). 7 fr. 50 Terninck (A.). Promenades archéolo- giques et historiques sur les chaussées romaines des environs d'Arras route de Thérouanne. In-8°, 200 p. et : grav. Arras (lib. Bradier). Thucydides. History of the Peloponne- sian War. Translated by R. Crawley. In-S"^, cart. London (Longmans). 26f. 2j Vernyes (de). Mémoires de Jehan de Vernyes, conseiller du roy et président de la Cour des Aides de Montferrand. 1 589-1 593. In-8', 96 p. Paris (Aubry). 2 fr. "Words-worth (J.). Fragments and spé- cimens of Early Latin. With Introduc- tions and Notes. In-S", 690 p. cart. London (Macmillan). 22 fr. 50 Zimmermann (G. A.). Ephesos imersten christlichen Jahrhundert. In-8», 1 57 S. m. e. Karte. lena (Deistung). 3 fr. 25 Nogent-le-Rotrou. Imprimerie de A. Gouverneur. N* 25 Neuvième année. 19 Juin 1875 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS. Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Guyard. Prix d'abonnement : Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Étranger, le port en sus suivant le pays. PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 67, RUE RICHELIEU, 67 Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). ANNONCES .._..., . En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 67, rue de Richelieu. BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES 22« FASCICULE. Lt7C DT TTÏTDC ^^ Philippe. Poème en vers politiques de Cil i3 1 J-_jJl/ U ivO Philippe le Solitaire, publié dans le texte .pour la première fois, d'après six mss. de la Bibliothèque nationale, par l'abbé E. Auvray, licencié ès-lettrès. ? fr- 75 COLLECTION PHILOLOGIQUE (ANCIENNE SÉRIE) 5e FASCICULE. t-j • iv 1 1 1 Eu Iv Les noms de famille, 3 fr. 50 G-pv A T-) T r^ Les Contes orientaux dans la littérature française du • 1 /\ Iv 1 O moyen-âge. Broch. in-S". i fr. En vente à la librairie Lippert, à Halle, et se trouve à Paris, à la librairie A. Franck (F. Vieweg propriétaire), 67, rue Richelieu. HA^ ^ Tjr T T /-^ Tj A o T-\ r-p Ritomell und Terzine. In- . oL.ri U Url AKU I 40. iofr.75 PERIODIQUES. The Academy, N» i6o, new séries, 29 mai. A. Firmin-Didot, Aide Manuce et PHellénisme à Venise. Paris, Firmin Didot (J. A. Symonds : la compétence unique de l'auteur est une garantie de la valeur de son ouvrage). — Taswell- Langmead, English Constitutional History. London, Stevens and Haynes (Alfred CuTBiLL : excellent manuel, dont on ne saurait trop recommander la lecture). — Melliss, St. Helena. London, Reeve and Co. (H. W. Bâtes : description phy- sique, historique et topographique de l'île de Sainte-Hélène). — Henry Brink- low's Complaynt of Roderyck Mors, somtyme a gray fryre, unto the parliament howse of Ingland his natural cuntry; for the redresse of certen wicked lawes, evel customs, a[n]d cruel decreys. (About A. D. 1542); The Lamentacyon of a Christen Agaynst the C}^tye of London made by Roderigo Mors. (A. D. 1 545). Ed. by J. Meadows. Published for the Early English Text Society by N. Trûbner (Nicholas Pocock : ces ouvrages jettent une certaine lumière sur la condition et la conduite du clergé de cette époque; il ne faut pas perdre de vue, cependant j que l'auteur avait apostasie). — Lenz, Kœnig Sigismund und Heinrich der Fûnfte von England (James Gairdner; cf. Rev. crit., 1875, I, p. 2?$). — Carrent Literature (notes de l'éditeur). — Notes and News. — The India Muséum (F. J. Goldsmid). — Notes of a Tour in the Cyclads and Crète. VL Crète (suite : H, F. Tozer). — Correspondence. An Important Ms. of the Psalms (Ad. Neu- BAUER : a vu entre les mains de Rabbi Jacob Saphir, auteur de |la relation de voyage bien connue appelée Eben Saphir, un ms,, malheureusement incomplet, des psaumes, remontant probablement au xi* siècle, et qui fournit d'importantes variantes au texte reçu). — Pepys' Diary (F. Cunningham; Mynors Bright). — 0' Neill, a First Japanese Book for English Students. London, Harrison and Sons (^Robert K. Douglas : il y a pénurie de manuels du japonais en Angle- terre; le livre de M. 0' Neile est le bienvenu). — Science Notes (note sur la partie II, vol. CXII des Neue Jahrbiicher fiir Philologie und Padagogik, sur le n° de mars-avril de la Zeitschr. fiir die œsterr. Gymnasien). — Meetings of Societies (Soc. des antiquaires de Cambridge, de numismatique, de philologie). The Athenœum, N° 2483, 29 mai. Four Years in Ashantee. By the Missio- naries RAMSEVERand Kùhne. Ed. by Mrs. Weitbrecht. With Introduction by Rev. Dr. Gundert and Préface by Prof. Christlieb. Nisbet and Co. (ne manque pas d'intérêt). — The Romantic Legend of Sâkya Buddha : from the Chinese-Sanskrit. Trubner and Co. (on est frappé de la similitude de cette ver- sion de l'histoire du Buddha avec la légende chrétienne de Barlaam et Josaphat). — Correspondance inédite de la comtesse de Sabran et du chevalier de Boufflers, 1778-1788. Publiée par E. de Maigneu et Henri Prat. Paris, Pion (la plupart de ces lettres sont très-agréables). — « The Interior of New Guinea » (J. Mo- resby, Captain R. N.: signale les nombreux points sur lesquels il n'est pas d'ac- cord avec l'auteur de la Nouvelle Guinée). — The Centenary of Ariosto (A. de Gubernatis). • — Literary Gossip (le bruit court qu'on va publier la correspon- dance philosophique de Stuart Mill; on espère que le Trésor mettra à la dispo- sition de M. Smith une somme suffisante pour lui permettre de reprendre en grand ses fouilles en Assyrie ; on annonce la prochaine publication d'un résumé de la littérature hindoue par M. Monier Williams). — Science. Guano (George, Birdwood). — Geographical Notes. — Societies (Soc. de géographie, de numi*- matique, de philologie). Iiiterarisches Gentralblatt, N''2 3, $ juin. Hilgenfeld, Historisch-kritische Einleitung in das Neue Testament. Leipzig, Fues's Verl. In-8'', viij-828 p. (cet important ouvrage est le fruit de toute une vie d'étude). — (Siegfried, Philo von Alexandria. Jena, Dufft. In-S", vj-418 p. (ce livre contient de riches maté- riaux pour l'histoire du philonisme). — Miliarakis, K'j-/,XaB'.-/.à r,Toi Yswvpaçfa REVUE CRITIQ^UE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE N* 25 — 19 Juin — 1875 Sommaire : ii8. Les stances de Bhartrihari, tr. p. Regnaud, 2* éd. — 115. Brugsch, Histoire d'Egypte, i" p., i' éd. — 120. — De Backer, Bisadari,; poème malais. — 121. Guillaume de Machaut, Lt livre du Voir dit , p. p. Paris. — 122. Jean Rus, Œuvres, p. p. Tamizey de Larroque. — 123. Bonaventure DES Périers , Le Cymbalum Mundi, p. p. F. Frank. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions. 118. — Les Stances erotiques, morales et religieuses de Bhartrihari, traduites du sanscrit par Paul Regnaud. 2' éd. corrigée et augmentée de stances supplémentaires. Paris, Ern. Leroux. 1875. In-8*, xvj-140 p. — Prix : 2 fr. 50. Cet élégant petit volume est la première traduction vraie que nous ayons en notre langue des Centuries de Bhartrihari. Les deux versions que nous en possé- dions jusqu'ici ne donnent, en effet, qu'une idée très-fausse de l'original, dont elles rendent la portée exacte rarement , la finesse et la grâce jamais. La 1'% qui a pour auteur le médecin Thomas Lagrue ■, est la reproduction en français d'une paraphrase hollandaise faite elle-même indirectement, par l'intermédiaire d'un brahmane. Elle est du reste incomplète et sa date seule la classe parmi les curiosités bibliographiques. Quanta celle de M. Fauche 2, elle vaut ce que valent, les autres traductions de cet interprète infatigable et perpétuellement malheureux:' il n'est pas une fibre du poète hindou qui n'ait été broyée sous ce lourd et infi-' dèle mot-à-mot. C'est donc une heureuse idée qu'a eue M. P. Regnaud de pré- senter au public français une image élégante et fidèle de ces petits poèmes à la fois subtils et naïfs, une des fleurs les plus délicates de l'imagination hindoue. Le nouveau traducteur, qui du reste avait déjà fait ses preuves de compétence par la publication d'une étude très-estimable sur Bhartrihari?, a expliqué lui- même dans sa Préface comment il comprenait sa tâche d'interprète. « En allé- » géant, autant que possible, mes traductions 4 de tout appareil érudit, en don- )) nant dans la mesure où elle le comporte un tour moderne et occidental à la » phraséologie indienne, j'ai le ferme désir de n'omettre aucun trait essentiel et » caractéristique des originaux. Je veux rendre tout entière et avec sa couleur » propre la pensée de mes auteurs, mais en m'imposant en même temps la loi » d'essayer de plaire. En résumé, si j'atteignais mon idéal, l'indianiste pourrait )) me consulter avec confiance et le lettré ne serait pas rebuté par un style qui, 1. Elle se trouve dans l'ouvrage de Th. Lagrue intitulé : le Théâtre de l'Idolâtrie ou la Porte ouverte pour parvenir à la connaissance du Paganisme caché, etc. Amsterdam, 1670. L'original hollandais est d'Abraham Roger. 2. Bhartrihari et Tchaaura. Paris, 1852. ■ 3. Études sur les Poltes sanscrits : Bhartrihari, les Centuries. Paris, E. Leroux. 1874;"^ 4. M. R. se propose de faire suivre sa traduction de Bhartrihari de plusieurs autres conçues dans le même esprit, entre autres de celle de la MricchakaXikâ. XV 2 5 386 /-\ I r REVUE CRITlQUr-f | ï "t / Tl O j) SOUS prétexte de littiéraîite absolue et d'exégèse grammaticale , encourrait à » juste titre le reproche d'être incorrect, diffus et obscur. » C'est là une tâche difficile, étant donné le caractère de la langue de Bhartrihari et celui de la nôtre : M. R, y a cependant réussi. Tout en serrant le texte de fort près, son français a l'allure libre et aisée, et ce qu'il a retenu de saveur étrangère, loin de rebuter, y ajoute du piquant. Par-ci par-là peut-être, M. R. eût-il bien fait de jeter par- dessus bord quelques éléments d'épithètes trop richement composées qui encom- brent parfois sa phrase sans compensation suffisante au point de vue de l'exacti- tude. Mais c'est là une question de goût personnel, où il est difficile de contenter tout le monde. En tout cas, si ce sont là des taches, elles sont rares et légères et de celles dont le meilleur juge est le public lettré lui-même. En ce qui con- cerne M. R., il a déjà rendu son verdict, en faisant à sa traduction l'accueil le plus flatteur et le mieux mérité. Une i"" édition enlevée en trois mois est un fait rare chez nous quand il s'agit de sanscrit. M. R. n'a pas cru devoir s'engager à fond dans l'examen des problèmes d'histoire littéraire qui s'attachent à son recueil ; et il est de fait que, dans une traduction destinée au grand public, une discussion pareille eût peut-être été déplacée. Ce qu'il en dit, toutefois, est suffisant pour orienter le lecteur, et témoigne d'une critique sage et mesurée. Il a fort bien vu qu'il ne fallait pas attribuer la moindre valeur historique aux contes qui nous ont été transmis sur un fabuleux Bhartrihari, frère du non moins fabuleux Vikramâditya, lesquels auraient régné à Ujjayinî vers le milieu du i" siècle avant notre ère. Je regrette cependant qu'il n'ait pas fait