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DICTIONNAIRE
DES HERESIES
DES ERREURS ET DES SCHISMES, MÉMOIRES
POUR SERVIR A L'HISTOIRE
DES ÉGAREMENTS DE L'ESPRIT HUMAIN PAR RAPPORT A LA RELIGION CHRÉTIENNE ; PRÉCÉDÉ
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PUBLIÉE PAR M.. L'ABBÉ MIGNE,
ÉDITEUR DB LA SISLIOTHÈQUE ONIVERASLLE DU CLERGÉ, OU DES COURS COMPLETS SUR CHAQUE BRANCHE DE LA SCIENCE ECCLÉSIASTIQUE. RG ren TOME SECOND, MO tr
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S'IMPRIME ET SE VEND CHEZ J.-P. MIGNE, ÉDITEUR, AUX ATELIERS CATHOLIQUES, RUE D'AMBOISE, AU PETI T-MONTROUGE, BARRIÈRE D'ENFER DE PARIS,
1853,
^, UNIVERSITY 9 = 9 JUL 1973
OF OXFORD 4
i».
Imprimerie MIGNE, au Petit-Montrouge.
DICTIONNAIRE
DES HERÉSIES,
DES ERREURS ET DES SCHISMES,
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MÉMOIRES POUR SERVIR A L'HISTOIRE DES ÉGAREMENTS DE L'ESPRIT HUMAIN,
PAR RAPPORT A LA RELIGION CHRÉTIENNE.
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* RATIONALISME. Il faut distinguer deux époques : le rationalisine ancien et le ratio- nalisme moderne.
Rationalisme ancien. Au milieu des extra- vagances de l'idolátrie, des hommes sages ont paru. Justement choqués de l'absurdité du dogme et de l'abomination du culte, qu'avaient-ils à faire? à remonter à la source des traditions. Dieu leur en avait ménagé jles moyens : un homme d'abord, une fa-
mille ensuile, un peuple enfin sont consti-
tués les gardiens de la tradition; plus les ténèbres augmentent, plus le phare lumi- neux s'élève. Mais les sages se fourvoyèrent; au lieu de recourir aux Hébreux, ils inter- rogèrent l'Egypte : de là le dégoût des tra- ditions. Ceux qu'on nommait les sages ont voulu y suppléer, ont pris conflance en eux- mémes, ont renoncé à la foi, ont entrepris de constituer la vérité sans elle: c'est la premiére époque du rationalisme.
Pour en trouver la racine, il faut fouiller dans les temples d'Egypte, distinguer de la doctrine exotérique des Egyptiens leur doc- trine ésotérique, suivre la marche et les pro- grés de celle-ci : 1* raison et explication des symboles; 2* doctrine du principe actif et du principe passif ; 3° enfin panthéisme. Co qui était théologie secréte en Egypte de- vient mystères en Grèce. Entre la théologie et le rationalisme, l'institut de Pythagore est la transition. Bientôt l'esprit humain s'élance par toutes les voies à la conquéte des vérités primordiales : mis à l'euvre,le raisonne- ment, la sensation, le sensualisme‘échouent; le scepticisme gagne du terrain; la philoso- phie éplorée se jette dans l'éclectisme et s'y éteint.
Mais, pendant que s'accomplissait cette épreuve, s'opéraitune autre révolution. Les traditions primitives, concentrées dans la Judée, commencent à se répandre au dehors au moyen 1* de la dispersion d'Israël ; 2* de la captivité de Juda. Plus tard, les juifs cir- calent en tous lieux, portant avec eux leurs
Duuonnaime Des Hénésies, IL
livres sacrés traduits. Un bruitsourd annonce au monde un libérateur : il doit sortir de la Judée, il rétablira toutes choses. L'avéne- ment du Messie justifie la prédiction; le genre humain rentre dans sa voie; une longue période de foi se prépare : cette foi guidera la science dans les siécles éclairés , et vaincra l'ignorance dans les âges d obs- curcissement.
Rationalisme moderne. Aprés avoir som- meillé longtemps, le rationalisme se réveille. Il marche d'abord parallèlement à la foi : puis il se hasarde i la perdre de vue; enfin il rompt avec clle.
La raison devient altiére; elle cite la religion à sa barre. Aprés avoir étendu sa domination sur les sciences morales et poli- tiques, la voilà qui s'attaque aux faits. Voy. STRAUSS. Onavait fait de la religion a priori, de la morale a priori, il ne restait qu'à faire de l'histoire a priori : c'est ce qu on a tenté. Dés lors le rationalisme a dépasséson terme: il ne peut plus que rétrograder.
Le mouvement rétrograde est déjà com- mencé ; la lassitude a gagné les adeptes ; de là, le désabusement et les défections. Quel- ques-uns se sont jetés dans l'éclectisme; les plus sages dans l'école écossaise; le reste erre dans un réve vague de progrés indéfini.
Le rationalisme antique pouvait donner la raison de son existence, le rattonalisine ac- tue! ne le peut pas : c'est un soulèvement sans motifs de l'orgueil humain contre la foi.
Pour se constituer en dehorsdes traditions, le rationalisme moderne a mis tout en œu- vre : vains efforts ! Toutes les facultés hu- maines ont été mises en jeu : résultat nul! Toutefois, l'orgueil humain tient bon.
Pour empécher qu'il n'y ait accord entre la raison et la foi, que le christianisme et la science ne se rapprochent, il évoque avec appareil le fantóme du moyen áge: mais christianisme et moyen âge ne sont pas cho- ses identiques.
Il s'écrie qu'il faut aller en avant, quoi
1.
U WICTIONNAIRE DES HERESIES. 13
qu'il arrive : mais , si l'on cst mal engagé , pourquoi ne pas revenir en arrière |
Il s'indigne qu'on propose à l'esprit une foi aveugle: mais on ne propose qu'une foi x^isonnable.
Pendant que l'orgueil philosophique se débat,la raisen publique a pris l'avance: saturée de raftonalisme, elle n'en veut plus. Les théories a priori sont décréditées : on demande des faits. Il y a donc un mouve- ment réactionnaire, qui doit tourner à l'avan- tage des traditions, et les hommes de foi ont en ce moment une grande mission à remplir.
Mais il faut qu'ils connaissent l'esprit de Ja génération présente, qu'ils se placent sur le terrain des faits , qu'ils se mettent en rapport avec la science moderne, sans se précipiter au-devant des nouveautés, sans admetire légérement les faits ni accueillir des théories équivoques : la science n'est pas infaillible et ne saurait prévaloir sur la parole sacrée. Que les apologistes chrétiens se tiennent fermes sur les traditions : ils do- mineront la science et pourront l'attendre : elle arrive, et bientôt elle sera d'accord avec eux. Qu'ils ne craignent point, au reste, de se trouver à l'étroit. Le champ des traditions chrétiennes est vaste : qui saura coordonner ce bel ensemble de faits étonnera toujours par la grandeur des tableaux. Le champ des traditions chrétiennes a de la profondeur : qui saura fouiller dans les cavités qu'il ren- ferme, fera jaillir des sources d'eau vive qui s'élanceront vers les cieux: D'autres feront goüler ce que la religion a d'aimable: ils feront désirer qu'elle soit vraie.
«ll se prépare une réconciliation entre toutes les sciences, dit Riambourg. La phi- Josophie méme participe au mouvement : elle avait mission de constater la nécessité d'une révélation : elle y a travaillé long- temps d'une manière indirecte ; c'est direc- tement qu'elle commence maintenant à le faire; elle ne s'en tiendra pas là. À mesure qu'elle sondera les profondeurs de la con- science humaine, l'accord de l'observation psychologique avecla révélation ne peut man- quer de la frapper : à l'exemple do Pascal, ellesignalera ce grand traitde vérité; arrivée à ce point, la raisonhumaine envisagera d'un autre œil ces marques divines qui servent de sceau à la vraie tradition. Les miracles lui paraîtront mériter l'attention : elle ren- dra hommage à ceux qui se perpéluent sous nos yeux ; quant à ceux qui ont servi de fondement à la prédication évangélique, elle reconnaltra que la critique ne peut les entamer. Les choses ainsi préparées, rien n'empéchera que la raison et la foi ne renou- vellent le pacte antique. Dans ce nouvel accord seront nettement posées les préro-
atives de la raison et la prééminence de la oi. Alors tout désordre cesse : le rationalis- me est fini. »
Le tableau que nous venons de tracer initie le lecteur aux profondes désolations qu'enfante le rationalisme, systéme d'orgueil et de bassesse, qui, lorsqu'il désespére de comprendre, se met à nier ; et (ce qui donne
de l'horreur) ne pouvant pas plus se rendre compte de sa propre nature que de l'essence divine, les confond toutes deux , soit dans l'ensemble des étres, le panthéisme, voyez ve mot et BPrNosisMB, soit dans sa propre apothéose, l'antbropolátrie !
Nous ne reviendrons pas sur le rationalis- me antique, nous ne nous occupons que de ce rationalisme moderne dont la source ac- tuelle n'est autre que le principe constitutif de la rébellion protestante : la faculté du libre examen.
Si cet examen se bornait aux motifs de crédibilité, rien ne serait plus juste, rien ne serail plus raisonnable ; mais cette recher- che raménerait nécessairement les esprils à la vérification des faits, donc au témoignag e, donc à l'autorité : dós lors le principe fonda- mental de l'orgueilleuse erreur du seiziéme siècle serait réduit en poussière. Mais c'est aux mystères eux-mêmes que s'atlache ce pernicieux examen, sans s'inquiéter de ce qu'en rigueur logique, la perception de l'ob. jet étant la condition de la possibilité de ‘examen, celui-ci ne peut s'occuper que d'objets abordables à l'entendement humain, ce qui, en saine raison , devrait l'empécher de soumettre les mystères à ses investiga- tions : l'orguei ne raisonne pas ainsi,il ne passe pas à côté des objets qu’il ne peut scruter, et, conséquent jusqu’à la mort de l'intelligence, il les rejette et nie méme leur existence. Le protestantisme philosophique en est venu à ce point inévitable. Ne pou- vant comprendre Dieu, il le rejette tout au moins dans sa révélation. Voyez SuPERNA- TUBALISME.
Nous transcrirons ici de belles considéra- tions de M. l'abbé de Ravignan.
« On se demande avec étonnement, dit cet auteur, comment il a pu se faire que, dans tout le cours des siècles, tant d'incertitudes et tant d’incohérences soient venues entra- ver et obscurcir les recherches laborieusos dans lesquelles l'àme s'étudiait elle-méme. L'histoire de la philosophie est en grande partie l'histoire des travaux entrepris par l'esprit humain pour parvenir à se cdnnal- tre. Cesont aussiles archives non-seulement les plus curieuses à étudier, mais aussi les
lus instructives, si l'on sait en profiter. Quand on veut mürement y lire et résumer attentivement les données philosophiques sur la nature de l’âme, sur la puissance et les droits de la raison, on trouve alors que deux systèmes principaux sont en présence.
« Lesuns, frappés desimpressions extérieu- res et sensibles qui accueillent l’homme au berceau, quil'environnent etl'aceompagnent dans toutes les phases de son existence mor- telle, frappés de ces relations entretenues sans cesse au debors par l'action des orga- nes et des sens, les uns, dis-je, ont cru que le fondement de nos connaissances, la puis- sance réelle de l'âme et les droits de la rai- son devaient être sartout placés dans l'ex- périence. C'est ce qu'on a nommé l'empiris- me ; et par ce mot, je ne veux pas seulement cxprimer ici l'abus, mais encore l'usage de
die Ve Qm,
15 RAT
l'obsérvation et de la sensibilité considérées, selon quelques-uns, eommele principe même de nos connaissances. 7 |
« L'autre système, d'un spiritualisme plus noble et plus élevé, place lá nature de l'âme, ses droits, son pouvoir premier dans l'idée méme purement intelléctuelle. Ainsi , au moyen de l'idée pure, Fâme conçoit et déve- loppe la vérité par son énergie propre et intime. C'est l'idéalisme. Et ici encore , je ne veux pas non plus nommer seulement un excés. L'expérience donc, l'expérience sen- sible et l'idée pure, voilà, je crois, les deux banniéres distinctes sous lesquelles on peut
- ranger la plupart des théories laborieuse.
ment enfantées pour exprimer le principe de nos connaissances, la náturc mémede l'áme et les droitsdela raison. Les uns ont semblé tout rapporter à l'expérience,les gutres à l'idée.
« Il faut s’arréteravec l'œil d'une considé- ration attentive sur ces dispositions exclusi- ves et contraires des hommes qui furent nommés sages au sein de l'humanité.
« Des esprits exclusifs et trop défiants peut-étre à l'égard des pures et hautes spé- culations dela pensée s'emparérent de la matière et des sens, et s'y établirent comme au siége méme de la réalité, ils crurent pou- voir y recueillir tous les principes, toutes les connaissances et les idées de toutes choses. Iis adoptérent l'empirisme : d'immenses abus s'ensuiyirent. »
M. de Ravignan trace l'histoire de l'empi- risme ou de la philosophie expérimentale en Orient, en Grèce, en Angleterre ct en France. I expose également l'histoire de l'idéalisme, et rappelle que les plus illustres représen- tants de cette philosophie furent, avec les contemplatifs d l'Inde, Pythagore,les méta- physiciens d'Elbe, Platon, et depuis le chris- lianisme , saint Augustin, saint Anselme , Descartes, Mallebranche, Bossuet, Fénelon, Leibnitz. L'école allemande vint ensuite, et l'orateur montre qu'elle se précipita dans tous les abus de l'idéalisme le plus outré :
« Des hommes, dit-il, qui ne manquaient assurément ni de force ni d'étendue .dans l'intelligence, se sont un jour séparés de tous les enseignements de la tradition. Ils ont méprisé les travaux des vrais sages et toufes les données du sens commun: ils se sont enivrés de leurs propres pensées. L'orgueil de l'esprit et ses illusions, qu'ils se dissimu- laient peut-étre À eux-mêmes, les ont en- trainés bien loin, bien loin du but. Alors tout a vacillé à leurs regards, tout a paru mouvant devant leurs yeux ; leur vue s'est obscurcie. Ils n'ont plus rien apercu de sta- ble ni de fixe. Ils n'ont plus reconnu de bases et. n'ont. plus retrouvé d'appuis. La foi était la terre de refuge et de salut. Ceg hommes n'avaient plus la foi. La pierre an- gulaire, le Christ permanent dans l'Eglise , s'était lransformée pour eux en vague phé- noméêne, en vaine évolution de l'idée, pas autre chose. | e
'« Mjis alors la vie véritable a fui de ces âmes, et elles n'ont eu pour dernière conso- lation et pour dernière espérance qu'un af-
RAT T
freux désespoir dans une négation univer- selle et absolue. Il faut donc courageuse- ment rester dans son bon sens, il faut éviter courageusement les extrêmes, il faut respec- ter les bases posées et réfléchir longtemps avant de prononcer. Il faut reconnaître les bornes avec les droits et l'action véritable de la raison humaine. » Ut
Trois choses,suivantl'orateur, constituent la raison humaine, ou du moins peuvent servir à en déterminer les droits : l’idée, l'expérience et le besoin d'autorité. |
« Si l’on veut n’accepter que les droits de l'idée pure, on risque de s'abimer dans le gouffre des abstractions : si l’on veut n'ac- cepter que l'expérience des sens tout seuls, on courbe la dignité de l'intelligence ct de l'esprit sous lc joug des sens et des organes, si l'on ne veut en toutes choses que l'àuto- rité et la foi, jele dirai avec franchise, onrend l'autorité et la foi impossibles à la raison.
« Trop généralement, les philosophes scin- dent l'homme et le divisent violemment. Si l'on acceptait l'homme tout entier, tel qu'il est, avec ses facultés diverses : si l'on accep- lait l'homme avec sa vue intellectuelle et pure, avec sa force expérimentale et sensi-
le, avec son intime et invincible besoin de vérilés divines et révélées, alors on aurait l'homme tout entier, on aurait la vraie na- turc do l'àme, les conditions et les droits véritables de la raison. Mais ce n'est pas là ce qu'on fait : on prend une faculté, une partie, une forcé de l'homme, et l'on y place toute la raison et toute la philosophie.
« Un exemple illustre va éclaircir ce que je viens d'énoncer. Quand Descartes parut, il voulut pénétrer toutes les profondeurs de l'âme, sonder Ja nature intime de la raison, et recommencer méthodiquement toute la chaîne de nos connaissances. Ce fut alors qu'il prononca le mot devenu si célèbre : Je pense , donc je suis. Quant à moi, il me semble que Descartes aurait pu tout aussi bien dire : Je pense et je suis, ou j'existe et je pense, car nous avons également la cons- cience et de notre pensée et de notre exis-- tence. Vous en conviendrez, je crois : ces deux vérités sont simultanées, elles sont évidentes au méme degré pour la raison. C'est par une seule et méme perception do l'âme que nous connaissons notre existence aussi biep que notre pensée.
« Par où, et c'est là que je veux en venir, par où vous pouvez bien comprendre que, pour avoir la nolion vraie de l'àme , les conditions constitutives de la raison, il faut unir sainement l'uu avec l'autre l'élément empirique et l'élément idéaliste, c'est-à-dire en d'autres termes, et en termes fort simples, l'idée et l'expérience ; et pourquoi ? parce qu'il y a simultanément dans l'homme ces deux choses, ces deux facultés, ces deux principes : l'idée et l'expérience. Et c'est ce que j'ai voulu signifier en associant ainsices
eux mots : je pense et j'existe ; expression, l'une du monde logique ou de la pensée, l'antte du monde expérimental et sensible.
« Voilà donc, si nous voulons en conve«
15 DICTIONNAIRE DES HERESIES. 16
nir, le double ólóment qui constitue d'abord, à nos regards, la nature intellectuelle de l'homme et la force première de la raison ; l'idée, la vue intellectuelle et pure du vrai ; et l'expérience, ou la connaissance que les sens nous donnent des objets extérieurs et sensibles. À la premiére des facultés, à l'idée, correspondent toutes ces notions générales, spirituelles, qui ne peuvent nous venir par les seus, telles que les notions de l'étre, du
vrai, du bon, du juste, auxquelles il faut
joindre l'amour nécessaire de la béatitude , e besoin d'agir pour une fin, pour un but , pour une fin qui soit complète et dernière.
t là, vous avez le fond naturel de notre intelligence et ce qu'on peut nommer les premiers droits constitués de la raison....
