LA VIE ET PASSION

DE MONSEIGNEUR

SAINCT DIDIER

HARTIR ET fiVESQUE DE LENGRES.

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LA VIE ET PASSION

DE MONSEIGNEUR

SAINCT DIDIER

KARTIR ET IÎVESQUE DE LENGRES.

CiiiUMO.vr [Haute-Marue), typographie Je C. C*vaniol.

VIE ET PASSION

DE MONSEIGNEUR

SAINCT DIDIER

MARTIR ET ÉVESQUE DE LENGRES

JOUÉE m LAD1CTE CITÉ L'AN MLCCCClIli" ET DEUX

COMPOSÉE

par vénérable el scienliûcque personne

ittaistre (Guillaume JFlamang

Clmnoine île Lenjres ;

PUBLIÉE POIR LA PREMIÈRE FOIS

D'APRÈS LE MANUSCRIT UNIQUE DE LA BIBLIOTHÈQUE DE CHAUMONT

AVEC ONE INTRODUCTION

Par J. CMKW\I>ET,

Bibliothécaire de Cliauiuont.

PARIS

LIBRAIRIE DE TECHENER

PLACE DU LOUVRE»

1855

INTRODUCTION.

3^00

On s'est trompé en fixant à l'année 1402, époque de rétablissement à Paris des Confrères de la Passion, l'origine du théâtre français. Dien avant ces confréries , avant ces pieuses associations laïques ou mi-partie de laïques, d'autres asso- ciations avaient accompli une œuvre de même nature, et il est parfaitement prouvé aujourd'hui que « les mystères, les moralités, les sotties, re- présentés par les soins des corporations de métier ou aux frais des compagnies de judicature, sur nos places publiques et dans les salles de nos maisons de ville, sont une des formes les plus ré- centes de l'art théâtral , et par conséquent ne sauraient être considérés comme l'origine directe et véritable du théâtre tel que nous le voyons (1 ). »

Ainsi, nous savons que dès l'année 587, près de deux cents religieuses, chantaient aux funérailles de Sainte Radegonde, une sorte d'élégie plaintive et que des assistants, comme inspirés par elle, la proclamèrent la sainte élue de Dieu (2). Plus lard, entre autres cérémonies semblables, on trouve

(4) Les origines du théâtre moderne, par Ch. Magnin. (2) Grégoire de Tours. De gloriâ confessorum CVL

II

celles qui furent célébrées sur la tombe de Saint Odillon, mort ;ibbé de Cluny en 1048. Ces chants latins, dialogues dans une espèce d'apothéose, sont un brillant prélude de nos représentations reli- gieuses. Mais c'est surtout dans les mystères de la religion, dans les liturgies relatives aux fêles de Noël el des Rois que nous voyons naître le drame, si pur, si saint d'abord el qui, malgré ses aber- rations, s'est souvenu souvent de son origine. Au sortir de l'église, le théâtre qui est resté longtemps chez les Confrères de la Passion , tour à tour à Sainl-Maur, à la Trinité, aux Hotels de Flandre oi d'Arras, finit par s'enrôler avec les Enfants sans Souci, avec les Clercs de la Basoche, el avec les confréries religieuses répandues dans le monde chrétien.

Des drames latins, les plus anciens et les plus remarquables sont ceux que Hroswithe, religieuse allemande d'un couvent de Grandcrsheim, au xe siècle, y fit représenter par ses sœurs en religion.

Au xie siècle, nous trouvons une pièce toute allégorique: cesonlLes Vierges sages et les Vierges folles. A celle époque, l'art scénique n'était pas encore sorti des mains de l'église, qui avail songé de bonne heure à s'emparer de l'instinct dra- matique de la nation, à le diriger vers les choses saintes et à le faire servir à augmenter l'attrait des cérémonies religieuses. Mais au xue siècle, époque des confréries, cet art s'échappe en partie, comme les autres arts, des mains du clergé « pour passer dans celles des communautés laïques, pleines de cette ferveur pieuse el de cet enthousiasme de li- berlé, qui amenèrent trois siècles après l'entier affranchissement de la pensée et la complète sécu-

III

larisation des arts. » Il nous reste de cette époque des monuments dramatiques en langue française assez considérables et d'une grande perfection relative.

La vie et passion de Monseigneur Sainct Didier (pie nous publions aujourd'hui rentre dans cette dernière catégorie. Nous avons pensé qu'il ne serait pas « indifférent, pour nous servir des paroles d'un homme justement célèbre (1), d'examiner et de noter ces restes du passé, avant que la civili- sation moderne et l'usage de la langue générale les aient fait disparaître. » Aussi nous aimons à penser que ce document sera accueilli avec intérêt par les personnes qui se plaisent à l'étude littéraire des divers siècles, afin de pouvoir en suivre et ap- précier les progrès.

Le texte a été collationné avec l'attention la plus scrupuleuse sur le manuscrit (2) que possède la

(1) Guizot. Moniteur du 18 mai 1835.

(2) Ce manuscrit, écrit sur papier en 1507, le dernier jour de may, par Prévost, procureur es cour de Lengres et par Estienne Roland, a été copié en 1838 par M. E. Jolibois, qui a publié la Diablerie de Chaumont, une Histoire de Réthel et tant d'autres ouvrages recommandables ; en 1847 par M. P. Dardenne, bibliothécaire de Chaumont; enfin en 1848 par M. J. Fériel. MM. Jolibois et Dardenne avaient conçu la pensée d'éditer le travail que nous publions aujourd'hui. C'est un grand in-4°, relié en bois et recouvert d'une peau verte dont plusieurs lambeaux sont détachés. Il est composé de onze cahiers de quinze feuilles chacun. L'écriture en est belle, mais assez difficile à déchiffrer à cause des abréviations nom- breuses qui s'y rencontrent. Nous devons ajouter, pour rendre à chacun ce qui lui est dû, que la copie de M. Fériel, la seule que nous ayons eue entre les mains pendant l'impression de notre travail, nous a été d'un grand secours.

IV

bibliothèque de Chaumont. Nous n'y avons rien retranché, rien ajouté; l'orthographe des mots n'est pas toujours constante, nous avons néan- moins les écrire tels qu'ils se trouvent dans le ma-

nuscril. sans nous inquiéter des différences que Ton pourrait y rencontrer. Qu'on n'aille pas toute- fois, en voyant les mêmes mots, écrits de deux ou trois manières, prendre Ys au singulier par exemple el pas au pluriel et changer quelquefois de dé- sinence, taxer Tailleur ou les copistes de caprice el d'ignorance. Nous ne savons guère même au- jourd'hui , malgré les savantes recherches de M. Raynouard (4) quelles étaient les règles gram- maticales de cette époque. Nous n'avons pas voulu imiter Marot, plus près (pie nous de trois siècles du Roman de la Rose, qui, voulant faire des corrections à cet ouvrage, y a mis des fautes qui ne s'y trouvaient pas.

Nous avons placé à la fin du volume un glos- saire-index, dans lequel on trouvera l'explication des mots les plus difficiles à entendre.

Nous devons offrir nos remercîments les plus sincères à M. J. Fériel, qui nous a prêté le con- cours de ses lumières. M. Th. Pistollet de Saint- Fergeux ne saurait être non plus oublié ici, nous lui devons la communication de plusieurs docu- ments manuscrits qui nous ont été d'une grande utilité dans la rédaction des notices sur Guillaume Flamant et sur Saint Didier.

(4) Poésies or'u/hialcs des Troubadours. Voir les Éludes sur les mystères, d'Onésime Le Roy.

V

Il est toujours intéressant de savoir à quelle époque naquit un homme de lettres; on se de- mande au milieu de quels événements il a fait son entrée dans la vie, sous quelles influences s'est formée sa pensée, quelles durent être ses pre- mières impressions.

Nous ne pouvons satisfaire en chiffre la légitime curiosité du lecteur.

Nous ne savons rien de certain sur le lieu et sur l'époque de la naissance de Guillaume Fla- mant (1), non plus que sur l'époque de sa mort (2). Originaire de Flandre , si nous en croyons M. Weiss, à Langres, si nous nous en rappor- tons à la biographie que nous a laissée M. Mathieu, Guillaume Flamant, Flameng ou Flaming fut d'a- bord pourvu d'un canonicat de la cathédrale de

(1) Pour la rédaction de cette notice nous avons consulté l'article publié par M. Weiss dans la biographie Michaud; l'an- nuaire de l'abbé Mathieu, publié en 1811; l'essai biographique de M. Vallet, ancien archiviste de la Haute-Marne; la note de M. Tarbé sur Guillaume Flamant, dans son ouvrage : Les Poètes de la Champagne antérieurs au siècle de François 7e1'; le manuscrit que nous a laissé l'abbé Charlet, sous le titre de Langres sçavante, ainsi que l'ouvrage, également manus- crit, de Théodecte Tab'ourot.

(2) M. Pistollet de Saint-Fergeux nous écrit qu'il a trouvé dans une note prise dans un ouvrage dont il ne se rappelle pas le titre, que Flamant naquit vers 1455 et mourut vers 1540.

VI

Langres (1); après un certain nombre d'années, il résigna celte dignité pour la modeste cure de Mon- therieSj petit village à quatre lieues Nord-Ouest, de Chaumont. Enfin, voulant terminer ses jours dans une retraite plus rigide, il prit l'habit de Saint Bernard, à l'abbaye de Clairvaux, « il mourut en saint religieux, dit l'abbé Charlet, vers le milieu du xvie siècle. »

Ami de notre ancienne poésie, et poète lui- même, Guillaume Flamant nous a laissé plusieurs ouvrages sortis de sa plume.

« Des ouvrages dramatiques de Guillaume Fla- mant, dit M. Weiss, le plus remarquable est le Mar- tyre de S. Didier. Celle pièce fut représentée à Lan- gres en 1482, par une confrérie de pénitents. » On y compte cent seize acteurs. En suivant pas à pas les développements scéniques de ce drame, on voit que les féeries modernes qui visent au fantas- tique, sont distancées par l'œuvre du dramatiste du xve siècle. Le ciel, l'enfer, les Langrois, les Romains, les Alains, les Wandales, tout est mis en scène. Le comique représenté par le fou vaut presque ses modernes confrères ; souvent, il est

(1) Guillaume Flamant est inscrit sous le nom de Guiller- mus Flamingi, dans un manuscrit conservé à la bibliothèque de Langres et qui a pour titre : Matricula canonicorum ac prebenduriorum ecclcsiœ Lingonemis, (ab anno 4384adannum 1788). On voit sur ce curieux catalogue que Flamant obtint une prébende au Chapitre de Langres en 1477; il y est ins- crit comme chanoine prêtre en 1495, en remplacement de Nicolas de Montsaujon et disparaît après le mois de mai 17'J'J, époque il quitta son canonicat pour la cure de Montheries.

VII

vrai, son langage est trivial, ses expressions sont obscènes (1); mais souvent aussi il a du trait, de la naïveté et de la malice. On se plaint au théâtre de l'abus des décors et des machines, Guillaume- Flamant ne les épargne pas; ce ne sont à tout mo- ment qu'évolutions, épisodes, car rien ne se fait à la cantonnade, cette supposition admise aujour- d'hui. On voit ce dont on parle. Quant aux figu- rants, ils forment toute une armée. Le plus nom- breux personnel des théâtres de Paris ne suffirait pas à fournir les chefs d'emplois qui défilent et qui dialoguent. Divisé en trois journées, le mystère comporte plus de mouvement et d'action que de paroles, et les machinistes devaient être aussi sou- vent en scène que les acteurs. Le théâtre chan- geait de place, d'échafaudages, suivant les besoins de la scène. Le couplet final, cette importante balançoire, comme disent les comédiens, n'était pas inconnu à Guillaume Flamant. L'auteur, en terminant chacune des parties de ce drame inté- ressant, s'excuse de la longueur des détails et se recommande à l'indulgence du public :

Si avons à regracier

De toute nostre intelligence

(1) Un critique bienveillant nous avait conseillé dans le Spectateur de Dijon, lorsque nous avons annoncé notre pu- blication, de supprimer ces passages. Nous n'avons pas cru devoir obtempérer à ce désir. L'œuvre du poète langrois de- vait être publiée in extenso. Le clergé d'ailleurs ne peut s'in- digner. Ce n'est pas l'œuvre d'un esprit frivole et licen - cieux. Guillaume Flamant attaque le vice qui doit baisser la tète et les honnêtes gens doivent applaudir.

VIII

Collauder et remercier La seignorie d'excellence Qui par doulce bénévolence Nous a presto bon auduitoire Tour ouyr en paix et silence Le mistôre ou dévot histoire.

L'œuvre de Guillaume Flamant n'a rien à envier aux réformateurs graves ou comiques dont notre époque fourmille. Tour à tour jovial et sérieux, le chanoine de Langres, sait railler comme Figaro et dogmatiser comme le rédacteur d'un journal politique, il parle fêtes et plans de campagnes, il joue du gaboulct et de la trompette guerrière, il fredonne la chansonnette et entonne un hymne de guerre.

Le Mystère de Sainct Didier, comme nous l'a- vons dit, est divisé en trois journées :

Première journée : Election et installation de Didier, préparatifs de Crocus pour faire la guerre aux chrétiens.

Seconde journée : Siège de la ville de Langres par le barbare Crocus, chef des Wandres ; mar- tyre de l'Evêquc Didier et d'un grand nombre de Langrois; défaite des barbares par Marien, près d'Arles.

Troisième journée: Translation des reliques de Saint Didier.

Théodccle Tabourot nous apprend que Guil- laume Flamant fil encore représenter le Martyre des Saints- Jumeaux , tragédie dont le sujet est aussi tiré des légendes du diocèse de Langres. Ce mystère a complètement disparu. Tabourot dans

IX

son histoire des évêques de Langres nous en a eonservé les strophes suivantes : (1)

Waklericus (2) mesmement

Bon Prélat meinant vie austère

Commencea premièrement

Des Saincts-Gémeaux (3) le monastère

Qui comme pasteur et bon père

Mesprisant vice et vitupère

Y mit gens de dévocion

Mais désirant la religion.

Pour faire le divin service

Des chanoisnes y ordonna

pour continuer l'office

Aucunes rentes n'y donna,

Car quand besoingner y cuida

Mort en fit séparation.

Beito qui après succéda

Fournit à la fondacion.

Beiton (A) lingonicque pasteur Par affection très humaine

(1) Page 213 et 219.

(2) Vahlric, 33e évêque de Langres en 778.

(3) L'abbaye de Saint-Geosme n'a pas été fondée par Val- dric, car dès l'année 716, nous voyons que Saint Ceolfrid, abbé de Wiremetheuse en Irlande, qui mourut à Langres l'an 716 en allant à Rome, fut enterré à l'abbaye de Saint- Geosme. Ce fut Albéric, évêque de Langres, qui vivait sous Louis-le-Débonnaire et non Yaldric, qui agrandit ce monas- tère et y établit des chanoines et un prévôt, et fit rebâtir l'é- glise.

(4) Beiton, 34e évêque de Langres, qui fut choisi par Char- lemagne pour rédiger et dresser ses Capitulaires, vivait en 790.

X

Des rentes fut le fondateur

Au temps du grant roy Charlemaigne.

Charles le Grand, chef de l'Empire

Selon que Dieu les siens inspire

Eut aux Gémeaux dévotion,

De toute l'institution

De rentes et émoluments

Bailla la confirmation

Et privilège largement.

Au nombre des ouvrages de Guillaume Flamant, on ci le encore :

Dévote exhortation pour avoir crainte du grand jugement de Dieu.

La vie de Saint Bernard , en sept livres, im- primée à Troyes , par Jean Lecoq pour Macé Panthoul, libraire, que Gundisoluus a traduite de français en portugais.

La vie de Sainte Asceline, peli'c nièce de Saint- Bernard (1).

La chronique des évoques de Langres, en vers français avec un journal des choses arrivées de son temps, en manuscrit.

La vie de Sainte Humbeline, sœur de Saint Bernard, traduite du latin de Jean l'Hermite.

L'épitaphe de dame Aies ou Alèle, mère de Saint Bernard inhumée à Dijon à Saint-Bénigne, puis translatée à Clairvaux.

L'épitaphe d'Hubert Poisot, de Torcenay, près Ghalindrey, officiai, scelleur, promoteur, réfé-

(1) Elle a été ahhesse de Boulancourt.

XI

rendaire, etc., secrélaire du Chapitre de Langres en 1505.

La déclaration des statuts do la confrérie de M. Sainct Didier, de Lengres cl la vie et canonisation dudit Sainct en bricfve ryme francoise.

Les stalutz et ordonnances de la confraric de Sainct Pierre et Sainct Pol, de Lengres.

Enfin, il avait encore composé des satires sur les affaires arrivées de son temps dans le diocèse de Langres, sur le conseil du roi, sur les ministres et sur les principaux personnages du temps (1).

Un exemplaire de la Dévote exhortation pour avoir crainte du grand jugement de Dieu, figurait à la vente de Ch. Nodier. « Ce livre, dit M. Tarbé, imprimé, sans nom de lieu, ni date, en caractères gothiques, contient 216 vers formant vingt-sept strophes de huit vers chacune. L'auteur y est dé- signé sous le titre de vénérable et discrète per- sonne maistre Guillaume Flameng, chanoine de Lengres. »

La bibliothèque de Chaumont possède un exemplaire de la vie de Saint-Bernard , de Guil- laume Flamant, imprimée en caractères gothiques.

(1) Nous serions tentés d'attribuer à Guillaume Flamant la charte de confirmation de La fête des fous ou la mère folle de Dijon, donnée en 1482 par Jean d'Amboise, évêque de Langres et lieutenant-général du roi en Bourgogne. Cette pièce, qui existait en manuscrit original dans la Sainte-Cha- pelle de Dijon et se trouve peut-être encore dans les archives départementales de la Côle-d'Or, a été réimprimée d'après Du Tilliot, dans la Collection des nicilleures dhserlalions, notices et traités particuliers relatifs à l'histoire de France, etc. par Leber, Salgues et Cohen, tome IX, page 282 et suivantes. Plusieurs raisons militent en faveur de cette opinion; tou- tefois nous n'osons rien affirmer.

XII

Malheureusement plusieurs feuillets manquent, à la fin, au milieu et au commencement de l'ouvrage, cl il esi impossible de savoir l'ouvrage a été imprimé et à quelle époque. Un savant bénédictin de l'abbaye de Solesmes, Dom Pitra, qui passait il y a quelques années à Cbaumont, a pensé, après avoir examiné ce volume, que c'était l'édition de Troyes.

Pendant longtemps on a cru que Guillaume Flamant avait donné cette vie de Saint Bernard comme lui étant propre. 11 n'en est rien, car nous lisons dans l'édition que nous avons sous les yeux, le passage suivant qui prouve que notre écrivain langrois savait rendre à César ce qui appartenait à César : « Ci/ après est contenue la vie de Sainct Bernard, dévot chapelain de Noslre-Dame trans- latée de latin en {rançons. »

La vie de Saint Bernard est divisée en sept livres. Le premier parle de l'enfance et de la vie de Saint Bernard, depuis l'époque de sa naissance jusqu'au moment il fut élu abbé de Clairvaux ; le deuxième explique par quel moyen, il mit la paix cl l'union dans la sainte église; le troisième raconte « la forme de son corps et de ses bonnes meurs » : dans le quatrième, on rapporte ses miracles et dans le cinquième, sa mort.

Ces cinq premiers livres avaient « ia esté au- » trefois translatez et depuis na pas longtemps " furent abrégez et mis en impression, mais pour » ce que plusieurs sentences y furent omises ou autrement mis qu'elles ne sont en latin, à la » requeste d'aucunes dévottes personnes ceste » présente translation comprenant toute la légende » a esté renouvelée. »

XIII

« Et quant aux additions tant de la mère corn » de la seur Sainct Bernard qui sont au iiije et » xxvie chapitres du premier livre , elles sont » extraictes d'une description que frère Jehan » l'Hermite fis de la vie dudit Sainct Bernard et » de la vie de Sainct Perron prieur de Iully, et » gouverneur des religieuses qui y estoient quant » la dicte seur y Irespassa. »

Les deux derniers livres, c'est-à-dire le sixième et le septième racontent les miracles que Saint Bernard lit en Allemagne et dans les localités il prêcha la croisade, les visions et révélations de ce saint avant et après sa mort : « lesquelles » choses ne sont pas contenues ne escriples es » autres ci-dessus nommez, mais ont été prinses et » extraictes d'autres escriptures antiques. »

Guillaume Flamant ajoute à la vie de Saint Bernard, les quatre huiles du pape Alexandre III, sur la canonisation du fondateur de l'abbaye de Clairvaux. Cet ouvrage se termine par plusieurs pièces en vers, intitulées: Oraisons. La première oraison est adressée à « Sainct Bernard , dévot docteur et premier abbé de Clairvaux , composé par maistre Guillaume Flameng » ; une autre oraison est adressée « à Monseigneur Sainct Denis, martyr, et apostrede France, qui comprent en brief la plupart de sa vie et sa passion ».

Voici les deux premières strophes de l'oraison adressée à Saint Bernard :

Gemme luysant, vénérable docteur, Mirouer d'honneur et de religion, 0 Sainct Bernard, très diligent pasteur Qui as renom en mainte région,

XIY

Vers toi je vien, par humble affection, Interpeller ton bénigne adjutoire Pour acquérir gloire et salvacion

Après le cours de ce bas territoire.

Le lieu de la nativité

A esté Fontaines, chasteau moult insigne ; Tes parents ont eu charité,

Purité Et de dévotion le signe, Contemnons, par œuvre divine,

Le convive De mondaine prospérité; Prenons pour seure médecine

Discipline Et volontaire poureté.

U épi taphe de dame Aies, mère de Saint Bernard, a plus de cent vers, elle est imprimée dans le Bernardi Gains illustre, du P. Chifflet, page 455, qui rapporte également un chapitre entier de la vie de Saint Bernard « écritteparFlameng, demeurent à Clerevaux et jadis chanoine de Lengres. » Cette épitaphe fut aussi imprimée vers 1520, à Paris, chez F. Regnaud, et à Troyes, chez Pantoul.

Nous ne savons rien sur Y épitaphe d'Hubert Poisot. Une note de M. l'abbé Mathieu, prise dans un manuscrit de la bibliothèque de Langres men- tionne simplement que Guillaume Flamant a com- posé l'épitaphe du secrétaire du Chapitre de Lan- gres.

La déclaration des statuts de la Confrérie de M. S. Didier, de Lengres et la vie et canonisation dudit

XV

Sainct en briefve ryme françoise est composée de près de treize cents vers et divisée en qualre parties : la première contient les statuts de la con- frérie; la deuxième, la vie et le martyre de Saint Didier; la troisième, la relation des miracles faits par lui; et la quatrième, la translalion de ses reli- ques. Nous avons en noire possession une copie de ce poème, qui a été faile sur une copie très ancienne conservée autrefois dans les archives de la cathédrale de Langres et que possède M. Mi- gneret, préfet de la Haute-Garonne.

Les Stalutz et ordonnances de la confrarie de Sainct Pierre et Sainct Pol, de Langres, se trouvent en tète delà matricule des confrères et consœurs de la confrérie de S. Pierre et S. Paul, instituée l'an 13G0, etc., manuscrit in-4° sur vélin, de 107 FF. chiffrés, conservé à la bibliothèque de Langres et écrit à diverses époques (1486-1 790), par les Pro- cureurs receveurs de cette confrérie. L'œuvre de Guillaume Flamant se compose de 97 stro- phes de huit vers chacune. On trouve en lettres couges, dans le courant de cet opuscule, les litres des principaux satuts : En quel lieu se célèbre la confrarie; Le premier point qui est du nombre des confrères ; Comment les femmes en pevent estre, etc.

On voit, par les trois dernières strophes , que l'évèque Jean d'Amboise confirma cette institu- tion le 27 septembre 148G. La pièce se termine ainsi :

Affin qu'on ne peust machiner

Contre nos constitutions

Le dit prélalz les fit signer

Par chanoisne tabellions

XVI

Que les règles que nous tenons Ont veu au long en nos escrits Pourtant, y trouverez leurs noms Amplement posés et subscripts.

Cette copie , en caractères gothiques , avec initiales en couleur est de la même écriture que le commencement de la liste des confrères, qui se trouve au recto du folio 48. Elle est certifiée, com- me l'indique la dernière strophe, par les chanoines tabellions ou chanceliers, de la manière suivante :

De mandalo d. m. Verbo facl. Traveillot. Fabrv.

Le De mandalo, en lettres cursives, est de la main du chanoine Travaillot qui eut une certaine célébrité dans l'église de Langres.

La Chronique des évêques de Langres, faite par Guillaume Flamant était « l'abbrégé de celle de Claude Félix , hors quelques additions » ; Les Qaaternions du chanoine Antoine Thibaut, parmi les chartres , titres et autres pièces relatives à l'église de Langres, renferment des « mémoires et compilations de Guillaume Flameng, » C'est ce qui résulte d'un manuscrit de la bibliothèque de Langres.

Nous ne savons rien sur les satires que Ton at- tribue à l'auteur dont nous traçons la biographie.

Tels sont les renseignements que nous avons pu nous procurer sur Guillaume Flamant et sur ses ouvrages. Puissent ces lignes consacrées à un homme qui fut l'honneur de la Champagne et une

XVI!

des lumières de son siècle, donner quelques se- condes de vie au poète langrois !

II.

Quand le christianisme s'établit à Langres , cette ville était plus romaine que gauloise. D'après Jean de Tors, docte célestin, ce serait Saint Hyro, et non Saint Bénigne, comme on le croit encore, qui aurait prêché l'évangile à ceux de Langres. Plus tard Saint Polycarpe, disciple de Saint Jean- Baptiste, « prévenu par un avertissement d'en haut, » envoya dans les Gaules Saint Bénigne, qui vint à Langres. Après avoir jeté les premiers fondements de l'Eglise , Saint-Bénigne s'en alla à Dijon, il fut martyrisé. Après lui, Saint Séna- teur gouverna l'Eglise de Langres qui devint si florissante, mais jusqu'à Saint Didier, ou Saint Dizier, comme on l'appelait plus communément en Champagne, son histoire n'offre rien de remar- quable (1).

« Si jamais (2) il y a eu vocation divine à l'Epis-

(1) Voici la liste des principaux ouvrages que nous avons consulté pour notre notice sur Saint Didier :

Décade historique du P. Vignier, mss. de la Bibliothèque Impériale. Dom Baillet. Les Bollandistes. Tabourot, Langres tirée du tombeau de son antiquité. Lenain de Tille- mont. Le P. Chifilet. Episcopi Lingonenses, etc. Gallia Chrisliana. M. Pechinet, Annuaire ecclésiastique et histo- rique du diocèse de Langres, 1838.

