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L'ACROPOLE DE SUSE
C on BEI!.. — IMI'HIMEUIE CHETE
MARCEL DIEULAFOY
L'ACROPOLE DE SISE
DAPRES
L P: S FOUILLES EXÉCUTÉES
EN 1884, 1885, 1886
sous LES AUSPICES DU MUSÉE DU LOUVRE
PREMIÈRE PARTIE
HISTOIRE ET GÉOGRAPHIE
C: O N T E N A N T 4 7 GRAVURES
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PARIS
LIBRAIRIE HACHETTE ET C"
79, BOULEVARD S \ I N T- GER M A I N , 79
1890
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THE GETTY CENTER
L'ACROPOLE DE SLSE
chapitrp: I
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE ET POLITIQUE DE L'ANZANSOUSOUNKA
Limites. — Grands fleuves. — Idenlification des fleuves de la Susiane. — Divisious ethnographiques. — Uéparti- lion actuelle des races. — La monarchie perse au temps des Parthes et des Achéménides. — Mongols bra- chycéphales. — Aryens. — Négritos. — Sémites. — Adjémis. — Persistance des groupes politiques et ethno- graphiques. — Géographie particulière du royaume de Suse. — Tribus montagnardes. — Houssi. — Habardip. — Koussi. — Nimè. — Identification de l'.Vnzan-Sousounka. — Sousounka. — Anzan. — Anzan-perse.
Tant que les hommes dispersés sur des terres qui suffisaient à leur entretien et à celui de leurs rares troupeaux vécurent en paix avec leurs semblables, ils res- tèrent à l'état sauvage. Les premières aspirations de nos pères vers une oi'gani- sation sociale, et la hiérarchie, son inévitable compagne, furent la conséquence de la première guerre.
Les grandes familles, celles dont les Sémites nous laissent deviner la constitution sous le nom de Beni^ sentirent la nécessité de se grouper autour tlu plus sage ou du plus hardi afin de résister aux agressions des ennemis et de conquérir à moins de risques les biens des voisins. La famille devint tribu, les tribus constituèreni une peuplade. Alors commencèrent des migrations séculaires à la recherche d'herbages toujours plus plantureux, car la multiplication des hommes ('t des troupeaux condamnait les agglomérations puissantes à ravager les terres maigres et à déplacer le campement sans trêve ni repos.
Ces voyages incessants, occasionnés par les nécessités journalières de l'exis- tence et par la contrainte non moins absolue de fuir devant des groupes puissants, amenèrent bientôt les tribus nombreuses à découvrir des pays riches et salubres.
L'Exode et la conquête de la Terre Promise, comme plus tard K's invasions Scythes, transportent ce stage des sociétés humaines dans une période historique et au milieu de nations déjà civilisées.
Les familles isolées ou trop faibles disparurent devant les vainqueurs. In jour
2 1/ ACliOlMlLK ItK SLSE.
|i(iini;iiil, Ii's (liTiiiiTs venus liircnt assez forts et assez unis pour défendre lein' pali'ie d'adoption contre de nouveaux envahisseurs. A dater do ce moment, une par- tie (11- la tribu se lixa sni' ditréi-ents points du i)ays : il importait de jalonner les lerriloires comiuis el d'occuper fortement les ré;.;ions les plus fertiles et les mieux situées. I^a Irnir se ti'ansforma en cabane, le campement en bourg, et ceux des nomades ipie leurs instincts poussaieni à faire souche de citadins devini'enl les habitants des premiers villages. La nation était constituée.
Les membres de ces grandes associations pourront être chassés, subjugués, mais leur souvenir survivra dans l'histoire légendaire, parfois dans la langue, les coutumes, les croyances, et toujours dans la confornuilion anatomi(|ue de leurs successeui's.
Si tcdies furent les lois probal)les (pii régirent l'établissement des sociétés naissantes, la Susian<' dut être peuplée dès l'aurore des tem|)s liistoric[ues. I^a nature semblait inviter l'homme à s'y fixer d'une manièi'c durable. De fertiles alluvious, des rivières multiples charriant en tous sens des eaux fraîches, saines et limpides, un (dimat salubre et chaud, étaient des avantages précieux poui- nos ju'iMniers parents. Les arbres n'ombrageaient |jas la terre: à peine c]uel(|ues bou(|uets de palmiers et des toufl'es de buissons grandissaient-ils tout au bord des cours d'eau, mais certaines herbes devenaient arborescentes, tan- dis cpu' les prairies fournissaient jusqu'au retour de l'hiver un fourrage sec, de liomie qualité. Le blé poussait à l'état sauvage; un grand nombre de plantes telles (pie les mauves et les chardons étaient comestibles. Les fauves abondaient et eussent été dangei'cnx si la plaine n'eût regorgé de gibier. L'homme et b's lions pouvaient prendre place h la même table et s'y rassasier à l'aise. Les rivières elles- mêmes nourrissaient de superbes poissons. Entin la terre jnalaxée et séchée au soleil tenait lien de |)ieri'e à bâtir et de bois de cliar|)ente. .le ne sais si Vi>\\ doit conqdei' au nombre des attractions de la Susiane ses merveilleux paysag<'s; l'homnie primitif était peut-être insensible aux beautés de la nature. Néanmoins on ne saui'ait oublier, (piand on a vécu sur les rives du ("hoaspe et de rOulai. les vastes horizons (pie limite au nord-est la cliaiiie neigeuse des Hakhtyaris. Vienne l'hiver, et aux renoncules rouges succi'dent les marguerites, les bleuets, puis de grandes cniciiï'res jaunes, ininu'iises la|)is de fleurs éidoses aux pi'c- ini(''res pluies et (pie consuiiieronl bienl(tt les l'îivons eml)rasés (\u soleil estival.
(Jiialre lleuves, connus des géogra])hes anciens sous les noms de Choaspe, d'Eulœos ou d'Oulaï, de (lopral('s et de l'asitigris, descendaient des montagnes, parcoui'aienl les plaines du nord au sud et faisaient bénélicier le (-(eur du pays de tous les avantages des voies navigables (voir les cartes). (À'S cours d'eau oui changé de nom. mais il est facile de reconnaflre le ('.hoaspe, le Coprat("'s ci le
IDENTIFICATION DKS FLEl VES ME LA SUSIANE. 3
Pasitigris dans la k»M'klia, rAhdizi'oul cl le Karoiiii. Seul l'Oulaï n'a pas de correspondant parmi les llouvcs modornos, car on ne sanrail idcnliiici' la rivici'c c(''lèi)rr dont les c;ui\ baignaient les murs de Suse à un ruisseau, le (lluiour, qui soui'd au nord du tombeau de Daniel et longe le vei-saut méridional des ruines du Memnonium. L'Oulai, aujourd'hui comblé, mais apparent sur son ancien parcours, était une dérivation artiticicdie de la Kerklia. Il se jetait dans le «lopratés en amont du continent de cette rivière et du Pasitigi'is. Je vei-i'ais dans le (>haour une dérivation secondaire de rOnlaï.
Fir,. I. — l'Àxr.ES F.T \OMADF.S Tl*nCOMV^S.
Le système hy(lrauliqm> de la Susiane se composait donc, en s'avançant de l'ouest vers l'est :
1° Du Choaspe ou KcM-kha, un des grands at'tluents du Tign-;
2" De rOuIaï, qui mettait en communicalion le Choaspe et le Copratès ;
o" Du Copratès ou Abdizloul, issu, counne la Kerkha, des montagnes du Lo- ristan ;
i" Du Pasitigris ou Karoun, qui r-ecevaif le Copratès grossi, par l'intermédiaire de rOiilai. d'une partie des eaux du (>hoaspe.
*
L'ACHOPOLE DE SUSE.
Le Karoun se jette à la mer non loin de rembouchure du ('liat-el-Arab. Quoique traversant le pays du nord au sud dans la dernière partie de son cours, il descend des provinces orientales de la Susiane.
On pourrait encore citer quelques fleuves moins importants et plus méridio- naux : l'Abergoun, ancien Hedyphon ou Hedypnus, le Zab, cours d'eau insigni- fiant, et (Mifin le plus large des trois, le Céfidroud, an<'ien Oroatès, dont les bou- cbes formaient la limite maritime de deux satrapies célèbres : l'Ouvaja (Suside) et la Pàrsa (Perse proprement dite) '.
Je ne reprendrai pas les discussions engagées au sujet de ces identifications. La découverte du site de Suse y met fin et leur enlève tout intérêt. La détermi- nation du cours de TOulaï pouvait seule présenter quelques difficultés ; mais le problème, très bien posé |)ar Loftus, a été résolu d'une manière décisive. Je ferai seulement observer que si la ville de Suse était baignée au nord par l'Oulaï, comme on 1(! constate et comme l'affirment la majorité des auteurs classiques, au sud elle était longée par le Choaspe, distant à peine d'une lieue et demie de l'acropole royale. Ainsi s'expliquent les affirmations nettes et véridiques d'Hérodote : <( Le grand roi (Cyrus) se met en campagne, bien pourvu d(> vivres et de troupeaux de son pays. Il (miporte en outre de l'eau du Choaspe, qui coule à Suse »■, <( et plus
i. 11 serait bien ilit'licile aujourd'hui de tixer d'une inunière précise les liniiles des satrapies telles que rOuvaja, la Pàrsa, la Saraka, la Maka, riveraines du golfe Persique, si Strabon n'avait emprunlé a Néarque un périple du golfe Persique curieusement exact.
(L. XV, g 2; 1.) Des bouches de l'Indus à la frontière orientale de la Perse 13 900 stades.
(L. XV, S 3 ; 1.) Côtes de Perse '. 4300 —
(L. XV, § 3 ; o.) De la frontière occidentale de la Perse, formée par l'Oroatès, le
plus grand ileuve de la région (1. XV, S 3 ; 1), à l'embouchure du Pasitigris. . 2000 —
Soit de remboucliuri^ du Pasitigris à celle de l'Indus 20 200 stades.
D'autre part :
(L. XV, t; 3; 4.) De l'embouchure de l'Oroatès (limite occidentale de la Perse) à
l'embouchure du Tigre dans les marais 3 000 stades.
(L. XV, § 3; a.) De l'embouchure du Tigre â la nier 600 —
(L. XV, § 3; o.) De l'embouchure de l'Euphrate dans le marais, à Babvlone,
plus de 3 000
(L. XV, § 2; 1.) Côtes de laCarraanie 3 700 —
Dans ces mesures ne sont pas comprises les sinuosités des côtes (1. XV, !; 2; 8j.
En comparant la distance de l'embouchure du Pasitigris à celle de l'Indus, mesurée en milles marins, a la même distance donnée par Néarque, on constate d'abord (jue le stade employé par le lieutenanl d'.\lexaudre est le stade des navigateurs de Saraos, de 1 000 au degré. 11 résulte de ce fait :
i" Que les marais du Tigre et de l'Euphrate commençaient a plus de 3 000 stadt« (180 milles) de Babylone, par conséquent dans le voisinage de Kournah et du conHuent actuel des deux ileuves mésopotamiens ;
2° Que la mer s'avançait dans les terres jusqu'à 600 stades (36 milles) de Kournah, c'est-à-dire jusqu'aux environs de Mohamerèh;
3° Que l'embouchure de l'Oroatès, située à 2000 stades (120 milles) de l'embouchure du Pasitigris et a 3 000 stades (180 milles) de celle du Tigre, dans les marais, correspond très exactement a l'eiubouchure du Céfidroud, qui d'ailleurs est le seul grand fleuve de la région;
4° Que la limite orientale de la Perse, située à 4 300 stades :2oS millesi de l'embouchure de l'Oroatès, répond au cap de Lingèh ;
3° Que les côtes de la Garmanie, longues de 3 700 stades (222 millesi. s'étendaient jusqu'au i"\\i Dcharli.il,, limite orientale actuelle de la province de Kirman. 2. L. I, 88.
IDENTIFICATION DES FLEUVES DE LA SLSLXNE. 5
loin est la Kissie, où, sur le fleuve qui est le Choaspe, est bâtie la ville de Suse '. » « On compte quarante-deux parasanges jus(|u'au Choaspe, quil faut traverser en bac et sur lequel la ville de Suse est bâtie '. »
Le Choaspe et riJulaï, quoique charriant les mêmes eaux, étaient donc, le premier un fleuve et le second une dérivation artificielle, fleuve et dérivation (ju'il faut bien se garder de confondre.
L'identification du Céfidroud et de rOroatès n'est pas moins certaine.
Néarque nous a laissé un itiné- raire très exact de son voyage le long des côtes de l'Inde et de la Perse. D'après lui l'Oroatès serait le plus grand fleuve de la région et se jetterait dans le golfe à 2000 stades de l'embouchure du Pasitigris et à 3000 de l'embouchure du Tigre dans les marais (voir sup. p. 4, note I).
Le Céfidroud remplit seul cette triple condition.
Telles étaient les grandes mailles d'un réseau hydraulique que com- plétaient de nombreux canaux, dont les berges sont encore appa- rentes quoique le lit soit comblé depuis bien des siècles.
On cherclKM'tiit vainemenl un ensemble de cours d'eau mieux approprié à la culture et à la navi- gation.
Cette merveilleuse contrée, qui eût fait pâlir la renommée de la Terre Promise si les Hébreux l'eussent devinée, esta peu près morte pour l'historien. On foule sous les plissements du sol les traces de villes si bien pulvérisées qu'elles se confondent avec la terre d'où elles naquirent; on devine la grandeur évanouie des maîtres du Memnonium, mais le passé de l'Élam se cache encore derrière des brumes épaisses.
C'est donc chez les Assyriens, les Perses et les Grecs que j'irai quêter des renseignements; quand il s'agira de la géographie, je les compléterai par un examen direct du sol et des races.
FHi. 2.
JEUNE FII.LE IIE CIIII'.AZ.
1 . !.. V, -49.
2. !.. V, 52. Voir ésalement Straboii. I. \V, §3:4.
LACROPOLIi DE SLSE.
Touf (ravîiil sur la Susiane, peut' (Mrc productif, (Icvni donc cninpoftcr iiiic préfiico (l'un caractère général.
Je tâchei'ai, au cours de cette étude préliminaire, de remonter du présent au passé, du connu à l'inconnu et de reconstituer la Kissic ou Susiane <'t les monar- chies limitrophes, au temps d<'s Parthes, des Achéménides et des Sargonides. donune il importe de mener de front la géographie ethnographique et la géogra- phie politique, je m'attacherai d'ahonl à f^iire connaître la répartition actuelle des races sur les plateaux iraniens et les |)(aiiies alluvionnaires du sud-ouest.
.Ir n'entreprendrai |)as de justifier ici cette répartition. Elle est l'ouivre per- sonnelle de M. Houssay et a été discutée dans un travail (jui a reçu l'entière appi'obation de .M. de Ouatrefages '.
La Susiane, la Perse et l'ancienne (Ihaldéc sont habitées aujourd'hui par quatre races distinctes :
1° Au nord, derrière les hautes monta- gnes ([ui prolongent l'Himalaya, vivent dans les step})es du Tui'kestan des tribus qui ont été chercher des traces de sang jaune sur les confins de la Chine. Turcomans (fig. 1), Mongols de Djengis-Khan ou de Tnnour- Lang, paraissent se rattachera ce type brachy- céphale bien défini, généralement désigné par les anthro[)ologistes scuis le nom de mongo- li(pie. .le n'entends pas dire (jue, des Turco- mans aux Massagètes, les tribus venues des steppes situées au nord de l'Himalaya et à l'est de la Cas|)ienne (ussent conqx)- sées de Mongols, mais cpu' les caractères ethnographiques moyens de ces diverses peu|)lades se retrouvent dans ta race mongoli(|ue. .te me servirai de ce mot, faute de meilleur. Bien qu'il ait le défaut de désigner une tribu moderne, il est préférable au qualificatif touranien^ dont l'acception tous les jours plus large se prête mal à une définition exacte.
Les pays habités |)ar les blancs bracliycéphales sont teintés en sépia sur les cartes ethnographiques.
2° Dans le Fars moderiu' vit, à l'état sédentaire, une population très dolichocé- [)hale, blanche de peau, aux yeux bleus, aux cheveux cliàtains et souvent blonds,
H(.. 3. — AllïtX ne LOniSTAN.
1. M. !•'. Iloiissav, duclciir es sciences, nicnibre de la mission, .l'ai re]iioiluit les parties essentielles de son travail, /es /{aces humaines de la Perse, dans r.Vppendice, pages 87 et sniv., a la suite du chapitre IH.
RKPAHTITION Ar.TlKLLK l>KS IJACES. 7
;iy;iiii la ii()l)l('ss(' du port et tous les tniits des plus beaux Aryens de rKui'0|)c. (le sont les descendants des Perses de raee pure.
Des re|»rés(Mitants dc^ ('(^tte même raee, mais plus vii^ourcHix, plus velus, plus hi'uns de barbe et de cheviMix, habitent le Loristan, quidques vallées de la chaîne
Kin. 4. — TKRIUSMEn i.oni.
du Za^ros et le nord de la Susiane, concurremment avec les Dizt'oidis et les Arabes (lii;-. S (>l I).
.l'ai laissé blanches les provinces peuplées d'une manière (exclusive par les Aryens, soit le Fars, le Loristan et une partie de l'Ardilau.
.'!" A hi/l'oul, Suse, Konah, Ram-Ormuz en Susiane; à (îourek, Haai-am, Linga, BiMider-Abbas dans le Inu's et le Kirman, vivent des Négritos croisés d'Ary<'ns /fij;. (i el S) ou d'Ai'abes (tii^. 7) et, dans une proportion beaucou)) |)lus faible, de IJakhtyaris.
8 LACKOPOLE DE SUSE.
On avait déjà signalé des iXégrilos semblables aux petits nègres des îles de la Sonde ou des Pliilippines le long des contreforts de l'Himalaya et au sud du Mékran et du Béloutchistan '. Ma femme et moi découvrîmes des métis négritos dans les villages compris entre Bouchyr et le versant méridional des montagnes du Fars (fig. 8); puis vint la mission de Susiane qui releva les mêmes métis, depuis
FIG. O. — JEL.\E FILLE IBABE.
Bender-Abbas jusqu'à Dizfoul, où habitent encore, au nombre de quinze à vingt mille, des Négritos dégénérés (fig. 6 et 7).
J'ai teinté en mauve l'Arabistan, le sud du Fars, du Kirman et du Mékran où les petits nègres ont conservé des établissements, et j'ai indiqué par des taches indigo ces établissements eux-mêmes.
4° Les plaines de la Mésopotamie et de la Chaldée sont dévolues aux Sémites depuis de longs siècles (fig. 9, 10, 11 et 12). Elles sont teintées en rose.
1. Qiiatrefages el Hamy, Ci-ania ethnicn, p. 1.S2 et 166.
\i DipuUttoY— i. Acropole df Sust^
Hir.LfU,..-) i'"-
^rEsldcPuns
ETHNOGRAPHIQUE DE LA SUSIANE
el (ies Jîtats limilroplirs
(188(>)
r.ravcp,u Kili.inl F'-''*
I>i'('ssê par DieulaÊoy
HEPAI5TITI0N Ar/IIELLE DES MACES.
9
Les quatre races mères ont donné naissance à des races nouvelles dont les caractères anthropologiques doivent être fixés depuis bien des siècles, car ils paraissent aujourd'hui invariables.
.le citerai :
r Les habitants brachycéphales du Khorassan, du Mazendéran, du (lliilan, de TAzerbeidjan et du nord de l'Irak Adjémi apparentés de très près aux Mongols, mais croisés d'Aryens (fig. I, K5, I '(■ el 15). Les régions peuplées par ces brachycéphales sont couvertes d'une teinte jaune.
2° Les Tadjiks et les Adjémis sous-brachycéphales habitent, les premiers l'est du Khorassan, les seconds l'Irak Adjémi, le Kirman, le Mékran et le nord de l'Ardilan. Les deux races tiennent en propor- tion à peu près égale du sang mon- golique et du sang aryen.
L'Adjémi a été considéré long- temps comme un Persan de race pure et confondu avec lui. Pareille méprise est explicable, car bien peu d'anthropologistes ont eu l'occasion de parcourir l'entier royaume des (îrands Rois. La distinction entre l'Adjémi sous-brachycéphale et le Perse dolichocéphale du Fars saute aux yeux avant toute mensuration.
Les Kurdes et les Arméniens (lig. IS et 19) participent aussi des Aryens et des Mongols, mais les uns
et les autres sont moins brachycéphales que les Azerbeïdjanais ou les habitants de Téhéran. J'ai indiqué sur la carte, par la même teinte paille, les races sous-bra- chycéphales qui ne diiï'èrent les unes des autres que par la quotité du sang ai*yen ou l'introduction présumée chez les Kurdes d'un léger appoint de sang sémitique.
T Dans la montagne qui sépare la Susiane du Fars habitent des tribus fières et belliqueuses connues sous le nom de hakhtyaries (heureuses) (fig. 20). La nation bakhtyarie n'est pas homogène ; (dl(> comprend des races diverses, souvent juxta- posées, sans autres liens qu'un profond amour de l'indépendance. La grande majorité des habitants est néanmoins très brachycéphale et doit être rattachée
KK;. (i. — ENKAVT MiliUlTO-Allï KM 11 K 11 1 Z F O Ij 1. .
10
L'ACROPOLE DE SUSE.
;"i la race mnngoliqup (tointe en sépia sur les cartes). Ce sont encore des brachy- (•('•phales qui habitent la région moyenne de la chaîne ((iii longe le golfe Persique.
4" Enfin, dans la Perse entière, les hautes dignités ecclésiastiques sont dévolues à des Seïds, de race arabe plus ou moins pure (fig. 21).
Ouatre faits nouveaux et très essentiels se dégagent de l'étude ethnographique (le la Perse moderne :
FIG. 7. — NOMADES N É GIU T O S-AR * D liS DE I.* SUSI*\E.
r Identification ethnographique des Loris et des habitants du Fars, 2° des Bakhtyaris et des Mongols ;
3° Découverte en Susiane, puis le long des côtes du Kirman et du Fars, des débris mourants d'une nation négrito apparentée aux petits nègres brachycéphales des archipels océaniens;
i° Diilerenciation des types adjénii et aryen.
C-omme il était naturel de le prévoir, les divisions politiques de la Perse et des |)ays limitrophes correspondent, à très peu près, à ses divisions anthropologiques:
La Caucasie kalmouke et la Turkomanie appartiennent aux Mongols ;
Le Fars et le Loristan, aux Aryens;
HÉPARTITION ACTUELLE DES UACES.
H
- '--»*-i
La Susiano, à des métis sédentaires de Négritos et d'Aryens, à des nomades arabes croisés parfois de Négritos et à quelques tribus lories ;
Toute la Mésopotamie, aux Sémites;
L'Azerbeidjan, le Ghilan, le Mazendéran, aux Mongols persans;
Le Khorassan, l'Irak Adjémi, le Kirman, l'Ardilan, aux Tadjiks et aux Adjémis ! Aryano-Mongols sous-brachycéphales) ;
L'Arménie et le Kurdistan, respectivement aux Arméniens et aux Kurdes;
Les monts Zagros, aux Hakhtyaris.
L'Aryen du Fars, TAdjémi, le Tadjik et le Négrito sont sédentaires.
Les Kurdes, les Mongols persans et l(>s Loris sont partie sédentaires, partie nomades.
Les Mongols, les Kalmouks, les Bakhtyaris et les Arabes sont no- mades.
Quelles que soient leur race et leur origine, les tribus migratrices portent en Perse, depuis plus d'un siècle, le nom d'Iliat; mais outre ces tribus qui parcourent un périmètre limité, il est d'autres nomades, tels que les Chahs- vends, qui se meuvent du cœur du Fars aux rivages de la mer Caspienne. Ces derniers sont de race mongolique.
Au temps de Strabon les divisions en provinces ou royaumes étaient à
très peu près les mêmes que de nos jours. Grâce aux renseignements précis donnés par le géographe grec, il est aisé de reconstituer la carte politique de la Perse arsacide :
Aux Kalmouks de Caucasie correspondaient des Scythes : les Sauromates et les Sarmates ';
Aux Turcomans, les Scythes orientaux : Saces, Massagètes, Daa^s, Cadusiens en s'avançant de l'est vers l'ouest ■ ; A l'Azerbeïdjan, l'Atropatène ^;
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FIG. 8.
NÉfiKlTO-ARÏEN UU l'ARS Jl É Kl 1> 1 0 N A L.
\. Strabon, 1. XI, § 2 ; 1, et § 6; 2. lléiudute, IV, 21, 4;j, 110 ii m
2. Strabon, 1. XI, § 6; 2, et VII, ;• I.
3. Id., 1. XI, § 13; t à 4.
12 L'ACUOPOLE DE SLSE.
Au (ihilan, l'Hyrcanic et les Mardiens du nord ';
Au Khorassan, la Parthic ':
A l'Irak Adjéuii, la grande Médie^;
Au Kirnian, la Karmanie*;
A TArdilan, la Parœtacène et la Cessée ';
Au Loristan, FÉlymaïde '':
A l'Arabistan, la Suside ';
Au Fars, la Perse proprement dite ' ;
Aux Bakhtyaris enfin, les Uxiens au sud ". les .Alardiens perses (qu'il faut se garder de confondre, au point de vue de leur situation géographique, avec les Mardiens du nord ou d'Hyrcanie) au centre'", et les Oosséens au nord ".
Strabon explique encore que les Cadusiens, les Tapyres, les Mardiens ou Amardiens et autres habitants des Zagros, qu'il désigne tous sous le nom de Métn- ftasiesy sont des populations migratrices descendues des rives de la mer Caspienne, le long des montagnes de la Cossée, de la Mardie et de l'Uxie, et que les aïeux des Métanastes sont de la même race que les Scijtlies, à en juger d'après le nom des trihiis et le type des individus '".
Au temps des iVchéménides la carte politique de l'Iran est encore facile à tracer.
On peut assigner aux petits peuples compris dans l'armée de Xerxès leur véri- table patrie et déterminer à plus forte raison la position exacte des vingt et un nomes financiers d'Hérodote '^ et des satrapies.
Dans le tableau suivant, dont je discuterai ])lus loin les identifications, je prends pour guide la liste de Bisoutoun et j'écris en correspondance des vingt- trois satrapies (chiffres aralx-s) les nomes d'IIéi-odote (chiffres romains) et les pro- vinces actuelles comprises en tout ou pnrlir (l;ins chacune des divisions admi- nistratives de la monarchie achéménide.
L'ordre des satrapies n'est pas arbitraire.
). Slrabon, I. XI, § 6; 1, !; 7 ; 1, !; 8; 1 et 8. .■! S 13; :!. 2. M., 1. XI, § 9. :f. r.l., 1. XI, §13.
4. M., 1. XV, § 2; .ï et 14.
5. 1(1., 1. XI, §13; fi; I. XV, § 3; 0; 1. XVI, S l; S. 17 eltS. H. Id.,1. XV, §3: 12.
7. Id.,1. XV, §3; 4.
8. hl., 1. XV, § 3; 6 et 7. '••. 1(1., 1. XVI, § 1; 17.
10. M., 1. XI, § 13; 3 et 6; 1. XV, §3; 1.
11. 1(1., I. XVI, § 1 ; 17 et 18. Les Cosséens occupaient les niontaitiies situties au nord de la marche perse (Strabon, XI, § 13 ; 6, d après iXéarque) et de la Parœtacène (Strah. Voir note .ï), qui lUait elle-même au nord de l'Elymaïde (Strab., I. XVI, § 1 ; 8).
12. Strabon (I. .\1, S; 13; 3 et 6). Coni|iarez au même point di> vue avec le .S 7, I du nirnie livn' XI.
13. Hérodote !l. m. ;; 89; comiile i» nomes seulement, mais il nc-lif.'e la Perse 1. III, iS 97).
LA MONARCHIE PERSE AU TEMPS DES A<:HEMENinES.
i;j
Le scribe do Darius divisa Pcmpirc do son maître en trois segments : ouest, nord, est, ayant le Fars comme centre commun; puis il inscrivit les provinces comprises dans chacun d'eux en marchant du centre vers la périphérie et du
Kl r, . 9. — J K II \ E I E M M E A B A B E 0 E LA S U S I A IN E .
nord au sutl. Les très rares inexactitudes que l'on peut relever à l'encontrc de ce mode de classement sont imputables à l'ignorance bien excusable des géographes perses.
\ . Pàrsa. 1. Ouvaja.
3. Bàbirouch.
4. Athourà. o. Arabàya.
6. Moudràya.
7. Tyàiy Darayahyà (peuples (le la mer),
8. SparJa.
Perse.
(VIII) Kissie.
(IX) Babylone. (IX) Assyrie.
Arabie et (V) Phénicie et Palestine.
(VI) Egypte et Libye.
(IV) Cilicie et (V) Syrie et Chypre.
(Il) Mysiens, Lydiens, Lasoniens, Cabaliens, Hygennéens.
Fars.
Arabistan et Loristaii.
Pachalik de Bagdad.
Moutessaiefié de Mossoul.
.\rabes Montéfics, Syrie et Judée.
Egypte.
14
LACROrOLE IiE SUSE.
0. Yaunà.
10. Miula.
II. Aiiiiina.
12. Kaliialouka. i:t. Paithava. il. Saraka.
l"i. Haraïva.
IC). Onvàrazmiya. il. Bàkhtrich.
iS. Soughouda.
t'.t. Ganilàra.
iO. Saka.
21. Thàtagoueh.
22. Haraouvatidi. 2:t. Maka.
A. Lxie.
B. Cossée.
(1) Ioniens, Mas^iiètes, Éolieus, Ca-
riens, I,yciens, Milieiis, l'amphy-
liens. (X) Mèdes, Paiicanicns , Oiiliocoi y-
bantes et (XI) (luspions, Pausiqiies,
Panlimatiens, Uarites.
(XIII) Paclyices, Arméniens justiii'au Pont-Eu-Kin (.MX), Moschiens, Ti- baréniens, Macrons, Mosynéques, Mardiens du nord.
(XVIII) Matianes, Saspii'e, .\laruilieiis. [\\l) Parlhie.
(XIV) Saranges, Sapartcs, Thania- néens, Ulies, îles de la mer Koufte et (XVII) Paricaniens.