« Qu'arrive-t-il donc et qu'ai-je à dire en- core ? Ah ! la raison impatiente s'agile, elle
cherche, elle cherche, elle avance et avance
toujours. Tout à coup sa vue s'obscurcil, sa vigueur s'arréte. Elle chancelle comme un homme ivre. Elle se débat en vain au milieu d'épaisses ténèbres. Que s'est-il donc passé ? C'est que, loin de la portée , loin de l'œil intelligent de l'homme, par delà les limites naturelles de l'expérience et de l'idée, au delà de toutes les lois de l'évidence, au delà, bien au delà s'étendent encore les immenses régions de la vérité. Oui, par delà, il y a en- core l'invisible, l'incomprébensible, l'infini! et vous n'en pouvez douter ; car vous savez que Dieu habite la lumiére inaccessible. Et méme dans l'ordre humain il y a encore loin de nous, hors de la portée de notre vue, de notre intelligence, il y a lestemps, les lieux, jl y a tous les faits du passé.
« Mais pour nous en tenir à la connais- sance de Dieu seul, pour en venir à ce ca- ractére dernier que je vous signalais en com- mençant, aprés les premières notions tradi- tionnelles sur la Divinité, avouons-le , ni l'idée, ni l'expérience , ni l'intuition, ni le raisonnement ne peuvent plus ici nous ser- vir davantage, car il s'agit de sonder les profondeurs de l'infini, il s'agit de mesurer
'éternité. Quel homme alors ne doit trem- bler? Seigneur! qui viendra donc à notre aide?
« Nous avons la fi. La fói, elle avance toujours, elle ne craint rien, elle ne craint pas de s'élancer dans les régions de l'infini et de l'incompréhensible. Entendez-le donc, je vous en prie. La foi, glorieuse extension de la raison, lui apporte ce qu'elle n'a pas , lui donne ce qu'elle [ne peut ni saisir ni at- teindre. C'est un don du Seigneur, un bien- fait de la gráce divine. |
« Oh l oui, vous ne l'avez pas comprise la dignité de cette foi, vous qui prétendez qu'elle veut asservir, étouffer, restreindre Ja raison. Vous ne croyez pas, peut-étre, vous qui m'écoutez en ce moment ; peut-étre, dans une de vos heures railleuses, vous avez en pitió ceux qui croient. Mais , prenez garde; nous n’acceplons pas votre compassion et
votre pitié. Croyants, et croyants sincères , - nous avons la raison comme vous ; comme :
vous, el avec elle, nous avangons ; et plus que vous peut-être, nous allons jusqu'à ses
limites ; nous admettons tout ce qu'elle ad- met, tout ce que vous admettez, et plus en- core, permettez-moi de le dire. Mais là où vous vous arrétez, nous avancons encore ; là où vous vous épuisez en vain, nous pos- sédons, vainqueurs paisibles ; là où vous balbutiez, nous affirmons ; là oà vous doutez, nous croyons; là où vous languissez incer- tains et malbeureux, nous triomphons et nous régnons heureux. Telle est la foi, et voilà comment elle vient Telever la dignité de l'homme par les mystéres divins qu'elle révéle. Il est vrai, la foi vous soumet à une autorité, à l'autorité de la parole divine qui daigna un jour se démontrer à la raison de l'homme, parce que la raison avait, en vertu des dons du Seigneur, le droit de demander cette démonstration et cette preuve. Un jour, sur cette trerre bénie de la Judée par les mi- racles et les lecons de l'Homme-Dieu, cette manifestation de l'autorité divine s'accom- plit. La raison l'entendit, elle la concut, elle la reconnut, et la foi s'établit: foi éminem- mentraisonnable, puisquenous l'enseignons, et nous le répétons sans cesse, la raison, pour croire, ne peut, ne doit se soumettro qu'à une autoritéraisonnablement acceptable et certaine......
« Non, la foi ne vient pas, l'autorité di- vine ne vient pas non plus arréter l'essor de la raison. Au contraire, la foi vient ar- racher l'esprit vacillant de l'homme à l'em- pire des ténébres et d'incertitudes infran- chissables pour tous ses efforts. Et quand la foi a ainsi établi son paisible empire, quand elle règne au fond de nos cœurs, alors la raison peut en sûreté parcourir , mesurer, pénétrer, sonder cet univers im- mense, si généreusement laissé à ses libres investigations. Soit donc que recueillie en elle-méme, elle descende profondément dans l'âme pour étudier sa nature intime, et re- monter aux principes premiers, à l'essence méme des cboses; soit que, reportant les regards sur ces mondes visibles, elle en dé- couvre les phénomènes, elle en saisisse les lois, elle marque, au milieu du torrent des faits, la haute économie du gouvernement du monde, alors toujours à l'abri tutélaire de la foi, l'homme intelligent est libre et vraiment grand, il mesure toute l'étendue de la terre et des cieux, il ne connaît plus d'obs- tacles ni de barriéres, assuré qu'il est de marcher à la suite de la parole et de l'auto- rilé divine elle-même. C'est ainsi, et c'est ainsi seulement que la raison s'élève et grandit, garantie contre ses propres écarts; C'est ainsi qu'elle s'éléve jusqu'au plus haut degré de la science véritable ; oui, elle a con- quis toute sa dignité par l'obéissance méme qu'elle rend à cette loi, et elle devient lo pins noble et le dernier effort du génie "homme, lorsque, en donnant à. ses fo tout leur développement, elle a respecté aussi les limites de sa nature, et qu'elle a mérité de s'unir à la lumiére et àla gloire divines.
« J'ai dit tout ce que je voulais dire. Il me semble que nous avóns, quoique bien en
abrégé, fixé certaines notions suffisantes sur
n RAT notre nature inteligente et sur les droits de la raison. Je les résume en peu de mots. Trois états, ou trois espèces de connaissance et d'affirmation : l'évidence ou intuition , le raisonnement ou déduition, la foi. Ce sont là trois actes ou fonctions de l’âme qui cor- respondent à autant de voies ou moyens d'arriver à une affirmation certaine : l'idée, l'expérience, l'autorité. Hors de là, je ne crains pas de le dire, il n'y a pas de vraie , philosophie, il n’y a pas de notion vraie de ' l'homme, il n'y a pas de justice rendue à la naturè intelligente.
« Pour achever, s'il est possible, d'écarter .
d'injustes répulsions, nous placerons direc- tement en présence la philosophie et l'auto- rité catholique ou l'Eglise. Nous demande- rons franchement à la philosophie et à la raison tout ce qu'elles réclament et exigent de l'autorité et de la foi catholique ; et nous reconnaltrons que la philosophie obtient avec le catholicisme tout ce qu'elle a le droit de réclamer, et que ce qu'elle n'obtient pas, elle n'a aucun droit de le réclamer.....
« La raison réclame avec justice pour l'homme quatre choses : le droit des idées et des vérités premières; le droit de l'expérience et des faits; des solutions fixes sur les grandes questions religieuses; enfin un principe fécond de science, de civilisation et de prospérité. Par la foi, et par la foi catholique seule, la raison obtient ici tout ce qu'elle est en droitd'exiger.
« 1° La saine philosophie, d'accord en ce point avec la théologie la plus communé- ment approuvée, a de tout temps demandé que, dans l'analyse de la certitude, on vint se reposer en dernier lieu sur les premiers principes et les premiéres vérités qui nous sont évidemment connues et qui constituent en quelque sorte le fond méme de l'áme. À ces premiers anneaux doit nécessairement se rattacher la chaîne des vérités admises, quelles qu'elles soient, sans quoi elles se- raient comme des étrangers qui demeurent en dehors, n'ont point de place au foyer domestique, et ne sont unis par aucun lien à la famille méme.
« Aussi l'Eglise catholique a-t-elle tou- jours entendu étre acceptée raisonnable- ment, avoir toujours un lien dans l'intime raison de l'homme. L'Eglise n'a jamais pré- tendu faire admettre son autorité , méme in- faillible et divine, sans qu'elle se rattachát , avec la gráce, à un principe intérieur de con- viction personnelle. Voilàce qu'il faut savoir.
« Eh bien! au fond de l'àme vit et de- meure un intime besoin d'autorité : il est impossible d'en disconvenir; il forme comme la conscience universelle du genre humain; besoin d'autorité pour les masses, même en des choses accessibles à l'intelligence, mais qui exigeraient des efforts hors de propor- tion avec l'état de la multitude ; besoin d'au- torité pour les esprits plus cultivés et pour le génie lui-même, en présence de l'invisi-
ble, de l'incomprébensible, de l'infini, qui $c renconíre sans cesse au-devant des pen- sées de tous les hommes. Aussi voyez da toute part cctio étonnante propension à
à Le. f! - ss
RAT 18
croire le merveilleux et l'inconnu, propene sion qui existe dans la nature et qui n’est pas en soi un instinct de crédulilé aveugle , mais bien plutôt la conscience d’un grand devoir et d'un grand besoin, du besoin de l'infini, qui manque à l'homme, que l'homme cherche et qu'il doit trouver.
« L'autorité de l'Eglise, enseignant et dé- finissant les choses divines et inconnues, est donc, sous ce rapport, en parfaite harmonie avec ee besoin immense et universel de'la raison humaine, avec le besoin d'autorité, avec le besoin du merveilleux et du mystére. Et n'est-ce pas déjà se rattacher à un principe intérieur? |
«9» De plus, les fondements de la certitude morale ou historique appartiennent aux pre- miers principes et aux premières vérités de l'intelligence. Quant à l'acceptation certaine des faits, il n'y a rien dans l’âme qui soit exigé, sice n'estun témoignage qu'on ne puisse soup- conner nid'illusion, ni d'imposture. Mais, en vérité, nous prend-on pour des insensés ? et comment donc croyons-nous? les apôtres, les martyrs, les Péres, les premiers chrétiens sont des témoins de faits contemporains ou peu éloignés. Leurs vertus, leur éminente sainteté, leur constance, leurs sacrifices, leur nombre, leur caractère et la haute science de plusieurs écartent à jamais du témoignage rendu par eux aux faits divins la possibilité méme de l'erreur et du mensonge. ' « Et que voulez-vous donc? qu'exigez- vous pour des faits? Sincérement, une tra- dition historique peut-elle étre plus grave , ‘plus imposante, plus suivie, plus sacrée que cette tradition catholique sur les fails mêmes qui ont fondé l'Eglise et son indestructible autorité ? Qu'y a-t-il ici de vraiment rai- sonnable et philosophique, devant des faits immobiles et certains comme un roc ? Après toul, nous croyons sur un témoignage po- sitif et irrécusable. Que peut demander de plus une philosophie saine et éclairée ? Elle cesse de l'étre, quand elle cesse de croire.
« Donc, si nous croyons, c'est autant pour servir les droits de la raison que pour en remplir les devoirs. La foi toute seule peut conserver ici la vérité des idées et' la force de l'expérience, en consacrant et les pre- miers principes de l'intelligence et la certi- tude des faits. Or, tous les faits du christia- nisme sont liés à l'institution de l'Eglise et de son autorité : un méme apostolat, ua méme témoignage, une méme origine, une méme foi reproduisent les uns, établissent l’autre. Nous possédons ainsi une logique invincible; nous vivons par la force d'un syllogisme tout divin, type supréme de phi- losophie véritable. Entendez -le! Ce que Dieu méme garantit et affirme est incontes- table et certain. Or, Dieu, par les faits avérés de sa toute-puissance, garanlit et prouve l'institution de l'autorité catholique annon- cée, établie, exercée en son nom. Donc cette autorité est divinement certaine. |
« Vous le voyez : la philosophie pouvait légitimement réclamer les droits des idées ou vérités premières, les droits de l'expérience où
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des faits ; l'autorité catholique les sauve tons et les consacre par sa démonstration méme. 5
3° Passant ensuite à la troisième subdivi- sion, M. de Ravignan montre que l'Eglise donne de hautes et positives solutions sur la nature de Dieu, de l’âme et de ses destinées, sur le culte vrai à décerner au Créateur, sur les conditions de réconciliation et d’unioû avec lui, tandis que la philosophie se tour- mente, se fatigue et ne balbutie que des chiméres ou des erreurs. Seule, l'Eglise af- firme et définit tout sur ces points entre les académies flottantes , entre les philosophies divergentes et incertaines, entre toutes les ignominies de la pensée. Qu'on ne dise pas que dans ces solutions il se rencontre des mystères. Comment n'y en aurait-il point, puisqu'il s'agit de l'infini ? N'y en a-t-il pas partout? Les mystéres sont un nouveau bienfait : ils fixent à jamais l'esprit en pré- $ence des profondeurs divines, et ils sont les flambeaux du monde; car la foi ne se borne pas à rallumer les flambeaux de la raison que nous avions éteints, elle y allume de nouvelles et célestes clartés.
« Dieu se féconde lui- méme et trouve dans son essence intime les termes réels et distincts de son activité infinie, sans que ja- mais une création lui ait été nécessaire : Ie dogme de la Trinité nous le montre. La sa- gesse incréée s'incarne pour nous servir de modèle et nous instruire, mais surtout pour le rachat du genre humain par le sang d'un sacrifice tout divin : le besoin de répara(ion et de rachat est le cri de l'humanité... Allez dire à saint Augustin, allez dire à saint Tho- mas et à Bossuet que les mystères de la foi chrétienne entrayent et arrêtent l'élan de Ja raison ainsi que du génie. lls vous répon- dront qu'ils n'ont de lumières que par Îles mystères, qu'ils n'ont connu que par eux [fe monde, l'homme et Dieu; et dans leurs éton- nantes élévations sur la foi, ils vous ravi- ront d'admiration et vous inonderont de clar- tés divines. Ainsi, la raison veut et doit vou- loir des solutions sur les plus grandes ques- tions, sur les plus grands intérêts : elle ne les trouve que dans l'autorité catholique seule.
« &* Enfin, la philosophie et Ja raison ré- clament avec justice un principe fécond de science, de civilisation, mais d'ordre óga- lement. Pour la science, que faut-il? Des points de départ et des donuées fixes. Sans ce secours, nul moyen d'avancer, puisque les découvertes sont rares et que l'intuition puissante du génie n’apparaîl qu'à des in- tervalles éloignés dans un bien petit nom- bre. Ges points de départ, ces données fixes , c'est l'autorité catholique qui les fournit en définissant, d'une maniére cer- taine ; Dieu, la création, l’âme bumaine, son immortalité, sa liberté, sa fin derniére, le désordre moral et le besoin de réparation. li en va de méme du principe de civilisation.
« L'autorité catholique est un principe ci- vilisateur, précisément parce qu'elle fixe et définit. Elle pose des dogmes, des barriéres;
lle établit seule dans la société humaine des doctrines arrétées et fondamentales, Kiquand
il n'y a plus de foi définie dans les intelli- gences, quand il n'y a plus d'autorité qui enseigne souverainement les esprits sur les vérités religieuses, alors la raison et Ta pen- sée retournent à l'état sauvage. Je ne vou- drais rien dire assurément d'offensant pour personne. J'exprime un fait, la logique du ibre examen et de l'indépendaànce absolue de l'idée humaine s'est pleinement próduite et développée de nos jours dans Ia philoso- hie de Hégel et dans les philosophies ana- ognes. Mais que sont ces philosophies? La subversion entière de toute réalité et, par suite, de tonte morale, de toute religion, de tout ordre social. Et lés: peuples remués jusque dans leurs fondements, (toutes les ases intellectuelles et politiques ébranlées, ne signalent que trop, dans un grand nom- bre, les effets de l'abandon funeste où l'on a prétendu laisser le pouvoir régulateur des croyances el des doctrines religieuses.
« Il faut hardiment prononcer que l’auta rité catholique est le palladium vrai et le gardien sauveur de la liberté méme de pen- ser ; car elle lui évite la folie, ce qui est bien un grand service à lui rendre. C'est donc la raison elle-méme qui accepte l'autorité ca- tholique, qui l'accepte et l'embrasse étroite- ment, parce qu'elle la voit évidemment acceptable et certaine... L'Eglise seule au monde lui apparaît remplissant réellement les conditions de celle autorité nécessaire. Antique, pure, sainte, le front ceint des gloires des martyrs ét du génie, l'Eglise poursuit jusqu’à nous sa marche majes- (ueuse et calme, au milieu des oscillations et des tempêtes. Elle tient déroulées dans sa main les traditions sacrées de l'Evangile et de l’histoire , qui ont marqué du sceau de l'institution divine son origine et sa durée. L'Eglise parle aux yeux, à la conscience, au bon sens, au cœur, à l'expérience; elle parle le langage des faits et des vérités dé- finies qui rencontrent toujours dans les âmes sincères, avec le secours divin, un assenti- ment généreux et paisible. La raison, sou- tenue de la grâce, attache alors sûrement à la colonne del'autorité les premiers anneaux de la chaîne; ses convictions les plus intimes s'unissent en Dieu méme à Ja foi enseignée. L'homme, éclairé d'en haut, habite alors une grande lumiére , loin du doute, lpin des recherches et des anxiétés pénibles...Et c'est ainsi qu'à l'ombre del'autorité catholique et de Ja doctrine, la société s'avance dans les voies régulières de Ja science et de lacivilisa- tion, de la force et de la prospérité véritable.» . En outre, il faut prouver que ce que la philosophie n'obtient pas de l'Eglise; elle n'a pas le droit de l'exiger. |
Placée en présence de l'autorité eatholi- que , la philosophie n'oblient pas : .
{° La sanction de sa folle et déplorable prétention de tout recommencer et de tout créer de nouveau : le monde, la vérité, la religion, Dieu, l'homme, la société et la phi- Josophie elle-méme; commesi rien n'avait été trouvé ni défini jusque-là, comme si
l'humanité n'avait pas encore été enseig nés,
21 RAT
2° La raison n'obtient pas de professer l'indépendance absolue de l'idée humaine, en sorte que, dans le domaine de l'intelli- gence, Dieu soit l'inférieur et la raison le maître. Non ; il faut savoir que Dieu règne, vérité souveraine, intelligence infinie, et qu’à tous ces titres il peut nous enseigner quand il lui plaît, et comme il Jui plait. Quoi! nous pouvons révéler notre áme à nos semblables en toute liberlé , et Dieu ne le pourrait pas ? La prétention serait étrange.