(2) Tout ce qui suit est textuellement extrait de la Décade

h

XVIII

copat, colle de Saint Didier a esté l'une des plus mémorables et des plus asseurées. A ce que dit une de ses légendes, Saint Didier estoit un villa- geois natif du pays de Germes, en Italie, d'un petit lieu nommé Fravega; homme simple et craignant Dieu, laboureur de condition, inconnu aux hom- mes du siècle, mais des plus fervens chrestiens d'alors, car il estoit, selon que porte son nom, rempli de désirs , suivis d'efforts et de bonnes œuvres, et qui ne pensoit guères à estre Evesquc, lorsqu'on l'en vint presser de la part de Dieu et de son vicaire en terre.

« Une légende tirée des archives de l'église mé- tropolitaine de Gennes et apportée à Langres l'an 1053, par un père capucin (1), en échange des

historique du P. Vignier, conservée à la Bibliothèque Impé- riale. M. Guyot de Saint -Michel et le séminaire de Langres possèdent chacun une copie de la première partie de la Décade, mais elles sont loin d'être conformes au manuscrit de la Bibliothèque Impériale.

(1) Tabourot raconte que « les magistrats et seigneurs de la cité de Genne envoyèrent à messieurs les confrères de Sainct Didier de Langres, sa vie tirée des archives de leur église métropolitaine en l'an 16Ô7, le 18 may, avec remercimens et certificat des sainctes reliques qui leurs furent envoyées par la noble confrairie de ce signalé et éminent évesque et très glorieux martyr, et ne s'esloigne pas cette vie de celle qui est escrite en nos légendes; mais s'y exprime plus par- ticulièrement qu'il n'acquit à Fravaque, distante d'un lieue et demye de Gennes, se tint à Bavarum, exerçeant le labou- rage, qui prioit Dieu continuellement et vivoit en son amour et crainte, conduit par un bon et sainct ermite qui avoit son hermitrage non loing dudict Bavarum, n'estant ce sainct de petite et basse condition, quoyqu'il eust les mains endurcies au travail avec une profonde humilité et soumission chres- tienne. » (Page 179.)

XIX

reliques de ce glorieux martyr, qui furent données à ceste noble république, pour estre mises dans l'église qu'elle faisoit baslir sous son nom , ra- conte, conformément à nos légendaires et à nos anciens bréviaires, comme le clergé et le peuple estans assemblés pour cette élection, on entendit une voix qui disoit : « Desiderius erit vester pastor. » Desiderius erit episcopus vester. Didier doit estre » vostre pasteur. D'dier doit estre vostre évesque.» Chacun estonné d'un tel advertissement, se mit à demander qui était ce Didier, personne dans le païs ne portant ce nom. Surquoy on délibéra d'en- voyer à Rome s'informer du souverain Pontife qui estoit ce prélat nommé du ciel et le prier, qu'à défaut d'un Didier, il pleust à Sa Sainteté en- voyer un pasteur aux fidèles de Lengres qui en avoient grand besoin. Quelques-uns de nos mé- moires asseurent, ce qui est assez vraysemblable, qu'on s'adressa premièrement à l'archevesque de Lyon, comme au métropolitain et que l'archeves- que renvoya ceux qui luy furent députez au Saint- Siège apostolique...

» Les députez ayants déposé le sujet de leur députation au Pape, le Saint-Père ne voulut point toucher à ce qui avoit esté ordonné du ciel et en- courageant ces messieurs à chercher diligemment qui pouvoit estre ce prédestiné, leur donna sa bé- nédiction paternelle et les renvoya avec une con- firmation avancée pour ce prélat inconnu.

» La légende gennoise porte que les députez (1)

(1) Voici la narration que nous a laissée Tabourot : <c Passants auprès d'un champ non loing de Gennes, proche le pont d'une petite rivière ou torrent appelé Sturla, ils apper-

XX

s'en retournant en leur pays, arrivèrent en Li- gurie, près d'un ruisseau ou d'un torrent appelé Sturla, et d'un petit lieu nommé Bavarum, sur le territoire de Gennes où, s'estants arrestés, ils ap- perçeurent un villageois qui labouroit son champ, et ouvrent qu'en picquant ses bœufs qui avoient cessé de tirer, peut-eslre à la veue de ces étran- gers, il crioyoitpour les faire avancer comme en se faschant : « Par la teste de Didier, vous marche- » rez ! Per caput Desiderii , vos transibitis ! » Ce qu'il réitéra par deux fois.

» Le principal des députez s'estant advancé à ceste parole et l'ayant salué courtoisement, luy demanda qui estoit ce Didier par la leste duquel il juroit. Le laboureur respondit que c'estoit luy- mesme. Pressé de dire de quelle religion il estoit, il advoua qu'il estoit serviteur de Jésus-Christ. La couleur et la joye s'épanchèrent aussytost sur le visage des voyageurs qui jugèrent de ceste response

ceurent un laboureur qui chassoit ses beufs, lesquels demeu- roient arrestez sans vouloir aucunement advancer et lesquels il pressoit en vain iusques à ce que comme en colère, il ré- péta : Par la teste de Didier vous marcherés; les députez prestèrent leurs oreilles à ces parolles, s'approchèrent de luy, le saluèrent avec humilité et respect et le supplièrent de quit- ter sa charrue pour estre leur évesque ; mais il leurs résista . et n'y voulut acquiescer. Néantmoins, comme il fut pressé de plus en plus, il prit sa verge et leurs dit : Quand celte verge produira feuilles, fleurs et fruicts, ie seray pour lors vostre évesque ; ce qui arriva aussitôt. Ce prodige le fit sousmeltre aux volontez de Dieu, avec les remontrances que luy fit le sainct hermite , son directeur. Il fui conduit en la cité de Langres avec admiration, amour, joye et dévotion et gouverna son peuple à peu près de soixante et six ans, avec mansué- tude, bonté, charité; exerçeant toutes les fonctions épisco- pales dans la saincteté, avec esclat. » (Page 181.)

XXI

que c'estoit l'homme qu'ilz cherchoicnt. Voilà pourquoi se jettans à son col, ilz luy dirent: « C'est donc vous, o amy de Dieu, que nostre » Seigneur a choisi pour estre Evesque et notre pas- » teur. » A ceste parole d'Evesque, le bonhomme ré- partit qu'ilz vouloient rire, et qu'il n'estoit pas de condition à conduire des hommes mais des bœufs, et comme il eût reconnut par l'instance qu'ils luy firent, qu'ilz partaient de tout bon : «Ho! mes- » sieurs, leur lit-il, ne vous en échauffez pas davan- » lage ; aussytôt ce baston reverdira et portera «feuilles, fleurs et fruit, vous me verrez Eves- » que (1). »

« A mesure qu'il partait, il ficha son aiguillon en terre lequel ayant soudain pris racine et fait écorce autour de soy, se chargea en un instant de feuilles, de fleurs et de fruit, ce qui ravit et luy- mesme et les députez d'estonnement.

« Le saint homme n'ozant résister à une si claire et si sensible vocation pria ceux qui le pres- soient de luy vouloir accorder un moment de respit et d'aller prendre un peu de rafraîchissement et de repos dans sa pauvre maison.

« Ce qu'ayant esté fait, comme ils reposoient il s'en alla trouver un sien amy, grand serviteur de Dieu , retiré à l'écart dans le voisinage. Il lui fit son adveu de ce qui estoit arrivé, et le supplia de

(1) Dans la collection des Bollandistes, on dit que l'ange avertit les Langrois assemblés d'élire pour évèque celui dont le bâton fleurirait. ... En s'en retournant , ils rencontrèrent Didier qui labourait ; et, pendant qu'il leur indiquait le che- min, son bâton se couronnait de fleurs, ce que voyant, les Langrois le nommèrent évèque.

XXII

luy donner conseil dessus. Le bon solitaire , après avoir fail quelques prières à Dieu, l'asseura que le ciel le deslinoit à un labourage spirituel et que delà en avant, il au roi ta cultiver des consciences et non des terres; qu'il allast à la bonne œuvre il estoit appelle.

« Le sainct homme ayant dit adieu à ceux de sa maison(i), soit qu'il eust femme et enfans, ce que je ne croy pas ou seulement des valets, avec son père et sa mère, se mit en chemin avec ses nouveaux officiers pour venir au lieu de sa prélature. »

Si nous en croyons certaines légendes , de grandes fêtes et réjouissances eurent lieu à Langres, lors de l'arrivée de Didier dans cette ville. Ces mêmes légendes ajoutent qu'une fois « estaby dans son siège, Sainct Didier s'y com- porta en homme vroyment aspostolique et choisy de Dieu. » De simple et ignorant qu'il était, le pauvre paysan génois devint dans la suite un savant docteur (2). « Philippe de Bergame en son supplément , dit le P. Vignier , escrit qu'il fut homme remarquable en sainteté et l'histoire de Saint Anlidc le qualifie de docteur excellent en science, ce qui ne peut estre vray qu'en accordant qu'il reçeut avec le caractère épiscopal, une science infuse afin que Dieu parachevas! en luy l'ouvrage qu'il avoit commencé et qu'il eûst les lumières requises à l'exercice de ce grand ministère. »

(1) La légende génoise rapporte, nous n'affirmons rien, nous racontons, qu'un ange vint à la même heure que Didier rentra, lui faire présent de tous les vêtements et ornements propres à un évêque, savoir : crosse, mitre, anneau et le reste.

(2) Dictionnaire historique de L. Moreri, tom. iv, p. 148.

XXIII

Saint Didier employa pour l'instruction de son peuple et l'anéantissement du Paganisme le ta- lent que le ciel lui avait accordé. « Sa vie fut une copie fidcllc, tirée sur l'Evesque , idéal de Saint Paul et sur le patron tracé par les conciles. Elle estoit un abrégé de la morale de Salomon, c'estoit un commentaire vivant de l'Evangile. » Tous les témoignages historiques nous le représentent comme un prélat dont la prudence et la vigilance, le zèle du salut des âmes et la sainteté étaient admirables.

111.

Depuis plusieurs années Didier mettait tout en œuvre pour la sanctification de son troupeau , lorsque Crocus , roi des Vandales crut pouvoir profiter de la faiblesse et de la division de l'empire pour piller la Gaule. 11 réunit ses sujets aux Suèves, aux Allemands et à d'autres peuples de la Germanie et passa le Rhin à la tête d'une armée formidable (1).

Après avoir ravagé plusieurs villes, ces barbares vinrent mettre le siège devant Langres.- C'était

(1) Tempore illo, cum Wandalomm bartmra el Genlilis ferocitas ad Galliarum venissel debellandas provincias; el de- viens ne superalis Gallis, Galliarum eliam urbes infeslatione bellica plurhnùm devaslarel el in raphia prœdœ crudelissimœ cuncla dcpopularelur cupidilatis instinclu; valus Dei, evenlus eliam rei nique ilineris, r/entem ipsam nefandam cum rege eorum ad civitatem Lhujonus usque perduxil. (Waraahaire ex Codicibus mss. el Breviario Lingonensi.)

XXIV

une place assez forte, mais la terreur du nom de Crocus avait désarmé les assiégés, et un historien rapporte qu'ils songèrent plutôt à se cacher qu'à se défendre. Que pouvait d'ailleurs le courage des habitants contre le nomhrede ces harbares? « Saint Didier après avoir desja présenté à Dieu beaucoup de prières et déjeunes, s'en alla avec quelques- uns de ses ecclésiastiques et des principaux ma- gistrats sur les murailles , du côté que se livroit l'assaut haranguer ces barbares et essayer par ses remonstrances de leur toucher le cœur. Il leur cria qu'ils estoient pour la plupart serviteurs de Jésus-Christ et en sa protection, qu'ils adoroient le Dieu vivant, créateur du ciel et de la terre, juste juge et punisseur des crimes, qu'ils se gardassent bien de l'offenser, qu'estant irrité, leur désordres ne demeureroient pas impunis (1). Puis changeant de batterie et de la terreur passant à la compassion , les larmes aux yeux et les soupirs à la bouche, il les conjura de se laisser toucher à la pitié naturelle et aux sentiments de l'humanité estant homme comme eux. »

Les ennemis n'écoutèrent même pas les paroles du Saint Evêque et continuèrent l'attaque avec vigueur. La ville fut promptement prise et mise au pillage. « Les ennemis , nous dit Théodecle Tabourot , irritez par impétuosité et tout sou- dainement eschellèrent les murailles , se saisirent des portes delà ville et les brisèrent; ils lancèrent

(1) Christi servi sumiis, Chrislum Dominum noslrum Deum vivum et verum colimus, qui universum mitndum consliluit. Nolite in nobis crudele scelus admiltere, per quod Dei poten- ùam contra vos in iracundiam provocelis. (Id.)

XXV

des feux du lieu le plus éminent; et par leurs traits et espées mirent tout à feu et à sang. » Pendant ce grand désastre, Saint Didier priait, au pied de l'autel, pour son troupeau et « fut le très Saint Evesque trouvé en prières dans l'église... fut saisi aussitôt, mené, présenté devant le roy avec ses citoyens, lequel rempli de charité et outré de douleur, sans considérer sa personne et son propre interrest, mais attentif à son troupeau qui périssoit, comme un bon et vroy pasteur, pria ce roy barbare d'en avoir pitié ; mais ne s'entendant n'y l'un n'y l'autre en leur langue et ayant tous deux besoin de truchement, ce cruel tyrant luy fît soudainement transcher la teste et sur le champ mourir plusieurs de ses citoyens ; le bourreau qui lit le coup tomba à l'instant en fureur et manie et alla se casser et froisser la teste contre la porte de la cité, les pierres d'un costé et d'autres à ce qu'on tient s'estant jointes et rassemblées en un, et espancha sa cervelle ce maudit bourreau et le saint et incomparable prélat prit son précieux chef entre ses mains, traversa la ville et la porta à Saincte- Marie-Magdelaine , car la cathédrale avoit esté toute ou la plus grande partie consommée par le feu (1). »

(1) Saint Didier ne mourut pas seul : « Passi sunt autem cum eo alii et plures de minière (jreijh sui. » (Usuardi mar- tyrolog.)

Pierre de Natales et autres auteurs anciens font récit, et le bruit est de tout temps que lorsque le chef du sainct mar- tyr fut couppé, s'escoula du sang iusqu'à un livre des sainctes escritures qui estoit ouvert entre ses mains et que l'espée du dit bourreau percea plusieurs feuillets et néantmoins avec

XXVI

Ainsi, Saincl Didier fui en même temps le mar- tyr de la foi et de la charité apprenant par cet exemple admirable aux pasteurs qui sont entre

le sang, les lettres demeurèrent en leurs entier qu'on pouvait facilement lire. (Tabourot. 185.)

Il advint une autre merveille qui est qu'il fut vengé du sa- tellite qui avoit levé le cimeterre sur son col, lequel tomba soudain en cette frénésie qu'il s'alla donner de la teste tant de fois contre la porte de la ville qu'il se la cassa et en fit voler la cervelle, depuis lequel temps on dit quo cette porte appelée de fer ou d'enfer est demeurée fermée. (Vignier.)

Denis Gauterot explique ce fait différemment. Il dit que le bourreau, après avoir tranché la tête à Saint Didier, furieux de le voir marcher, sa tête entre ses bras, et courant après lui pour le frapper, se brisa la tête contre les murailles de la ville, suivant une vieille inscription en vers gravés autour de la châsse reposent ses reliques :

Vandaliciis gladius hune sanction decapilavit. Percussor propriis manibus se mortificavit; Croscus, rex, fera mortis mimera tradidit isli. Sanclum Lingona gens colel hune bona nomme Chris ti. 0 Desidcri Chrislum bone martyr adora, Ul super astra poli ducat nos mortis in hora.

(De Mangin. Histoire ecclésiastique du diocèse de Langres, etc.)

La croyance commune est que Saint Didier fut martyrisé dans un faubourg à l'ouest de la ville. Ce faubourg et la porte voisine en ont conservé le nom.

Tout le monde, à Langres, connaît le rocher coupé si ré- gulièrement aux pieds du rempart à l'ouest de la ville et non loin de la tour dite de Navarre. Le tradition populaire, qui veut que Saint Didier ait été un valeureux guerrier, rapporte qu'après avoir été décapité, cet évêque remonta sur son che- val, et, portant sa tète entre ses mains, s'avança vers ce côté de la ville; comme les portes en étaient fermées, le rocher se fendit pour lui donner passage. L'ouverture ne s'est pas refermée et les quatre entailles en forme de niche , faites dans l'une et l'autre des parois du rocher, montrent encore les traces des fers du cheval que montait Saint Didier lors- qu'il entra si miraculeusement dans la ville de Langres.

XXVII

Jésus-Christ et leurs ouailles, à donner leur vie pour l'honneur de l'un et pour la défense et la consolation des autres.

Après la mort de l'évêque de Langres, la ville fut mise au pillage et renversée de fond en comble. Saint Vallier qui avait été élevé et instruit par Saint Didier et élevé au rang d'archidiacre, tâcha de sauver au moins quelques débris de l'église de Langres. « Mais il arriva par permission du ciel que, estant sorly avec sa trouppe pour se retirer sur les terres que nous appelons aujourd'huy le comté de Bourgogne et gagnant le mont Jura, il tomba entre les mains d'une troupe de ces bar- bares qui s'estoientespanchez partout par lesquels ayant été mis à la question pour respondre de sa iby et après avoir beaucoup souffert, il fut décolé comme son bon maistre et pasteur (1). »

Ourbs Lingona, s'écrie Warnahaire, quod lanc subito remansa dcsolala,de luis civibns ingemiscis? Habes inde magis quo exultes, dam tanios eodem

tempore pro tuo munimine conquisisti martyres

Contrista es iunc incendiis, gladiis, rapinis, cum omni humilitatis cxemplo in favillamredacla; imde nunc es exornala, illustraque fortitudine, et luia- minis suffragio prœmunita, inde es et permîmes in pcrpetuum prœ céleris urbibas gloriosa.

(1) Le lieu du martyre de Saint Vallier et de sa sépulture est appelé Porius Buxinus ou Abuchuis. Claude Robert, dans sa liste des évêques de Langres, prétend que c'est le port de Loue, au comté de Bourgogne, à une lieue et demie de Sa- lins, où l'on dit que sont placées ses reliques. D'autres pren- nent ce lieu pour Molesme, ancienne abbaye du Tonnerrois, le corps de Saint Vallier était autrefois visité le 22 octobre,

XXVIII

Crocus, après avoir ruiné la ville de Lan grès', vint mettre le siège devant la ville d'Arles. C'est qu'il fut défait et pris parle préfet Marien. Ta- bourot nous apprend qu'il fut amené chargé de chaînes jusqu'à la croix d'Arles, lieu situé sur la route de Dijon, à une lieue de Langres, et qu'on lui montra les restes fumants de cette grande cité. Gautherot ajoute que c'est qu'il fut mis à mort.

Cependant les chrétiens avaient recueilli la tête et le corps de leur Evoque et après le rétablisse- ment de la ville de Langres , ils les déposèrent « contre l'ordre des lois romaines, dit Lenain de Tillemon, dans l'église Sainle-Magdelaine (1) » que l'évêque avait fondée dans l'intérieur de la ville.

Le tombeau de Saint Didier devint bientôt cé- lèbre par un grand nombre de miracles (2). Nam si quis ad ejus limina œgrotus advenerit, inde Deo

enfin d'autres mémoires attestent que Portus Buxinus est Port- sur-Saône, dont Saint Yallier est le patron.

On place à la même époque le martyre de Saint Florent de Thilchàlel.

(1) L'église Sainte-Madeleine n'était d'abord qu'un oratoire qui, reconstruit plus tard, changea son nom en celui de prieuré de Saint-Didier. L'église Saint-Didier lut bâtie au XIe siècle, et sert aujourd'hui au musée de la ville de Langres. Le fond du chœur et les transepts seuls sont conservés, mais ils ont subi de notables changements.

(2) Warnahaire assure qu'on ne faisait jamais un faux ser- ment, au tombeau de Saint Didier, qui ne fut aussitôt puni, Dieu voulant marquer par combien ce saint aimait et avait aimé la vérité et combien il haïssait l'iniquité, le mensonge et le parjure. « Les aveugles, les sourds, les démoniaques, les boiteux, les paralytiques, dit le P. Vignier, y recourant ou y étant amenés et y recevant soulagement et guérison. i

XXIX -

opitulantc revertitur confortatus, simœrore perter- ritus sancti martyris obtentu indc confcstim redit exhilaratus ; si cœcus, claudus, sur dus, mutus ab adversa parte vexalus advenerit, suant quisquo ibi medicinctm et remédia pristina sine mora percipit opportuna.

Le 19 janvier 1515, Guillaume de Durfort, 70e évéque de Laugres fit la translation des reliques de Saint Didier. On trouva dans son tombeau ces mots: Iste pius pastor et reclor justus, Christi martyr insignis Desiderius fuit vas virtutum in vita sua et origo totius sanctitatis.

« Son corps fut trouvé entièrement revestu des ornements pontificaux, tenant sa teste entre ses deux mains sur sa poitrine et mis dans une chasse d'argent faite par le prieur Guy de Menenlis. L'é- vesque prit le bras droit, une coste, le menton et deux mâchoires qu'il mit au trésor de Saint-Mam- mès (1). »

Dans la suite, on distribua de ses reliques à des églises, à des souverains et à des personnes con- sidérables.

Ainsi , le 18 mai 1G57, la république de Gênes députa à Langres un religieux de l'ordre des capu-

(1) Vignier rapporte que la première translation du corps de Saint Didier se lit sur la fin du VIe siècle « puisque Saint Gai, disciple et compagnon de Saint Colomban qui fonda Luxeul, sortant avec luy de cette abbaye par le commande- ment du roy Tbierry s'establit au lieu depuis l'abbaye ditte Saint-Gai, de son nom , fut bastie, y posa des reliques de Saint Maurice et de Saint Didier. » Guy de Menenlis , qui vivait un peu auparavant Guillaume de Durfort, avait conçu le projet de cette translation , et pour cela il avait fait faire une magnifique châsse en argent.

XXX

cins pour avoir des reliques de Saint Didier et les placer dans l'église qu'on bâtissait alors à Gênes sous l'invocation de ce saint. En 1647, on octroya également des reliques à la ville d'Avignon, et à la ville de Germon t. En 1655 , on en donna à l'église d'Hortes.

Guillaume de Poitiers institua , en 1354 , la fameuse confrérie de Saint Didier. Elle fut com- posée de soixante membres tous pris dans les plus nobles familles de France. Le roi Jean fut nommé premier confrère , ensuite Philippe-le- Hardi, due de Bourgogne, les sires de Château- villain, etc. Cette confrérie se soutint jusqu'à la révolution de 1789. (1)

Saint Didier est particulièrement honoré dans la Champagne. Sa fête du 25 mai fut rendue obli- gatoire dans tout le diocèse de Langres par l'é- vêque Guy Bernard. Le culte de Saint Didier est aussi très répandu à Gênes, lieu de sa naissance, et dans beaucoup d'endroits de l'Italie.

« Ce Saint, dit Charlet dans son ouvrage ma- nuscrit intitulé : Langres saincte , est honoré à Gênes, à Castelnau dont il est titulaire, ceux de Neuchasteau l'implorent contre les insectes dont ils furent délivrés. Il y a de ses reliques dans l'église Saint-Gabriel à Bologne et son office se fait double à Milan. Il y avoil de ses reliques dans Arles en un

(1) Nous nous proposons de publier un jour l'histoire de cette confrérie avec la Déclumtion des slaluts etc. de Guil- laume Flamant. M. Pistollet de Saint-Fergeux possède les registres des délibérations de la confrérie de Saint Didier, depuis le commencement du XVIIe siècle jusqu'à !a Révolu- tion.

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oratoire dédie à son nom en lieudit de Saint Ho- noré qui ont été transportées à Saint Trophirae. Il est honoré à Elvange, à Cologne il y avait une église dite de Saint Didier in vallo. Augustin Calcâgerinus, chanoine pontificier de Gênes a fait en Italie la vie de ce Saint. Il y a des manuscrits de sa vie à Saint Maxime de Trêves et en la bi- bliothèque la reine de Suède, cotte 81. La reine Anne de Bretagne obtint de ses reliques. »

Jusqu'en 1790, les reliques de Saint Didier ont été conservées dans l'église qui lui était dédiée à Langres. Sa tête était renfermée dans un chef en vermeil placé dans un enfoncement pratiqué dans le mur nord du chœur et surmonté d'une espèce de clocher montant jusqu'à la voûte de l'église, et construit dans le style du xve siècle. On voit encore celte décoration dans l'église Saint- Didier, qui forme aujourd'hui le musée lapidaire de Langres. Les autres reliques de Saint Didier, étaient ren- fermées dans une grande châsse d'argent, placée au-dessus de l'autel. Ces reliquaires ainsi que les ossements qu'ils renfermaient ont disparu à la ré- volution. On a retrouvé il y a peu d'années une partie de la mâchoire de Saint Didier dans l'autel de l'église de l'hôpital Saint-Laurent à Langres.

Le tombeau de Saint Didier, qui surmontait le caveau dans lequel le Saint fut enterré, exista jusqu'à la révolution, dans le chœur de l'église en avant du maître-autel. Il fut brisé pendant la révolution et une partie des fragments furent jetés dans le caveau. Le sol de l'église qui était plus bas que celui de la rue fut recouvert de plus d'un mètre de terre. Lorsque la Société Archéologique de Langres eût établi, dans l'ancienne église Saint-

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Didier, le musée des monuments en pierre, M. Th. Pistollet de Saint-Fergeux et M. Royer-Thevenot, firent rechercher le caveau de Saint Didier, et avec les débris du tombeau retrouvés, on a restauré ce monument à la place qu'il occupait autrefois.

Cette restauration, il est vrai, n'est pas com- plète; mais la Société Archéologique doit prochai- nement achever son œuvre en rétablissant dans le style primitif les morceaux de sculpture qui ont disparu.

Vignier rapporte que le tombeau que l'on voyait de son temps au milieu de l'église du prieuré de Saint-Didier représentait en sculpture grossière le martyre de ce Saint Fvêque « avec l'histoire de Samson au-devant, égorgeant un lion qui est un symbole de la résurrection de Jésus-Christ et de la vie future des chrestiens. Peut-estre, ajoute-t-il plus loin, la figure de Samson est mise au lieu du comte Samson qui fit construire ce monument, l'usage des armoiries n'estant pas encore inventé. »

Le tombeau monument dont parle Vignier, avait été construit au xie siècle, sous le règne du roi Robert.

Il nous parait difficile de mettre en harmonie avec les réparations gothiques projetées par la Société Archéologique, la belle table de marbre noir qui a été posée il y a quelques années sur le caveau.

Cette table est un monument commémoratif : une inscription que l'on a jugé à propos de mettre en français, contrairement à la coutume, rappelle que Saint Didier est mort victime de son dévoue- ment à la ville. On a supposé sans doute que l'on exprimait suffisamment par ces mots : le martyre

XXXIII

et l'immolation volontaire du pasteur pour son troupeau.

IV.

On n'est pas d'accord sur l'époque à laquelle Saint Didier a été décapité.

Quelques auteurs rapportent que ce prélat, Saint Vallier et les autres martyrs de Langres, furent mis à mort lors du passage des Van- dales dans les Gaules, au commencement du ve siècle.