(XVI) Aryens.
(XVI) Chorasmiens. (XII) Bactriens.
(XVI) Sogdiens.
(VII) Gandarie.
(XV) Saces et Caspiens de l'est. (VII) Sattagydes.
(VII) Sattagydes.
(XIV) Myces et (XVIIi Étliiopiens d'Asie.
A. Uxie indépendante.
B. Cossée indépeiuUinle.
Irak .\djémi, .\/.erbeïdjan, (ihilan, Mazentléran.
ïranscaucasie.
Kurdistan. Kliorassan. Kirnian méridional et Onu HZ.
Afghanistan ^centre, province
d'Hérat). Cliiva.
.\fghanistan (nord), rive gau- che du haut Oxus. Bokhara ( rive droite de
rOxus). Afghanistan (sud), province
de Kandahar. ïurkestaii. Afghanistan oriental (rive
droite de llndus). Arachropie ou Béloutchistan
septentrional. Mékran et Béloutchistan nié-
ridiiiiial et peut-être Oman. Tangislan. Ardihui.
Los nomes iinanciors, (jiioi qu'en dise Hri'odote, représentent Télat de lu monarchie achéménide vers l'an 450. Ils ne sont pas toujotirs identiques aux satrapies de Bisoutoun ; à cela ri(Mi de surprenant, puisque l'étendue et le nomlire des satrapies variaient sous Darius lui-même, comme le montrent les listes perses de Bisoutoun, de i*ersépolis et de Nakhchè-Roustem. (les remaniements fréquents étaient une conséquence des annexions ou des pertes de territoire et le plus sou- vent s'opéraient, au gré de la volonté royale, quand la politique intérieure ou la personnalité des satra[)(>s exigeaient des dédoublements ou des grou|)emenls de [)rovinces.
(le sont là des errements suivis encore de nos jours. Le Loristan, TArdilan et l'Arabistan, j'ai pu le constater, ont formé depuis 18S1 trois, une et deux circonscriptions politiques.
11 est heureusement facile de ramener les nomes d'Hérodote aux satrapies de Bisoutoun.
Sans parler de rind<\ XX'' nome, doul il ii'esl |)as encore l'ail mention à Bi-
LA MONARCHIE PEHSE AU TEMPS DES AC HEM EN IDES.
15
soutoun, du XVIIP nome, que l'on ne peut ulentifier qu'avec la Cappadoce' (Katpa- touka, 12^ satrapie), et de la f^rand(î majorité des provinces dont l'assiette n'a pas été moditiée, l'accord s'établit de lui-même, sauf pour les satrapies du sud-ouest.
On voit d'abord que la 11" satrapie, l'Armina, comprenait les nomes XIII et XIX -.
En revancbe, la Bàbiroueh et l'Alliourà, 3" et i"" satrapies, furent réunies en un seul nome, le IX°.
La Parthava, l'Haraiva, rOuvàrazmiya, la Sougliouda, 13', \'.')% IG', 18' satrapies, la Gandàra cl la Thàtagouch, 19" et 21'", dont les noms sont à |)eine défigurés dans les textes grecs, se confondirent respectivement dans les nomes XVI (Parthie, Aryens, (^borasmiens et Sogdiens) et VII (Gandarie, Sattagydes). A ce nome fut joint également la 22'' satrapie, l'Haraouvaticb, identifiée avec l'ancienne» Aracbosie (Béloutchis-- tan septentrional). Du nord de la Ty;uy Darayabyà, 7" satrapie, on forma le nome IV, la Cilicie. Li- nome V est coiuposé avec la Syrie et Cbypi'e, dé- tachées de la Tyàiy Darayahyà, de l'entière Pbé- nicie, provenant de la 5*" satrapie, l'ArabAya. (^ette modification fut la consé<|uence d'événements qui permirentaux Arabes de secouer lejougdes Perses.
On voit ainsi comment vingt et une satrapies se condensèrent eu dix-neuf nomes.
Restent à étudier la répartition de la Siirak;i cl de l;i Maka, I ï" et 2'.V' satrapies, dans les nomes XIV (Sagartes, Sarauges, Thamanéens, Uties, Myces, lies de la mer Rouge), et XVII (Paricaniens, Ethiopiens d'Asie) et la situation de ces diverses provinces.
Le XIV" nome comprenait des tribus sagartes, l'Utie et les Ib's de la mer Rouge. Il s'étentlait donc entre le Fars (>t le détroit d'Ormuz. ('es renseignements, fournis par Hérodote *, sont coniirmés par l'inscription de Bisoutoun '.
Le X'' et le XVI L' nome d'Hérodote sont habités tous deux par la même peuplade.
J
inr.. 10.
ciiKiKii AnAin: hk chai.iikk.
1. Le nome XVHI conlicnl, eu eflet, les Saspires, qui sé[iareut la Colchiile de la Médie (Héroilote, I, g loi-, et IV, 37), et les Matianes, limitrophes des Phrygiens, des Cappadociens-Syriens, des Paphlagouiens et autres peuples de l'Asie Mineure centrale.
•2. Le nome XIX comprend les Marrons, ([ui vivaient à l'est des Syriens du Tlierniodon, c'est-à-dire au niu'd- est de l'Asie Mineure ^Hérodote, II, ^ lOi, IV, 86).
3. L. III, S 93.
4. Colonne III, § :i : » I„i ville nom niée Tarava (aujourd'hui Taroun, dans le Kirman) du disli'irl Youlia il.-
la Pàrsa... ». VoirOpperl, le pi'KpIc et ht hingite des Mette, p. 137 et I3S, et Kossowicz, Acc/t., p. 30, inliM-p.. p. 30, trnus., p. 2S.
16
LACHOl'OLI-: DE SUSE.
les Paricaniens '. Dans le X', les Paricaniens sont joints aux Mèdes, dans le XVII" aux Éthiopiens d'Asie. Les Paricaniens faisaient encore partie du même i^roupe militaire que les Uties, les Myces (XIV^ nome) et autres riverains du golfe Persique. En outre ils étaient habillés et ét|uipés comme eux -.
Il résulte de ces faits que le XVIF nome d'Hérodote, à la fois limitrophe des .V et XI V nomes, s'intercalait entre le sud de la JVlédie et les côtes des provinces modernes du Fars et du Kirman.
FIG. 11
CHEIKH MIVBE.
I-IB. 12. — JEUNE KIl.l.E AIMBK 11 K I.* SISIANE.
Le XVIF nome répondait donc au nord d<'s provinces modernes du Kirman et du Mékran. Il y a tout lien de croire que ce même nome se prolongeait jusqu'à la mer et occupait au-dessous du VIT, (jue je viens d'identifier avec la Sattagydie et l'Arachosie (Béloutchistan septentrional), le sud du Béloutchistan, qu'il serait impossible de rattacher à aucune province limitrophe.
La 14" satrapie, la Saraka, et la 23% la Maka, étaient |)euplées des Saranges et sans doute des Myces du nome XIV. Dans les listes perses et grecques les Saranges et les Myces, qui sont d'ailleurs voisins des Paricaniens, sont rangés de telle sorte que les Myces semblent avoir véru à l'est des Saranges. J'admettrais donc volontiers que la 14' satrapie, qui comprenait les Saranges, les Sagartes et les Uties, était formée des régions occidentales des nomes XIV et XVII (Kirman
1. Hérodote, 1. HI, S 92 el 94.
2. Ici., 1. VII, § 68.
LA MONARCHIE PERSE AU TEMPS DES ACHEMEMDES.
17
inodrnu^), tandis quo la 23° satrapie était constituée par les parties oriental(^s des mêmes nomes (Mékran et Béloutchistan méridional).
Puis({ue les Parieaniens tenaient les marches septentrionales du nome XVll qui continaiiMit avec la Médie, une simple soustraction indique que les Ethiopiens d'Asie,
FIG. 13. — Jfl\H. KII.I.E TIRCI>MA\E.
rangés par Flérodote au nombre des tribus du nome XVII, habitaient le sud-est de la même province, c'est-à-dire les côtes du Mékran et du Béloutchistan '.
Ce renseignement précieux, de tous points conforme aux découvertes ethno- graphiques de la mission et au classement ntéthoflique des satrapies-, nous fait pres-
1. Hérodole, I. III, S; 94.
2. .S»p., p. 13, ft eurtp dep saliapies.
18
L'ACnOPOLK liK S USE.
sentir la déchéance prochaine des anciens maîtres du pays. Décimés et abâtardis par h's h)ngues guerres contre l'Assyrie et le contact prolongé des Aryens, les Négritos étaient bien dégénérés dès le milieu du v" siècle avant Jésus-Cilii-isl. Ils n'existaient plus à l'état de race pure que dans les chaînes côtières de ITlaraoïi- vatich. loin des Perses, des Mongols et des Sémites.
Les géographes et les historiens classiques ne nous ont pas laissé de men-
die, li. — KP\I\IK h 1 lÉIttliVN.
SLirations anthropologiques. Aussi bien doit-on s'autoriser de iciiseigucnients indirects |)our assimiler, au point de vue de la i"ace, les anciens et les modernes habitants de l'Iran.
L'n fait indéniable, c'est que les auteurs anciens, qu'ils soient Grecs, Romains, Perses ou Persans, rattachent à uiu» même souche barbare très distinde de la sonche aryenne tous les peuples riverains de la mer Caspienne : Scythes, Mardiens, DaiFs, Massagètes, Paraetacènes, Parthes, Mèdes brachycëphales.
Hérodote sait, au moins par ouï-dire, que les Sauromates', les Massagètes, les Argippéens, dont il décrit la figure mongolique et le costume ', sont tous de race
I. I.. IV, s HO, 116 et 117. ■2. Hérodote, 1. IV, § 2.3.
MONGOLS.
19
scytlic : il distingut' chez los Mèdos l«\s tribus aryennes, et notamment les Aryzanles (lils (rAry(>ns), des Parsetacènes par exemple et de la masse de la nation '; Strabon et
Kir.. !.■>. — FEMME DE P. l C E TinCOMAVE-.
nuinfe-(jiirpe, beaucoup plus précis, reconnaissent des peuples scythes dans les Sar- 11 la les, les SauromatesMes Mardes*, lesDaa's, lesMassagètes,lesSaces\ les Pari lies".
I. Hérodote, 1. I, § 101. L'origine scythe des Pai;placèiies n'éUiil [lus (loulcuse puni' Strabon (I. XI, ;; 13; 0).
"2. .Malgré la similitude des traits et du costume, les deux temmes représeiiti'es fig. 14 el Ki n'ont inn un lien de parenté, mais font partie du même harem.
3. Strabon, 1. XI, § 2; 1.
V. Id., 1. XI, §6; 2, et § 9; 2.
;;. Id., 1. XI, § 8 ; 2, 6, 8 etp((s.s.
0. Id., 1. XI, § '.I; 12. Quinte-Cnrce, 1. VI. S; 2 : « On ne doute pas que les Scythes, par ijui l'ut fondé l'empire des Parthes... »
20
L'ACHOPOLE DE SUSE.
les Arméniens' et les autres tribus qui erraient au nord de la Médie dans les mon- tagnes de l'Hyrcanie et de FAtropatène -. Les Sassanides opposent l'Iran à l'Aniran. les vieux poètes persans, l'Iran au ïouran, personnifiant ainsi deux races ojjposées. Personne n'ignore que dès le moyen âge la patrie originelle des braehycépliales se
..fi
HG. Hi. — O F FI Cl En GÉ\tllAI..
trouvait dans les plaines de Tartarie, et que les caractères distinctifs des anciennes hordes caspiennes appartenaient aux armées d'invasion descendues de l'Asie cen- trale. Scythes ou Parthes, Huns d'Attila ou Mongols de Djengis-Khan étaient ani- més des mêmes sentiments, obéissaient aux mêmes passions.
Aujourd'hui on sait mieux encore. Les annales de la ("hinc nous appremient, par- exemple, que, vers le m' siècle avant notre ère, <|U('|(|U('s grandes tribus
i. Strabnii. 1. XI, S 14; 14. 2. 1(1., I. M. M3; 3 et 6.
AH YENS.
ril
inongoliques camprcs à roucst de l'empire s'ébranlèrent et se dirigèrent vers le eouchant. De ce nombre étaient les Youecbis et les Hiongnous' (les Huns sans doute). Cet exode correspond exactement aux grandes invasions scytbiques qui mirent en péril le royaume pai-fhe et submergèrent la Bactriane et le nord de l'Inde.
KIG. 1". — lUJÉJlIS.
Je crois donc que Ion peut admettre comme démontrée l'identité antliropo- logique de tous les peuples qui se sont précipités des steppes déshéritées de l'Asie centrale à la conquête de la terre de Chanaan.
Chinois, Assyriens, Perses, Romains, Byzantins et Persans ont souffert des atteintes du fléau.
1. Hawlinson, The sixth ijnat (irieniiil monaychk. \>. Ilo, 117, 120.
-;-)
L'ACHOI'OLE DE SUSE.
L'nn^int' aryenne de la grande majorit»' des habitants du Fars et de lancieiine Perse achéménide me semble tout aussi certaine.
J'en veux pour preuves : l'extrême pureté du sang îles Farsis, le type des graud> personnages et des serviteurs reproduits sur les médailles et les bas-reliefs anci<'n> ^fig. 22, 23 et 24), les déclarations de Cyrus' et de Darius- confirmées par Héro-
F I r. . 18. — É V E 0 l E 4 r, « t M E X .
dote', rinvariabilité du nom niènic de la natimi. la lixite de la langue (lepui> l'époque des Acliéménides jusqu'à nos jours.
Les annales assyriennes, notamment celles de Salmanazar 11 et de ses succes- seurs, laissent entrevoir dans loues! de la Médie deux prinei|)autés aryennes :
1. Inscription de Mechhed-Mourgab : •. .Moi, Cyius, roi achéménide ■•. Opperl, les InscHiitions ilvs AcMiné- nidi's. p. 2H.
i. Inscription funéraire de .Xakhcliè-Koustem : « .Moi. Darius .\ryen, Uls d.Vrven, Perse, (il- il'- P^tm-,... .\clié- niénide ". Oppert. Kossowicz.
:!. Ilérod.. I. I. ^ 107 et 209 ; 1. III, § 7b.
31 I)i«nJafiA-_ L Anopolc ie Six>~-
HaAgtteet C?
t8° Est iePans
CARTE ETHNOGRAPHIQUE
DE LA SUSIANE et dos Etats limitrophes (VIII^S'^^ A.J.C.)
i'-ievt- pup Ijà.Trd f^s
J>resse par DiAjîlafi>r
ARYENS.
2:5
le l'arsoua et, le Manna'. Plus tard Sennachérib lit la j^uorrc à un allié du roi d'Élam, au roi du pays de Parsouach : « Lui l'Élamit*' dont j'avais pris et ruiné les villos dans ma précédente campagne au pays d'Élam, ne put me pardonner dans son cœur; il accepta les présents des Babyloniens; il réunit ses troupes, ses chars et ses chevaux; il appela à son aide de nombreux alliés, les pays de Parsouach, {VAtnan, de Pachiroii, cVË/l/pi, les peuplades de Yasan, de Lakapri, de Harzounou, les villes de Doummouqou,... et tous ensendde prirent la route du pays d'Accad'. »
Les assyriologues t'ont dériver de la même racine les mots Parsoua, Par- sDiiach et même Parson employés res- pectivement par Salmanazar II, Sen- nachérib et les scribes babyloniens de l'époque des Achéménides pour dési- i;ner, le premier une contrée mal dé- Unie, limitrophe de la Médie occiden- tale, le second un pays inconnu, et le troisième la patrie des Achéménidi's, c'est-à-dire le Fars. Mais tandis que tous laissent le Parsoua au nord di- l'Élam, quelques-uns veulent que le Parsouach et\e Parsou ne soient qu'une seule et même province, la province du Fars.
Si je ne me range pas à l'idenlili- calinn pi'oposée du Parsouach et du
Fars, c'est (jue les pays de Parsoua et de Manna traversés par les armées d'Achchoui-, avant d'atteindre la Médie, s<' ti'ouv.'ut sur la seule route de caravane qui relie la vallée du haut Tigre à l'Atropaténe, et correspondent par conséquent au sud de rXrdihui et au nord du Lorislan, encore habité par des Aryens très dolichocéphales. A mon avis, les Parsouachs de Sennachérib seraient les héritiers directs des Parsouas de Salmanazar II et les ancêtres des Loris de race aryenne signalés par la mission au nord des plaines de Suse (lig. 3, I et 5).
J'ajouterai que la ville de Suse, l'alliée des Parsouachs, infiniment éloignée
1. Obelisiiiie, 1, 119, et Sargoii, Iiiscriplioii des Fastes, 1. 49. Dans celle inscripl.ion deux rois de Manna soiil nommés l'un Dayoukkou « Déjocês >. et l'autre liagdatti « Bagadàta », litlér. : donné par le dieu Bag. Ces deux formes sont essentiellement aryennes.
2. Cylindre de Taylor, col. o, 1. 2o et suiv. Viiir (;(/'.. |i. O'i.
I '.I . — J E U ^ E FILLE A II M É N I E N N E .
24
L ACUOI'OLE J»E SLSE.
(]«• Ppi'sépolis et du pays des Parsous des textes adiéniénides, est fUi eontrairc forl rapprochée du pays des Parsoiias des inscriptions de Salmanazar II.
Cet argument décisif en Caveur de l'identification que j'' propose — des Par- souaclis. des Parsouas et des Loris — demande à être développé.
FIG. 20. — BiKHTÏAUlS.
La meilleure carte est trompeuse quand on lui demande des renseignements qu'elle ne peut fournir; telle est révaluation en étapes d'un chemin à parcourir. La traversée des monts Zagros, de Persépolis à Malamir. est une opération mili- taire longue et pénihle pendant la helle saison et impraticable durant l'hiver.
ARYENS.
25
l)icii que II' massif atteigne à peine 2(MJ kilomètres de largeur théori(|ue.
Il résulte en eflot des renseignements foui^nis par les conducteurs de caravane
ou mieux encore rapportés par MM. Bahin et Houssay, de leur voyage à Malamir,
Uamormuz et Chiraz, qu'// eut impossible de se rendre directement des hauts plateaux
Fie. 21. — SEÏDS.
de la Sasiane dans le Fars. On doit remonter au nord pour atteindre la Médie, ou redescendre vers le sud afin de déboucher par les pyles persiques. En caravane le trajet — quand on choisit la route la plus directe — flure de trente-cinq à quarante jours durant la belle saison; le chemin est sous la neige tout Thiver.
26
L'ACUOPOLE DE SUSE.
En un mois et demi une caravane aurait parcouru dans les vallées longitudinales (le rÉlam et du Loristan de 1000 à 1 100 kilomètres, quatre fois environ la distance de Suse au pays des Parsouas. Il eût donc été bien imprudent à un roi de Susiaue
FIG. 22. — PORTIillT DE CHM'OUR CIS-ISELIEF SASSiMDE DE N AMI C H È F. 0 U ST E u).
de compter sur des contingents du Fars, parce que les communications entre 1rs di'ux pays sont interrompues pendant la moitié de l'année, et trop lentes léle et rautomne. Enfin j'hésite à penser que les Perses, garantis des incursions assyriennes par des frontières infranchissables, aient jamais songé à entrer dans une coalitidu
NEGRITOS.
27
conliH' Sennachérib ; tandis que les ancêtres des Loris faisaient partie de ces petits peuples que réunissaient contre un ennemi commun les mêmes rancunes, les mêmes craintes, les mêmes intérêts.
FIG. 23. — AnïEXS (ciS-UELIEF SASSAMDE DE N i K H CH É-li È D J E b)
Pour toutes ces raisons, je verrai dans les royaumes de Parsoua ou de Parsouach des inscriptions assyriennes un seul et même pays, TArdilan moderne (com- parez la carte antique avec la carte moderne), peuplé comme de nos jours par des Perses, au sens et Imograij laque mais non géographique du mot.
La découverte, dans les nécropoles parthes du Memnoniuin, de crânes négri-
2S
L'ACROF^OLE DE SUSE.
tos ', le type si franchement négroïde des Élaniites (fig. 31, 32, 30, 37 et 3S ; (•i>in]i. lig. 6, 7 et 8) reproduit sur les bas-reliefs assyriens, les émaux de répoquc des Achéménides exhumés des fouilles de Suse -, confirment les renseignements (lue les historiens classiques' fournissent sur les Éthiopiens du levant. Ces noirs à cheveux plats qui au temps d'Hérodote et de Strabon existaient à l'état de race pure sur les côtes méridionales de la Perse et du Béloutchistan, ces Kliousis « maigres, chétifs, laids, au teint cuivré presque noir » qui peuplaient encore la Susiane au x" et même au xiif siècle ^, sont les aïeux des métis négritos tiuc nous avons rencontrés depuis le détroit d'Ormuz jusqu'à Dizfoul.
D'autre part les caractères anthropologiques si nets des Négritos, la persistancr
de ces caractères à travers les siècles, sont des l)reuves formelles que les races noires susiennes n'eurent jamais de liens de parenté avec les noirs d'Afrique, notamment avec les l-lthiopiens et les Nubiens. Ceux-ci sont dolichocéphales, grands, forts, à cheveux crépus; ceux-là brachycéphales, petits, à ;^ cheveux plats : différences qui n'avaient échappé ni à Hérodote^ ni à Strabon \
Le sang noir des modernes Dizfoulis, des gardes royaux de Darius et des Susiens, leurs aïeux com- muns, ne provient donc pas d'un appoint artifif-iel apporté par des esclaves de la côte d'Afrique. Il faudrait au contraire aller chercher les parents des Dizfoulis à l'est de l'Élam. Les Négritos possédaient la Susiane dès les temps les plus anciens, de même que l'Asie méridionale et orientale, où l'on retrouve partout leurs traces, îlots isolés au milieu des peuples conquérants. Séduits sans doute par la merveilleuse richesse des plaines qui s'étendent au sud-ouest des Zagros, ils se fixèrent en grand nombre sur les rives des grands lleuves et constituèrent de bonne heure un royaume puissant.
Pendant de longs siècles la race noire ne dégén('ra pas. Des croisements dus au transport des femmes babyloniennes dans les harems des chefs susiens. et aux guerres contre l'Assyrie, introduisirent dans la population quelques traces de sang sémitique. Malgré les sauvages expéditions (rAchchoiirbanipal, les traits
ne. 24. — OFFIClEn DE LA CARDE l'ERSE
(bas-behef Égyptien).
1. Voir Hoiissu}, Appi'iulicc, p. lOi t>l suiv.
2. Inf'ra, Description des archers et des has-reliefs de l'apadàii.!.
3. Hérod., 1. VII, § 70. Stral)., 1. XV, g 1 ; 13,24 et Ta.
4. Yaqout, d'après El-lstliakliri, et Ibn Ktiordadbili {Géographie de la Perse. Irad. Harbicr de Meynard . p. ■21-2. p. 130, note 2, et 137).
.ï. Hérod., 1. Vn, § 70.
6. Strab., 1. XV. !; 1; 13, 24 et 2o.
N KG H nos.
29
saillants di' la raci' nryrilo ne s'amollirent pourtant que le jour où les Perses eurent l'ait (le Suse leur eapitale de pr»''dilection '.
1 .*-,£•- ■
i-;g. 2J. — pr.isoNMiiu sumkn (LOUNni-:).
■■.\
.lus(|u"au moyen âge la Susiane resta l'apanage des Susiens « cuivrés, presqui'
I. Au iiombri' des inonumcnU égypticDS ilii miisi-e de Berlin, il en est un fort curieux (lig. i't] signalé par
30
LACHOPOLE DE SLSE.
noirs », que nous savons aujourd'hui être des métis de Négritos et d'Aryens. A dater du xni* siècle les Arabes tentèrent de se sul)stituer aux noirs en pleine décadence, et se croisèrent aux habitants du pays pour donner naissance à une nouvelle race nomade (fig. 7), dont le sémitisnie est modifié par un léger appoint de sang noir susien, tandis que les métis négrito-aryens restaient confinés dans quelques bourgades.
Bien avant qu'il ne fût question des touilles de Suse, des savants, à la tète desquels je dois citer M. d'Eckstein', avaient reconstitué un peuple noir, les
FlG. 26. — AnCHERS ASSYRIENS 'L0L\UE).
Kouchites, et, guidés par des textes très curieux, l'avaient même suivi dans ses principales migrations. Parties des versants méridionaux de l'Indo-Kouch, les triJHis noires, au nombre desquelles on rangeait les Kissiens, se seraient répan- dues sur les côtes du Guzerate et du IMalabar. puis elles auraient suivi les rivages du golfe Persique, atteint la Susiane et la C.haldée, doublé l'Arabie, gagné l'Afritjue éthiopienne et se seraient fixées sur les bords du Nil-Bleu. Leur avant- garde reconnut même le Delta, la Phénicie et la Carie. 'C'est à ces frilnis que
M. Révilloiit. Il repii'seiile le chef île la garde [lerse îles rois d'ÉgypIe. L'officier, coiffé et velu comme les archers noirs de Darius découverts a Suse, se distingue des Égyptiens par la nellelé de son profil aryen-négrilo.
1. Athscneutn français, 22 avril, 27 mai, 19 août 1854. De quelques légendes brahmaniques {Journal usia- lique, 1836). Les Gares dans Tantiquité.
NEGRITOS.
31
M. d'EcUstein rattachait les fils de Kouch dont la Bible tait mention et les vils Kouchites des inscriptions hit'roglyphiques.
"^^^iri:
f ^T^ ;'^'^' ^r^'-rrr ; r-:3?r3i5:
no. 21. — IlOl ASSYUIE\ (I, ouvre).
Cette hypothèse hardie, accueillie avec une extrême défaveur quand elle se l'oduisit la première l'ois, est conlirnièe dans ses |)rèniisses, puiscjue rethnogra|)hie
.{2 L'ACROPOLE l»E SUSL.
l'I rarehéologie sont d'accord pour relever des traces de >'égritos depuis les Indes jusqu'en Susiane. Mais à partir des rives du Karoun on ne retrouve ]dus aucun indice qui permette de suivre les |)etits noirs dans leurs migrations vt-rs l'Occi- (leiit. Avant de ratta(dier la race noire de la Susiane au type koucliite égyptien. il faudrait admettre que les Négritos, après avoir donnr leur nom aux ennemis séculaires des pharaons, furent chassés ou absorbés par les grands nègres qui détiennent encore le pays de Kouch. Les petits nègres signalés par Hérodote' au delà des Automoles, désignés i)ar Strabon sous le nom d'Acridophages*, et visités pai' les voyageurs modernes dans l'Afrique centrale, seraient-ils les descendants fie iNégritos apparentés aux Susiens? Ce sont là des problèmes encore insoluldes.
Pour le moment je ne retiendrai que deux faits :
1° La capitale de la monarchie susienne était sans doute la ville la plus ancienne de la l'égion du Tigre et du Karoun, car seule elle émergeait des alluvions blanches répandues sur tous les pays limitrophes, semblable à ces soulèvements géologi- (pies que n'ont pas recouverts les étages plus récents et qui montrent à fl<'ur de sol li'ur antiquité relative.
2° La plaine de Suse, comme l'Inde, l'Indo-Chine, les îles de la Sonde, était habitée par des Négritos et non par les grands noirs de la côte d'Afrique.
En poursuivant cette enquête rétrospective sur les races de l'ancienne Perse, j'atteindrai même aux aïeux des Tadjiks et des Adjémis sous-brachycéphales et des BaUhtyaris et des Chahsvends brachycéphales.
Les renseignements si intéressants foui'nis par Hérodote et Strabon^ sur les
). Heiod., I. H. i; 32.
■2. Slrab.,1. XVI, ^4; 12.
3. Voir p. 18, 10 et notes. J'ajoulrrai que si HrrodoU' laisse enlrevoii- Jaiis les liilms iiirdos iioii\ uioiipes <îlliiiiques très distincls : les Aryzantès et les Paiœtacènes, ceux-là -aryens, ceux-ci Scythes, le môme liisloiieii liivise les Perses en tribus nobles de sang aiycn, en tribus agricoles et en tribus nomades de race scytlie. Ce dernier l'ail est certain, puisque au nombre des quatre clans nomades se trouvent les .Mardes, dont l'identilica- lion anthropologique est nidiscutable, et lesSagarles, campés dans le voisinage du golfe PcrsiquefHérod., III, i; 93). l'.i's Sagartes, compris dans le même groupe financier que les Saranges (llérod., Kl, S; 93), dont cerlaines tiibus liabitaient le Ghilan (Hérod., VII, S 67), et que les Paricaniens. les L'ties et les Myces, ([ui avaient gardé, (iuui(iue (ixés dans le sud, les armes, le costume et quelques usages des clans seythes septentrionaux (Hérod., VII, S 07 et 68), avaient appris la langue perse (Hérod., VII, § 85). J'insists sur ce mot appris employé à dessein par Hérodote, parce qu'il tend à prouver : d"abor<l qu'aucune des quatre U-ibus nomades ne savait originairemenl le perse, et ensuite que l'absorption des Irilnis scylhes campées au sud du Fars par les Perses aryens était très avancée dès le vi" siècle avant Jésus-Clirisl.
Ces tribus du sud étaient, comme les Adjémis, les Tadjilcs et les Kirmaiiis, des tribus mixtes devenues sous- brachycépUales au contact des vainqueurs. Strabon (1. XV, g 2; 14), après Hérodote, nous apprend que les Car- rnaniens avaient tendance à se fusionner avec les Perses, dont ils apprenaient la langue et portaient le costume.
In second fait non moins essentiel à constater ressort de l'étude des auteurs grecs : les montagnards du noid-ouest du Fars, tels que les .Mardiens, avaient conservé le type scylhe (Sirab., 1. XI, i; 6; 2, .î 7; 1, !; 9; 2, S 13; 3 et G) et probablement la langue des tribus caspiennes, puisque, des quatre clans nomades perses, les Salaries seuls parlaient un dialecte perse (Hérod., VU, g 8o).
Les Mardiens ilc la Pàrsa, signalés d'abord par Hérodote cl plus t:ird par Strabon, auraient donc ele nii'-li-s au royaume aryen d'une façon moins intime ou plus tardive rpie les bracliyci'pliales du sud.