8° La raison n'obtient pas d'échapper sans cesse à la langue des faits, à des preuves immenses de tradition et d'histoire. Le para- logisme et l'absolu ne sont pas un droit. Mais non; on veut réver à loisir, se bercer dass des nuages, construire a priori un monde et un christianisme aventureux et des systèmes sans fin, quand Dieu, créateur et réparateur, a báti de ses mains l'univers catholique.
« Prétendre ne reconnaitre d'autre voie, ni d'autre guide en religion que la raison spéculative et l'abstraction vague, c'est se perdre comme la fumée dans les airs. Nous ue tarderons pas sans doute à trouver des histeriens qui traduisent de la sorte les faits de Charlemagne et de saint Louis en purs phénomènes de l'idée ou bien en météores atmosphériques. Et n'avons-nous pas déjà des histoires qui semblent approcher de «ette perfection nouvelle? A chaque genre de vérité sa certitude : aux vérités seulement inteHectuelles, la certitude métaphysique ; aux lois de la nature, la certitude physique ou d'ebservalion; aux faits, la certitude biatorique ou du témoignage; et cette der- pióre est absolue comme les autres. Ne l'ou- blioams jamais! Táchons de vivre dans le monde positif et réel. Quand il s'agit donc d'une question do fait, la philosophie n'a pas le droit d'oublier l'histoire ou de la traduire en abstraciions idéales.»
h^ La raison n'obtient pas non plus de re- trancher le lien étroit et nécessaire entre la vérité etla vertu. C'est là le grand sophisme du jour. On prétend laisser la foi catholique et garder la morale: on se trompe, on ruine l'une et l'autre. Sans les dogmes, plus de base et de sanction pour les préceptes.
« On l'a dit avec raison, une morale sans dogme est une justice sans tribunaux, une loi sans pouvoir ni sanction. »
6° Enfin, la raison n'oblient pas devant l'autorité catholique d'inventer ces progrès du dogme et de la morale religieuse, sem- blables aux progrès de l'industrie et des ma- chines, parce que Dieu a dit la vérité à l’homme, et que la vérité pour l’homme d’un temps est la vérité pour lous les temps; car elle est immuable comme Dieu méme, son auteur et son type.
« Qui, Dieu est venu au secours de l’in- ceritude et de la mobilité humaine. Il a
lacé au milieu d'un horizon infini un centre immobile, l'autorité, et l'autorité révélée. Nul progrès ne peut la changer. Avec ces religions progressives de l'humanité, de l'idée, du socialisme et je ne sais quelle autre
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encore, s’il fallait, pour avancer, changer à la manière dont les choses humaines, dit-on, progressent ici-bas, grand Dieul ce serait faire descendre trop bas et l’homine et son auteur : l’homme, dont le besoin religieux serait alors le jouet légitime de toutes les influences et de toutes les réveries passagè- res ; Dieu, dont la connaissance, le culte, les lois , les éternelles prévisions seraient ainsi subordonnées aux variations des áges, aux chances des opinions, aüx luttes et aux ca- prices des partis et des révolutions humaines.
« El si, par le progrès on entend, comme il semble, une divinité qui se transforme fatalement et sans fin elle-même, et qu'on ne craint pas de nommer, à la vue d’une aberration si triste, d'une méconnaissance si profonde de l'humanité, je n'ai plus le courage de rien dire; je ne sais que m'affli- ger en silence. Non, non, ce progrés n'est pas un droit; il n'est qu'une parole violente, jetée contre l'Eglise, sans signification et sans fondement. Le progrés est tout entier dans le retour à une foi immuable qui ra- mène sans cesse les esprijs au foyer divin de toutes les lumières.
« 6° Enfin la philosophie n’oblient pas, en présence de l'Eglise, le droit à une indiffé- rence totale, une égalité absolue de toute doctrine, de toute croyance et de toute Eglise ; car ce serait bannir la vérité dela terre et rendre le monde inhabitable pour des étres doués de raison. Toutes les religions et toüs les cultes, dites-vous, sont indifférentà pour la conscience et gour le bonheur des peu- ples. Cette indiférence philosophique est méme le grand trophée conquis par l'esprit moderne. ll en est ainsi, dites-vous | Alors, oui et non, affirination et négation, schisme et unité, déisme et foi, panthéisme et chris- tianisme, méme l'athéisme, tout est uni, associé, confondu, également vrai, égale- ment sain, pur et bon. Telle est la logique d'une tolérance fausse et cruelle dont on fait si grand bruit. Plus donc de foi exclusive; à la bonne heure! Quoi que l'on puisse pen- ser ou dire, c'est toujours une méme religion, une méme Eglise où tous les esprits sont réunis, fort étonnés, sans doute, de se trou- ver ensemble. Mais ou ne voit pas que c'est là seformer uu dieu pire que ceux du poly- théisme. Dans le délire païen, toutes les folies, tous les crimes étaient du moins par- tagés entre la foule des dieux et attribués à chacun dans des degrés divers d'infamie : ici, lc perfectionnement nouveau confondrait et réunirait dans un seul et même degré d'approbation et d'égalité divine toutes les contradictions, toutes les erreurs, toutes les varialions, toutes les ignominies, c'est-à-dire tout ce qu'il plairait aux hommes d'appeler religion et culte.
« Il faut plaindre ceux qui défendent avec tant d'ardeur un principesi fécond en d plorables conséquences. La vérité est une, essentiellement une, comme Dieu est un, clle est éternellement inconciliable avec le faux qui estson contraire. Vous ne voulez plus d'autorité, plus d'unité de foj et d'y
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lise. Qu'avez-vous? Vous repoussez ces
ogmes intolérants; ils attentent à la liberté de la philosophie et de la science. Ils arré- tent le développement de la civilisation et de l'amour vrai entre les hommes. Alors, il n'y a plus de liberté, de science, de vertu ni d'amour, que là où ne se trouve plus la vé- rité, où méme elle devient impossible; oui, la véritó est impossible dans l'égalité pré- tendue de toutes les croyances et de tous les dogmes aux yeux de la conscience humaine.
« Au contraire, l'unité catholique de foi et d'Eglise est le lien parfait de la société et de la charité de tous les hommes. Ceux qui croient, on les tient étroitement embrassés; ceux qui s'égarent , on les cherche ; le zèle, amour véritable, les appelle, les attire par tous les efforts. Et telle est la raison même de la lutte soutenue avec constance par l'E- glise contre les séparations et les erreurs : elle méne et dirige ainsi avec force sa barque de salut parmi les naufrages et les tempêtes, afin d'arracher à la mort les victimes ballot- tées cà et là au gré de tous les vents.
«Pauvre voyageur, arrête! fatigué dans ta course au milieu des flots, éloigné de la route, sans guide et sans boussole, tu vas périr. Insensé, tu cherchais un monde nou- veau, il est trouvé ; tu croyais commander en maître à l'Océan, Dieu seul y règne. Tu dédaignais, pour voguer au loin, les routes vulgaires et les lois d'une longue expé- rience : tu voulais avancer toujours et con- quérir toujours; tu prétendais n'avoir plus besoin ni du port ni du pilote, et tu n'as rencontré que déceptions améres, anxiétés cruelles, luttes violentes; trop souvent s'en- tr'ouvrit devant tes yeux l'ablme du déses- poir et de la mort. Regarde! prés de toi navigue en paix le vaisseau vainqueur des mers ; seul il Uoffre un refuge assuré et te promet le voyage sans péril. »
REBAPTISANTS. C'est le nom que l'on donnait à ceux qui prétendaient qu'il fallait rebaptiser les hórétiques : cette erreur fut d'abord soutenue par Agrippin, ensuite par saint Cyprien, et adoptée dans le quatriéme siècle par les douatistes.
L'an , on commenca à disputer en Afrique sur le baptéme des hérétiques.
Les novatiens rebaptisaient tous ceux qui passaient dans leur parti. Un nommé Magnus , croyant qu'il ne fallait avoir rien de commun avec les hérétiques, ou crai- gnant qu'on ne parüt suivre Novatien en rebaptisant comme lui, demanda à saint Cyprien s'il fallait rebaptiser ceux qui
uittaient le parti de Novatien et rentraient ans l'Eglise (1).
Saint Cyprien répondit que, puisqu'il fal- Jait rebaptiser tous ceux qui avaient été baptisés par des hérétiques ou schismati- ques, les novatiens n'en devaient pas êlre exceptés ; il se fondait sur ces principes: .
1* Ceux qui sortent hors de l'Eglise doi- vent être considérés comme des païens et, par conséquent, tout à fait incapables de faire es fonctions de ministres de Jésus-Christ.
(1) Cypr., ep. 69, édit. de Dodvel.
2% L'Eglise étant unique et renfermée dan$ une seule communion, il fallait qu'elle fát du cóté de Novatien ou de celui de Corneille.
3° Novatien ne pouvait pas donner le nom d'Eglise à son parti, parce qu'il était destitaé de la succession des évéques, ayant été or- donné hors de l'Eglise.
k° Les hérétiques et les schismatiques étant destitués du Saint-Esprit, ils ne pou- vaient pas le conférer à ceux qu'ils bapti- saient, non plus que le pardon des péchés, qu'on ne pouvait accorder sans avoir le Saint-Esprit : qu'on ne peut se sauver hors de la vraie Eglise ; que par conséquent on n'avait point de vrai baptéme hors de l'E- glise, et que Novatien ne pouvait regarder son parti comme la vraie Eglise, ou qu'il fallait dire que Corneille, le seul légitime successeur de Fabien, Corneille, qui avait remporté la couronne du martyre, était hors de l'Eglise ; enfin il prouve, parl'exemple des tribus schismatiques d'Israél, que Dieu hait les schismatiques ; qu'ainsi, ni les schisma- tiques, ni les hérétiques n'ont le Saint-Esprit.
Saint Cyprien dit, dans cette lettre, tout ce qu'on peut dire en faveur de son senti- ment ; cependant elle ne leva pas toutes les difficultés des évêques de Numidie. Dix-huit évéques de cette province écrivirent de nou- veau à saiat Cyprien, qui convoqua un con- cile dans lequel on déclara que personne ne pouvait être baptisé hors de l'Eglise. .
Malgré la décision du concile d'Afrique , beaucoup d'évéques préféraient la coutume ancienne au sentiment de Cyprien, qui con- voqua un nouveau concile, où les évóques de Numidie et d'Afrique se trouvèrent : ce second concile confirma la décision du pre- mier concile de Carthage sur la nullité du baptême des hérétiques. Le concile informa
le pape Etienne de ce qu'il avait jugé ; mais
le souverain pontife condamna le jogement des Péres de Carthage.
La lettre de saint Etienne est perdue; mais on voit, par celle de saint Cyprien, que ce pape insistait beaucoup sur la tradition et sur la pratique universelle de l'Eglise, dans laquelle il ne faut rien innover.
Saint Cyprien, pour se soutenir contre l'autorité du siége de Rome, convoqua un troisiéme concile, cómposé de quatre-vingt- sept évêques africains, numides et maures : on y confirma le jugement des deux conciles précédents sur la nullité du baptéme des hérétiques. Saint Cyprien écrivit à Firmi- lien, sur la contestation qui s'élait élevée entre le pape et l'Eglise d'Afrique, et Firmi- lien approuva le sentiment de saint Cyprien.
On mit de part et d'autre beaucoup de vivacité et de chaleur dans cette dispute. Saint Etienne menaca d'excommunier les rebaptisants ; mais il n'y eut point d'excom- munication portée, du moins aucun de ceux qui l'ont prétendu n'ont jusqu'ici donné au- cune preuve convaincante de leur senti- ment; car il y a bien de la différence entre l'excommunication et le refus que le pape Etienno fit de communiquer avec les députés
9? REF
d'Afrique, ou une menacedeseséparer desaint Cyprien; et ce sont cependant les deux preuves qu'on apporte pour établir que saint Etienne excommunia saint Cyprien (1).
Le pape Etienne mourut, et Sixte, son successeur, ne poussa pas plus loin la con- testation de la validité du baptéme des hé- rétiques, qui fut décidée conformément au jugement du pape Etienne dans un concile plénier. Nous n'examinerons point si ce concile est le concile de Nicée ou celui d'Ar- les; cette question n'est d'aucune impor- tance, puisque par l'un et par l'autre con- cile il est certain que le baptéme des héréti- ques est valide.
Saint Cyprien n'appuyait son opinion que sur des paralogismes : il prétendait que l’hé- rétique n'ayant ni le Saint-Esprit, ni la grâce, il ne pouvait la donner ; mais il est certain que le baptéme ne tirant son effica- cité que de l'institntion de Jésus-Christ, la foi du ministre ne peut empécher l'effet du baptéme, pas plus que l'état de péché dans lequel il se trouverait en donnant lebaptéme.
Ce qu'il disait que personne ne pouvant se sauver hors de la vraie Eglise , il ne pou- vait y avoir de baptéme chez les hérétiques, est encore un paralogisme ; car, comme on ne sort de la vraie Eglise que par l'hérésie, c'est-à-dire par la révolte à l'autorité de la vraie Eglise, dans les sociétés chrétiennes il n'y a d'hérétiques que ceux qui participent à cet esprit de révolte ; ceux qui n'y parti- cipent pas appartiennent à la vraie Eglise : tels sont les enfants et les adultes qui sont dans une ignorance invincible de la révolte de la société dans laquelle ils vivent.
Enfin, le pape Etienne opposait à saint Cyprien une tradition universelle et immé- moriale, et saint Cyprien reconnait, dans sa lettre à Quintus, la vérité de cette tradition; il ne remonte pas lui-méme au delà d'Agrip- -pin, son prédécesseur.
Mais, dira-t-on, comment donc l'usage de rebaptiser les hérétiques s'était-il établi? Le
voiél :
Il s'était élevé dans l'Eglise des hérétiques qui avaient altéré la forme du baptéme, tels que les valentiniens, les basilidiens, etc. Le baptéme de ces hérétiques était nul, et on rebaptisait ceux qui se convertissaient lors- qu'ils avaient été baptisés par ces héréti- ques, ce qui n'est point du tout favorable au sentiment de saint Cyprien (2).
Les donatistes adoptérent ce sentiment, et saint Augustin l'a trés-bien réfuté dans son livre du baptôme.
RÉFORMATION — RÉFORME; c'est le nom que donnèrent à leur schisme toutes les sectes qui se séparérent de l'Eglise romaine dans le commencement du seizióme siècle.
L'histoire ecclésiastique ne fournit point d'événement plus intéressant : tout était
(1) Voyez Valois, le P. Alex. Schelstrate. Les protes- tants, aussi bien que les catholiques, se sont partagés sur ce , mais, ce me semble, par quelque raison de parti plutôt que par des raisons tirées de l'histoire méme.
(2) Voyez, dans saint Iténée, 1. 1, c. 18, les différentes formules de ces hérétiques; les uns baptisaient au nom du Père de toutes choses, qui était inconnu; de la vérité, qui
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tranquille dans l’Europe ; toutes les Eglises étaient unies par la même foi, par les mêmes sacrements, toutes étaient soumises au sou- verain pontife et le regardaient comme le chef de l'Eglise.
Léon X, qui occupait alors le siége de Rome, envoya des indulgences en Allemagne, en Suisse ; un intérét sordide en abuse ; Lu- ther s'éléve contre cet abus et attaque en- suite les indulgences mémes, le pape et l'Eglise; la moitié de l'Allemagne s'arme
our Luther et se sépare de l'Eglise romaine; e Danemarck, la Suéde, une partie de la Hongrie et de la Pologne sont entrainés dans le schisme. Voyez l'article LurRER.
Dans le méme temps, Zuingle, curé en Suisse, préche contre les indulgences, at- taque presque tous les dogmes de l'Eglise romaine, abolit toutes les cérémonies et dé- tache de l'Eglise catholique la plus grande partie de la Suisse. Voyez l'art. ZuiNGLE.
Luther et Zuingle appellent réforme le changement qu'ils font dans les dogmes et dans le culte, et prennent la qualité de ré- formateurs. Ils inspirent leur fanatisme et forment des disciples qui vont porter leurs erreurs dans toute l'Europe; ils les en- seignent en Angleterre , et l'Eglise anglicane en adopte une partie ; ils troublent les Pays- Bas, occasionnent la formation de la répu- blique des Provinces-Unies, et font de la re- ligion de Calvin la religion dominante de ces provinces ; ils pénètrent en France, se multiplient et y obtiennent des temples et l'exercice libre de leur religion pendant plus d'un siècle. Voyez les articles ANGLICANE (Eglise), Hozcanpe, CALVINISTES.
Du sein de la réforme de Luther, de Zuin- gle et de Calvin, naquirent mille sectes dif- érentes, aussi opposées entre elles qu'elles étaient ennemies de l'Eglise romaine : tels furent les anabaptistes, qui se divisérent en treize ou quatorze sectes (voyez l'article ÀNa- BAPTISTES) les sacramentaires, qui se divi- sent en neuf différentes branches; les con- fessionistes, parlagés en vingt-quatre sectes ; les extravagants, qui avaient des sentiments opposés à la confession d'Augsbourg, el qui se divisérent en six sectes (toyez l'article LurHER et LUTHÉRIENS) ; les calvinistes, qui se divisérent én gomaristes et en arminiens, en supra-lapsaires ct en infra-lapsaires, en puritains et en anglicans (voyez ces articles). Enfin Servet, Okin, les sociniens, les nou- veaux ariens.
L'histoire de toutes ces sectes est, à pro- prement parler, l’histoire de la réforme et presque l’histoire de l'esprit humain pendant ces siécles.
Nous avons exposé dans chacun de ces articles leurs principes, et nous les avons réfutés ; nous avons réservé pour cet article l'examen de leurs principes communs. | était la mère de toutes choses; de Jésus, descendu pour racheter les vertus; d'autres se servaient de noms bizar- res et propres à étonner l'imagination; ils baptisaient au nom de Basyma, de Cacabasse, de Diarba1a, etc. Les Mar-
cionites baptisaient au nom du Juste, du Bon et du Mé- chant.
$7 DICTIONNAIRE DES lIERESIES. 95
Tontes les sociétés chrétiennes qui ont pris le titre d'Eglises réformées se sont sépa- yées de l'Eglise romaine. Le fondement de cette séparation est : 1* que l'Eglise romaine était tombée dans des erreurs qui ne per- meltaient pas de rester dans sa communion; $* que l'Ecriture était la seule règle de notre foi ; 3° que tout fidèle était juge du sens de l'Ecriture, et avait droit de juger de ce qui appartient à la foi, de se séparer de la so- eiété qui est tombée dans l'erreur et de s'at- tacher à une autre, ou d'en former une nouvelle dans laquelle il rétablisse la foi et le culte dans sa pureté.