plus d'usage de ces récits. Sans doute ce n'est pas là de l'histoire, pas même de la légende ; mais d'une certaine façon c'est de la critique littéraire. Que le nom de Bhartrihari ait passé du recueil au conte ou, en sens inverse, du conte au recueil, peu importe le chemin suivi par la fiction : celle-ci n'en est pas moins une sorte d'appréciation symbolique qui nous montre sous une forme concrète ce que les lettrés des cours indiennes du moyen-âge trouvaient dans cette poésie, leur façon d'en dégager par imagination la person- nalité du poète et de se représenter le monde dans lequel il pouvait avoir vécu. Et considérés à ce point de vue, ces récits me paraissent aussi vrais qu'ils sont ingénieux. Rien à mon sens ne traduit mieux l'impression que laisse cette poésie à la fois raffinée et naturelle , ardente et sceptique , fraîche et désabusée , riche d'observation et de fantaisie, d'une sensibilité exquise qui vibre au moindre souffle, s'ouvre à toutes les émotions et ne s'abandonne à aucune, et de chaque sentiment ne prend pour ainsi dire que la fleur, — rien, dis-je, ne traduit mieux cette impression que l'histoire de ce Bhartrihari, fils des amours d'un Génie qui, parmi ses aventures ayant trouvé le premier trône du monde, y savoure toutes les jouissances et les trouve vaines; qui, après avoir renoncé à l'immortalité pour une femme et s'être vu trahi par l'infidèle ', exhale son dépit en un impromptu 1. Cette partie du récit a beaucoup voyagé et se retrouve, par exemple, chez un chro- niqueur byzantin du IX* siècle qui l'applique à Théodore II et à Eudoxie. Bhartrihari ayant reçu d'un saint homme un fruit conférant l'immortalité, le donne à sa favorite, qui en gratifie son amant et ainsi de suite : le fruit, après avoir passé par bien des mains,. d'histoire et de littérature. 587 et, laissant là le monde et les grandeurs, s'en va, désabusé mais non assouvi, méditer dans la solitude sur le néant des choses d'ici-bas. C'est bien là le Salo- mon qui convient à cet autre Ecclésiaste. M. R. a indiqué ces traditions; mais peut-être ne l'a-t-il pas fait suffisamment pour la plupart de ses lecteurs. Reste la double question du degré d'authenticité que comportent les Centuries et de l'époque probable de leur composition. Pour la i", M. R. a parfaitement vu qu'il ne fallait pas être trop exigeant, ni surtout prétendre faire un choix parmi ces stances dont les attributions sont parfois contradictoires, et dont le nombre varie presque avec chaque manuscrit'. Quant à la 2% il propose pour limites extrêmes le viii® et le x® siècle. Sur ce dernier point je serais tenté d'être encore moins précis que lui. En pareille matière, surtout quand il s'agit de sen- tences aussi courtes, le style est un indice peu sûr. D'un côté nous avons la Vâsavadattâ, pour ne prendre que cet exemple, dont la prose est bien plus arti- ficielle que les vers de Bhartrihari, et qui est du vu" siècle; de l'autre il serait faux de croire qu'après le x", on n'a plus su tourner un distique avec élégance et simplicité. La principale raison, toutefois, qui a fait adopter à M. R. le viii" siècle» comme limite supérieure, c'est l'état d'avancement des doctrines védantiques, telles qu'elles sont exposées dans les Centuries, état que ces doctrines n'ont revêtu qu'après la réforme de Çamkara. Cette observation,, parfaitement juste: pour le fond, aurait eu besoin d'être expliquée davantage. Il n'y a guère, en effet, dans le recueil de Bhartrihari de doctrines proprement dites susceptibles d'être ainsi datées. Mais à côté de lieux communs mystiques qui ne sont d'aucune époque précise, il s'y trouve quelques particularités qui viennent à l'appui de la' conclusion de M. R. J'entends l'esprit profondément sectaire de ce védantisme,' la juxtaposition des cultes de Çiva et de Vish/ju qui se montre çà et là (les^ inscriptions ne la constatent guère que je sache avant le ix* siècle), enfin l'ascé- tisme de carrefour, inconnu dans la vieille littérature, dont il n'y a pas non plus beaucoup de traces dans les descriptions de Hiouen-Tlisang (vu" siècle), mais qui, à l'époque de la composition de quelques stances du recueil, avait certaine- ment remplacé dans la pratique et réduit à l'état de lieu commun littéraire l'as- cétisme exercé dans la solitude au fond des bois. Ce sont là autant de faits qui nous reportent en plein dans la période militante du brahmanisme qui commence avec Kumârila et Çamkara. Je pense donc, comme M. R., que plusieurs de ces stances sont certainement postérieures à Çamkara, qu'un grand nombre d'autres le sont très-probablement; mais j'ajoute que certains éléments du recueil peuvent être et, selon toute pro-' babilité, sont bien plus anciens. Nous ne pouvons plus guère douter du fait que* les Hindous ont eu de très-bonne heure une poésie gnomique et erotique dans est finalement retrouvé par le roi dans celles d'une courtisane. I. Strictement ces stances devraient être au nombre de 300; mais ce chiffre est tou- jours dépassé. M. R. en a recueilli 369 et le total est loin d'être définitif. La Paddhali de Cdrngadhara, par exemple, en contient plusieurs qui manquent dans les éditions {Zeitschr. der D. morgenl. Gesellsch. XXVII, p. 60). Dans sa 1" édition M. R. n'avait admis que 300 stances; dans la 2' il s'est décidé avec beaucoup de raison à donner les suppléments. 388 ?•:•■ REVUE CRITIQUE le genre de celle que nous trouvons dans les Centuries. Les recueils que nous en avons, soit sous forme d'anthologies compilées de divers auteurs, soit sous forme de collections mises, comme celle de Bartrihari, sous le nom d'un seul, sont en général, il est vrai, assez modernes. Mais leur contenu est en bonne partie ancien. Il semble même que parmi les recueils analogues, le nôtre soit le mieux garanti : bien qu'un certain nombre des stances qu'il contient soient attribuées ailleurs à d'autres auteurs, ces contradictions sont ici bien moins fréquentes que celles qu'on observe pour les collections mises sous les noms, par exemple, de Cânakya et d'Amaru. Quelques-unes de ces stances sont du reste citées comme exemples dans le Kâvyaprakâça qui est antérieur au x* siècle et dans le Kâvyâdarça qui est antérieur au vii^ : d'autres reparaissent dans le Pancaîantra et dans VHitopadeça comme des proverbes ou des maximes qui ont passé dans l'usage commun. Je ne me dissimule pas la faiblesse de ces arguments pris un à un, l'interpolation pratiquée sur la plus grande échelle étant le mal chronique de la littérature sanscrite : mis ensemble ils ont cependant quelque valeur, et doivent nous faire hésiter à rejeter plus bas que le viiF siècle tout le contenu des Cen- turies ' . Je me suis déjà exprimé sur la valeur de la traduction de M. R., sur son élé- gance et sur sa fidélité. Malgré les difficultés que notre langue soulève à chaque pas dans une oeuvre pareille, son français non-seulement lutte sans désavantage pour l'exactitude avec le latin de M. de Bohlen et l'allemand de M. Bôhtlingk, mais en bien des endroits il l'emporte sur eux sous le rapport de la netteté et du bonheur de l'expression. Il est du reste inutile de dire que M. R. a mis à profit les derniers résultats de la critique et qu'il a travaillé sur les meilleurs textes, en particulier sur celui qu'a donné M. Bôhtlingk dans ses Indische Spriiche. Il est à regretter seulement qu'il n'ait pas pu faire usage de la 2" édition de cet excellent recueil, qui lui aurait probablement suggéré quelques améliorations. Mais tout en consultant les travaux de ses devanciers, M. R. a su rester indépendant et suivre sa voie propre dans un grand nombre de passages difficiles. Quelques-uns de ces changements sont très-heureux. Ainsi st. 40 du supplément la traduction de rahasyam par « dans une chambre secrète » est plus naturelle que celle de M. Bôhtlingk qui en fait une parenthèse devant exprimer toute une proposition. St. 50 ibid. le choix des variantes est excellent. II, 90 âçraya est mieux rendu par « protecteur » que par l'allemand behâlter qui ne donne pas un sens bien net. I, 22 montre chez M. Bôhtlingk une jeune femme qui, se reposant à l'ombre d'un bois, découvre sa gorge et écarte les rayons de la lune, ce qui ne signifie rien : chez M. R., elle renvoie à l'astre ses rayons parce qu'en se découvrant le sein, elle fait apparaître une seconde lune. Au lieu de nivârayantî, M. R. paraît avoir nivartayantî, et il n'y a pas de doute que ce ne soit là la bonne leçon. 1. Je dois ajouter que M. R. est lui-même tout prêt à faire une exception en faveur de la 2* centurie. — Le seul Bhartn'hari dont l'existence soit historiquement constatée, est jusqu'ici le grammairien auteur du Vdkyapadiya et du Bhatùkdvya, lequel est de la I" moitié du VI' siècle et pourrait fort bien avoir des droits sur une bonne partie du recueil des centuries. d'histoire et de littérature. 389 En d'autres endroits, par contre, son interprétation est moins justifiable. Voici, en suivant l'ordre du livre, un relevé de quelques-uns de ces malentendus auxquels ne parvient pas toujours à échapper le traducteur le plus soigneux. I, I, le dieu de l'Amour n'est pas armé d'une fleur, mais de fleurs. Ces fleurs, au nombre de $, et qui sont spécifiées dans la poétique indienne, forment la pointe des 5 flèches dont le dieu est armé. — 1,4. « les visages de lotus des nouvelles » mariées resplendissent comme des champs de lotus bleu qu'on voit à » l'horizon ». Il y a plus de logique que cela dans ces petits tableaux, et les leçons de M. Bôhtlingk sont ici incontestablement préférables : l'image princi- pale porte sur les œillades voltigeant autour du visage des belles comme des abeilles autour des lotus. — I, 8 et 9. M. R. avoue avoir vainement cherché dans les auteurs d'histoire naturelle une mention relative à un bruit que ferait le flamant en marchant. Le texte ne dit rien de semblable : le cliquetis des bra- celets d'une jeune femme y est simplement comparé au bruit du flamant, c'est- à-dire au claquement prolongé et sonore que certains échassiers produisent avec le bec. — I, 12. « le globe de tes seins a l'éclat de perles enchâssées »; le sens est plutôt : sur ton sein brille un collier de perles. — 1, 18. « une cause de » partialité » ne rend pas mâtsarya qui est l'envie. — I, 67, il s'agit du taureau et non du sanglier de Çiva. — II, 72 doit se traduire : « Les dieux (quand ils » entreprirent de baratter l'océan) ne se laissèrent ni charmer par les joyaux » inestimables ni effrayer par le terrible poison (produit par le barattement) ; ils '» n'eurent point de repos avant d'avoir obtenu l'ambroisie )>. Le sens de cette "strophe ne paraît pas avoir été saisi par M. R. — Il en est de même pour III, 6 1 ; le sens est : la vraie grandeur consiste à servir Çiva ; régner et recevoir les hommages intéressés de quelques misérables n'est rien. — III, 82, ce n'est pas l'acte « d'attacher au poteau de la continence un éléphant en rut « qui est estimé un fait inouï, mais