.Vujourd'lmi tous les habitant s du Fars, du Kirinanet de l'.\djem parlent un persan plus ou moins correct, portent le même costume, obéissent aux mêmes luis. .Mais l'envclopiie est trompeuse ; sous le liiihth et Vabha, les S(|ueleltcs I rail issent les croisements mongnls-aryens d'où sont néslessous-b:'achycé]iliales ilii eeiilri', du mud-est et du sud-est.
PERSISTANCE DES GUOLFES ETlIiNOGRAPHIOUES.
33
Mèdes, les Perses ot les habitants du Kirman indiquent on efl'et que depuis bien des siècles des métis de brachycéphales et de dolichocéphales identiques aux Tadjiks et aux Adjémis sont maîtres des zones septentrionale, centrale et méridionale de l'Iran.
D'autx'e part, la découverte dans les nécropoles du Memnonium de squelettes de Négritos et de véritables Bakhtyaris, inhumés dès le i" siècle avant Jésus- Christ dans des urnes identiques et dans les mêmes caveaux, fait pressentir l'antiquité de la conquête des monts Zagros par des blancs très brachycéphales.
Quels étaient ces blancs? Les Para^tacènes, les Daais, les (^-osséens, les Mardiens
HG. 2S. — l:»S-RELlf.K tT I ^ SCII 1 PT I II .\ l;Ul'ESTIlliS 1)1'. MAl.lMIR.
et les Uxiens, ces Méfanastes dont Vorigine scytlie, les mœurs sauvages et la situation géographique ont été si bien décrites par Strabon', les historiens d'Alexandre" et avant eux par Hérodote \ Les membres de ces grandi'S tribus partie sédentaires, partie nomades, dans lesquelles on reconnaît des clans de sang scythique ou mongol, sont les aïeux des Chahsvends, des Illiats et des Bakhtyaris (fig. 20)*. Malgré la rareté et l'indigence des documents, j'ai pu atteindre jusqu'à l'époque
1. Slrab., 1. XI, § 13; 3 et 6.
■1. Arrien, l. III, § 8. Uiod. de Sic, I. XVII, § 70 et 1 1 1. Quinte-Curce, 1. VI. § 2.
3. Hérod., 1. I, § 101; 1. IV, § 23.
k. Voirsup., p. y, 13 et notes.
34 L'ACROPOLE DE SUSE.
de Cyrus et dresser la carte achéménide de la Perse. J'en tracerai les grandes lignes avant de conduire plus loin cette enquête sur la géographie ethnographique et politique de l'Iran.
Au moment où l'hégémonie des peuples aryens allait échapper aux mains des Mèdes, le sang mongol dominait au nord, à l'est et à l'ouest de la mer Caspienne, et s'étendait comme une gerbe issue des passes du mont Damavend. Il perdait de sa pur<!té à mesure que la périphérie de la gerbe s'agrandissait.
Le sang aryen se conservait sans mélange derrière les montagnes du Loristan, surtout dans le Fars, protégé par la configuration du sol et par une épaisse couche de métis mongols-aryens contre les invasions scythcs et les armées assyriennes. Les métis négritos peuplaient les plaines de la Susiane et les côtes méridionales de la Perse ; ils se rapprochaient d'autant plus du type primitif qu'ils habitaient des régions plus voisines des bouches de l'Indus. Sem régnait en maître sur la rive droit»' du Tigre.
Des Mongols restés très brachycéphales occupaient également depuis les temps h's plus reculés les vallées des monts Zagros, comme cela est attesté par les Grecs ' et rendu manifeste par la fixité de quelques caractères très particuliers des Bakhtyaris et la découverte des crânes brachycéphales susiens ■.
Parqués entre d'immenses montagnes, les peuples s'immobilisent; c'est le cas des Iraniens, dont l'immutabilité fut toujours l'apanage. Les révolutions politiques et religieuses les plus violentes, l'avènement des dynasties mongoles, la chute du mazdaïsme devant l'islam triomphant, les succès des Parthes, renversèrent ou amenèrent au pouvoir quelques états-majors, modifièrent les formules religieuses, mais laissèrent à peu près intacte la répartition des races et les grandes cloisons administratives tracées par Darius dans son grand empire.
Si l'on s'en rapporte à l'examen des cartes qui viennent d'être dressées, il semble pourtant que l'équilibre séculaire de la Perse ait été précédé de luttes 1crril)les et que les Aryens qui conquirent à titre définitif le Fars et le Lorislau durent couper en deux tronçons les tribus inongoliques campées en Médie.
L<'s Perses, quel ([ue fût leur point de départ, s'enfoncèrent comme un coin le long des Zagros et retranchèrent du tronc de la race scythe le rameau bakh- tyari. La terreur des grandes armées assyriennes dirigées, depuis le règne de Salmanazar II jusqu'à la constitution du royaume mède, contre le Parsouach, le Kharkhar, le Manna, la M('die, et les tribus éparses tant aryennes que mongoles qui vagabondaient sur les hauts plateaux, contribuèrent également à ce mouvement de concentration des brachycéphales, d'un»^ part dans les déserts du nord et d'autre part dans les montagnes du sud. Plus tard les instincts migratcMirs des races
1. Slip., p. 12, :t2, 33 et notes.
2. Inf., Houssay, Appeiid., p. 102 et suiv.
PERSISTANCE MES GROUPES ETHNOGRAPHIQUES.
• J M
mongoliques, ou peut-être le désir mal défini de reconquérir les fertiles et clé- mentes régions dont elles avaient été maîtresses, poussèrent les tribus vaincues à envahir cet immense champ de bataille qui s'étend de l'Aryane au Caucase, du Damavend jusqu'au Zagros, et à gravir les hauts plateaux de la Médic Tel le peuple d'Israël marchait à la conquête de la Terre Promise, tels les Scythes, les Parthes, les hordes d'Attila, de Djengis-Khan ou de Timour s'élançaient au partage de l'Occident. Ces contacts permanents, ces frottements incessants des tribus aryennes et
S.Kralitïi 1'
Fin. 29. — MUSICIENS ANZil^ITES'.
mongoliques eurent pour conséquence de multiplier les croisements et donnèrent naissance, partout où ils se produisirent, à des races mixtes très antiques : Mèdes brachycéphales. Arméniens, Tadjiks, Adjémis et Kirmanis sous-brachycéphalfs, qui n<> diffèrent jamais les uns des autres que par la proportion des deux sangs mélangés. En dehors de cette terre classique des grandes luttes d'Iran et de Touran, les races se maintinrent pures.
.l'ai montré que, dans les contrées où s'était opéré le croisement mongol- aryen, la quantité de sang mongolique variait en raison de la latitude et croissait en se rapprochant de la Caspienne, et j'ai tiré de l'exception formelle que présentent à cet égard les montagnes des Bakhtyaris la seule conclusion qui me parût compatible avec les faits observés, à savoir : que les aïeux des Bakhtyaris avaient été séparés du rameau principal ou refoulés dans les montagnes du sud-ouest alors
l.Lafif<ure 29 reproduit au trait les musiciens figurés dans le haut et à droite du bas-relief de .Maluiuir (fig. 28).
36 L'ACUOPOLE DE SUSE.
que les pays situés au nord du Zagros étaient soumis à des blancs brachycéphales (le race mongolique.
Au sud-ouest des territoires escarpés occupés par ces tribus mongoles commen- cent les plaines dévolues depuis bien des millénaires aux Négritos et à leurs descen- dants. Dans l'antiquité la séparation entre les noirs brachycéphales de la chaîne des Zagros et les blancs de la Susiane devait être aussi nette que celle du pays bas et de la montagne, puisque le sang noir et mongolique, dont les moindres parcelles se décèlent si aisément à l'anthropologiste, font à peu près défaut, celui-là chez tous les Bakhtyaris, celui-ci chez les habitants de la plaine.
Que faut-il conclure de ces données ethnographiques et géographiques?
Les Négritos avaient-ils endigué l'invasion descendue du sommet des Zagros, ou avaient-ils conquis la Susiane sur des tribus de sang mongolique déjà maîtresses du pays? J'inclinerais vers la première hypothèse. L'étude anatomique des Dizfoulis et des crânes de Négritos susiens remontant à l'époque parthe indique que \i\ race noire primitive a été modifiée par les Aryens et que le rôle des Mongols est secondaire '. C'est là un point de fait.
Quand un peuple est conquis et que la conquête est durable, il se forme bientôt une race nouvelle qui procède des vaincus et des vainqueurs. Je citerai les Aryens-Négritos et les Aryens-Mongols. Mais si les envahisseurs sont vaincus et forcés de se replier derrière les frontières du vainqueur, le contact est lent à s'établir, le métissage très limité. Il semble donc que les plaines de la Susiane, qui furent, à cause de leur extrême fertilité, occupées bien avant les hautes vallées, étaient aux mains des noirs quand les hordes mongoles se présentèrent, et que la lutte fut défavorable aux montagnards, puisque l'examen des habitants modernes et anciens de la Susiane et des monts Bakhtyaris ne décèle pas de nombreux croise- ments. L'histoire des peuples antiques de la Chaldéê instituée au moyen de Bérose et des inscriptions cunéiformes semble confirmer cette hypothèse".
En résumé :
Toutes les présomptions scientifiques sont favorables à une occupation très ancienne des plaines susiennes par les Négritos.
Les tribus mongoliques les trouvèrent maîtres du pays quand elles envahirent la Médie et les monts Zagros.
Vinrentla conquête aryenne, puis les grandesguerres desroisde Ninive qui isolèrent les cantonnements des Zagros des pays mongoliques, créèrent au sud-ouest l'îlot des Bakhtyaris et préparèrent la fusion des clans mongols et aryens du nord et du centre.
Depuis l'époque reculée où se déroulèrent les grandes phases de la vie anthi'o-
1. Voir inf. Iluussay, Append., p. lll'J l't lU. •->. Inf.. p. o'J et 60.
GÉOGHAPHIE DE L'ANZAN-SUUSOUNKA. 37
pologiqup de la Perse, la seule modification de la carte ethnographique est due à l'absorption tous les jours plus complète des Négritos et des Aryens-Négritos par la race sémitique.
Quels étaient les limites et le nom du domaine patrimonial des rois de Suse? Quelles étaient ses grandes subdivisions administratives et ethnographiques, leur étendue et leur situation?
Telles sont les questions qui restent à résoudre.
La province persane de l'Arabistan (carte moderne) n'a pas une superficie consi- dérable, à peine celle de neuf à dix de nos départements. Elle était le plus précieux joyau de la couronne de Suse; mais l'entier patrimoine des souverains comprenait, outre les plateaux qui s'étagent en larges gradins du golfe Persique au pied de la chaîne des Bakhtyaris, ces marches montagneuses coupées de vallées fertiles et inexpugnables où les souverains allaient chercher un asile inviolable quand ils étaient serrés de trop près par les armées assyriennes, et des districts maritimes rattachés à la Pârsa avant le règne de Gyrus. L'ensemble de ces contrées équivaut à la Suside de Strabon, jointe à l'Elymaïde, à l'IIxie, à l'Amardie, à la Para^tacène, à la Gossée et aux côtes du Farsistan (carte des Satra), ou, si l'on aime mieux, à l'Arabistan, au Loristan, aux monts Bakhtyaris prolongés jusqu'à la mer et aux côtes du Fars (Gart. inod.).
La frontière nord se détermine exactement, Hérodote ayant eu soin de nous apprendre que la route de Sardes la coupait à quarante-deux parasanges et demi '.
1. Une des grandes objections faites à la véracité d'Hérodote est l'itinéraire de Sardes à Suse. On reproclie notamment à l'historien des guerres médiques d'avoir donné pour la somme totale des étapes et des parasan"es (Hérod., V, § 52 et S3) un chiffre très supérieur aux totaux des nombres partiels.
M. Croiset a réduit cette critique à sa juste valeur philologique. Au point de vue géographique, elle tombe di'is le premier examen.
En partant de Sardes, la route se dirigeait vers l'est et atteignait l'Euphrate et la frontière de l'Arménie après avoir traversé la Lydie, la Phrygie, la Cappadoce et la Cilicie. Soit 51 relais, correspondant à 213,3 parasanges ou à 1 281 kilomètres environ, en comptant le parasange comme le farsak, à 6 kilomètres.
A ces chiffres, pas d'objections: ils sont exacts. Puis la roule se dirige sur Arbelles, descend parallèlement au Tigre, oblique à l'est et traverse les Zagros au col de Kirmanchahan. De l'Euphrate à Arbelles 60(1 kilomètres, d'Arbelles à Kirmanchahan aOO. Soit en tout 1 100.
Sur ces I 100 kilomètres effectifs, Hérodote compte : pour la traversée de r.\nnénie, lii étapes, o6,o para- sanges ou 339 kilomètres, et pour celle de la Matiane, 4 relais (soit en moyenne 16 parasanges ou 96 kilomètres), sans chiffre équivalent de parasange.
C'est ici que se trouve l'omission, omission du copiste à n'en pas douter, caria distance donnée par Hérodulc du col de Kirmanchahan à Suse ^ H étapes, 42, b parasanges, soit i'ôli kilomètres — est rigoureusement exacte. Cette omission est considérable. Elle dépasse 750 kilomètres ou 125 parasanges et correspond à un pays enliet compris entre l'Arménie et la Susiane.
Si l'on additionne les parasanges omis — 123 — et les parasanges énumérés partiellement par Hérodote — 312,5 + 16 — on obtient un total — 433, o — très voisin du chiffre total d'Hérodote, 450 (Hérod., V, § 50, 52, 53, 54).
Le chiffre total d'H'i'rodote serait donc exact ainsi que tous ces chiffres de détail, mais i'iiistorien ou les co- pistes auraient omis, dans la description des contrées traversées par la route de Sardes à Suse, une région com- prise entre r.\rménie et le col de Kirmanchahan.
Il est d'ailleurs remarquable que la lacune signalée dans les manuscrits par l'étude philologique du texte coïncide comme situation avec l'omission que dénoncent l'arithmétique et la géographie.
38 L'ACROPOLE DE SUSE.
soit à deux cent soixante kilomètres de Suse. Ce point correspond au célèbre col de Kirmanchahan.
Les marches méridionales de la monarchie susienne sont plus difficiles à déli- miter. A mon avis, elles épousaient toutes les sinuosités du massif des Zagros jusqu'à sa rencontre avec la mer et se prolongeaient le long des côtes du Fars et du Kirman.
La découverte, aux environs de Bender-Bouchyr, d'un fort sassanide construit avec des briques couvertes d'inscriptions cunéiformes et arrachées à des monuments élamites, montre déjà que les rois de Suse régnaient sur les côtes occidentales de la Pârsa '. Le territoire de Bouchyr, naturellement plat et privé de grands cours d'eau, ne saurait limiter un empire; il faudrait chercher la frontière plus bas, c'est-à-dire au sud du Fars. D'autre part, un passage de l'inscription de Bisoutoun relative à la révolte d'un faux Smerdis précise que Veïsdatès, l'instigateur du mouvement, était né à « Tarava, ville du district Youtia de la Pàrsa )^ et souleva les paysans perses An pays (ï Anzan- . Comme la campagne de Veïsdatès se déroula dans le Kirman', que l'Utie longeait le golfe Persique^ et que VAnzan était une des grandes divisions ethnographiques et politiques de l'ancienne monarchie élamite^ il semble que les sujets des rois de Suse avaient occupé la côlc t-f le versant montagneux qui forment jusqu'à Bender-Abbas le prolongement direct et ininterrompu de la plaine et de la montagne susiennes.
On sait encore par Hérodote que les Saranges du \\T nome (14' satrapie de Bisoutoun, Kirman méridional) étaient originaires du Ghilan* et portaient les vête- ments si singulièrement colorés et les brodequins montant jusqu'aux genoux des montagnards pactyices riverains de la mer Caspienne '. Ils étaient donc étroite- ment apparentés avec les Daœs, les Mardes, les Dropiques, les Cadusiens et autres Métanastes scythes des Zagros distraits de l'ancien royaume d'Élam avant l'époque de Cyrus, pour être rattachés à la monarchie iranienne ^ Enfin je viens de fournir la preuve ethnographique que les Éthiopiens d'Asie unis aux Périca- niens dans le XV IL nome étaient des Négritos Susiens et peuplaient depuis Ormu/. jusqu'au Tigre les grèves du golfe Persique ^
\. Celles de ces briques que j'ai pu me inocurer sont aujourd'hui au Louvre. Quant à la limite sud-ouest de la Pàrsa achéménide, elle était formée, on le sait, par l'Oroatès (moderne, Celidroud) [sup., p. i, note 1).
2. Bisoutoun, cul. III, § 5 et 6, et s«p., p. in, note 2.
3. Id.,id.
4. Hérod., I. III, § 93.
o. Voy. )'»/'., p. 40 et suiv.
0. Hérodote place quelques tribus saranges dans le nome .MV identilié au sud ilu Kirman. et daiilre part (VIII, § 67) il range le contingent fourni par d'autres tribus saranges au nombre des troupes caspiennes et pactyices. A cela, rien d'étonnant. N'ai-Je pas montré (p. .32) qu'il en était de même des Mardiens et de tous les .Métanastes des Zagros?
7. Hérod., I. VIII, § 07.
8. Voy. sup., p. 12, 32 et notes.
9. Hérod., I. III, S 94, et mp., \>. 36 et notes.
GÉOGRAPHIE DE L'ANZAN-SOUSOUNKA.
39
Si les plus riches provinces du patrimoine des rois de Suse se groupaient autour de la capitale, les districts maritimes se ramifiaient donc très au sud, le long des versants sud-ouest des montagnes du Fars et du Kirman. Le royaume comprimt' dans des limites étroites parles chaînes des Zagros avait d'abord cherché à s'agran-
FIG. 30. — BOl U'aNZAN '.
(lir aux dépens de la Mésopotamie"; mais, bientôt refoulé derrière ses frontières naturelles, il s'était borné à occuper une zone maritime d'autant plus longue (|u"('ll(' était plus resserrée et que la mer et les grands fleuves facilitaient les rela- tions d'une extrémité à l'autre de l'empire.
J'insiste sur cet épanouissement méconnu de la monarchie susienne parce (pie
I. La figure 30 reproduit au trait le monarque représenté sur le bas-relief très dégradé de Malamir (fig. 29 •2. Inf., chap. II, Hist., p. oS et j9.
40 L'ACHOPOLE DE SUSE.
les districts maritimes du sud tels que ceux de Bender-Bouchyr et de Lingèh ont été compris par erreur dans le domaine patrimonial des Achéménides, tandis qu'avant la réduction de la Susiane en province assyrienne ' ils faisaient encore partie de rÉlam. On verra par la suite* combien cette attribution fautive a retardé la décou- verte des véritables origines de Cyrus.
C'est précisément la perte de la zone littorale du golfe Persique et des districls montagneux dont je vais m'occuper qui dilférenciait TOuvaja des Perses aryens — identique d'ailleurs à la Kissie d'Hérodote — de la vieille monarchie susienne.
Peu d'États ont joui dans l'aiiti(|uité de dénominations aussi variées que le pays dont Suse était la capitale.
Les Grecs l'appelaient Kissie ; les Perses aryens, Ouvaja ; les peuples qui lisaient les inscriptions du deuxième système, Hapartip ou Habardip ; les Babyloniens, Élam ^ Dans les inscriptions sémitiques on rencontre également le nom d<> Nimè ou Nimma appliqué à toute la contrée, et le nom d'Anzan réservé à une sul)divisi()n politique ou géographique de l'Élam. Enfin les Susiens, qui désignaient leur patrie, si Ton s'en réfère au protocole royal, sous le nom double d'Anzan-Sousounka *, distinguaient au nombri' des peuples de l'Anzan-Sousounka les Houssis, les Hapartips ou Habardips, les Nimês et les Roussis ■'.
Cette multiplicité de dénominations n'est pas gènant(\ clh» sera même dune aide puissante.
Comme la majorité des nations, la nation susienne était une agglomération hétérogène de peuplades diverses, réunies, à la suite de longs combats, sous l'autorité d'un même souvei'aiu.
Les États limitrophes en contact immédiat avec les tribus susiennes aperce- vaient la monarchie à travers la province qui les confinait, et donnaient à la totalité du peuple le nom de la frontière la mieux connue ou un (pialificatif ap- proprié à cette frontière.
De même que les Iraniens connurent toujours la Hellade sous le nom de lounia, de même les Grecs, les Perses, les Sémites, utilisèrent en les déforijiant à |)eine les désignations locales des dillV-rentes marches de l'Aiizan-Sousonuka : Houssi, Hapartip, Roussi, Nimè.
Dans Houssi ou Khoussi on reconnaît la racine locnle du nom — Lxie — nttribué
1. Inf'., Hist., p. 77. i. Inf.. id., p. 47 el suiv .
:>. Oppert, les Inscriptions en hingiie susienne (7b0 à 6b0 av. J.-C.i. i-xirnit n" 13 des Mimniroti du Cdiitjrès inlernatinniil i/es OrienUilistcu. I. H, i"= session. Paris, )87;i. p. 179. 4. Oppert, /. r. :,. Id., /. c.
HABAHDII', .\IMÈ. 41
|)ai' les (jrecs à rcxtrènic sud de la cliaiin' des monts Zagros séparative de la Suside et de la vieille Porsc, puis la racine d'Ouvaja, Khouz et Khouzistan, expressions géographiques dont se servaient les Perses du moyen âge pour désignei- TAr'a- bistan moderne '.
De la même racini' dérive encore le nom de deux villes, « Awaz et Awizèh >., situées au sud des ruines du Memnonium, celle-ci sur la Kerkha, celle-là sur le Karoun ".
Hapartip, qui, dans les inscriptions achéménides du deuxième système, s'en- tend de la même contrée que TÉlam des Sémites et TOuvaja d<'s Aryens, n'est autre ([u<' le mot Hapartip ou Hahardip découvert sur des hricpu's susiennes et dans les inscriptions rupestres de Malamir.
Du mot Habardi[) les Grecs tirent Amardes et Mardes \ Pour Hérodote, les Mardes étaient, avec les Daens, les Dropiques et les Sagartes, des nomades anaryens rangés sous l'autorité de Cyrus*. Pour Strabon, ai-je dit, les Amardes étaient des émigrés scythes qui avaient un établissement stable dans le massif central des Zagros et couraient le long de la chaîne depuis le Fars jusqu'en Médie '. Pour Arrien '', Ouinte-Cairce ", Diodore de Sicile-, les Amanb's étaient des mon- tagnards farouches, voisins de l'Hyrcanie. Alexandre les rencontra et les vainquit à grand'peine sur le rivage oriental de la mer (Caspienne.
De tous ces renseignements il résulte :
1° Oue les Mardes, Amardiens ou mieux Habardips, occupaient, en tant (pie peuple, le centre du massif des Zagros et possédaient, sans doute, les deux grandes villes dont on trouve les ruines à Sousan et à (Ihékiaft-Salmon % mais (jue leurs tribus transhumaient des montagnes de la Susiane jusqu'aux steppes hyrcanieiiiies. leur patrie originelle ;
2° Que les Mardes, ainsi que les Daens, les Dropiques, les Saranges et les Sa- gartes, étaient sujets des rois de Suse au temps de la monarchie élamite, comme le prouvent les inscriptions cunéiformes extraites des flancs du Memnonium '", les historiens et les géographes classiques et un verset très précis du livre d'Esdras ",
1. 0|iiK'rt, /. c.
2. kl., /. e.
3. Id., l. c.
4. HéroJ., 1. I, § 12S. Sup., p. 32, notes. j. Slrab. Sup., p. 13, 32 et noies.
6. Arrien, 1. HI, § 8.
7. Quiiite-Curce, 1. VI, i; a.
8. Diod. de Sic., 1. XVII, !< 70.
9. Les inscriptions rupestres de Malumir sont beaucoup plus faciles ;i lire (|u'ii cuniprendre. U. Sayce, dans son essai de traduction, attribue ces monuments épigraphiques au peuple ainardicn. dont le nom apparaîtrait dans le corps du texte.
10. Oppert, les Inscriptions en langue siisieniie, /. <:.
11. Esdras, IV, § 9.
(*>
42 L'ACROPOLE DE SUSE.
qui assignent à ce groupe nomade les mêmes relations politiques qu'aux Susiens ;
y Que les marches oriental(\s de l'Habardip ou tout au moins quelques tribus amardiennes furent détachées de l'Anzan-Sousounka avant l'avènement de Cyrus pour être annexées au patrimoine des Achéménides à la même époque que l'ex- trême sud des Zagros et la zone côtière dont il vient d'être parlé ;
4° Et enfin une nouvelle preuve de ce fait annoncé par les Grecs ' : qu'il existait de profondes affinités de race entre les Scythes, les Saces, les Massagètes, les Cadu- siens et les montagnards anzanites, affinités que l'anthropologie découvre aujour- d'hui entre les habitants du Mazendéran et les Bakhlyaris, arrière-neveux des anciens riverains de la Caspienne et des Hapartips^
Les Grecs qui arrivaient de Sardes traversaient, dès leur entrée dans les Etats des rois de Suse, un pays montagneux habité par des trilnis koussies ou kachchies^ de la même famille anthropologique que les Mardes et les Uxiens. Le nom de ces tribus servit d'abord à désigner l'entier royaume susien ; mais quand l'état-major d'Alexandre eut appris la géographie de la Perse, le mot de Kissie tomba en désué- lu(i<' et fut remplacé par Cossée, qui ne s'appliqua plus dès lors qu'au territoire des Cosséens ou Koussis, situé à l'extrême nord de l'Anzan-Sousounka.
La dernière province susienne dont le nom nous soit parvenu est le Nimè * nu Nimnia. Sa situation se déduit de son nom. Nimma, dans la langue des vieux C-haldéens, s'appliquait à la monarchie que les Assyriens et tous les Sémites dési- gnèrent plus tard sous le nom d'Elam (terres hautes). Il est donc à supposer que le Nimma était l'extrémité de la corne nord-ouest des monts Zagros, extrémité par laquelle s'établissait le seul contact immédiat de l'Anzan-Sousounka et de laChaldée.
L'adoption du qualificatif sémitique « Élam » répond à une cause du même ordre. Habitués à entrer chez les Susiens par les passes de Kirmanchahan et les frontières de Zagros, les Assyriens désignèrent leurs ennemis du sud-est sous un qualificatif géographique bien approprié au pays et les nommèrent les Élamites, c'est-à-dire les habitants des terres hautes, les montagnards.
Ola est si vrai qu'Esdras ^ distingue les Élamites des Susanéchéens, c'est-à-dire les habitants des terres hautes, des habitants des plateaux de la Suside, et que dans la géographie de Strabon l'Elymaïde doit s'entendre du Loristan, tandis (jue la Suside correspond à la région de plaines qui environne la capitale.
JNimè ou Nimma, Koussi, Hapartip ou Habardip, Houssie, seraient donc les
i. Sup., p. 13, 18, 32 et noies.
2. Voir inf. Hoiissay, ApjienJ., p. 07 et siiiv.
3. Le nom des Kachehis apparaît sur des inscriptions ciinéiformos dès une haute antiquité et il est toujours parlé de ces montagnards comme des voisins insupportables, belliqueux et pillards. Poynon, Delilzscli, Halévv, Maspéro, Hist. ancienne (1886), p. 189 et 292.
4. Oppert, les Inscriptions en langue susienne, l. c.
5. Esdras, IV, § 9.
IDENTIFICATION DE L'ANZAN-SOUSOUNKA.
43
noms susiens di's provinces frontières qui correspondent respectivement ù la Cossée, à l'Élymaïde, à l'Amardie et à l'Uxie des historiens classiques; à l'Ardilan méridional, au Loristan oriental, aux monts Bakhtyaris et au Fars occidental et méridional des géographes modernes, régions peuplées depuis une haute anti- quité par ces brachycéphales connus des anciens sous le nom de Scythes et des modernes sous celui de Mongols ou de Turcomans. Je n<» prévois pas d'objection à ce classement des marches montagneuses; il résulte trop clairement dr la simple comparaison des textes et des cartes.
Je puis aborder désormais l'explication du nom <( Anzan-Sousounka » donné par les scribes susiens au patrimoine de leurs rois.
Je rappellerai d'abord que l'iMitier royaume était divisé, aux points de vue géo-
; \^
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siK\'^fi^,iiSf-y,
IIG. 31. — UteiLÈ DE LAKMÉË !>U»IEMNE. (Voir p. 44.)
graphique et ethnographique, en deux parties bien tranchées : la plaine, occupée par les noirs ; la montagne, dévolue aux blancs. Esdras, ai-je dit, cite, à la suite l'un de l'autre, mais comme des peuples différents, les Élamites habitants des terres hautes et les Susanéchéens ; Slrabon et les historiens d'Alexandre distinguent d'une part la Suside, pays de plaine, et d'autre part la Cossée, la Paraetacène, la Mardie, l'Élymaïde et l'Uxie, toutes régions montagneuses.
Le titre de roi d'Anzan-Sousounka donné au maître du Memnonium, sur les briques de Suse, implique lui-même une double couronne.
Aux preuves déjà tirées de l'fHude du pays et des races, j'en ajouterai d'autres d'un caractère plus spécialement archéologique.
Les Susiens, reconnaissables sur les bas-reliefs antiques à leur type négroïde (fig. 2o, .'}1, 32, 36, 37 et 38) et aux nombreuses légendes gravées au-dessous des tableaux assyriens, portent barbe et cheveux courts, se coiffent d'un diaclénic,
4i L'ACIiOI'OLE KK SIJSE.
.liiisi iTMilli-urs que les archers noirs de Dnriiis. s"lial)ill('nt (riinc hlousc serrée ;i 1m lîiillc |)Hi- iin(> ceinture, et vont nu-pieds.
Ij's niontaf^nards de Malamir représentés sur les hîis-relicfs rupestres de (Ïliékial't-Salinon (fig. 2H et 21)) sont vêtus à la mode de Suse '. On retrouve la même similitude de costume entre les rois de Suse (fig. .iA) et de Malamii' (fif^. 'M)), niciis taudis que les Susiens de Suse ont les cheveux courts, les montai^UMcds de Malamir portent de loni;ues l)oucles, d'un caractère très ptirliculiei'.