Nous allons faire voir, 1° que les erreurs de les prétendus réformés reprochent à l'Eglise romaine n'ont pu autoriser leur séparation; 2* que l'Ecriture n'est pas la seule régle de la foi ; 3* que ce n'est point aux simples fidéles, mais aux évéques, suc- €esseuürs des apôtres, qu'il appartient de juger des controverses de la religion.
5 1. — Les erreurs que les prétendus réfor- més reprochent à l'Eglise romaine n'ont pu autoriser leur séparation.
Les réformés prétendent justifier leur schisme par ce raisonnement. *
On ne peut demeurer uni à une secte qui oblige à faire profession de diverses erreurs fondamentales, et à pratiquer un culte sa- crilége et idolátre comme l'adoration de l'hostie, etc.
Or l'Eglise romaine oblige à faire pro- fession de diverses erreurs fondamentales, Yi à pratiquer un culte saérilége et ido-
tre.
On ne peut done pas demeurer dans sa communion, et tous ceux qui sont persuadés de la fausseté de ses dogmes et de l'impiété de son culte sont obligés de s'en séparer.
Nous avons fait voir que l'Eglise romaine n'est tombée dans aucane erreur. Voyex les différents articles LurHER, CaLvin, Zuin- GLE, etc., et les protestants les plus éclairés ont été forcés de reconnaître qu'elle n'ensci- gnait aucune erreur fondamentale (1).
Nous allons présentement examiner le so- phisme des protestants, indépendamment de cette discussion.
Il y a une séparation simple et négative, qui consiste plutót dans la négation de cet- tains actes de communion que dahs des at- lions positives contre la société dont on 8e sépare.
I! ÿ a une autre séparation qu'on peut appeler positive, qui enferme l'érection d'une sociétó séparée, l'établissement d'un nouveau ministère, et la condamnation po- sitivo de la première société à laquelle on était uti.
Les prétendus réformés ne se sont pàs contentós de la première séparation, qui consiste à ne point communiquer avec l'E- glise romaine dans les choses qu'ils préten-
aient être mauvaises et défendues par la
(4) Tillotson, Serm., t. III, serm., 11, p. 71. Chiling- yo, dans l'ouvrage inlitulé : La religion protestante esp
loi de Dieu ; ils ont formé une nóuvelle so- ciété, une nouvelle Eglise; ils ont établi de nouveaux pasteurs, ils ont usurpé le mini- stère ecclésiastique, ils ont prononcé ana- thème contre l'Eglise romaine, ils ont dé- gradé et chassé ses pasteurs.
La séparation des protestants est donc un schisme inexcusable ; car l'usurpation du ministère est criminelle par elle-même et ne peut être justifiée par la prétendue idolátrie de la société dont on se sépare.
Celui qui dirait, par exemple, qu'il est
ermts de calomnier toute société qui óblige
l'hérésie et à un culte idolátre; qu'il est permis d'en tuer les pasteurs en trahison et d'employer pour les exterminer toutes sortes de moyens, avancerait sans doute une pro- position impie et hérétique , parce que lee crimes des autres ne donnent jamais droit d'en commettre soi-même, et qu'ainsi, en- core qu'une Eglise fût hérétique, il ne seralt pas plus permis de la calommier et d'em- ployer la trahison pour en faire mourir leg pasteurs.
Ainsi, quand méme l'Eglise romaine serait hérétique et idolátre, ce qui est une suppo- sition impossible, les réformés n'auraient pas eu droit d'établir un nouveau ministére ni d'usurper celui qui était établi, parce que ces actions sont défendues par elles-mêmes, l'usutpation de la puissance pastorale sans mission étant toujours criminelle et ne pou- vant être excusée par aucune circonstance étrangére.
Car c'est une usurpation criminelle que de s'attribaer un don de Dieu que l'on ne peut recevoir que de lui seul: telle est la puissance pastorale, à moins qu'on ne soit assuré de l'avoir reçue et qu'on he paisse le prouver aux autres.
Or, Dieu n’a point révélé que, dans le temps de la nouvelle loi, aprés le premier éta- blissement de l'Eglise, il eommoniquerait encore en quelques cas extraordinaires sa puissance pastorale par une autre voie que par la succession.
Par conséquent, personne ne peut s'assu- rer de l'avoir recue hors de cette suocession légitime; tous ceux qui se la sont attribuée sont noloirement usurpateurs (2).
Pour se convaincre pleinement de cette vérité, il ne faut que se rappeler l'état dans lequel ont été les réformós, selon les hypo- théses mémes des ministres ; car on ne peut se les représenter autrement que comme des hérétiques convertis. Ils avaient été adora- teurs de l'hostie, ils avaient invoqué les saints et révéré leurs reliques ; ils avaient ensuite cessé de pratiquer ce culte, ils étaient donc devenus orthodoxes, selon eux, par
ns à
changement de sentiment, et c'est ce qu ou - l
appelle des hérétiques convertis.
Tout hérétique perd, par l'hérésie dont il fait profession, le droit d'exercer légilime- ment les fonctions des ordres qu'il a recus, quoiqu'il conserve le droit d'exercer valide-
une voie sûre. (3) Préjugés légitimes, p. 154, eto
29 REF
ment ces ardres ; il fant, pour recouvrer l'exercice légitime de son aulorité, se récon- cilier à l'Eglise. .
Mais à quelle Eglise les prétendus réfor- més se sont-ils réconciliés? Ils ont tenu une condaite bien différente, ils ont commencé Par assembler des Eglises sans autorité, sang
épendance de personne, sang se meltre en eine s'il y avait ou s’il n'y avait pas une lise véritable à laquelle ils fussent obligés de s'unir (b).
Les réformateurs n'ont dono pu avoir qu'une mission extraordinaire, et c'est la prétention de Bèze, do Calvin, etc.
Mais une vocation extraordinaire a besoin d'étre prouvée par des miracles, et les réfor- mateurs n'en ont point fait ; tous les catho - liques qui ont traité les controverses ont mis ces points dans le plus grand jour a.
Les prétendus réformés ont donc érigé une Eglise sans autorité, et par conséquent ils sont schismatiques , puisqu'ils se sont s6-
rés de la socióté qui était en possession du ministère, et de laquelle ils n'ont point reca de mission.
V I1. — La tradition est, auisi bien que l'Ecri- ture, la règle de notre foi.
Les théologiess appellent tradition üne doctrine transmise de vive voix ou consi- güée dans les écrits de ceux qui étaient char- gós de la transmettre.
. Jésus-Christ a enseigné sa doclrine de vive voix, et c'est ainsi que les apôtres l'ont
ubliée. Jésus-Christ ne leur ordonna point
écrire ce qu'il leur enseignait, mais d'aller Ie práctrer aux fations et de l'enseigner. Ce ne fet que longtemps après l'établissement &h christiatisme et pour des circonstances particulières que les apôtres écrivirent ; tous h'écrivirent ‘pas, et ceux qui ont écrit n'ont pas écrit à toutes les Eglises.
Les écrits des apôtres aux Eglises parli- cülières ne contiennent pas tout ce qu'ils auraient pu écrire, ni tout ce que Jésus- Christ leur avait enseigné ou que lé Saint- Esprit leur aväif inspiré. On ne peut donc douter que beaucoup d'Eglises particulières n'aient dé pendant plusieurs années sans au- cun écrit des apôtres et sans Ecriture sainte; i] y avait donc, dés l'institution du christia- nisme, un corps auquel Jésus-Christ avait confié le dépót de sa doctrine , et qu'il avait chargé de l'enseigner.
Ce corps l'avait regue et la transmettait par la voie de la tradition; c'était en vertu de l'institution méire dé Jésus-Christ que ce corps était chargé d'enseigner là doctrine qu'il avait régüe. MEME . Ce corps a-t-il perdu Ie droit d'énseigher, depuis que les évangélistes et les apólres ont écrit? Jésus-Christ a-t-il marqué cette époque pour la fin du ministère apostolique? Les
essions de foi des synodes de Gap, de Fee MI . de Vaitenbourg, dans leur traité Ho la
mission des proteslants. @} Prétendas réformés convaincos do schisme, |. us,
c. 9. jj] FE Them n
REF 2
successeurs des apôtres ont-ils oublié Ia doce trine qu'on leur avait confióc?
Mais s'il n'y a plus de corps chargé du dépót de la doctrine, par quelle voie savons» nous donc qu'il n'y a que quatre Evangiles, que l'Rvangile contient la doctrine de Jésus- Christ? Comment a-t-on distingué les vrais Évangiles de cette foule de faux Evangiles, composés par les hérétiques des premiers siècles? Comment aurait-on pu connaître les altérations faites à l'Ecriture, s'il n'y eût pas eu un corps subsistant et enseignant , qui avait reçu et qui conservait par tradition ee que Jésus-Christ et les apôtres avatent eusei« gné? Saint Paul ordonne aux Thessalonicienà de demeurer fermes et de conserver les tra- ditions qu'ils ont apprises, soit par ses pa- roles , soit par ses écrits (3).
_Ce même apôtre ordonne à Timothée d’6- viter les nouveautés profanes des paroles et toute doctrine qui porte faussement le nom de science; il veut qu'il se propose pour modèle les saintes instructions qu'il a enten- dues de sa bouche touchant la foi. Les Co- rinthiens ont mérité d’être Joués, parce qu'ils conservaient les traditions et les règles qu'ils avaient reçues de lui (&).
Saint Paul regarde donc comme un dépôt sacré et comme une règle la doctrine qu'il a enseignée à Timothée et aux Corinthierts. Or, il n’a pas enseigné à Timothée seulement par écrit, mais encore de vive voix ; il y a donc une tradition ou üne doctrine qui se transmet de vive voix et que l’on doit con- server comme la doctrine contenue dans l'Ecriture sainte.
Ge fût par le moyen de la tradition que l'Eglise confondit les hérétiques des pres miers siècles, les valentiniens , les guos- tiques , les marcionites, etc. (5).
Tous tes conciles ont combattu les erreurs
ar la tradition. Ces faits sont hors de doute; ils peuvent être ignorés , mais ils ne peuvent être contestés par ceux qui ont quelque con- naissance de l’histoire ecclésiastique.
Par ce que uous venons de dire, il est clair que Daiilé n’a combattu la doctrine de l'Eglise catholique sur la tradition qu'en partant d'un faux état de question , puisqu'il suppose que l'on ne connait la tradition que par les ouvrages des Péres (6).
… Il en faut penser autant de tout ce que les protestants ont dit pour prouver que la tra- dition est obscare et incertaine. La träditien, prise comme l'instruction du corps visible chargé du dépót de la foi, ne peut jamais être incertaine ; son incertitude entralnerait celle du christianisme. $ 1I. — 1l n'appartient qu'aux premiers pas- teurs, successeurs des apôtres, de juger des controverses de la foi, et non pas aud simples fidèles.
Jésus-Christ a confié à ses apótrés la pré-
(4) I Cor., x1, 2.
5) Iren. adversus
6) River, Tractatas de PP. auctoritate; Geneve, 4660. Traité de l'emploi des Pères pour le jogement des dMié- rends en la religion, par Jean Daillé; Genève, 1753.
4 1 Ht, C. 93. .
st DICTIONNAIRE BES HERESIES, 52
dication de sa doctrine; il leur a promis d'être avec eux jusqu'à la consommation
gnez les nations; celui qui vous écoute, m'écoute.
Il est clair que ces promesses regardent non seulement les apótres, mais encore leurs successeurs, qui sont établis dépositaires de la doctrine de Jésus-Christ , et chargés de
l'enseigner jusqu'à la consommation des
siècles. C'est ainsi que toute l'Eglise a en- tendu les promesses faites aux apótres, et les protestants ont été forcés de reconnaltre dans celte promesse la perpétuité et l'indé- fectibilité de l'Eglise (1).
Par l'établissement méme de l'Eglise et par la nature du ministère que Jésus-Christ confia aux apôtres et à leurs successeurs, il est clair qu'ils sont seuls juges de la doc- trine. Le ministère de l'instruction n'est point différent du ministère qui prononce sur les différends de religion : comment au- raient-ils l'autorité suffisante pour enseigner la doctrine de Jésus-Christ jusqu'à la con- sommation des siècles , s'ils n'avaient pas l'autorité de juger et s'ils pouvaient se trom- per dans leurs jugements? Les confessions que nous avons citées dans une note sup- posent ce que nous avancons ici.
La doctrine de l'Eglise romaine sur l'in- faillibilité des jugements des premiers pas- teurs est la doctrine de toute l'antiquité : l'histoire ecclésiastique entière sert de preuve à cette vérité, que les protestants ont reconnue dans presque toutes les con- fessions que nous avons citées.
Ce n'est donc point au simple fidèle à juger des controverses de la foi.
Si le simple fidéle jugeait des contro- verses de la foi, ce ne pourrait étre que par la voie de l'inspiration ou par la voie d'examen.
Le premier moyen a été abandonné par les protestants , et n'a pas besoin d’être ré- futé : c'est ce principe qui a produit les ana- baptistes, les quakers, les prophétes des Cévennes, etc.
: La voie de l'examen , quoique moins cho- quante, n'est pas plus süre.
: .Les sociétés chrétiennes séparées de l'E- glise romaine prétendent que l'Ecriture con- tient tout ce qu'il faut croire pour étre sauvé, et qu'elle est claire sur tous ces su- jets; d'oà ils concluent qu'elle suffit pour conserver le dépót de la foi.
Mais, premièrement , je demande à qui il
appartient de déterminer quels articles il est.
nécessaire de croire pour étre sauvé, et si ce n’est pas à ceux que Jésus-Christ a chargés d'annoncer sa doctrine, à qui il a dit : Qui vous écoute, m'éeoute?
Je demande, en second lieu, si , lorsqu'il s'élàve quelque contestation sur le sens de
(1) Confessio augustana, art. 5, 7, 8, 31. Confessio saxo- De Ecclesia. Synta confessionum fidei, qus» in diversis reynis et nationibus (uerunt edite ; Genève, 1654, In-4*, p. 68, 69, 70. Confessio Virtemberg., De ordine; ibid., p. 119. De Ecclesia, p. 152. Coufessio bohemica, art, 8; ibid., p. 187; art. 9, p. 188, 189; art. 14, p. 196. Con-
l'Ecriture, le jugement de cette contestation
n , n'appartient pas essentiellement au corps des siècles ; c'est à eux qu'il a dit : Ensei- '
que Jésus-Christ a chargé d'enseigner, et avec lequel il a promis d'étre jusqu'à la consommation des siécles ?
Juger du sens de l'Ecriture, c'est déter- miner quelles idées Jésus-Christ a attachées aux paroles qui expriment sà doctrine. Ceux auxquels il a ordonné d'enseigner et avec lesquels i! a promis d'étre peuvent seuls dé- terminer infailliblement quelles idées il at- tachait à ces mots; eux seuls sont donc juges infaillibles du sens de l'Ecriture.
Ainsi, sans examiner si lEcriture est claire dans les choses nécessaires au salut, je dis que, par la nature méme de l'Eglise et par l'institution de Jésus-Christ , les pre- miers pasteurs sont juges du sens de l'Ecri- ture et des controverses qui s'élévent sur ce sens.
Troisiómement, sans disputer sur la clarté de l'Ecriture et sans examiner si elle contient tout ce qu'il faut croire pour étre sauvé, je dis que, lorsque le corps des pasteurs d clare qu'un dogme appartient à la foi , on doit le croire avec la même certitude avec laquelle on croit que le Nouveau Testament contient la doctrine de Jésus-Christ. Tout ce qu'on dirait pour attaquer le jugement de ce corps, par rapport au dogme , attaquerait également la vérité et l'authenticité de l'E- criture, que nous connaissons par le moyen de ce corps, comme nous l'avons fait voir ci- dessus, $ II.
Quatriémement, la voie de l'examen, que l'on veut substituer à l'autorité de l'Eglise, est dangereuse pour les hommes les plus éclai- rés, impraticable pour les simples; elle ne peut donc étre la voie que Dieu a choisie pour garantir les chrétiens de l'erreur; car
ésus-Christ est venu pour tous les hommes; il veut que tous connaissent la vérité et qu'ils soient sauvés.
Cinquièmement, attribuer aux simples fi- déles le droit de juger des controverses qui s'élévent sur la foi, c'est ouvrir la porte à toutes les erreurs, détruire l'unité de "Eglise et ruiner toute la discipline.
Pour s'en convaincre, qu'on jette un coup d'eil sur la réforme à sa naissance; on y voit une infinité de sectes qui se déchirent et qui enseignent les dogmes les plus absurdes ; on voit les chefs de la réforme gémir de la licence de leurs prosélyles : écoutons leurs plaintes.
Capiton, ministre de Strasbourg, écrivait confidemment à Farel qu'ils ont beaucoup nui aux âmes par la précipitation avec la-
' quelle on s'était séparé du pape. « La multi
tude, dit-il, a secoué entiérement le joug...
ils ont bien la hardiesse de vous dire : Je suis assez instruit de l'Evangile, je sais lire par moi-méme, je n'ai pas besoin de vous (2).»
fessio argentinensis, c. 15. De officio et dignit. ministr., p. 188. Confess. Helvet., c. 17, p. 31, 55. Confess. gallic., p. 5, art. 24. Confess. anglicana, p. 90. .
a) Cap., ep. ad Farel, inter rj Calvin., p. 4, édit, de Genève. Préjugés légitimes, p. 67.
53 : REF
« Nos gens, dit Béze, sont emportés par {out vent de doctrine, tantôt d'un côté, tantôt d'un autre : peut-être qu'on pourrait savoir quelle créance ils ont aujourd'hui sur la re- ligion ; mais on ne saurait s'assurer de celle qu'ils auront demain. En quel point de la religion ces Eglises qui ont déclaré la guerre au pape sont-elles d'accord ensemble? Si vous prenez la peine de parcourir fous les articles depuis le premier jusqu'au dernier, vous n'en trouverez aucun qui ne soit re- connu par quelques-uns comme de foi et rejeté par les autres comme impie (1). »
8$ IV. — Réponses aux difficultés que l'on fait en faveur de la voie d'examen.