celui d'y attacher « notre cœur, cet éléphant en rut ». — III, 93, reposer sa tête sur des lianes serait encore un luxe pour l'ascète; ce sont ses propres bras qui lui servent d'oreiller : nija n'est pas traduit. — Supplé- ment , n° 5 « l'homme devient tout autre en un clin d'œil , quand il cesse d'être » enflammé par le désir des richesses » . Le texte est d'une morale plus brutale ; il revient à dire que, sans argent, l'homme n'est plus lui-même. — N" 6 ne re- proche pas au nuage de prêter l'oreille aux plaintes du Câtaka, mais de ne pas les prévenir. — N° 2 5 nija et para ne signifient pas « de basse naissance, de nais- » sance élevée », mais parent et étranger. — N" 35, « Les hommes d'un grand » caractère ont certaines manières d'être extérieures qui les distinguent » ; le sens est : adoptent l'une ou l'autre des deux conduites suivantes. Axamâlâ ne signifie pas « couronne de roses », mais chapelet. M. R. s'est laissé tromper par l'allemand Rosenkranz qui a les deux sens. — N°4$. « S'empresserait-on d'aller » voir l'endroit où les paons déposent leur ordures, si, dans leur enivrement, » ils ne dansaient pas » Le sens est : verrait-on le derrière des paons, si les sottes bêtes ne le découvraient pas elles-mêmes quand elles dansent (en étalant leur queue) ? Voir le Pancatantra I, fable 20. — N° 5 3 la fin de la stance signifie : l'homme croit jouir, en réalité il se médicamente. — N" 64 « quand le 590 REVUE CRITIQUE » naufrage de ses doutes est complet et définitif » ; c'est le contraire : quand il s^est débarrassé de tous les tracas du doute. — N° 6(>. « Quelle est la pénitence » dont les fruits sont qu'on possède la science sacrée, que l'unique consé- » quence de la vocation soit l'apaisement? » Il faut : dont les fruits sont que la science sacrée ne produise en nous que l'aspiration à l'apaisement. La plupart de ces observations portent, on le voit, sur de simples lapsus ou sur des nuances assez légères; d'autres, il est vrai, en petit nombre, sur des erreurs plus graves. Ni les unes ni les autres toutefois ne sont de nature à dépré- cier en quoi que ce soit la valeur générale de la traduction de M. R., qui, dans l'immense majorité des cas, est absolument digne de confiance. Si j'ai relevé ces peccadilles, c'est précisément parce que son travail est de ceux qui méritent qu'on les examine de près, et aussi parce que j'espère que M. R. aura bientôt l'occasion de faire disparaître ces taches dans une 3® édition que je lui souhaite. ; A. Barth. 119, — Henri Brugsch. Histoire d'Egypte, i" partie. Introduction, Histoire des dynasties I-XVII. 2" édition. Leipzig, J. C. Hinrichs. jSyj. I,n-8*, 180 p. — Prix : 6 fr. " ^'^''[ ' Dans l'état actuel de la science, une Histoire d'Egypte doit enregistrer exac- tement tous les faits déjà connus et décrire les quelques monuments importants qui ont survécu à la ruine de la civilisation égyptienne. La première édition de V Histoire de M. Brugsch publiée en 1859 contenait à peu près tout ce qu'on savait, il y a quinze ans : la seconde est loin de renfermer tout ce qu'on sait aujourd'hui. Je ne puis examiner l'un après l'autre les chapitres dont elle se compose : je me contenterai de prendre dans le chapitre qui traite de la XII® dy- nastie, les quelques lignes consacrées au fondateur de cette dynastie, Amenem- hat I, et de rapprocher les données fournies par M. Brugsch des données fournies par les monuments originaux. M. Brugsch identifie le roi Amenemhat I avec un grand fonctionnaire Ame- nemhat qui vivait en l'an II de Ranebtaoui Mentouhotep III'. Je vois à cette hypothèse quelques difficultés. Si M. Brugsch m.aintient le classement qu'il avait adopté dans la première édition de son histoire ^ et qu'il ne parait pas avoir rejeté dans la seconde, il y a entre Mentouhotep III et Amenemhat I trois rois au moins : Entew IV, Ranebkherou Mentouhotep IV et Sankhkara [Ameni]. Mentouhotep IV a régné au moins quarante-six ans ? : en mettant vingt années pour le restant de son règne et pour la durée encore inconnue des règnes de Men- touhotep III, Entew IV et Sankhkara, nous obtenons la somme de soixante-six ans pour l'intervalle qui sépare l'an II de Mentouhotep III et l'avènement de la XI le dynastie. D'autre part Amenemhat I régna au moins trente ans dont dix- neuf et quelques mois seul, le reste avec son fils Ousortesen H : entre l'an H de Mentouhotep III et l'an XXX d'Amenerahat I, il y a donc au bas mot quatre- I. Brugsch, Histoire d'Egypte, 2' éd. p. 80, 84. — 2. Id. i" éd. p. 51, 52. 3. Orcurte, Catalogue du Musée de Turin, Vcstibolo, stèle n° 5445. j. Mariette, Album pliotûgraplii(jue, pl. 54. d'histoire et de littérature. 391 vingt-seize ans, dont soixante-seize établis par le témoignage direct des monu- ments et vingt rendus probables par le témoignage des listes royales. Or, l'Ame- nemhat mentionné dans l'inscription de Mentouhotep III est déjà chef de nome, général d'armée et ne peut en aucune manière être considéré comme un enfant. A moins d'admettre qu'Amenemhat I ait vécu cent trente ans et soit devenu roi vers l'âge de cent ans, ce qui est peut-être un peu tardif pour un fondateur de dynastie, je ne vois guère le moyen de l'identifier avec l'Amenemhat nommé dans l'inscription de Mentouhotep III : tout au plus pourrait-on admettre que le général Amenemhat fut le grand-père du roi Amenemhat. Les documents relatifs au règne d'Amenemhat I sont assez rares. C'était un motif de plus pour les étudier tous et avec soin. M. Brugsch n'a pas même cité le plus important et le plus instructif d'entre eux, les Instructions du roi Amenem- hat I à son fils Ousortesen I. C'est une sorte de pamphlet politique, écrit évidem- ment au temps de la XIP dynastie, et qui fut considéré plus tard comme une des œuvres classiques de la littérature égyptienne. On en connaît jusqu'à présent six manuscrits ou portions de manuscrits différents, le Papyrus Sallier II, pi. I-III, le Papyrus Sallier I, pi. VIII, verso, le Papyrus Millingen, le manuscrit 4920 du Louvre, les Ostraca 362:5 et 3638 du British Muséum. L'auteur suppose que le roi Amenemhat apparaît en songe à son fils pour lui donner quelques avis et résumer en quelques versets les principaux événements de son règne'. On y trouve des allusions aux guerres civiles qui accompagnèrent la chute de la XI* dynastie et préparèrent l'avènement de la XIP. « Mes images, dit le roi » défunt, vivent au milieu des hommes, — car j'ai fait de l'endeuillé un satisfait » dont les cris n'ont plus été entendus ; les grandes batailles on ne les a plus vues, » — et pourtant on avait combattu auparavant comme si l'Egypte eût été un )) taureau oublieux du passé, — et il n'y avait eu de fortune stable ni pour le » savant ni pour l'ignorant. ^ » Les conspirations de palais ne manquèrent pas aux débuts du nouveau roi. « C'était après le souper, quand la nuit fut venue, )) — je pris une heure de plaisir : — Je me couchai sur les tapis de ma maison, » je m'étendis, — et je commençai dans mon âme à suivre le sommeil; — mais, » voici, on avait rassemblé — des armes pour lutter contre moi — et je me » trouvai aussi faible que le ver des champs. — Alors je m'éveillai pour com- » battre, en pleine possession de mes forces, — mais je vis bientôt que je » n'avais qu'à frapper un ennemi qui ne tenait pas. — Si je prenais un rebelle « les armes à la main, — je faisais cet assaillant tourner dos et s'enfuir : — il )) n'était pas brave [même] dans la nuit, et personne n'osa combattre. 3 « A lire l'histoire de M. Brugsch on dirait qu'Amenemhat I n'eut qu'à se présenter pour monter sur le trône. Les Instructions nous montrent qu'il eut fort à faire pour arriver au pouvoir et pour s'y maintenir : elles nous permettent de comprendre certaines allusions que renferment des monuments postérieurs, la grande inscrip- tion de Beni-hassan, par exemple, où il est dit que le roi Amenemhat I nomma 1 . La traduction de ce texte se trouve dans le tome II des Records ofthc Past, p. 9-16. 2. Verset 5. — 3. V. 6-7. ; ■, •" \*; ■' ": ' "^ .--.,. • / 392 •' REVUE CRITIQUE un grand personnage au gouvernement du nome de Meh, dans le temps qu'il « parcourait le pays réprimant le mal, se manifestant comme le dieu Toum lui- »■ même et restaurant ce qu'il trouvait détruit. » M. Brugsch constate qu'Amenemhat I étendait son autorité jusque sur les régions éthiopiennes : il ne parle nulle part des guerres de ce prince. Les Instruc- tions disent pourtant : « Je combattis le Ouaouà (l'Éthiopien), — et j'emmenai » le Matsaï (le Libyen) en prisonnier; — je dirigeai mes efforts contre le Sati » (l'Asiatique), et il vint à moi comme un chien couchant. ' « La stèle C, i du Louvre qui date del'an[XX]IV d'Amenemhat I parle également de ces guerres, et le nomarque en l'honneur de qui elle fut élevée y dit de lui-même : « J'ai )) frappé les Pettiou, les Mentiou, les Heroushâ; j'ai détruit leurs villes. » Amenemhat I fut donc un roi conquérant, et ses campagnes vers le sud prépa- rèrent la colonisation de la Nubie. "*^v"Sjïï|î. En énumérant les édifices d'Amenemhat I, M. Brugsch mentionne le tombeau qu'il se fit élever, mais sans citer une inscription importante où sont racontées quelques-unes des opérations préliminaires à la construction de ce tombeau. C'est un texte gravé à la pointe sur les rochers de Hammamat par un scribe peu habitué à ce genre de travail. « Le chef des prêtres de Khem, le royal délégué, i) Entew, fils de Sebek-nakht, dit : « Mon seigneur le roi m'envoya à Rohannou )) (Hammamat) chercher cette auguste pierre (le sarcophage royal), telle que » jamais on n'en a transporté pareille depuis le temps du dieu Rà Je restai )) huit jours à explorer ce pays, pour faire connaître ce qui s'y trouve, puis je » me prosternai devant Khem [mari] de sa mère, devant la déesse Oert-hakaou » et devant tous les dieux de ce pays, je leur brûlai des parfums sur la flamme. ^ » Les Instructions décrivent sommairement le tombeau où fut placé ce sarcophage. « Je me construisis une maison (un tombeau) orné d'or; — les voûtes en sont » peintes en bleu, les murs — et les couloirs sont en blocs scellés de métal ; — y> — les verrous sont en métal-me/2 artificiel. Fait pour l'éternité, le temps recule » devant lui, — On y trouve beaucoup de passages compliqués;' — moi )) seul sais dire où l'on peut me trouver, — si bien que nul autre ne le saura, . » excepté toi, — Ousortesen; Que tes jambes aillent, — et toi, toi-même, de » tes propres yeux, tu me verras, — représenté dans une heure de joie, — au j) milieu des esprits qui me rendent hommage. 5 » Amenemhat semble du reste avoir été grand constructeur de temples et de palais : on trouve les traces de son activité sur tous les points de l'Egypte dans le Fayoûm, à Thèbes, à Memphis. On peut ajouter aux monuments de son règne que M. Brugsch cite en assez grand nombre, deux tables d'offrandes, l'une trouvée à Karnak et conservée aujourd'hui au Musée de Boulaq, l'autre découverte à Qom el Qalah dans les ruines du temple de Ptah à Memphis et publiée récemment par M. Mariette 4. Pour le règne commun d'Amenemhat 1 M. Brugsch a employé l'Histoire de Sineh, trop modérément à mon avis : il y a dans ce curieux document plus d'un I. V. 12. — 2. Lepsius, Denkm. II, ii8, d. — 5. V. 15-14. 