D'autres placent le martyre de ce saint évêque en 451 et l'attribuent, soit aux premiers rois de Bourgogne qui , à cette époque , se rendirent maîlres du pays de Langres; soit à Attila, lorsque le roi âe^ Huns, vaincu par Aëtius, dans les plaines Catala uniques, fut obligé de se retirer en Pan- nonie.

Les derniers enfin pensent qu'il faut faire re- monter cet événement à l'année 264 ou 265, sous le règne de l'empereur Gallien, et lors de l'invasion des Vandales ou des Allemands, sous la conduite de Crocus, leur chef.

Nous ne parlons pas des actes des conciles de Sardique et de Cologne, auxquels, selon quel- ques ailleurs, Saint Didier aurait assisté en 547 et 551. Celte dernière opinion n'a jamais été soutenue d'une manière sérieuse. Les auteurs les plus dignes de foi : Baronius, de Tillemont, Dupin, Baillet et d'autres , s'accordent à dire que les actes du concile de Cologne sont faux , apo- cryphes ou copiés presque mot à mot sur ceux de Sardique, et on estime que le Didier qui sous-

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crivit au concile de Sardique est un évêque de Capoue. Il est d'autant plus facile de le croire que les actes n'assignent pas le siège de ce Didier. Quelle que soit d'ailleurs l'époque à laquelle on fait vivre Saint Didier de Langres, il est impos- sible de la concilier avec celle du concile de Sar- dique. L'âge auquel les évoques étaient choisis dans ce temps là, et la mort violente de Saint Didier, ne permettent pas d'admettre un aussi long épiscopat.

Si les historiens ne sont pas d'accord sur l'é- poque à laquelle fut martyrisé Saint Didier, tous déclarent qu'il a été le troisième évêque de Lan- gres. « Ce qui peut estre liligieux, dit le P.Vignier, dans la dissertation qu'il a écrite à ce sujet, est l'année à laquelle ce bienheureux évesque a souffert, quelle sorte de barbares l'a fait souffrir, et ensuite quel roy ou tyran a deslruit la ville de Langres. »

La première opinion, celle qui veut que l'évê- que Didier ait souffert le martyr au commence- ment du ve siècle est la plus ancienne et la plus généralement acceptée. Sigebert, Vincent de Beauvais, Baronius , Pierre de Natales, Claude Félix, de Montigny-le-Roi , grand vicaire de l'éveque Michel Boudet, Jean-Agnus Begat, Guillaume Flamant, les auteurs du Gai lia Chris- tiana , Sigonius, Scaliger, les martyrologes de Bède, d'Usuard, d'Adon , le martyrologe ro- main , les martyrologes des églises de Lyon , d'Avignon , de Gênes , de Besançon , de Lan- gres et d'Autun, les carlulaires des abbayes de Saint-Etienne de Dijon, de Saint-Laurent de Bourges , le savant évêque de Toul , André du

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Saussay , la plupart des bréviaires imprimés ou manuscrits , l'immensemajoritédes chroniqueurs, historiens et annalistes, qui ont fait mention de Saint Didier, partagent cette manière de voir. Mais ils ne sont pas d'accord sur Tannée , les uns pensent que c'est en 400, 407 ou 408, les autres en 41 1 ou 416. Selon quelques auteurs, c'est Modogisile, Modogisque ou Godégisile qui, à celte époque lit, irruption dans les Gaules ; selon d'autres c'est Crocus ; il y en a enlin qui préten- dent que c'est Gunderic.

Malgré la meilleure volonté, il n'y a guère pos- sibilité de soutenir que Saint Didier a été martyrisé au commencement du ve siècle. Tout porte à croire au contraire que cet évoque vivait vers le milieu du ni* siècle, sous le règne de l'empereur Gallien, comme le pensent le chanoine Henriot(l), Char- let('i), Le P. Vignier(oj, Warnahaire et Grégoire de Tours.

(1) Dissertation sur le temps de la mort de Saint Didier, me évêqne de Lnngres, par Henriot, chanoine de Langres, mss., in-R Nous devons la communication de cet ouvrage, cité avec éloge dans le uallia ckrisiuum, à l'obligeance de M. E. Jolibois. Sachant que nous publions le mystère de la Vie et Passion de Monseigneur Satttci Didier. M. Jolibois s'est empressé de nous écrire pour mettre à noire disposition la copie qu'il avait faite de ce Mystère. Notre travail, à part les dernières feuilles de cette introduction , était imprimé lors- que cette offre nous a été faite, et il ne nous a pas été donné, nous le regrettons, de proiiter dans celte circonstance des lumières de M. Jolibois.

(2) Dissertation sur le temps du martyre de Saint Didier, par Charlet, chanoine de Grancey.

(3) Décade historique.

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En effet, si Ton place la mort de Saint Didier en 407 ou 4H, on est obligé : ou d'avancer la mort de Saint Bénigne (1), mais tout le monde se rapportée dire que S;iinl Bénigne mourut en 173 ou ! 79. ou de supposer que l'établisssement du siège épiscopal de Langres n'a eu lieu que très longtemps après le martyre de l'apôtre de la Bourgogne, ce qui est contraire aux usages observés dans ces temps. ou enlin d'admettre que des évêques, dont les noms ne nous sont pas connus , auraient gouverné l'église de Langres avant Saint Didier, Juste et Saint Sénateur, ce qu'il est diflicile de croire.

Nous avons, pour l'histoire des évêques de Langres, une date certaine , celle du temps vivait Sidonius Appollinaris, évêque de Clermont, qui mourut en 480, suivant Trilême , en 484 d'après Savaron et le P. Vignier , en 480 selon Baronius et Claude Robert. Or, nous savons que Saint Aprunculc, 10e évèque de Langres, succéda à Sidonius Appollinaris, dans sa chaire épiscopale. Saint Apruncule, gouvernait l'église de Langres depuis dix-sept ans, lorsqu'il se retira en Auvergne et encourut la disgrâce de Gondebaud , roi de Bourgogne , qui le soupçonnait de favoriser le parti des Francs. 11 avait été fait évêque, au plus tard, en 4G9. En outre, il est constant que le siège de Langres a été vacant pendant vingt ans après la mort de Saint Didier. Si nous admettons

(1) Ce que nous disons est tellement vrai qu'un auteur a retardé la venue de S. Bénigne dans les Ganles jusque vers l'an 2713, et dit qu'il y fut envoyé par S. Polycarpe, évêque d'Éphèse.

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que Saint Didier a été martyrisé en 407 , il se trouve que les évoques Martin , Honoré , Saint Urbain, Paulin, Fraterne Ier et Fra terne II, qui ont occupé le siège de Largres depuis Saint Di- dier jusqu'à Saint Apruncule, se sont succédé dans un laps de temps de quarante- deux ans. Mais on sait que Saint Urbain, à lui seul, a fourni toute cette carrière et au-delà. On sait en outre qu'un évoque nommé Urbain souscrivit au concile de Valence en 574 , et comme on ne connaît aucun évêque de ce nom et de ce temps que Saint Urbain, sixième évoque de Langres, on doit con- clure qu'il s'agit bien ici de Saint Urbain, évêque de Langres, qui, en eiïét, vivait à cette époque.

En général, les auteurs qui veulent que Saint Didier ait été martyrisé au commencement du ve siècle, attribuent ce martyre à un chef de Barbares, nommé Crocus , qui vint assiéger Langres et fut défait près d'Arles, puis mis à mort.

Pour concilier l'opinion de ces auteurs avec celle de Grégoire de Tours (1), d'Eusèbeetde Paul Orose qui rapportent qu'en c264 ou 265 une in- vasion eut lieu dans les Gaules, sous la conduite de

(1) Valerianus et Gallienus romanum imperium sunt adepti, qui gravent contra chrislianos perseculionem suo tempore commoverunt. Horum tempore, et Chrocus ille Alamanorum rex, commoto exercitu Gallias pervagavit. Hic aulem Chrocus mullse adroganliœ furtur fuisse, qui, cum nonnulla inique gessisset, per consilium, ut aiunt matris iniquae, collectant ut diximus Alamanorum genlem universas Gallias pervagatur, cunclasque sedes quse antiquitus iabricalse fuerunt a iunda- menlis subverlit... Chrocus vero apud Arelalensem Gallia- rum urbem comprehensus diversis adfectus suppliciis gladio verberatus interiit non immerito pa3nas quas sanctis Dei ex- tulerat luens. (Grégoire de Tours, liv. 4er, cap. 32 et 34.)

XXXVIII

Crocus qui fut défait à Arles et mis à mort, il faut admettre qu'il y a eu deux Crocus ou qu'on l'ait un double emploi du nom de ce chef barbare.

On ne peut raisonnablement supposer que deux chefs de nations Germaniques portant le même nom , tous deux payens , aient conduit leurs peuples dans la Gaule pour la ravager el y persécuter la religion chrétienne, qu'ils aient ensuite été, tous deux, défaits près d'Arles elmis à mort; cependant les historiens des deux partis attribuent toutes ces actions au Crocus qui or- donna la mort de Saint Didier.

Aussi, quelques auteurs, craignant l'objection, se sont-ils bien gardés de désigner Crocus comme l'auteur du martyre de l'évêque de Langres et en ont accusé Modogisile ou Godégisile, ou les pre- miers rois de Bourgogne.

Peut-on admcltie, d'ailleurs, que Grégoire de Tours qui vivait au milieu du vie siècle, qui habita Dijon pendant quelques années et qui a venir à Langres plusieurs fois, n'eût pas men- tionné l'époque précise du martyre de saint Didier, si cet évèque avait été mis à mort de 407 à 416 ?

Les fouilles qui ont été faites à Langres à di- verses reprises du côté de Saint-Geômes dénotent de la manière la plus formelle que cette ville a été saceagée et détruite au m* siècle. On y a trouvé des médailles romaines, des chapiteaux, des corniches, des statues, qui ne laissent aucun doute à cet égard.

Nous ne dirons rien de l'opinion qui prétend qu'Attila fil mourir Saint Didier, lorsqu'il rava- gea la ville de Langres en 451. Cette question se trouve résolue dans la précédente.

XXXIX

L'opinion du P. Vignier, des chanoines Hen- riot et Charlet, n'est pas moins conforme à la vé- rité de l'histoire que favorable à l'antiquité du siège épiscopal de Langres, nous l'adoptons et nous concluons que Saint Didier vivait au 111e siècle. Les personnes qui liront avec attention les différents auteurs qui ont traité ce sujet tire- ront, sans aucun doute, la môme conclusion, et feront aisément justice des écrivains qui placent le martyre de Saint Didier au ve siècle.

V.

Nous avons terminé notre introduction, longue sans doute et dont nous ne nous dissimulons pas l'imperfection. Nous n'avons pas trouvé peut-être, pour retracer les principales phases de la biogra- phie de Guillaume Flamant et de la vie de Saint Didier, des couleurs assez animées et un style assez élevé. Nous espérons cependant en la bien- veillance du public : nous serons d'ailleurs suffi- samment récompensé de notre travail si l'on pense que nous n'avons pas fait une œuvre inutile en exhumant celle œuvre du poète Langrois. Pour nous faire pardonner, nous lui emprunterons les vers par lesquels il sollicitait l'indulgence des spectateurs de son mystère:

Si avons à regracier De toute notre intelligence, Collauder à. remarcier La Seignorie d'excellence

XL

Qui, par iloulce bénévolence, Nous a preste bon auduiloire Pour ouyr en paix à silence Le mistère ou dévot histoire.

Et, au surplus, s'il y a point Des joueurs aucung mal appris Qui ait fait quelque mauvais point, Recepvez le en gré pour son pris, Priant au Marlir de hault pris Que puissions, par son habitude, Régner au céleste pourpris, Enrichv de béatitude.

Sancti Spiritus assit nobis gratia.

Cy sensuyt la Vie et passion de Monsr Sainct l)idicr, martir et Evesque de Lengres, faicte par personnages, à la rcqueste de Messrs les Confrères de la Contrarie dud. Sainct aud. Lengres, compo- sée par vénérable et scientificque psonne Maislre Guillaume FLAMANT, chanoine dud. Lengres, jouée en lad. cité par lesd. Confrères, l'an mil CCCC IIII" et deux.

Le Prologueur commue.

Aristote, philozophe notable,

Mecl ung notable utile à concepvoir,

Quant il nous dict que l'homme raisonable,

Tant soit instable au monde variable

Et misérable, appelle de sçavoir.

Il dit bien voir, car chascun fait debvoir

D'oyr, de voir, d'enquérir et d'aprandre,

Cuidant en fin toutes choses comprandre.

Toute créature Sans exception De propre nature Quiert instruction. L'inclinacion Qu'elle a naturelle Veult invention Tous les jours nouvelle.

Kl à ce propos, il me semble Que reste congrégation Soit à reste heure mise ensemble Pour voir noslre opéracion, Si avons bonne affection, Moyennant la grâce de Dieu, De la rendre en dévotion Avant que partir de ce lieu.

Pourtant, avons-nous entreprins De monstrer les faits vertueux Du noble Évesque de bault pris, Sainct Didier, martir glorieux, Si veuillez estre curieux D'ouyr en paix et union ; El si rien y a vicieux Supportez l'imperfection .

Du temps d'Honorius Auguste, Le Sainct de grant auclorité, Après TÉvesque nommé Juste, Fut prélat en ceste cité Et fut tiers en la dignité, Selon que je cognois et sens Voire de celle antiquité Que lors courroit Pan quatre cens.

L'ange parfait, miraculeux, Prononçant son élection, De simple estât labourieux, L'esleva en prélacion. Il vesquit en dévotion, Et feist mainte euvre manificque; Puis receut mort et passion, Par Croscus, le roy Vandalicque.

Le bon sainct, plain degrant puissance, Que debvons servir et aymer, Sers :>u pays de sa naissance, Fut de Germes sur la mer. Mais pour le miracle aprouver Tant fut serebé de rue en rue One noz gens l'alèrent trouver il conduisoit la chenue

Lors doulcement luy présentèrent

La croce, mais il s'excusa. El quant fort le sollicitèrent, Totalement la refusa, Disant : Didier ne recepvra De prélature aucun signacle, Tant que son baston florira ; Qui tantost fïorist par miracle.

Voulez-vous plus grant évidence De la divine volenté? Voulez-vous plus grant apparence De vertuz et de sainctité? Tout cecy sera récité Au jorduy en vostre présence. Mais qu'en paix et transquilité Il vous plaise faire silence.

Et afin de mieulx reporter La vye du benoist marlir, Aucuns cas sont bien à noter Desquels je vous veul adverlir : Premier, il vous fault retenir Que France, la bien renommée, Quand Wandres y vouldrent venir, Estoit pour lors Galle nommée.

n

Pourtant s'en nostre euvre jolye, Dont trois jours dure la substance, L'on parle de Galle ou Gallie, Entendrez tousiours que c'est France. Notez aussy que la puissance Des empereurs, en cas de guerre, Avoit encores florissance Par plusieurs climats de la terre.

Tiercement, par cronicque expresse Nous trouvons que cesle cité De gens de force et de noblesse ïriumphait en auctorité Et avoit en société A Jule César, l'empereur, Mais puis cheut en perplexité Par la Wandalicque fureur.

Si sachez que pour aléguer

Du marlir les faiz &. la gloire

A convenu invesliguer

Mainte légende ik mainte histoire,

Corne sont Orose, Isidoire,

Le Fascicule épiscopal,

Aultre cathalogue notoire

Et le Miroir hislorial.

Pour ce jour, nous comancerons

A la très saincte élection,

Et puis demain, nous parlerons

Le martire et la passion,

Au tiers jour, ferons mencion

Des miracles très merveilleux

Et de la rélévacion

Du corps sainct digne et précieux.

(Ici se meci chascun en ordre pour faire monstre.

Mais afin que facilement

Vous cognoissiez nostre entreprinse, C'est raison que premièrement Je vous en monstre la devise. Vées Lengres, en hault assise, Plus noble que tous aultres lieux ; Vées les seigneurs de l'Eglise Et les borgeoys jeunes et vieulx.

Vées Didier au labourage, Qui tient la cherrue à deux mains ; Vées ung haultain personnage, Nommé l'empereur des Romains ; Croscus <k le Roy des Alains Ont illec leurs gens amassez; Je n'en diray ne plus ne mains ; Le demeurant se monstre assez.

Or, pensons de bien procéder, Comme notre cueur le désire, Ce que nous veuille concéder Dieu qui triumphe en hault empire Priez qu'il n'y ait que redire S'en vous quelque doulceur y a, Et veulliez tant seulement dire Chascun ung Ave Maria.

Le Fol.

Veult-on chanter alleluya, Ou jouer cy quelque grimace'? Je crois que oncques on n'alya Tant de folz tout en une place. Ne voysti pas la chiche l'ace Oui porte ung inolin sur sa test.»;.

(')

Vées la plus sauvaigè beste Qui soit d'icy à Carcassônne. Holaho! qu'il n'y ait personne Que ne soit assiz à son aise; Et puis (pie tout chascun se taise Aussy coy qu'ung porceau qui pisse, Vous verrez tantost forte espice Et le eappi laine Poton Qui ont chascun ung gros baston Pour combatre les papillons. Il faut que nous nous habillons Pour aller en ceste bataille. Mais toutesfois, vaille que vaille •l'en diray mon oppinion. Afin que le cueur ne me faille Premier feray collacion.

Icy les bourgeoys cl le bailli de Lengrcs se lèvent de leurs sièges cl (Ht le premier Bourgeons :

Le premier Bourgeoys.

Notre Prélat est mort <k trespassé, Je prie à Dieu qui tout a compassé Que l'âme soit en gloire et relusance. Or, sommes-nous en désolacion, Privez de bien, plains de turbacion, Garniz de mal à de toute indigence.

Le second Bourgeoys.

Hélas! il est pour nous trop tost passé, Car de bien faire onques ne fut lassé Et nous faisoit gracieuse assistance. Perdu avons la elère vision Du bon prélat que notre affection Réconforloil par soigneuse assistance.

Le Bailly de Lengres. Contre la mort n'a point de résistence.

Le premier Borgeoys. 0 mort furieuse, Elude, rigoreuse, Dure, dangereuse, Tu nous laitz grant tort.

Le second Borgeoys. 0 mort hayneuse, Tu rends ruyneuse Lengres la joyeuse Par ton dur effort .

Le Bailli. Mort nespargne foible ne fort.

Le tiers Borgeoys. 0 faulce mort, de ton dart destructeur. Tu as osté Juste, le bon pasteur, Homme dévot et rempli de science

Le quart Borgeoys. ,1e n'ay au cueur que douleur et malheur Quant me souvient du prélat de valeur Qui aymoitDieu et craindoit conscience.

Le Bailly. Home prudent doit avoir pacience

Le tiers Bourgeoys. 0 Lengres cité, Tu as bien esté En prospérité Long temps maintenue.

Le quart Bourgeoys. Or, est ta beaulté, Ta formosité,

- S

En calamité Cheulte et devenue.

Le Bailli.

L'estal mondain lousiours se mue,

Soit noblesse,

Soit richesse,

Soit lyesse.

Tout décline

Et vous lesse ;

De haultesse

Tantost cesse,

Tantost fine.

Le plus digne.

Par ruyne, Souvent perl joye & doulceur.

C'est ung signe

Qui assigne Qu'en ce monde n'y a rien sceur.

Pourtant, se nous avons perdu Ung évesque plaisant à voir, N'ayons le cueur esperdu, Dieu est puissant de nous pourvoir Mais alons maintenant sçavoir Si les bons Seigneurs du Chappitre Veulent point faire leur debvoir De baillier à quelcung le tiltre.

Le premier Bourgeoys.

Pleusl à Jh'ésu Crist que ki mitre Fui assise en homme auctentique.

Le second Bourgeoys. Aluns voir ecclésiastique Puisque Monseigneur le conseille

- 9

Le tiers Bourgêoys. Pour secourir au bien publique, Alons voir l'ecclésiastique, Car en ceste cité antique Kault ung chief.

Le Bailli. Ce n'est pas merveille.

Le quart Bourgêoys. Alons voir l'ecclésiastique Puisque Monseigneur le conseille.

Le Bailli. Sus donc, que chascun s'apareille De bien offrir corps & chevance.

Le premier Bourgêoys. Ils sont gens qui ont grant puissance.

Le second Bourgêoys. Ils sont bons clercs .

Le tiers Bourgêoys.

Ils ont bon sens. Le quart Bourgeois. Or, alons voir leur contenance.

Le premier Bourgêoys. .le le veul.

Le second Bourgêoys. Et je my consens.

Le Doyen. Tousiours survient aucungz maulz évidans Ou accidens à gens de bonne part. Fortune mect en divers incidens Les plus prudens comme les imprudens, Monstrant les dens d'ung horible regard Elle dépari dessoubz son estandarl

Il) _

Tels coptz de dart, tels tançons, tels débats, Que les plus fors sont les plus tost mis bas.

Lengres souloit estre Lieu plain de soûlas. .Mais or en nostre estre Faull cryer hélas! Car puis le trespas De nostre pasteur La cité n'a pas Propre conducteur.

Mais selon des décrets ydoisnes

Nous avons par conclusion

Fait citer tous nos conclianoisnes

Pour venir à l'élection,

Et pour ce qu'en telle action

Fault instrumenteurs &. notaires,

Avons aussi provision

De témoingts à. de secrétaires.

Icy saluent Doyen cl Chappilre.

Le Bailli de Lengres. Dieu à qui sommes tributaires Vous doint vivre en prospérité.

Le Doyen. Voz œuvres face salutaires Dieu à qui sommes tributaires!

Le premier Bourgeoys. Vers nous venons tous voluntaires D'aider à la nécessité.

Le seconii Bourg5. Dieu à qui sommes tributaires ^ ous doinl vivre en prospérité!

11 -

Le Doyen. Quels novelles?

Le Bailli. En vérité, Je vous le diray, Monseigneur, Les bons bourgeoys de la Cité habunde sens & honeur Sçavent que vous avez bon cueur D'eslire évesque & exaller. Et pourtant en toute doulceur Ils vous sont venus visiter.

Le Doyen. A quels fins?

Le tiers Bourg8.

Pour vous présenter Service, argent, corps à avoir, Pour vous ayder et conforter, Selon nostre petit sçavoir.

Le Doyen. C'est-il ainsy?

Le quart Bourg". Il vous dit voir. Ne le pensez point aultreinent.

Le Doyen. De vostre gracieux debvoir Vous remercions humblement. Mes frères, vous voyez cornent La bourgeoisie sumptueuse Vient icy familièrement .Nous faire une offre gracieuse.

Le Trésorier.

Ce n'est pas chose merveilleuse, Car de tout temps oui ceste guise.

12

DlJONNOIZ.

Ils ont volenté curieuse D'aymer Dieu et servir l'église.

Le premier Bourg*. .Noire affection y est mise Plus qu'eu chose qui soit au monde.

Tonnoirroiz. Cela vient d'honneur et franchise Qui en vostre couraige habunde.

Le second Bourg5. Ung chascun d'entre nous se fonde En vertuz et dévocion.

Barroiz. C'est l'amour de Dieu qui redonde En vostre bonne affection. Le Bailly. S'en faisant vostre élection Il convient aller ne venir Prestement sans dilacion Trouverez gentz pour y fournir, Si venons cy pour assentir Quel chose il sera bon de faire, Pourtant veuillez nous advertir D'aucun propos de vostre affaire.

Le Trésorier. Vostre doulceur très débonnaire Vostre dévote intencion Vault bien d'avoir pour son salaire De louz calz déclaracion. Pour brefve récitacion, Sachez que noz gentz sont citez Ou au moinz la citacion Kst désià par lotîtes citez.

13

DlJONNOIZ.

Quand on eslict des dignitez Qui ont In charge pastoralle, On fait plusieurs solemnitez En une église cathédrale. Néantmoinz, la chose principale Qui doit mouvoir l'intelligence, C'est que l'élection totale Soit selon Dieu et conscience.

TONNOIRROIZ.

En tel cas, chascun doit avoir Meure délibéracion, Ne pour trésor ne pour avoir User de variation, Mais faire déprécacion A la divine Providence Que si est noble élection Soit selon D«eu <k conscience.

Barroiz. Selon Dieu doit on procéder Qui veult bien diriger son fait. Pourtant luy fault intercéder Que rien ne demeure imparfait, Mais nous doint Evesque parfait, Plain de vertuz, plain de science, Et que tout ce qui sera fait Soit selon Dieu &. conscience.

L'Auxoiz. Selon conscience & raison, Doit besongner ung électeur. Nompas par aucune achoison D'adulacion ou faveur. Et afin qu'on prenne saveur En la matière d'excellence

14

Désirer que telle labeur

Soii selon Dieu & conscience.

Bàssîgny. ( > vous, Messeigneurs les bourgeoys, Eu qui toute vertu repose, Sachez qu'avant qu'il soit ung mdys La matière sera per close, Car ung chascun de nous propose De faire extrême diligence, Et voulons que toute la chose Soit selon Dieu & conscience.

Le Bailly. Vous estes seigneurs de prudence Qui sur tous renommée avez, Et quant à moy je croy et pense Que les loix <k décrets sçavez. Mais quant besongner y vouldrez, Se quelque affaire vous survient, D'entre nous tous vous aiderez Comme en tel cas il appartient .

Le Chantre. Messeigneurs, c'est de vostre bien Que présentez tant de service, Et qui ne le vous rendra bien Ce sera deshonneur <k vice. Telle ayde nous est bien propice, Pourtant remercier convient Vostre largesse <k bénéfice, Comme en tel cas il appartient. Le premier Chanoisne. 11 appartient bien sçavoir gré Aux bons bourgeoys de grant vaillance Qui chascun selon son degré Nous présentent corps <k chevance,

15

Je voy que par bonne accointance Us nous vendent s'a nous ne tient Ayder de toute leur puissance Gomme en tel cas il appartient.

Le second Chanoisne. Il est constant que de tout temps A Lengres sont communément Nobles, gentilz borgeoys, marchante, Qui vivent honorablement. Ils aymèrent anciennement Dieu qui ciel & terre contient Et encor font présentement Comme en tel cas il appartient.

Le premier Borgeoys. Pensez que la cité soustient Maint preud'homme de bonne foy, Qui les règles d'honneur maintient Selon son cas.

Le Doyen.

Ainsy le croy. Portant, messeigneurs, quant à moy, Comme Doyen & Président, Vous mercye comme je doy De cest honneur très évident. Cy se relraihenl ung petit les bourgeon* et le Doyen parle aux Chanoisnes.

Le Doyen. Or, retornons à la matière Dont avons parlé cy devant. Je ne scay par quelle manière Nous procéderons en avant. Mais il sera bien advenant Que nous eslisons par la l'orme

16

Que droil canon est contenent.

C.'csi le docteur qui nous informe.

Premièrement, élection Se fait via compromise.

Secundo, per scrnïnùum,

Ac via Spirilus Sancti.

Qui l'une de ces voyes cy

Veult tenir & qui point n'excède,

Ne doit avoir aucun socy

Qui sainctement il ne procède.