« Ou les catholiques romains, disent les protestants, supposent que l'Eglise dans la- quelle ils sont nés est infaillible, et le sup- posent sans examen; ou ils ont examiné avec soin les fondements de l'autorité qu'ils attribuent à l'Eglisc.
« On ne peut pas dire qu'ils aient attribué à l'Eglise une autorité infaillible, telle qu'ils la lai attribuent, sans savoir pourquoi : au- trement, il faudrait approuver l'attachement du mahométan à l'Alcoran.
« Il faut donc examiner : or, cet examen est aussi embarrassant que la méthode des protestants ; si l'on en doute, il ne faut que voir ce qui est nécessaire pour cet examen; il faut remarquer que ceux qui font cet examen doivent étre considérés comme dé- gagés de toutes les sociétés chréliennes et exempts de toutes sortes de préjugés; car il ne leur faut supposer que les lumiéres du bon sens. |
«La première chose qu'ils doivent exa- miner dans cette proposition, /'Eglise est infaillible , qu'on prétend qu'ils reçoivent comme véritable, c'est qu'ils doivent savoir ce que c'est que celte Eglise en laquelle on dit que réside l'infaillibilité : si l'on entend par là tous les chrétiens qui forment les dif- férents corps des Eglises chrétiennes, en sorte que, lorsque ces chrétiens disent d'un commun accord qu'une chose est véritable, on se doive rendre à leur autorité; s'il suffit que le plus grand nombre déclare un senti- ment véritable pour l'embrasser, et si cela est, si un petit nombre de suffrages de plus ou de moins suffit pour autoriser ou pour déclarer fausse une opinion; s'il ne faut con- sulter que les sentiments d'aujourd'hui, ou depuis les apôtres, pour connaître la vérité de ce sentiment : qui sont ceux en qui ré- side l'infaillibilité; si un pelit nombre d'é- véques assemblés et do la part des autres sont infaillibles.
« En second lieu, il faut savoir en quoi consiste proprement cette infaillibilité de l'Eglise : est-ce en ce qu'elle est toujours inspirée ou en ce qu'elle ne nous dit que des choses sur-lesquelles elle ne peut se trom- per? 1l faudra encore savoir si cette infail- ibilité s'étend à tout.
« En troisième lieu, il faut savoir d’où
B Rèze, ep. prima. Préjugés légit., p. 70.
REF s
cette Eglise chrétienne tire son infaillibilité. On n'en peut pas croire les docteurs qui l'as-
- surent, sans en donner d'autres preuves que
la doctrine commune, parce qu'il s'agit de savoir si cette doctrine est vraie : c'est ce qui est en question. On ne peut pas dire non plus qu'il faut joindre l'Ecriture à l'Eglise, toutes les difficultés que l'on vient de faire n'en subsistent pas moins; il faudrait com- parer la créance de cette Eglise de siécle en siécle avec ce que dit l'Ecriture, et voir si ces deux principes s'accordent; car on ne peut croire ici personne (2). »
Je réponds que ce n'est ni par voie d'exa- men, ni sans raison, que le catholique croit L'Eglise infaillible, mais par voie d'instruc- .
ion.
Le simple fidéle a connu par le moyen de l'instruction la divinité du christianisme; il a appris que Jésus-Christ a confié à ses apó- tres el à leurs successeurs la prédication de sa doctrine; il sait par la voie de l'instruction que Jésus-Christ a promis à ses apôtres et à leurs successeurs d'étre aves eux jusqu'à la consommation des siécles ; il sait par con- séquent que les successeurs des apôtres en- seigneront jusqu'à la consommation des siè- cles la vérité, et que ce qu'ils enseigneront comme appartenant à la foi appartient en effet à la foi.
Pour étre sür qu'il doit penser ainsi sur des dogmes définis par l'Eglise, Ie simple fi- déle n'a pas besoin d'entrer dans la discus- sion de toutes les questions que propose le Clerc.
La solution de toutes ces questions est renfermée dans l'instruction que reçoit le simple fidéle : cette instruction est donc équivalente à la voie d'examen, puisqu'elle met le simple fidèle en état de répondre aux diflicultés par lesquelles on prétend rendre sa croyance douteuse.
Ce n'est point sur la parole des premiers
pasteurs que le simple fidèle se soumet à eur autorité, c'est sur les raisons qu'ils donnent de leur doctrine, sur des preuves de fait dont tout fidèle peut s'assurer, sur des faits à la portée de tout le monde, attestés par tous les monuments et aussi certains , que les premiers principes de la raison; en un mot, sur les mêmes preuves qu'on em- ployait pour convaincre l'hérétique et l'in- fidéle, l'ignorant et le savant; sur des faits dont l'homme qui n'est ni stupide ni insensé peut s'assurer comme le philosophe, et sur lesquels on peut avoir une certitude qui ex- clut toute crainte d'erreur; et, pour mettre la Clerc sans réplique sur ce point, je n'ai besoin que de son traité sur l'incrédulité.
Ainsi, l'Eglise ne conduit point les fidéles par le moyen d'une obéissance aveugle et d'instinct, mais par la voie de l'instruction et dela lumiére; c'est par cette voie qu'elle conduit le fidéle jusqu'à l'autorité infaillible de l'Eglise. Le fidéle élevé à cette vérité n'a plus besoin d'examiner et de discuter; il croit, sans crainte de se tromper, tout ce que
) Défense des seutiments des théoloziens de Hollande, page A.
55 DICTIONNAIRE DES IIERESIES. 36
Jui propose un Corps de pasteurs chargés par Jésus-Christ même d'enseigner, dont la mis- sign et l'autorité est attestée par des faits hors de toute difficulté.
L'Eglise catholique fournit donc aux sim- ples Gdèles un moyen facile, sûr, infaillible,
our ne tomber dans aucune erreur contraire
la foi ou à la pureté du culte. Peut-on dire Ja même chose de la voie d'examen?
Les protestants ont proposé sous mille faces différentes les difficultés que nous ve- nons d'examiner : les principes généraux que nous venons d'établir peuvent résoudre toutes ces difficultés, au moins celles qui méritent quelque attenlion. Nous avons d'excellents ouvrages de controverse qui sont entrés dans ces détails : tels sont l'His- toire des Variations, l. xv; la Conférence de Bossuet avec Claude; les Préjugés légi- times, c. 15, 15, 16, 17, 18; les Prétendus réformés convaincus de schisme, ]. 1; Ré- flexions sur les différends de religion, par Pélisson; les Chimères de Jurieu, par le méme, et scs Réponses à Leibuilz; les deux Voies opposées en matiére de religion, par M. Papin (1).
REJOUIS, secte d'anabaptistes qui riaicnt toujours. Voyez les différentes sectes des ANABAPTISTES.
* RELAPS, hérétique qui retombe dans une erreur qu'il avait abjurée. L'Eglise ac- corde plus difficilement l'absolulion aux hé- rétiques relaps, qu'à ceux qui ne sont tombés qu'une fois dans l'hérésic; elle exige des premiers de plus longues et de plus fortes épreuves que des seconds, parce qu'elle craint avec raison de profaner les sacre- ments en les leur accordant. Dans les pays d'inquisitiou les hérétiques relaps étaient condamnés au feu ; et dans les premiers siècles, les idolâtres relaps étaient exclus
(1) La ré‘orme arrive à sa fin; sa vie est épuisée. Son principe survit, car c'est le principe éternellement sub- sistant de révolte contre l'autorité; mais il s'est déplacé. ll a passé du temple aux académies, des académies aux slubs politiques, et de là aux places publiques. Avec co principe on avait tenté de faire des Eglises; on n'a jas Même fait de sectes ; on a tout au j:lus fait des opinions.
L'autorité des Etats réformés voit cette fin irrémédiable da protestantisme; et elle la voit saus doute entourée d'images sinistres, comme si ce débits de christianisme venant à manquer aux peuples, il ne devait plus rester de irace de morale humaine, et que le catholicisme fût non- aveou dans les conditions de l'ordre politique sur la terre.
Que font donc les Etats oppressés de crainte devant cet avenir? Ils veulent refaire une apparence de lieu social. Ils rajastent les parties d'un éditlce brisé. Et comme la réiorme a rempli sa destinée par un principe de liberté, ils veulent lui faire une destinée meilleure par un princi. e contraire. C'est-à-dire, les Etats appellent la force, comme loi de renouvellement de la réforme. Peu leur importe d'exterminer le principe de la réforme par cela méme. Ils ne font que remettre en exercice le dro:t primitif des ré- (or mateurs, qui proclamaient le droit d'interprétatiou et de croyance, et brülaient quiconque prenait au sérieux pour son compte celte liberté.
Kt comment le protestantisme politique redeviendrait-il quelqne chose saus ces procédés violents? Les Etats s'eífa roucheut de l'éparpillement des opinions humaines ; ils ont raison : la barbarie est au terme de cette anarchie. A ce grand désordre, ils ne sauraient opposer l'unité de la foi ; i's Jui opposent l'unité de Ia force. Cc remède est extrême, et s'il n'est pas logique, il est nécessaire; nous ne disons pas qu'il soit efficace.
Le remède efficace et logique à la fois, ce serait celui que proclams le puséysme d'Oxfort; l'abandou public du
pour toujours de la société chrétienne.
* REMONTRANTS, surnom donné aux hé- rétiques arminiens, à cause des remontrances qu'ils firent. en 1610, contre le synode de Dordrecht. Voyez AnMuiNIENS.
* RENÉGATS. On donne ce nom à ceux qui ont renoncé à la foi de Jésus-Christ pour embrasser une fausse religion.
* RETHORIUS. Philastre rapporte que Rethorius enseignait que les hommes ne se trompaient jamais et qu'ils avaient tous rai- son; qu'aucun d'eux ne serait condamné pour ses sentiments, parce qu'ils avaient tous pensé ce qu'ils devaient penser (2). Ce système ressemblerait beaucoup à celui des libertins, des latitudinaires, des indépen- dants, etc., qui ont dogmatisé dans ces der- niers temps, el il nous paraît que tous ces sectaires n'ont guère mérité le nom de chrétien.
* RICHER (Edmond) vit le jour à Chource, dans le diocése de Langres, en 1560.
Nous ne dirons rien ici de sa vie, qui fat longtemps assez orageuse, ni de la plupart de ses écrits. Le plus fameux de tous, parce
. qu'il fit beaucoup de bruit dans le temps et
qu'il a causé de grands maux, surtout en France, où il a servi de base à la malheu- reuse révolution dont ce beau royaume res- sent encore les pernicieux effets, est le petit traité qu'il intitula: De la puissante ecelésias- tique et politique- On dit que Richer le com- posá pour l'instruction particulière d'un pre- micr président du parlement de París, qui le lui avait demandé, et pour s'opposer à üne thèse où l'on soutenait l'infaillibilité du pape el sa supériorité au-dessus du con- cile général. Richer prétendait donner dans ce traité les maximes que suivait l'Eglise de France ; mais il s’en faut bien qu'il s'en tint à. Nous avons rapporté plus haut (3) les
principe par lequel la réforme est arrivée à ses dernières conséquences de division et d'épuisement. Car le docteur Pusoy sent aussi que l'humanité s'affaisse par le défaut d'unité morale. Mais, soigneux de la dignité de l'intelli-
ence, il ne lui jmpose pas des lois de fer. 1] n'appelle pas a son aide 1 s liturgies royales; il ne soumet pas l'unité à des symboles ficiifs, rédigés par un archevêque politique. ]l vend à la croyance sa liberté, et à la réunion des fidèles leur constitution naturelle, indépendante de la hiérarchie séculiére, laquelle ne saurait pénétrer dans la conscience sans l'onjresser ct la dégrader.
Dans le puséysme tout se concilie, le besoin d'ordre et d'unité, force secrète qui survit jusque dans les derniers éparpillements de l'anarchie, et le sentiment de la liberté, témoignage intime de Ja grandeur de l'homme, jusque dans ses abaissements extrêmes. Le bust sme réalíse l'unité par la doctrine, lorsque les Rtats la réslisent par la force; si le puséysme est protestant encore, du moins il est logicien; car il publie la raison qu'il a de ne l'être plus, I! ne lui manque que d'être conséquent, et déjà plusieurs des docteurs les plus célèbres de cette école sont rentrés dans le sein de l'Eglise catholique.
(8 Philastr. Aug., de Hæres., c. 72.
3) Quoique nous ayons donné en français ces principes foudamentaux, nous croyons devoir les rapporter ici dans la langue dont s'est servi l'auteur, et d'après Tournely ( Traité de Ordine, p. 7), pour la satisfaction de nos loe» teurs: Omnis communitas seu societas perfecta, etiam civilis, jus habet ut sibi leges imponat, se ipsam gubernet, quod quidem jus in prima sua origine ad ipsammet socie- tatem pertinet, et quidem modo magis proprio, singulari et immediato, quam ad alium quemlibet privatum : cutn ín ipso jure divino ac naturali fundamentum habeat, adversus uod nec annorum tractu, nec locorum privilegiis, neq dignitate personaruin præscribi unquam potest,
7° . *
91 SAB
principes fondamentaux de son système et quelques-unes de ses propositions réprében- sibles. Nous avons prouvé aussi que le P. Quesnel a ressuscilé ce même système dans son livre des Réflexions morales, et nous ayons démontré que ce système est opposé à l'Ecriture sainte, à la tradition, aux défi- nitions de l'Eglise, elc.
Richer donna, en 16%, une déclaration de ses senlimenls, protestant qu'il n'avait point prétendu attaquer la puissance légitime du souveraio ponlife, ni s'écarter en rien de la foi catholique; mais le pape n'ayant point été satisfait de celte déclaration, Richer en donna une seconde et se rétracta méme. Des auteurs prétendent que ce dernier acte lui avait été extorqué, qu'il ne fut pas sincère, el qu'en méme temps que Richer l'accordait par l'ordre du ministre, il écrivait dans son teslament qu'il persistait dans les sentiments qu'il avait énoncés daus son traité. Quand tout cela serait vrai, il ne s’egsnivrait rien autre chose, si ce n'est que l'Eglise a eu dans la personne de ce docteur un ennemi opi- niátre comme tant d'autres.
Consultez, dans ce volume, les notes qui se trouvent au bas des col. 1218-1220. 11 faut lire aussi tout ce que nous avons dit du troisióme principe capilal de Quesnel, de- puis la col. 1292 jusqu'à la col. 1315 du méme volume.
ROSCELIN, clerc de Compiégno; enseignait la philosophie sur la fin du onziéme siécle (1092). Il avança que les trois personnes di- vines étaient trois choses comme trois an- ges, parce qu'autrement on pourrait dire que le Père et le Saint-Esprit se sont incar- nés; le Pére, le Fils et le Saint-Esprit no faisaieut cependant qu'un Dieu, parce qu'ils avaient le méme pouvoir et la même vo- Jonié; mais il croyait qu'on pourrait les ap- peler trois Dieux, si l'usage n'était pas con- trairg à celle manière de s'exprimer.
C'est l'erreur des trithéistes ; elle fut con- damnée dans un concile tenu à Compiègne, en 1092.
SAB 58
Roscelin abjura son erreur; mais peu de
temps après il dit qu'il n'avait abjuré son opinion que parce qu'il avait appréhendé d'être assommé par le peuple ignorant. * Saint Anselme le réfuta dans un traité in- titulé : De la Foi, de la Trinité et del'Incarna- tion. Toute la réfutation de saint Anselmo porte sur ce principe si simple et si vrai: c'est qu'il ne faut pas raisonner contre ce que la foi nous enseigne, contre ce que I'E- glisc croit, et que l'on ne doit pas rejeter @e que l'on ne peut pas comprendre ; mais qu'il faut avouer qu'il y a plusieurs choses qui sont au-dessus de notre intelligence (1).
* ROSKOLNIKS ou RasxorNiks. Ce sont les seuls seclaires de l'Eglise russe, dont ilg professent à peu prés les dogmes, les diffé- rences se réduisant à des objets extéricurs el de peu d'importance, à une discipline plus sévére et à certaines coutumes el cérémo- nies supersliticuses. Ainsi, ils proscrivent l'usage du tabac, qu'ils appellent l'Aerbe du diable. Ces sectaires, au nombre de 300,000, ont quelques couvents et un archimandrite particulier à Niwojalen, sur le Bug. Ils sont répandus dans la Valachie et la Moldavie, en Bessarabie et même à Constantinople.
RUNCAIRES, secte qui avait adopté les erreurs des palarins el qui soutenait quo l'on ne commetlail point de péché mortel par la partie inférieure du corps : sur ce prin- cipe, ils s'abandonnaienl à (outes sortes de déréglements (2).
RUPITANS , nom donné aux donatistes , parce que, pour répandre leur doctrine, ils traversaient les rochers qui s'expriment en latin par rupes.
RUSSIENS ou Russes. Voyez MoscoviTES.
RUSTAUX, nom donné à uve secte d'ana- baptisles, formée de gens rustiques et de bandits sortis de la campagne, qui, sous pré- texte de religion, excitaient la sédition dans les villes.
S
* SABBATAIRES ou SABBATHIENS. On a désigné sous ces noms différents sectaires : 1* Des juifs mal convertis, qui, dans le pre- mier siècle de l'Eglise, étaient opiniâtré- ment attachés à la célébration du sabbat et autres observances de Ja loi judaïque. 2° Une secte du quatrième siècle, formée par un certain Sabbathius, qui voulut introduire la même erreur parmi les novatiens, et qui sou-
tenait qu'on devait célébrer la pâque ayec ,
les juifs le quatorzióme de la lune de mars. Oa prétend que ces visionnaires avaient la manie de ne vouloir point se servir de leur main droite; ce qui leur fit donner ie nom de sinistres ou gauchers. 3° Une bran- che d'anabaptistes qui observent le sabbat
(1) Anselm., ]. u, ep. 35. Ivo Carnotensis, ep. #7. , ep. 21, ad episcop. Paris. D'Argontré, Coileet,
comme les juifs, et qui prétendent qu'il n'a été aboli par aucune loi dans le Nouveau Testament. Ils bláment la guerre, les lois politiques, les fonctions de juge et de magis- trat; ils disent qu'il ne faut adresser des prières qu'à Dieu le Père, et non au Fils, ni au Saint-Esprit.