Or il existe (hmx htis-reliet's (fig. .H I et '.i2] où sont représentés les divers contiiii^cnls fie l'armée des rois de Suse "".
En tète du premier i^lig. '.i\] marchent les négroïdes, en seconde ligne s'avancent des lif)mnn's au type élégaid, à la taille |)lus haute, vêtus comme les soldats noirs, e| cdill'és, comme les troupes (h' Malamir, de longues l)otu'les de (du'veux. Knfin, an troisième rang, des hommes encore plus grands, plus forts, coilVés à l'assyrienne et cliaussés de hautes guêti'es. .le reconnais dans les premiers les Susiens de la |daine, dans les soldats coitl'és avec des hoiicles les Susiens de la montagne de Malamir, et dans les troisièmes les Aryens du Manna ou du Parsouach, toujours alliés ou vassaux des rois susiens '. Sui' le deuxiènu' has-relief" (tig. M] le contingent parsoiuich, caractérisé par sa coill'ure, ses chaussui'es et la liante taille des soldats, occup<' le r<'gislre supérieur: le char du nmnarque susien et l'escorte noire, le registre intV'i'ienr. De nos jours, si l'on voulait représenter sur un tahlcMu de hataille des réginuMits diziViulis, hakhtyaris et loris, on adopterait exacteiiu'Ml la niênu' gi-adalion de tailles et de types.
.rajouterai (ju'il existe an in)rd des tumulus. des inscriptions et des sculptm-es rupestres de Chékialt-Saluion situés dans les montagnes de Malamir. an c(eui- de l'ancienne Ha|)arlip (Amardie de Strahon), les vestiges d'une seconde ville, connue dans la région sons le nom de Sousan, et ipu' les trois sites de Suse dans la plaine, de Malamir et de Sousan dans la nujiitagne, soid les seuls de la conirée (pii di-- cèleid les traces de grandes capitales.
Li's (irecs eux-mêmes send)lerd avoir connu les deux l'Hces snsiemu's. Leni's vieux poêles ne (hunu'nl-ils pas poiu' ascendants directs an Siisien Menneui, an légendaire hêrds qui péi'it sous les nuirs de Ti'oie, un nègre — Tilhon — e| une montagnarde hlamlie — Kissia '? Ne l'onl-ils pas conunandei- à Meumon une armée composée de régiments noii-s et de réginn-nts hiancs ?
1. .If recoMiiiiaiicIr siiiliuil la i-oiiipaiaisuii des nuisiciciis unzaiiilus (lif;. 2cS et 20) vl des nuislcieiis Misii'us- iii'Krilos (lig. 38). Sauf la ('iiilîme, même attitude, même costume, mêmes instruments.
■2. I.é premier bas-relief Sf Irouve .i uaurlu' en l'iitraiil dans la salle assviii-iiiii' du l.omre. Le seemid pro- \ienl ihi Hiilisli Museiini.
;!. Slip., p. 23.
4. Stralion, 1. XV, S -i : 2.
:i. .M^niiioii enndiiil au sr.,- x ,|,' Piiaiu fintin Sii>m-iis ,■! lOOOo |-:ilii,,piciis Diod. de Sir., 1. II. S 22'. La
IDENTIFICATION DE LANZAN.
SULSOLNIvA.
40
L'accord ries documents est saisissant. Tous accusent, sous des formes diverses et authentiques, le dualisme de la monarchie susienne.
ne. yj. — AUIIÉE SbSlENM-:.
Sousounka s'applique sans conteste aux plaines voisines de Suse, à la Siiside de Strabon, au pays des Susanéchéens d'Esdras. Où doit-on placer rAnzan?
Némésis de Phidias, taillée ilans un liloc de marbre apporté parles Perses sur le champ de bataille île Mai-alliou, tenait un vase de sa main franche. Des Elliiopiens étaient sculptés sur la panse. C'étaient sans demie des Siisicns de la fiarde royale. Pansanias, Altiqai's, ch. 33.
46 L'ACROPOLE DE SUSE.
Si les inscriptions géographiqnt'S des briques de Suse énumèrent dans l'Anzan- Sousounka l'Houssi, l'Hapartip, la Koussi, le Nimè, donl la situation ne fait pas question, le mot d'Anzan n'apparaît isolé que dans les textes rupestres de Malamir '.
Anzan, ville ou contrée, était d'ailleurs bien connue de l'antiquité assyrienne.
Le Patesi Goudéa s'empara de la ville d'Anzan du pays d'Élani".
Anzan paraît à deux reprises dans le recueil des Cuneif'orm Inscriptions of Western Asia, une fois sans commentaire, puis (WAI, D, pi. 47, 18, cri) accompa- gné de cette note : « pays d'Ëlam ^ ».
Sennachérib, énumérant les alliés du roi d'Elam, cite les pays de Parsouach, d'Afîzan, de Pachirou, d'Ellipi, les petites peuplades d'Yasam, de Lakaprie, de Harzounou et de nombreuses villes de la basse Chaldée *.
On connaît trois textes, aujourd'hui célèbres, où Cyrus et ses aïeux sont traités par les Babyloniens >< de rois du pays d'Anzan ^ ».
Enfin j'ai cité une phrase de l'inscription de Bisoutoun où il est parlé des tribus perses du pays d'Anzan ^
Tels sont les faits. Quelles déductions est-il légitime d'en tirer?
1° De même que Sousounka, Anzan serait une désignation |)artitive dont on aurait tort de vouloir faire un équivalent exact du mol assyrien Élam.
J'en prends à témoins le titre donné à (iyrus par les scribes babyloniens, cpii eussent qualifié ce prince de roi d'EIain s'il eût régné sur tout l'Anzan-Sousounka, le peu d'état que ces historiens grecs font du père de Cyrus, le titre des rois de Suse, les inscriptions de Goudéa, de Sennachérib et la Bible. Le t(>xte géogra- phique assyrien ne saurait prévaloir contre des affirmations aussi formelles; il n'a pas d'autres significations que les abréviations suivantes : " Galles — Angle- terre » ou « Valais — Confédération Helvétique », usuelles dans l(>s dictionnaires. Le sens est parfaitement clair.
D'autre part, comme Suse et les plaines circonvoisines occupent le nord-ouesf de la Kissie, on est forcé d identifier t Anzan arec le sud-est, F est et le nord du royaume,
1. 0[)]ifTt, les Inscriptions en langue susienne, l. c.
i. A. .\miaucl, Cyrus roi de Perse (Mélanges Renier). Vieweg, éditeur, 1886, p. 243.
:i. Vol. IV, pi. 38, o, 1. 10; II, pi. 47, cd, 1. 18.
4. Cylindre de Tarjlur, col. o, 1. 2b et suiv. La traduction est empruntée à la très intéressante notice de M. A. Amiaud déjà citée (p. 250). M. Amiaud pense que r Anzan et lu Perse ne sont qu'un seul et même pni/s, p. i'M. La géographie, l'ethnographie et un long séjour dans ces contrées si mal connues m'empêchent de me ranger a une solution aussi radicale. Ainsi qu'on le verra par la suite, l'.Anzan et la Perse antique sont deux unités poli- tiques distinctes, néanmoins je dois reconnaître qu'une faihle partie de l'.Xnzan oriental (districts de léclid et di' MechhedMourgab) fut annexée à l'ancienne Perse pour constituer, bien avant l'époque de Cyrus, ce (|iii di^vinl, sous le règne de Darius, la Pàrsa (1" satrapie).
."i. Cylindre de Cyrus, I. 12. Cuneiform Inscriptions of Western Asia, pi. 3o. — Tubleltc de yiiboiilmnid iProcee- dings of the Society of biblical .Vrchœology, mai 1880, Pinches). — Cylindre de Nuboulianid fProceedings, etc.. novembre 1882, Pinches).
0. Inscription de liisoutouii, coi. III, i; 0.
ANZAN. 47
c'ost-à-dire avec le pays des Houssis, des Hapartips, des Koussis et des Nimês, ou, pour mieux préciser, avec toute la chaîne des Zmjroa.
La plaine ou Sousounka se résumait dans la ville royale de Suse, et la mon- tagne, dans les aïeules de Sousan et de Malamir, capitales de l'État d'Anzan, le plus souvent vassal, mais parfois indépendant du Memnonium.
A ces arguments vient s'en ajouter un nouveau, fourni par les fouilles de Suse.
Les rois acliéménides, économes quoique fastueux, avaient coutume d'em- ployer dans les murs de leurs palais des matériaux empruntés à des édifices plus anciens. J'ai trouvé derrière les lions d'Artaxerxès des briques sigillées au nom de Darius fils d'Hystaspes, mêlées à des inscriptions cunéiformes susiennes, et, derrière les archers du même Darius, d'autres briques remontant au règne des rois d'Anzan-Sousounka. Aucun fragment d'architecture, aucun détail, aucun texte ne rappelle les palais de Mechhed-Mourgab, ne porte le nom de Cyrus. Partout et toujours il en est ainsi.
A considérer les documents extraits des fouilles de Suse, il semble donc que, depuis le sac de la ville par les Assyriens jusqu'au règne de Darius, le Memnonium n'ait pas été habité, ou tout au moins n'ait pas été reconstruit.
Tel n'eût pas été le cas si les aïeux de Cyrus eussent, k une époque quel- conque, résidé à Suse en qualité de rois d^Élam. Le fils de Cambyse, l'héritier de Teïspès, devenu maître de l'Asie, se fût complu à doter l'antique capitale de ses pères de monuments analogues à ceux de Mechhed-Mourgab, et j'eusse exhumé les ruines de ces édifices ou du moins amené leurs vestiges parmi les matériaux plus anciens employés par Darius et ses descendants.
!2° L'Anzan, avant la désagrégation du royaume de Suse, était très distinct de l'ancien Fars, c'est-à-dire du Fars aryen.
Les preuves géographiques et ethnographiques que j'ai données de celte proposition' sont confirmées par les tablettes chronologiques de Nabouhanid, rédigées, on ne doit pas l'oublier, par un scribe babylonien contemporain de Cyrus et très capable d'apprécier la valeur des mots qu'il employait".
Dans la sixième année du règne de Nabouhanid, Cyrus, roi d'Anzan^, fils, petit- fils, arrière-petit-fils des rois d'Anzan*, marche contre Astyage, le défait et prend à Ecbatane, sa capitale, des trésors de toute nature qu'il rapporte dans le pays
1. Titre des rois de Suse, p. 43. Extrême éloigneme.nt des capitales de l'Anzan, dont la position est signalée par les bas-reliefs et les inscriptions rupestres de Malamir, et des capitales delà Perse, p. 24 et 2b. Distinction absolue, radicale du t.ype anzanite ou bakhtyari et du type des Perses aryens, p. 22 à 24, 33, 44 et 45. Impossibilité dan? laquelle on se trouve de conduire les armées assyriennes au cœur de la vieille Perse, p. 25 et 20.
2. Le scribe emploie très correctement et d'une façon très distincte tous les termes géographiques ; pays d'Ecbatane [Qyl. de Cyr., col. II, 1. 2); pays d'Anzan (id.); pays de Perse (id., id., 1. 15); pays d'Élam (id., ùK. 1. 22). Anzan n'est donc pour lui ni la Médie, ni la Persii,ni l'Élara.
3. Cylindre de Cyrus, coL II, 1. l, et Tablette de Nabouhanid, 1. 12.
4. Tablette de Nabouhanid, \. 21.
48 L ACHOFOLE DE SUSE.
d'Anzan' . Ait cours de la )ieuvième année, cest-ù-dirc. après la conqtiPte de la Médie et r annexion du Fars, Cyrus n'est plus traité de roi d'Ar/za?), mais de r>n' de Perse- : |)ais, a[très la prise de Babylone, les scribes clialdéeiis décernent au c()n(|uérant le protocoh» royal de leurs vieux rois '. La gradation est donc très nette.
De siniph^ roitelet d'Anzan', de chef de tribu comme ses aïeux, Cyrus devient roi de Perse après ses premières victoires. De roi de Perse il s'élève, (puiud il a conquis la Chaldée et les anciens tributaires de Nal»oulianid, au rang de roi des légions, roi grand, roi |)uissîinf, roi de Hai)ylone, l'di des pays île Soumir et d'Acead, roi des quatre régions.
Quelle que soit l'interiu'étation que Ton donne de la prophétie de Jérémie contre le royaume dÉlam \ elle ne contredit |jas l'existence d'un petit royaume anzanite vers l'an fiOO av. J.-C, car l'Élam de la Bible pouvait s'entendre de toute autre piu'lie de la Susiane que du coin de l'Anzan dévolu aux aïeux de Cyrus.
D'ailleurs la première pai'tie de la prophétie conti'e les Elamites peut avoir trait à la dernière campagne d'Achchourbanipal, et la seconde à la chule de Ninive, (pii tut, en ellet, pour les montagnards une véritable délivrance, puiscpie I Txie et la Cossée répudièrent dès lors le joug des étrangers.
3" Le double titre des maîtres du Memnonium, « souverain d"Anzan-Sou- sounUa », répondrait à la double royauté qu'exerçaient les monarques susiens sur les montagnes habitées par les blancs brachycéphales et les plaines dévolues aux Négritos, tandis que les princes sédentaires ipii l'ésidaient à Malamir, au cd'ur des districts montagneux, n'avaient droit cpi'au titre de roi d'Anzan.
4" Le patesi Goudéa s'enq)ara siuq)lement tl'uue ville du Nimé ou du Koussi (Loristan ou Ardilan modernes), provinces qui confinaient avec sa princii)auté.
o" Quand Sennachérib nous fait connaître les alliés du roi d'Elam, il énumère. sans parler des roitelets de la (-lialdée et des petites |)euplades voisines de Suse, les pays coalisés contre l'Assyrii» : d'uiu" part, la plaine susienne, représentée par le l'oi d'Elam; d'autre part, les grands peuples de l;i montagne : les pays d<' Parsouacb (Ardilan), d'Anzan (Bakhtyaris), de Pachirou Azerbeïdjan méridional?; et d'Ellipi (Médie occidentale), et il les énumère comme le scribi' de Bisoutoun, en marcliani du nord au sud, du centre à la périphérie.
()" Après l'anéantissement de l'Elam, le royaume de Suse et d'Anzan passa poui-
1. Cylindre de Cyrus, cul. 11, i. 3 et 4. :>. Id., 1. \o.
3. Tablette de Xabouhtinid, 1. 20.
4. Sur les trois documents que j'ai cités, le ti(re de roi d'Anzan n'esl donné à Cyrus que dans la partie dr son règne qui précède sa victoire. C'est le tilir i|u'il hérite de ses aïeux les rois d'Anzan, opiiosé aux titres qu'il conquiert.
b. Jérémie, vers l'an 59b iXLIX, § 34), propliélise la ruine d'Élain. Puis il annonce iiu'l'.lani sera délivre ([iiel- ijucs années plus lard.
ANZAN.
49
quelquos années sous la domination des Assyriens, puis le colosse s'efl'ondra (625), et les tribus anzanites — Niniè, Koussi, Hapartip, Houssi — reconquirent une indépendance que, depuis, elles n'ont guère aliénée. Avec le lien fédéral disparut bientôt le nom de la confédération.
FIG. 33. — P0nTR4[T 1)E C V li U S d'aPHÉS LE BAS-HEI,IEI' DE M EC H H E U-M O 11 n C » B .
Au retour de mon premier voyage en Perse j'étais déjà porté à identifier TAnzan avec une partie de la Susiane et à faire de Cyrus un prince perse et un Achéménide '. Les (b'ux ans que je viens de passer en Susiane ne me permettent guère de
1. Dieiilafoj-, Art initiijiic de la Perse (1884), Moiel, Oditeur, i"^ partie, p. 06 ù o'J et notes.
50
L'ACROPOLE DE SUSE.
cliang(M' d"avis, en ce sens que jo considère toujours Cyrus et ses ancêtres comme des chefs perses aryens et achéménides ayant régné sur une partie de l'ancien* territoire de l'Élam. Les fouilles de Suse et l'étude directe du pays m'autoriseront seulement à être plus précis. De même que je vois aujourd'hui dans l'Anzan pro|)i('-
FiG. 34. — POnTi;AiT dk cvr.is iif.ssive d'ai'UÈs \\iiiieV
meni dit un(^ grande division territoriale comprenant (ou/e lu chaîne des Zayros et Ions les niontagnards hrachycéphales, je limite h^ patrimoine dt» Cyrus on Axzan- Pcrsc à la faible partie de VAnzan-Élamite qui corresijond au\ districts modernes de Vezdkluist, léclid, Dèhhid, Mechhed-Mourgah ; cl je le prouve jvoii' les cartes .
.l'ai montré combien on s'abusait quand, au vu d'une carte, on faisait commencer la vieille Perse immédiatement a[)rès Malamir. Entre Malamir et le patrimoine
ANZAN-PERSE. 51
d'Achéménès se dresse le Kouhdéna, plus haut que le mont Blanc et assis sur une base beaucoup plus escarpée.
Ce n'est donc pas du côté de Malamir qu'il faut chercher l'ancienne principauté de Cyrus, puisque l'immense massif du Kouhdéna, qui s'élève entre le Fars et l'Ha- partip occidental, est impraticable. Ce n'est pas non plus du côté de i'Uxie. Si les montagnards uxiens eussent formé le noyau de la nouvelle Perse et vu naître Cyrus, ils ne fussent pas devenus indépendants des grands rois au point d'exiger un péage quand la cour des Achéménides traversait leurs défilés'. L'est de l'Anzan- Élamite, c'est-à-dire les territoires bakhtyaris du Fars moderne, se prêtent bien mieux à cette identification, ils sont compris dans le territoire politique et géogra- phique de l'Anzan-Sousounka, ils sont limitrophes de l'ancienne Perse et situés à quelques étapes de Persépolis, de Fessa ou de Darab, villes considérées comme les capitales du Fars aryen.
Dans les villages voisins d'Aharam j'ai signalé des Négritos ; dans la montagne vivent, depuis Yezdkhast jusqu'au cap Jabrin, de nombreuses tribus brachycéphales de Bakhtyaris et d'Iliates; toute la région est encore imprégnée du double sang élamite, malgré un contact séculaire avec les Aryens dolichocéphales. Enfin on ne doitpoint oublier — le fait est essentiel — que si les districts modernes de Yezdkhast, d'Iéclid et de Mechhed-Mourgab, correspondant à l'Hapartip oriental élamite, étaient placés sous l'autorité des rois de Suse à l'époque relativement récente des sou- verains nommés sur les briques susiennes^ des clans d'Hapartips ou de Mardiens bra- chycéphales comptaient au nombre des tribus soumises aux Perses avant la révolte de Cyrus ^ Il est donc manifeste que l'Hapartip oriental (Yezdkhast, léclid, Mechhed- Mourgab), I'Uxie et le rivage nord-est du golfe Persique, parties intégrantes de l'Anzan- Sousounka jusqu'au milieu du \if siècle avant Jésus-Christ, en étaient détachés vers l'an 600. L'Uxie avait conquis son indépendance * ; tandis que les Mardes orientaux et les riverains brachycéphales et noirs du golfe Persique — Paricaniens, Sagartes, Saranges, Éthiopiens — reconnaissaient l'autorité des Achéménides ^ Les premières années du vu'' siècle furent témoin d'un cataclysme politique mémorable : la mort de l'empire assyrien. L'armée coalisée conduite contre Achchouredililàni par Kyaxarès, roi de Médie, et par Naboupaloussour, gouverneur de Babylone, devait comprendre les contingents perses accourus au ban de leur suzerain. Les alliés coururent aux branches de l'arbre tombé. Le roi de Chaldée conserva la Susiane proprement dite et les tribus anzanites de l'ouest qui n'avaient
1. Strabon, 1. XV, § 3; 4.
2. Sup., p. 39, note 3.
3. Hérodote, I. I, § 12o.
4. Strabon, 1. XV, § 3; 4.
5. Hérodote, 1. I, § 12b, et 1. III, § 93, 94.
o2 L'ACROPOLE DP. SUSE.
pas recouvré \onv indôpondanco. Téispès régnait à cette époque sur le Fars': il annexa à son fief héréditaire ini lambeau de rAnzan-Susi(Mi limitrophe de sa princi- pauté aryenne, les rives du golfe Persique et par cela même quelques tribus bra- chycéphales et noires — Daens. Mardes, Dropiques, Sagartes, Saranges, Paricaniens. Éthiopiens, etc., — qui conservèrent, surtout dans le nord, leur nom, leur langue, leurs mœurs, leur costume anzanite- et jusqu'à ce jour les caractères anthropo- logiques saillants des montagnards et des Négritos susiens. Les priiu'es p(M'ses cl achéméuides qui précédèrent Cyrus sur le trône d'Anzan gouvernèrent sans doute le nord-est des nouveaux territoires annexés (^Yezdkhast, léclid, Mechhed-Mourgab), tandis (lue les rivages du golfe Persique furent remis aux ascendants de Darius et incorporés dans la Pàrsa. On s'explique ainsi que les brachycéphales anzanites du sud tels que les Sagartes «?>;?/ appris dès l'époque d'Hérodote un dialecte perse, alors que les tribus de Mechhed-Mourgab, réunies en principauté distincte, conservaient encore au temps de Strabon la langue, les mœurs, le costume des montagnards anzanites ^ Aussi bien les Babyloniens purent-ils donner le titre fort emphatique de rois d'Anzan à Téispès et à ses successeurs. Les Perses, surtout après le triomphe de ('Arus, continuèrent avec autant de raison à tenir le vainqueur d'As- tyage pour un rompatriole et un ancien prince du Fars.
Quelle contrée mieux que les districts Ijakhtyaris de Yezdkhast et de Mechhed- Mourgab répondrait mieux à la |)etite principauté de (Arus?
il me suflit de songer aux Ilkhanis de Firouz-Abàd ou des BaUhtyaris |»our revoir à travers les siècles les aïeux de Cyrus. Rois dans le sens moderne du mot, certes non, mais chefs héréditaires et de bonne noblesse de tribu ^
Césareùt étéplusiierd'ètrele premierdansun village tjuele seconda Ron)e. Cyrus aimait mieux descendre d'un roitelet d'Anzan que d'un tributaire perse ou mède : aussi se proclama-t-il héritier des rois d'Anzan dans tous les jiays où l'Anzan était connu.
La situation de l'Anzan-Perse explique également le choix du chamii de bataille de Mechhed-Mourgab. En se jetant entre l'armt'e nièd(> (H les gorges du Polvar. et en livrant un combat désespéré ])our interdire aux troupes d'Astyage l'entrée du défilé, Cyrus et son père Cambyse défendaient leurs pénates en même temps qu'ils barraient aux ennemis l'entrée de la Perse ^
1. Kn allril)ii;uit a chaiiue n>;;ne des |>rédécesseurs de Cvnis de 20 à 2o ans Je durée. Voir Dieulafov, Arl ani. de la Perse, t. I, p. o7.
2. Voir sup., y>. 32, noie I .
3. Ce double fait Uès concluant avait clé fort bien observé par Hérodote et Strabon. Voir siip., i<t.
4. Hérod., 1. I, § 107. Dieulafoy, Art unt. de lu Perse, t. I, p. b7, 58 et note 9 de la page o7. Il ne faut pas atta- cher au niotroi le sens que lui donne le français. Les khcfuiyathiyas perses, les wiiims nièdes, les sars sémitiques sont parfois des cbefs de tribu si inlimes que Salnianazar dans une seule campagne reçoit riiomniage de 27 rois parchouas (Obélisque, 1. H0| et que Sargon dans la neuvième année de son règne réduit à Tobéissance 4o rois mèdes coalisés contre lui (Botta, 80. lOi.
.'). Dieulafoy, Art ant. de la Perse, t. I, p. 23 à 27 et p. 24, note 2, le récil de la bataille par Nicolas de Damas.
ANZAN-PKRSK.
53
Je me résume : rAnzan-Perse, (iiii constituait le patrimoine de (aius, inliine traction de l'Anzan-Susien, doit être identifié au versant oriental du Ivoulidéna, limité au nord par Yezdkhast, au sud par Mechhed-Mourgab. à l'est |)ai- Abadèh et Dèhbid, à l'ouest par léclid. Il répond au sauvage territoire des trois clans d'origine et de langue anzanites : Mardiens, Daens et Dropiques, rangés par Hérodote au nomljre des tribus perses nomades qui ignoraient la langue jx'rse. Ouant aux riclies plateaux du centre et de l'est du Fars, ils étaient habités par les nobles et les laboureurs de sang ary<Mi.
iHII'lIlKI"
PIG. 35. — TÉ013MM»N BLESSÉ A MOBT
lu dernier argument, tiré du costume de Cyrus, tend bien à |)rouver que les aïeux de ce prince régnaient sur des populations d'origine susienne.
Sur le bas-relief de Mechhed-Mourgab (fig. 33 et 31') le roi est revêtu d'une rol)e identique à celle portée par Téoumman (fig. 35 et 36) et par les t'eudataires de ^lalamir (fig. 28 et 30), à cette réserve près, que les t'eudataires anzanites repré- sentés en costume de parade sont recouverts d'une pèlerine que ne portent point les rois d'Elam et de Perse. En revanche il ne semble pas que le costume des Perses du Fars, d('jà très distinct de celui des Mèdes", se soit rapproché de l'ajustement
\. I.ii rif,'ure 3o reproduit ;ui Irait le portrait du roi siisien Téoumman représenté au uiilii'u l't ;i fiauclie du bas-relief lij^ure 36.
2. Iléroilotp, 1. I, ?i I3;i.
54 L'ACROPOLE DE SUSE.
susien ' ; il est rnème des détails, tels que la frange ot la bordure de marguerites placées autour du vêtement élamite, qu'il serait bien étrange de découvrir à la fois sur des habits portés dans des pays aussi distincts que la Perse et TÉlam.
Il n'est pas jusqu'au profd de Gyrus, malheureusement bien fruste, qui ne semble trahir les traces du sang anaryen que les femmes avaient introduit dans la branche des Achéménides qui régnait sur le territoire de Mechhed-Mourgab.
7° Enfin rien n'est plus vrai que cette qualification des Perses d'Anzan donnée pai- le rédacteur de l'inscription de Bisoutoun- aux peuplades du sud de l'Utie, puisque rUtie avait été détachée du royaume d'Anzan-Sousounka et avait appartenu à l'Anzan-Susien avant de devenir une province de la Perse.
Qu'il me soit permis, en terminant cet exposé géographique, d'émettre une hypothèse timide. La langue du second système des inscriptions achéménides ne serait-elle pas la langue de ces tribus anzanites annexées à la Perse après la chute de Ninive? Parlée avec quelques variantes à Suse, à Malamir et sans doute aussi par les tribus mèdes et amardes apparentées de très près aux Cosséens, aux Uxiens et autres montagnards scythes du Zagros ', elle eût été d'un usage général chez les tribus brachycéphales du nord et du sud de l'Iran. Telle est utilisée, aujourd'hui, la langue lurcomane. Les profondes analogies signalées entre les dialectes de Suse, de Malamir et la langue employée dans les textes du deuxième système, le nom d'Hapartip (Mardie) donné à la Susiane dans ces mêmes textes, les faits géogra- phiques que je viens de relever sont, il me semble, favorables à cette conjecture. Les qualificatifs de susienne, anzanite, amardienne, médique, scythe, proposés tour à tour pour désigner la langue du second système des inscriptions achéménides, péche- raient tous par leur manque de généralité, mais ce serait là leur plus grand toit.
Je ne réfuterai pas les savants qui placent l'Anzan dans les alluvions du Karoun et du Tigre, car leur raisonnement repose sur un simple lapsus géographique. Suse, à leur avis, et par conséquent la région désignée sous le nom de Sousounka seraient situées à Vorieni de F Elam et confineraient à la Perse, tandis que les ruines de Suse ont été découvertes à l'extrême ouest de rAi^abistan, à quatre étapes du Ti<jre, à trente des pyles persiques et à cinquante de Persépolis. C'est donc VAnzan, et non la Susiane, qui était limitrophe du Fars.
Aux désignations empruntées à la géographie ancienne de l'Anzan-Sousounka je
1. Le costume des vieux Perses est ainsi délini par Hérodote : « Ils portent des liauts-de-cliaiisse de cuir et dos vêtements de cuir » (I. I, §71). Ce n'est pas là évidemment le costume susien de Cyrus et de Téouraman, qui ne comporte pas de hauts-de-chausse.
2. Col. m, § 5 et 6.
3. Ce fait, mis en évidence pour la première l'ois parles travaux anthropologiques de la mission, est clairement annoncé dans Strabon. Ce géographe spécifie à deux reprises que les Mardes perses, les Cyrtiens perses et les autres montagnards des Zagros sont de la même famille que les Mardes, les Cyrtiens et les Cadusiens de r.\tropatène et de l'.Vrniénie (1. XI, § 13; 3 et § 14; 14) et de race scylhe (1. XI, §7; 1).
ANZAN-PEHSE.
00
joindrai les noms de Memnonium, Memnon, Kissia, donnés par les Grecs au palais de Suse, au prince qui accourut au secours de son allié Priam, el parfois à la mère du héros. L'explication du mythe de Memnon demande des développements qui trouveront place un jour dans un travail spécial. J'indiquerai simplement ici que Memnon vient sans doute de Memnonium, et que Memnonium, comme l'a montré M. Oppert', est une déformation probable des mots susiens Umman anin, littérale- ment << Demeure^ royale, Palais ». Kissia', mère de Memnon, tirait son nom grécisé de la tribu des Koussis, qui occupait le nord des monts Bakhtyaris et était, de tous les clans anzanites, le plus connu des vieux auteurs classiques.
TABLEAU RECAPITULATIF
J'ai groupé clans le tableau suivant les points saillants de la géographie de l'Anzan-Sou- sounka. On trouvera en regard de chaque énoncé les sources d'informations et les références déjà citées. Les faits ainsi condensés et coordonnés parleront plus clairement à l'esprit.
Inscriplions assyriennes cl susicnne:i
de Bemier-Bouchijr,
Inscription de Bisoiitoun,
Hérudol.e el SIrahon,
Recherches elhnotjrapiiiques
de la mission.