Pour scrutiner, se dit le droi', Sera talons eliganlur; Par les scrutateurs, or en droit, Vota caute requiranlur, Collalio habealur, Ac publicelur apperle. Tune clcclio formatur Semper a majori parle.

Par la voye de compromis, On eslict canoniquement, Quant les compromissaires mis Ont de tous le consentement. Et qui ne veult pareillement User de compromission Il peult prendre facilement Voye de posfulacion.

L'aultre voye d'élection

Pour avoir prélat et pasteur

Se fait par révélacion,

Venant du benoist créateur,

Ou quant, sans aucune faveur,

Sans crainte ou sans mauvais couraee.

17 Iimis les Chanoisnes, de bon cueur, S'accordent en uni; personnage.

Si ne scay par laquelle voye Nous pourrions mieulx estre sorti, Mais la plus saincte que j'y voye, C'est vin Spiritus Sancti.

Qu'en dictes vous?

Le Trésorier.

Il est âinsy, Monseigneur, vous touchez le poinct, Mais quant à ceste voye cy On n'en use, mais convient point.

Pourtant, Messeigneurs, il me semble Que si bien pourvoir y voulons, Il sera bon que tous ensemble Quelque preud'homme postulons.

Dijonnoiz. Non ferons, mais nous eslirons Ainsy que le droit a escript.

TONNOiRROIZ.

Non ferons, mais nous poursuyvrons La voye du Sainct Esperit.

Le Fol. Ho! ce fut du temps prétérit Que le Sainct Esperit voloit, C'estoit du temps que ne régnoit Ne Symonnye, ne Cauthelles. Mais maintenant quoy qu'il en soit On lui a bien roigné les esles. Estes vous là, noz damoiselles, Et vous, Gorgyas de Paris? Vous avez porpoins & cotelles De taulpe & de peau de soris.

18

Barroïs.

Mes bons seigneurs & mes amys, Alfin d'esfre tost despesché, J'oppine que par compromis Nous porvoyons à l'Évesché.

L'Auxois. Vous avez assez bien touché.

Barroys. C'est le meilleur appoinctement Sans que nul en soit empesché Fors deux ou trois tant seulement.

Bassigny. Il me semble tout aultrement.

L'Auxoys .

Et comment?

Bassigny.

Que debvons eslire.

Le Chantre.

Vous en parlez notablement.

Bassigny.

Je vous en dis ce qu'on doit dire.

Le Chantre.

Quant est de moy je ne désire,

Puis qu'avons ung bon secrétaire,

Synon faire ma voix escripre

Quant sera jour cappitulaire.

Le premier Chanoisne.

Je suis d'oppinion contraire.

Le second Chanoisne.

Aille comme il pourra aler.

Bassigny.

Nous debvons élection faire.

Barroiz.

Je suis d'oppinion contraire.

19 -

Le second Chanoisne. D'eslire ne peult-on meffaire ?

Le premier Chanoisne. ïl vauldroit mieulx de postuler.

Bassigny. Je suis d'oppinion contraire.

Barroiz. Aille comme il pourra aler.

Le Doyen. Si me voulez ouyr parler, Je vous diray que nous ferons.

Dijonnoiz. Pour Dieu, ne veullez rien celer.

Tonnoirroiz. Dictes, nous vous escouterons.

Le Doyen. Qui m'en croira, nous manderons De Lyon le noble Arcevesque Et de bon cueur luy requérons Qu'il nous ayde à faire ung Evesque; Il est léal, seur & certain, Gamy de toute humilité Et vostre métropolitain. De Lengres la bonne cité Quant ourra la nécessité Pourquoy on l'envoyé quérir, Je croy que sans difficulté Tantost nous viendra secourir.

Barroiz. Si vous le faictes cy venir, Comme subjectz vous voulez rendre.

Le Doyen. iN'en fais déa, je veulz maintenir Noz privilèges & estandre.

- -2(1

Mais je ne le diz que pour prandre De luy aucune oppinion Et pour tousiours vouloir contendre D'honorer nostre élection. Le Trésorier. C'est bonne ymaginacion.

TONNOIRROIZ.

Puiz qu'ainsin est je m'y consens.

Barroiz. Qui envoyez-vous à Lyon?

DlJONNOIZ.

Il y fault deux hommes de sens.

Le Doyen. Je vous nomme, quant aux présens, L'archidiacre de l'Auxoiz.

Bassigny. Pareillement, je condescens A Monseigneur du Dijonnoiz.

Le Chantre. Il convient aussi deux bourgeoys Pour notre ambassade fournir.

L'Auxoiz. Ils sont illecques plus de trois. Notaire, faictes-les venir.

Le Secrétaire. Incontinant les vais quérir.

Le premier Chanoisne. Or alez, on vous attendra.

Lors va quérir les bourgeoys et leur dit :

Le Secrétaire. Ça, Messeigneurs, venez ouyr Ce que Ghappitre vous dira.

21

Le premier Bourgeoys. >i ni de nous n'y contredira, Volontiers nous y trouverons.

Le second Bourgeoys , Ghascun fera ce qu'il pourra Sitost qu'entendu les aurons. hy le Doyen parle aux Bourgeoys. Le Doyen. Seigneurs bourgeoys, nous envoyons A Lyon, cité d'excelence, Àffin que l'Arcevesque ayons Pour conseil & pour assistence; Et pour ce qu'avons confidence En vous qui estes diligens, Par amour & Iténëvolance, Nous demandons deux de voz gens.

Le premier Bourgeoys. Nosseigneurs, nous sommes contans De vous compaigner en cecy.

Le second Bourgeoys. Quant est de moy, je ne prétends Que d'y aler.

Le premier Bourgeoys. Et moy aussi. Le Bailly. Puisque la chose vient ainsin, Vous deux irez qui m'en croira.

Le premier Bourgeoys. 11 n'en fault plus avoir souccy, Ce qui est conclud se tiendra.

Si y parle au varlel.

Or ça, Pierre, il te conviendra Sceller des chevaulx deux ou trois.

22

Pierre, varie! des Bourgeoys.

Pour quoy?

Le premier Bourgeoys.

Pour ce qu'il nous fouldra Chevaucher les champs <k les bois.

Pierre, varlet. Paisqu'ainsin est, je m'en y vois. Je ne sçais il veult Irotler. Déa, il iauldra boire une foys, Avant que nous alons monter. Pierre va amener trois chcvaulx celiez el brida, Dijonnuis parle au clerc.

DlJONNOIZ.

Symonet, il fault aprester

Trois chevaulx bien bonnestemenl.

Or, tost.

Symonet, clerc des Chanoisues.

Se fault— il tant haster?

L'Auxoiz.

Tire avant, tire vistement.

Symonet.

Si j'eusse beu premièrement

Ung bon talus de ces vins vieulx !

L'Auxoiz. Que dis-tu?

Symonet.

Par mon sacrement,

Ils en l'eussent bridez trop mieulx,

Symonnet va quérir trois chevaulx.

Le Fol.

Quant la goûte me tient aux yeulz,

Au soir, bien lard, devant la messe-,

Je vois boire en plus de vingt lieux

Atliu que la douleur me cesse.

23

Car pour certain une cingesse

M'a faict de merveilleux eshatz.

Ce lut quant je feiz une vesse

Entre les dents de Barrabas,

Puis vint TarrabaSj Tarrabas,

Maistre estourdi de Coqueluche,

Qui vouloit tuer une puce,

Plus grosse que la truye quy lille.

Elle demeure en ceste ville

Cheu Jehan de Lengres; en paincture

N'avez vous pas veu sa seincture

Et ses souliers au lignolet?

Je veis hier devant sa figure

Son enfant qui est pourcelet.

Symonet, clerc.

Venez monter quant il vous plet, Tout est si bien qu'il n'y fault rien.

Pierre, varlet.

Messeigneurs, sçavez-vous qu'il est, Venez monter quant il vous plet.

Le second Bourgeoys. Tu es ung gracieux varlet.

Pierre. Il souffit, vous m'en baillez bien.

Symonet.

Venez monter quant il vous plet.

Pierre. Tout est si bien qu'il n'y fault rien.

Dijonnoiz. Symonet est ung clerc de bien. 11 vous serl île bon appétit.

- 24

Symonet. C'esl pour inieulx valoir.

L'Auxoiz.

Vion çà, vieil , Tien moy ces! estryer uni; petit. Icy sont tous à cheval, tant de l'église que de la ville, il pourra de chascun couslé avoir encoir ang varlel sans parler. Le premier Bourgeoys. Or sus, chevaulehons.

Dijonnoiz.

C'est bien dit. L'Auxoiz. Alcz (levant, gentils bourgeoys.. Le second Bourgeoys. Je n'y metz point de contredit. Pierre, varlet. Nota de la boieille.

J'ai la boteille toutefois. Siloicc et pansa. Lors chevaulcheront uni) petit pas a pas et se tireront à part tandis que les dyables parleront. Lucifer. Dyables dampnés, saillez de vos destroiz, Ou deux ou trois, ou toute la caterve. Depuis que Dieu fut posé en la croix. Vous estes froiz, vous perdez nos surcrois Et nos beaux droiz. 0 nation sorlerve, Il n'est qui serve, il n'est plus qui observe Ou qui conçoive infernale franchise, Tout esl perdu par paillarde faintise.

0 l'aulce chiennaille, Dyables plains de honte,

•l'appelle, je raille,

Sy n'en tenez compte

25

Je veul que tout monte Hors de la fournaise, Aflin que je compte

Mon cruel mésaise.

Serez-vous tousiours endormis, Ordes, figures dyabolicquës?

Venez avant, faulx ennemis, Ouyr mes cris mélancolicques. Fièvres (k passions, colicques, Me serrent trop terriblement, Quant je voy ces bons catbolicques Qui vont à point de saulvement.

Lors saillent tous les dyables hors d'enfer el se nieclenl en ordonnance devant Lucifer.

Satham.

Je croy que de forcènement, Avez le front tout estonné, Quant si très diaboliquement Vostre gorge a brayt & tonné. Véez me cy tout abandonné De faire ce qu'il appartient. Prince d'enfer désordonné, Dyctes nous quel dyable vous tient?

Cerbérus.

Je ne sçay si tout est perdu, Mais vous faictes très laide chière. Pourquoy estes vous esperdu? Que j'en saiche ung peu la mainîère. Ne craindez qu'âme de sorcière, Si le granl dyable ne l'emporte, Pnist issir de notre chauldière, Car je sarre trop bien la porte.

- 26

AsTAUOTH.

Et je viens de tourner en rost

Charmeurs, anchanteurs & gevaiebes, Moy qui suis nommé Astaroth, Les étrangles à grosses estaiches. Leurs âmes doutantes & laiches Sont de moy si très bien tourchiées Qu'onques brebis, chièvres ou vaiches Ne furent ainsin escorchiés.

Léviatham .

Ne suis-je pas Léviatham, Vostre disciple sollennel ? Si croy qu'après maistre Sàtham N'en y a point de plus cruel. Je viens de remply un tonnel De souffre &. de plomb merveilleux Pour mectre en tonnent éternel Les gouffres avaricieux.

Belphégor.

Je suis le plus félon inique

Qui soit en toute la couvée,

Il n'est trahison tyrannique

Qu'en ma teste ne soit trouvée,

Ma forte force est esprouvée

Dès long temps en mainte besoingne,

Si ne doit estre réprouvée

Par devant vostre fière troingne.

Bélial.

Que dictes-vous de Bélial? Doit-il point estre mis en place? Je croy qu'il n'est plus deslé;il Entre le ciel & terre basse,

27

Je fais tousiours tenir la date Des mauldicts péchés anormaux, Je voys, je viens, je cours, je trace. Je fais plus de cent mille maulx.

Lucifer. Or, payx, dyables traites et laulx, C'est trop longuement quaqueter. Nos martirs & tormens ehaulx Fauldront par vostre lâcheté, Car je voys la chrétiennelé Croistre & augmenter pas à pas, Et mesmement en la cité De Lengres que je n'ayme pas. // parle à Satham.

Satham, tu entends bien le cas, Y sauroyes-tu riens empescher?

Satham. Je me congnois en tous estaz, Vous perdez temps de moy prescher

Lucifer. Les Lengrois ne font que sercher Pour mectre Évesque en leur église,

Satham. Il les fault faire tresbucher Au plus loing de leur entreprinse.

Lucifer. Pensez-y, je vous en advise, Et pour gaingner le fait total, Alez tempter par mainte guise Galle, pays occidental.

Cerbérus. Nous irons à mont oc à val Tout tempester oc tout gaster.

-28 AlSTAROTH.

Pour faire perpétrer maint mal. Nous irons à mont & à val.

Léviatham. Je feray pis que réalgal.

Belphégor. Je seray maistre de tempter.

Bélial. Nous alons à mont & à val Tout tempester & tout gaster.

Satham. Lucifer, il vous faut chanter Deux mots de malédiction.

Lucifer. Que la sanglante passion, Vent de bise, fouldre ex tempeste, Eslude à coruscacion, Vous puissent assommer la teste !

Satham. Or, alons que dyable n'aist leste Chascun preigne pays dyvers.

Bélial. Il n'y aura sainct ne prophète Que ne sente mes cops couverts.

Léviatham. Je veuljecter tout à revers.

Belphégor. Je veul tempter de fiction.

Cerrérus. Et moy à tort à à travers.

Astaroth. El iimiv de fornicacion. Lms s'en vont les dyables espars çà ci chascun en divers lieux.

29 El les ambassadeurs approuchenl Lyon ci dient

DlJONNOIZ.

Je voy la cité de Lyon,

La rivière & tout le pourpris.

L'Auxoiz. Je voy la situaeion, beaucoup de biens sont comprins.

Le premier Borgeoys. Vées l'Arcevesque de pris Assis en trône épiscopal.

Le second Borgeoys. sont nos varlets mal aprins?

Le premier Borgeoys. Voicy Pierre, le principal.

Le second Borgeoys. Vien avant, vien,fpran mon cheval.

DlJONNOIZ.

Symonet, pense de nos bestes. Ils descendent.

Symonet. Pensez qu'ils n'auront point de mal.

Pierre. Non, non.

L'Auxoiz. Quels fins varlets vous estes ! Lors s'en vont vers l'Arcevesque.

Pierre. Ils auront establesJionnestes Avant que meshuy je sommeille.

Symonet. Or, laisse aler ces grosses têtes Et buvons, je te le conseille.

30 -

PlERRE.

Je le veul bien.

Symonet.

Ça, la boteille? Pierre.

Tien la.

Symonet. Or, va de par Dieu, va. // pran la boteille et boit.

Pierre. Comment tu luy tire l'oreille !

Symonet. Tien, boy. // lui/ reliai lie.

Pierre. Cy, bois. Symonet.

Holà! holà! Le Fol. // parle de bien loingl.

Ha! sambieu! que ne suis-je là!

Le gibet me tient à ce boult,

Ces folastres buvront tout.

Que sanglant preu leur peust-il l'aire

Que j'eusse au moins pour mon salaire

liig petit glouppyon de vin?

Déa, je combatray le devin,

Mais il fault que vous le tenez.

Ho! bonet rouge, le nez,

Ce dit autan le basteleur*,

Et comment vous vous gouvernez.

Ho! bonet rouge, le nez,

Ghappeau vert, venez près, venez.

Et si amenez blainche flcn i «.

- 31 -

Ho! bonet rouge, le nez, Ce dit autan le basteleur, Affiii de reprandre couleur. Je m'en vois à ce hault pignon, Quoy faire? boire du meilleur, Mais que je trouve ung compaignon! Lors s'inclinent les ambassadeurs devant l'Arcevesque et le saluent.

Dijonnoiz. Celluy qui souffrit passion Pour humaine fragilité, Vous doint à perpétuité Jouyr de consolacion.

L'Arcevesque de Lyon. En céleste habitation Vous mecte par sa déité Celluy qui souffrit passion Pour humaine fragilité.

L'Auxoiz. Après toute occupacion De caduque mondanité, Dieu vous doint de félicité Large parti cipacion.

Le premier Borgeoys. Celluy qui souffrit passion Pour humaine fragilité, Vous doint à perpétuité Jouyr de consolacion.

L'Arcevesque. Laissons ceste inclinacion, Laissons ceste humble révérence, Car, certes, ma vocacion N'est pas de telle préférence.

- 32

DlJONNOIZ.

Vostre saige magnificence

Est bien digne de mienlx avoir.

L'Auxoiz. L'honneur delm à vostre excellence Passe mon petit sçavoir.

L'Arcevesque. Faictes moy entendre le voir Du cas de vostre intention, Et pourquoy vous me venez voir En si lointaine région.

DlJONNOIZ.

Monseigneur, soubz correction, Par moy vous sera récité. Nous venons en légation Pour Lengres, la bonne cité.

L'Arcevesque.

Après?

DlJONNOIZ.

La mort lui a osté Son prélat & consolateur, Et est le lieu desconforté, Comme sont brebis sans pasteur.

Mais pour porveoir, par bonne guise,

A ceste désolacion,

Ont tous messeigneurs de l'église

Assigné jour d'élection.

Si vous font supplication

Que par vostre bénévolence,

Yeullez la congrégation

Honorer de vostre présence.

33 -

L'Auxoiz. Il y a jour déterminé Pour eslire Evesque notable,

Dieu doint que tout le démené Soit à noz âmes proffitable! Mais l'élection honnorable Seroit trop plus plaisante à Dieu Si voslre personne amyable Daignoit venir jusqu'au dit lieu.

Vous conseillerez L'ecclésiasticque, Vous adresserez La chose publicque, L'homme maniticque Vient à chef de tout, En chose auctenticque Ron conseil vault moult.

Dijonnoiz .

Honnoré seigneur, Digne ùl vertueulx, Vous ferez honneur Au lieu plantureux. Ung sens gracieulx Nous est bien décent, Car en cas doubteux Ung homme en vault cent .

L'Arcevesque.

Quant à ceste affaire, Moy, je n'y puis rien.

L'Auxoiz.

Sans vous peult-on faire, Mais nompas si bien.

34

L'Argevësque.

Tout ce qui est myen Ne veul escondire.

DlJONNOIZ.

(Test vostre grant bien Qui le vous fait dire.

L'Arcevesque.

J'iray, quant vous vouldrez eslire, Voyr l'élection célébrer, Et si ne veul pas escondire De vostre Évesque consacrer. Je suis content d'y labourer Avant quatre jours & demy, Et s'en rien vous puis honnorer, Vous me trouverez bon amy.

Quand Lengres est de ma province L'une des plus nobles citez, Il seroit bon que je survinsse A toutes ses nécessitez. Item, je scay les volontez Des gens d'église & des bourgeoys, Pourtant, Messeigneurs, ne doublez Je vous serviray ceste foys.

Lengres est lustre lumineux, Louange, lyesse louable, Lieu limitté, laborieux, Longue latitude légale, Roche resplandissant, réale, Reigle, repoz, riche ressort, Redondant richesse régale, Ray rendant rayant reconfort.

35

Je scay bien que c'est ung lieu fort, Triumphant entre les humains, Ayant jadiz paix & accord Au noltle sénat des Romains. Quant César fit les failz haultnins Parmy les régions gallicques, ïousiours furent bons <k certiiins Les chevalereux Lingonicques.

Puis doncq qu'ung lieu si sumptucnh Me semont, requiert & incite D'ung vouloir franc &. curieulx, C'est raison que je le visite ; Car qui personne desconfite Peult remectre en convalescence. Je croy qu'il acquiert grant mérite Vers la divine Providence.

Mes amys, ayez confidence En Dieu qui toute chose ordonne, Et quant à moy je m'abandonne D'aller partout vous irez.

Dijonnoiz. l'ai et es le bref.

L'Arcevf.sque.

Quant vous vouldrez. Le premier Borgeoys. Très révérend père & seigneur, Puisque vous faictes cest honneur De promectre que vous viendrez, Faictes le bref.

L'Arcevesque.

Quand vous vouldrez.

36

Le second Borgeoys. Le terme <(ui est assigné Dedans huit jours sera fine, Pourtanl ce que vous en ferez, Faictes le bref.

L'Arcevesque.

Quant vous vouldrez.

DlJONNOIZ.

ipprestez vous.

L'Arcevesque. N'aiez soucy. L'Auxoiz. sont voz genz?

L'Arcevesque.

Hz sont tous « \ Le second Borgeoys. Appelez les.

L'Arcevesque. Tirez vous près.

Le premier Borgeoys Faictes le bref.

L'Arcevesque.

Quant vous voudrez. Icy appelle ses gens.

Maistre Jehan, venez çà, venez, Faictes appoincter ma monture, Puis une mulle m'amenez, Ou quelque hobin de nature.

Maistre Jehan, chappelain de l'Arcevesque de Lvoic. Monseigneur, j'y voys bonne alleure, Tuntost seront appareillez. Viens pà, viens, Robin, turelure, Tes chevaulx sont-ilz estrillez?

Robin, serviteur de l'Arcevesque. Mes chevaulx sont très bien lyez Et ont plus de foin que d'avesne.

Maistre Jehan. Il fault (jirilz soient desliez, Monseigneur veull qu'on les luv amesne Celiez, bridez.

Robin. Voycy grant peine. Me fault-il aller en voyage? Si j'eusse au moins la pance plaine Je feisse mieulx mon personnage.

Maistre Jehan. As-tu faiz, Robin?

Robin.

Voycy rage. Ces gens me feront forcener. Maistre Jehan. Amainne tost.

Robin. Suis-je son page! Je croy qu'il me veult gouverner. Lors mainne les chevaulx et d'ici Robin : Tenez.

Maistre Jehan. Te pourras-tu haster? Robin. Haster, sambredieu, je me tue.

Maistre Jehan. Monseigneur, vous plaist-il monter? Voicy la monture venue.

Le premier Bourgeoys. Tire ces chevaulx en la rue, Ho! maistre Pierre Perrenet.

38

DlJONNOlZ.

est mon homme?

PlERRE.

Il sue, il sue. L'Auxorz. Tire avant, tire, Symonet.

Symonet.

N'aurons-nous jamais point d'arrest?

Pierre. Pourrons-nous point avoir repoz?

Le second Buurgeoys. Çà, mon cheval!

Pierre. Il est tout prest. Symonet dit à Dijonnoiz. Montez.

Dijonnoiz. Voicy de bons suppoz.

Le premier Bjodrgeoys. Voicy de bons vuydeurs de poz.

L'Ai xoiz. Comme ilz servent, on les pairra.

Pierre. Toutesfoys à nostre propoz La vache Berthier s'en viendra. Ilz montent.

L'Arcevesqde. Qui est-ce qui nous conduyia?

Dijonnoiz. Nous sçavons le chemyn trustons

Le PREMIEfl Bourgeois I iraj le premier mii vouldra.

39

L'Arcevesque. Or allez, je me fie en vous. Lors s'en revont pas à pas el pais le Doyen d'ici : Le Doyen. Dieu, qui en croix morut pour nous, Veulle adresser nostre ambassade Et garder dessus & dessoubz D'avoir chose qui ne soit fade.

Le Trésorier. S'il y a personne malade, Jliésu Crist le veulle saulver, Et que tout sain sans estre fade Puisse ung chascun d'eulx retourner.

Tonxoirroiz. Affin c[ue puissions démener A bon chief nostre élection, Dieu dohit qu'ilz puissent ramener Le noble seigneur de Lyon.

Barroiz. Quant à moy mon oppinion Se est que tout présentement Nous mectons en dévoeion. Priant pour eulx dévotement.

Bassigny. Nompas pour ce!a seulement Convient grâce à Dieu demander, Mais aussy pour plus sainctement A l'élection procéder.

Le Chantre. Nous devons prier et orer La glorieuse Trinité, Affin (pie puissions labourer A pourvoir la noble Cité.

- 10

Il PREMIER GhANOISNI

Dieu exaulce par sa bonté Les dévoz humbles oc dobtis, Car il nous a dit : Petite l-.i tandem acçipietis.

Le second Chanoisne. Le Psalmiste, par -es escriptz, Nous a de beaulx consors donnez, Quant il dict que les cueurs contritz No sont point de Dieu contempnez.

Le Secrétaire. Si vérité vous maintenez El raison conduit voslre affaire, Vous debvez estre acertenez Qu'en rien vous ne povez meffaire

Le Doyen. Mais qu'il ne vous vucille desplaire, Moy qui liens le lieu cappital, ! ne oroison veul à Dieu faire Au nom du Chappitre total. Icij se mcct à genoulx et tout le Chappitre pareillement et }oindent leurs mains, puis die) le Doyen :

Le Doyen. <> rédempteur de tout le genre humain, Qui terre <-v ciel gouverne sonbz ta main, Par providence & régime ineffable, Et qui jadis au prophète haultain Vos inspirer maint proverbe certain Pour nous donner espoir doulz c\ affable. Tourne vers nous la face piléable, Regarde nous de ion cueur amyable, A relie lin que sans difficulté Puissions avoir ung Évesque notable.

M

Plaisant à toy, ;m monde prouffitable, Plain de vertus, de sens lv de bonté

0 Vierge qui avez pourté Celuy qui tout peult ravoyer, Suppliez à la Trinité Que grâce nous vueille envoyer. Le Secrétaire. Amen! Dieu le vueille ouctroyer!

La Vierge Marie. Pitié, la vertu très bénisgne Qui pénètre cueurs amoureulx, Me rends secourable à. encline De pryer pour les langoureulx. Si viens à toy, Roy glorieulx, Faire ma déprécacion, Afïïn que les cueurs douloureulx Reçoivent consolacion.

0 divine essence, Haulte intelligence, Digne sapience, Des bons la desserte, La large influence De ta providence, Car bénévolance, Soit icy ouverte.

Lengres, la cité désolée, Te requiert, en humilité, Qu'elle puist estre consolée Par ta doulce bénignité. Pourvoye à la nécessité, A son prouffîct, à toi) honneur, Et luy baille homme d'équité Pour Évesque & pour gouverneur.

l»n:i . Ma doulceur à mansuétude, Mil compassion & concorde, Resveillent ma consuétude Pour leur faire miséricorde Gomme vostre oroison recorde. Ils sont doulx, craintis 6c paoureulx, Pourtant, Mère, je vous accorde Ce «nie demandez [tour eulx.

J'accepte leur bonne oroison Et la vostre pareillement. Si me semble que c'est raison Que je leur donne allégement. Je les pourvoi/ présentement D'ung Évesque sans point damer. Didier aura nom proprement, Natif de Gennes sur la mer.

J'esliz souvent les plus petiz l'our vaincre la force mondaine, Je déprime les plus soubtilz, Les innocens vers moy j'ammainne, La très ponpeuse Magdelainne J'abaissay en plaintes & pleurs, Les pescheurs de pouvre dommainne Feiz apostres & grans seigneurs.

Didier est simple laboureur, Net de cueur à de conscience, Pourtant je veuil qu'il ait l'honneur De Lengres, cité d'excellence, El combien qu'il n'ai! pas science. Ne littérale instruction. Je luv donray sens & prudence Par divine inspiracion.