SABELLIUS, embrassa l'erreur de Praxée et de Noet ; il ne mettait point d'autre diffé- rence entre les personnes de la Trinité que celle qui est entre les différentes opérations d'une méme chose. Lorsqu'il considérait Dieu comme faisant des décrets dans son conseil éternel et résolvant d'appeler ies hommes au salut, il le regardait comme Pére; lorsque ce méme Dieu descendait.sur
Jud. t. III, p. 1. Natal. Alex., sæc. xi el xiu, (2) Dup., xii? siècle, p. 490, T ..
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la terre dans le sein de la Vierge, qu'il souf- frait et mourait sur la croix, il l'appelait Fils ; enfin, lorsqu'il considérait Dieu comme déployant son efficace dans l'âme des pé- cheurs, il l'appelait Saint-Esprit (1).
Selon cette hypothése, il n'y avait aucune distinction entre les personnes divines : les titres de Pére, de Fils et de Saint-Esprit n'é- taient que des dénominations empruntées des actions différentes que Dieu avait pro- duites pour le salut des hommes.
Sabellius ne faisait que renouveler l'hé- résie de Praxée et de Noet, et s'appuyait sur les mêmes raisons : voyez leurs articles. Il forma un parti qui subsista quelque temps ; saint Epiphane dit que les sabelliens étaient répandus en assez grand nombre dans la Mésopotamie et autour de Rome. Le concile de Constantinople, en rejetant leur baptême, fait voir qu'ils avaient un corps de commu- nion en 381. Saint Augustin a cru que cette secte était tout à fait anéantie au commence- ment du cinquiéme siécle (2).
L'erreur de Sabellius a élé renouvelée par Photin dans le quatriéme siécle et par les antitrinitaires /3); nous traitons dans ce dernier article des principes du sabellia- nisme.
Denys d'Alexandrie combattit avec beau- coup de zèle et de succès l'erreur de Sabel- lius; mais on trouva que, pour mettre une différence plus sensible entre les personnes de la Trinité, il mettait de la différence en- tre la nature du Pére ct du Fils; car il vou- lait faire entendre la distinction du Père et du Fils par la distinction qui est entre la vi- gne et le vigneron, entre le vaisseau et le charpentier.
Aussitót que Denys d'Alexandrie fut in- formé des conséquences qu'on tirait de ses comparaisons, il s'expliqua sur la divinité de Jésus- Christ et déclara qu'il était de méme nature que son Père : il soutint qu'il n'avait jamais dit qu'il y eût eu un temps où Dieu n'était pas Pére : que le Fils avait recu l'être du Père; mais, comme il est impossible
u'il n'y ait pas une splendeur lorsqu'il M a
e la lumière, il est impossible que le Fils qui est la splendeur du Pére ne soit pas éter- nel ; enfin Denys d'Alexandrie se plaignit de ce que sesennemis n'avaient pas consulté un grand nombre de ses lettres où il s'était expliqué nettement, au lieu qu'ils ne s'é- taient attachés qu'à celles où il réfutait Sabellius et qu'ils avaient tronquées en di- vers endroits.
Nous n'examsnerons point ici si Denys d'Alexandrie avait donné lieu aux accusa- tions formées contre lui ; nous ferons seule- ment quelques remarques sur le bruit qui s'éleva à cette occasion.
1° Sabellius niait que le Père et le Fils fussent distingués, et les catholiques soute- naientcontre lui que le Père et le Fils étaient
(Q) Théodor., Hæret. Fab., L n, c. 9. Eusèb., l. vi, c. 7. Epiph., her, 62. (2) August., de Hær., c. 4. (5) C'est encore aujourd'hui la doctrine des snri nies. (UG f.)
DICTIONNAIRE DES IIERESIES.
40 des étres distingués : les catholiques, par la nature de la question, étaient donc portés à admetire entre les personnes divines la plus grande distinclion possible; puis donc que les comparaisons de Denys d'Alexandrie qui, prises à la lettre, supposent que Jésus-
Christ est d'une nature différente de celle du ' Père, ont été regardées comme des erreurs, :
parce qu’elles étaient contraires à la con-
substantialité du Verbe, il fallait que ce:
dogme fût non-seulement enseigné distincte - -
ment dans l'Eglise , mais encore qu'il füt re- gardé comme un dogme fondamental de la religion chrétienne.
2 Il est clair que les catholiques soute- naient que le Père, le Fils et le Saint-Esprit, n'étaient ni des noms différents donnés à la nature divine à cause des différents effets qu'elle produisait, ni trois substances, ni trois élres d'une nature différente. La croyance de l'Eglise sur la Trinité était donc alors telle qu'elle est aujourd'hui, et c'est dans Jurieu une ignorance grossiére d'ac- cuser l'Eglise catholique d'avoir varié sur ce dogme.
8° L'exemple de Denys d'Alexandrje fait voir qu'il ne faut pas juger qu'un Pére n'a pas cru la consubstantialité du Verbe, parce qu'on trouve dans ce Père des comparaisons qui, étant pressées et prises à la rigueur, conduisent à des conséquences opposées à ce dogme.
Sandius, qui veut trouver l'arianisme dans tous les Pères qui ont précédé le concile de Nicée, prétend que Denys d'Alexandrie n'a jamais fait l'apologie de sa doctrine contre Sabellius, ni donné les explications dans lesquelles il reconnaît la consubstantialité du Verbe, parce qu'Eusébe ni saint Jérôme n'en ont jamais parlé, et que Denys d'A- lexandrie était mort avant que Denis, auquel elle est adressée, fût élevé sur le siége do Rome (5).
Mais Saudius se trompe, 1° quand il s'ap- puie sur le silence d'Eusébe et de saint
. Jéróme; car l'un et l'autre parlent des quatre
livres que Denys a composés sur le sabellia- nisme, et quand ils n'en auraient pas parlé, l'abrégé que saint Athanase fait de ses ré- ponses suffit pour convaincre tout homme raisonnable qu'il y avait une epologie (5).
2» Il est certain que Denys était évêque de Rome lorsque Denys d'Alexandrie fit son apologie; lerreur de Sandius vient de ce qu'il a suivi Eusébe, qui donne onze ans à l'épiscopat de Xiste, prédécesseur de Denys, au lieu que Xiste n'a été que deux ans évéque de Rome, et que par conséquent Denys a monté sur le siége de Rome neuf ana plus tôt que ne le dit Eusébe.
D'ailleurs, Eusèbe lui-même assure que Denys d'Alexandrie dédia ses livres sur le sabellianisme à Denys, évéque de Rome (6)
* SACCOPHORES, c'est-à-dire porte-sacs,
1 (D Sandius, de Script. Eccles., p. 42. Neucleus, Hist., (5) Eusébe, Hist. Ecclés., l. vu, c. 26. Hieron. de Script, Eccles., c. 69, o. 83. Athau, de Synod., P. 918, .
e
(1) lbid. 3
M 841
branche de tatianistes qui s'habillaient d'un sac pour marquer mieux leur renoncement aux biens de ce monde. Et souvent sous cel habit, ils cachaient une conduite très-déré- glée. L'Eglise qui connaissait leur hypocri- sie, n'hésita jamais de condamner ce vain appareil de mortification, auquel le peuple ne se laisse prendre que trop aisément. (Codex Theod.,1. 1,9 et 11; Basil., ep. ad Amphilochum, can. #1.
"| *SACIENS, nom donné aux anthropo- morphites. Voyez ce mot.
SACRAMENTAIRES : c'est ainsi qu'on appela les calvinistes et les zuingliens qui niaient la présence réelle.
SAGAREL. Voyez SEGABEL.
, * SAINT-SIMONISME. Secte qui, aprés avoir fait quelque bruit, est morle dans ces deraières années, et dont le souvenir se lie à lbistoire des combats du christianisme au dix-neuviéme siécle.
Elle a emprunté son nom du comte Henri de Saint-Simon, qui se donnait comme l'a- nalogue de Socrate , mais qui, bien qu'il appelát une explication nouvelle de la doc- trine du Christ, dit Auguste Comte, n'avait point abjuré le christianisme. Plusieurs de ses disciples ont avoué que Saint-Simon, «comme industriel, s'était ruiné ; comme penseur, s'était épuisé à prendre toutes les formes , sans réussir jamais à frapper les esprits ; qu'enfin, comme moraliste, il s'était suicidé.» Sur le dernier point, il y aurait bien d'autres choses à dire : ceux qui l'ont connu savent en effet comment il a donné le pre- mier l'exemple de cette émancipation que ses disciples préchérent à la femme. Quoi qu'il en soit de sa conduite et de ses ouvra- ges, Saint-Simon n'exerca guère d'influence pendant sa vie, qu'il termina obscurément en 1825.
Quelques idées positives exposées dans ses écrits ou dans ses entretiens avec un petit nombre d'amis furent exploitées aprés sa mort, dans le Producteur.
Plusieurs de ces écrivains ne considéraient les questions que sous le point de vue ma- tériel ou industriel : Comte essaya de les régulariser en systéme. Les principes fon- damentaux de sa doctrine étaient que le genre humain avait passé d'abord par une ere de théologie et de poésie; alors c'était l'imagination qui régnait sur les hommes. Puis était venue une ère de philosophie ou d'abstraction pure : ce qui fut le règne de la pensée. De Comte, devait dater l'ére de la science des choses positives, le règne de la réalité. Quant aux idées religieuses, il sou- tenait que, salutaires à des époques déjà fort éloignées, elles ne pouvaient plus avoir, dans l'état viril actuel de la raison humaine, gu une influence rétrograde, et qu'ainsi il allait se hâker de les remplacer par des idées positives. Suivant lui, on ne pouvait obtenir une véritable rénovation des théo- ries sociales et, partant, des institutions
litiques, qu'en élevant ce qu'on appelle es sciences morales et politiques à la dignité de sciences physiques, et par l'application
DicriowmaiBg DES Híwm£sigs. Il.
8Al o
convenable de la méthode positive, fondée par Bacon, Descartes, etc.
La division ne tarda pas à se meltre parni les rédacteurs du Producteur. Ceux qui,dans la suite, formérent la famille saint -simo- nienne trouvaient que Comte et ses amis s’occupaient trop exclusivement de questions matérielles et positives; qu'ils laissaient un vide, qu'ils avaient oublié de regarder une des faces de la nature, la face la plas noble et la plus belle, celle de l'amour ou de la femme. Ils prétendaient que la religion des producteurs était trop exclusivement pour 'homme, et qu'il en fallait une qui füt pour l'homme et pour la femme. En conséquence, supposant que le christianisme était mort, cequ'au reste tous les producteurs pensaient aussi, ils entreprirent de le remplacer par une religion nouvelle : de là la suspension du Producteur, à la fin de 1826.
Le silence le plus complet fut gardé par les saint-simoniens pendant deux aus : ce ne fut qu'à la fin de 1828 qu'une exposition de la doctrine eut lieu chez Enfantin, devant un petit nombre d'auditeurs. Leurs prédications,
xées et élaborées chez Enfantin, furent conlinuées, sous la présidence de Bazard, dans une salle qu'ils louérent rue Taranne. Leurs grands mots de réhabilitation du sen- timent. religieux, d'union des peuples, de bonheur universel, le respect méme avec lequel ils parlaient du christianisme, langage si différent de celui du philosophisme vol. tairien, firent alors impression sur l'imagi- nation du jeune Dory.
A la place du Producteur qui avait cessé de paraître, l'Organisateur eut mission d'in- troduire l'élément religieux dans la science positive : aussi le journal prit-il, dès l'a. bord, un ton mystique et inspiré. Bientôt, s'apercevant qu'une rcligion sans hiérarchie, sans prétres, n'était pas viable, les novateurs se partagérent en apôtres el disciples, pères et fils, la réunion des affiliés s'appela famille, et leur religion, Eglise saint-simonienne ; la gupréme autorité était concentrée entre les mains d'Enfantin et de Bazard, qui portàren/ le titre de Pères suprémes, mais qui avouaient n'avoir recu que par l'intermédiaire d'O. Rodrigues, disciple de Saint-Simon, les inspirations du ‘maître dont ils voulaient continuer et perfectionner l’œuvre. Plusieurs de ceux que celle organisation laissait dans les rangs inférieurs, blessésdans leur amour propres renoncérent au titre de fils et se sé- parérent des deux péres.
Peu connus avant la révolution de 1830, les saint-simoniens levérent ]a téte aussitót après. Le Globe, organe des doctrinaires qui professaient le libéralisme avancé et intelli gens et dont la religion se réduisait à un clectisme philosophique mi-partie de la doc- trine allemande de Fichte et de la doctrine écossaise de Reid, fut acheté par les sectaires. Comme le Producteur, il rendait justice à l'action que le christianisme, doctrine bonne et divine, avait exercée sur la civilisation , en déclarant toutefois qu'il avait fait son temps.
ub DICTIONNATRE DES HERESIES. | ua
Les saint-simoniens, s'attaehant à déve- lopper ce principe, furent souvent bien inspirés lorsqu'ils exposaient leurs vues sur les destinées passées du christianisme, et ils apprirent ainsi à leurs auditeurs ce qu'il faliait penser des ignorants dédains de la philosophie du dix-huitióme siècle. Malheu - reusement, ils ajoutaient : « La religion chrétienne est mourante : voyez le peu de bruit qu'elle fait; elle est impaissante : voyez la dissolution des mœurs actuelles; elle est morte; voyez le peu de foi de ses enfants. Donc, il faut la remplacer et mieux ' faire qu'elle. » En conséquence, allaient- ils éputer les mœurs, domplter les passions, étouffer la concupiscence? Ce résultat, que le christianisme ne leur paraissait pas avoir obtenu, ils le trouvaient impossible : ils . voulaient donc, non pas changer la vie, les mœurs, l'esprit des hommes, mais changer la règle, changer la foi, chauger les notions du bien et du mal, du beau ct du laid. Or, ceci est le changement méme de 1a révéla- tion, et par conséquent de l'histoire, de l'hu- manité, de Dieu. lis l'avouaient, et de là leurs dogmes principaux :
eur Dieu-Tout , ou panthéisme uni- yersel. TN
La négation du péché originel.
La prétentioi dé rébabiliter la chair.
L'abolition de l'hérédité. |
La suppression de tout lieu de punition après la mort.
' Enfin, la déification de Saint-Simon et d'Enfantin.
"Tous ces dogmes, qui partent du méme principe, celui de vouloir remplacer ]e christianisme, se suivent et s'enchaílnent. On peut le dire sans crainte à {ous ceux qui teulent nous attaquer et à ceux qui sont séparés de nous: « Vous ne serez consé- quenis qu'alors que vous aurez, comme les saint-simoniens, refait le ciel et la terre, Dieu et l'homme. »
Sans suivre pas à pas les erreurs histo- riques et philosophiques des sainl- simo- niens, nous ferons ressorlir la fausselé de quelques-uns de leurs principes fondamen- taux.
Quoiqu'ils dédaignassent la prétendue science des philosophes du dix -huitième siècle, ils avaient reçu d'eux un principe qui leur est commun avec la plupart des déistes et des philosophes du temps présent : c'est celui de la perfectibilité indéfinie de la nature humaine, ou du progrés continu de l'humanité. Le christianisme reconnaît bien un progrès, eL un progrès plus réel et plus grand que celui de tous les philosophes; car i| nous ordonne de marcher de vertu en vertu; entre tous les dons, de désirer toujours les pus parfaits; enfin, de nous efforcer d'être
arfaits comme notre Père céleste est parfait. Has ce progrès doit se réaliser dans le cercle de la révélation, c'est-à-dire partir du fait d'un homme créé bon, puis tombé et juui, relevé et racheté par Jésus-Christ.
a révélation est assise sur des bases, non- reulement religieuses, mais historiques,
tandis que la perfcctibilité philosophique et saint-simontenne n'a aucune base historique ou révélée. Au contraíre , elle part de l’état sauvage, et méme de l'état de nature dans lequel le genre humain aurait commencé, et d’où il se serait élevé par ses propres forces; et l'on concoit que, si le genre humain a en effet progressé, de l'état de nature où il vi- vait, sans parole, sans pensée, sans Dieu, à l'état actuel, on peul espérer qu'il progres: Sera jusqu'à une'espéce de déilication. Mais cet état de nature est non-seulement une erreur religieuse, une hérésie, mais encore une erreur historique, laquelle n'est plus admise que par ceux qui, sans examiner ce point de fait, lc prennent tel que le présente le commun de nos vieux historiens, ou plutot de nos vieux philosophes. Nous avons
onc raison de dire que la doctrine saint- simonienne, fondée sur ce principe, n'a aucuie base historique ou révélée.
Ce qui précède fait, du reste, comprendre pourquoi les saint-simonfens ont voulu changer la nature de Dieu. Le père suprême Enfantin a formulé le symbole suivant, qui parait avoir été celui de l'Eglise saint-simo- nienne jusqu'au moment de sa dissolution : « Dieu est tóut ce qui est; lout est. en lui, [out est par lui; nul de nous n'est hors de
ui; mais aucun de nous n'est lui. Chacun de
nous vit de sa vie, et (ous nous conimunions en lui, caril est (out ce qui est. » En vain dirait-on que cetle proposilion : mais aucun de nous n'est lui éloigne toute. idée de pan- théisme : elle exclut, il est vrai, toute ido- lâtrie ou déification humaine, el, dans ce sens, ceux qui adorérent Énfantin et le re- connurenl pour la loi vivante, furent en désaccord formel avec elle; mais elle n'em- pêche pas que ceux qui croient que Dieu est tout cequi est ne soient panlhéisles, sinon par identification, au moins par absorplion. Or, ce qui amcna les saint-simonicns au pauthéisme, c'est que, refusant de croire aux destinées de l'homme, telles que les a posées le Dieu de l'Evangile, il (allu& bien d'abord qu'ils rejelassent ce Dieu; en second lieu, eomme ils voulaient faire arriver l'homme de progrès en progrès, jusqu'au parfait bonheur d'une espéce de déificalion obtenue dans €c monde, il fallut encore, à mesnre qu'ils fai- saient remonter l'bomme jusqu'à Dieu, qu'ils fissent descendre Dieu jusqu'à l'homme, non point à la manière des chrétiens, mais. par une espéce d'identité ou de confusion de nalure; ils furent d'ailleurs entraînés au panthéisme par une admiration outrée et une fausse apprécialion des croyances orien- tales, où ils crurent voir un Dieu plus grand que celui de la Genèse, confondant ainsi les opinions spéculatives et philosopbiques des Hindous, opinions qui n’ont pas plus de forces ou de fondement que celle d'Enfantin, avec leurs croyances traditionnelles, les- quelles, à peine éludiées, et encore impar- faitement connucs, annoncent cependant le Dieu méme de la Genése.