L'Aïuan-Sousouiika, taul nii'il lui l'unsliliié eu royaume iuilépeudant, comprenait les proviuces modernes suivantes :
Ardilan (sud), Loristan, Arabislan, monts Bakhtyaris, rives nord-est du golfe Persique.
Inscriptions susiennes
de Malamir,
Suse et Bender-Bouchyr,
Beclicrcln's ethnorjraphiques
de la mission,
lli-rodote, Ari-ien, Strabon,
Quinte-Curce,
Diodore de Sicile.
L'entier royaume était divisé en deux principautés :
1" l.a Susiane, répondant à la plaine et aux rivages plats du golfe Per- sique; 2° l'Anzan, à la montagne.
I/Anzan se subdivisait lui-même en (juatre provinces : l'Houssi (Lxie des (irecs), située au sud des Zagros, dans le massif dénommé aujourd'hui Tan- gistan (pays des Défilés) ; l'Habardip (Amardie des Grecs}, qui comprenait la province de Malamir à l'ouest, de léclid à l'est, et se développait tout au- loiu du Kouhdéna et du massif central des Zagros; la Koussi (liachchi des inscriptions assyriennes, Cossée des Gi-ecs), identifiée au territoire de Khorrem-Abàd et de Sirala; le Nimè (Parœtacène des Grecs), à la province de Kirniaurhahan.
Bas-reliefs assyriens et anzanites,
Hérodote, Strabon,
Diodore de Sicile,
Recherches ethnographiques
de la mission.
Depuis de longs siècles la plaine susienne et les grèves du golfe Per- sique sont habitées par des Négritos et des métis négritos.
Les monts Zagros ou Anzan, par des blancs brachycéphales de race mou- golique.
Inscriptions perses i L'Ouvaja des Perses (Susiane de Strabont, -l' satrapie, correspondait a
Mechhed-Mourgat}, de Bisoutoan i l'ancien royaume d'Anzan-Sousounka diminué: 1° de toutes les marches
et de Xakhché-Boustem, \ montagneuses, telles que l'IIxie et la Cossée, qui s'étaient déclarées indépen-
Recherchrs ethnographiqves ' dantes, 2° du versant est de l'Amardie, annexé à la Pàrsa (i'" satrapie), et
de la mission. j 3° des côtes sud-esl du Fars et du Kirman moderne. Il iHait séparé de la Pàrsa
Dieulafoy, ' par l'L'xie et le cours inférieur de rOroalès (Cehdroud) et ne confinait que
Art iintiqae de la Perse. , par une étroite bande de ciMes avec la l'" satraiiie.
1. Les Inscriptions en langue susienne, l. c, ]i. 17'.).
2. Strabon d'après Eschyle, 1. XV, ^ 3; 2.
oti
L'ACROPOLE DE SLSE.
Inscriptions de Mcdilu'd-Moiir(jnb
et de Hisoutonn,
lir-iii(liite, Sli'abou, Nicolus
de Damas,
Hecherclies ethnotjruphiqucs
de la mission.
Dieulafoy,
Art ant. de la Perse.
La Pàrsa, l"'"' satrapie, se divisait en trois parties :
1° Les grands plateaux du centre, de l'est et du sud-est, signalés par les ruines achéménides de Persépolis, de Firouz-Abàd et de Sai vislan et les villes modernes de Kénaréh, Chiraz, Sarvistan, Darab, Fessa, DJarouni et Firouz-Abàd. Toute cette région, habitée par des Aryens de race pure, est dune extrême fertilité et répond à la véritable patrie des Perses. Sa capi- tale était l'antique Pasargade, voisine de Fessa. Les tribus qui l'habitaient étaient les grandes tribus nobles : les Pasargades, les Maraphiens, les Maspiens et les clans stables adonnés à l'agriculture.
2" Le versant est des Zagros (partie comprise entre la ligne de faite et les villes modernes de lezdekhast, Abadèh, léclid, Mechhed-Mourgab). Ces districts montagneux, habités aujourd'hui par les Bakhtyaris de race mon- goliqiie, répondent par leur situation à l'Amardie perse d'Hérodote et de Stralion, peuplée, bien avant le règne de Cyrus, par des montagnards bra- chycéphales de race scytiie.
3° Ces districts montagneux se prolongeaient le long de l'Uxie et rejoi- gnaient la mer au delà du cap Jabrin. Les districts méridionaux étaient habités par des Négritos et par ces montagnards anzanites dont il est en- core parlé dans l'inscription de Bisoiiloun. Us avaient été annexés directe- ment à la Perse, alors que les districts anzanites du nord gardaieni un<' sorte d'autonomie et obéissaient aux aïeux de Cyrus.
Je dénommerai .\nz(in-Perse la deuxième section de la Pàrsa : 1° parce qu'elle avait été délaclii'e de l'An/.an proprement dit, dont elle fait partie \ intégrante au point de vue de la géographie physique et ethnographique; M. 2" parce qu'elle était habitée dans l'antiquité par les Mardes, populations
I anzanites dont sont issus les modernes Bakhtyaris; 3° parce que l'inscrip- ' tion de Bisouloun se sert encore du mot anzanite pour désigner les mon- tagnards du Sud.
InscrinlioHs anzanites de Mulamiry \ ,,. „ r • •. ■■ i r. c i . i • i .• i
^ , , ,. ( L Anzan-Perse taisait partie de 1 Anzan-Sousounka avant la rrcluctiOM de
Recherches ethnographiques , , . . '
, , .^ . la monarchie en province assvrienne.
et qéo'iraphiqiics de ta misswn. ]
Hérodote.
Dieulafoy, .•1)7 ant. de la Perse.
Il était rattaché' politiquement à la Pàrsa avant le règne de Cyrus. Les ascendants de Cyrus étaient Perses et Achéménides.
Inscriptions ussi/ricnnes lie Nahvuhanid .
Ils n'ont jamais régné sur l'entier royaume d'.\nzan-Sousounka, ni sur la
Perse aryenne proprement dite. Ils ont gouverné la partie de l'Anzan que j'ai dénommée Anzan-Perse.
.Nicolas de Damas, Dii'ulafdV, .\it ant. de la Perse.
\, La grande bataille qui décida du >orl de la Médie fut livrée par Cyrus t'I I son père sur la fronlièie de la Perse aryenne et de l'Anzan-Perse.
CONCLUSION.
Dieulafoy,
Art ant. de la Perse.
Recherches his 'oriques
de la mission.
Téispès partagea sans doute la Pàrsa, reconstituée et agrandie après la ruine de Ninive, entre deux de ses fils. Les aïeux de Darius conservèrent le patrimoine aryen avec les tribus nobles et agricoles, et régnèrent à Fessa ou Pasargade sur leur ancien royaume et sur la Sagartie, l'L'xie, la Sarangie, nouvellement annexées. Les aïeux de Cyrus prirent possession d'un territoire détaché de rHapartip(Anzan central) et gouvernèrent les districts montagneux de l'Anzan-Perse, habité par les nomades Daens, Mardiens et Dropiques.
PÉRIODE AU THAÏ QUI-:. 57
CHAPITRE II
Histoire de Siise. — Période archaïque. — Population luimilivo. — Négritos de la plaine. — Blancs bracliv-
céphales de la montagne. — Memiion. — Koudour Xakliounla, guerre contre la Chaldée et la Syrie.
Koudour Lagonier. — Abraham. — Période ancienne. — Bataille de Daban. — Khounibanigach et premières guerres contre iNinive. — Batailles de Kalou et de Douril. — Soutrouk Nakiiounta. — Il s'allie à Mar- doukbaliddina, roi de Babylone, contre les Assyriens. — Défaite de la coalition. — Succès des Élamites dans l'Ellibi. — Khalloudouch fait assassiner Soutrouk Xakhounta et lui succède. — (luerres contre Seiina- chérib. — Prise de Sippara. — Mort violente de Khalloudouch. — Koudour Nakiiounta. — Succès des Assyriens sous les murs de Bit-Yakin. — Mort violente de Koudour Xakhounta. — Silhac. — Oummanmi- nanou. — Bataille de Khaouli. — Ounianniinannu est trahi. — Ounimaualdach 1" — Oumnianaldach II.— Sa mort violente. — Ourtaki. — Famine. — Prise d'Onr. — Téoumman. — (himmanigach. — Tamaritou. — Indabigach. — Mort violente des derniers rois. — Ounimanaldacli 111. — La Kissie est conquise et annexée à la monarchie assyrienne.
J'ai tenté de faire pressentir à quelle haute antiquité remontaient l'établissement des Négritos sur la rive gauche du Tigre et la constitution de la monarchie susienne. La présence des noirs autour de Suse, clairement annoncée par les phis vieux poètes grecs, eût été admise depuis longtemps, si l'on n'eût pris l'habitude de cantonner les « Ethiopiens » en Afrique et au-dessous du tropique. Ce nouvel Etat noir placé au cœur de l'Asie, et bien sous la latitude d'Alger, dans la région la plus chaude du globe, était fort mal venu de se jeter au travers de thèmes habi- lement construits. On l'avait donc rayé de la carte, au plus grand profit des Touraniens et des Sémites. Et pourtant les habitants du bas Élam appartenaient à une race noire très antique, apparentée aux Négritos des Indes, des îles de la Sonde, des Philippines et aux métis japonais. Engloutis sous les tlots toujours plus pressés des Sémites et des Aryens, ils se défendirent avec courage, mais finirent par se fondre dans les envahisseurs.
D'où venaient les Susiens de la plaine et les Anzanites de la montagne? A quelles races doit-on les rattacher? J'ai déjà répondu à ces deux questions. Ceux-ci descendaient di^s rivages de la mer Caspienne et avaient avec les Scythes et les Mèdes brachycéphales, c'est-à-dire avec les vieilles races mongoliques, des liens de parenté très étroits. Ceux-là peuplaient l'Asie méridionale dès une haute antiquité. C'est l'histoire de ce double peuple que je vais essayer de retracer. Faute de textes originaux, elle sera malheureusement bien incomplète.
Les textes susiens que l'on possédait n'ont pas été interprétés dans leur entier, et, de longtemps sans doute, on ne pourra lire les briques nombreuses que j'ai rapportées. En cet état, les monuments chaldéo-assyriens sont les seuls qui jettent des clartés, encore sont-elles bien diffuses, sur les guerres où Babylone d'abord et Ninive plus tard furent engagées contre Suse. La Bible fournit aussi quelques renseignements précieux, étant donnée la pénurie des documents mis à la dispo- sition de l'historien.
8
58 L'ACROPOLE DE SUSE.
On ne saurait négliger non plus le témoignage des vieux poètes grecs. Eux aussi avaient ouï parler des Ethiopiens du Levant, les plus sages et les plus loin- tains des hommes, de leur chef Memnon, fils de Tithon et de l'Aurore suivant les uns', de ïithon et de Kissia suivant les autres". Après la mort d'Hector, Memnon apparut sous les murs de Troie à la tète de ses régiments blancs et noirs \ se jeta dans la ville de Priam et fut tué par Achille. Indications aussi ténues qu'elles sont glorieuses pour Suse, car l'existence de Babylone et de Ninive, ses puissantes rivales, était ignorée de la Hellade à l'époque où les mythologues grecs célé- braient le héros kissien jusque dans ses ascendants.
Malgré ses énormes lacunes, l'histoire d'Élam témoigne du patriotisme ardent et de l'invincible énergie de la nation, vertus bien rares qui rendent le sort des vaincus plus enviable que la gloire des vainqueurs.
Chétive province, la Susiane lutta pendant deux siècles contre toutes les forces de Ninive arrivée à l'apogée de sa puissance. Plus tard les Uxiens et les Cosséens ne subirent jamais le joug des Perses; et alors que, maîtres de l'Asie occidentale, les grands rois se rendaient de Suse à Persépolisou de Babylone à Ecbatane, ils devaient acquitter un droit de péage entre les mains des montagnards. L'Élymaïde enfin ne reconnut jamais l'autorité des Arsacides, des Sassanides ou des Arabes, et encore de nos jours les tribus bakhtyaris (heureuses) vivent à peu près indépendantes.
Vers le commencement du troisième millénaire vivait à Suse Koudour Xakhounta, le plus ancien roi susien dont le nom nous soit parvenu.
Dès cette époque, la rive droite du Tigre obéissait à des princes déjà civilisés, si l'on en juge par les merveilleux cylindres que gravaient les artistes chaldéens. La prospérité naissante de ses voisins effaroucha Koudour Nakhounta. 11 est permis de le croire, car le roi de Kissie descendit en Chaldée, ravagea la contrée depuis Our jusqu'à Babylone, mit à sac les principales villes, pilla les temples et emporta l'omme trophées les images des dieux chaldéens.
« Le roi d'Elam Koudour Nakhounta, qui n'adorait pas les grands dieux et qui dans sa méchanceté s'était confié à ses propres forces, mit la main sur les temples du pays d'Accad et il emporta la statue de la déesse Nanà. Ses jours ont été comblés et son pouvoir fut immense. »
Ces faits se passaient en l'an 229o avant Jésus-Christ. La date est fournie par une inscription d'Achchourbanipal, le vainqueur des Élamites et l'auteur du récit.
« Les grands dieux permirent ces choses, et pendant deux nères sept sâsses et
i. Hésiode. Voir sup., p. i'à.
2. Strabon d'après Escliyle, 1. XV, ^ 3; 2,
3. Hésiode, Diod. de Sicile, 1. II, § 22.
KOUDOUR LAGOMER. 59
quinze années (2 x 600-|-~ x 60-|- lo= 1 635 ans) l'image de Nanâ resta au pouvoii- des Élamites. »
« La statue de la déesse Nanâ était dans le malheur depuis 1635 ans, elle avait été emportée en captivité dans le pays d'Élam, qui ne lui était pas consacré'. »
Quelques princes payèrent tribut au vainqueur et lui rendirent hommage.
Les Susiens franchirent les rives du Tigre et de l'Euphrate, soumirent les rois qui barraient le chemin de l'Occident, battirent les armées coalisées des princes de la Syrie méridionale et atteignirent enfin les rives de la Méditerranée. C'est l'époque sans doute des successeurs de Koudour Nakhounta ou de leurs feudataires : Sinti Sitarhak, Koudour Mapouk, Eriv-Akou, Koudour Lagomer. Les Hébreux avaient conservé le souvenir de l'invasion élamite, et la Genèse parle de Kedorlagomer et d'Aryok, déformant à peine le nom de Koudour LagouKn' et celui d'Eriv-Akou des inscriptions cunéiformes.
L II advint aux jours d'Amraphel roi de Chounguir, d'Aryok roi d'Ellassar, de Kedorlagomer roi d'Élam, de Thidgal roi des nations, que ceux-ci firent la guerre à Béra roi de Sedôm, à Bircha roi de Ghamora, etc. Ces derniers rois avaient servi pendant douze ans Kedorlagomer, et la treizième année ils s'étaient retirés de sa domination.
XL (Les Élamites) ayant pris toutes les richesses de Sedôm et de Ghamora et toutes leurs provisions se retirèrent.
XII. Ils s'étaient emparés de Lot, fils du frère d'Abram.
XIV. Dès qu'il sut que son parent était captif, Abram réunit ses familiers nés dans la maison au nombre de trois cent dix-huit et poursuivit les vainqueurs jus- qu'à Dan.
XY. En divers endroits il les attaqua pendant la nuit, il les défît et les poui- suivit jusqu'à Hoba, qui est à la gauche de Dammesseq (Damas).
XVI. Il ramena avec lui tout le butin qui avait été pris, et Lot son parent, avec son avoir, ainsi que les femmes et tout le peuple".
La victoire d'Abram Se borna sans doute à une heureuse razzia dirigée contre les traînards de l'armée susienne. Les Arabes sont restés les fidèles disciples de leurs aïeux.
Malgré ce léger échec, Koudour Lagomer fut un prince puissant; mais, sous le
i. Oppert, Hist., p. 9 et 10. — Lenormaiit, Hkt., t. III, p. -21-23 et 28-20. — C. Rawlinson, The fîve oreut mo- narchies, t. I, p. lo9-161.
2. Genèse, XIV, traduct. de M. Ledrain. — (i. Kawlinsoii, /. c, p. lOI-IO:!, t. 111, y. 43. — Lenorraant (la Langue primitive de la Chaldée, p. 372-379).
60 L'ACROPOLE DE SUSE.
rof^ne de ses successeurs, la victoire se montra intidèle aux armes kissiemies. ('/est peut-être à cette époque qu'il faut rapporter la prise d'Anzan ou d'une ville d'Anzan par le ])atesi Goudc'a'.
Ouelques textes font encore nuMition d'un roi cosséen, Khammouragas ou Kiiammourabi, qui détrôna Ellabaou, reine de Babylone, et réunit dans sa main souveraine les sceptres de la Susiane et de la Chaldée. Des inscriptions récem- ment lues par M. Pinclies restituent ce prince aux dynasties chaldéennes ■.
Les invasions égyptiennes dirigées par les monarques de la XVIIT et de la XIX' dynastie atteignirent aux rives du Tigre, mais respectèrent l'Elam. Si les Ramsès et leurs prédécesseurs eurent souvent à lutter contre les noirs, ils rencon- trèrent leurs ennemis à peau brune au sud de l'empire. Les premiers rois d'Assyrie ne semblent pas non plus s'être attaqués à l'Élam. Touklathabalazar [Toiajoiilit- [jalécharray , lui-même, « le roi puissant, le destructeur des méchants, celui qui anéantit les bataillons enntmiis », ne pénétra jamais en Susiane.
In fait bien singulier se dégage de ces premières études. Bérose, qui eut à sa disposition les annales chaldéennes, qualifie de Mèdes les rois de la seconde dynastie babylonienne, rois qui précédèrent les souverains susiens sur le trône de Babylone. Dans la pensée de Bérose, Mède n'équivalait pas à Aryen, il est même probable que l'historien des rois de Chaldée désignait sous le qualificatif de mé- diques toutes les populations mongoliques de la Médie et des monts des Zagros, et qu'il opposait médique à susien et aryen. A la deuxième dynastie, dynastie blanche brachycéphale, auraient donc succédé des rois de la plaine susienne, c'est-à-dire des rois noirs. Hypothèse confirmée par les inscriptions d'Achchourbanipal *, jtuisque Koudour Nakhounta transporte, non pas dans la montagne, mais dans ses palais de Suse, le butin fait en Chaldée et la fameuse statue de la déesse iNanâ. Vers l'an 2300 avant Jésus-Christ l'hégémonie des plaines du Tigre et de l'Anzan- Sousounka était donc exercée par une dynastie de rois négritos.
L'avènement de la dynastie médique correspondrait peut-être à l'arrivée dans le sud d'une immense invasion scythe.
Repoussé par les Susiens noirs après avoir pris possession des montagnes de l'Anzan, le flot des brachycéphales se déversa sur les plaines du Tigre et resta maître du pays jusqu'au jour où Koudour Nakhounta assujettit la Chaldée et fonda l'Anzan-Sousounka, en ajoutant à la plaine noire — Niniê, Koussi, Habardip, Houssi — tous les districts montagneux, peuplés par les blancs de race scythe ^
1. statue B, insciiplion. Voir iup., p. 16, note 2. ■2. Maspero, Hisl. ancienne des peuples de l'Orient (1S86), p. 188 et 189.
H. Les noms propres assyriens sont sujets à des variations si fréquentes que je m'en tiendrai pour les plus connus à l'orthographe vulgaire. J'indique entre parenthèse les transcriptions données par M. Maspero (I880J. 4. Inscriptions déjà citées. Sup., p. b'J, note i. i). Sup., p. 32, et not., p. 40 et suiv.
BATAILLE llE DABA>'. CI
Dans cette période archaïque l'histoire est encore si incertaine qu'elle confine à la légende. Franchissons plusieurs siècles.
Les années qui suivirent le règne de Touklathabalazar furent pour l'Assyrif* des siècles de deuil.
Que devint la Susiane pendant cette longue période où dormirent les armées d'Achchour?
On l'ignore encore. L'écho assourdi des invasions aryennes qui menaçaient les frontièr(>s du sud et de l'est et, plus tard, des luttes de l'Assyrie renaissante contre les peuples du non! parvint sans doute au Memnonium^ mais les soldats d'Élam ne furent jamais engagés contre les Sémites. C'est au moins la conséquence probable du silence que gardent les inscriptions cunéiformes à l'endroit de la Susiane.
Touklatadar (88O-880), Achchournazirpal (880-86O) et Salmanasar III [Chalnui- nouschour^ 860-822) employèrent leur règne à lutter contre les royaumes juifs, la Chaldée, la Médie et l'Arménie.
En 819 le nom de l'Elam apparaît enfin dans les chroniques des rois de Ninive. Sentant qu'il était d'un intérêt vital pour la monarchie de mettre un terme aux entreprises des Assyriens sur la Chaldée, le roi de Suse s'allia à Mardoukbalatirib [Mardoukbalatsouikbi), qui régnait à Babylone, et livra bataille à Samsibin III [Chamchiramdn 7F), successeur de Salmanasar. Quoique vaincus à Daban (819), les coalisés continuèrent à fomenter la guerre contre Ninive. Binnirari III {Ramdnnirari) soumit la Mésopotamie et porta les limites de l'empire jusqu'aux frontières de l'Élam (780). Au moment où les deux nations rivales allaient en venir aux mains, l'Assyrie subit une de ces crises terribles auxquelles sont sujettes les monarchies militaires quand elles tombent sous le joug de souverains incapables ou fainéants'.
Vers le milieu du viii° siècle (745) régnait à ISinive Tiglathphalasar II [Tou- youltipalécharra). A la même époque, Babylone obéissait à Nabonassar [Nahou- ndsir).
Après un repos d'un demi-siècle, les guerriers d'Achchour s'ébranlaient de nouveau. Tiglathphalasar II « descendit vers Accad, rançonna les villes de Rapping, de Hamran et enleva les dieux de la ville de Sapassou' ». Ses campagnes en Arménie et en Médie, ses expéditions contre les Arabes rétablirent le prestige des armes assyriennes. Les victoires de Tiglathphalasar eurent un contre-coup en Chaldée. Borsippa se révolta et les efforts du roi de Babylone pour réduire ses sujets rebelles demeurèrent infructueux ^
1. Masporo, Histoire (incicnne des peuples de t'Orienf (ISSfi^ p. 303 et suiv., 383.
2. Chnmique babylonienne d'AnabuUakkil, traduite par M. Oppert, Mém. Institut, 1887, p. 00.
3. Ibid.
62 L'ACROPOLE DE SUSE.
L'Élani apprit avec inquiétude le réveil soudain de ses voisins. Ses craintes étaient d'autant plus vives que la Susiane venait de changer de maître, mutation toujours périlleuse en Orient, et que le roi Oiimmanigach ou Khoumbanigach » s'asseyait sur le trône d'Élam » (742)'.
Neuf ans après l'avènement d'Oummanigach, Nabonassar mourait (733), précé- dant de sept ans dans la tombe Tiglathphalasar II (726).
Salmanasar V ceignit la double couronne de Ninive et de Babylone; mais en 721 il succombait à son tour, avant d'avoir réduit Tyr et Samarie qu'il tenait bloquées depuis plus de deux ans.
Salmanasar ne laissait pas d'héritiers. Sargon [Charonkin), un de ses généraux, s'attribua l'Assyrie. La Babylonie, que le nouveau roi n'avait pas été assez puis- sant pour ranger sous son autorité, se donna pour maître Mardoukbaliddina (721), prince héréditaire de la province de Bît-Yakîn, riveraine du golfe Persique.
Jamais occasion plus favorable ne s'était offerte aux rois d'Élam de ruiner la puissance assyrienne. Oummanigach cria aussitôt son ban de guerre.
Les combattants allaient en venir aux mains dans des conditions bien différentes.
L'Assyrie, maîtresse de l'Asie occidentale, commandait aux destinées d'innom- brables vassaux. Ses généraux habiles, ses soldats aguiMM-is possédaient l'ascendant et la confiance qu'acquièrent les troupes habituées au succès; ses trésors regor- geaient des dépouilles métalliques des peuples vaincus; son gouvernement, ses mœurs, ses richesses et plus encore sa destinée en faisaient une machine de guerre formidable.
La Kissie semblait une quantité négligeable auprès du colosse sémitique. Afin de suppléer à rinfériorit('' numérique de leurs armées, les rois de Suse avaient dès longtemps fortifié leurs villes frontières" et créé au cœur même de leur capitale une citadelle à peu près inexpugnable, le Memnonium, dont la renommée parvint jusqu'en Grèce. Cette célèbre forteresse est aujourd'hui connue ^ Combien était justifiée l'admiration qu'elle excitait, combien étaient savants les ingénieurs qui l'avaient construite!
Si les défenses élevées sur les frontières par les monarques kissiens n'équili- braient pas les forces des deux peuples, elles suffisaient à des défenseurs résolus pour arrêter les premiers efforts des ennemis.
Oummanigach ne jugea pas opportun d'attendre l'ennemi derrière ses forteresses ;
{. Chronique babijlotiknne d'AnubelUtkliil, traduite par M. Oppert, Mém. Iiiatitut, 1887, p. 60. Le clir(>iii(Hienr babylonien nomme Oummanigach le roi susien désigné d'habitude sous le nom de Khoumbanigach.
2. Dans mes trois expéditions en Susiane j'ai relevé sur la frontière occidentale neuf places fortes de l'époque élamite. Les unes et les autres doivent répondre aux villes murées — MandaUtou, Naditou, Kamanou, Betimbi — désignées dans les textes assyriens. Maspero, /. c, p. 139.
3. Au cours des fouilles j'ai eu l'heureuse fortune de mettre à nu la plus grande partie du périmètre fortilié du Memnonium. Voir inf., chapitres iv, v, vi et vu, la descriplion et la restauration de l'euceinte.
SOLTROUK NAKHOUNTA. 63
il envahit la Chaldée, fut arrêté à Kalou (721) et forcé de battre en retraite. Deux ans plus tard il avait réuni une nouvelle armée. En 719, un siècle après la défaite de Daban, il apparaissait de nouveau et passait sur le corps des Ninivites dans les environs de la ville de Douril (719). Le contingent babylonien, arrivé trop tard pour prendre part à l'action, poursuivit les vaincus et changea leur déroute en une sanglante défaite. Oummanigach, déjà fort âgé, s'éteignit plein de gloire (716). O succès couronnait brillamment un règne de vingt-six ans.
Soutrouk Nakhounta, fils, semble-t-il, de la sœur d'Oummanigach, ceignit le diadème. La victoire de Douril vengeait les Élamiles des défaites de Daban et de Kalou. Le nouveau roi voulut l'emporter sur son prédécesseur en barrant à toujours la route de sa capitale. Il s'allia de nouveau avec Mardoukbaliddina et prépara la guerre pendant six ans. Au moment où il s'apprêtait à rejoindre les forces de Babylone, un des généraux de Sargon se précipita sur la Susiane, pénétra dans la province de Râchi et força Soutrouk Nakhounta à se replier au plus vite derrière ses places fortes. Sargon, libre de tout souci du côté de l'Élam, s'avança sur Baby- lone, battit les armées chaldéennes sous les murs de Dour-Atkhar, refoula Mar- doukbaliddina dans la petite principauté de Bît-Yakîn et profita de son succès pour se faire proclamer roi de Choumir et d'Accad (710) '.
L'année suivante les hostilités furent portées sur la rive gauche du Tigre. Sargon poursuivit le roi de Babylone jusque sous les murs de Dour-Yakîn" et battit les armées du sud près du confluent du Karoun et du Tigre, en un lieu voisin de Mohamerèh, que signalent encore d'immenses tumulus et le nom de Dourak-Gadim (Dourak Ancien) laissé aux ruines de la ville. Cette terrible bataille s'était livrée sur le territoire géographique de l'Élam, à quinze étapes de la capitale. Suse était directement menacée; à tout prix il fallait dégager le sud de l'empire. Soutrouk Nakhounta réunit une nouvelle armée. Battu dans l'EUibi sur les frontières de la Médie, il inflige en 706 une sanglante défaite à ses ennemis, recouvre les provinces septentrionales perdues après la campagne de 710, et conquiert une zone de terri- toire appartenant au domaine propre de l'Assyrie. Le succès des Ëlamites permit au prince aryen de Manna, Argichtis II, de recouvrer son indépendance. L'échec d'Achchour était complet '.
En 704 Sargon mourait assassiné dans le palais de Dour-Charoukîn (moderne Khorsabad).
Son fils Sennachérib [Siuakhéirbd) fit tète aux orages qui grondaient sur tous les points de l'empire. Mardoukbaliddina essaya vainement de ressaisir la Chaldée;
1. Maspero, Hist.anc, p. 431.
2. Lenormant, les Pnmières Civilisations, t. II, p. 241, et Chron. babyl. iVAiiabcltakkil, traJ. Oppert, Mi'm. Inst.. 1887, p. 67.
3. G. Smith, Assyr. Hist. Dans la ZeiUchrifl, 1860, p. i09, 110, et Chron. babyl., I. c, p. 67.
(54 L'ACHOPOLE HK SUSE.
il tut vaincu près de Kieliou ot forcé de se réfugier en Élam (702), et » Sonna- chérib ravagea selon son bon plaisir les cités de Larac, Sarrabana et tout le pays chaldéen ' ». Belibni, successeur désigné de Mardoukbaliddina, ne craignit pas de se révolter à son tour. Sennachérib « descendit de nouveau vers Accad et de nou- veau dévasta le pays » (700). Belibni et ses grands officiers furent amenés captifs en Assyrie*. Mardoukbaliddina ceignit la couronne pour la troisième fois. Il conclut un traité d'alliance avec les Susiens, tenta de renouer des relations avec Ezéchias {Hizkiah) roi de Judée \ fut battu et, suivi de son général Chouzoub, se jeta dans les marais de l'Élam, Téternel asile des tribus insoumises. Le vieux souverain rendit l'âme peu de temps après sa défaite^.