43

Gabriel, force archangélicque,

Mon vouloir exécuterez. Quant du clergé scientilicque La congrégation verrez. Premièrement escouterez Leur demande oc pétition, Et puis Didier leur nommerez l'ai saincte révélation.

Gabriel.

0 haulte domination, Incircumscripte Déité, J'appliqueray l'intention A faire vostre volenté.

Le Fol.

Voylà doulcement quaqueté. Dieu comme il y fait précieulx! Qui sont ces petiz roupieux Qui ont elles comme coulons'.' Sont-ce point ces blancs papillons Quy chemynent sur des eschasses ? Ils sont revestus de besasses De tel couleur qu'on fait les brayes Je vous dys paroles plus vrayes Que n'est le livre des quelongnes ; Croyez qu'il y a des besongnes Et des mots mistigorieux, Si très fort mistigorieux, Qu'on n'y entend la belle notte. l'ourlant si je porte marotte, Je ne suis pas sot assoit é. Toutesfoys qui a tangue cotte Il ru est plus souvaut crotté,

44 I, ij les ambassadeurs approchent Lengres ci In voijeni,

L'ARCEVESQUE DE LYON.

Je croj que je voy la cité

De Lengres qui est hault assise.

DlJONNOIZ.

Voylà le lieu d'antiquité,

Les tours, les portes <k l'église.

L'Arcevesque. L'édiflice est sur roche bise.

L'Auxoiz. Mont seroit fort à conquester.

Le premier Bourgeovs 11 n'a garde du vent de bise Tant sache rudement venter. îcy ceulx du Chappilre voyait venir les ambassadeurs cl puh d'ut le Doyen :

Le Doyen. .Ir croy que je voy aborders \<>z gens qui viennent de Lyon.

Le Trésorier. Aluns vers eulx sans plus tarder Leur rendre salulacion.

TONIS'OIRROIZ.

Il faull que nous humilion.

Bassigny. C'est bien dit, allons plus avant.

Barroiz. El fussions nous ung million, Si fault-il aller au devant. Lors s'approchent.

Le Chantre. Parlez comme le plus sçavant, \ oyla l'Arcevesque au mylieu.

45

Le Doyen.

0 très révérend père en Dieu, Jhésu Crist vous mecte en sa gloire !

Le Trésorier. Bien, puissiez venir en ce lieu! 0 très révérend père en Dieu.

L'Arcevesque. Messeigneurs, d'ung cuéur humble & preuj Je viens veoir vostre territoire.

TONNOIRROIZ. 0 très révérend père en Dieu, Jhésu Crist vous mecte en sa gloire!

Le Doyen. Sans parler de plus longue histoire, Monseigneur, vous plaist-il descendre".''

L'Arcevesque. Descendre fault, il est notoire. Ça, Robin, vien ce cheval prandre. // descend.

Le Trésorier. S'il vous plaist à nous condescendre, Au Chappitre vous conduyrons.

L'Arcevesque. Or y alons sans plus actendre Voir comment nous besongnerons. Lors les dianitez maintient V Arccvcsque en chappitre et les attitrés descendent, et dict

DlJONNOIZ.

Il convient que nous descendons.

L'Auxoiz. Ho! Symonet, pren ce trottier. Le premier Chanoisne. Messeigneurs, nous vous attendons Pour aller ensemble au mouslier.

il. - Le premier Bourgeois.

l'i.MTo!

Pierre, Holà!

hy les nul 1res descendent.

Le premier Bourgeots. Il fault logier Noz rhovaulx bien légièremenl.

Pierre. Tout à loisir.

Le second BouRgeoys. Légiër! légièr! Fault-il aler si pesamment. Le Secrétaire. Symonet, losgez proprement Tous les chevaulx de Monseigneur Et qu'ilz ne boyvent nullement Tant qu'ilz soyent hors de sueur.

Symonet. Beau sire, n'en ayez peur, Sçay-jé pas bien que j'ay à faire.

Le Secrétaire. Déaj'en parle pour nostre honneur.

Symonet. Adieu, monseigneur le notaire .Mais regardez quel secrétaire Qui se veult de mon fait mesler!

Le Secrétaire. Pourquoy non?

Symonet.

Bien, vous pouvez taire. Le Secrétaire. Aussi en puis-je bien parler.

- n

Le SECOND (llLVNOISNE. Messeigneurs, il est temps d'aller En chappitre voir nostre Fait.

DlJONNOIZ.

Avant qu'on nous vienne appeller,

Allons j .

L'Auxoiz.

Ce sera bien fait.

Lors s'en vont en Chappitre après les anltrcs.

Robin. Venez ça, Pierre & Symonet, Je vous festyay à Lyon.

Pierre. Et puis?

Robin. Je vous le dict tout net.

Symonet Dieux! mais pour quelle occasion?

Robin. Se tu fusses bon compaignon, Tu deusses avoir maintenant Beaulx pâtés, trippes &. roignon. Et de bon vin à l'advenant,

Symonet. Ha! je sçay. . .

Robin. Quoy? Symonet.

Ung vin triant. Robin. Mais de quel creu?

Symonet.

De Montsaujon.

48

[\OBlNi

De quel couleur?

Symonet.

Rouge lv rayant. Robin.

Bon.

Symonet. Bon & fut-il de Dijon?. . .

ROBIN.

Il convient que nous en taston.

Symonet. Je t'en donne ung pot tout entier.

ROBIN

(Test très bien dit. Or, nous hastons.

Symonet. Tantost mais qu'on soit au moustier.

L'Arcevesque de Lyon, assh en Chappitre, dut : Messeigneûrs quej'ayme & très chier, Ainsy comme je suis tenu, Vous m'avez envoyé sercher. Pourtant suis à Lengres venu. S'il y a rien, gros ou menu, En quoy je vous puisse servir, Déclairez moy le contenu Car ad ce me veul asservir.

Le Doyen. Monseigneur, sachez, sans mentir, Que depuis certain temps passé, Par mort qui tout fait départir, L'Évesque Juste est trespassé. ( ir, est ce Chappitre amassé Allin qu'élection se face. Dieu qui le monde compassé, V veulle pourvoir par sa grâce!

- 49

Si avons ceste audace priuse De vostre personne inviter, Supplyant qu'à ceste entreprinse Veullez seulement assister, Premièrement, pour nous donner Conseil, confort, direction; Secondement, pour ordonner L'estat de nostre élection.

L'Arcevesque. Vous avez bonne intencion, Corne je puis apparcevoir. Dieu veulle vostre affection Aggréablement recepvoir! Mais vous sçavez que pour porvoir A si notable dignité, Ung électeur ne doit avoir Amour ne favorablelé.

Qui esse qui ose aprocher

De si digne vocacion,

Quant Sainct Marc voull son doy trancher,

Affin qu'il n'eust prélacion?

Les hystoires font mencion

Qu'Ammonius fit par rigueur

De son oreille incision

Pour éviter si grant honneur.

Sainct Pol nous dict, en ses épistres maint mystère est révellé, Que nul ne doit appeler mittres, S'il n'est corne Aaron appelle ; Et combien qu'il ait récité Qu'on peult désirer prélature, Il n'entend pas l'auctorité, Mais le soing, la charge & la cure.

50

Si la chose est tant difRcille Pour laquelle nous labourons, Qui esse qui sera habille, Qui esse que nous eslirons? Je vous diray que nous ferons Pour abolir dubiété : En tout nous en rapporterons A la divine volonté.

En négoce dubitatif, On doit recourir franchement Vers le hault bien infinitif, C'est Dieu qui tit le firmament.

Le Trésorier. Vous en parlez tant prudamment, Qu'on ne pourroit mieulx ce me semble.

DlJONNOIZ.

Vous monstrez bien évidamment Qu'en vous toute vertu s'assemble.

L'Arcevesque Pourtant concludz que tous ensemble, Sans discorde ou division, Vers celluy soubz qui enfer tramble, Nous mettons en dévotion, Chascun face pétition Par humilité actuelle, Et ce pour invocation De la grâce spirituelle.

TONNOIRROIZ.

Vous nous baillez doctrine beHe, Benoist soit-il qui la croira!

Barrotz. Pour impétrer i;râce nouvelle, Vous mois baillez doctrine belle!

:>i

L'ÀRCEVESQl E.

Dieu par sa pitié sollennelie,

S'il luv plaît nous regarder;).

L'Auxoiz.

Vous nous baillez doctrine belle,

Benoist soil-il qui la croyra !

Bassigny.

Chascun son oroison fera.

Le Chantre.

Chascun crira à Dieu marcy.

Le premier Chanoisnk.

Qui esse qui commencera?

Le second Chanoisne.

Qui? Déa Monseigneur que voycy.

L'Arcevesque. Très bien!

Le Doyen.

11 se doit faire ainsy.

Demandons de Dieu les vertuz.

Et puis nous chanterons aussy

Veni, Creator Spiritus.

L'Arcevesque ue Lyon, à genoulx. 0 vray rédempteur d'Israël! 0 vray espoir de Mysaèl!

Jaèl Print sa force & son asseurance ; Qui enlumynas Danyel, David, Moyse, Ezéchyel,

Samuel, Et plusieurs de ton accointante ;

Nous avons en toy espérance, Pourtant requérons ta puissance,

Par instance, (> vray rédempteur d'Israël!

i ;i\ nous <i unii prélat démonlrance, Qui face y, par bonne ordonnance.

Ta plaisanee, 0 \ia\ espoir <le Mysaël !

Le Doyen, à genonlx. 0 souverain triumphateur, De toute gloire infinité, Donne nous ung saige pasteur Oui soit prudent dispensateur Des fruitz d'ieelle dignité, Ou qui gouverne la Cité, Par police & bonne conduicte, Selon seigneur madgnye duytte. Le Trésorier, àqenanlx. Mon Dieu! j'eslève à toy les yeulx Par doulce contemplation, Requérant que de tes sainclz cieulx, Veulle pourvoir de bien en mieulx Nostre estât & vocation. Exaulse mon oracion, Non obstant que suis délinqueur; Bon vouloir procède du cueur. Dijonnoiz, à (fcnonlx. 0 paternelle Déyté, Qui tout peulx & sçayz ordonner, Lengres, ayant perplexité Et vivant en viduité, Ne veulle pas habandonner, Mais te plaise jiMsteur donner Oui la puist garder de meschief; Membres ne vaillent riens sans cbief.

TONNOIRROIZ, à getioxilx. Impérateur très glorieulx, Plus cler que saphiz ne rubiz,

Donne nous prélat curieulx

D'envahyr les loups Curieulx

Qui sont plus durs que mabre biz.

Regarde en pitié tes brebiz,

Et leur envoyé ung deflètiscur; Troupeau sans berger n'est pas seur.

Bakroiz, à genoulx 0 déificque Celsitude, Régnant au hault ciel stellifère, Par ta saincte béatitude, Pour guérir nostre amaritnde, Prélat propice nous confère. Plus ne tarde, plus ne diffère, Mon Dieu, mon père omnipotent; Car trop ennuyé qui atant.

L'Auxoiz, à genoulx. Divinité inmarcessibie, Trésor de toute sapience, Relucence incompréhensible, Donne à ma voix, s'il est possible, Par devant toi clère audience ; Ne permectz que ma conscience, Mon exauldicion empesche ; Il n'est si juste qui ne pèche.

Bassigny, à genoulx. 0 Jhésu Crist, pierre angulaire la foy print fondacidn, Qui le monde triangulaire Racheptas de perdicion, Ueçoy la déprécacion Que je te présente & recorde, Et nous donne provision Par ta saincte miséricorde.

04

Le Chantre, à genoulx Nonobstant que je soye indigne De In saincte grâce implorer, Roy îles Roys, Puissance divine, Je te viens prier <k orer, Affin que tousiours demeurer En paix, en amour, en concorde, l'ny que puissions bien labourer Par ta saincte miséricorde.

Le Premier Chanoisne, à genoulx

0 Puys de grâce melliflue,* Sur tous décorant à foyson, Je t'appelle, je te salue, Nompas si bien que de raison, Regarde en pitié ta maison Qui à Ion service s'accorde, Et pran en grey notre oroison Par ta saincte miséricorde.

Le second Chanoisne, à genoulx. Devant toy nie meetz à genoulx, Mon Dieu, mon Roy, mon Souvenu, l 'riant que puissions entre nous Ceste élection parfournir; l'a\ ung bon Évesque venir. Qui vive à Lengres sans discorde, El le nous veulle maintenir Par la saincte miséricorde.

L'ÀRCEVESQUE.

Haultain plasmateur, Digne créateur,

Par qui toute erreur S'anicbille el l'ont.

Reçoj ta clameur, Entend la rumeur,

Que du bon du eueui

Tes serviteurs font. Lors se lèvent.

Puis qu'avons fait noz oroisons, Il t'ault qu'aultre chose faisons, Ça, chantez, Domine cantor.

Le Chantre. Que voulez-vous que nous disons?

L'Arcevesque. Affin que tout bien perfaçons, Gommancez : Veni, Creator.

Lors le Chantre commence Peni, Creator et tous se mec- lent à genonlx, puis Gabriel se trouve au lieu et dict :

Gabriel.

Clergé bon oc eatholicque, Dévot peuple ecclésiasticque, Servant Dieu, le souverain Roy, Entend la voix archangélicque Que Dieu, de son trosne auctenticque, Te mande à cesle heure par moy.

Ung Évoque je te révèle

Qui par droit nom Didier s'apelle,

A Gennes fait sa résidence.

Combien qu'à la cherrue belle

Face labour continuelle,

Dieu veult qu'il ait la préférence.

Onques n'estudia science,

Mais Dieu luy donna sapience

Assez pour le peuple informer.

Il plaist à la divine essence

56

Que bref, à toute diligence, Soit quis à Gennes sur la mer.

Lors s'en rêva subbit après qu'il a parti'.

Admirations soient faicles.

Le Doyen. Qu'esse là?

L'Arcevesque. Voix qui est damer.

Le Trésorier. Quelle \<>i\ ?

L'Arcevesque. D'exaudicion.

DlJONNOJZ.

Le son est doulx.

L'ARCEVESQUE.

Pas n'est amer

TONNOIRROIZ.

Que faicl-elle?

L'Arcevesque. Révélacion.

Le Doyen. Connue quoy?

L'Arcevesque.

Démonstration. . .

Le Trésorier.

h'iing bon prélat. . . .

L'Arcevesque.

Bon & entier. DlJONNOIZ.

Quel homme?

L'Arcevesque. De dévocion

Di ToNNOlHKOIZ.

Son nom'?

L'Arcevesque. Il s'appelle Didier. Le Doyen. Bien te debvons regracier, 0 souveraine majesté.

Barroys. Pour tes haulx dons remarcier, Bien te debvons regracier.

L'Auxoys. Trop ne pouvons magnifier Ta puissance &. bénignité.

Bassigny. Qui en toy ne se veult fyer, Il erre contre vérité.

Le Chantre. Bien te debvons regracier, 0 souveraine majesté.

Le Doyen. 0 vray Dieu, comme ta bonté Est gracieuse & pitoyable! Nous estions en perplexité D'avoir ung Evesque louable, Mais ta doulceur inestimable, Ta clémence, ta charité, A transmis ung ange amyable, Pour oster la difficulté.

L'Arcevesque. Seigneurs, vous avez escoutté La révélation divine. Si fault aller vers la cité De Germes, prèz de la marine,

- 58 -

Quérir la personne bénigne Oui doit estre vostre pasteur.

Barroys. Quant est de moy, je détermine D'y aller.

Bassigny. Et moy de bon cueur.

Le Doyen. Vous estes deux hommes d'honneur, Pourtant, je vous donne ma voix.

Barroiz. 11 nous l'ault aussy deux bourgeoys, Pour mieulx Testât entretenir. Mais il convient d'aller ainçoys Sçavoir s'il leur plait de venir.

Le Secrétaire. Puisque j'entends vostre désir, Tantost les voys faire monter.

Bassigny. Suz, Symonet, prans le loysir De bien noz chevaulx aprester.

Symonet. J'y voys donc.

BARROIZ

Tu n'as (jue tarder, Il faut partir légièrement. Symonet. N'en parlez plus, je voys brider, Vous monterez présentement.

Le Secrétaire. Seigneurs, vous sçavez bien cornent Dieu nous a prélat révélé, Qui es! de Gennes proprement, El par nom Didier appelle.

.)'.»

Si ont en uhappitre parlé De sercher & d'y besongner,

Pourtant ne soit de vous celé, Si les voulez accompaigner.

Le tiers Bourueov.-. Puisque Dieu l'a volu noncer Par ung ange plaisant i.v doulx, Très bien nous voulons avancer De le quérir avec vous.

Le Secrétaire. Mais qui viendra?

Le quart Bourgeoys.

Deux d'entre nous. Voyre lesquels que vous vouldrez.

Le premier Bourgeoys. Vous estes le plus fort de tous, Si conclud moy que vous irez.

Le tiers Bourgeoys. Et pour compaignqn vous m'aurez, Je ne quiers qu'aller à l'estrade.

Le quart Bourgeois. Pierre !

Pierre, varlet Sire ?

Le quart Borgeoys. Tire toy près. Ou tu auras la bastonnade.

Pierre. Que vous plaist-il?

Le tiers Borgeoys.

Une ambassade Nous faisons vers les Genevovs.

60

Donc pour tout refrain de balade Amainne noz chevaulx.

Pierre.

.l'v voys. Icy va quérir les chevaulx el Hz monlenl.

Le second Bourgeoys. Or, mes amys, pour ceste foys Nous ferez le pèlerinage, Mais faictes honneur aux bourgeoys.

Le quart Bourgeoys. Nous y ferons beau vasselage.

Symonet amainne les chevaulx cl dicl :

Symonf.t. Moulez, vous avez l'avantage, Car je tien l'estrier d'ung costé.

ToNNOIRROIZ.

Il vous l'ault aussy un message.

Le Messagier. Voy me cy tout apresté.

O) monlenl.

Bassigny.

(là, mes bourgeoys. . . .

Le tiers Bourgeoys.

Je suis monté.

Barroiz. Tirez avant.

Le tiers Bourgeoys. Veescy de quoy. .

Le quart Bourgeoys Déa, rien ne demeure par moy, Je -ni*- désià imii ;'i cheval

Cl

Bassigny.

Or çà, nous sommes en arrov, Chevauchons à mont & à val.

Le Doyen.

Pour tout vostre cas principal, Amenez Didier en ce lieu.

Barroiz. Très bien.

Le Trésorier.

Or, Dieu vous gard de mal!

Bassigny. A Dieu soyez!

Le Doyen.

Allez, adieu!

Le Foi..

Ces gens icy, par la mort Dieu ! Ne font que culeter la celle. Je croy qu'ils s'en vont à Pontieu, Non font, ils vont à la Rochelle. N'ai-je pas bien sotte cervelle, De demeurer tousiours aux trippes? Je n'ay plus de vin que deux pipes. Par le sacrement de la messe, Ho! monter fault sur mon ànesse, Puisque je n'ay aultre monture. Fy! fy! elle a fait une vesse, Ou il a icy quelque ordure. H monte sur Vamc et va après.

Or çà, picquons à l'aventure Tousiours au long de ceste treille, Car, soit par force ou par injure, Je veul conquester. la bouteille.

tri -

Adieu ! adieu! robbe vermeille. Je voj tout droit à Aigue-Morle. Mais tout le gosier me tateille Pour le vin que cesluy-là porte.

Lucifer.

Hompez cahoz, infernale cohorte, Saillez dehors, wuydez de la tanière, Axrochez vous par fenestre oc par porte, Venez bientost sans ordre & sans manière, Monstrez ici figure paultonnière, Corps boursouflle, espouvantaible visaige. Mauldit Satham, qui porte la bannière, Me laras-tu morir de maie raige!

Satham.

0 Roy régnant en lieu umbragé. Prince de ténébrosité, Se vous avez rien en courage, Qu'il soit tanlost manifesté. Nous avons treslous infesté Pays, royaulmes, régions, Tant que chascun est moleste Par noz fines temp tarions.

Astaroth.

J'ay semé des divisions

De père à filz, de filz à père,

De nations à nations,

Tanl que c'esl ung grant vitupère.

Léviatham.

J'ay entre compère k commère Embrasé feu de volupté, Dont il sordra tel impropère, Qu'enfer y gainnera planté.

63

BeLPHÉGOR;

J'ay en tant de pays esté, Sans sens, sans raison & sans rynie, J'ay tant soufflé <k tant tempté, Que je ne sçay dire le disme.

Bélial. Et quant à moy, je vous intime, Que par mon pourchaz seulement, La fornaise de nostre abysme Reeepvra des gens largement.

Gerbéuus J'ay gardé enfer seurement La porte, les clefz, les utvlz, Affin qu'aucung empesebement Ne veinst sur noz apatiz.

Lucifer. Vous comptez à voz appetiz, Chascun crie qu'il l'a fait belle ; Mais de Lengres, cuins partiz, N'en direz vous aultre nouvelle?

Satham. Nous n'avons pouvoir ni cauthelle De leur faire turbacion, Car la Déité paternelle Les tient en sa protection. Quant vint à leur élection Pour faire ung Évesque en leur terre, Hz eurent révélation D'ung Didier qu'ilz sont allez querre.

Lucifer. Filz de putains! Allez grant erre Empescher leurs dicts & leurs faite,

Ci

Ou je \<>us mauraj si graol guerre, Que vous vouldriez estre deffaitz. quelz gens j'ay!

Sathâh.

Lai/ & mauvays.

Lucifer. Quelz applicquans?

Satham.

Fiers 6; orribles.

Lucifer ! Quels menestriers?

Satham.

Ors & pugnaiz.

Lucifer. Quelz ennemys?

Satham.

Très confusibles.

Lucifer Trouvez tours fins à impossibles, Alez subtilitez sercher, Songes, fictions déceptibles, Pour ceulx de Lengres empescher.

Satham. Nous irons férir oc toucher, Si bien que le dyable y courra.

Astaroth. S'on me debvoi! vif escorcher, S'iray-je voyr qu'on y fera.

Léviatham. Qui esse qui nous concluyra?

Lucifer.

S;ithniii

Satham. Quant à moy, je le veul.

65 Belphégor. Qui esse qui commandera?

Béliai. Qui esse qui nous conduyra?

Satham. Je feray tout ce qu'on vouldra Puisqu'il plait au prince d'orgueil.

Cerbérus. Qui esse qui nous conduyra?

Lucifer. Satham.

Satham. Quant à moy, je le veul. Et si veul qu'on me crève l'eul Si je n'empesche par chemyn Lengroys qui, pour nous faire deul, S'en vont hroullant le parchemyn. 0 se j'entre en mon avertin Contre la Cité lingonicque, Je luy meneray tel hutin Que dyables en feront la nicque.

Lucifer. Comment?

Satham. J'ay ung peuple gothicque, Alanicque, Wandalicque, Terrible, cruel, rigoreulx. J'ay une nacion inicque, Paganicque, Tirannicque, Que je feray venir contre eulx.

66

Lucifer.

C'est très bien dict : Soignez soigneux Qu'en (tcv nous ne perdons rien.

Astaroth.

Nous y allons tous, deux à deux, Et pensez qu'en chevirons bien.

Léviatham. Il n'y a se grant terrien Que je ne mette en désarroy.

Belphégor. Tu feras ung estron de chien, J'y feray cent foys pis que toy.

Cerbérus. J'en osteray hors de la foy Avant qu'il soit jamais mardi.

Bélial. Qui ne tramblera devant moy, II fauldra qu'il soit bien hardi.

Lucifer. Or, faictes ce que je vous dy.

Astarotii. Obéyssons à Lucifer.

Satham. Allons m'en tous à l'estourdy Faire plus fort que feu d'enfer.

Le Charriujer, compaignon de, Didier, est en ung champ auprèz de la cherrue el parle à Didier.

Le Charruyer. Ung chascun debvroit honnorer Geulx qui bien sçavent labourer La terre qui porte semence.

- 07

Didier.

Laboureur se doit colenter De son estât, sans appeter Honneur mondain on excellence.

Le Charruyer.

Qui esse qui baille Bief, vin & vitaile, Vivres &. mangeaille, N'esse pas labeur9

Didier.

Soit froment ou paille, Soit denier on maille, Riens n'avons qui vaille, Sans le Créateur.

Le Charruyer.

Labeur norrit les régions, Labeur soustient les nacions, Labeur doit-on magnifyer.

Didier.

Mais Dieu, en qui nous nous fyons, Car il conduyt noz actions Et fait le grain fructifyer.

Le Charruyer.

Qui ne semeroit Ou moissonneroit, La faim nous feroit Morir en martire.

Didier.

Qui ne maintiendroit Labeur en son droit, Grand mal en viendrait.

68 Le Charruyer. Ha! grant mercy, Sire, N'ay-je pas tousiours oy dire Que labeur noblesse maintient.

Didier. Soit en royaulme on en empire, Labeur tous les estaz soustient.

Le Charruyer, Par labourer ricbe on devient.

Didier. Labeur n'est pas cliose meschante.

Le Charruyer. Chascun en vit.

Didier. Mais tout en vient.

Le Charruyer. Vive labeur !

Didier. Vive qui plante! Le Charruyer. Visse pas chose bien plaisante Que désire aux champs avec ses beufz, On crye, on huyt, on rit, on chante, El puis on repose entre deux.

Didier. Il est tout vray.

Le Charruyer.

Pourtant, je veulx Noz beufz esteller à sarrer, Affin cpie ce champ espïneux Puissions cultiver & arer.

69

Didier.

À Dieu debvons recommander Noz euvres et tout nostre affaire, Aultremenl ne peut amander Quelque labeur que puissions faire. Louons sa doulceur débonnaire Qui donne des biens multitude, Car rien ne luy peult tant desplaire Que le vice d'ingratitude.

Le Charruyer.

Troux ! J'ai l'entendement trop rude De penser à si profond sens, Quant à moy, voyez mon estude, Prenez de là.

Didier.

Je m'y consens. Mais qui chassera?

Le Charruyer.

J'y entends. Lors Didier prenl les deux manches de la cherruc et son eompaignon chasse.

Or, cheu! Rogueul & Florentin, Se de tirer n'estes conlens Je vous donray ung grant talin. Cheu! Se j'eusse heu de bon vin, Le cryer ne ne grevas! rien. Cheu! Cheu!

Didier.

Je te pry de cueur fin Que lu chantes.

Le Charruyer.

Je le veul bien.

,<l

/( ii chante.

Or cheu, de pardieu, cheu, Fromentin & Rogeul, El Grivel, ce bon beuf.

Esse bien diel ?

Didier.

Encoir ung peu. Nostre labeur très bien s'avoye. Lk Charruyer.

Cheu, Rogeul! Se j'eusse repeu,

Je chantasse à trop plus grant joye.

Chançon.

Allez toute la voye, Que larrons ne vous voye, Vous enmaineroient à Troye, Et de Troye à Châlons Changer à bons Lyons.

Didier. Dieu sceit cornent nous en allons !

Le Charruyer. Tout est reversé de ce coultre.

Didier. Nous faisons ce que nous voulons.