4. Monuments divers, t. I, pi. 34, /. d'histoire et de littérature. 393 renseignement à tirer sur l'état de l'Egypte et de la Syrie méridionale au temps de la XI I" dynastie. M. Brugsch n'a pas observé que la stèle du musée de Boulaq qui porte une date de l'an XXX d'Amenemhat et de l'an X d'Ousortesen I nous force à placer dans ce règne commun toutes les stèles qui portent des dates du règne d'Ousortesen I inférieures à l'an X, c'est-à-dire les stèles C 2 et 3 du Louvre, V, 5, de Leyden. La stèle C, 3 du Louvre datée de l'an IX renferme des détails curieux sur la construction du tombeau d'Ousortesen I '. En poussant plus loin l'examen, il me serait facile de prouver que M. Brugsch n'a pas mieux traité les autres souverains de la XIP dynastie qu'il n'avait fait de leur chef. Il avait pourtant à sa disposition toutes les stèles inédites du Musée de Boulaq et tous les monuments que les fouilles de M. Mariette ont mis au jour pendant ces der- nières années. En résumé on peut dire que V Histoire de M. Brugsch à côté de parties bien faites {les Dynasties Memphites, le Sémitisme en Egypte) contient des parties vieillies qu'il faudrait mettre au courant des progrès de la science et quelques inexacti- tudes matérielles qu'il sera facile de corriger dans une prochaine édition 2, G. Maspero. 120. — Louis DE Backer. Bidasari, poème malais, précédé des Traditions poétiques de l'Orient et de l'Occident. Paris, Pion. 1875. In-8", 267 p. On connaît trop peu en France les travaux considérables qu'on doit aux savants néerlandais sur l'histoire, l'ethnographie, la littérature des peuples de l'archipel indien. Le poème de Bidasari, échantillon extrêmement remarquable de la poésie malaise, traduit depuis longtemps en hollandais et plus d'une fois commenté, méritait de passer dans notre langue, et il faut remercier M. de Backer qui, à défaut du malais, possède le néerlandais, plus facilement accessible, de l'avoir rais à notre portée. Il nous assure que « cet idiome du Nord a pu conserver )) facilement le sens de l'original.)) Nous ne pouvons comme lui que l'espérer. — Le texte néerlandais est parsemé d'un très-grand nombre d'expressions malaises, que M. de B. a conservées, mais qu'il aurait dû expliquer, comme l'a sans doute fait le traducteur qu'il suit. Le lecteur français a quelque peine à comprendre des phrases comme celle-ci (p. 89) : « Elle avait des sountings faits d'or, cou- )) verts de tjempakka d'or, rivés à des fleurs de mendalieks; on regrettait seu- )) lement qu'elle ne portât pas de pedaka )); ou cette autre (p. 160) : « L'ai- )) guière circulait au milieu des mantris, des pahlouans et des houloubalangs. » La forme du poème malais paraît digne de toute attention : elle est pénétrée d'une poésie gracieuse, voluptueuse et tendre qui fait honneur au vieux fakir qui s'en donne comme l'auteur. Le fond est fort curieux et prêtait à d'intéres- santes études de littérature comparée. Ce que M. de B. a donné en ce genre, comme introduction , est absolument incohérent et sans valeur. Au reste, on chercherait en vain dans ce livre les renseignements les plus nécessaires : l'auteur, 1. Mélanges d'archéologie égyptienne, t. II, p. 221. 2. Je tiens à signaler un passage assez obscur (p. 80-82) où M. Brugsch attribue for- mellement à un roi de la XI* dynastie, une inscription qu'il attribue quelques pages plus loin (p. 123-126) à un roi de la XIII'. Î94 -^^l ►* REVUE CRITIQUE avec un peu de peine, aurait cependant pu les tirer des ouvrages néerlandais qu'il avait sous la main. La négligence avec laquelle tout ce travail est exécuté lui enlève beaucoup de prix, mais ne l'empêche pas d'être encore digne d'intérêt. 121. — Le livre du Voir dit par Guillaume de Machaut où sont contées les amours de messire Guillaume de Machaut et de Péronnelle dame d'Armentières avec les lettres et les réponses, les ballades, lais et rondeaux du dit Guillaume et de la dite Péronnelle, publié sur trois manuscrits du XIV siècle par la Société des bibliophiles françois. Paris, Aubry. 1875. Vol, gr. in-S", xxxv-408 p. — Prix : 1 5 fr. Voici une des œuvres les plus agréables et les plus curieuses de tout le moyen- âge, qui se présente à nous dans un des plus beaux volumes que l'on ait imprimés, de notre temps. La Société des bibliophiles françois a eu la main heureuse en choisissant, pour l'ajouter à sa précieuse collection, un poème autrefois si célèbre et que presque personne ne connaît aujourd'hui. Cette Société n'a pas été moins bien inspirée en confiant la tâche délicate de publier le Voir dit à celui de tous nos érudits qui était le plus capable de la remplir : j'ai nommé M. Paulin Paris. La grande difficulté, ce n'était point l'établissement du texte. La Bibliothèque nationale possède trois manuscrits des œuvres complètes de Guillaume de Ma- chaut, exécutés tous les trois par d'excellents calligraphes, sous les yeux mêmes de l'auteur (Fonds français, n*" 1584, 9221 et 22546)'. L'attentive comparai- son de ces trois manuscrits a permis à M. P. de reconstituer le Voir dit avec une irréprochable fidélité. Mais ce qui demandait plus qu'une longue expérience et qu'un extrême soin, ce qui exigeait les meilleures qualités du critique, et surtout cette qualité maîtresse que l'on appelle la sagacité, c'était l'explication du poème. Certes M. P. a deviné, dans les recherches si vastes et si diverses auxquelles il a consacré sa vie, bon nombre d'énigmes historiques et littéraires, mais peut-être aucune des victoires de ce commentateur de tant de vieux textes n'a-t-elle été plus brillante et plus décisive que celle d'aujourd'hui, et c'est en toute justice qu'il a pu se rendre le témoignage que voici (p. xxxj) : « Je crois avoir abordé » et résolu toutes les difficultés qui s'opposoient à la parfaite intelligence du » Voir dit. » Je vais résumer en quelques lignes la très-spirituelle notice dont M. Paris a fait précéder ce poème. Guillaume de Machaut, chanoine de l'église de Reiras, aussi renommé comme poète que comme musicien, était arrivé à sa cinquantième année environ, non sans quelques fâcheuses infirmités — (il avait des accès de goutte et un de ses yeux était presque éteint) — , quand il reçut, un beau jour, par l'intermédiaire d'un ami, certain rondeau que lui adressait une jeune fille qui, à force de goûter l'écrivain et le compositeur, avait, de loin, fini par s'éprendre de l'homme 2. Ce leste et joli rondeau débutait ainsi : 1. Le no 9221 garde la signature du fils du roi Jean, de ce duc de Berry qui fut un si mauvais prince et un si admirable collectionneur. Le n* 1 584 est le meilleur des trois manuscrits, et c'est d'après cet exemplaire qu'ont été données les gravures du volume qui fait tant d'honneur aux presses de M. Lahure. 2. M. P. rappelle (p. xvj) que M°" de La Toirr-Franqueville, après la lecture de la d'histoire et de littérature. ?95 Celle tjui onques ne vous vit itJfît-H>îitî*''; Et qui vous aime loiaument De tout son cuer vous fait présent. Naturellement le galant chanoine, émerveillé, riposta par un rondeau des plus flatteurs. Aux rondeaux succédèrent des lettres, puis revinrent des rondeaux. D'autres poésies suivirent, chansons et ballades, escortées de lettres de plus en plus tendres, de plus en plus vives, si bien que ce qui d'abord ne semblait devoir être qu'un jeu devint une belle et bonne passion réciproque. Après avoir échangé force vers et force prose, le poète et la jeune fille se virent et ne s'en aimèrent que mieux. Guillaume, à la formelle demande de son amie, raconta minutieusement l'histoire de ses relations avec elle. Dans plus de neuf mille vers, il prodigua les détails, quelquefois les plus singuliers, sur tout ce qui s'était passé entre elle et lui. Rien n'est plus curieux que ce journal amoureux où règne d'un bout à l'autre une incomparable sincérité. L'auteur a reproduit dans son poème diverses pièces de vers de son amie (évidemment retouchées, sinon refaites par lui) et il y a inséré aussi les quarante-six lettres, pleines pour la plupart d'une riante et délicieuse naïveté, qu'ils s'écrivirent pendant les trois années (1362- 1 364) que dura leur amoureux commerce. Tout cela forme un mélange des plus piquants et dont la saveur est parfois encore relevée par les notes de l'éditeur. Sans doute le poème a ses défauts, et, au nombre des plus graves de ces défauts, on doit mettre des longueurs qui nous impatienteraient davantage, si nous n'étions disposés à beaucoup pardonner à un homme qui a profondément aimé', et si, d'ailleurs, les pages incolores et vides que l'on rencontre cà et là n'étaient pas cent fois rachetées par tant d'autres pages gracieuses et animées. L'éditeur signale ainsi (p. xiij) les problèmes qu'il avait à résoudre : « Ma- » chaut, qui a dit tant de choses, a pris soin de taire le nom de la jeune dame » qui l'avoit inspiré, le temps où le poème fut écrit, les lieux où s'étoient passées » les aventures, enfin, l'âge auquel il étoit alors parvenu lui-même. « En ce qui regarde l'âge, M. P. prouve, à l'aide d'ingénieux rapprochements, que Guillaume de Machaut a dû naître, non vers 1296, comme l'a cru M. Tarbé, l'éditeur de quelques extraits de ses poésies ^ encore moins en 1284, comme l'a pensé M. Fétis (^Biographie des Musiciens), mais de 1311 à 1316, et que, par conséquent, lorsqu'il reçut le doux message qui fut l'origine du Voir dit, il frisait ou même dépassait un peu cette terrible cinquantaine à partir de laquelle, selon la mélancolique parole de Bassompierre, on peut bien aimer encore, mais on ne doit plus s'attendre à être aimé. M. P. n'établit pas moins sûrement que le Voir dit, au lieu d'avoir été composé en 1348, comme l'a prétendu M. Tarbé, fut écrit en 1363 et 1364. Enfin — et c'est là le plus important des résultats Nouvelle Hèldise, envoya vainement à Jean-Jacques Rousseau une déclaration d'amour, et que Bettina, après la lecture des poésies de Gœthe, adressa, non inutilement, des lettres du ton le plus chaud à ce vieillard bientôt septuagénaire. 1. Machaut s'excuse ainsi (p. 21) de sa prolixité : « et se je vous escris trop longue- « ment, si me le pardonnes, car de l'abondance du cuer la bouche parle. » L'auteur annonce (p. 17) qu'il y aura d'inévitables répétitions dans son livre. 