Sennachérib, fatigué de ces perpétuelles rébellions, intronisa roi de Rabylone son propre fils Achchournadinchoum ^
Sur ces entrefaites (098), une sombre tragédie ensanglantait le Memnonium. Soutrouk Nakhounta, qui pendant dix-huit ans avait tenu tête aux généraux ninivites, était emprisonné et assassinée Khalloudouch, frère de la victime et chef de la con- spiration, perçut sans plus tarder le salaire de son crime et monta sur le trône devenu vacant par ses soins. Nulle part la nouvelle de l'attentat ne fut accueillie avec plus de joie qu'à la cour de Sennachérib. « Le roi descendit vers Élam, il détruisit les vill(>s de Nagit, de Hillime, de Pillât et de Houpapan ; il enleva leurs habitants'. »
Les Susiens, bientôt remis de cette chaude alerte, reprirent courage, marchèrent sur Accad, mirent le siège devant Sippara et entrèrent par la brèche dans la vieille cité chaldéenne. Achchournadinchoum, fils aîné de Sennachérib et roi de Babylone, fut amené captif en Élam.
Afin de bien indiquer que la guerre dirigée contre les Assyriens n'était pas faite à de fidèles alliés, le temple d'Eparra et le dieu Chamas furent respectés. Khallou- douch laissa la couronne à Nergalousezib (695) ^
Le nouveau souverain entra immédiatement en campagne. Il prit la ville de Nipour; mais, peu de mois après, les Assyriens lui enlevaient Ourouk (Orchoé), les habitants et les dieux protecteurs. A cette nouvelle, Khalloudouch se dirigea vers la C.haldée, fit sa jonction avec l'année de Nergalousezib, reprit les dieux, le butin et les captifs '.
1. Chron. biibyl., l. c, p. 07.
2. Chron. babyi, I. c, p. 68. — Oppert, le.i Sargotiidcs, p. il-V.I. — (i. Kuwlinson. Tlic fiir (jieal monar., t. II, p. Io6-lo0. — Lenormant, Hist., t. Il, p. O.S.
3. Jesaïah, XXXIX, i; 2, j, 7.
4. Maspero, Hist. (inc, p. 441.
5. Chronique babylonienne, L c, p. (i8.
6. Idem.
7. Iilem.
8. Idem.
9. Idem.
KOLIiOlH NAKIIOIMA II. 05
Dans cette lutte sans merci, les succès de la veille balançaient les revers du lendemain. Pendant que le roi d'Élam vengeait son allié, les troupes babyloniennes se laissaient battre à plate couture et abandonnaient leui' maître aux mains des ennemis. Mouchèzibmardouk s'assit sur le trône de Babylone (693)'.
Le peuple de Suse avait assisté frémissant au drame qui avait porté Kballou- douch sur 1(> trône. 11 le toléra victorieux; le jour où la fortune déserta la cause royale, il s'empara de l'assassin de Soutrouk Nakliounta et le tua'.
Le trône échut à Koudour Nakhounta II, le iils du malheureux Souti-ouk \
Dès son avènement (69.3), le nouveau roi se donna pour tâche de témoigner à ses puissants voisins son aversion patriotique. Il en vint jusqu'à i-ecueillir les habitants de Bît-Yakîn que lassait la tyrannie de Ninive. C'en était trop. Après avoir promené les armées d'Achchour du fond de la Médie aux frontières de l'Egypte, rangé les Babyloniens au nombre de ses vassaux, SiMinachérib ne pouvait tolérer sur ses frontières ce petit peuple au patriotisme ardent, ces maîtres de rune des plus riches provinces de l'Asie, ces Kissiens invincibles, véritables taons attachés au flanc de la monarchie. L'injure était flagrante. Néanmoins le roi se crut forcé de couvrir son agression d'un prétexte religieux et réclama les statues divines que Koudour jNakhounta L' avait enlevées du pays d'Accad, seize cent trente-cinq ans auparavant*. Il espérait que, dans une cause où le ciel était partie, le trii)uiiai des grands dieux n'oserait se prononcer contre Achchour.
Sennachérib n'était pas le premier roi qui eut formé le dessein d'asservir l'Klam. Depuis la fin du vni'' siècle tous ses prédécesseurs avaient caressé ce projet, mais tous s'étaient heurtés à une résistance opiniâtre qui avait transformé leurs succès en quasi-défaites. Pour soumettre les Kissiens il fallait atteindre Suse, et pour frappei' la capitale on devait franchir une frontière protégée pai' la mer, des montagnes inaccessibles ou des places fortes appuyées à des déserts et des marais. Les rivages du golfe Persique étaient restés ouverts ; les Susiens ne péchaient point par impré- voyance, car jamais une flotte de guerre n'était apparue dans ces régions.
Depuis de longues années iNinive disposait de la marine de Tyr et (W Sidou. Sennachérib conçut le dessein hardi de l'utiliser contre l'Élam et de lui confier ses bataillons. Conduire la flotte phénicienne au fond du golfe Persique était impraticable; on pouvait toutefois acheminer sur Babylone des matelots et des charpentiers de marine; ainsi fut fait. Une flotte superbe construite à l'embouchure du Tigre trans- porta l'armée assyrienne sur la côte sud de la Susiane, et cela avec une telle rapidité que les armées de Koudour Nakhounta II, qui s'attendaient à être attaquées par le
1. Chronique babylonienne, l. c, p. 08.
2. Idem, '.i. Idem.
i. Sup., p. 59, note I.
66 L'ACROPOLE DK SLSE.
nord, t'uront tournées et battues'. Bonaparte tombant sur b^s Autricbicns après avoir franchi le col du Saint-Bernard ne surprit pas davantage ses ennemis. « J'emmenai captifs les bommes de Bît-Yakîn et leurs dieux et les serviteurs du i-oi (rÉlam. .!<> n"y laissai pas le moindre reste debout et je les embarquai dans des vaisseaux et les menai sur les bords opposés ; je fis diriger leurs pas vers l'Assyrie, je détruisis les villes de ces districts, je les (l('>molis, je les réduisis en cendres, je les changeai en déserts <'t en monceaux de ruines". » Que fùt-il advenu de Suse si le peuple de Babylone, profitant de la situation difficile faite à Ninive par la guerre élamite, ne se fût révolté sous l'inspiration de Mouchèzibmardouk?
Les Susiens bénéficièrent seuls de cette diversion. Mouchèzibmardouk. écrasé malgré l'aide puissante (|ue lui prêta Koudour Nakhounta, prit la route des prisons de l'Assyrie.
L(\s pluies d'hivei', diluviennes dans toutes les plaines méridionales du Tigre, interrompirent les oi)érations. Au printemps, les généraux de Sennachéril) enle- vèrent deux places fortes du nord que les Élamites avaient conquises sur Sar- gon, pénétrèrent par la brèche et traitèrent à l'assyrienne les provinces envahies. K Trente-quatre grandes villes et les petites villes des environs, dont le nombre est sans égal, je les assiégeai et je les pris ; j'enlevai les captifs, je les démolis el les réduisis en cendres. Je fis monter dans les vastes cieux la fumée de leurs incendies comme celle d'un seul sacrifice \ »
En décrivant la topographie de la Kissie j'ai parlé du croissant de montagnes qui enserre du nord au sud-est la plaine et les premiers plateaux susiens. C'est dans les gorges inaccessibles des Zagros que Koudour Nakhounta traqué par les Assyriens chercha un l'efuge contre l'orage.
Sennachérib consulta ses devins. Les grands dieux déconseillèrent une expédi- tion eu pays accidenté. Il eût été impie de transgress(M' leurs ordres, et les envahis- seurs se l'ctirèrent, épuisés par des victoires trop chèrement acquises.
Le monarque fugitif ne devait pas jouir de ce succès inespéré. « Il fut assassiné dans une révolt(>. lUx mois Koudour avait régné sur Elam(692)\ »
Chez les Sémites et les Aryens la successifui au trône s'opérait dans la ligne directe. A Suse il semble que les frères eussent des droits supérieurs aux tils. En vertu de cette coutume qui régit encon» les droits successifs des princes ottomans, deux frères de Koudour, Silhac, puis Oummanminanou', ceignirent le diadème. Le nom de ce dernier roi ne paraît pas dans les rares inscriptions
\. G. Uawlinson, The five grcat mnnar., t. H, [i. 171-172.
2. Oppert, /es Sargonides, p. 48.
3. Maspero, Hist. anc, p. 444.
4. Chrun. bahyl., l. c, p. G!).
5. Oppert, Sarg., p. 48. Chnm. bubyl., p. 60.
BATAILLE DE KHAOI LI. 67
susiennes lues jusqu'à co jour, mais il ost fait mention dans ces textes de Silhac, également fds de Soutrouk Nakhounta'. Silhac régna peut-être concurremment avec un de ses frères, soit Koudour Nakhounta II, soit Oummanminanou ; il occupa le trône assez longtemps pour mettre le Memnonium en état de dé- fense et construire à l'intérieur de l'enceinte de nouveaux ouvrages fortifiés ".
Peu de mois après le couronnement du nouveau souverain, Cliouzoul) reparut à la cour de Suse. Le vieux général de Mardoukbaliddina, fait prisonnier par les Assyriens et amené captif à Lakhiri, avait trompé la surveillance de ses gardiens et venait demander asile à Oummanminanou. Il trouva le nouveau roi fort disjjosé à tenter la fortune des armes si le trésor n'eût été vide. Les dernières guerres et les exactions d(»s Assyriens avaient épuisé toutes les ressources. Cliouzoul), (pic les Babyloniens avaient accepté comme roi ou lieutenant du royaume pendant la capti- vité de Mouchèzibmardouk, n'était guère plus riche que son allié ; seuls les temples d(> Bahylone regorgeaient d'or. Le nouveau souverain des Choumirs et des Accads n'hésita pas à sacrifier la fortune des dieux au salut de la patrie.
« II ouvrit le trésor du grand temple pyramidal; l'or et l'argent d<' Bel, de Zarpanit et des temples, il les pilla pour les donner à Oummanminanou, roi d'Élam, et lui fît mander : « Dispose tes troupes et concentre les forces, marche vers Baby- " lone et fortifie nos mains, car tu es un maître dans l'art de la guerre ^ »
L'or babylonien fit merveille, les princes feudataires de Parsouach, d'Anzan, d'Ellibi. les cheikhs du bas Euphrate rejoignirent leur suzerain^; et l'énergique roi de Suse que nul revers ne pouvait abattre entra le premier en campagne. La guerre fut porti'e sur la rive droite du Tigre. » Ils vinrent pour commettre des
crimes comme des Arabes qui arrivent en masse et veulent piller Sous leurs pas
monta vers les vastes cieux, ainsi qu'un orage prêt à crever, la poussière de leur marche \ »
L'armée assyrienne s'avança contre les coalisés et livra bataille à Khaouli (689). L'issue de ce premier engagement resta incertain. De chaque côté on s'attribua la victoire.
Les tablettes d'AnabeltakkiF' disent simplement qu' (( Oummanminanou infligea une défaite au pays d'Achchour », sans insister autrement sur la portée de cet échec. Comme cette version est l'œuvre d'un scribe babylonien favoral)le à l'Élara, il est permis de croire que le succès des coalisés ne fut pas décisif. II est certain néanmoins que les Babylo-Susiens firent preuve d'une remarquable solidité, et ne
1. Oppert, les Imrrip. en lumj. sus., l. c, p. 187.
2. Idem.
i. Oppert, Sarg., p. 41).
4. Voir sup., p. 22, 23 et notes.
5. Oppert, Sarçj.. p. lil, ot Maspero, Hist. anc , p. 44o. G. Pase 69.
68 L'ACHOPOLE ItE SLISE.
fiii-ciil f;uèr(> ontainés par la bataille de Khaouli, puisquo Sennachérib, désespérant (le la victoire, acheta, de l'un des i^énéraux (rOuminaiiminannu, le plan de ram- pai'ne de la coalition '.
Malgré cette trahison et bien que le roi de Siise, la face rongée par un cancer', fût en mauvaise situation pour diriger ses troupes, le champ de bataille fut vivement disputé. Le général des Élamites, Khoumbaoundach, fui tué; le chef babylonien, Nal>ouzikirichkoun, fds de Mardoukbaliddina, fut fait prisonnier ^ A travers les exagérations des historiographes oftlcitds, on comprend combien fut énergique la résistane<' des Susiens. « Sur la terre mouillée, les harnais, les armes prises dans mes attaques nageaient tous dans le sang de mes ennemis comme dans un thnive, car les chars de bataille (|ui enlèvent hommes et bêtes avaient dans leur course écrasé les corps sanglants et les membres. .l'entassai les cadavres de leurs soldats comme des trofdiées, et je hnn* tranchai les extrémités. Je mutilai ceux que je |)ris vivants comme des brins de paille, et pour punition je leur coupai les mains*. ><
Babylone paya de son existence cet accès de patriotisme. Oummanminanou et Chouzoub s'échappèrent presque seuls. Le roi revit Suse et rendit l'âme, il suc- combait après quatre ans de règne à l'atroce maladie dont il était atteint \
Oummanaldach F', fds présumé d'Oummanminanou, lui succéda (688). Les huit années (|ue dura son régne ne furent signalées par aucun événement saillant, et quand il mourut, terrassé par un accès pernicieux, il légua la Kissie telle (|u'il l'avail héritée de son prédécesseur. Oummanaldach II ceignit le diadème (()80i\
Sennachérib suivit dans la tombe le roi d'Elam. Deux de ses lils, » Adramme- lech et Saress(>r, le tuèrent avec l'épée" », préparant, à leur insu, ravènement de leur frère Asarhaddon [Achchourakhiddm).
Le caractère le plus frappant des guerres élamites fut la fragilité des résultats acquis. A peine le vainqueur était-il rentré dans son palais, que les vaincus se soulevaient. .Jamais une annexion n'était détinitive, jamais un succès n'avait de sanction, .lanuds pourtant répression ne fut plus barbare, châtiment plus rigoureux.
Sennachérib avait mis à feu et à sang le sud de l'Elam et la Babylonie, et il eut à réprimer huit révoltes des vaincus. Exaspéré par les dangers que faisaient courir à la monarchie ces perpétuelles insurrections, il massacra l'aristocratie chaldéenne, rasa la ville, pilla les temples, les palais, el crut à bon droit eu avoir luii avec les i-ebelles. Il n'était |)as mort de|)uis un an, (|u'à l'iusligatiou du nouveau roi
1 . 0[i|n;i'l, .S'iij/., p. ol.
i. Chon. babyl., I. '•., j). ()'.l.
M. Masiiero, /. c.
4. Opperl, Sarg., p. 31.
;i. Idem.
G. Chron. bnltijl., p.O'.i. Le rédacleiir cile doux rois Je Suse qui portèrent successivement le nom OuninKiualdacli.
7. mille, livn; U des Uois, xix,§:)7, et Chvun.hab'jl., p. OU.
MOHT VIOLENTE LVOUMMANALDACH 11. 69
(rÉlam Oummanaldach II, Nabouzirnapichtiouchléchîr, qui avait hérité de son père Mardoukbaliddina le gouvernement de la basse Chaldée et la haine pour Achchour, soulevait les Babyloniens et déclarait la guerre à Ninive.
L'armée élamite prit Our, les rives du golfe Persique, et infligea de cruelles dé- faites aux généraux assyriens. Nabouzirnapichtiouchtéchîr compromit ces premiers succès par sa lâcheté. A l'approche d'Asarhaddon il s'enfuit au fond de la Susiane'. Sa désertion fut le signal de la débâcle : les troupes imbyloniennes se débandèrent. Oummanaldach II, demeuré seul, acheta la paix en faisant mettre à mort son indigne allié. Asarhaddon se retourna alors vers ses autres ennemis; mais pendant qu'il terrassait les rois de Sidon, de Koundou et de Chichou, et envoyait leur tète en Assyrie, Oummanaldach II conduisait une armée contre Sippara, s'emparait de la ville, et, fidèle aux traditions des souverains élamitcs, massacrait la garnison assyrienne sans faire sortir la statue de Chamach du temple d'Eparra [Oulouy. ■ Il s'était formé dans la Susiane, affaiblie et désorganisée par les terribles guerres qu'elle venait de soutenir, un parti d(^ la paix. Quelques chefs ambitieux exploi- tèrent la lassitude du |)euple, prétextèrent le bien du |)ays pour miner l'autorité royale, et quand ils se furent assurés du concours d'Ourtaki, frère du souverain, ils assassinèrent Oummanaldach II (675) ^ Le malheureux prince avait mérité un autre sort. Dès son avènement, Ourtaki inaugura une politique bien nouvelle : il rechercha ouvertement l'amitié des ennemis séculaires de l'Élam et, comme gage de ses bonnes intentions, restitua la statue d'Ichtar, prise autrefois à Agadé (67.'î{)\ Il est à prt'- sumer que les Susiens étaient de inen redoutaldes adversaires, car les avances du nouveau roi furent accueillies à Ninive avec la plus grande faveur. La paix dès ce jour sembla solidement cimentée.
Sous le règne d'Ourtaki une sécheresse implacable tarit les fleuves de la Susiane; dans ce pays où le soleil brûle la terre et les fruits quand de copieux arrosages et des pluies hivernah^s ne viennent sans cesse humecter h' sol, se déclara une épouvantal)le famine. Un grand nombre d'Elamites émigrèrent en Assyrie, où ils reçurent l)on accueil. Le fds d'Asarhaddon, Achchourbanipal, qui avait succédé à son père en 66S, fut pris de pitié, et lit diriger vers ses nouveaux amis de nom- breuses caravanes chargées de grains.
Les pluies si ardemment souhaitées vinrent enfin rafraîchir la terre; les céréales couvrirent de leur riche manteau les plaines élamites, l'abondance succéda à la noire misère.
1. Ckron. babyl., p. 70.
2. Idem.
:i. La chronique f;iit mourir cl(? maladie Oumnunialdach II, mais les Assyriens accusent Oiirlald d'avoir fait assassiner son Irère Oummanaldach et ses neveux. Maspero, Hist. anc, p. 401. 4. Citron, babyl., p. 70.
70 LACHOPOLE DE SUSE.
Contre toute vraisemblance, les réfugiés susiens furent autorisés à rentrer dans leur pays. Après avoir fait preuve d"une générosité aussi inaccoutumée chez un monarque assyrien, Achchourbanipal pensait avoir mérité la reconnaissance de la cour et du peuple élamite : il s'aveuglait cruellement. Les partisans de la guerre mirent au compte de leurs ennemis politiques la colère des dieux, excitèrent à leur tour les rancunes populaires et précipitèrent le pays dans une nouvelle aventure '. Eurent-ils tort? L'histoire ne sera jamais trop indulgente pour les erreurs patriotiques ; en tous cas on n'acquitte pas avec des sacs de blé les dettes sanglantes que les Assyriens avaient contractées envers le peuple de Suse. . Ourtaki entretenait de secrètes relations avec Nabouzikiroussour, sous-gouver- neur des marches assyriennes limitrophes de rÉlam; les négociations, habilement conduites par son lieutenant Mardoukzikiressis. eurent un plein succès. Nabou- zikiroussour et son chef direct Belbousou entrèrent dans un complot qui avait pour l:>ut de livrer la basse Chaldée au roi de Suse. Les hostilités éclatèrent; l'armée d'Ourtaki souleva le pays et envahit lAccad. » Les gens d'Elam, comme une nuée de sauterelles, ont couvert le pays d'Accad : ils ont établi leurs camps sous les murs de Babylone et s'y sont fortement retranchés. » Achchourbanipal se précipita à la rencontre des enn<Miiis, les cullnita hors des frontières et renoua des relations avec le paili de la paix. Ourtaki paya de sa vie sa tentative impru- dente. Il fut assassiné par un de ses courtisans. Un crime l'avait placé sur ce trône, un crime l'en précipitait.
Son jeune frère Téoumman lui succéda. Il usa tout d'abord de la souveraine puissance pour exiler tous ses neveux. Ainsi d'ailleurs avait fait Ourtaki à l'f'gard des enfants d'Oummanaldach. Les fils d'Ourtaki s'enfuirent en Assyrie et ranimè- rent, par le récit des tragédies du palais, l'espérance et les convoitises d'Achchour- banipal. Le roi d'Assyrie rassembla son armée et re])rit la route si souvent par- courue de l'Elam.
Les astres et les dieux complotaient la perte de Suse. Éclipses, rêves, prodiges favorables se succédaient sans relâche. Téoumman ne pouvait résister à tant d'efi'orts coalisés ■.
Le monarque élamite se retrancha derrière l'Oulaï, près du bourg de TouUiz. L'armée assyrienne franchit le fleuve et en vint aux mains avec les Susiens dans les bois de palmiers qui longeaient la rive gauche.
La bataille dut être acharnée. Le roi de Kissie et le prince royal combattirent au premier rang et firent si vaillamment leur devoir que Téoumman, percé d'une flèche (fig. 36), tomba ainsi que son fils Tammaritou aux mains des ennemis. Les
1. Maspero. /. c. ji. 461.
•2. Hawlinson, The five greal monor.. t. Il, p. iC^-aOS.
TEOUMMA>.
71
Assyriens décollèrent le souverain, abandonnèrent son tronc aux vautours et em- portèrent la tête (fig. 36).
FI G. SI). - MOTIT 1)E TÉOUMMAN'.
Tous les épisodes du combat sont représentés avec un réalisme saisissant sur
1. A gauche de rinscription, Téoumman ;i genoux, percé Je tlèches; au centre, un soldat assyrien coupe la fête du roi. On aperçoit au-dessus du corps le carquois et la tiare du monarque.
/z
L'ACROPOLE DE SLSE.
un bas-relief du British Muséum (fig. 36, 37 et 38j. Là des soldats scient avec leur poignard le cou de Téoummau (fig. 36); ici des archers s'emparent de la tète du supplicié et la portent à leur souverain (fig. 37). Le même tableau fait assister au martyre des prisonniers, décapités, torturés, écorchés vifs. D'autres captifs, la corde au cou, sont assommés comme des bœufs (fig. 37). Dans une tente on assemble (>t
riG. •:17. — liVTAILLE UE LOLLlï (SUPPLICE 11 IJ P 1. 1 S 0 N \ I E n ) '.
l'on compte des tètes, hideux trophées apportés par les soldats d'Achchourbanipal. Les vainqueurs faisaient assaut de cruauté, car ils voulaient conserver par la terreur une concjuête si chèrement acquise.
Les fils d'Ourtaki, Tammarilou L'' et Oummanigach II, assistaient dans les rangs
1. Dans le registre supérieur les Assyriens assomment à coups de massue des prisonniers susiens. Dans le registre immédiatement au-dessous et à gauche, des soldats montés sur un char emportent la tête de Téounininn : à droite, des serviteurs comptent les tètes apportées dans une tente.
2. D'après les inscriptions, ce serait Tammarilou fils dOurlalii qui aurait coupé la tète de son oncle Téoum- nian et se serait ainsi vengé de l'exil prononcé contre lui et son frère Oummanigach (^Maspero, Hisl. une, p. 463j. Sur le bas-relief il semble pourtant que l'office d'exécuteur soit rempli par un soldat assyrien.
TAMMAUnOU 1" ET OUMMAMGACH 11.
73
dos Assyriens à la ruine de leur patrie. Achchourbanipal les intronisa, celui-ci roi de Suse et de Mandaktou, celui-là vice-roi de Khaïdalou, sous la condition de payer tribut.
En arrivant à Suse, les jeunes souverains trouvèrent la ville aux mains du parti
militaire. Gouverner équivalait à prendre la remorque des généraux. Les fds d'Our-
10
74 L'ACROPOLE 1»E SLSE.
taki conspirèrent donc contre Ninive. Durant les années d'exil ils s'étaient liés avec les plus grands personnages de l'Assyrie. Ils mirent à profit leurs relations (l'amitié pour négocier la ruine d'Achchourbanipal. Le frère même du monarque, le |)rince Chamachchoumoukîn', auquel le vieil Asarhaddon avait remis, avant sa mort, la vice-royauté de Babylone, entra dans le complot, prêt à troquer son fief contre une royauté indépendante'.
Les conjurés auraient surpris Ninive si le gouverneur assyrien d'Ourouk n'avait été informé par son collègue d'Our que les émissaires de Chamachchou- moukîn fomentaient une révolte.
Le diadème susien portait malheur aux princes qui le ceignaient. Oummanal- dach II, Ourtaki, Téoumman avaient péri de mort violente. Il eût été fâcheux de laisser chômer la hache; Tammaritou II, fils d'Oummanigach II, se chargea de renouer la tradition. Il s'allia avec son oncle Tammaritou I", vice-roi de Khaïdalou et assassin présumé de Téoumman, se saisit de son père et lui lit trancher la tète. La mort d'Oummanigach II entraîna la défection des troupes kissiennes. Achchourbanipal vint rapidement à bout de Chamachchoumoukîn, le força à se renfermer dans Babylone, bloqua la ville, puis se retourna contre les Susiens.
Les tragédies dont le dénouement ensanglante la cour de Suse au début de chaque campagne sont trop favorables à la cause des Assyriens pour n(> pas ternir leur honneur militaire. Ce n'était pas sans terreur que les innombrables fds d'Achchour se mesuraient avec FÉlam. Goliath redoutait David, et le faisait étrangler en traîtrise plutôt que de le combattre au grand jour. Présomption fâcheuse qui côtoie de bien près la certitude, car on a la preuve que Sennachérib^ avait soudoyé le généralissime d'Oummanminanou, et qu'Achchourbanipal acheta le concours d'Indabigach, géné- ralissime de Tammaritou II, avant d'en venir aux mains avec les Susiens.
« J'adressai mes prières à Achchour et à Ichtar, ils accueillirent mes suppli- cations et entendirent les paroles de mes lèvres. Indabigach, le serviteur du roi d'P^llam, se révolta contre lui et le mit en déroute sur le champ de bataille. ■■
Le vaincu s'enfuit à Ninive et se jeta aux pieds d'Achchourbanipal.
Le roi d'Assyrie ne pouvait sévir contre son ancien complice, contre l'assassin d'Oummanigach II.
'< Il embrassa mon pied royal et se couvrit la tète de poussière devant l'es- cabeau de mes pieds... Moi, Achchourbanipal, au cœur généreux, je l'ai relevé de sa trahison, je l'ai reçu lui et les rejetons de la famille de son père dans mon palais. »
1. L'auteur des chroni(|ucs babyloniennes raconte également ([u'Asarbadilon avait divisé son royaume entre ses deux lils, /. c, p. 7) .
2. G. Smitli, llhl. of Assurh., p. llO-loO. Hawlinson, The fixe grvat moiiur.. y. -200-200. Menant, Ann., p. 282--283.
3. Sup., bataille de Kbaouli, p. 68.
OUiMMANALDACII 111. 75
La double campagne de Chaldée et d'Élam avait été menée avec une décision (>t une» rapidité remarquables. Achchourbanipal recueillit bientôt le fruit de son habileté.
Les Babyloniens, abandonnés à leurs propres forces, résistèrent jusqu'à la dernière extrémité. Ils en furent réduits à se nourrir de la chair de leurs fils et de leurs filles. Les horreurs du premier sac furent dépassées ; il ne semblait pourtant pas qu'on piit mieux faire. Chamachchoumoukîn et ses principaux offi- ciers périrent dans les flammes, le peuple servit de pâture aux lions et aux chiens du vainqueur '.
Indabigach reçut le trône de Suse pour prix de sa trahison. Certes, s'il eût suivi ses secrets penchants, le nouveau roi n'eût pas affronté la colère d'Achchour. Mais la cour, quoique gangrenée et gorgée d'or assyrien, était enfiévrée de patriotisme.
L'audace et le courage semblaient héréditaires dans les grandes familles.
Qui eût osé parler de paix devant le pays humilié. Aussi bien, quand les princes chaldéens compromis dans les dernières révoltes vinrent, à la suite de Naboubel- soumé [Nahonbehikri)^ petit-fils de Mardoukbaliddina et roi de Bît-Yakîn comme son aïeul, chercher un asile derrière les murs du Memnonium, Indabigacli aima mieux braver la colère d'Achchourbanipal que de trahir l'hospitalité.
Le châtiment ne se fit pas attendre. Oummanaldach, un des favoris du prince susien, exécuta la sentence prononcée à Ninive et planta le poignard dans le cœur de son maître. Le sort des derniers rois de Suse n'était guère enviable".
Achchourbanipal n'hésita plus : il franchit la frontière élamite. n Bît-Imbi l'ancienne est la capitale des places fortes de l'Élam, elle en divise la frontière comme une muraille. Sennachérib, roi du pays d'Achchour, le père du père qui m'a engendré, l'avait prise; mais les Élamites avaient construit devant Bît-Imbi l'an- cienne une autre ville, ils l'avaient fortifiée, ils avaient élevé ses remparts et l'avaient également nommée Bît-Imbi. Je l'ai prise au cours de mon expédition ; j'ai détruit les habitants qui ne sont pas venus solliciter l'alliance de ma royauté, je leur ai coupé la tète, je leur ai arraché les lèvres, et, pour les faire voir à mon peuple, je les ai envoyés au pays d'Achchour. »
Oummanaldach III (650) essaya vainement de ceindre le diadème de sa victime. Il dut fuir dans la montagne, laissant au plus téméraire ou au plus habile la tâche d'occuper le trône.
Derrière l'armée d'Achchourbanipal était revenu Tammaritou II. Il fut choisi comme roi feudataire du pays.
1. G. Smilh, Hht.of Assw'b., p. 181-204. Rawlinson, The fivc great iiwnarc, L II, p. 203-207. Menant, Aitii.. p. 261-264. Maspero, Ilist. nnc, p. 466.
2. G. Smith, Hist. of Assvrb., p. 177-181.
76 L'ACROPOLE DE SUSE.
Le vent qui caresse les palmiers de Borsippa rend oublieux, disaient les poètes juifs; la brise qui tempère les embrasements de la Susiane devait communiquer aux Kissiens une indomptable énergie. Tammaritou II, jaloux de faire oublier lorigine de sa puissance et de racheter l'abaissement de son jjeuple en tirant une terrible vengeance des oppresseurs de l'Elam, complota de massacrer toutes les garnisons ennemies. Dénoncé par un espion aux gages du roi d'Assyrie, il fut saisi et trans- porté à Ninive'.
La Kissie était sans maître.
Oummanaldach III descendit des montagnes où il s'était réfugié, réunit à la hàle les derniers débris de l'armée nationale et tenta un suprême eflort. Il reprit Man- daktou, s'empara même de Bît-Imbi, succès bien éphémères d'une armée vaillante jusqu'à l'héroïsme.