Le Charruyer. C'esl vray. Cheu, larron, cheu tout oultreJ

Didier. Se lu scez plus rien, si le monstre.

Le Charruyer. Comme quoj ?

Didier. Deux motz de chant on,

- 71

Le Charrutek chôme.

Chançon.

De traire vous semon, De traire vous semon, Et d'aller au chavon Teure bonnot faillon.

Ces beufz icy n'yront point, non, Qu'on leur puist escorchier la pel. Ha! se nous eussions Charbonnel, Escurieul, Sergent, Cheneillot, Grivel, Brevel, Flory, Bizot, Les beaux beufz que soûlions avoir, Hz feroienl meilleur debvoir Que ne fait ce gros Fromentin. Au fort, il est assez matin, n'est besoing que nous baston

Didier. Tu dis bien.

Le Charruyeh.

Laissons ce butin.

Didier. Reposons-nous.

Le Chaiîruyer.

Mais banquetons. Lors se reposent et le Charruyer bura et mangera.

Barroiz longtemps ebevauebé avons Aux cbemps, sur l'berbe qui est belle. Et toutesfoys nous ne trouvons Du bon Didier quelque nouvelle.

Bassigny. Homme ne voy qui nous révelle De sa personne aucune chose.

I.K TIERS BOURGEOYS.

Mal fournirons nostre querelle Si Dieu aultremenl n'en dispose.

Le quart Borgboys.

Quant est de moyje présuppose Qu'en fin nous sera révélé.

Bassigny.

lion seroit d'icy taire pose Pour prier Dieu.

Barroiz.

(l'est bien parlé. Oroison.

Adresse mms, ù saincte Trinité, Par ta pitié, par ta grâce ineffable, Enseigne nous Didier doulx & affable, Pour gouverner ton peuple <k la Cité.

Bassigny. Nous avons maint pays visité Sans en oyr nouvelle proffitable, Adresse nous, ô saincte Trinité, Par ta pitié, par ta grâce ineffable.

Le tiers Bourgeoys. Puisqu'il a pieu à ta bénignité Le dénommer pour Évesque notable, l'ay nous bref voyr sa personne amyable, Nous t'en prions en toute buinililé.

Le quart Bourgeois.

adresse nous, ô saincte Trinité, Par la pitié, ) ar la grâce ineffable,

Enseigne nous Didier doulx & affable, Pour gouverner i<m peuple & la Cité.

73 -

Barroys. Maria, mater gracie, Du Filz de Dieu récUnatoire, Maler miser irordie, Très précieux repositoire, Coram divina facie, Impètre nous bon auditoire, Ul pro Lingonis hodie, Noslre oroison soit méritoire.

Maria. Dieu éternel régnant en gloire, Sans commancement et sans (in, Je reviens à ton consistoire, D'un cueur humble, dévot & fin. Ton chier amy, ton ehier affin, Didier est beaucop serché, Mon Dieu, fay qu'on le trouve aflin Qu'il puist gouverner l'Evesché.

On va partout voir, On le fait quérir, On fait bon debvoir De toy requérir, Chascun a désir De le voir en face. Par ton saincl plaisir Permect qu'il se face.

Deus. Bien est décent que je perlasse L'œuvre que j'ay fait entamer, Arrousant du trésor de grâce Tous ceulx qui me veullen! ayiïier. Pourtant vers Gennes sur la mer, Didier sera trouvé briefment,

74 -

Pour la vérité confirmer

De l'angélicque commandement.

El pour ce que d'umble couraige

Refusera la dignité,

Disant qu'il n'est ne clerc, ne saige,

Pour gouverner telle cité.

Je luy feray la volonté

Muer par fail miraculeux.

Kl sera tout réconforté,

Voyanl les signes merveilleux.

Michael, archange amyable,

Qui les cueurs sçavez introduyre,

Comme léal & serviable,

Vous yrez ceste œuvre conduyre,

El ferez miracles produyre

Par mon nom invisible & fort,

Affin que Didier aille duyre

Tous ceulx de Lengres à bon port.

MlCUAEL.

() vraj secours & réconfort De ceulx que péchié fait douloir, Je vois faire tout mon effort D'accomplir vostre sainct vouloir.

Didier.

Déa, il ne fault pas tousiours soir El estre oyseulx sans labourer, Pourtant en attendant le soir Encoir ung peu nous fault arer. Oyseuse fait moût à blasmer Et si navre la eonscience, Mais 'm ne sçauroif extimer Le bien que c est de diligence

- 75

Le Charruyer. Diligence"? Quant bien j'y pense, 11 est fol qui d'euvrer se tue.

Didier. Mais est fol qui n'a patience, Quelque chose qu'on en argue.

Le Charruyer. Je tiendray donc la eherrue, Car j'ay intencion de faire Une roye aussi loing qu'on rue.

Didier. Je chasseray pour vous complaire. Lors commenceront à labourer. Barroiz. Pour demander de nostre affaire, Quant à moy, je conseilleroye De nous approcher &. retraire Vers ceulx qui font ceste roye.

Bassigny. Alons m'en vers eulx droicte voye.

Le tiers Bourgeoys. Alons, rien ne nous peult grever, Au moins enquerrons-nous la voye nous puissions Didier trouver.

Le Charruyer. Didier, faicles ces beufz tirer.

Barroiz. Escoutez! Qu'esse qu'il appelle?

Le Charruyer. Ce champ est fort à labourer, Didier, faictes ces beufz tirer.

Bassigny. 11 l'ait bon en Dieu espérer

76

Le quart Bourgeoys. Pourquoy?

Bassigky.

Vecv lionne nouvelle.

Le Charruyer. Didier, faictes ces beufz tirer.

Le tiers Bourgeoys. Escoutez! Qu'esse qu'il appelle?

Le quart Bourgeoys. Par la digne Vierge pucelle, Je croy qu'il a nommé Didier.

Bassigny. Déclairons leur nostre querelle, Sçavoir s'ils nous pourront aider.

Barroiz. Dieu vous gard', mon amy très chier!

Le Charruryer. Monseigneur, Dieu vous doint santé!

Didier. Seigneur, que venez vous sercher?

Bassigny. Dieu vous gard', mon amy très chier! Quoyque qous voyez aproucher, Ce n'esl que pour toute bonté.

Le tiers Borgeoys. Dieu vous gard', mon amy très chier!

Didier. Monseigneur, Dieu vous doint santé!

Barroys Lequel esse qui a parlé Quanl nous estions vers ce pignon ?

Le Charruyer. C'est moy.

Bassigny.

Qu'avez vous appelé?

Le Charruyer. Qui, déa! Didier, mon compagnon.

Barroiz Didier?

Le Charruyer. Didier.

Bassigny.

Esse son nom? Didier. Ouy, c'est mon nom.

Barroiz.

Pour certain? Didier. Je n"en ay point d'aultre.

Bassigny.

Non ?

Didier.

Non.

Barroiz. Loué soit le Dieu souverain!

Bassigny. Dictes, s'il vous plaist, tout à plain, vous preistes nativité?

Didier. Pourquoy?

Bassigny.

Pour mistère haultain.

Didier.

Je suis de Gennes, la cité.

Hic desccndnn t

78

Barroiz;. Notez icj la vérité De l'ange remply de douleeur, Car par luy nous fut récité Didier, de Gcnnes laboureur.

Le tiers Bourgeoys. Loué soit le doulx Rédempteur, Qui souffrit au mont de Calvaire!

Bassigny. Loué soil le doulx Créateur, Quant ses merveilles nous déclaire !

Le quart Bourgeoys. Lengres, tu dois grant joye faire El louer Dieu dévotement.

Didier. Mais qu'il ne vous vuelle desplaire, Dictes nous pourquoy ne comment ?

Barroiz. Vous le scaurez.

Didier. Quant'?

Barroiz.

Prestement.

Didier. Aultre chose je ne désire.

Le tiers Bourgeoys. Déclairez luy tout plainnement.

Barroiz. Luy direz-vous?

Bassigny.

Mais vous, beau Sire

79

Barroiz, Dieu qui triumphe en hault empire, Des désolés Consolateur, Par miracle nous a fait dire Que vous serez noslre Pasteur.

Didier. Quel Pasteur?

Bassigny.

Évesque & Seigneur De Lengres, cité noble à voir.

Didier. Certes, vous n'avez point d'honneur De moy farcer.

Le tiers Bourgeoys. Il dit tout voir.

Barroiz. L'Ange nous a fait asçavoir Que vous aviez la prélature.

Didier. Comment? Je n'ay quelque sçavoir De science ne d'escripture.

Bassigny. Jhésu Crist, qui tout bien procure Vous donra bonne instruction.

Didier. N'en parlez plus, car je n'ay cure D'ouyr ceste dérision.

Barroiz.

Nous heusmes révélacion De la divine providence, Comment, par inspiration, Vous cosnoistriez tonte science.

. 80

Didier. Je n'en voj aucune apparance.

Bassigny. S] a Dieu promis qu'il se face.

Didier. Je cuide par ma conscience Que vous raillez.

Barroiz.

Sauf vostre grâce.

Didier. lia! venez-vous en ceste place Pour vus mocquer ainsi de moy!

Barroiz. Jamais je ne voye Dieu en lace S'il n'est tout vray!

DlDIElî.

Pas ne vous croy.

Bassigny. Didier, je vous jure ma foy Que vous nous estes ordonné, El pour saincl Evesque nommé Par révélacion divine.

Didier. Moy?

Bassigny.

Voire.

Didier. Je n'en suis pas digne.

Barroiz. Nous fûmes vers vous envoyez, Si convient que Prélal soyez

Si

Pour donner au peuple doctrine.

Didier. Moy?

Barroiz. Voire.

Didier. Je n'en suis pas digne. Bassigny.

Il plait à Dieu que vous venez Et que son peuple gouvernez, Donnant aux âmes médecine.

Didier.

Moy?

Voire.

Bassigny.

Didier. Je n'en suis pas digne. Barroiz. Je vous requiers, par amour fine, Que la dignité veuillez prandre.

Didier. Si je n'apperçoy aullre signe, Vous estes bien fols d'y contandre. Pensez-vous que je puisse entendre Qu'un bovier qui n'a rien du sien Et qui oncques ne sceut apprendre, Peult devenir à si hault bien ?

Bassigny. Ouy, certes.

Didier. Je n'en croy rien. .Ne mon cueur n'v consentira

82

i .mi que l'esguillon que je lieii Ton! soudainement florira. bon se treuve l'Ange au lieu ci louche l'esguillon qui subit produict feuilles et /leurs, Barroiz. Vecy merveilles !

Bassigny. Qu'esse la? Didier. C'est mon esguillon qui llorit.

Le TIERS BOURGEOYS. \l)(|ll('l llOlllt ?

Barroiz. Deçà & delà. Le tiers Bourgeoys. Vescy merveilles !

Le quart Bourgeoys. Qu'esse là? Bassigny. Oncques mieulx couleurs ne mesla Nature qui les fleurs nourrit.

Le quart Bourgeoys. Vecy merveilles!

Le tiers Bourgeoys. Qu'esse ? Didier. C'est mon esguillon qui llorit. Le tiers Bourgeoys. Qui florit?

Barroiz. Tout vert. Le tiers Bourgeoys. Quant ? Bassigny.

Subit.

- 8.'} -

Le quart Bourgeoys. (annulent ?

Barroiz. Par miracle évidant, Affin qu'il change son habit Et soit prélat saige & prudent.

Le quart Bourgeoys. C'est vray.

Bassigny. Il dit premièrement Que la dignité refusoit Si, tantost & souldainement, Son esguillon ne florissoit. Mais Dieu, qui les pécheurs reçoit, Luy donne rainceaulx sumptueulx, Tellement que chascun perçoit Le fait digne &. miraculeulx.

Barroiz. Dieu éternel & glorieux, Impétrateur victorieux ,

Délicieux

Et précieux, Bien te debvons louange rendre, Quant, pour tes servanz gracieux, Tu monstres effects vertueux,

Si curieux

Et merveilleux, Qu'ilz ne les sçauroit comprandre.

Bassigny.

Didier, or povez bien entendre Qu'il plait au benoît Créateur Que vous venez, sans plus attendre, Vers Lengres pour estre Pasteur.

8i

Didier. Ces (leurs icy me l'ont tout seur De la divine volenté, El pourtant, en toute doukeur, .l'ir.iN à Lengres, la cité.

Barroiz. Louée en soit la Trinité! Nous avons fait ung l>on voyaige.

LE TIERS BotJRGEOYS.

Dieu nous conduyt.

Le quart Bourgeois.

C'est vérité. Didier. Louée en soit la Trinité!

Bassigny.

Noblement avons prouflité.

Barroiz. Oncques ne fut meilleur messaige.

Bassigny. Louée en soit la Trinité! Nous avons fait ung bon voyaige -

Barroiz. Devestez ce meschant bagaige, Si vestirez ceste veslure Qui inieiilx affiert à personnaige Digne de tenir prélature.

Didier. Me fault-il changer ma nature?

Bassigny. Guy déa, vous la changerez. Lors hosle les habis de laboureur et vesl longue robe et chapperon.

85 El se vecy gente monture Sur laquelle vous monterez.

Le Charuuyer. esse que vous enmenrez Mon léal compagnon Didier?

Barroiz. Mon amy, plus ne le verrez.

Le Charruyek. .le le cuyde.

Barroiz.

Tout sans cuyder.

Le Charruyer. Hélas! me voulez-vous laisser Didier, mon amy?

Didier. Il le l'ault. Le Charruyer. Pourquoy ?

Didier. Dieu me veult avancer, Et loger en estât plus hault.

Le Charruyer. Or, voy-je bien qu'il ne vous chault Ne de labourer, ne d'arer, Mais me laissez icy au chault, Tout seulel pour moy esgarer.

Didier. Il n'est nul qui puist rebeller Contre Dieu, le souverain Roy; \il s'il nous fait désasambler C'est pour le mieulx, comme je croy.

- 80

Mes beufz, mon Irain cv. mon charroy, Je vous laisse pour souvenance. Labourez à la bonne foy, Vous aurez biens en habundance.

Le Ghareuyer. Perdrai-je doue vostre présence?

Didier. 11 faull que je parte de vous. Le Charruyer. Hélas!

DiDIER.

Prenez patience! Le Charruyer.

Adieu'

DlDIEH.

Adieu, mon amy doulx! Hic ascendunl et vaduni.

Barroiz. Seigneur Didier, départons nous Si lai-sous ceste région.

Didier. Soûl vus gens montés?

Bassïgny.

OlIY, loilS.

Didier. Or, Dieu nous gard' d'affliction!

Le tiers Bourgeoys. Joyeusement nous en alons En tirant vers noslre habitation.

Le quart Bourgeoys. Nqus pourterons cesl esguillon Pour dire à noz gens le miracle.

Le Fol. Je viens d'espionner le tryacle Sur la place de Maul Conseil, Mais j'y ay fait un tel meracle Qu'onques ne fut trouvé pareil. J'ay fait la lune & le souleil Descendre à terre, sans poulain, Pour combattre contre ung villa in Remply, je vous dy, de potaige, Qui avoit emblé ung fromaige Chieu une femme de brebis ; Mais il est les genoulx fourbis, Par Nostre-Dame, d'ung baston, Et s'y perdit ung boqueton D'ung drap, mon amy, d'Abeville. Ha! madamoiselle Poslille, Vous soyez la très bien trouvée. Que de folz! J'en voy plus de mille. N'esse pas trop belle couvée?

Barroiz. Nous aproucbons nostre contrée, Si croy que nous ferions que saige De faire asçavoir nostre entrée A Lengres par ung seur messaige.

Bon Pas, messagier. Pour passer subit ung passaige Il n'y a que moy.

Bassigny.

Dis-tu voir?

Le Messagier. Je feray très bien ce voyaige.

Bassigny. Va leur doncques faire sçavoir.

88

Le Messagier.

Je l'erav si très bon debvoir Que chascun s'en appercevra. Adieu, adieu, je m'en vois voir S'a Lengres oh me recepvra.

Le Doyen. Je ne sçay s'a pièce viendra L'Archidiacre du Barroiz

Qui seiche Didier par delà, Sur le pays des Geuevoiz.

Le Trésorier. 11 y a je crois plus d'ung mois Qu'il debvoit icy retourner, Luy, Dassigny <k les bourgeois. Dieu les vueille bref ramener!

DlJONNOIZ.

On ne scet qu'on doit rencontrer Quant on part de sa nacion.

Tonnoikroiz. Dieu tout seul peult administrer Et fournir à l'inlencion.

L'Aixoys. H me vient en advision Que bref nous en ouïrons nouvelles.

Le Chantre. Ef je suis bien d'oppinion Qu'ils perfourniront au libelle.

Bon Pas, messagier. .le voy Lengres, la cité belle, Sur la haulte monlaignc assise, •le vois la clouson soltenneUe, Je voj messeigneurs de l'Église,

89

Puis que suis sur la roche bize Approuchant ce lieu montaigneux, Trop plus subit que vent de bise, Je m'en vois abourder à eulx . Lors salue Chapphre.

Celluy qui les cueurs langoureux Fait respirer joyeusement, Vous doint tout plaisir savoureux En lieu de tristesse & tonnent.

Le Doyen. Messagier, comment va, comment? sont noz gens? Viennent-ils pas?

Bon Pas. Vous les verrez prochainement.

Dijonnoiz. De vray?

Bon Pas, messagier. Ils chevauchent bon pas, Et combien qu'ils soyent tous las, Si vous pryent ils de bon cueur, Que vous menez chière &. soûlas, Car ils amainnent leur Pasteur.

Le Trésorier. Qui? Didier?

Bon Pas.

Soyez en tout sceur, Il sera bref en ceste place.

Tonnoirroiz. Loué en soit nostre Seigneur Qui nous fait ceste belle grâce

Bon Pas. Pour beau parler, ne pour menasse, Jamais ne l'eussiez impétré,

90

Si Dieu, par divin efficace, N'y eus( beau miracle monstre.

L'Auxoiz.

Quel miracle?

Bon Pas, messagier.

Sa volenté Ne consentait aucunement A recepvoir la dignité, Mais la relu soit plainnement, Disant je n'y croy aultrement Si cest esguillon en ma main Ne gecte fleurs habundamment.

L'Auxoiz.

Et puis?

Bon Pas, messagier.

Il Ilourist tout à plain.

Le Doyen.

0 miracle digne & haultain, 0 divine Bénignité, Qui te sert peult estre certain De venir à félicité.

Le Trésorier.

Seigneur, on vous a récité Que brefnostre Pasteur avons, Pourtanl il est nécessité D'envoyer quérir les Barons.

Le Doyen.

C'est bien dict. Nous leur manderons Qu'ils viennent faire leur debvoir, Ou qu'ils picquenl des espérons Pour nostre Évesque recepvoir.

- 91 Messagier, il vous fault avoir Encoires ceste renverdye.

Le JVIessagier. Il me fauldra doncques sçavoir Que vous voulez que je leur dye.

Le Doyen. Vous leur direz qu'on leur supplye Qu'ils aillent, comme il appartient, Au devant de la compaignie Qui d'estrainge pays revient.

Le Messagier. Mais qui sont-ils?

Le Doyen.

Sçavoir comment De chascun le nom & l'ostel. L'un est celluy qui Grancey tient, L'autre est seigneur de Trischatel, Le tiers, Choiseul, fort & isnel, Le quart, Vergy, de noble affaire. Alez, dictes leur bien & bel Ce que sçavez qu'il est de faire.

Le Messagier. Adieu! pas ne suis fol, ignaire, Qu'il faille tant admonester, Mais pour garir mon luminaire, Il me fault premier banqueter.

// boyl el s'en va.

L'Arceyesque de Lyon. Seigneurs, bien debvez sans cesser Marcier la bonté divine, Qui bref vous fera possesser De Didier, personne bénigne.

U-2

Combien que louange condigne Nul ne rend à Dieu cy aval, Si est-il ingrat & indigne, Qui n'en tait son tlebvoir loyal.

Le Chantre. Prélat avons espécial Par saincle révélacion, Et pourtant c'est le principal De louer Dieu sans fiction. DlJONNOIZ.

En totale dévocion Pourra vivre le populaire, Puisqu'il aura la vision D'ung bon myroir à exemplaire.

Bon Pas, le messagier. .le voy le notable repaire les Barons sont au destin vl, CCst raison que je leur déclaire La cause qui cy me conduyt, li il salue les Barons.

Dieu qui fit le jour 6c la nuyt. Gard' de mal toute la noblesse, Et s'il y a riens qui lui nuyt, Convertir le veuille en lyesse!

Le Seigneur de Grancey. Messagier, Dieu qui tout adresse, Vous doint plaisir, soûlas ckjoye!

Le Seigneur de Vergy.

Bien soiez venu.

(iiu.M i:\ . Mais qui esse Qui par devei - nous mois envoyé?

93 Ijon Pas. Lengres a des biens monjoye, Tant l'Église que les bourgeoys, M'ont fait chemyner ceste voye Pour trouver vos maintiens courtoys, Car Dieu, par angélicque voix, Ung très sainct Évesque leur donne, Si vous prient cent mil foiz Que vous honnorez sa personne.

Le Seigneur de Ciioiseul. Quant est de moy, je m'abandonne D'en faire ce que je pourray.

Le Seigneur de Trichastel. Pour luy montrer volonté bonne, Prestement me disposer ay.

Vergier.

Et moy pas ne reposeray, Puisque chascun se boute avant.

Le Messagier. Très bien, je vous conseillera}-.

Grancey. Comment?

Le Messagier.

Vous irez au devant. Ils approcbent dès maintenant Ce quartier & sont traveillez, Pourtant sera bien advenant Qu'à l'encontre vous en allez.

Grancey. Très saigement vous conseillez.

Vergier. Il sera fait, plus n'en parlons.

04

Nuit nu/. Chevauh appareillez, Ho, compaignons !

L'Archier.

Nous y allons. Le Coustillier. Que voulez-vous que nous façons?

Choiseul. Faictes lost noz chevaulx venir.

Le Crenequinier. Celions, bridons.

Lk COULEVRINIER.

Menons, chassons L'Archier. Il failli incontinent partir.

Le Messagier. Plus ne me puys icy tenir, Congé prans de vostre présence. Icy monte a cheval.

Trichastel. Adieu, jusques au revenir.

Choiseul. Alez, nous ferons diligence.

Grancey. Chevauchons en noble apparence.

Vergier. Pensez que nul ne se faindra.

Trichastel. Le bon Pasteur plain de clémence, Je croy voulontiers vous verra.

Le Fol. On dit que Polens in terra, C esl à dire ung potier de terre, Il sera forl qui me tiendra,

- 95

vu je deviens homme de guerre ; Entre midi &. Angleterre, Depuis bise jusqu'à la mer, Je feray tant de gens armer Qu'il fauldra que de groses glaces On aille forger des cuyrasses Sur une enclume de frommaige, A donc ira l'homme saulvaige Sur Margne bainner & pescher, Pour ce qu'ung boiteulx qui fait rage Vient au moustier par le clocher.

Grancey. Je croy que je voy approcher Nostre Evesque &. sa compaignie.

Choiseul. Il se fault doncques despescher De saluer sa seignorie.

Vergier. est-il?

Choiseul. Là.

Vergier. Ce n'est-il mye ?

Choiseul. Si est, par le Dieu qui me fit.

Vergier. Parlons tous.

Trichastel. Par saincte Marie! Si l'ung de nous parle, il suffit.

Lors saluent Didier.

%

Grancey. Révérend Père en Jhésu (Irist, Que long temps de voir appetons, De bouche, nompas par escript, Cueur, corps &. biens vous présentons

Barroiz. Monseigneur, ce sont les Barons Qui vous font humble révérence.

Didier. Jhésu Crist que nous adorons, Leur rende leur bénévolence, Combien qu'ilz sont gens d'excellence, Puisqu'à moy se montrent courtoys, S'il plaist à la divine essance, Je leur revauldray quelquefois.

Ciioiseul. Celluy qui pendit en la croix Vous doint sa grâce & son confort !

Didier. Amen!

Bassigny. Monseigneur du Barroiz, Faictes nos gens aler plus fort.

Barroiz. Arrivés sommes à bon port.

Didier. Dictes-vous?

Barroiz. Ouy, Dieu mercy! Car je voy les tours à. le fort De la Cité.

Didier. ?

Barikuz. Ves les i \ .

91

Le Bailli de Lengres. Il ne fault pas mectre en obly D'aler au devant de noz gens.

Le premier Bourgeoys. Certes, monseigneur le Bailly, A cela serons diligens.

Le Père Valier. Déa, Messeigneurs, soyez contens Que j'y aille quant vous irez.

Le second Bourgeoys. Il est heure comme j'entends, Car ils sont icy au plus prèz.

Le Bailli, Or alons m'en quant vous vouldrez.

Le premier Bourgeoys. Ves les cy tous auprès de nous. Le second Bourgeoys. Monseigneur, vous commancerez La parole pour nous trestous. laj vont au devant à la porte. Didier. Ça, descendons.

Bassigny.

Le voulez-vous? Didier. ,1e cuide que c'est le meilleur.

Pierre, varlet. A pied, Symon.

Symonet.

Mais toy peu doulx. Pierre. Quel peu doulx?

Symonet Tu n'es c'un broylleur.

- 98 Lors <<)//.) de Ville saluent les aullres a la porte. Le Bailly. Révérend Seigneur, Plain de tout honneur, Dieu vous doint santé!

Didier. Dieu tiengne en valeur, Sans quelque maleur, Vous & la Cité!

Le premier Bourgeoys. Chascun fait en soy Chière <k noble arroy, Pour vostre venue. Didier. Je croy que par moy La divine loy Sera maintenue.

Le Père Valier, Nous vous actendons, Nous vous demandons Pour estre Pasteur. Didier. Ensemble vyvrons, Et bien servirons Nostre Créateur.

Le second Bourgeoys. Monseigneur, je sçay Que faisant l'essay, Bons nous trouverez.

Didier. Quant au lieu seray, Tellement feray, Que mieul.v en vauldrez.

99 -

Barroiz.

Or, cheminons quant vous vouldrez.

Didier. Quant est de moy, j'en suis content.

Le Bailly. De vous haster très bien ferez, Car en Chappitre on vous atent.

Lors vont en Chappitre ci Barroiz fait la salutation,

Barroiz. Le Créateur omnipotent, Qui tout voyt, tout scet tk entend, Vous doint céleste mansion!

L'Arcevesque. Vostre joyeux advènement Nous donne resjouyssement, Plaisir &. consolacion.

Didier., Le hault plasmateur de ce monde Vous doint volonté pure & monde Pour venir au bien perdurable!

Le Doyen. Seigneur Didier grâce babunde, Vostre fasse, vostre facunde, Nous rend lyesse inestimable.

BaSSIGNY.

Nous venons de loingtain voyaige Et amenons le personnaige Pour lequel fumes envoyez.

Le Trésorier. Vostre entendement bon et saige Bien a parfurny son messaige Et pourtant bien venuz soyez.