2. Poésies de G. de Machaut, 1849. La publication a été faite avec une insigne négli- gence. Voir, par exemple, à V Appendice du présent volume, p. 384 et 38$ , le véritable texte d'une des épîtres si mal éditées par M, Tarbé. ^Ç)6 REVUE CRITIQUE obtenus — il est incontestable que l'héroïne du chanoine de Reims n'a pas été Agnès d'Evreux, sœur du roi de Navarre Charles le Mauvais, mariée en 1 349 à Gaston Phébus, comte de Foix ', mais une « gente, jolie et joincte » champe- noise, Peronne ou Peronelle d'Unchair, dame d'Armentières, fille de messire Gauthier d'Unchair, seigneur d'Armentières, et de Peronne de Jouveignes ou Jouveniaus^, ladite dame d'Armentières alors orpheline, sous la tutelle de son beau-père ou parâtre Jean de Conflans, seigneur de Vielmaisons en Brie'. C'est dans les anagrammes du Voirait que M. P. a découvert les noms des deux amoureux : Guillaume de Machaut, Péronnelle d'Armentières; c'est dans les poésies d'Eustache Deschamps, bailli de Valois, le meilleur élève de l'auteur du Voir dit^, et dans l'Histoire généalogique des grands officiers de lu Couronne i, qu'il a trouvé l'éclatante confirmation de sa découverte. Si l'on me demande ce que devint la châtelaine d'Armentières, je répondrai que malheureusement l'on n'en sait rien, et que M. P. conjecture qu'elle se maria, sans laisser de postérité. Soit dans les notes mises au bas des pages, soit dans les Notes et corrections rejetées à l'Appendice (p. 385-408), soit enfin dans le Glossaire, où sont recueillis plusieurs mots qui manquent à tous nos autres glossaires (p. 383-408), l'éditeur a réuni tous les éclaircissements que pouvait désirer l'homme le moins familiarisé avec la langue du xiv^ siècle 6. Grâce à tant d'habiles précautions, le Voir dit est d'une lecture aussi facile et aussi attrayante que celle d'un de nos meilleurs romans contemporains. T. de L. 1. C'est M. de Caylus (Mémoire sur G. de Machaut, dans le Recueil de l'Académie des Inscriptions, t. XX, p. 417) qui, le premier, a mis en circulation cette inadmissible hypo- thèse, aveuglément adoptée par M. Tarbé. 2. M. P. croit (p. ij) que la maison de Jouveignes n'est autre (jue la maison deJouvenel, et il appelle l'attention des lecteurs, en une judicieuse note (p. i| et iij) sur la nécessité de soumettre à un nouvel examen l'opinion du P. Anselme et des généalogistes à la suite, touchant l'origine de la famille de Jouvenel, qui semble bien être une branche de la grande maison italienne des Ursins ou Orsini. 3. L'éditeur ne manque pas de rappeler (p. xxv) que Charlotte Jouvenel des Ursins, mariée à Eustache de Conflans, vicomte d'Ouchy Le Chastel, « amoureuse de la poésie » non moins que sa très arrière parente, et d'humeur non moins tendre, choisit pour » amant favorisé le grand poète François de Malherbe, ainsi devenu le nouveau Guillaume »■ de cette nouvelle Péronnelle. » M. P. ajoute que plus jeune que Machaut, Malherbe fut en revanche plus rude que lui et que dans sa jalouse fureur, il alla, le brutal! — (Ha- bemus confitentem reum) — jusqu'à battre, un jour, la belle vicomtesse d'Ouchy. 4. E. Deschamps, à la mort du poète C'377), crut devoir adresser à Peronne, pour la consoler, une ballade où il lui parle avec une touchante sympathie (édition Crapelet, p. 82) de ce Machaut qui tant vous a aimé Et qui estoit la fleur de toute flours. J.T. VI, p. 145. 6. A la p. 110, note i, sous le mot Saint Gravais, M. P. met : a S. Caprais ou Ca- » praise, abbé de Lérins. » Ne serait-ce pas S. Caprais, évêque d'Agen , qui, ainsi que sa contemporaine sainte Foy, jouit, au moyen-âge, d'une assez grande popularité? — On lit (p. 137, note 1), à propos du mot cabre, chèvre : « Cabri se dit encore en Cham- » pagne. » Cabri se dit bien ailleurs, et notamment en Gascogne, où l'expression 5du/«r comme un cabri est sans cesse employée dans la conversation familière. — Au sujet du mot haire, ennui (p. 271, note ?), M. P. s'exprime ainsi : <■< On dit encore dans un sens » analogue en Champagne : quel haria! » Ce n'est pas seulement en Champagne, mais un peu partout en France, et même à Paris, que l'on a conservé le mot haria. — Enfin, à la dernière ligne de la p. 402, nous trouvons cette assertion qui n'est exacte qu'à demi : d'histoire et de littérature. 397 122. — Œuvres de Jean Rus, poète bordelais de la première moitié du XVI* siècle, Eubliées d'après l'exemplaire unique qui paraisse subsister, par Philippe Tamizey de lARROQUE. Paris, Claudin. 1875. In-S", 73 p. {Collection méndionale, tome sixième). — Prix : 5 fr. C'est la bibliothèque d'Auch qui possède le seul exemplaire connu des poésies de Jean Rus; c'est un petit volume, imprimé à Tholoze par Guy on Boudeville en 1540. Il contient quelques pièces couronnées aux jeux floraux de Toulouse et un petit nombre d'autres pièces. Les recherches diligentes de M. Tamizey de Larroque et d'autres personnes fort compétentes n'ont rien révélé sur ce person- nage, en dehors de l'estime singulière où l'ont tenu plusieurs de ses contempo- rains et compatriotes. On le présente volontiers, dans les pièces faites à son honneur et jointes suivant l'usage à son volume, comme un émule et même un futur vainqueur de Marot. Il mourut sans doute jeune, peu de temps après ses premiers vers, et ne réalisa pas ce pronostic, mais le peu qui nous reste de lui fait comprendre qu'on ait pu le porter. Il montre dans ses quelques vers, à des doses plus faibles, l'élégance du poète de Cahors unie à la grâce molle et un peu délayée de Saint-Gelays. Ses épigrammes, toujours soigneusement écrites, sont assez fades; ses blasons ne méritent pas à mon sens les éloges que leur donne l'éditeur; mais une de ses pièces, le Triste Chant d'une dame abandonnée par son amant, est d'un sentiment tendre et d'une heureuse simplicité de forme qui la mettent au premier rang parmi les petites poésies françaises antérieures à la Pléiade : « Plus tost la mer seichera, » Or tumbez, les cieux, en bas! Disois tu, « que je vous laisse ; Or soit la mer asseichée! Plus tost le ciel tumbera Mon amy ne m'ayme pas, Que nostre amour se rabaisse. » Ains aultre dame a cherchée, etc. M. T. de L. a sauvé Rus comme il avait sauvé Imbert (voy. Rev. ait. 1872, art. 54), survivant aussi dans un exemplaire unique. Grâce à lui, la littérature française saura qu'elle a perdu dans le jeune lauréat des Jeux floraux en i $40 sinon un grand poète, au moins l'espérance d'un vrai poète. L'édition est la reproduction de Pimprimé, avec des notes explicatives fort bonnes, et dont plusieurs, qui portent sur des noms cités par Rus, ont demandé des recherches : on sait que M. T. de L. ne plaint pas sa peine en semblable occur- rence. — Au lieu de longis, signifiant «logis», p. 28, je lirais lougis (c'est sans doute une forme gasconne, mais les gasconismes sont fréquents dans notre poète); p. 32, V. 9, dicts, 1. dict; une faute d'impression (ancienne ou moderne i*) plus grave est vouldra pour vauldra, p. 27, v. 9. Ces trois erreurs se trouvent précisément dans le Triste Chant. — Dans une note envoyée à l'éditeur, M. R. Dezeimeris, trouvant obscur ce vers : Rose, sur l'œuvre naturelle, propose de corriger l'œuvre surnaturelle (ou d'admettre une tmèse tout à fait impossible). Ce n'est pas nécessaire; le vers, si je ne me trompe, signifie : au-dessus de ce que « La caroie étoit la ronde aux chansons que les petits enfants seuls pratiquent encore. » D'autres que les petits enfants se livrent aux joies de cette danse primitive, et, dans le sud-ouest de la France, le soir des jours de moisson, des jours de vendanges, et souvent, le dimanche, après les vêpres, jeunes gens et jeunes filles marquent à la fois de la voix et du pied l'entraînante cadence de la caroie. 398 REVUE CRITIQUE produit la nature, supérieure à toutes les productions naturelles (c'est la même pensée que celle de l'épigr. de la belle Barralis, p. 41), la leçon proposée ne convient d^ailleurs pas au contexte. G. P. 125. — BoNAVENTURE DES Périers. Lc Cymbalum mundi, texte de l'édition princeps de 1 537, avec notice, commentaire et index, par Félix Frank. Paris, Le- merre. In-8', lxxvii-ij3 p. — Prix : 7 fr. 50. De tous les pamphlets du xvi^ siècle, il en est peu qui ait trouvé autant d'édi- teurs et de commentateurs que le Cymbalum mundi; l'originalité des idées, l'ex- cellence du style l'ont toujours fait rechercher, et l'obscurité de certains passages a piqué au vif la curiosité des érudits. L'édition, dont nous rendons compte, est bien la quatrième originale de notre siècle , et l'auteur a réussi à préciser pluS' que ses devanciers le sens énigmatique de ces quatre dialogues. Si Bonaventure est un des meilleurs écrivains de la France au xvi'' siècle, il en est aussi l'un des plus obscurs, et sa fréquentation a fini par influer sur l'esprit de son éditeur, M. Frank, qui dans son désir d'expliquer certains passages, est tombé parfois dans une subtilité encore plus grande que celle de l'auteur. C'est là en effet un défaut contre lequel il faut se prémunir dans l'étude de ces auteurs allégoriques; on finit, en ayant toujours devant les yeux des pensées et des expressions à double sens, par voir une intention là où il n'y a que hasard pur. Cette réserve faite, nous reconnaîtrons bien volontiers qu'on ne peut que donner des éloges à l'annotation et à l'introduction en général ; l'une et l'autre sont extrêmement étudiées et donnent à l'ouvrage son véritable sens. C'est bien là l'écrit de ce des Périers, aussi ennemi des protestants que des catholiques, franchement athée, gabeur et railleur, mettant aux prises tous les théologiens du temps, transformant le Christ en Mercure et lui faisant voler la Bible au cabaret. Ce lumineux commentaire nous fait sentir pourquoi les Sorbonnastres, qui pou- vaient facilement comprendre des expressions que nous n'interprétons aujourd'hui qu'à force d'érudition, ont si bien poursuivi ce livre, qu'aujourd'hui il ne reste plus qu'un seul exemplaire de l'édition originale. Outre cette recherche des explications un peu subtiles, le commentaire de M. F. présente encore un autre léger défaut. Quelquefois les arguments ne sont pas rangés dans un ordre bien logique et ne s'enchaînent pas rigoureusement. Signalons par exemple l'histoire de l'exemplaire du cabinet Roze et de l'exemplaire de Versailles. Ce n'est qu'à force de réflexion qu'on arrive à deviner à quoi l'auteur veut en venir, et la suite du raisonnement laisse fort à désirer. Ailleurs nous relèverons quelques subtilités, comme l'explication de tout à un et de vertu née, fin de deux vers de Bonaventure. Ailleurs encore, trouvant dans l'exemplaire original la faute d'impression suivante : Phlegon le cheval pour Phlegon Le cheval, M. F. y trouve tout un anagramme, haine ou paine lève col (p. Ixvij). Nous sommes tout disposé à reconnaître avec lui que le Cymbalum mundi « est plein » d'anagrammes et d'arrangements de mots subtils; » mais ici il va réellement trop loin et attribue à des Périers des idées trop mystérieuses. Il ne nous reste plus qu'à relever quelques points de détail sans grande importance. d'histoire et de littérature. 