Les saint-simoniens venant changer les rapports des hommes entre eux , el des
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hommes avec Dieu, auraient dû montrer fes preuves ‘de ‘leaf mission. Or, il leur était difficile d'en donner. Aussi changé- rent-ils tout ce que ‘noüs connaissons par l'histoire de la mission de Moÿse et de Jésus - Christ, ct à ceux qui s'étonnaient de ce qu'ils annoncaient une religion nouvelle ils dirent : « Nous faisons prétisément ce qu'a foil Moïse, ce qu'a fait le Christ. Moïse est venu donner aux Juifs une religion nouvelle : le Christ, à son tour, est venu détruire l'an- cienne religion par une religion nouvelle, ct remplacer Moïse. Cé sont là des phases qui arrivent parfois dans l’humanité. Nous commençons une de ces phases: nous faisons comme Moïse et comme le Christ ; nous. agis- sons comme agirentles apôtres.» Mais parler ainsi de la mission de Moïse et de Jésus- Christ, c'était (nous faisons ici abstraction
du caractère d'inspiration divine) ne pas -
connaître historiquement ce qu'ils ont fait. Moïse s'est borné à rappeler aux Juifs ce qui leur avait élé révélé avant lui; il n'a cessé de leur rappeler que le Dieu dont il leur parlait était le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob; il est venu en écrire l’histoire authentique : if n’a donc changé ni le dogme, ni Ia morale. Jésus n'est pas Venu, plus que Moïse, détruire l’ancienne religion; il est venu l'améliorer, la perfectionner; mais il a Jaissé le méme Dieu ct n'a point changé les règles essentielles de la morale. Ce qui est capital en ce point, il n'est pas venu amé- liorer, .perfectionner à limbroviste , sans s'être fait annoncer, sans, pour ainsi dire, que Moïse eût été prévenu et le judaïsme averti : Moïse n'est un vrai prophète, Te jadaïsme n'est une religion véritablement tévélée que parce que le Christ est venu y H était prédit, attendu, tontenu dans la religion jadaïque; le judaïsme elle christianisme sont invariablement unis. Au contraire, les saimt-simoniens sont venus étourdiment, sans étre annoncés ni prédits, seuls et de leur propre autorité, non point perfection- ner, mais détruire et changer de fond eh comble le christianisme. Tls ne pouvaient donc pas dire historiquement qu'ils étaient venus comme Moïse, comme le Christ, comme les apôtres; sans compler que les apôtres, Jésus-Christ et Moïse faisaient des miracles; mais il faut convenir qu'à cet égard les saint-simoniens n'ont jamais prétendu avoir agi comme Moïse, le Christ el les apôtres. Les saint-simoniens méconnurent égale- ment l'histoire et la nature humaine, dans leur fameuse questian de la femme. Ils aceu- saient la religion antique d'avoir opprimé la femme en la tenant esclave, et reprochaient au christianisme d'avoir cherché seulement à la protéger et non à l'émanciper , ce que vehait faire enfin le saint-simonisme qui 'la proclamait libre ét indépendante. * ll est vrai que, dans les temps anciens, la femme a tóujours vécu dans Ia dépendance fa plus complàte, ou dans l'esclavage le plus bumiliant. loterrogez les traditions histori- ques des peuples les plus séparés, les Ghi- pois, les habitants de PAfrique, les Améri-
dant up signe auquel la
BAI
cains, les peuplades de l'Océanie, par
Yóus trouverez une sorté de réprübatiun, dine punition pesant sur là femme. C'est méme là un probléme hfstorique quee saint-simonis? rhe aurait dû expliquer. Le christianisme seul l'explique, en racontant la part trop grande qu'eut la femme à la premièrefaate. Yl nous apprend d'ailleurs que si la loi antique a laissé la femme dans son état de dépen- dance, aa moins elle ne lui a pas caché: ses titres de noblesse qui l'élévent à la droite de l'homme ; il nous avertit que la femme liré son origine de l'homme lui-même, ce qui
déjà légale à lui ; elle n'est point nommée :
son esclave, mais son aide, ddjutor, et un aide semblable à [ui, similis ejus ; elle est créée seule, pour un seul, ce qui exciot et condámne la polygamie, et proclame lé pre- mier droit de la femme, celui d’être la seule compagne d'an scul homme : telle est l'ori- ine de la femme, tels sont ses droits, d’après a loi antique et le saint-simónisme n'a rien inventé de plus noble, de plus relevé. Cette commune origine a été méconnue, ces droits ont été enfrcints chez tous lès peuples idó- lâtres, et il en est encore ainsi partout où le chrístianisme n'est pas recu; mais c'était au saint-simonisme, à en rendre raison mieux que ne le fait le christianisme, et il y était obligé, lui qui prétendait que tout ce qui s'est fait dans l'humanité n'a pas étó bien expli- qué jusqu'à ce jour. Jósus-Christ, qui est vend réparer la faute originelle, est venu aussi relever la femme de son état de punition. D'abord, le christianisme a aboli la polyga- mie et le divorce, et par conséquent établi des droits égaux pour l'homme et pour 1a femme dans le mariage. En second lieu, il a reconnu la femme indépendante de toute au- torité humaine, dans sa croyance, dans les régles de sa conscience, et dans la libre dis- position de sa personne : toute union non consentie par elle est nulle. Sous l'ancienne loi, une sorte de réprobation était attachóe & la femme qui n'était pas mariée : le christia- nisme, en élevant la virginité au-dessus du mariage, et en permellant ainsi à la femme de vivre séparée de l'homme et honorée, l’a émancipée complétement ; et il la émancipée aussi en ce sens qu'il a brisé les liens qui Ia tenaient esclave au fond des tentes et des ha- rems, lui donnant la libre circulation des places publiques, ce qui est encore aujour- d'hai un grodiee aux yeux de plusieurs peu- ples de l'Orient. Le christianisme a fait plus: il a cherché à réaliser la parole antique, prononcée avant sa chute : Tu es [a chair de ma chair, et les os de mes os. Pour cela, il a sanctifé la chair, en ólerant le mariage à la dignité de sacrement, c'est-à-dire en le ren- gráce, la bien- veillance, la bénédiction de ‘Dieu sont atta- chées; et s'il dit à la femme d’être sourniso à son époux, il prend pour expliquer ce précepte le plus grand amour dont il ait connaissance, et il le donne 4 l'homme pour exemple en disant : « Aime ton épouse comme le Christ a aimé son Eglise, et il s'est livré à la mort pour eile. » T
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Tout ce que dit ou fait le christianisme pour la femme ne tend qu'à un seul but, celui e l'unir à l'homme de l'union la plus en- tiére et la plus parfaite: au contraire, tous les conseils du saint-simonisme ne tendaieut u'à la séparer, qu’à l'éloigner de l'homme. 1 suit delà que, si les conseils et les précep- tes du christianisme étaient suivis, le bon- heur dela femme, identifiéà celui de l'homme, lui serait égal : au contraire, si les enseigne- ments de la religion nouvelle eussent prévalu, il n'y aurait plus eu ni union, ni société, ni bonheur pour la femme. Dans cette hypo- thése, plus son indépendance, plus son iso- lement seraient grands, plus aussi son état serait antinalurel. Les conseils des saint-si- moniens, poussés daus leurs dernières consé- quences, n'aboutiraient à rien moins qu'à mettre un terme aux rapports de l'homme et de la femme, et la fin du monde arriverait forcément, tant il y a d'absurdités cachées dans cette théorie saint-simonienne.
Et pourtant le shinl-simonisme se donnait ayecassuranée comme allant faire le bonheur du monde, en fixant les régles nouvelles qui devaient régir et satisfaire l'esprit et le corps de l'homme. Sous ce double rapport, on peut diviser toute l’œuvre saint-:imonienne en deux parties: la partie spirituelle ou religieuse, et la partie matérielle ou indus- trielle. Qu'il y ait eu dans cette doctrine quelques points de vue nouveaux et louables, sous le rapport de l'industrie et de l'amélio- ration matérielle des peuples, nous l’accor- derons saus peine; mais les améliorations de l'industrie ne constituent pas une «doctrine religieuse. La partie vraiment spirituelle du saint - simonisme regarde les nouvelles notions qu'il essaya de donner de Dieu et les nouvelles régles qu'il voulait imposer à la morale. Or, dans celle voie, ou bien les saint-simoniens ont copié ou parodié le christianisme; et alors ils ont recu des éloges ou des mépris selon que ceux avec qui ils étaient en rapport croyaient ou ne croyaient pas à la religion de Jésus-Christ; ou bien ils ont essayé de sortir du christianisme, et alorsleurs amis mémesse sont éloignés d'eux avec indignation et dégoût, et leurs ennemis les ont regardés comine des misérables qui venaient pcrvertir la nature humaine. Ceci nous suggére une réflexion consolante pour notre foi : c'est que si les anciennes sectes ont fait des prosélyles par leur immoralité, ici c’est l'immoralité méme des principes
ui a éloigné les esprits de la secte nouvelle.
e n’est douc point comme religion que Île saint-simunisme a eu quelque succès, mais seulement comme enseignement ou progrès indusiriel. Si ses jeunes adeptes s'étaient contentés d'améliorer le sort des peuples, en préchant le Dieu et la morale des chrétiens, leur enseignement subsisterait peut-être en- core et on leur serait redevable d'importan- tes améliorations, tandis qu'ils tombérent de chute en chute, d'excés en excès, de scission en scission, précisément à -cause des règles nouvelles qu'ils prétendirent ajouter à la révélatiou chrétienne.
e. v. [m]
L'illusion fat grande un moment, lorsque la religion nouvelle, comme ils V'appelaient eux-mémes , commença à se développer sous l'influence quasi-divine de Bazard-En- fantin. Aprés avoir fondé la hiérarchie , ils fondèrent les cérémonies qui devaient ac- compagner les différents actes de la vie, c'est- à-dire la communion, le mariage, la mort. La communion saint-simonienne consistait en une espèce de communication de pen- sées : Ainsi, à la première communion géné- rale, en 1851, tous les membres de la famille, prenant successivement la parole, manifes- térent leur adhésion à la révélation venant de Saint-Simon par le canal des pères suprémes, et leurs espérances dans les des- tinées progressives de l'homme; en méme temps eut lieu la premiére adoption des en- fants, ou leur admission au sein dc la com- munion universelle, ce qui constituait le baptéme de l'égalité. Le mariage saint-simo- nien, du moins celui d'Alexandre de Saint- Chéron avec Claire Bazard, n'annonga pas que la foi fát vive au cœur de ses apôtres, qui, ne se conlenlant pas de la consécration Saint-simonienne, firent leurs diligences pour que leur union fût légitimée, non- seulement devant l'officier civil, mais devant l'Eglise catholique. La première cérémonie de l'inhumation donna lieu à Jules Lecheva- lier de proclamer que par la mort on ac- complit dans le sein de Dieu une phase de la vie éternelle : Dieu est la vie, Dieu est tout ce qui est, Dieu est l'amour.
Pendant que la prédication saint-simo- nienne était ouverte aux quatre coins de Paris, propagée par l'Organisateur et par le Globe, par la voix et avec la plume d'un graud nombre de jeunes talents, Dory se posait à Marseille comme missionnaire de la religion nouvelle; mais il ferma bieutôt son école, dégoûté, sceptique, ni chrétien, ni saint- simonien. Comme lui, Hoart à Tou- louse, Lemonnier à Montpellier, Laurent à Reunes, Leroux à Lyon, Talabot à Brest, Bouffard à Limoges, Jules Lechevalier et Adolphe Guéroult à Rouen, Duveyrier en Belgique, d'Eichtal en Angleterre, etc., vé— curent, d'abord sur ce que leur doctrine avait de bon, c'est-à-dire sur ce qu'ils avaicnt emprunté au christianisme. Mais les saint- simoniens devaient échouer, moins encore à cause de leurs dogmes, de leur panthéisine, de leurs variations sur la nature de Dieu, que parce que leur morale révolta les esprits. En effet, qu'importe le dugme à ce siècle, qui ne sait plus d'où lui viennent les plus grandes vérités? on n'aura à en rendre compte que dans l'autre monde. Mais il est une partie de la religion qui commence à porter ses fruits daus celui-ci, à savoir la morale, d'aprés laquelle sont réglés nos rap- ports avec les autres hommes : or, les nou- veaulés qu'Enfantin prétendit y introduire produisaient de nombreuses discussions, qui aboutirent à une scission éclatante entre les deux cheís et les principaux disciples.
Bagard avaitétéconstamment en désaccord avec Enfantin sur la question politique où il
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voulait introduire l'élément de guerre, et sur la question morale où il refusait de ratifier les idées de son collégue touchant l'affran- chissement de la femme.
Enfantin, partant du principe philosophi-
que que l'homme a le droit de se faire à '
lui-méme sa morale, soutenait qu'il était absurde d'imposer à la femme cette loi qui venait, selon lui, uniquement de l'homme ; qu'il fallait que la femme aussi se flt à elle- méme sa loi; conséquemment, qu'eu fait de morale on devait ne lui rien imposer, ne lui rien conseilier, mais seulement l'appeler, en attendant la femme-messie, laquelle révé- lerait elle-méme la loi qui lui était convena- ble. Le christianisme, n'admettant pas que l'homme se soit fait ou ait eu le droit de se
faire la loi morale, ne se trouve point en
cause ici. Quant à ceux qui admetlent ce principe, et qui ainsi se font en quelque sorte Dieu, ils ont en effet mauvaise gráce de refaser un tel droit à la femme.
En outre, Enfantin prétendit que la femmo devait être mise en participation de la pré- trise ; qu'il fallait donc former une prétrise nouvelle, qui serait composée d'hommes et de femmes ; que c'élaient ces prétresses et prêtres nouveaux qui devaient diriger ct barmoniser dans l'avenir les appétits des sens et les appétits intellectuels, préparer et faciliter l'uniou des étres à affections profon- des, c'est-à-dire ceux qui aiment toujours la méme personne, avec les étres à affections vives, lesquels ne peuvent se contenter d'un seul amour et ont besoin d'en changer sou- vent l'objet : cette doctrine qui n'était aa fond qu'une hideuse promiscuité, réhabilitait le vice et réglementait l'adultére: elle souleva des oppositions.
Jules Lechevalier , s'accusant d'abord d'avoir cru à la possibilité de constituer une famille et travailler à la réalisation d'une société avant que sa loi füt trouvée, avoua qu'il n'avait pas tardé à s'apercevoir que les deux péres étaient en désunion sur la poli- tique et sur la morale; qu'il se repentait d'avoir fait entrer dans celle sociétó un certain nombre de personnes; qu'on ne pou- vait sans loi les diriger; qu'il eût mieux aimé les laisser dans l'état ou elles se trou- vaient auparavant. Il conclut à ce que la religion saint-simonienne ft déclarée en état de liquidation, ajoutant qu'il revenait à douter de tout et se disait de nouveau phi- losophe.
Malgréles oppositions,Enfantin passa outre à la réorganisation de la hiérarchie, telle qu'elie devait étre sous l'ére de l'appel à la femme. ll y eut donc: Enfantin, père supréme ; à cóté de son fauteuil un fauteuil vide, re- présentant la femme absente et appelée; à côté d'Enfantin, mais un peu au-dessous, O. Rodrigues, nommé chef du culte et de l'industrie, spécialement chargé de l'organi- sation religieuse des travailleurs et des in- téréts matériels. En cette qualité, il fit un appel à la bourse de tous, pour l'aider à nourrir la famillesaint-simonieune. Du reste, O. Rodrigues tout en proclamant le pére
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suprême l'homme le plus moral de son temps, fit ses réserves contre lui, car il stipula que les seuls changements à introduire dans la morale ancienne consistaient à admettre le divorce et à décider qu'aucun individu ne
ouvait étre l'époux de plus d'une femme d
' da fois.
Tandis que Jules Lechevalier, repoussant l'orientalisme et ses doctrines d'adoration stu- pide et de lácheté sensuelle qui aveuglaient les enfantinistes, conviaitles hommes et les fem.
. mes saines de cœur, d'esprit et de corps, à for-
mer un nouveau christianisme. Bazard, séparé aussi d'Eufantin, forinulait les croyances de la nouvelle Eglise qu'il entendait continuer. ll renilait un solennel hommage à tout ce que
le christianisme avait fait pour la loi morale,
mais arrivait à la méme solution que Rodri- gues, puisqu'il croyait devoir admettre le divorce. Quant à la femme, il ne pensait pas qu'elle füt appelée à rien révéler ; elle avait simplement pour mission de propager et de faire acclamer ce qui aurait été révélé par l'homme.
Les travailleurs ou industriels saint-si- moniens, au nombre d'environ trois mille, divisés en visiteurs, aspirants et fonctionnai- res, consominaient sans produire, malgré - Jeur titre deproducteurs. Les dons volontaires qui couvrirent les premiéres dépenses venant à s'épuiser, ils recoururent à un emprunt pour la garantie duquel ilsobligérent envers la société tous leurs biens, qu'O. Rodrigues cut pouvoir d'administrer. Connu àla bourse, ce dernier se chargea de négocier l'emprunt c'est-à-dire de faire acte de culte en fondant Ja puissance morale de l'argent. Mais la jus- tice, jusque-là tranquille spectatrice des doctrines et des actions saint-simoniennes, prit ombrage de ce leurre offert à l'avidité des rentiers. Le père suprême et O. Rodri- gues furent prévenus d'avoir embrigadé les ouvriers, cherché à capter les héritages, et émis des rentes sans posséder les garanties nécessaires pour le payement des intérétsetle remboursement du capital.
Il n'y avait pas trois mois que les change- ments à introduire dans la morale avaient été fixés par O. Rodrigues au divorce, ou à l'union successive de l'homme et de la femme, et déjà cette barrière était franchie par En- fantin. ll voulait que le prêtre fût un composé del'hommeetdela femme, et quel'unetl'autre usassent de (ous leurs moyens pour pacifier l'humanité et la rendre heureuse. « Tantót, osait-il dire, le couple sacerdotal calmera l'ardeur immodérée de l'intelligence ou mo- dérera les appétits déréglés des sens; tantôt, au contraire, il réveillera l'intelligence apa- thique, ou réchauffera les sens engourdis; car il connaît tout le charme de la décence et de la pudeur, mais aussi toute la gráce de l'abandon el de la volupté. » Duveyrier u'hé- sita point à annoncer qu'on pourrait bien. trouver la femme qui devait révéler et éta- blir la morale, au milieu méme de celles qui se livraient à la prostitution publique. Ainsi, au lieu du progrés que les saint-simoniens avaient promis à l'humanité, ils la faisaient
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reculer jusqu'& cet état de náture animale qu'ils lui donnaient pour berceau.