Dès la fin de la saison des pluies, le roi d'Assyrie entra en campagne, mil le siège devant les places frontières, affama le pays et se présenta enfin devant la capitale.
L'Elam était à bout de forces. vSuse, dont aucune armée n'avait violé les portes, capitula. Ecoutez l'hymne triomphal des Assyriens, prêtez l'oreille aux chroniques d'Achchourbanipal, et vous mesurerez à l'orgueil et à la joie du vainqueur la difficulté de la conquête.
« Par la volonté d'Achchour et d'Ichtar, je suis entré dans les palais de Suse et je m'y suis reposé avec orgueil. .l'ai ouvert les trésors, j'ai pris l'or, l'argent, les richesses, tous ces biens que le premier roi d'Élam et les rois qui l'avaient suivi avaient réunis, et sur lesquels aucun ennemi encore n'avait mis la main, je m'en
suis emparé comme d'un butin l'ai enlevé Chouchinak, le dieu qui habite
dans les forêts, et dont personne encore n'avait vu la divine image, et les dieux Soumoudou, Lagamar, Partikira, Amman-Kachibar, Oudouran, Chapak, dont les rois du pays d'Élam adoraient la divinité. Ragiba, Choungourcha, Karcha, Kirchamas, Soudounou, Aipakchina, Bilala, Panintimri, Chilagara, Napcha, Nalirtou et Kinda- karbou : j'ai enlevé tous ces dieux et toutes ces déesses, avec leurs richesses, leurs trésors, leurs pompeux appareils, leurs prêtres et leurs adorateurs, j'ai tout emporté au pays d'Achchour. Trente-deux statues des rois, en argent, en or, en bronze et en marbre, provenant des villes de Chouchan, de Madaktou, de Khouradi, la statue d'Oummanigach, le fils d'Oumbadara, la statue d'Ichtarnakhounta, celle (le Khalloudouch, la statue de; Tammaritou, le dernier roi qui, d'après l'ordre d'Achchour et d'Ichtar, m'avait fait sa soumission, j'ai tout envoyé au pays d'Achchour. .l'ai brisé les lions ailés et les taureaux qui veillaient à la garde des temples. J'ai renversé les taureaux ailés fixés aux portes des palais du pays d'Élam.
1. r.. Smith, Hist. of Assurb., p. 20o à 217.
L ANZAN-SOUSOUNKA ANNEXÉ A L'ASSYRIE. 77
et qui jusqu'alors n'avaient pas été touchés ; je les ai jetés bas. J'ai envoyé en captivité les dieux et les déesses. Leurs forêts sacrées, dans lesquelles personne n'avait encore pénétré, dont les frontières n'avaient pas été franchies, mes soldats les envahirent, admirant leurs retraites, et les livrèrent aux flammes. Les hauts lieux de leurs rois, les anciens et les nouveaux, qui n'avaient pas craint Achchour et Ichtar mes seigneurs, et qui étaient opposés aux rois mes pères, je les ai renversés, je les ai détruits, je les ai brûlés au soleil; j'ai emmené leurs serviteurs au pays d'Achchour, j'ai laissé leurs croyants sans refuge, j'ai desséché les citernes'. »
Oummanaldach ne s'avoua pas vaincu. A l'exemple de ses plus antiques prédé- cesseurs, à l'exemple de ses pères, il se retira dans les montagnes de l'Èlam. Mais toute la population valide, tous les hommes en état de porter les armes avaient succombé ou étaient captifs des Assyriens. Le fugitif essaya d'acheter la paix au prix de la tête de Naboubelzikri. C'était, on s'en souvient, pour n'avoir pas voulu livrer ce prince à son suzerain, qu'lndabigach III avait attiré la guerre sur l'Élam. JNaboubelzikri aima mieux se faire tuer par son écuyer que de tomber vivant aux mains des ennemis. Achchourbanipal fit recueillir le corps, et ordonna (jue le tronc du malheureux prince fût abandonné aux fauves et aux oiseaux de proie. Quant à la tête, proprement salée et préparée, elle fut suspendue dans les jardins du palais, vis-à-vis du lit royal. En se mettant à table avec la favorite, le souverain se délectait ainsi de la face grimaçante de son vassal".
La poursuite d'Oummanaldach ne fut pas ralentie. Traqué de vallée en vallée, poursuivi de refuge en refuge, le dernier roi de Suse fut amené captif à Babylone. il y trouva deux de ses compétiteurs, Tammaritou et Pakhé, et compléta avec ces princes et le cheikh arabe Ouaitèh un attelage pour traîner au temple le char de guerre du vainqueur \
L'Élam était dompté, mais Achchourbanipal sortait si meurtri de la lutte, qu'il n'osait marcher contre l'Egypte et la Lydie révoltées, et résignait ses droits de suzerain plutôt que d'entreprendre une nouvelle campagne. L'Elam était mort, mais le triomphateur avait été si grièvement blessé dans le combat, que vingt- cinq ans plus tard il suivait sa victime dans la tombe.
Il est au cœur des hommes des lésions que le temps lui-même ne cicatrise jamais, et dont la cuisson ne saurait être atténuée que par le souvenir du devoir accompli.
Devant le vainqueur, l'armée nationale accomplit son devoir quand l'ennemi
1 . Maspero, Hist. anc, p. 468, d'après Smitli, Hist. of Assiirb., p. 247.
2. Lenormant, Prem. civil., t. II, p. 306. G. Sinilh, Hist. of Asswb., p. 20o à 2b5.
3. Maspero, Hist. anc, p. 469. G. Smith, Hht. of Assurb., p. 300 à 307.
78 L'ACROPOLE DE SUSE.
s'installe sur des ruines, quand le dernier défenseur lutte jusqu'à la dernière heure pour l'indépendance de ses foyers.
Ce combat suprême. l'Anzan-Sousounka l'a combattu. Ce sera son éternel honneur.
L'histoire de la dernière guerre élamite est grande d'enseignement. Si la fortune militaire, la plus capricieuse des déesses, eût enrayé les succès d'Achclinur- banipal, si le roi d'Assyrie eût été détourné de son œuvre d'extermination par une révolte lointaine, l'Élam eût repris assez de force pour repousser le dernier assaut ou tout au moins en atténuer l'effet. Puisque la ruine de Ninive était prochaine, le Pygmée eût survécu à son ennemi séculaire et, malgré l'énorme disproportion des forces, assisté à la chute du géant. L'Anzan-Sousounka nous a (Miiin légué ce suprême enseignement : lorsqu'un peuple se sent capable de sacrifier à la défense de son indépendance toute sa fortune, tous ses enfants, les plus puis- santes armées ne prévalent pas contre son patriotisme et son opiniâtre résistance.
CHAPITRE III
Origine de la famille de Cyrus. — Annexion d'une paitie de l'Anzan à la Perse. — Généalogie de Darius. — Ses droits à la couronne. — Révolte de la Susiane. — Artaxerxès Mnémon. — Alexandre. — Les succes- seurs d'Alexandre. — Bataille de Bendakhil. — Période parihe. — Abandon de Suse en faveur des villes sassanidcs de Chouster, Dizfoul, njnnili-Chapour. — Coni.]U(Me musulmane.
L'histoire nationale de l'Anzan-Sousounka s'arrête à la fuite d'Oummanal- dach III et à la réduction du pays en province assyrienne, mais son rôle historique se prolongea bien des siècles encore. A l'opposé de l'Assyrie, qui. frappée à mort au lendemain du règne glorieux d'Achchourbanipal, disparut pour jamais de la scène du monde, Suse ne tarda pas à se réveiller et, secouant son linceul, reprit sous le règne des Achéménides le cours de ses glorieuses destinées.
On ne connaît pas l'histoire du demi-siècle qui suivit la ruin(^ de Suse (6io ? — o97); on peut néanmoins restituer avec quelque certitude les plus grands traits de cette période. Jusqu'en 625 l'Elain fut tributaire de l'Assyrie. Quand les armées combinées des ennemis de Ninive eurent renversé Achchourédililàni, il fallut faire part à tous : grands et petits, suzerains et vassaux se ruèrent à la curée. Babylone garda Suse et la Susiane (Sousounka). L'Anzan se désagrégea et conquit son indépendance.
Tel fut le sort des provinces vassales ou alliées désignées sous les noms de Houssi, de Hapartip, de Koussi, de Nimê, de Parsouach et d'Ellipi. A cette époque régnèrent, sans doute, Oundas Arman et son père Oumbabbag Machnagi ', bien
1. Oppert, Inscrip. eu lanrj. siif., 1. c, p. 102.
GÉNÉALOGIE DE DAHILIS. 79
difficiles à intercaler clans les listes des derniers rois. Jérémie atteste que certains de ces petits royaumes eurent leur heure de prospérité '.
Une zone de territoire détachée des provinces orientales de l'Anzan-Susien qui confinaient au Fars fut attribuée aux Perses.
Le territoire annexé avait été remis à ïéispès {Téispa), fils d'Achéménès [Ak/in- manich) et aïeul du grand C.yrus" [Kourouch^ Korech). A la mort de Téispès, un de ses fils, le plus jeune sans doute, pour des raisons que Ton peut deviner, mais qui sont restées inconnues, dut se charger de quelques tribus brachycéphales dis- traites de l'ancienne monarchie susienne, et reçut dès lors des autochtones et des Babyloniens le titre fort emphatique do roi d'Anzan.
J'ai déterminé la portion du pays d'Anzan ou d'Anchan que Téispès reçut à titre de fief héréditaire. Je rappelle que les districts annexés comprenaient, d'une part, les montagnes de Yezdkhast, de léclid et de Mechhed-Mourgab, situées au nord-ouest du Fars moderne, et de raulr(> les côtes du Fars et du Kirman, pays encore habités, dans la montagne, par des blancs brachycéphales de type très pur, et, dans la plaine, pai- des Négritos dégénérés ^
Après la mort de Cambyse (Kambouzia) et la tentative avortée des mages, la Susiane crut l'occasion favorable de se soulever contre les Perses et de reconquérir son indépendance. Devant elle se dressa Darius [Ddray avons).
Je ne discuterai pas la généalogie de ce prince. Sur un document aussi officiel et aussi public que le fut l'inscription de Bisoutoun, le roi dit la vérité, rien que la vérité, toute la vérité; il faut accepter ce texte dans son entier, sans y rien retran- cher, sans y rien ajouter.
Quelques savants pensent que les ancêtres directs de Darius n'oni jamais régné, et que le Fars obéissait aux aïeux de Gyrus avant la défaite d'Astyage. Pcnir retrouvera Darius les huit prédécesseurs dont il est fait mention expresse dans le texte de Bisoutoun\ ils intercalent trois rois nouveaux entre Téispès et Achéménès. et donnent ainsi à Darius un ascendant royal de plus ([u'il n'en réclame. A cpioi bon? Si le père et le grand-père de Gyrus eussent été rois de Perse, Hérodote et Gyrus nous l'eussent appris, tandis que tous deux prétendi'iil le contraire . Si Da- rius eût compté des aïeiix entre Téispès et Achéménès, il les eût nommés, tandis (pi'il ne fait aucune mention de ces princes dans sa généalogie''. Il explique <pie ses
1. Bible, Jcrcmic, \XV, S i'J, XLIX, ;$ 34. Voir s«p., p. 48.
2. Voirswp., p. 50 à 50.
3. Idem.
4. Bisoutoun, col. 1, g 2.
:i. Hérodote, l. 1, i- 107 et 12,'i ; 1. H, g 11 et 75. Cyrus traite ses aïeux de rois d'Anzan, et j'ai montré un effet que l'Anzan-Perse était très distinct du Fars proprement dit. (Tablette de Cyrus, revers, col. II, lignes 20 et 21, tiad. par M. Pinchès. — Tru.ns. hibl. archœ., vol. VII, 1880, p. 130, 170.) Voir Dieulafoy, Art uni. de la Perse, t. I. p. 37, 58 et noie 9.
6. Bisoutoun, col. I, § 4. — Dieulafoy, Art mit. du la l'crsv, t. 1, p. 57 et note 8.
80 L'ACROPOLE DE SL'SE.
ancêtres furent rois en deux branches. N'est-ce pas dire qu'il additionne d'une part les ascendants de Cyrus, et de l'autre ses aïeux directs? Pourquoi Darius ne serait-il pas de lignée royale? Il était dans les habitudes de Cyrus de laisser, autant que possible, à titre de gouverneurs des provinces conquises, leurs anciens souverains, et Hys- taspes [Viçldspa) était gouverneur du Fars sous le règne de Cyrus et de Canibyse V D'ailleurs aucun autre titre que sa naissance ne désignait Darius au choix (l(>s conjurés. Il n'avait pas eu l'idée du complot contre le faux Smerdis, puis([u'il était entré le dernier et par hasard dans la conjuration-, tous les complices étaient de la plus haute noblesse'', il n'avait pas seul frappé le mage, il n'avait pas été blessé dans la lutte, comme Aspathine et Intapherne '. S'il fut élu. c'est qu'il était l'héritier le plus direct de Cyrus et de Cambyse et le descendant reconnu et incon- testé des anciens rois du P'ars.
Mais, objecte-t-on, Xerxès [Khchdyarcha]^ en nous faisant connaître ses ascen- dants par la bouche d'Hérodote, énumère un plus grand nombre d'aïeux que Darius <lans l'inscription de Bisoutoun.
■I(* ferai d'abord observer une fois de plus que Xerxès ne dit pas : « Mon père était Darius, le père de Darius était Hystaspes, le père d'Hystaspes », etc., comme Darius le spécifie à Bisoutoun, mais : « Je ne serais pas du sang de Darius, d'Hystaspes », etc. Or, si l'on place une suspension de phrase entre Téispès et Cyrus, la phrase devient : « Moi Xerxès, je ne serais pas du sang
« De Darius, d'Hystaspes, d'Arsamès, d'Ariaramnès, de Téispès cV une part; « De Cyrus, de Cambyse, de Téispès, d'Achéménès^ d'autre part. » Quoi de plus viai et de plus clair? Si Xerxès était fils de Darius, ne l'était-il pas également é-'Atossa^ fille du yrand Cyrus ^ ? Pouvait-il omettre dans sa généa- logie le plus illustre de ses parents, pour se glorifier d'aïeux inconnus tels que Arsamès et Ariaramnès, qui n'auraient même pas régné, si l'on en croit quelques auteurs, ou tels que ce Cyrus et ce Cambyse placés entre les deux Téispès? .l'ai peine à le croire. La liste d'Hérodote n'est autre chose que l'addition des aïeux paternels et maternels de Xerxès réclamés séparément par Cyrus" et Darius" dans les inscriptions cunéiformes émanant de leurs chancelleries; loin de contir-
1. Hérodote, 1. HI, ^ 70.
2. Idem.
3. Idem, 1. III, §68 et 70, 72, 77.
4. Idem, 1. III, S;, 78.
:i. Hérodote, 1. VII, S H.
G. Hérodote dit, I. VII, g 2 : " Xerxès parce qu'il était lil? de la fille de Cvrus el que c'était k Cyrus que les Persr> devaient la liberté. »
7. Voir Slip., p. 77, note 1. Il est manifeste que le rédacteur babylonien de la tablette de Naboulianid cnn- duit la généalogie de Cyrus roi d'Anzan (revers, colonne II, 1. 21) jusqu'au premier aïeul de ce prince qui régna sur l'Anzan. Quanta la formule qui suit l'arbre généalogique (revers, colonne II, 1. 22), << descendant ancien de la royauté », elle s'applique à Cyrus et non à Téispès et ne signifie pas qu'entre Téispès et Acliémt'nès il con- vienne d'intercaler de nombreux souverains.
8. Dieulafoy, Art uni. de ta Perse, 1. 1, p. 37, note 1. Inscrip. de liisoutoun, col. l, § 2.
RÉVOLTE DE LA SUSLVNE. 81
dire le texte de Bisoutoun, elle est la preuve convaincante de la double royauté qu'exercèrent simultanément la branche aînée et la branche cadette des Aché- ménides. La famille issue de Téispès fils d'Achéménès se poursuit parallèlement durant quatre giMiérations pour aboutir à Xerxès.
Achéménès. Téispès.
Ctjrus. Ariaramnès.
Canibyse. Arsamès.
Cyrus. Hystaspes.
Atosaa. Darius.
Xerxès.
Relisez Hérodote, le vieil historien ne dit rien autre chose.
Quant à la phrase de Diodore de Sicile relative à la généalogie des rois de Cap- padoce', qui signalerait un troisième Cyrus à intercaler entre le père de Cambysel" et Achéménès, elle n'est rien moins que claire et ne saurait infirmer l'autorité de Darius, car elle ne parle pas de trois princes ayant pris le nom de Cyrus et peut fort bien s'entendre sans avoir recours à cette hypothèse.
En résumé, il paraît certain que les aïeux de Cyrus et de Darius régnèrent séparément et simultanément, ceux-ci sur les Perses aryens dolichocéphales du Fars, ceux-là sur trois tribus anzanites brachycéphales — les Mardiens, les Daens et les Dropiques — détachées de l'empire d'Élam après la ruine de Ninive. Ainsi s'accorderaient, sans les corriger et sans les torturer, les traditions recueillies par les Grecs et les inscriptions perses et babyloniennes contemporaines de Cyrus.
Les premières années du règne de Darius furent consacrées à réprimer des révoltes.
La guerre ne prit pas en Elam des proportions bien dangereuses. Les Aché- ménides étaient des politiques habiles, et leur autorité s'exerçait douce et clé- mente, surtout au regard de la domination des Assyriens. En outre, Cyrus était né prince d'Anzan, il était donc permis aux Susiens de croire sans trop d'efforts que la Perse et la Médie avaient été annexées à l'Elam.
« XVI. Et Dàryavouch le roi dit : Lorsque je tuai Gaumâta le Mage, alors un nommé Atrina, un Susien, fils d'Oupadarma, surgit en Susiane et dit: « J'exerce la « royauté sur les Susiens ». Alors les Susiens firent défection de moi et allèrent vers cet Atrina. Alors il exerça la royauté sur les Susiens...
« XVn. Et Dàryavouch le roi dit : Puis j'envoyai un messager en Susiane; cet Atrina fut pris, lié et amené devant moi, puis je le tuai". »
1. Dioil. de Sicile, 1. XXXI, § 19.
2. InsLiip. de Bisoutoun, col. I.
11
82 L'ACROPOLE DE SUSE.
La capture d'Alrina mit fin à cette première insurrection. Il en éclata une seconde pendant que Darius conduisait ses troupes contre les Babyloniens révoltés. Elle n'eut pas meilleur succès. Sans attendre l'arrivée du roi, les Susiens mas- sacrèrent l'usurpateur.
« n. Et Dàryavouclî le roi dit : Lorsque j'étais à Babylone, ces provinces firent défection de moi : la Perse, et la Susiane, et les Mèdes, et l'Assyrie, et les Égyptiens, et les Parthes, et la Margiane, et la Sattagydie, et les Saces.
« IIL Et Dàryavoiich le roi dit : Un homme nommé Martiya, fds de Cicikhri, dans la ville noninu-e Kuganakâ, en Perse, c'est là qu'il df'meiii'ait. Celui-ci surgit en Susiane. il parla ainsi au peuple et dit : « Je suis Immanès, roi de Susiane ». Et j'étais en ce temps en amitié avec les Susiens. Après cela les Susiens me redou- tèrent, prirent ce Martiya qui s'était dit leur chef et le tuèrent '. »
A dater de ce jour quelques échaufFourées sans importance durent être répri- mées, mais elles ne compromirent jamais la puissance royale et ne nécessitèrent jamais d'expéditions militaires. Ce furent de simples affaires de police.
Les Kissiens auraient eu grand tort de témoigner de la rancune à des souve- rains (|ui faisai(Mit de \n ville de Suse leur résidence de prédilection.
Les murailles de l'acropole sont réparées; de nouveaux palais s'élèvent sur les constructions renversées par les hordes d'Achchourbanipal, et Darius, pen- dant les courts loisirs que lui laisse la guerre, vient préparer dans les plaines élamites l'organisation administrative de son empire. C'est à Suse dès lors que se scellent les firmans expédiés jusqu'aux confins du monde connu; c'est à Suse qu'affluent les ambassadeurs de l'univers; c'est de Suse que partent les innombrables armées dirigées contre la Hellade. L'histoire de Suse s'identifie à celle des Perses.
Sous le règne d'Artaxerxès I" [AtHakhchatra]^ un incendie qui détruisit la salle du trône força les souverains à s'installer à Babylone*. Artaxerxès Mnémon recon- struisit Vapaddna et restaura les palais et les enceintes. Suse redevint et resta le siège du gouvernement.
Alexandre, dans sa marche victorieuse, s'arrêta à Suse afin de dépouiller le Memnonium, qui contenait les merveilles et les tributs de l'Asie amoncelés durant deux siècles.
« Maître de Suse, Alexandre mit la main sur les trésors renfermés dans le palais et y trouva plus de quarante mille talents en or et m argent non monnayés. Ce trésor était de temps immémorial conservé intact par les rois, comme une ressource qui pourrait leur servir dans des cas de revers inattendus. Indépendamment d(>
1. Iiiscrip. (le Bisouloiin, col. II.
2. Oppurt, le Peuple et la Langue des Mhlcs, p. 220-231. Le fait annoncé par M. Otipert a été pleinement con- (irnié par les fouilles de l'apadàna.
ALEXANDRE. 83
ces richesses, il y avait encore neuf mille talents d'or on monnaie de dariquos (équivalant à 082 750 000 IVnncs)'. »
« Alexandre trouva à Suse une quantité inestimable d'autres richesses et de précieux meubles, entre lesquels on dit qu'il se trouva trois cent mille livres pesant de pourpre d'Hermonique que l'on y avait amassée et serrée pendant l'espace de deux cents ans il ne s'en fallait que dix, et néanmoins retenait encore la vivacité de la couleur aussi gaie comme si elle eût été toute fraîche : et dit-on que la cause pourquoi elle s'était aussi bien conservée venait de ce que la teinte en avait été bien faite avec du miel pour ces laines qui auparavant étaient teintes en rouge et avec de l'huile blanche pour les laines blanches : car on en voit de celles-là teintes d'aussi longtemps qui tiennent encore la vigueur de leur lustre nette et reluisante. Binon écrit davantage que ces rois perses faisaient venir de l'eau des rivières du Nil et du Danube, laquelle ils faisaient serrer avec leurs richesses et autres trésors par une ma- gnificence comme pour confirmer par là la grandeur de leur empire et montrer qu'ils étaient seigneurs du monde. » Pour conclure, Plutarque dit (|ue les réserves mon- nayées découvertes soit dans le trésor du Memnonium, soit dans les (jazophyllas de la montagne furent chargées sur dix mille paires de mulets et cinq mille chameaux-.
Alexandre se méfiait à bon droit des Kissiens. Il mit une garnison dans la forteresse avec mission de défendre la place et de protéger la ligne de retraite des Grecs, puis il marcha sur les pyles persiques, qu'il n'eût jamais franchies — tant fut âpre la résistance des Uxiens — sans le secours d'un pâtre lycien prisonnier des montagnards depuis plusieurs années ^
La vieille capitale de l'ÉIam revit le conquérant chargé des palmes conquises sur les rives de l'Indus et elle assista à la célébration du double mariage d'Alexandre avec Statira, fille aînée de Darius, et de son ami Héphestion avec Drypétis, la plus jeune sœur de Statira. Le roi de Macédoine, ayant conseillé à ses favoris de s'allier aux filles les plus nobles de la Perse, donnait l'exemple de ces unions politiques.
Au moment de quitter la Kissie, Alexandre dut réprimer une nouvelle révolte des montagnards, campagne sanglante et inutile, car son départ laissa libres de toute entrave les habitants des districts des Zagros. Les Métanastes reconquirent dès ce jour une indépendance qu'ils ont à peine aliénée entre les mains du chah actuel.
Après la mort du conquérant, les Susiens assistèrent pendant quelques années à un spectacle bien nouveau pour eux. On batailla autour de leur ville et ils ne prirent pas part au combat. Il est vrai que l'ÉIam était l'enjeu de la partie et qu'il s'agissait de désigner le chef qui le gouvernerait.
i. Diod. de Sicile,!. XVU, 5; 00.
2. Pliit.iniue, Vie d'Alexandre, § 79.
3. Diod. de Sicile, 1. XVII, § 08.
84 L'ACROPOLE 1»E SUSE.
Antigonc, aidé de Seleucus, disputait à Eumène l'enipiiT d'Orient.
Eumène gagna la Chaldée; mal accueilli à Babylone, où gouvernait l'allié de son compétiteur, il accentua vers l'est son mouvement de retraite, s'arrêta à Suse et manda à ses côtés tous les satrapes et gouverneurs grecs de la Perse.
Le lieu du rendez-vous n'avait pas été choisi sans raison. La forteresse renfermait encore une partie des immenses trésors qu'Alexandre y avait trouvés, et, seul en Asie, Eumène était investi par Olympias et Polysperchon des ordres nécessaires pour y pouvoir puiser.
Antigone, de son côté, opéra sa jonction avec Seleucus, gouverneur de Baby- lone, avec Python, satrape de la Médie, et avec Peuceste, gouverneur de la Perse, traversa le Tigre et se porta dans la direction de Suse Prévenu de cette marche offensive, Eumène confia à Xénophile la garde du Memnonium, puis il concentra ses troupes au-dessus de Bendakhil, sur la rive gauche du Karoun, afin de n'avoir aucun fleuve à dos s'il était besoin de se réfugier dans les montagnes inaccessibles de l'Uxie.
En suivant sur le terrain les manœuvres des armées ennemies, je me suis convaincu qu'Antigone aboutit à 15 kilomètres en amont de l'embouchure de l'Abdizfoul dans le Karoun, au gué dit aujourd'hui de Kaiehèbender. Les troupes d'Eumène, échelonnées de Waïs à Chouster, derrière la rive gauche du Karoun, avaient construit un pont de bateaux et pouvaient se porter rapidement sur la rive droite. Eumène feignit de laisser à son compétiteur tout le loisir de jeter une partie de son armée de l'autre côté de l'Abdizfoul, puis il passa lui-même le Karoun, se précipita à la rencontre de ses ennemis, les bouscula dans le fleuve ou les fit prisonniers.
La déroute fut si complète qu'Antigone, contraint d'évacuer sur l'heure la Susiane, rétrograda jusqu'en Médie (317-316) '.
Quelques mois se sont écoulés, Eumène, trahi par les Argyraspides, qui l'ont conduit dans le camp de son rival, a été égorgé'. Antigonc pénètre dans le Fars; il revient à Suse, prend les trésors dont Seleucus n'a pas osé s'emparer, et continue sa brillante carrière pour venir succomber chargé d'ans et de triomphes sur le champ de bataille d'Ipsus (301) ^
Quand les lieutenants d'Alexandre eurent disparu de la scène, la Susiane, ballottée entre des fortunes diverses, échut au dernier survivant des héritiers du Macédonien, à Seleucus Nicator, qui ne tarda pas lui-même à périr de mort violente.
Dès que les Kissiens furent revenus de leur première surprise, ils se révoltèrent
). niod. de Sicile, 1. XIX, § 13 et siiiv.
2. Idem, § 44.
3. Idem, liv. XXI, fragments.
CONQUÊTE ARABE. 85
contre Antiochus Épiphanc et se rendirent indépendants, hélas! pour un temps bien court, car la conquête de la Médie avait mis les Parthes en contact avec la Susiane, cette terre promise que leurs ancêtres n'avaient jamais atteinte. Les Élamites, attaqués par Mithridate I", furent battus.
Quelques années plus tard Demetrius II, soucieux de recouvrer l'héritage de ses pères, rechercha l'alliance des Kissiens.
Mithridate triompha de la coalition, mais reconnut à la Susiane le droit de s'administrer elle-même sous l'autorité d'un roi qui relevait, à titre de vassal, de la cour de Ctésiphon.
Un voile impénétrable enveloppe l'Élam arsacide ; les destinées de Suse se con- fondent dés lors avec la fortune dos Parthes.
Des palais nouveaux s'élèvent dans l'enceinte du Memnonium — les fouilles l'attestent, — et les souverains qui y rognent frappent monnaie. Un de ces princes, dont j'ai découvert de nombreuses pièces de bronze dans des urnes funéraires, se nommait Kommascirès et régnait sans doute vers le n" siècle avant notre ère.
Il était dans la destinée de la Susiane d'être foulée par les soldats de toutes les nations anciennes. Pendant la mémorable campagne de Trajan conti'c les Parthes (H6), Kosroos et sa famille s'enfuirent de Ctésiphon, emportant avec eux les trésors royaux. Les troupes romaines poursuivirent jusqu'à Suse la fillo du roi, la firent prisonnière et enlevèrent avec ses bagages le trône d'or du souverain'.
Si l'on s'en réfère aux résultats des fouilles et à la pénurie dos documents sassanides dans les tranchées et sur les tumulus, on doit penser que la ruine de la vieille capitale touchait à son terme lors de l'avènement d'Ardéchyr Babégan. Suse allait toujours déclinant devant ses jeunes rivales Ctésiphon, Chouster, Djundi- chapour, Dizfoul et la ville dont le Tag-Éivan décèle la position ; mais la Susiane, devenue la résidence favorite de la cour, jouissait d'une prospérité et d'une richesse dont témoignent les nombreuses ruines des villes sassanides.
L'Elam avait perdu son autonomie, car à la féodalité parthe succédait une monarchie centralisée ; en revanche elle exerçait avec Ctésiphon l'hégémonie sur l'Asie occidentale et reconquérait la haute situation que lui avaient faite les Aché- ménides.