599 P. V et suiv. L'auteur se montre trop sévère pour l'édition de M. Lacour, qui malgré ses imperfections était certainement en progrès sur les précédentes. Quelquefois même on trouve dans ces reproches une nuance d'acrimonie et de vivacité qu'il faut toujours éviter en pareil cas. P. Ixv et suiv. et ioj-108. M. F. se livre à une longue dissertation pour retrouver le sens des trois mots plus ou moins grecs, prononcés par Mercure, et renfermant une adjuration au cheval Phlegon d'avoir à parler. Son explication est peu concluante, et il n'y arrive qu'au moyen de remaniements successifs- dans la forme de ces mots. ^^m$%fi':i^ P. 62-3. Dans l'interprétation du nom de Curtalius, M. F., qui a prouvé d'une façon péremptoire que ce personnage et son acolyte Byrphanes sont des prêtres de l'Église catholique, trafiquant des indulgences, essaie vainement de lui trouver une étymologie satisfaisante ; il y voit successivement le sens de ton- suré, de élevé dans un monastère, croyant faussement que le mot latin curîis ne s'entend au moyen-âge que d'un domaine ecclésiastique, enfin d'officier ecclé- siastique. Nous avouons n'avoir point d'explication à proposer; mais aucune de celles qui précèdent n'est acceptable et il faudrait chercher ailleurs. Malgré ces petites erreurs ou ces légères taches, nous ne ferons aucune diffi- culté de reconnaître que cette édition du Cymbalum peut être regardée comme définitive, et que le commentaire de M. F. en a une fois pour toutes fixé le sens et indiqué la portée. SOCIÉTÉS SAVANTES. ;. ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. Séance du 1 1 juin 1 87 5 . Le ministre de l'instruction publique transmet divers mémoires des élèves de l'école archéologique de Rome, envoyés par M. A. Dumont, savoir : — Étude sur quelques distinctions extraordinaires en usage sous l'empire, par M. Bloch ; — Du classement des mss. de la i« décade de Tite Live, par M. Riemann; — Étude sur l'œuvre inédite de Jacques Grimaldi, par M, Mùntz; — Description et classement des mss. de Bertrand de Born, et Notice sur le ms. de Salimbene, par M. L. Clédat; — Étude sur la plus ancienne rédaction du Liber ponîificalis, par M, l'abbé Duchesne. . m i^^:-î'.mmi'î^.-ît^'. M. Duruy présente de la part de M. Maspero un vol. hititulé Histoire^ ancienne des peuples de l'Orient jusqu'à la conquête d'Alexandre, Paris, 1875. L'académie se forme en comité secret. A la reprise de la séance publique, elle décerne au scrutin le premier prix Gobert à M. Lecoy de la Marche, pour son Histoire du roi René et son vol. intitulé Comptes et mémoriaux du roi René, et le second prix à M. Paillard, pour son Histoire des troubles religieux de Valenciennes (i 560-1 $69) et son Discours sur les causes des troubles des Pays-Bas. Le prix du concours Bordin, sur ce sujet : Étude philologique et critique du texte des œuvres de Sidoine Apollinaire, est décerné au mémoire n" 1 . L'enve- loppe cachetée qui contient le nom de l'auteur de ce mémoire est ouverte. C'est M. Ém. Châtelain, élève de l'école des hautes études. M. Renan lit ua passage d'une lettre de M. Clermont-Ganneau, en date du 400 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. 2 avril 1 87 1 , qu'il avait communiquée à l'académie le 26 janvier 1872, Dans cette lettre était déjà présentée l'identification de l'ancienne ville d'Adoullam avec la localité appelée aujourd'hui 'Edelmiyé, qui vient d'être annoncée en Angle- terre comme une découverte nouvelle d'un explorateur anglais. M. Egger présente de la part du traducteur Les plaidoyers civils de Démosthène, trad. etc. par Rod. Dareste, 2 vol. in-12. Il fait remarquer que cette traduction est la première qui ait pour auteur une personne au fait du droit et de la pro- cédure attiques, et signale les renseignements que M. Dareste a fournis au lecteur sur ces matières. M. de Longpérier continue la lecture du mémoire de M. Chabas sur les poids, monnaies et mesures des anciens Égyptiens. M. Boutaric termine la lecture de son mémoire sur les origines du régime féodal et spécialement sur l'immunité. Il pense qu'on doit faire remonter aux concessions d'immunité l'origine du droit de justice qui appartenait au moyen âge à un grand nombre de seigneuries ecclésiastiques. Par ces concessions, les rois mérovingiens et carolingiens accordaient à de grands propriétaires fonciers, communautés monastiques ou particuliers, pour toutes leurs terres et pour celles qu'ils pourraient acquérir à l'avenir, non seulement la franchise d'impôt, mais l'exemption de l'autorité des agents royaux de justice et autres. Il était interdit à ceux-ci de mettre le pied sur le territoire de l'immunité; le propriétaire ou le chef de la corporation qui avait reçu la concession tenait sa cour où il présidait à l'administration de la justice à leur place : nous avons des procès verbaux de plaids tenus par des abbés en vertu de ce droit. Si l'établissement de la féodalité et la nécessité de respecter les droits des seigneurs ne permirent plus aux rois Capétiens cie faire des concessions de ce genre, celles que leurs prédécesseurs avaient faites n'en restèrent pas moins en vigueur. Encore à la fin du 1 3^ siècle on les voit invoquées en justice avec succès par des abbayes désireuses d'établir leur droit de juridiction : M. Boutaric en cite deux exemples tirés d'un cartulaire de S. Maur des Fossés. C'est par cette origine aussi que s'explique l'extrême morcellement des juridictions ecclésiastiques qu'on remarque sous l'ancien régime et jusqu'en 1789. Le territoire d'une ville comme Paris, loin de ressortir tout entier à la justice royale, était partagé entre divers chapitres ou couvents, qui exerçaient chacun sa juridiction, non sur une région compacte, mais sur une foule de points dispersés par toute la ville : trois maisons contiguës, p. ex., rele- vaient parfois de trois seigneuries ecclésiastiques différentes. Cela vient de ce que chacune de ces corporations avait autrefois reçu par une concession d'im- munité le droit de justice dans tous ses domaines et par conséquent sur toutes les pièces de terre qu'elle pouvait posséder de tous côtés, et avait depuis toujours conservé ce droit aux mêmes lieux. Quand des corporations reçurent le droit de justice par concession directe à une époque postérieure à celle où les concessions d'immunité furent en usage, elles reçurent pour ressort une région unique et compacte, et non plus des parcelles détachées et isolées les unes des autres. Juhen Havet. Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. Nogent-ie-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. v. les rattachaient à l'empire Un homme comme Gero, qui avait si souvent » regardé la mort en face, tenait peu à la vie. S'il avait été sûr que les Slaves » ne voulaient que sa mort, il se serait peu préoccupé de leurs projets; mais » comme il était convaincu que sa mort serait le signal d'une révolte générale » des Slaves,.... révolte qui pouvait très-mal finir pour les Allera.ands, il se » résolut à étouffer la conspiration dans son berceau » (p. 16). Suit le récit dramatique de l'assassinat. «Il me semble que cette unique action, ajoute M. M. » (p. 15, note 2), ne suffit pas à prouver que la cruauté ait été un trait du » caractère de Gero, d'autant plus que tout ce que nous savons de ce caractère » nous donne toute raison de supposer qu'il s'est ainsi conduit, non par ven- » geance, mais par politique. Qu'est cette action de Gero, en comparaison des » cruautés d'un Robespierre.? Et pourtant nous savons bien que Robespierre » n'était pas cruel, qu'il avait au contraire les sentiments les plus nobles » La seconde partie de la monographie de M. M. contient cinq dissertations. La première, sur l'origine de la Pologne, est consacrée en grande partie à la réfuta- tion, qui a déjà été faite, des hypothèses, ingénieuses, mais peu solides, de Bie- lowski, sur les liens historiques qui rattacheraient le royaume de Pologne à celui de Mosavie, le royaume de Moravie à celui de Dacie. — La seconde disserta- tion, sur les luttes de Mieczyslaw contre les tribus polonaises , est un commentaire de ce passage du chroniqueur Martinus Gallus (1 , 5) : « At Mesco, ducatum adeptus, )> ingenium animi cœpit et vires corporis exercere, ac nationes per circuitum » bello saepius atemptare. » M. M. y veut voir la constatation précise de longues luttes engagées par Mieczyslaw contre les tribus polonaises pour les soumettre à sa domination. Il veut que le mot nationes désigne, non les Bohémiens ni les Allemands, contre lesquels Mieczyslaw a pourtant combattu, mais seulement les tribus polonaises, et que les mots sapius et atemptare démontrent l'existence d'une série de tentatives malheureuses de Mieczyslaw, qui auraient précédé le succès définitif. C'est demander beaucoup à un texte, surtout si l'on pense que Martinus Gallus écrivait au commencement du xii" siècle, c'est-à-dire plus d'un siècle après Mieczyslaw, et qu'aucun témoignage polonais ni allemand n'autorise une si large interprétation de son témoignage. Les passages des Annales Hildes- 412 REVUE CRITIQUE heimenses (années 985 et 986) que cite M. M. (p. 72, note 1; p. 73, note 3) prouvent que Mieczyslaw commandait à des forces considérables et, par induction , que la réunion des tribus polonaises sous son autorité était un fait accompli ; il n'y est pas fait allusion à des luttes, qui sont très-vraisemblables, mais dont on ne peut par aucun texte démontrer l'existence.— La troisième disser- tation, mr le combat de Mieczyslaw avec Gero, est employée à montrer le rôle qu'au- rait joué dans la lutte entre ces deux personnages le comte saxon Wichmann, un ambitieux brouillon, qui, mécontent de l'empereur et du duc de Saxe, conspira plusieurs fois contre eux avec les Slaves. M. M. s'appuie sur sa propre connaissance du cœur humain et sur un texte torturé de Widukind, pour essayer de démontrer qu'en 965 Wichmann a été l'instrument de la politique de Gero contre Mieczyslaw : Gero l'aurait envoyé vers une tribu des Slaves de l'Elbe avec mission de mener ceux-ci en guerre contre les Polonais. M. M, convient qu'il ne peut citer aucun témoignage à l'appui de sa thèse; mais il s'en console en disant que si les contemporains n'ont rien su de ce pacte entre Wichmann et Gero, c'est que les deux complices s'étaient juré le secret et qu'ils se sont tenu parole. — La quatrième dissertation a pour titre : De quelle façon la Pologne dé- pendait de l'Empire. M. M. n'a pas de peine à démontrer que Widukind, contem- porain de Mieczyslaw, ne sait rien d'une subordination de la Pologne à l'empire; Thietmar parle d'un tribut imposé à Mieczyslaw par Otton (Thietmar, II, 19) et traite le premier en vassal de l'empire; mais Thietmar écrivait au siècle sui- vant, et, ce qui rend son témoignage suspect, en un temps oii l'Allemagne était engagée dans une guerre sanglante et malheureuse contre la Pologne. M. M. perd beaucoup de temps à vouloir démontrer que « ce qu'il y a de purement » objectif dans les nouvelles de Thietmar, c'est-à-dire les faits, n'est pas en » contradiction avec le récit de Widukind, tandis qu'au contraire l'interprétation » subjective et la façon dont le premier présente les faits sont tout à fait arbi- « traires » (p. 94). Thietmar dit par exemple (II, 19), que Mieczyslaw payait tribut à l'empire pour le pays jusqu'à la Warta. M. M. admet le fait, mais ne veut pas que le chroniqueur s'en autorise pour conclure que Mieczyslaw ait été subordonné à l'empire. Selon lui, prétendre que le paiement d'un tribut est la preuve d'une subordination, reviendrait à dire que « pendant un temps )) l'empire d'Allemagne a été subordonné aux hordes hongroises. Et personne » ne voudrait soutenir cela. » Il est probable que les Hongrois du x' siècle soutenaient cela. M. M. est bien obligé lui-même de se faire cette objection qu'un pays tributaire n'est pas l'égal du pays auquel il paie tribut; mais il se tire d'affaire par une subtilité. « Par le fait du tribut, dit-il, le vainqueur est autorisé » à imposer de certaines exigences ÇForderungen) au vaincu »; mais une exigence, continue-t-il, est quelque chose de tout-à-fait théorique [etwas ganz idéales)] Avoir le droit d'imposer des exigences ne signifie pas qu'on les impose en réalité, ni que, au cas 011 elles sont imposées, elles soient acceptées par le vaincu!.... Il est inutile d'insister sur cette logomachie, bien que l'auteur en soit très- satisfait, et se flatte d'avoir clairement démontré qu'entre son appré- ciation et celle de Thietmar, « la distance est grande et la différence inouïe. » P. 95-6. La meilleure partie de cette quatrième dissertation est la conclusion. d'histoire et de littérature. 