100

Barroiz. Si convient-il que vous ouyez, Quant au pays dont nous venons. Comment nous sommes employez Vers Didier que cy amenons. Puisque compte rendre debvons Par amour & douleeur paisible, Je diray ce que fait avons Au moins mal que sera possible.

Premier, nous trouvasmes aux champs

Didier auprès de sa cherrue,

Et son compaignon qui beaux champs

Chantoit illec sur arbe drue.

La dignité noble & ardue

Fut lors à Didier présentée,

Mais par rigueur ferme & esgue,

Totalement fut refusée.

Puis luy conlasmes 'comment Dieu, Au jour de nostre élection, Avoit envoyé en ce lieu Divine révélacion, Faisant dénominacion Du nom de Didier proprement, Pourtant avions commission De le sercher diligemment.

A donc nous dit que n'auroil Ne dignitez, ne grans honneurs, Tant que son Itaston floriroit, Qui lors rendit feuilles & fleurs. Et afin qu'en soyez plus sceurs, Vecy l'esguillon auctentique, Pour témoigner devant plusieurs Ce miracle tivs magnifique.

101

Veu le miracle, il fit d'accord De l'Évesché prandre & tenir, Et partir, sans plus de discord, Pour avecques nous icy venir. Ainsi avons nostre désir, Grâce à Dieu qui lors fit vertu ; Pourtant, ce c'est vostre plaisir, Ordonnez qu'il soit revestu.

L'Arcevesque.

Vous soyez le très bien venu En vostre notable Cité.

Le Doyen. Ce peuple est à vous bien tenu.

Le Trésorier. Vous soyez le très bien venu.

Didier.

Quant le miracle est survenu, Tantost je me suis acquité.

Dijonnoiz .

Vous soyez le très bien venu En vostre notable Cité.

Didier.

Pour vous dire la vérité

Du cas de ma vocation,

J'ay tousiours laboureur esté

Sans quelconque promocion.

Je n'ay nulle introduction

Es ars n'en science parfaite,

Synon par l'inspiracion

Que Dieu puis naguères m'a (aide.

102

il m a pourveu de sapience Pour le bien du mal discerner,

Il m'a donné sens & science Pour le beau peuple gouverner. Dieu peult toute grâce donner, Nil que suis improperat, Mais pour les cœurs endoctriner, Spirilus ubi vult spiral.

L'Esperit sainct qui par mesure Tous lions cueurs dévols enlumine, M'a l'ait entendre l'escripture Donnant catholique doctrine. Et combien que ne suis pas digne De prélature ou d'excellence, S'il plait à la bonté divine, J'acquiteray ma conscience.

Ornison.

Pourtant te prie de rechief, Mon Dieu, mon Père créateur, Fais que je puis estre bon cbief A ce peuple k saige pasteur, Et que te servions de bon cueur, Fuyans de tous vices la sente, Aflin «pie régnons à honeur, Lassuz en gloire permanante.

Le Doyen. Archiepiscopo luquitur.

Il convient que sans plus d'atente Le beau mistère expédions, Pourtant mectez y vostre entente. Monseigneur, nous vous en pryonsi

103 L'Arcevesque. Avez-vous préparacions De gracieux habillements?

Le Trésorier. Veci diverses porcions De joyaulx <k de vestements.

Le Chantre. Veci des habits qui sont gents Et bien plies a petiz plis.

L'Arcevesque. Or, soyez doncques diligens De luy vestir ce beau surplis.

En vestanl le surplis, dicl :

Seigneur Didier, mon amy doulx. Ce beau surplis bien actincté Si représente, quant à vous, Toute ignorance & purité.

A rAmiji.

Par l'amyt est représenté Le bon régime & bon usaige, De penser à utilitey, Répudiant maulvais lengaige.

A l'aulbe.

Apres l'amyt vous fault avoir L'aulbe blanche qui signifye Que debvons faire tout debvoir De mener chaste et bonne vye.

A la sainclure.

La saincture qui estjolye Dénote la repression De luxure ou d'aultre folie Qui maine à fornication.

104 -

Au manipule.

Ce manuple vous veul baillier Qui a signifiance telle Que tousiours debvez batailler Contre temptacion mortelle.

A Vesiolle.

El après ceste estoille belle Vous baillera l'intelligence Qu'à Dieu ne soyez point rebelle, Mais gardez saincte obédience.

A la chappe.

Aussi vous fault vestir la chappe Qui vous semont à toute instance De garder que ne vous eschappe La vertu de persévérance.

A la croce.

La croce a grant signifiance ; Ça ce boult note auctorité, L'autre d'en hault fait desmonstrance De doulceur et de charité.

On poignit le pécheur cruel

Du boult d'embas qui point & picque,

C'est le glaive espirituel,

C'est censure ecclésiastique.

Mais vescy le boult autentique

Duquel on retire et racorde

Le transgresseur de voye oblicque,

Pour luy faire miséricorde.

Ung juge forment se déçoit Qui pugnit comme à la vouléc, Car il fault que justice soit De doulceur confite &. meslér.

- 105 -

La rigueur est représentée

Du bot picquant comme l'espine;

Miséricorde est dénotée

Par le boult d'en hault qui s'incline.

A l'anel.

L'anel, de fin or précieulx, Sur tout vous enseigne & advise Que vous debvez estre amoureulx De vostre espouse saincte Eglise. Mais par la figure précise Qu'on dit de circulacion, J'entends qu'en vous doit estre assise Lumière de perfection.

A la myle.

Puis le myte qui se remployé En deux parties, bien & beau, Veult de sçavoir on employé Le testament viel & nouveau.

A la première longe.

La dextre longe ou le lambeau, Qui se monstre en belle apparence, Commande que soubz tel fardeau Le Pas'.eur face diligence.

A la seconde longe de la myle.

L'autre longe, qui fait la paire, Pendant en manière de getz, Yeult que monstrez bon exemplaire Au peuple & à tous vos subjetz. Ainsy, mon amy, vous avez De vostre état la cognoissance ; Selon Dieu valez &. vivez, Je vous en baille la puissance.

106

Didier. Puisque j'aj plaine joyssance De la tirs noble dignité, Je veul acomplir en substance Tons les pointz qu'avez récité. Dion, de sa très large bonté, M'a inspiré tous les motiz Pour maintenir en unité Ung & aultres, grans à petiz.

Oroisorii

0 Dieu qui nous es pourvoyant, Voyant nostre misère humaine* Mainne ma vie maintenant Tenant ce périlleux domaine. Matin tk. soir vanité mondaine Mondainnement les cueurs enlasse En lace d'orgueil incertaine Certaine de mort qui tout casse.

Quelque chose que l'homme face, La mort suit tousiours pas à pas, Qui les jours abrège à efface, Combien qu'il ne s'en doubte pas, Pourtant je me veul, par compas, Gouverner sans personne offandre, Affin qu'au jour de mon trespas Je puisse à Dieu bon compte randre.

0 Divinité non scrutable, Siipience incompréhensible, 0 Divinité non scrutable, Tu veulx que j'aye lieu notable, Qui n'est pas à tous accessible. Ta puissance tenue cv estable

10*1

Me rend de science capable. Expert, imbus oc .susceptible. Et droit canon très profitable. Puisque rien ne t'est impossible, Nommer puis ton nom délectable. Sapience incompréhensible.

0 vous, Seigneurs plains de noblesse, D'honneur &. de magnificence, Qui de vostre bénigne humblesse M'avez fait notable assistance, Selon ma simple intelligence, Je rends grâce <x louange à tous, Protestant sur ma conscience De prier .Ihésu Grist pour vous.

Grancey.

Il ne fault parler de nous, Nostre assistance est bien petite. Choiseul.

Monseigneur & mon amy doulx, Il ne fault parler de nous.

Trichastel.

Nous voulons, dessus & dessoubz, Faire tout ce qui est licite. Vergier.

Il ne fault parler de nous, Nostre assistance est très petite.

Didier.

C'est raison que je me délicte De marcier ces gens d'eslitte Qui m'ont montré leur bon couraige, Et au surplus que je proffitte

- 108

\t>i> tous & que les cueurs incite, Tant par euvre que par langaige.

Lors Didier se va seoir en ung sièç/e paré.

Le Père Valier.

Valier, mon iilz, tu es en aige Pour bien servir & bien aprendre, Mais on ne peult devenir saige Sans soing & diligence prandre.

Valier.

Mon père, je ne veul contendre Qu'à science &. vertuz avoir, Car on peult juger &. entendre Que sçavoir passe tout avoir.

Le Père Valier.

Mon filz, tu doys aussy sçavoir Que pour venir à sauvement Il convient faire son debvoir De servir Dieu dévotement.

Valier.

Mon père, j'entends clerement Que sans la divine ordonnance La créature aucunement N'a sens, ne vertu, ne puissance.

Le Père Valier. Vs-tu bien cesle cognoissance?

Valier. Quant est de moy ainsy le croy.

Le Père Valier.

Tu me cause une asseurance D'espérer quelque bien de toj

109

Valier. Pourtant, mon père, logez moy j'aprandray bien & honneur.

Le Père Valier. Mon fils, viens t'en avecque moy, Je te manray vers mon seigneur.

Le Fol. Pour mieulx tenter la sueur, Il me fault ung manteau de glace. On dit que je suis bon joueur Aux tables & à la lymace, Mais il n'est point telle grimace Que de voir jouer aux échaz, Ce semblent avoir peliz chatz Quy t rotent parmy ung grenier. Vesla ung preud'homme mugnier Qui me regarde à grant merveille, Toutesfoys il n'a q'une oreille, Je ne sçay d'où cela luy vient. Ho! j'y ai pensé. Il convient Qu'il soit trop sainct ou trop preud'homme, Chascun dit qu'il est notable homme, Et qu'il ne prant que par raison, Combien qu'à petite achoison, Comme l'on dit communément : Uug gros loup estrangle ung oyson. Ne le pensez point auîtrement.

Le Père Valier. Celluy qui fit le firmament, Monseigneur, vous veulle garder!

Didier. Vivre vous face sainctement Celluy qui lit le firmament!

i 10

Qui vous mainne?

Le Péri: Valier.

Certainement Vous le sçaurez sans plus garder !

Valier. Celluy qui lit le firmament, Monseigneur, vous veulle garder!

Le Père Valier. lion espoir me fuit aborder Vers vostre donlceur débonnaire, Priant (pie vouliez acorder La requeste que vous vien taire.

Didier. Se la chose ne peut desplaire A Dieu, mon benoist créateur, Pour vous obéyr &. complaire, Je l'accorderay de bon cueur.

Le Père Valier. .le vous supply, humble Pasteur, Que mon fils vouliez retenir, Et comme bon maistre à docteur, L'enseigner ix entretenir.

Didier. S'il veult mon conseil maintenir. S'il veult aprandre mieulx valoir, \ hault bien le feray venir.

Valier. Monseigneur, j'ay très bon vouloir.

Didier. Voulez-vous quelque bien sçavoir?

Valier. \ultie chose je ne désire.

lit

Didier.

Voulez-vous servir?

Valier.

Oui, voir,

Didier. Je vous retien.

Le Père Valier.

Grand mercy, Sire. Didier. En meurs je vous veut introduire Comme il est loysible &. décent.

Le Père Valier. Veullez le en tout honneur conduyre, Quar des Patrices il descend Et est noble.

Didier .

Pour noblement Vivre selon Dieu & droicture, Monstrer lui veul premièrement Les poinctz de la saincte escripture.

Le Père Valier. Il est d'assez bonne nature.

Didier. Il me souflit, plus n'en parlez.

Le Père Valier. Je le laisse soubz vostre cure. Adieu, Monseigneur.

Didier.

Or, alez. Le Père s'en va en son siège.

H2 -

Valier, mon Gis, si vous vouiez Venir à grant perfection, Convient que vous ne vous meslez De vilaine occupacion. Aymez par bonne affection Dieu qui est le souverain Roy, Ainsy aurez fondacion Ou principe de nostre foy.

Puis avez ung commandemant Quant aux prochains, grans ou petis, Lequel vous dit expressemant : Ut invicem diligatis,

Dcimi ceduh: colatis, Nec non proximos amaie, In ht s fhiobiis mandate Pendel lex nique prophète.

De cueur, de force & de courage Faut servir Dieu qui fit la mer, A son prochain, non faire oultrage, Mais comme soy-mesmes l'aymer ; Et afin de sçavoir mener Saincte vye, plus ardamment, Est bon d'aprandre <k rumyner Le viel & nouveau testament.

En viel testament nous avons Pentateuchen, la loi anticque, Puis aultre dignité trouvons Sacerdotale oc prophéticque, Idem, la loy évangélicque, Le nouveau nous mect en escript, Pour fonder le bon catbolicque Kn la doctrine, Jhésu Crist,

113

Sachez que l'escripture saincte

C'est comme ung champ large à notable,

Sur quoy mainte fleur y a paincle,

Qui porte bon fruit délectable,

Ou c'est comme la haulte table,

Plus odorant que le fin balme,

Rendant viande profïitable

Qui assuffit le corps & l'âme.

Et pourtant, mon beau fils, Valier,

A l'estude vous esbatez,

Et comme vaillant chevalier,

Contre les vices combattez,

Occiosité reboutez,

Car c'est de tous maulx la norrice.

Valier. De mon fait point ne vous doublez.

Didier. Pourquoy?

Valier. Je veul laisser tout vice, Puisque suis en vostre service. Pour vivre selon charité, Tous les sentiers de vanité J'esloingneray de point en point, Et seray dévot.

Didier.

Dieu le doint !

Valier. Pour acquicler ma conscience, Je garderay obédience, Et si ne vous desdiray point Quoiqu'il adviengne.

Didier.

Dieu le doint!

114

Y.YLIKK.

Quelque chose que dye ou face, Je veul révérer vostre face, Car vraye amour à vous nie joinct, Sans jamais partir.

Didier.

Dieu le doinl!

Valier. J'entends à bien.

Didier.

A bien viendrez. Yalier. J'ay bon vouloir.

Didier. Persévérez.

Valier. Dieu me conduit.

Didier. C'est vostre adjoinct.

Valier. Je veul bien faire.

Didier.

Dieu le doint!

Valier. Si Dieu de vous ne me desjoinct, Incessamment me conduyrez.

Didier. S'ainsy est, par moi vous serez Iîien bref en dignité assiz.

Valier. Du grant honneur que vous m'offrez Je vous rend cent mil marcv.

115

Honorius, Empereur de Homme esl assiz en son trosne, accompagné du Consul et du Tribun, cl d'ici ce qui s'ensuyt.

Honorius, Empereur de Romme. Sur les Romains les roys furent desmis Et non admis pour Tarquin l'orgueilleux, Lorsque Brutus, à tous vices submiz, Premier comiz au consulaige mis, En ses amis, fit des caz merveilleux. Consules preux, fors & victorieux, Furent soigneux de la chose publicque Tant que César print honneur monarchicque.

Lors eut auditoire, Lors tint consistoire Bruyt impératoire, Puissance robuste, Puiz revint en gloire, Partout territoire, Nom qui bruyt encore Qu'on appelle Auguste.

Après Auguste Octavian Fut empereur Tiberius, Claude, Néron, Domitien, Galba, Titus, Vitellius, Trajan, Commodus, Décius, Et plusieurs que je laisse à dire, Auxquels, moy dit Honorius, Je succède quant à l'empire.

Quant à l'empire je succède Par noble généracion, Si veul que nul ne me précède En vertuz & dévocion,

H6

Pourtant est mon inteneion D'envoyer par l'orbe romain Des yens de grant discrécion Pour tout gouverner soubz ma main.

0 Consul très sage & prudent, El vous Tribun de noble affaire, Donnez-moi conseil évident, Déterminant qu'il est de faire.

Lk Consul.

iNoble Empereur, vray examplaire D'honneur oc de magnificence, J'en parleray, pour vous complaire, Selon ma simple intelligence.

Lk Tridun.

Auguste de grant excellence, ïriumphe de nobilité, Je mectray toute diligence A vous dire la vérité.

Le Consul.

Comme vous avez récité

Par succincte narracion,

Il est bien de nécessité

De mectre en tout provision,

Si suis de cesle opinion

Qu'il fault envoyer gens notables

Dessuz chascune région

De tous les climat? habitables.

Théodosius, voslre père,

A qui Dieu veulle saulver l'âme,

Et Archadius, voslre frère,

Qui gist maintenant soubz la lame,

117

Ont bien gouverné le royaulme L'empire, les citez, les lieux, Pourtant seroit à vous grant blasme Se ne faisiez de bien en mieulx.

Le Tribun. Vers vous chascun licve les yeulx, Vers vous tout homme tend les mains, Si debvez estre doubz &. preux Plus que nul prince des Piomains. Mais pour les courages haultains Des ennemys faire ployer, Il convient es pays loingtains Bon cappitaines envoyer.

Et pour éviter accident, Guerre, noise ou contencion, Premier vous fault vers Occident Mectre garde &. provision, Pour maintenir en union Toute la région gallicque, De la mer du Septentrion Jusques à la mer hispanicque.

Honorius, Empereur. Nommez moy quelque homme auctenticque Pour y aller.

Le Consul. Marianus. Honorius. Pour garder la chose publicque, Nommez moy quelque homme auctenticque.

Le Tribun. Vostre belle terre italicque A des gens preuz s'il en est nuls.

118

HONORIUS.

Nommez moi quelque homme autencticque Pour y aller.

Le Tribun.

Marianus. Pour gendarmes gros à menuz Régir comme triumphateur, N'avez outre voz chiers tenuz Que Marien le cénaleur.

Le Consul. Il est très hardi combateur,

Abateur,

Débateur,

Rebouteur De toute inimitié romainne.

Le Tribun. 11 est vaillant exécuteur,

Conducteur,

Déducteur,

Vray tuteur De vostre impérial domaine.

Honorius. Je commande qu'on le m'ammaine, Puisqu'il est tel.

Le Consul.

N'en doublez rien.

Le Tribun. Suz, messagier, cours d'une alainne Quérir le puissant Marien.

Diligent, messagier romain. Puisqu'il plait au haull terrien, Je m'en voys l'aire le message.

110

Le Consul. Dis luy . . .

Diligent, messagier romain. Ho! je vous entends bien. Pensez que je suiz homme sage.

C'est ung eénateur de bon aage, Homme pardieu de grant value. Je voy désià son personnage, Si convient cpie je le salue.

Dieu tout puissant qui fit la nue Vous doint ce que le cueur désire!

Marianus, eénateur. Couvrez, couvrez la teste nue, Puis direz ce que vouldrez dire.

Diligent, messagier romain. Honorais qui tient l'empire, Vous mande espécialement, Tout de bouche sans riens escripre, Que venez à luy prestement.

Marianus. Louange au Roy du firmament, Louange au haultain Plasmateur, Quand l'Empereur présentement Me daigne faire ceste honneur! sont mes soudars?

Le premiek Soudart.

Monseigneur. Marianus. Escoutez que je vous diray.

Le second Soudart. Se vous avez riens sur le cueur, Dictes, je vous escouteray.

120

Le premier Souldart. Et moy je vous obéyray Comme a son seigneur on doit faire.

Marianus Très bien; or, je vous conteray Ung bien petit de mon affaire. L'Empereur, doulx <k débonnaire, Me mande, je ne sçay pourquoy ; Si est licite <k nécessaire Que vous venez avecque moy. Y viendrez vous?

Le premier Souldart. Faire le doy. Commandez, je seray tout prest.

Marianus. Et vous ?

Le Second Souldart. Je vous jure ma foy Que j'iray aussy s'il vous plaist.

Marianus. Je ne veul sergent ne varlet.

Le premier Souldart. Il souffit.

Marianus. Grant compaignie me desplait.

Le second Souldart. Aussy en vient-il peu proffit. Lors s'en vont vers l'Empereur.

Le Fol. Sçavez-vous que Jehan d'Humés fit En revenant de Montlandon, Il trouva du sucre confit Qu'on appelle dyamerdon.

124

Hélas! Dieu pardoint à Bordon! Il buvoit bien devant mangier. Je dis Bordon, le messagier, Déa affin que vous l'entendez. Actendez, ma mye, actendez, Ne courez plus, il est estainct. Galant, vous avez tout atainct, Car je vous ay vu au plus bas Bouler la main jusques au cabas, Par le pertuys du coutillon. Je m'en vois jouster sur ung bas Contre Godefroy de Billon.

Marianus salue l'Empereur. Honneur & exaltacion Vous acroisse Dieu tout parfait!

Honorius. Mais vous ouctroyt pour porcion, Honneur & exaltacion!

Marianus. A vostre dominacion Me viens présenter.

Honorius.

C'est bien fait. Le premier Souldart. Honneur . . .

Le second Souldart.

Et exaltacion Vous acroisse Dieu tout parfait !

Honorius. Vous estes homme de grand fait, 0 Marien, nostre espérance, Ce noble empire est tout refait Par vostre bon sens & vaillance,

122

Mais pource qu'en toute asscuranco Voulons Galles tousiours garder, Nous vous baillerons grant puissance Pour illec aller présider.

En Arles pourrez résider Tour disposer de voz affaires, Puis niectre gens pour regarder S'il survient aucuns adversaires. Nous vous baillons légionnaires, Enffans de pied, centurions, Tireurs de canons de Yeuglaires Qui vaillent hardis champions.

Je sçay bien que long temps y a Que les barbares nacions Partirent hors de Sitbia Pour venir en noz régions. Goths, Hunes & Wandres félons Tirent désià vers Occident, Pourtant décernons & voulons Que soiez illec Président.

Marianus. Je vous remnrrye humblement De l'honneur que me présentez.

Honorius. L'acceptez-vous ?

Marianus. Certainement. Je vous remareye humblement.

Honorius. Si vous faictes honnestement Vous aurez de grant dignitez.

lc23

Marianus. Je vous remarcye humblement De l'honneur que me présentez.

Honorius. Ungr légionnaire prenez Avec centurion notable, Puis des enffans de pied menez Pour soutenir guerre importable.

Le Légionnaire. Impérateur inestimable, J'iray avec lui volontier, Et s'il y a peuple indomable, Nouz le mectrons en bon sentier.

Le Centurion. S'il y a riens à besongner, Je seray prompt & diligent, Et sy ayme mieulx à gaignier Honneur que mil marcs d'argent.

Marianus. Sommes nous pretz ?

Le Légionnaire.

Totalement. Marianus. Nous fault-il rien?

Le Centurion.

N'escut ne lance. Marianus. Partirons-nous?

Le Légionnaire. Légièrement. Mariannus. Avons nous gens?

Le Centurion.

A grant puissance.

124

Mariannus. Or ça doncques que chascun s'avance De charger armes & bagaiges.

Le Centurion. Je seray premier en la dance, Voyre sans guières de languaige.

Le Légionnaire. Par le corps de my je gaige Que j'y gaigneray du butin.

Le premier Souldart. A déa s'il y a du pillaige Nous y ferons quelque butin.

Le second Souldart. Se je treuve payen matin, Je suis homme pour le mater.

Le premier Souldart. S'ilz ne se lièrent bien ma' in Crois qu'on les yra visiter.

Maria nnus. Mes amys, il nous fault aller En Galle, forte à armative, Nous ne pouvons plus reculer, Car la besongne est fort hastive.

Lors prenl concjc de VEmpereur.

Adieu, puissance impératrice! Je prans congé de voslre court.

Le Légionnaire. Puisque c'est la déffinitrice, Adieu, puissance impératrice!

Le Centurion. Adieu, Homme suppellalricc Dont toute noblesse décourt!

125

Le premier Solldart. Adieu, puissance impératrice !

Marianus. Je prans congé de votre court.

Hûnorius. Maiien, pour vous dire court, Se besongnez à mon optât Et Dieu me préserve & secourt, Je vous mectray en hault estât. Or, vous en allez à l'esbat, Mes beaulx enffans & mes amys, Et ne pensez à nul débat, Synon aux mortels ennemys. Lors s'en vont.

Le Fol. Je viens de combatre aux formis Auprèz de la roche Sainct Gille, Mais ilz m'ont presque à terre mis. Pour aussy vray que l'évangille, Ung hom qui n'a ne croix, ne pille, Ne bled, ne vin, ne vestement, Il dort beaucoup plus seurement Que s'il avoit cent mil mars. Il court maintenant largement De ces grans plumes de coquars, Mais s'on ne les vend que deux quars. En despit de maistre enfumé, Avant qu'il soit le mois de mars Je veul estre tout remplumé. Ne sera-ce pas bien frimé D'avoir la teste & les habits Plus veluz qu'ung coq desplumé? Ce sera bien fait en gros bis.

120

Marden.

Loué soit Dieu de paradiz! .Nous voyous Arles la cité.

Le Légionnaire. Vees cy uiig pays qui jailiz Estoit de grant auctorité.

Mariants. L'impériale Majesté M'y commect par sa courtoisie, Pourtant l'ault, eu grant gravité, Saluer cesle bourgeoisie.

Lors descend.

Le premier Bourgeoys d'Arles. Je voy moût belle compaignie, Bien empoint & bien décorée.

Le second Bourgeoys d'Arles. C'est une bataille garnye Oui descend en ceste contrée.

Le premier Bourgeoys d'Arles. J'ay paour que nous n'ayons meslée.

Le second Bourgeoys d'Arles. Us viennent vers nous droitte voye.

Le premier Bourgeoys d'Arles. Nous actendrons cy l'assemblée.

Le second Bourgeoys d'Arles. C'est tout le plus seur que j'y voye.

Mariai salue aulx d'Arles.

Marien.

Seigneurs Bourgeoys, Dieu vous doinl joye!

Le second Bourgeoys d'Arles. Monseigneur, Dieu vous doint santé !

- 1-27

Le Légionnaire. D'argent puissiez avoir montjoye!

Le Centurion. Seigneurs Bourgeoys, Dieu vous doint joye!

Le second Bourgeoys d'Arles. Qui esse qui cy vous envoyé?

Marianus. L'Empereur.

Le Légionnaire. Il dit vérité.

Marianus. Seigneurs Bourgeoys, Dieu vous doint joye !

Le second Bourgeoys d'Arles. Monseigneur, Dieu vous doint santé !

Marianus. Celluy qui tient la dignité D'Orient jusque en Occidant, Honorius, plain de bonté, M'a commis icy Président, Et veul qu'en Arles nommément Je préside en trosne d'honneur, Pour Galles tenir seurement Encontre mortelle fureur.

Le premier Bourgeoys d'Arles. Puisqu'il plaist au hault Empereur, Il appartient bien qu'il se face.

Le second Bourgeoys d'Arles. Nous en avons grant joye au cueur, Puisqu'il plaist au grant Empereur.

Le premier Bourgeoys d'Arles. Le pays en sera plus seur.

128

Marianus. Ne craindez qu'aucun vous rnéflace.

Le second Bourgeoys d'Arles. Puisqu'il plaisl au hault Empereur, Il appartient bien qu'il se face.

Le premier Bourgeoys d'Arles. Seez vous.

Marianus. Où?

Le second Bourgeoys d'Arles. Veescy vostre place.