Vinrent les hordes arabes. Elles débarquèrent à Mohamcrèh, suivirent le Karoun, atteignirent Chouster et Suse (640) -. C'est à cette époque que se forma la légende du tombeau de Daniel et que furent élevés les premiers édifices funé- raires ou cénotaphes consacrés au grand prophète ^ Les Juifs affinèrent — les
1. Justin, § 1, G.
2. Yaqout, p. 120. Trad. Barbier do Meynard.
3. Josepli de Cliorène.
86 L'ACROPOLE DE SUSE.
fouilles en nul fourni la preuve, — puis le désert, insépai;il>lo compagnon de l'Is- lam, s'étendit autour des cités sassanides, naguère si populeuses, et sur les terres si fertiles. Awas, Mohamerèh, Awisèh, Suse, Éivan, Djundichapour disparurent à jamais; les derniers monuments arabes qui dénotent encore une civilisation vivante sont des \f et xn'^ siècles. Dizfoul et Chouster, élevés des débris de Suse et peuplés de ses derniers habitants, traversèrent seuls, misérables et ruinés, cette ère de désolation. Aujourd'hui de rares tribus parcourent la steppe, et ces mer- veilleuses terres, où des millions d'hommes trouveraient une vie large et facile, ne nourrissent pas cent mille habitants. Quant à Suse, quant à la mère des cités, elle se réduit à quelques mamelons ravinés, couverts d'herbes et de ronces pendant l'hiver, arides quand l'implacable soleil brûle les herbes arborescentes. Combien de siècles de gloires et d'angoisses, combien de royaumes dorment sous ces poussières accumulées !
APPENDICE
LES RACES HUMAINES DE LA PERSE
Les peuples de la Perse, qui ont joué dans le monde un rôle si considérable, sont très peu connus des antliro|tologislcs. Malgré les soigneuses observations du commandant Duliousset, Klianinoir pouvait encore écrire, en terminant son mémoire sur V Ethnographie de la Perlée :
« Les points solidement acquis à la science paraissent comme des îlots dans cet océan de faits vagues et douteux. J'ai tâché de réunir dans cette partie tout ce que l'on sait de positif sur le caractère pliysique des peuples de race iranienne, et ce tableau, aussi complet qu'il m'a été possil)le de le faire, n'a d'autre mérite que d'indiquer les nombreuses lacunes que les voyageurs futurs auront à combler. »
En dépit de la modestie de l'auteur, le livre a d'autres mérites. Néanmoins il faut bien reconnaître que nos connaissances à ce sujet non seulement manquent de précision, mais qu'elles sont, de plus, encombrées d'erreurs capitales.
Je ne puis songer à résoudre entièrement le problème compliqué des races de la Perse actuelle; je me considérerai comme satisfait si les renseignements nouveaux que j'apporte peuvent, en s'ajoutant à ceux de mes devanciers, jeter quelque lumière sur ce coin obscur de l'histoire naturelle de l'iiomme.
Les parties méridionale et occidentale de la Perse ont été peu visitées par les voyageurs. Leurs observations et les idées générales qu'ils en tirent s'appliquent surtout aux habitants du nord et de l'est du plateau de l'Iran, où l'on ne rencontre que des populations très mélangées.
J'ai observé les Persans pendant dix-huit mois consécutifs : à Suse, durant deux hivers, et, dans l'été intermédiaire, sur la route de Suse à Chiraz et à Téhéran.
Malgré les difficultés considérables auxquelles on se heurte lorsciu'on veut opérer sur des musulmans, j'ai réussi à recueillir un certain nombre de mensurations, et j'ai surtout concentré mes ell'orts sur les races les moins connues : Bakhtyaris, Loris et Susiens.
Je demanderai d'abord à ne point employer le terme Iranien, qui me semble le point de départ de confusions nombreuses. Pour les uns, il signifie habitant de l'Iran, c'est-à-dire Persan, et il n'a pas en anthropologie plus de sens que n'en aurait le mot Français; il ne désigne point une race, mais plusieurs races d'hommes, qui parlent, à la vérité, une même langue ou des langues voisines et qui ont en commun un grand numbre de traditions religieuses et politiques.
88 L'ACROPOLE DE SUSE.
Les autres opposcnl ce nom à celui de Touranien. Ce dernier a une certaine précision et représente des peuples divers, mais tous apparentés aux Mongols. Dans ce cas, Iranien désigne les Aryens de Perse, proches parents des Aryens de l'Inde et de l'Eui'ope. Il est tout aussi simple et bcaucoui) plus précis d'employer toujours cette dernière expression.
A la suite des confusions introduites par le mot Iranien, c'est le ternie Touranien seul (|ui est tombé en discrédit, sans motif. Néanmoins, pour ne pas nous arrêter à une querelle de mots, nous le remplacerons par Mongolique, auquel nous attribuerons le même sens.
Il convient de distinguer parmi les sujets persans plusieurs familles :
1° Les Aryens, représentés par les Farsis et Loris;
2' Les Mongoliques, représentés par les Turcomans et Azerbeidjanis ;
3° Les Mongolo-Aryens, représentés par les Adjémis, Tadjiks, Illiats, Arméniens ;
4° Les Mongolo-Sémites, représentés parles Bakhtyaris;
5° Les Sémites, représentés par les Arabes, Séides et quelques Juifs;
6° Les Aryano-Négroïdes, représentés par les Susiens modernes.
Quant aux Guèbres, contrairement à l'opinion générale, il n'y a pas lieu de les considérer comme les représentants purs de la race antique. Ils forment dans l'Etat un groupe très isolé par la religion, mais depuis l'invasion arabe seulement. Us appartiennent à toutes les races, surtout, à la vérité, aux Tadjiks et aux Adjerais.
Ces hommes d'oi'igines très diverses sont suffisamment localisés, comme on peut s'en convainci'e en jetant les yeux sur la carte.
Jusqu'à ce jour on a mensuré particulièrement les populations touraniennes et tourano- aryennes, et c'est sur ces bases que l'on a établi le type dit Iranien.
Le commandant Duhousset* a publié en 18.")9 des mensurations précieuses pour la connais- sance de l'homme de ces contrées, et comme il ne s'est pas écarté des faits observés, son livre demeure à l'abri de la critique avec la valeur qu'il a prétendu lui donner.
Khanikofif ^ réunissant les documents précédents à ceux qu'il apportait lui-même, a tenté de les interpréter plus largement et de préciser les fusions qui se sont opérées sur ce sol pendant de longs siècles.
Je ne puis, sur bien des points, adopter sa manière de voir. C'est le sort commun à toutes les théories d'être ébranlées par des faits nouveaux; les hypothèses que j'émettrai moi-même sont peut-être aussi destinées à faire place à d'autres. Néanmoins il est bon de les produire, car, actuellement, elles servent à grouper les faits, et plus tard, avant de disparaître, elles pourront servir de cadres pour les discussions nouvelles.
En s'appuyant sur l'étude du Vetididad et du poème de Ferdouzi, Khanikoff' conclut que « les fertiles vallées situées entre l'Hindo-Kouch, la chaîne de Poughman et du Kouh-i-Iîaba, de même que les plaines de Hérat, du Séistan et de Kirman ont été le théâtre de la première activité de la race iranienne. C'est un territoire où les Persans sont de vrais aborigènes et où, l)ar conséquent, on peut espérer trouver le type primitif de la race. »
Je ne sais quelle autorité il convient d'attribuer à Ferdouzi pour ces questions. J'admets volontiers que cette région fut occupée, dans les temps légendaii'es, par des tribus aryennes très pures; mais ce que je conteste, c'est que l'on puisse y retrouver aujourd'hui le type primitif de la race.
En contact avec les hordes mongoliques, en lutte constante avec elles, les peuples du nord et de l'est de la Perse n'ont pas pu conserver intacts les caractères aryens. Ils ont été pénétrés et profondément modifiés par les Turcomans, pendant la longue période qui va des temps les plus reculés au règne des derniers Sassanides. Ces Tadjiks, comme on les nomme,
1. niilioiissot, 1rs Poputalkmit de la Perse.
2. KlianikoIT, Ethnographie de la Perse.
3. Ibid., p. 44.
GUERRES. 89
ne sauraienl servir de point de départ pour une étude des iiabitanls de la Perse. C'est une race métisse ottrant les caractères des deux peuples (pii ont contribué à la former.
Au reste, les faits justifient cette manière de voir : les crânes tadjiks mesurés par M. de Ujfalvy portent bien la marque du type tiircoman'.
KbanikolTvoit ses idées confirmées par la ressemblance qui existe entre les tribus de l'est de la Perse et les Guèbres, adorateurs du feu. Ceux-ci en ellet, d'après lui, par le fait qu'ils ont conservé, à travers les révolutions, l'antique religion mazdéenne, ont dû aussi perpétuer sans mélange les traits des premiers ignicoles. Ce nouvel argument rpii consiste à prendre la reli- gion comme caractère ethnique est. lui aussi, bien fragile.
Lorsipie, par droit de conquête, les Arabes imposèrent aux Persans une religion nouvelle, les mélanges tourano-aryens étaient déjtà en grande partie accomplis au nord et à l'est de l'empire. Il n'y avait à ce moment aucune difVérence de race, de mceurs ou de religion entre les ancêtres des Persans musulmans et ceux des Guèbres actuels. Séparés aujourd'hui par leur foi aussi sùnnuent que par de grands espaces, ils ne se mélangent plus; mais, issus des mêmes parents, n'ayant pas été modifiés ni les uns ni les autres depuis cett; épo({ue, on les retrouve aujourd'hui semblables dans la même région. C'est trop naturel pour qu'il soit permis d'en rien conclure.
Le seul apport ethni(|ue qui aurait pu s'introduire chez les mahométans de Perse et point chez les Guèbres serait l'élément sémite, dû aux Arabes vainqueurs. 11 n'en est point ainsi. Les soldats de l'islam étaient assez fanatiques et assez vaillants pour imposer leurs lois et leur Dieu : ils n'étaient pas assez nombreux pour modifier le peuple. Prati(pieinent, il est exact de dire que cette invasion n'a pas laissé de traces en dehors des familles des Séides. Le langage seul s'en est ressenti; tous les mots ayant trait à la religion ou au gouvernement sont arabes.
Les Guèbres doivent d'autant moins être considérés comme les descendants purs des Aryens, qu'ils ressemblent à leurs voisins musulmans et que, d'autre part, ils n'ont pas tous le même type. Ceux de Yezd ont, d'après Khanikolf, des caractères aryens. Ce n'est pas parce ([u'ils sont Guèbres, mais parce qu'ils habitent un pays voisin du Fars. Ceux de Téhéran ressemblent aux autres Téhéranis. Les Parsis de l'Inde, dont les ancêtres préférèrent l'exil à la conversion, se rapprochent des Farsis de Perse et diffèrent de leurs coreligionnaires du nord. Depuis leur exode ils ne se sont point mélangés aux jteuples qui les ont accueillis; ils sont tels qu'ils étaient à cette époque. Donc à la conquête arabe il n'y avait pas une race unique ; la distribution ethnique que l'on observe encore aujourd'hui existait déjà. Les Guèbres qui restèrent en Perse étaient des Tourano-Aryens ; les émigrants, partis surtout du midi du royaume, étaient Aryens.
Une précieuse observation de M. E. Chantre -nous permet de constater les mélanges qui se passèrent dans le nord, et d'en suivre les progrès. Il s'agit des Ossèthes du Caucase. Les crânes, un peu déformés par l'usage des bandelettes dans le jeune âge, ont un indice céphalique qui varie de 80 à 84. Ceux d'une nécropole datant du commencement du siècle donnent le nombre 80,30. Une autre nécropole, du moyen âge, renferme des crânes sans aucune dt'formation et qui ont pour indice 82,7rj. Enfin les plus anciens, recueillis dans une nécropole (|ui date du premier âge du fer, ont un indice de 7(j,48. 11 faut donc les rapprocher des crânes persans et afghans, dont les indices sont inférieurs à 78.
Ces différences pour une même race, dit l'auteur, montrent deux faits, « d'abord le dévelop- pement de l'usage de la déformation artificielle, ensuite le mélange de cette race avec les autres peuplades du Caucase, presque toutes brachycéphales ».
1. Quatrefa|,'es et Hamy, Cranta elhniea, p. o03.
2. E. Cliantre, Rapport >iur une misiion scientifique dans l'Asie occidentale [Archives des missions scientifiques cl tilti'raires, 1883); tirage à paît, p. 45.
12
90 L'ACROPOLE DE SUSE.
Sans nier l'inlliiencc de la dcforMialion artiliciello, la dernière eause énuneée nie parait la prépondérante. C'est de la même manière que s'est constituée la race dite iranienne de la Perse orientale et septentrionale. Elle est devenue soiis-lirai-iiycépliale par l'influence touranienne. 11 faut remonter jusqu'aux: i»remiers âifes du fer pour trouver dans ces contrées la race aryenne pure, sous-dolicboeéphale on doliclujeéitliale. Actuellement elle n'a pas plus de représentants que dans les montagnes du Fars et du Loristan.
Ces considérations deviendront plus précises lorsque nous aurons passé en revue les différentes populations de l'empire persan. J'ai cru cependant devoir y insister parce que les idées de Khaiiikoff sont devenues classiques et ont été reproduites par tous les géographes qui traitent de l'Asie centrale.
ARYENS
1° FARSIS
Depuis Sourmek au nord jusqu'à la frontière méridionale de la Perse, et du golfe Pcrsiipu' jusqu'à Yezd à l'ouest, est situé le pays occupé par les Farsis. Par leur costume et leurs traits ils se séparent nettement des Persans du nord. Arrivé à Meehlied-y-Maurghâb (Meelilied-Mourgab), le voyageur se trouve au milieu d'une autre race, qui se distingue surtout par la luuuiee plus claire des cheveux'. La taille est plus élancée; le rapport de longueur entre les jambes et le torse est plus harmonieux; les yeux sont ovales et largement fendus. Coiffés de la haute tiare de feutre souple, avec leur barbe très longue et très fournie, leur allure à la fois élégante et vigou- reuse, ils sont comparables aux plus beaux représentants du rameau européen de la race. Ils ont la peau très blanche dans les parties recouvertes par les vêtements, facilement mordue itar le hfde sur la figure et les mains. Les cheveux et la barbe sont plus souvent châtains que noirs. On trouve même quelques blonds aux yeux bleus. Ils ont le milieu de la tète rasé du front à l'occiput; mais l'abondante chevelure qui croît sur les côtés retombe sur le cou en épaisses boucles. Les Perses cjui ont servi de modèles aux sculpteurs de Persépolis étaient leurs ancêtres directs. C'est exactement le même type, à peu près le môme costume.
Khanikoff avait été frappé de la mâle beauté des habitants du Fars; en essayant de tracer la limite occidentale de la zone occupée par les Tadjiks, il écrit : En s'avançaut vers l'ouest, « à Yezd et à Kirman on commence déjà à apercevoir l'influence du type de la Perse occidentale sur l'extérieur des habitants : les tailles sveltes, les yeux taillés en amande, les nez proéminents et aquilins, l'ovale allongé du visage s'y trouvenl eu majorité' ».
On s'attendrait, après cette énumération de traits aryens, à voir l'auteur conclure que les Tadjiks, ayant ces caractères à un moindre degré que les Farsis, sont moins purs qu'eux. Il n'en est rien : Khanikoll' préfère admettre que ceux-ci ont varié. « En examinant les sculptures des anciens monuments persans, nous avons eu, dil-il, l'occasion de remarquer que, sous les Achéménides, une certaine partie de la population de l'empire de Cyrus avait acquis les traits principaux (jui caractérisent maintenant les habitants de la Perse occidentale'. »
Le Fars, avec sa succession de plaleaux séparés [)ar des rampes escarpées, avec ses délllés sauvages, ses torrents qui coupent au i)rinlemps tous les passages, était, par la nature de son
1. M""^ .lano Dioulafoy, la Perse, la Chahh'e et ht Sii^iaiir, p. :îOI.
2. KhanikûlT, hr.. cit., p. 107.
3. IhvL, p. ils.
LOHIS. 91
sol, une tic ces régions d'où l'on ne peut expiilseï' une rnce et où elle se mainlienl pure indéruiinicnU Sans doulc le pays a bien été parcouru par des armées conquérantes connue celles d'Alexandre et de Tamerlan ; mais ces hordes qui passent n'ont d'autre effet que de changer une dynastie sans modilicr les caractères du peuple. Tout autre était la condition des Aryens à la frontière du Touran. Les cavaliers mongols qui les envahissaient étaient suivis de leur tribu, femmes, enfants et troupeaux. Us occupaient le pays en cas de victoire et peu à peu se mélangeaient à la race primitive. Les données historiques viennent donc s'ajouter aux résultats des mensurations anthropométri(iues pour montrer que ce sont les Tadjiks «jui ont varié, et point les Farsis, préservés par le difficile accès de leur pays. Ce sont eux les purs Aryens; les autres sont profondément modifiés.
2° LORIS
De même que les Farsis sont les fils des Perses, les Loris semblent être les descendants des Aryens de Médie. Cette contrée possédait dès les temps historiques deux éléments ethniques différents. Occupée par les Aryens d'abord, selon la précieuse donnée d'Hérodote\ elle fut envahie par les Mèdes d'origine touranienne. Le trône appartint à des princes de cette race; le peuple demeura aryen -. 11 est resté encore aujourd'hui sans mélange dans la montagne, où ne se sont i)as aventurés les cavaliers turcomans.
Le pays des Loris, le Louristan, s'étend de l'est à l'ouest de[)uis Hamadaii, l'antique Ecbatane, jusqu'aux envinms de Suse. Leurs voisins du sud-est sont les Bakhtyaris. Au nord et au nord-ouest, ils conliiieiiL aux Azerl)eidjanis et aux Kurdes. Leur nom signifie ///«//^^/«//(««/.v, et de fait ils habitent une partie des plateaux étages qui descendent de l'Iran à la Susiane. Ils sont nomades et vivent par grands campements, que gouvernent des khans riches et puissants. Us sont assez pillards et très redoutés des Susiens, (pii, à la vérité, craignent tous leurs voisins. Ils sont presque toujours vêtus de noir. Ils portent le. large pantalon de coton tombant jusqu'aux pieds, la tunique croisée sur la [)oitnne et serrée à la taille. Leur coiffure se compose d'un liolhdi, demi-sphère de feutre dur, autour duquel ils enroulent assez souvent une bande d'étoffe en l'ornK^ de turban.
On les distingue assez rapidement des Farsis. Leur taille est généralement plus haute ; ils sont fort robustes. La barbe et les cheveux sont abondants et extrêmement noirs (fig. 3 et 4) ; ils ne se rasent que le frontal ; la peau est aussi moins blanche. On rencontre peu de blonds; mais il y a parmi eux un certain nombre d'individus qui offrent ce contraste d'une barbe et d'une chevelure noires avec des yeux très bleus.
Dans le Louristan les tribus sont très pures et tous les Loris sans exception se ressemblent autant que des frères. Parmi les tribus kurdes, composées d'éléments si divers, se présentent (luckpies types qui ressemblent beaucoup aux Loris, ainsi que j'ai pu le constater sur des photographies inédites rapportées d'Orient par M. Chantre. 11 n'est pas étonnant (pie des fusions se soient opérées sur les confins de ces deux populations. 11 n'en reste pas moins vrai que les Loris ont pu modifier les tribus voisines, mais qu'ils n'en ont pas ressenti l'innuence. C'est une de ces populations non mélangées (pi'il faut étudier tout d'abord avant d'aborder les régions où se sont opérées des fusions sans nombre.
Le tableau suivant^ renferme les mensurations effectuées sur cin(i hommes adultes de cette race.
1. Oppert, le Peuple et la Langue des Médes.
2. Ibid.
3. Tous les nombres de ce tableau sont exprimés en centimètres; quant aux indices, qui sont de simples rapports, il n'y a pas lieu de se préoccuper de l'unité choisie.
92
LACUOI'OLK r>K SUSK.
INDICATION ni-S MESURES
Taille dehoiit
— menton
— épaule
— hanche
— ombilic
— mollet
Diamètre anléro-poslérieiir di' hi lèle
— Iransveise
— frontal minimum
— biauriculairc
— bizyj,'omntique
— an|;;iilaire de la m:iclioire.. .
— épaules
— bassin
— hanches
— seins
Circonférence de la léle
— épaules
— seins
— taille
— hanche
— bras (biceps)
— avant-bras
— cuisse
— mollel
Longueur du bras (totalej
— avant-bras
— main
— grande enveryun'
cuisse
— jambe
— pied
— post-malli'olaire I
— — il
— nez
Largeur du nez
— biorbitaire externe
— intcrorbi taire
— bouche
17d loi 14o 90 107
3:; I'.) li
0 )7 12
i:i
38 30 30 2(1
b:;
100
87
28 23 ol 33 71 23 20 160 47 44 ?:;
0
10,3
2,8
II
III
170 147 144
88 103
33
10
13 3,(1
13 0,7
12,1
40
32
34
20
57 107
93,3
82
94
25
23,5
49
36
74
28
IS 178
40
40
27 6
6,3 3,3 3,0
11,2 3,4 4,8
1(j7
143
138
88
103
31
10,7
14,7
5,2 13 10,8 12,5 34 30 32 22,3 57 108 90 78 02 23 26 49 34 72 23 10 170 43 42 25
5
6
6,3
3,3 II
3,2
5,2
IV
137 137 129
82
03
31
20
14 3,5
13,2
11,5
12
31
33
33
20,2
58 103
88
75
87
23
23
48
33
00
24
17,3
100
36
38
24,5 5,5 0,5 5,4 4
10,9 3,6 5,1
MOYENNE
171 145 137
90 101
31
18,8
13,5
6,1 14,i 10 12 33 30 37 20 35,5 104 88,5 77 91 26 26 40 36 74 25 18 176 30 40 26
6
7
6
4 H
3
5,5
168
144,6
138,6
89,4
101,8
32,2
19,3
14,2
5,7
15,3
10,6
12,3
35,6
32,2
33,6
20,3
56,5
104,4
80,4
77,4
88,4
25,4
25,5
49,2
34,8
71,4
25,4
18,5
170
41
40,8 25,5 5,7 0,6 5,7 3,8 10,9 3,2 4,9
D'api'ès k's ciiilVres de ce lahlcaii, l'iiKliee (.•(''iili;ili(iiu' des T^oris serait 73, o7. Si niaiiiteiiaiit, avccles données du commandant Dninjusset, nous caleulons ]"indiee des poimlatioiis aryennes de ces contrées, nous trouvons pour les Âfglians 76,19 et pour les Hindous 74,4-8. Ces indices sont peut-être un peu loris; néanmoins ils s'écartent peu de celui des Loris. Et si l'on |»rend les noinlires donnés par M. de Qualrefai,'es ' d'après les mensiiratidus d'aulres petites séries:
Afghans Hindous
73,15
?2,28
on les trouve presipie i(leiili(|ues à celui (piejc donne, 73, o7. Tous ces peu[des tlolicliocéphalcs sont parents. Ces nombres sont très comparables entre eux; tandis qu'ils s'écartent nettement do 84,61, (pii représente l'indice des habitants de l'intérieur de la l'erse, et de 82, .31, donné par M. de l'jfalvy pour les Tadjilcs.
1. De Quatrefages et Ilamy, lov. cit., p. 504 et 514.
MONGOLIQUES. 93
Ces derniers, au contraire, se raiiiiroelicnt beaucoup par leur indice des races mongoliques.
Mongols 8b,4
Tchoiitlis 84
Kalmouks 83,8, etc.
Il y a donc lien, comme je le faisais an début, de distinguer très catégoriquement parmi les Persans quels sont les purs Aryens et quels sont ceux (pii ont subi des moditications touranicnncs.
L'indice fronto-jugal est faible, 53,77, tandis que celui des Hindous est 74,22 ; cet écart est dû à ce que, le diamètre bizygomati(jue étant sensiblement égal cbez les deux peuples, les Loris ont nn diamètre frontal minimum très faible. Leur front est étroit et élevé. Ce caractère a trop pcn d'im[)orlance pour constituer nne ditVércncc entre deux races que rapprochent les indices céplialiques et l'ensemble de tous leurs traits.
Les Loris sont très vigoureux, et leur allure accuse plus de force (jue la souple élégance des Hindons. Leurs membres sont bien développés et les nombres 2S,4 et 2.5, .5 qui expriment la circonférence du bras et de l'avant-bras sont très élevés, ainsi que 50 et 35 qui sont les circonférences de la cuisse et du mollet.
Ajoutons encore que les dents sont verticales, petites et très rapprochées; la mâchoire est orthognathe. La hanche et l'ombilic sont presque au même niveau. Le mamelon du sein est entouré d'une petite zone brune (jui mampie chez les Susiens modernes.
Je n'insiste pas sur les mensurations de détail. Elles ne sauraient avoir d'intérêt que si on les compare à celles des autres i)euples. C'est ce que je me propose de faire un peu plus loin.
II
MONGOLIQUES
Tout au nord de la Perse, au sud de la mer Caspienne, se trouvent les tribus turcomanes pures du Mazendéran et du Ghilan. Elles imprègnent très fortement les i)opulations depuis Téln-ran jnsqu'à Koum. Dans cette région nn''me, on ne parle point le ])ersan. La langue du peui)le est le turc. De Konm jusfiu'au delà d'Ispahan, vers Abadeh, s'('tend l'Irak, Adjemi ha- bité par des populations métisses de Turcomans et d'Aryens médo-perses. Ils se nomment eux-mêmes Adjéniis; nous pouvons les désigner par ce nom.
Les Turcomans de Perse (lig. 13) ont été étudiés par le commandant Duhnusset. Klianilvoff leur attribue pour indice 82. Les nombres donnés par Duhousset pour deux Goklans conduisent à l'indice céphali(pie 81,45, et pour (piatre Mazendéranis on obtiendrait 86,31, chiffre élevé, expression de bracliycéphalie (pii n'estdépassée dans ces contrées que par les crânes bakhtyaris.
Cet indice cépbalique si éloigné de celui des Loris, Farsis, Hindous et Afghans nous permettra aisément de reconnaître les peuples mélangés de Turcomans, car c'est le caractère que cette race mongole impose surtout.
Au contraire, elle perd assez facilement ses caractères secondaires (nez épaté, jambes arquées et courtes, buste long et fort) pour se rapprocher des proportions plus harmonieuses de la race aryenne. Elle s'amélioiM^ rapidement au contact de celle-ci. Khanikotf signale ce fait pour ditlerentes régions, et nous aurons occasion de le relever plusieurs fois à propos des autres Persans.
94 L'ACROPOLE DE SUSE.
III
MONGOLO-ARYENS
1° ADJEMIS
Ces iiit'lis foraionl la plus i;raiide partie des populations de la Perse. Ils s'étendent depuis Téhéran au nord ,jiis(jiie vers Deiibid dans le sud. De l'est à l'ouest, ils vont du Khorassan au Luurislan. Ils habitent donc la région des hauts plateaux, et la fusion qui n'a pas pu s'oiiérer dans les pays de montagne, où Loris et Farsis ont conservé leurs types, s'est ici effectuée d'une façon complète, au point de donner une race bien nette. Les villes de Téhéran, d'Ispahan, de Koum, de Koumichah, etc., api)artiennentàces peuples; industrieux, au reste, ils tirent bon parti du sol ingrat qu'ils habitent. Leurs jardins fruitiers, leurs cultures de coton, de tabac, de riz, de blé, sont fort soignés. L'Âdjem est actuellement la partie riche de la Perse.
D'ailleurs, on peut trouver des Adjémis en tous les points du royaume. Presque tous les soldats sont recrutés dans l'Irak et dans le Mazenderan ; les gouverneurs de province et leurs nombreuses suites en viennent; c'est cette race qui domine le pays tout entier (fig. 16 et 17).
En parcourant la Perse on est très frappé de la dillércnce de type qui se présente chez les habitants dès qu'on a quitté le Fars, et qui va s'accentuant de plus en plus à mesure que l'on s'avance au nord. L'ispahani offre à peu près les caractères moyens.
L'allure des gens du i)euple n'a plus la majesté un peu Ihéàtrale que l'on observe dans le sud. Le costume est plus étriqué; le grand pantalon qui tombait cà larges plis jusqu'aux pieds devient moins long et plus étroit; par-dessus la chemise persane, fendue sur le côté et à manches démesurées, une courte tunique serrée à la taill(> et (jui ne dépasse pas le milieu des cuisses complète le costume. Pour coiffure, ils ont le koUah demi-sphériipie en feutre dur.
Quant aux riches et aux fonctionnaires de Téhéran, ils ont le mauvais goût de copier nos modes et adoptent en partie le costume européen : pantalon étroit, gilet et tunique bien voisine de notre redingote; quelques-uns, pour achever cette transformation, ajoutent un binocle. Ils n'ont plus de persan qu'un kollah assez particulier, sorte de tronc de cône de feutre ou d'as- Irakau, intermédiaire entre la tiare ou cidaris du Fars et le haut bonnet pointu que l'on attribue encore au Persan, bien que, aujourd'hui, il n'en existe plus un seul dans le pays.
L'indice céphalique, calculé d'après les nombres de Duhousset, est 84,61 dans l'intérieur (le la Perse, et 81, S4 d'après deux mensurations de Téhéranis; les Adjémis oui donc le caractère de brachycéphalie commun avec les Turcomans du nord.
A Koum on remaniue très bien chez nombre d'habitants l'aplatissement vertical du frontal.
Les traits sont assez fins. Les cheveux, lisses et gros, sont tonraniens ainsi qiu' la barbe, qu'ils ne portent jamais entière, mais taillée aux ciseaux ou rasée cà l'exceptioh de la moustache. Le nez n'est pas long et gros, comme chez les Loris, ni légèrement aquilin, comme dans le Fars; il n'est pas non plus écrasé et court, comme celui du Mijugol. Sa forme est intermédiaire : il est petit et de dessin très pur.
Tous les caractères du corps, stature, proportions des membres, sont comme une moyenne entre les deux races aryennes et touranieunes.
Au reste, dans le sud le type aryen l'emporte, dans le nord le type turcoman.
Le tableau de la page suivante contient les mensurations de deux individus de Bou- rougdjerd, c'est-à-dire de la région frontière de l'Irak et du Louristan.-
AD J EMIS.
95
INDICATION DES MESURES
Taille dclioul
— nuMiloii
— épaule
— hanche
— onihilic
— mollet
Diamètre antéio-postérieiir de la tète
— transverse
— frontal minimum
— liiauriculaire
hizygoniatique
— angulaire de la mâchoire. . .
— épaules
— bassin
— hanches
— seins
Circonférence de la tète
— épaules
— seins
— taille