41 J M. M. montre qu'il y avait entre l'Allemagne et la Pologne un rapport de convertisseur à converti, que le second pays dépendait ecclésiastiquement du premier, car l'évêché de Posen relevait de l'évêché de Magdebourg, et, par ce lien, la Pologne était rattachée à l'Allemagne et à la civilisation occiden- tale. — La cinquième dissertation. Hypothèse de Bielowski sur un double baptême de Mieczyslaw, est la réfutation de cette opinion avancée par Bielowski que Mie- czyslaw, avant de recevoir le baptême catholique, avait été baptisé selon le rite slave. Dès que Bielowski soutenait que les rois de Pologne continuaient les rois de Moravie, convertis par Méthode et Cyrille et baptisés selon le rite slave, il était obligé de produire cette hypothèse, qu'il appuie, comme toujours, sur des inter- prétations ingénieuses de textes. En somme le travail de M: Merw9rt ne rendra point de grands services : le neuf n'y paraît pas vrai, et le vrai n'y est pas neuf. Il est mal composé; on ne comprend guère ce pâle récit, suivi de cet apparat de dissertations. Il eût mieux valu que les deux parties fussent fondues l'une dans l'autre. Allons plus loin; peut-être n'élait-il pas nécessaire que cette monographie vît le jour : M. M. avoue, à la première phrase de sa préface, qu'il en a eu le soupçon. Ernest Lavisse. 129. — Moliére's "Werke. Mit deutschem Commentar, Einieitungen und Excursen, herausgegeben von D' Adolf Laun. (I. Le Misanthrope. — II. Les Femmes savantes. Les Précieuses ridicules. — III. Le Tartuffe ou l'imposture. — IV. Le bourgeois gentilhomme). Berlin, G. van Muyden, 1873, 1874. — Prix : 12 fr. 50. De tous nos classiques Molière seul a eu le privilège d'être admiré presque sans réserves de l'autre côté du Rhin, et il n'y a guère rencontré de détracteurs que Schlegel. Epargné par la critique de Lessing, loué et étudié par Gœthe, il a trouvé des traducteurs comme Baudissin, qui ont fait passer dans leur langue toutes les délicatesses de sa pensée et les finesses de son style. Ce n'est pas une œuvre semblable que nous annonçons aujourd'hui, mais une publication qui, pour être plus humble, n'en témoigne pas moins de la haute estime oh l'on tient notre grand comique en Allemagne. Donner une édition d'un écrivain étranger est toujours une entreprise délicate, M. Laun a montré qu'il était à la hauteur de cette tâche difficile, et les quatre pièces que nous avons sous les yeux font hon- neur à sa connaissance de notre langue, comme à la pureté de son goût et à la sûreté et à l'étendue de son érudition. Rien d'essentiel qui ait été dit sur le sujet n'est omis dans l'étude placée en tête de chaque comédie , et il est intéressant d'y trouver rapprochés et se confirmant mutuellement les jugements de nos cri- tiques et les appréciations des compatriotes de l'éditeur. Enfin des notes courtes, mais substantielles, résolvent toutes les difficultés d'interprétation, et donnent tous les éclaircissements nécessaires. Ainsi, tout contribue à rendre cette publication utile, et nous ne pouvons qu'en souhaiter et en prédire le succès. Nous engageons toutefois M. L. à revoir plus soigneusement le texte de son auteur; nous avons trouvé dans les premières pièces quelques fautes d'impression qu'une 414 REVUE CRITIQUE attention plus grande empêchera sans peine de se reproduire dans les comédies qu'il lui reste à publier. C. J. 130, — Géographie de PAllemagne en allemand; lectures géographiques, textes extraits des écrivains allemands avec 14 cartes et des exercices, par Ph. Kuhff, pro- fesseur au collège Chaptal, Paris, Hachette, 1875. In-12, viij-392. p. — Prix : 5 fr. Nous croyons heureuse l'innovation de M. Kuhff. Aujourd'hui que l'on com- mence de bonne heure l'étude des langues vivantes, on peut en profiter pour mettre entre les mains des élèves, surtout dans les classes supérieures, des ou- vrages ou des recueils qui leur enseignent avec la langue quelque chose de plus. L'histoire et la géographie du pays dont on étudie la langue peuvent faire l'objet d'utiles et intéressantes leçons. L'ouvrage de M. K. n'est pas un traité méthodique de géographie, mais un recueil de morceaux où les faits principaux se trouvent exposés. Il les a disposés et variés de façon à offrir des lectures aisées aux élèves des différentes classes. C'est sans doute pour éviter une périphrase {Europe centrale ou autre chose) que M. K. a intitulé son livre « Géographie » de V Allemagne », mais nous n'admettons pas qu'on fasse entrer dans ce nom la Suisse, l'Autriche et le Luxembourg. Ce n'est pas exact, et c'est recon- naître les prétentions annexionistes des Allemands. La géographie, physique, politique, industrielle, la statistique, l'ethnographie ont chacune leur place. Les morceaux nous ont semblé bien choisis; nous regrettons pourtant que M. R. n'ait fait aucun emprunt ni à Wachsmuth ni à Ernest Kopp, et plus encore qu'il ait pris au sérieux le celtomane allemand Riecke. Riecke lui a fourni un morceau intitulé : Die Germanen, ein keltischer Volkssîamin (!) (p. 308) et des étymologies celtiques de Berlin (p. 174) et de Kyffhaeuser (p. 167)! Nous avons vu avec plaisir des notices sur les Wendes, les Kassoubes, les Lithuaniens, etc., mais M. K. a tort de mettre les Wendes dans la province de Prusse ; le groupe wende est partagé par les divisions administratives entre les provinces prussiennes de Brandebourg et de Silésie et le royaume de Saxe. — L'étymologie d'Alsace et d'Alsaciens par la rivière 111 (p. 29J est erronée : M. K. ne la donne du reste qu'avec un point d'interrogation. — Ce volume est accompagné de 14 cartes qui ne brillent ni par le fini ni par l'élégance; mais nous pensons qu'elles ont pour but principal de familiariser les élèves avec les noms allemands des pays et des localités. A cet égard, M. K. fera bien de faire disparaître de la prochaine édition quelques noms français qui sont restés dans ses cartes, Mulhouse, Neuf- châiel, Savoie (p, 5), Thionville, Château-Salins, Lorraine (p. 42 et 58); p. 58 le graveur a écrit hohe Vehen pour hohe Veen ou Vehn. Ces fautes légères n'em- pêchent pas le recueil de M. K. d'être un ouvrage bien fait, et nous croyons qu'entre les mains de maîtres habiles, il rendra service à l'enseignement. H. Gaidoz. d'histoire et de littérature. 415 SOCIÉTÉS SAVANTES. ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. Séance du 1 8 juin 1 87 5 . M. Leblanc, bibliothécaire et conservateur du musée de Vienne (Isère), adresse à l'académie un compte rendu des fouilles faites à Vienne depuis le commence- ment de l'année 1 87 5 , avec le fac simile d'une inscription dont ces fouilles ont amené la découverte. Le ministre de l'instruction publique transmet à l'académie de la part de M. A. Dumont divers mémoires des élèves de l'école archéologique de Rome, savoir : Projet d'un catalogue du fonds de la reine Christine et d'un inventaire des documents relatifs à l'histoire de France qui sont conservés en Italie, par MM. Duchesne, Clédat et Zeller; — Analecta : r Repudium ambitionis de P. de Brac, 14' s.; 2' le serment que les fonctionnaires prêtaient sous Justinien; 3* une rédaction de l'Ordo romanus du 8* s; ; 4* les poèmes de R. Tortarius, du i r s. : par M. l'abbé Duchesne; — Les mosaïques italiennes antérieures au 9' s., par M. Mùntz; — Documents inédits ou peu connus sur les artistes français qui ont travaillé en Italie au moyen-âge et à la renaissance , avec un appendice pour les époques suivantes, par M. Mùntz; — Étude sur la langue de Tite Live, par M. Riemann. M. MohI, au nom de la commission du prix Volney, annonce que ce prix est décerné cette année au Dictionnaire cambodgien-français de M. Aymonier, Saigon, 1 874, 4". La commission a accordé en outre à titre d'encouragement une somme de 500 fr. à M. Aristide Marre, auteur d'un Mémoire sur le malgache. M. de Longpérier commence la lecture d'un mémoire de M. Félix Robiou, sur quelques questions de chronologie et d'histoire bibliques, que l'auteur cherche à éclaircir au moyen des annales assyriennes d'Assurbanipal. M. Robiou examine quel est le roi assyrien, désigné dans le livre de Judith sous le nom de Nabucho- donosor, qui combattit et vainquit un roi mède appelé Arphaxad. — Celui-ci paraît être le même dont parle Hérodote sous le nom de Phraorte, et dans lequel on reconnaît ordinairement le Phraorte fils de Déiokès et père de Kyaxare'. Mais sir Henry Rawlinson a émis une hypothèse contraire, que M. Robiou croit nécessaire d'examiner avant d'aller plus loin. Selon sir H, R. le roi mède en question est, non pas Phraorte, père de Kyaxare et fils de Déiokès, mais Déiokès lui-même, dont le père s'appelait aussi Phraorte et dont le patronymique Phraazad aura pu devenir dans Hérodote pa6proç et dans le livre de Judith Arphaxad. Cette hypothèse peut paraître confirmée par le synchronisme de la date que la version latine du livre de Judith semble attribuer à la défaite du roi mède, et la date connue de la mort de Déiokès (vers 657-654). Mais M. Robiou montre que ce synchronisme apparent tient à une erreur de la version latine, qui a supprimé plusieurs des faits relatés dans les versions grecque et syriaque 2. — Ce point éclairci , M. Robiou indique un rapprochement qui lui paraît de 1. Je reproduis ces noms sous la forme que leur donne M. Robiou. 2. C'est d'après les 3 versions grecque, syriaque et latine que M. Robiou étudie le livre de Judith, à défaut de l'original chaldéen qui ne nous est pas parvenu. 