Marianus. Je le veul. Ça, venez aprèz. Mais quoy il fault lieu <k espace Pour mes gendarmes cy auprèz. Galans, je veul que vous allez Sercher lieu pour vous haberger.

Le premier Bourgeoys d'Arles. Monseigneur, ne vous en meslez, Nous penserons de les losger.

Lucifer. Me lairez vous mon frain ronger, Me lairez vous long temps songier, 0 faulse & damnable vermine?

Satham. Prince d'enfer très mansongier, Je croy que voulez enragier, Au moins en faictes vous la myne.

Lucifer. Despit le cerveau me rumyne Et passe comme à l'eslamine Par désordonnée arrogance.

- 129 -

Cerbérus. Avez vous perdu cognoissance, Ne sçavez vous pas bien cornent Nos dyables ont à toute instance Semé rage &. forcènement?

Astaroth. Nous tantons très horriblement Partout, sans ordre & sans degré, Nous besongnons terriblement, Et si ne nous en sçavez gré.

Léviatham.

Je voy par ville & par cité, Je sens, j'escoutte, je spécule, Mais il n'y a si liault monté Que je ne reforge & carculle.

Belphégor. J'escriptz, je notte, j'articule, Je fay culer & baculer, Il n'est cul si fort reculé Qu'en culant je n'aille aculer.

Bélial. Je faiz hocqueleurs hocqueler, Qui tienne hocquelz hocquelans, Et Collin Collette accoller, Plus drus que marteaulx martelans.

Lucifer. Vous estes paillards & meschans, Vous ne vaillez pas deux tournoiz. Avez vous été sur les champs Pour nuyre au peuple lingonoys?

Satham. J'y ai esté plus de cent foys, Et les aultres pareillement.

130

Mais tout ne vault pas quatre noix, Car Dieu nous fait cmpeschement.

Lucifer. Puisque n'avez aucunement Empesché le cas vers Didier, Je, Roy, pense tout aultreraent Pour luy nuyre pluslost qu'ayder.

Sa.th.vm. Comment?

Lucifer. Affin que par preschier Ne face les peschez faillir, Il vous fault les Wandres serchier Pour aller Lengres assaillir.

Satham. Holà ! laissez-moy convenir, Car par faulce temptacion Feray le roy Croscus venir Pour tout mectre à confusion.

Lucifer.

Satham, tu as commission De dire à Croscus les parolles, Mais fains une inspiracion Comme s'elle vint des ydolles, Les aultres par manières molles Ou par suasions petites, Esmenueront les testes folles Des satrappes <k satellites.

Satham. Or ça, ça, ligures mauldites, Que chascun se mecte en arroy Pour les nations dessus dictes Bouter en guerre &. en desroy.

131

Cerbérus. Qui esse qui tampte le Roy ?

Astaroth. Ne te chaille ce n'es tu pas.

Léviatham. Je feray raige quant à moy. Belphégor. Qui esse qui tempte le Roy?

Bélial. Ce n'est pas ton cas.

Belphégor.

Et pourquoy? Bélial. Tu ne scez lampter par compas.

Astaroth. Qui esse qui tempte le Roy ?

Satham. Ne te chaille ce n'es tu pas

Moy mesmes y voys pas à pas Comme le plus gracieux sire. Allez vers ses gens hault & bas Souffler doulcement sans mol dire.

Astaroth. Nous tiendrons bien Didier de rire Avant qu'il soit ung moys passé.

Belphégor. Lengrois ne sçauront contredire Que leur hault mur ne soit quassé.

Léviatham. Hz auront dure adversité.

Bélial. Hz auront peine misérable.

132

LÉVIATHAM.

Aluns brasser l'iniquité. Satiiam. Or, niions de par le grand dyable !

Lors s'en vont faire semblant de templer les Wandres et Salham prand habit dissimulé pour parler au Roy.

Croscus, Roy des Wandres.

Au cueur vaillant rien n'est plus acceptable, Ne délectable en cest estre mondain, Que triumpher par guerre intolérable, Fière, importable, horrible, insupérable, Très profitable à couraige haultain. Ce gendre humain, soit Gauloiz ou Romain, Fait de sa main divers cas superfluz, .Mais le plus fort en emporte le plus.

Quant chascun s'efforce De monstrer effort, Qui plus a de force Boute le plus fort, Quand fortune au fort Fait force très forte, Ne château ne fort, Rien ne le conforte.

Les Gothz jadis nous reboutèrent

De la sathicque région,

Et puis après nous rencontrèrent

Vers le fleuve Danubyum.

Maisj'ay désor intencion,

S'il plaist aux Dieux je me fonde,

De monstrer fierté de lyon

A tout le demeurant du monde.

133

Le premier Satrappe. En vous toute prouesse habonde, 0 roy Croscus de grant puissance, Si debvez sur la terre ronde Exercer armes à vaillance, Vous avez gens en ordonnance Assez pour le monde macter.

Croscus. Puisque je suis en florissance, Je me feray craindre & dobter.

Le second Satrappe. S'il est besoing de conquester Pays de grant magnificence, "Voz Vendres sont pour emporter Une victoire d'excellence, Et pourtant faictes diligence De mectre vos genz en arroy.

Croscus. Très bien dit, mais faictes silence, Car j'y veul penser de par moy.

Salham parle à Croscus qui fait semblant de someillcr Satiiam. Croscus, immuable Roy Régnant sur la gent wandalicque, Qui des haulx Dieux soustiens la foy Selon la secte paganicque, Je t'assigne guerre publicque, Pour ton gain & utilité, Contre Didier, bon catholicque, Et contre Lengres la cité.

Didier acroist chrétienté

Par prescher & par introduyre.

13 i -

Il fait miracles a planté, il tend à tout le peuple instruyre, Si te fault les Wandres coriduyre Par Galles, le pays très fort, Pour Lengres ardoir à destruyre, Et Didier faire mectre à mort.

Jamais accord n'en soit escript S'il ne délaisse entièrement La loy, la foy de Jhésu Crist, Et son peuple pareillement. Dispose toy totalement De leur livrer cruel assault, Et si tu n'as gens largement Le Roy des Alainz ne te fault,

Despesche toy, Il plaist aux Dieux. 0 noble Roy, Despesche toy, Acroy ta loy De bien en mieulx. Despesche toy, 11 piaist aux Dieux.

Croscus.

Jupiter, Mars & Saturnus,

Pallas, Juno, Venus, Mercure,

Cybelez, Pluto, Neptunus,

Lien vous doy servir par grant cure,

Car vostre angélicque figure

M'a donné inspiracion

De ruer à desconfiture

La lingonicque nation.

135

De ce Didier qui tant desplait A la déificque excellance, Jamaiz n'en sera tenu plait, Les Dieux ont donné leur sentence. Il mourra bref comme je pense, S'il ne laisse la loy chrétienne, Et s'il ne veut pour récompanse Accepter nostre loy payenne.

Mes Satrappes & Conseilliers, Dictes en vostre oppinion, N'ay je pas assez chevaliers Pour tout mectre en susgection ?

Le premier Satrappe. Vous avez congrégation De satalites fiers & preux, Qui feront grant vexacion A ces Lingonoiz merveilleux.

Le second Satrappe. .Nous sommes gens chevalereux Pour frapper d'estoc & de taille, Si soit prest d'aller contre eulx, Car trop nous tarde la bataille.

Croscus. Leur loy ne vault pas une maille.

Le premier Satrappe. Et pourtant la faut-il débattre.

Croscus. De leur foy n'est chose qui vaille.

Le second Satrappe. Pourtant les irons-nous combattre.

Croscus. A cela je me veul esbattre.

-13G -

Le premier Satrappe. E( moy je ne quiers que l'assault.

Croscus. .le feray la muraille abattre.

Le second Satrappe. Hz sont nostres ou autant vault.

Croscus. Le Roy des Alainz mander lault, Il est homme de grant noblesse, Je veul qu'il vienne faire ung sault Devant Lengres qui tant nous blesse, nous fault-il monstrer proesse, Combattre, assaillir main à main, Car, par Minerve la déesse, Le siège y sera mis demain.

Le Prologueur dict Vépylogue qui s'ensuyt pour prandre congé. Le Prologueur.

Or, est nostre matière en train, Car jouée est l'une partie, Mais il fault icy mectre frain A faire du lieu départye. Demain sera peraccomplye Du sainct martyr la passion. Venez y tous, je vous supplye, Pour prandre récréacion.

Lengres aura demain la guerre, Et Didier la mort recepvra, Le bourreau cherra mort à terre, Et Croscus desconfit sera. Plusieurs merveilles on verra, Selon les cas, selon les lieux, Quiconques bien les notera, Toute sa vie en vauldra mieulx.

- 137

Dieu, par son glorieux martir., Nous doint faire bon finement! Et vous, Seigneurs, au despartir, Prenez en gré joyeusement. Se joué avons rudement, Ou dit quelque mot qui peu vaille, Supportez-nous bénignement ; Il n'est si rusé qui ne faille.

Le Fol. Il convient que chascun s'en aille Qui ne veult icy demeurer; C'est le congé que je vous baille, Adieu, car je ne puis plorer. Et demain vous failli retorner Pour voir les beaulx esbatemens, Car aussy je vous veul donner De notables enseignemens.

Explicil prima pars hujas operis.

In sequenti vcro folio incipit sccunda pars, sci- licel martirum bcali Desidcrii et bcllum Wanda- lorum eu m eorum deslructionc.

C'est à moy,

Prévost.

139 J. H. S.

Incipit secimda pars lnijus operis.

Le Prologueur comance. Saluste, romain orateur, Donne louange, honneur & gloire, A celluy qui est descripteur Des faictz d'aultruy ou réciteur Affin qu'en dure la mémoire. Se César eut bruyt de victoire Par dessuz tous ceulx de l'empire, Aussi eut-il honneur d'escripre.

Je répute euvres autenticques Et occupacions notables, Mestre en escript les faitz anticques Ou gouvernemens politicques Qui sont à oyr délectables. Les recours en sont proffitables Et font corps humain resioyr, On ne peult trop de biens ouyr.

Si avons rédigé en letre De sainct Didier la passion, Et par personnages fait mectre, Pour nous, à ceste heure, entremettre De vous en faire- ostencion, L'euvre est de grant dévotion. Je vous en avertis alïïn Que vous oyez jusqu'à la fin.

140

Vous verrez Lengres assiéger, Et sainct Didier décapiter. Après venez sa mort vanger Par Marien, fort oc légier, Qui fera Croscus molester. Vous verrez au bon sainct porter Son chef après l'inscision, Par divine opéracion.

Vous y verrez mainte merveilles Et maint miracle d'excellance, Pourtant, Seigneurs, je vous conseille Que nous veullez prester l'oreille En paix, en doulceur, en silence. Prenez aussi en patience S'il y a faulte en notre fait, Vous sçavez que nul n'est parfait.

Le Fol.

Bona vital Jeimyn Cornet, Dieux que tu as sotte visière ! Veulx tu point jouer au cornet Ou de la muse par darrière? Je vien tout droit de la Perrière Pour manger des cailloz cornuz, Mais j'y ay trouvé deux corps nudz, L'ung fumelle <k l'aultre tout masle, Qui ferretoyent leur cul au masle Par dedans une chenevière. On vend du bon vin de Rivière Duquel je voy boire une foys A l'image de la cyvière Qu'est ferrée de doux de boys.

141

Lors Saine t Didier descend de son siège el procède en avant et se mecl à genoulx.

Oralio. DlDIER-

0 Filz de Dieu! 6 Prince! Roy des Roys! Qui tout pourvoys corne gubernateur, Je te requier et prye à haulte voix, Toy qui tout voys, que mon peuple courtoiz Ne tumbe es reetz du pervers séducteur. Tu es ducteur oc gracieux tuteur De l'humble cueur qui de péché se garde, Pourtant contendz vivre 'en ta sauvegarde.

L'ennemy machine Pour nous decepvoir, 0 Vertu divine! Veullez y pourvoir, Fay nous recepvoir Direction telle Que puissions avoir La gloire immortelle.

Et afin de tousiours donner Au peuple bonne instruction, Veul à ceste heure sermonner Une brefve collacion. Faictes la préparation, Vallier. Monseigneur Valier doit tousiours cslre auprès Didier. Valier. Je m'en voy despeschier. Valier mecl ung drap sur la chaire, puis Didier monte cl dit : Didier. Y a il congrégation?

Valier. Oui voyr, bien povez preschier.

142 Didier.

Qdiescite agere perverse,)

,-, \Tliema.

Discite bon a facere. )

Ysaye sicut descripla Primo libri capilulo Verba pro themale sumpta Cor mn presenti populo.

Mais affin que bon efficace Puist avoir ma collation, \ ers la trésorière de grâce Nous mectrons en dévotion, Disant la salutacion Quant, pour nostre rédemption, Luy vint dire : Ave Maria. Lors se mect à genoulx et dit : Ave Maria.

Qviescite agere perverse, Discite bon a facere.

Hœc nostri ihematis verba Exarcntur ubi supra.

Ysaye, en son escripture, Mect le thème que je propose Pour adresser la créature Qui en aucun vice est enclose, Car affin qu'au bien se dispose, Luy conseille sur toute rien Que de mal faire se repose Et aspreigne à faire le bien.

David aussy qui enseigna Maint vertueulx enseignement, Nous dit : A malo déclina Et fac bonum incessamment,

143

Fuyons le mal diligemment, Tous biens soyent par -nous comiz, C'est ce que nous dit proprement Le thème que j'ay devant mis.

Auquel thème je noteray

Deux poinctz en toute brefeté :

Quant au premier, j'explicqueray

Qu'on doyt fouyr perversité.

Au second sera récité

Que debvons aprandre à bien faire

Pour avoir la félicité

Qui est des parfaitz le salaire.

Le premier poinct de nostre affaire C'est que nous debvons reposer D'offenser Dieu & de mal faire, Pour nous à vertu disposer. 0 pescheurs, veullez cy noter Qu'il est temps de soy convertir, Car c'est chose moût à doubter Tousiours pécher sans repentir.

L'Église nous chante & afferme Que qui ne s'amende il a tort, Ainçoys que le corps très enferme Soit préoccupé de la mort, Veu que conscience rencort L'homme pécheur, salle à indigne. Bien est malheureux qui s'endort En Testât d'offence divine.

Pourtant sainct Pol, qui bien parla, Nous dict ce mot d'auctorité : Ab omni specie mala Vos, ô frairesy abslinete.

_ 144

Délaissez toute adversité, Répudiez vice anormal, Et pour recouvrer sanctité Reposez vous de faire mal.

Reposez vous d'orgueuil & d'ire, Reposez vous de vostre usure, Reposez vous de tout mal dire, li<'pnsrz vous fuyant luxure, Reposez vous d'aymer ordure, Reposez vous tous d'offenser, Reposez vous de faire injure, Reposez vous de mal penser.

Il a le cueur bien endurcy Qui tousiours mal sur mal cumule Sans jamais demander marcy A Dieu qui noz faitz articule, Car Yalère nous articule Que l'ire divine & fureur Tant plus se retarde ou recule, Tant plus monstre enfin sa rigueur.

Et pourtant doncques, mes amys, Laissons vainne opéracion Par laquelle on peult estre mis A finalle perdicion, C'est la première inlencion Du thème que j'ay récité, Qui par bonne exortacion Dit aux pescheurs : Quiesciie.

Le second puinct.

Au second poinct veul que sachez Qu'il ne suffit pas seulement

115

De laisser vices & péchez, S'on ne fait du bien largement, Aprandre fault soigneusement D'estre dévot & modéré, Pourtant je dis secondement : Disette bona facere.

0 la singulière doctrine, 0 proflitable sapience, Qui rend la créature digne De contempler divine essence ! N'esse pas notable. science, Vraye & saincte pbilosophye, Parquoy la povre conscience De tous péchez se purifie?

Afin doncq que nous puissons prandre

Le bon train & laisser le pire,

A bien vivre debvons aprandre ;

C'est ce que Isaye veult dire,

Et pourtant quiconque désire

De venir à salvacion,

Il doit premièrement eslire

Le chemyn de dévocion.

Salomon très saige & prudent, Qui escripvit maint examplaire, Dit : Omnia lempus habent, Mais veescy le temps de bien faire, L'apostre aussy le nous déclaire, Quand il nous dit : Faciamus Bonne euvre saincte & nécessaire Dum lempus adhuc habemas.

-10

I Ni

Tandiz que nous avons espace, Faisons du bien à toute instance, N'atendons pas que 1 heure passe, Veescv le temps de pénitence. Laissons <lez ceste heure arrogance, Soyons en vertuz résolutz, Car trop mect son âme en balance Qui tant afcint qu'il ne peult plus.

Mais pource qu'il est commande Qu'à bien faire dehvons apraridre, Peult icy estre demande Comment cela se doict entendre. Je dys que tu doys sans actendre Accomplir les commandemens, Donner pour Dieu, grâce à Dieu rendre, Et recepvoir les sacremens.

Aprans à sçavoir gouverner Tes cinq cens, comme Dieu l'ordonne, Aprans à prier, à jeûner, Aprans aussy à faire aulmosne, Aprans à ne hlesser personne, Aprans à estre doulx ik pieux, Aprans occupacion bonne, Aprans à vivre selon Dieu.

Et pourtant, tout considéré, 0 gens pleins d'obslinacion, l)iscitc bona facere, Faictes bonne opéracion, C'est la totale inlencion De mon thème qui l'entend bien. Disant pour résolucion : Laissez le mal, prenez ]p bien.

147

Peuple dévot, notez ces dictz

Yenans de bouche prophéticque,

Et prions Dieu de paradiz

Que les puissions mectre en praticque,

Exerçons vertu manificque

Durant la vie transitoire,

Pour voir sa face déificque

Lassus en perdurable gloire.

Quare nobis distribucrc Dignelur ac conredere Qui régit aslra polorum In secula seculorum!

Lors faicl la bénédiction cl s'en va seoir.

Le Doyen de Lengres. Messeigneurs, il est tout notoire Que nostre Prélat est notable, Décoré d'euvre méritoire Et de doctrine proffitable.

Le Trésorier. Il est piteulx à amyable, Fondé en toute humilité.

L'Archidiacre du Dijonnoiz. Onques ne vys plus pytoyable.

L'Archidiacre du Tonnoirroiz. Il est piteulx & amyable.

L'Archidiacre du Barroiz. Il nous est bon.

L'Archidiacre de L'Auxoiz. Mais convenable.

Barroiz. II a de science planté.

148 -

DlJONNOIZ.

11 t'si piteulx & arayable.

Barroiz. Ponde en toute humilité

Le Doyen. N'avez vous pas tous escouté La présente coHacion.

Le Trésorier. Quant esl de moy, j'en ay esté Esmeu do grànt dévocion.

Didier salue Chappilrc.

Didier. Le doute Rédempteur de Syon Vous maintienne eu son saincl service ! Vous cognoissez l'affection De Valier qui est tout sans vice, Il n'a provision, n'oflice, Il n'est ne prebtre, ne dyacre, Si luy biiille le bénéfice D'eslre mon grant archidiacre.

•!<' luy veul pourchasser son bien, Son avance & promocion. Le Doyen. Monseigneur, vous ferez très bien De luy donner provision.

Didier. Sa noble généracion Me rend enclin à le pourveoir.

Le Trésorier. Il a belle dévocion.

Le Doyen. Il est pour ung grant bien avoir.

1411 - Didier. Valier, pour le très bon debvoir Que vous avez l'ail & ferez, Pour vos Ire valeur ô< sçavoir, Mon Archidiacre serez. L'aumusse oc le surpliz vestez.

DlJONNOIZ.

// baille le surpitz à Valier.

Tenez, Valier, vesey de quoy.

Didier. Fidélité vous promeetez Tant à l'Eglise comme à rrioy.

Valier.

Je le vous promeetz sur ma l'oy, Ne le pensez point aultrement, El du grant bien que je reçoy Je vous remereye humblement.

Didier. Gouvernez vous honnestement.

Varier. Je n'ay pas au lire intencion.

Didier. Vous avez bon commancemenl De venir à perfection.

Lucifer.

G cruelle confusion, Confusible inllammaciou Enflammée de grant rigueur, Rigoreuse dampnation, Dampnable déleslacion, Détestable & fière fureur,

150

O 1res furieuse douleur, Doloreux deul, niauklit malheur, Valeureuse inportunilé. Importune & terrible ardeur, Me voulez vous ardoir le cueur Par despiteuse iniquité!

Satiia.m.

Vées terriblement chanté, 0 Lucifer, prince meschanl ! Dyables vous ont ilz enchanté ? D'où vient ce misérable chant ?

Belphégor. Avez vous de misère tant Qu'il appert à vostre lengaige? Déclairez nous cy tout content D'où dépend ceste maie raige.

Astaroth.

Tousiours avez vous cest usaige, Tousiours avez vous achoison De monstrer vostre lait visaige Vers nous sans cause & raison.

Cerbérus.

Ha! vous perdez temps à saison De moy accuser d'aucun mal, Car j'ay bien gardé la maison Et fait bouillir le réagal.

Léviatham.

De Homme jusques en Portugal, N'a dyable de moy plus infâme, Je suis ennemy capital A tout le monde & à sa femme.

151

Bélial. Foyson, l'eu forte, belle Dame, Fine finesse fantasticque, Faulcement mon faulx cueur enflame Pour nuyre au peuple catholicque.

LlTCIFER.

Faulce calerve dyabolieque, Vous laissez trop dormir en paix Ceste nation lingonicque Qui empesche tous noz beaux faiz. est Croscus, le Roy mauvaiz? sont Wandres, plains de fierté? Sçavez vous s'ilz viendront jamais Pour destruyre ceste Cité ?

Satham. Je sçay bien qu'ilz ont volenté De Didier faire mectre à mort, Car j'ay moymesmes exborté Roy Croscus, courageux <k fort.

Lucifer. S'il luy convient ayde ou confort, Pourchassez au Uoy des Alainz, Qu'il amainne tout son effort, Tant chevaliers comme villainz.

Belphégok. Nous sommes de cauthelles plains Pour y besongner finement, Ceulx de Lengres seront actains Et assailliz mortellement. Astakotii. Didier morra honteusement, Le procès en est tout jugié, Car il doit estre prestement Du Roy des Wandres assiégé.

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Léviatiiam. J'bj tant soufflé, j'ay tant forgé, Aux RoySj aux preux, aux combatans, Que tout l'ost y sera logé Avant qu'il soit jamais long temps.

Bélial. 11 nous faull aller sur les champs Pour suborner & decepvoir Les Wandres qui sont noz vinchans, Et pour les Alains esmouvoir.

Cerbérus. Quant à moy, je ferai debvoir De garder les portes d'embas.

Satham. •le m'en voys à ce fait pourvoir.

Belphégor. Quant à moy, je feray debvoir.

ASTAROTII.

Je vcul bientost le bruyt avoir.

Lévjatiiam. Et je veul faire les débatz.

Cerbérus. Quant à moy, je feray debvoir De garder les portes d'embas. Lors s'en vont trois vers les Wandres et deux vers les Alains.

Le Fol.

Je veul corriger les estaz, De par l'Abbé des Coquibus, Car il court maintenant ung taz De façons, d'abitz &. d'abuz, Lesquels je feray meclre juz, Puisque je l'ay ou Chérubin.

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Déa apperlient-il que Robin Ou Jehannyn, Jehannot de villaige, Soit fourré de divers plumaige, Gomme s'il estoit de bon lieu ? J'y pourvoyray, par lesangbieu! Puisque je l'ay mis en ma teste. Vous semble il qu'il soit bien honneste De porter ces robbes trainans? J'ordonne qu'aux gentilz galans Qui les traynnent parmy l'ordure, Qu'on leur retranche, à bout taillans, Deux doiz par dessoubz la saincture, Et ceulx qui ont si longue hure De cheveulx dessoubz leur chappeau, Roignez seront, par aventure, Si prèz qu'on tranchera la peau.

Croscus, Roy des Wandres. Qui entreprend de guerre le fardeau, Premièrement,- se doit bien conseillier, Puiz assembler tous ses genz bien ck beau Pour assaillir cité, ville ou chasteau, Occire gens <k terres exiller. Pareillement nous convient batailler Les Lingonoiz, par fureur grant oc ire, Et leur Pasteur condampner à marlire.

Sortez en avant, Barons &. vassaulx, Qui par cy devant Faisiez les beaulx saulx ; Venez aux assaulx Archiers & gendarmes, Garniz de chev. ulx Et de toutes armes.

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Et pour ce que je ne veul pas Défaillir de toul conquérir, J'apoincte ([non aille bon pas Le Roy «les Alainz requérir, El dire qu'jj veulle venir Ayder à combattre les Gales, Car en bref je les veul tenir Tributaires & yectigales.

Sus, Messagier, prenez la peine D'aler vers le Roy autentique Luy requérir qu'il nous amainne Toute sa puissance alan'upie.

Le Messagier des Waxdkes.

Roy triumphant & maniheque, Le plus merveilleux des humains,

Tout droit par ce chemyn publicque, Je m'en voys au Roy des Alains. Lors s'en va le Messctg'icr.

CjRQaGUSj

Et vous, nies satrapes haultains. Renommez en chevalerie, Soyez moy loyaulx oc certains, En ceste guerre, je vous prie. Pour commancer la batterye, Incontinent & sans demeure, Faictes charger l'artilerye, Car je veul partir à ceste heure.

Chargez canons o; crapaudeaux,

Mangonnaulx,

Tous nouveaulx, Uicrs, charettes oc tumeraulx, Pour mener grosses serpentines.

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Trousses, espées et cousteaulx,

Gros marleaulx,

Bons cizeaulx, Pour faire tranchiz & moyennaux, Fosses, mynes & contre mynes.

Monstrez aux ennemys indignes,

Fières mignes,

Divers signes Pourchassans les mors &. ruynes, Tant qu'ils tresbuchent par morceaulx, Et n'oblyez pas colouvrynes,

Javelines

Qui sont fines, Corsetz, cuyraces, brigandines, Lances, guidons & panonceaulx.

Le premier Satrappe. Comme bons subjectz & loyaulx, Disposerons tous noz affaires, Jaques jaserans bons à beaulx, Et aubers qui sont nécessaires. Le second Satrappe. Nous appresterons noz Veuglaires, Becz de faulcons, ribaudequins, Vonges, dagues ix badelaires, Arbalestes & crenequins.

Godifer, satellite. S'il plait aux images divins, Jupiter, Pliébus & Pluton, Nous irons boire des bons vins De Lengres & d'Eulley-Cothon.

Sarragot, satellite. S'il y a geline ou cbappon, Char, poiz, sain, lart ou cliarbonnée,

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J'en fomyraj taui mon gippon Que j'en passeray mon année. TARTARIN, satellite. El s il y ii quelque meslce, Noises, débatz, occisions, .le courray lors à In volée Tout des premiers aux horions.

Ysangrin, satellite. .Non/ disons ce que nous voulons, Mais ([liant ce vient à s'approchier, J'en sçay qui tornent les talons Pour ce qu'ilz n'y osent louchier.

Tost-Venu, messagier. // salue le lioij des Alains.

Vénus <