4l6 REVUE CRITIQUE d'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. nature à fournir un synchronisme pour la solution de la question principale. Il pense que le roi des Élamites Arioch, Erioch ou Ariuc, dont parle le livre de Judith (i. 6), doit être le même qu'Urtaki, mentionné dans les annales d'Assur- banipal comme l'un des premiers ennemis que celui-ci eut à combattre. M. Desjardins commence la seconde lecture de son mémoire sur les inscrip- tions du corps de garde de la 7^ cohorte des vigiles de Rome (v. la séance du 21 mai, p. 351). — Sur un passage de ce mémoire, où M. Desjardins, parlant des frumentaires romains, les donnait pour des agents de police salariés, dont le nom viendrait des distributions de blé auxquels ils avaient part, M. Naudet conteste cette opinion. Il croit que le nom de frumentarius indique, non celui qui reçoit du blé, mais celui qui est chargé d'en procurer aux autres et de le leur distribuer, et que les frumentaires étaient les soldats chargés 'du service de l'alimentation des troupes. Ouvrages déposés sur le bureau : Alessandro Bonola, Nuovi canti, 2^ éd. 1874; Buc- colica di P. Virgilio Marone, recata in vers! italiani, 1875 : Bologna, 8'; — Le saint Graal publié par E. Hucher, t. 1, Le Mans, i^J, in-12*; — Histoire des Taira, tirée du Nit-pon Gwai-si, trad. du chinois par Fr. Turrettini; extr. de l'Atsume Gusa, Genève, 1874-75, 4*. — Compte général de l'administration de la justice maritime pen- dant les années 1868, 1869 et 1870. — Présentés de la part des auteurs : — par M. Gar- cin de Tassy : Indian wisdom, par M. Monier Williams, gr. 8", 542 p. 2; —par M. J. Girard : R. Lallier, De la condition de la femme dans la famille athénienne au v* et au iV siècle, et De Critiae tyranni vita et scriptis, thèses de doctorat, Paris, 1875. — M. Delisle oiîre un vol. publié par lui sous ce titre : Notice sur un ms. mérovingien con- tenant des fragments d'égyptien, appartenant à M. J. Desnoyers, — M. de Longpérier présente de la part de M. Sorlin Dorigny les empreintes de 8 inscriptions him.yarites. Julien Havet. 1. En adressant cet ouvrage à l'académie pour le soumettre à l'un de ses concours, M. Hucher annonce que les autres volumes, au nombre de 4, sont sous presse, et qu'il compte y prouver que le premier auteur du roman du S. Graal était un Français du Gâtinais. 2. « M. Williams, dit M. Garcin de Tassy, donne dans ce travail, au moyen d'ana- lyses et d'extraits d'ouvrages sanscrits, une idée générale et exacte du caractère et des richesses de la littérature sanscrite et par conséquent de l'esprit, des manières de penser et des usages des Hindous. La littérature sanscrite, dont M. Williams offre un excellent résumé, le meilleur, je crois, qu'on en ait donné jusqu'ici, est la source des vraies connais- sances que nous pouvons avoir sur les Hindous. Selon M. Williams le bouddhisme et les différentes écoles de la philosophie brahmanique doivent avoir existé ensemble. A ses yeux les bouddhistes représentent les libres penseurs et les brahmanistes les croyants, si l'on peut donner ce nom aux sectateurs de la religion mythologique qui a enfanté celle de la Grèce et de Rome. M. Williams marque en deux mots la différence qui existe entre le brahmanisme et le bouddhisme : dans le premier système c'est Dieu qui devient homme, dans le second c'est l'homme qui devient Dieu. » Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. partie un éloge sans réserves). — Bernhardi, Geschichte Russland's und der europseischen Politik in den Jahren 1814 bis 1831. 2. Tii. Leipzig, Hirzei. In-8°, xij-447; viij-845 p. (chose bizarre, le premier volume, paru en 1863, forme en réalité la continuation des deux présentes parties; ce défaut de com- position n'enlève d'ailleurs rien aux solides mérites de l'ouvrage). — Cori, Bau und Einrichtung des deutschen Burgen im Mittelalter. Linz, Haslinger in Comm. In-8'', 172 p., 104 fig. (destiné au grand public). — lacobi Wimpfelingii Ger- mania ad rempublicam Argentinensem. Thomae Murneri Ad rempublicam Argen- tinam Germ^nia nova. Strassburg, Schmidt. In-4°, 20 p. (en 1414, Wimpfeling écrivit un discours pour démontrer que l'Alsace avait toujours été allemande; Mùrner s'opposa à ses conclusions; le conseil de la ville de Strasbourg interdit et anéantit ce dernier discours). — Krûger, Des Ptolomaus Lucensis Leben u. Werke. Gœttingen, Peppmûller. In-8°, 84 p. — Collection (nouvelle) de Mo- numents pour servir à l'étude de la langue néo-hellénique, p. p. Legrand. n"' 4 et 5. Paris, Maisonneuve (ces deux n"" contiennent une troisième édition, très-améliorée, du poème sur Tagiapiera, l'interprétation des oracles de Léon le Philosophe, une description de la bataille de Varna par un témoin oculaire, une élégie sur la prise de Constantinople). — Heerdegen, Untersuchungen zur lateinischen Semasiologie. i. Heft. Erlangen, Deichert. In-8°, 48 p. (cette in- troduction promet beaucoup). — Eckenbrecher, Die Lage des homerischen Troja. Dûsseldorf, Buddeus. In-S", 63 p. (reproduit de 1842). — Nicanoris Tcepl 'Ocucasiay.rjÇ C7xt-fij.7;<; reliquiae emendatiores. Ed. Carnuth. Berlin, Born- traeger. In-8°, 68 p. — Delbruck, Das Sprachstudium auf den deutschen Uni- versitaeten. Jena, Dufft. In-8", 24 p. (Conseils aux jeunes gens sur la manière dont ils doivent étudier la grammaire comparative). — Festschrift zu der dritten Saecularfeier d. berlinischen Gymnasiums zum grauen Kloster. Berlin, Weid- mann. ln-8°, vi-414 p. (liste des travaux que contient ce volume commémoratif). BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en magasin. Aubigné (Agrippa d'). Œuvres complètes publiées pour la première fois d'après les manuscrits originaux, accompagnées de notices biographique, littéraire et biblio- graphique, de variantes, d'un commen- taire, d'une table de noms propres et d'un glossaire, par E. Réaume et F. de Caussade. T. 3. In-8*. 452 p. Paris (Lemerre). 10 fr. Authenticité (L') des « historié » attri- buées à Fernand Colomb. In-S", 10 p. Abbeville (imp. Briez,PaillartetRetaux). Baillie (N. B. E). Mohmumudun Law of Inheritance. 2d Edit. In-S", cart. London (Smith et E.). 7 fr. 50 Blanc (C). Des expressions de la lumière. In-4°, 1 5 p. Paris (Firmin Didot, frères, fils et C«). Boucher de Molandon. Station pré- historique aux bords de l'Essonne. Silex taillés, ossements et fragments de poterie primitive découverts en quelques grottes de grès, à Buthiers (Seine-et-Marne), près MaTesherbes (Loiret). Notice. In-8', u p. et pi. Orléans (Herluison). Boutiot (T.). Histoire de la ville deTroyes et de la Champagne méridionale. 4" vol. et dernier. In-8°, 66 < p. Paris (Aubry). 8 fr. 50 Butler (W. F.). The Wild North Land; being the Story of a Winter Journey with Dogs across Northern North Ame- rica. 4th Edit. In-8', cart. 368 p. Lon- don (Low). 9 fr. 40 Chardon (H.). Les Noëls de Samson Bé- douin , moine de l'abbaye de la Couture du Mans, de 1526 à 1563; précédés d'une étude sur les recueils de noëls manceaux du XVI" siècle. In-S", 72 p. Le Mans (imp. Monnoyer). Ghénier (A.)- Œuvres poétiques. Avec une notice et des notes par M. G. de Chénier. 3 vol. petit in- 12, clvij-963 p. Paris (Lemerre). 18 fr. Coupry (H.), Traité de versification arabe. In-S", xxviij-206 p. Leipzig (Brockhaus). 13 fr. 35 Desjardins (A.). Charles IX. Deux années de règne, 1 570-1 572. Cinq mé- moires historiques d'après les documents inédits. I. La Paix de Saint-Germain. II. L'Amiral à Blois. III. Les Mariages. IV. L'Assassinat deCoiigny. V. LaSaint- Barthélemy. In-S», 124 p. Douai (imp. Crépin). 3 fr. Duehring (E.). Cursus der Philosophie alsstrengv^'issenschaftlicherWeltanschau- ung u. Lebensgestaltung. i. Lief. In-8*, 192 S. Leipzig (Koschny). 4 fr. Geschichte d. Wissenschaften in Deutsch- land. NeuereZeit.i4.Bd.In-8°. Munchen (Oldenbourg). 18 fr. Les volumes I à XIV. 144 fr. 50 Haase (F.). Vorlesungen iiber lateinische Sprachwissenschaft, hrsg. v. F. A. Eck- stein. I. Bd. Einleitung. Bedeutungs- lehre. In-8*, vj-220 S. Leipzig (Simmel et C-). 8 fr. Havet (L.). Les Poésies populaires de la Basse-Bretagne par M. de La Ville- marqué. In-8% 42 p. Lorient (imp. Corfmat fils). Hedde (J.). Excursion en Suisse. Inscrip- tion cryptographique. In-S", 12 p. Lyon (imp. Vingtrinier). Hirschfeld (0.). Epigraph. Nachlese zum Corpus inscriptionum latinarum. Vol. III aus Dacien u. Moesien. Gr. in-8*, 69 S. mit eingedr. Holzschn. Wien (Gerold's Sohn). 2 fr. Kaufmann (D.). Die Théologie d. Bachja Ibn Pakuda. Gr. in-8% 102 S. Wien (Gerold's Sohn). 2 fr. 50 Luchalre (A.). Notice sur les origines de la maison d'Albret (977-1270). In-8°, 45 p. Pau (Ribaut). Malbranche (F.). Bernay pendant l'in- surrection de mars 1792. In-8', 22 p. Bernay (imp. V" Lefèvre). Ménard (R.). Histoire des beaux-arts. Art moderne, architecture, sculpture, peinture, art domestique. In-i6, 400 p. Paris (Lib. de l'Écho de la Sorbonne). 2fr. Molière. Le Bourgeois gentilhomme. Edi- tion originale, réimpression textuelle par les soins de L. Lacour. In- 12, xxj-171 p. Paris (Lib. des Bibliophiles). 10 ir. Molière. Œuvres avec notes et variantes par A. Pauly. T. 7 et 8. Petit in-12, 750 p. Paris (Lemerre). Chaque vol. 5 f. Monbrison (G. de). Un Gascon du XVI' siècle. In-8*, 47 p. Paris (imp. Claye). Nisard (D.). Portraits et études d'histoire littéraire. In- 18 Jésus iij-444 p. Paris (Michel Lévy frères). 3 fr. 50 Pégat (F.). Des consuls de Montpellier sous l'autorité des fonctionnaires royaux, notamment pendant les années 1640 à 1657, d'après un manuscrit des Archives de la Ville. In-8*, 46 p. Montpellier (imp. Bœhm et fils). Quicherat (J.). Histoire du costume en France depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du XVIII* siècle. Ouvrage contenant 481 grav. dessinées sur bois d'après les documents authentiques par Chevignard, Pauquet et P. Sellier. Gr. in-8°, iij-684 p. Paris (Hachette et C'). 20 fr. Rochambeau (A. de). Voyage à la Sainte-Larme, de Vendôme. Étude histo- rique et critique sur cet antique pèleri- nage. In-8*, 103 p. avec fig. et 4 pi. Vendôme (imp. Lemercier et fils). Tegner (E.). Frithiofs Saga. Translated from the Sw^edish, with Notes, Index and a short Abstract of the Northern My- thology by L. Hamel. In-8», 280 p. cart. London (Trùbner). 9 fr. 40 Tsiganes (Les) d'après les lettres, les ouvrages et les chroniques de MM. Hector Berlioz, Boldényi, Oscar Comettant , Gérando, Armand Gouzien, F>antz Liszt, Marcellin, Mérimée, Jean de Muller, Paul de Saint- Victor, etc. In-8», 30 p. Paris (imp. Fiilon et C*). Zeitung (archseologische). Hrsg. v. E. Curtiusu.R.Schœne. NeueFolge. 7.Bd. (1874). 4 Hfte. Berlin (G. Reimer). 16 f. Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur. -«r-v: / A^r^ >-%.i^f< •' il i ir m- PLEASE DO NOT REMOVE CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY m. ^^P: i^ ^ tf^ M '>^. ■:y^->^m 7^-^^ .:I^^:t^sS-C'^ ^^K^^HHPi / ^ ' -.,/^-^ i ^KCjSu^^^^ ■< P*'*^-*A. .X>/ -.if.' -..4^^*^ -.1*"*^ Ki^HMI <^.T^Hf^ ^•^^ T ,^'' -i.i/ A^t' :^*¥«