Aprés tout, la morale d'Enfantin découlait de ses principes. En effet, les saiut-simoniens soutenaient qae Dieu est tout ce qui existe, . la nature inanimée, aussi bien que nous, nature animée. Mais, si Dicu est tout ce qui "existe; tout est donc divin. Or, où trouver dans un tout divin quelque chosc qui soit .mal et par conséquent défendue, quelque chose qui ne soit pas bonne et par conséquent permise? Si Dieu est nous, com'nent pou- vons-nons pécher? Dieu peut-il pécher? Il est la régle: ne sommes-nous pas la régle aussi? La notion de défenseet de permission renferme celle d'une loi émanée d'un être supérieur : or,où ceux qui nient toute communication en- tre Dieuet l’homme, toute révélation faite par le créateur à la créature, trouvent-ils un -être supérieur de qui, pour cux, peut venir une loi? D'ailleurs une action faite contre la Joi est un péché, unc chute, une erreur de d'esprit, une faiblesse de la volonté: mais, quand on nie la chute originaire, quand on dit que l'esprit de l'homme cst droit par lui- même et que sa volonté est forle et entière, €omment reconnaître des péchés, des chutes, des erreurs? Si donc les saint-simoniens qui s’éloignaient d'Enfantin étaient plus moraux, its étaient en réalité moins conséquents. Ou comprend, par ce qui précède, pourquoi l'E- glise catholique veille avec une sévérilé si grande à la conservation du dogme. On a beau soutenir que la morale en est indépen- dante : le dogme et la morale sont, au con- traire, inséparablement unis ; l'un s'appuie sur l'autre, et l'expérience prouve que, dés que l'un est renversé, l'autre ne tarde pas à 8'écroulcr plus ou moins entièrement. Plu- sieurs hérétiques avaient fait comme ces malheureux jeunesgens, ajoute M. Bonnelty, auquel cette appréciation du saint-simonis- me est empruntée; ils avaient déclaré l'homme bon et impeccable; et, comme les saitt-simoniens, ils étaient arrivés à la com- munauté des femmes et à tous les désordres qui s’en suivent.
Bazard et O. Rodrigues, que leur qualité d'hommes mariés et péres de famille rete- naient naturellement dans de certaines bor- nes protestérent contre la morale d'Enfan- lin, Moins explicile, Rodrigues soulenait bien qu'il fallait se borner au divorce, mais H admettait le prêtre et la prétresse; il altendait encore que la femme révélatrice vint promuiguer le code de la pudeur. Enfan- tin, qui était logé au chef-lieu, et qui en outre disposait du Globe, de la correspon- danco et de la caisse, tint bon avec ceux qui lui restaient fidéles. Ceux-ci acclamérent en- core plus vivement à leur père, se félicitérent dé ce que le chrétien, représenté par Bazard, et le juif par Rodrigues, s'étaienl séparés d'eux, el se glorifièrent de ce qu'ils possé- daient enfin un Dieu, une foi, un pere.
Cependant la presse combatiait, avec l'ar- me du raisonnement et du sarcasme, de semblables doctrines, publiées de sang-froid
par des hommes de talent. A cette société.
sans foi et presque sans morale pratique qui s'élevait contre eux, les nouveaux apôtres, üsant de représailles, disajent qu'elle applau- dissait l’adultère au théâtre, dans les roman qu’elle tolérait les femmes légères dans se salons, qu'elle payait et patentait méme Ja
rostilution. Ici encore le débat était entre e saint-simonisme et le siécle; le christia- nisme demeurait hors de cause. On l'accusait seulement de n'avoir pas prévenu ou guéri tous ces désordres; mais il répondait par ses troyances, disantqu'il n'avait jamaissoutenu que l'homme fût bon el saint par lui-même, et que d'ailleurs, l'homme étant libre, ce triste étatdela société s'expliquait facilement aux yeux du chrétien.
L'accusation d'outrages à la morale publi: que, d'attaques à la propriété, et de provo- cation au renversement du gouvernement pesait sur Enfantin et sur Michel Chevalier, gérant du Globe, lorsque le choléra vint mon- trer l'efficacité du christianisme et le vide des doctrines saint-simoniennes, en présence de la plus terrible épreuve: Les saint-simo- niens ne surent que conseiller d'opérer une diversion, au moyen de grands travaux ou de fétes publiques.
L'épuiseinent de leurs ressources les con- damnant à la retraite, ils essayérent de la masquer des apparences d'une détermination libre, et parodiérent un des actes de la vie de Jésus-Christ. Le vendredi saint 90 avril 1832, jour où le Globe cessa de paraître, Enfantin annonça qu'une phase do sa vie était ac- complie: il avait parlé, il voulait agir; mai chargé d'appeler le prolétaire et la femme une vie nouvelle, il allait consacrer l'anni- versaire de la mort du divin libérateur des esclaves en commencant une retraite et en abolissant la domesticité, dernière trace du servage. En effet, retirés dans une maison de campagne qu'Enfantin possédait à Ménil- montant, les saint-simoniens y vécurent sans domestiques. | .
Le 6 juin fut choisi pour la prise da nou- vel habit sous lequel ils devaient se révé- ler àu monde et lui donner l'exemple du travail. |
Les nouveaux apôtres firent à Méuil- montant l'essai de l'organisation de la so- ciété, selon la capacité et selon le mérite. Dcux fois par semaine, le mercredi ct le di- manche, leur porte fut ouverte aux fidèles ci aux curieux, qui les considéraient occupés detravaux domestiques, prenant leurs repas, se promenant deux à deux ou réunis cn groupes, sereins, rayonnants, les yeux ex;l- tés , ou bien chantant des cantiques sur un ton grave et monotone. La foule avide de les voir devint si grande que la police lui défen- dit l'accés de la maison.
Devant la cour d'assises, où l'accusation d'outrages à la morale pu.'iane et de parti- cipalion à une réunion non autorisée de plus de vingt personnes amena, au mois d'août, Enfantin, Michel Chevalier, Duveyrier, Barrault et O. Rodrigues, le père supréme parut au milieu de ses disciples, tous en cos tume. Quoique les femmes ne fussent pas
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eucore classées, il avait à sa droite Cécile Fournel et à sa gauche Aglaé Saint- Hilaire, que les magistrats refusèrent d'admettre £umme ses conseils. Pendant trente heures, les nouveaux apôtres retinrent la parole, et il. y eut chez plusieurs d'entre eux des mou- vements d'éloquence, mais seulement alors que, se plaçant sur le terrain du christia- nisme , ils reprochéreut à la société son in- crédulité et ses vices, son indifférence et ses mœurs corrompues. En cette occasion Eníantin oublia que, quand les chefs de secte ont joué les inspirés, c'est que leur inspira; tion était préparée de longue main, en sorte qu'ils étaient assurés qu'elle ne leur man- querait pas. Pour n'avoir pas pris les mémes précautions, il trompa par sa nullité l'avidg attente des curieux. Une légére amende fut infligée à O. Rodrigues et à Barrault; mais Enfantin, Duveyrier et Michel Chevalier se virent condamuer à une année de prison.
La condamnalion du père suprême accéléra la chute du saint-simonisme, en brisant tous les liens d'autorité: ce saint-simonisme, qui se vantait de hiérarchiser l'univers , finit, comme toutes les hérésies, par défaut de hié- rarchie, chaque individu voulant à son tour devenir chef et révélateur. Les disciples les plus influents ayant déclaré qu'ils voyaient, dans la condamnation du père une indication providentielle de liberté, qui s'accordait avec un besoin d'indépendance qu'ils sentaient en eux, Enfantin, pour sauver les apparences, déclara de son cóté qu'il donnait à ses disci- ples la permission de suivre leur inspiration propre et leur impulsion native.
Cependant, deux des principales idées vi- vaienl encore au sein des plus fervents: celle de sanctifier le travail du peuple , en parta- grani ses fatigues, et l'espoir en l'arrivée de la [mme meine
n cerlain nombre de saint-simoniens se mirent.à parcourir la France, la Savoie, l'Allemagne, la Belgique, l'Angleterre, à l'effet de donner au peuple l'exemple du tra- vail et delui annoncer l'ére de la réhabilita- tion des travailleurs, de l'affranchissement de la femme et de la paix universelle. Ils vi- vaient du produit de leur journée, ce qu'ils appelaient recevoir le baptéme du salaire ; ils
" supporlaient stoïquement les huées et les
coups de la populace, ce qu'ils appelaient donner à leur foi le baptéme du martyre: sou- venir et misérable parodie de ce qui s'était passé lors de l'établissement du christia- nisme. |
Au mois de janvier 1833, Barrault, l'homme le plus incomplet sans la femme, comme le nommait Cécile Fournel, se mit à la recher- che de la femme-messie. Il établit d'abord, à Lyon, une feuille intitulée : 1833, ou l'Année de la mère, où il déclara renoncer au titre de
saint -sinonien, ne pas vouloir de celui d'En--
antinie, el prendre celui de compagnon de | femme. Convaincu que ce messie devait étre en Orient, qu'onla trouverait à Constan- linople, et qu'elle serait juive de nation, il s'embarqüa à Marseille. Des agents turcs, fatigués de ses salutations aux files d'Orient,
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parmi lesquelles il cherchait la femme libre, l'eurent bientôt fail transporter de Constan- tinople à Smyrne.
Tandis que Barraült et quelques autres -
compagnons de la femme l'appelaienl en Tur- quie, en Syrie, en Egypte, Cécile Fournel et Marie Talon donnaient le Livre des actes pour organe au sainl-simonisme. Puis une grâce abrégea la captivité d'Enfantin, de Michel Cheyalier et de Duveyrier, à la condition qu'ils ne se méleraient plus de catéchiser la France et qu'ils iraient au loin exercer l'in- quiéte activité de leur esprit. Enfantin, dont les idées s'étaient déjà modifiées, passa en Egypte, moins comme apôtre que commé simple industriel. Il finit par perdre de vue la femme-messie, que Barraul( avait vaine- ment attendue et que Cécile Fournel n'alla pas moins vainement chercher en Orient. Quelques compagnons de voyage d'Enfantin aposlasiérent autant le saint-simonisme que le christianisme, et se firent musulmans.
' C'est ainsi que le saint-simonisme, en tant quereligion nouvelle, ou révélation de Dieu par Saint-Simon et Enfantin, alla prendre place à la suite de ces innombrables erreurs qui, aprés avoir germé dans l'esprit de quelques hommes , fait un peu de bruit et séduit quel- ques disciples, grâce aux lambeaux emprun. tés par elles à la religion de Jésus-Christ, se sont évanouies en fumée, comme toules les pensées des hommes séparées de Dicu.
. Lambertse trouve en Egypte el y est deve- nu Lambert-Bey ; Duveyrier fait des vaude- villes ; Michel Chevalier est au conscil d'Etat el écrit pour leJournal des Débats des articles d'économie politique et de critique lilt‘raire; Carnot est député ; Cazeaux dirige le dessè- chement des Landes et se distingue par ses. entreprises industrielles; Transon et Dugied sont rentrés dans le sein du catholicisme; Margerin est professeur à l'université catho- lique de Belgique ; Emile et Isaac Perrcire sont attachés à l'administration supérieuredu chemin de fer de Versailles; Laurent à ac- cepté une place de juge à Privas et écrit une Histoire populaire de Napoléon : Olindes Ro- drigues s'occupe à présent de finances; madame Bazard et son geudre, de Saint- Chéron, sont rentrés dans le sein du catho- licisme; Jean Reynaud et Pierre Leroux,
anthéistes obstinés, poursuivent en silence
eurs premières études; d’Eichtal est resté hommé du monde aprés comme avant: é'était le plus fidèle et le dernier des partisans d'Enfantin. Quant au père Enfantia lui-même, chef de la nouvelle Eglise, il est renlré dang
[a vie privée, el se trouve en Algérie, comme membre de la commission scientifique d'A- frique. ^
En rappclant ces noms, noùs ne pouvons disconvenir qu'il y a eu dans le saint-simo- nisme des hommes de talent, et même de zélé désintéressé : mais ils n'ont eu de l'éclat qué lorsqu'ils ont développé des questions püre- ment industrielles et des théories favorables
à la civilisation des peuples, questions tou- tes tirées du christianisme ou qui du moins ne lui sont pas opposées. Toutes les fois
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qa’usantleur science ou les affections de leur cœur au service d'une cause ingrate, ils ont voulu fairede la religion, ils sont tombés d'a- bime en abime, et c'est ce qui les a perdus. L'Eglise seule est le champ où l'on peut se- mer pour la tranqüillité et le bonheur des générations futures. Là seulement le labeur n'est pas vain, la récolte est sûre, et la ré- compense magnifique, car l'Eglise travaille avec nous et Dieu couronne les travailleurs.
* SAMOSATIENS, ou SAMOSATÉNIENS , disciples et partisans de Paul de Samosate, évêque d'Anlioche vers l'an 262. Cet héréti- que était né à Samosate, ville située sur l'Euphrate, dans la province que l’on nom- mait la Syrie Euphratésienne, el qui confinait à la Mésopotamie. 1l avait de l'esprit et de l'éloquence, mais trop d'orgueil, de présomp- tion, et une conduite fort déréglée. Pour amener plus aisément à la foi chrétienne Zénobie, reine de Palmyre, dont il avait ga- gné les bonnes gráces, il lui déguisa les inystéres de la Trinité et de l'incarnation. Il enseigna qu'il n'y a en Dieu qu'une seule personne qui est le Pére; que le Fils et le Saint- Esprit sont sculemeut deux attri- buts de la Divinité, sous lesquels elle s'est fait connaître aux hommes ; que Jésus-Christ n'est pas un Dieu, mais un homme auquel Dieu a communiqué sa sagesse d'une ma- niére extraordinaire et qui n'est appelé Dieu que dans un sens impropre. Peut-étre Paul espérait-il d'abord que cette fausse doctrine demeurerait cachée, et ne se proposait pas de Ja publier ; mais quand il vit qu'elle était connue, et que l'on en était scandalisé, il entreprit de la défendre et de la soutenir.
Accusé dans un concile qui se tint à An- tioche, l'an 26^, il déguisa ses sentiments, et protesta qu'il n'avait jamais enseigné les er- reurs qu'on lui imputail ; il trompa si bien les éyéques , qu'ils se contentérent de cons damner sa doctrine, sans prononcer conlre lui aucune censure. Mais comme il continua de dogmatiser, il fut condamné ct dégradé de l'épiscopat dans uu concile postérieur d'An- tioche, l'an 270.
Dans la lettre synodale que les évêques écrivirent aux autres Eglises, ils accusent Paul d’avoir fait supprimer dans l'Eglise d'Antioche les anciens cantiques dans les- quels on confessait la divinitéde Jésus-Christ, et d'en avoir fait chanter d'autres qui étaient composés à son honneur. Pour attaquer ce mystère , il faisait ce sophisme : si Jésus- Christ n'est pas devenu Dicu, d'homme qu'il était, il n'est donc pas consubstantiel au Pére, et il faut qu'il y ait trois substances, une principale et deux autres qui viennent de celle-là (1).
Si Paul de Samosate avait pris le mot de consubstantiel dans le méme sens que nous lui dounons aujourd'hui, son argument au- rait été absurde ; c'est précisément parce que le Fils est consubstantiel au Père, qu'il n'y a
(1) Flensi, Hist. Ecclés., liv. vut, n. 1. (2) Voyez Bulius, Detin. tidei Nicom., sect. 5, ch. 4, $ 5, ot sect. $, ch. 2, 8 7.
pas trois substances en Dieu ou trois esscn- ces , mais une seule. Il faut donc qu'il ait entendu autre chose. Saint Athanase a pensé que Paul entendait trois substances formées d'une méme matière préexistante, et que c'est dans ce sens que les Péres du concile d'Antioche ont décidé que le Fils n'est pas consubstantiel au Père. Dans ce cas, l'argu- ment de Paul est encore plus inintelligibte et plus absurde. Toujours est-il certain que ces Pères ont enseigné formellement que le Fils de Dieu est coéternel et égal au Père, et qp'ils ont fait profession de suivre en ce point la doctrine des apótres et de l'Eglise universelle (2). |
Les sectateurs de Paul de Samosate furent aussi appelés pauliniens , paulianistes, ou paulianisants. Comme ils ne haptisaient pas les catéchumènes au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, le concile de Nicée or- donna que ccux de cette secte qui se réuni- raient 1 l'Eglise catholique seraient rebap- tisés. Théodoret nous apprend qu'au milieu du cinquième siècle elle ne subsistait plus.
De tous ces faits, il résulte qu'au troisióme siècle, plus de cinquante ans avant le con- cile de Nicée , la divinité de Jésus-Christ était la foi universelle de l'Eglise.
* SAMPSÉENS, ou ScuaMsÉRNS , seclaires orientaux, desquels il n'est pas aisé de con- naítre les sentiments. Saint Epiphane (3) dit qu'on ne peut les mettre au rang des juifs, ni des chrétiens , ni des païens ; que leurs dogmes paraissent avoir été un mélange des uns et des autres. Leur nom vient de l'hé- breu schemesch, le soleil, parce qu'on prétend qu'ils ont adoré cet astre; ils sont appelés par les Syriens , chamsi, et par les Arabes shemsi , ou shamsi, les solaires. D'un autre côté, on prétend qu'ils admetlaient l'unité de Dieu, qu'ils faisaient des ablutions, et sui- vaient plusieurs autres pratiques de la reli- gion judaïque. Saint Epiphane a cru que c'élaient les mêmes que les esséniens ct les elcésaïtes.
SANGUINAIRES, secte d'anabaptistes qui ne cherchaient qu'à répandre le sang de ceux qui ne pensaient pas comme eux.
SATURNIN était d'Antioche et disciple de Ménandre , dont il adopta les sentiments et dont il paraît avoir fait un système destiné à expliquer la production du monde , celle de l’homme , et les grands événements qui s'étaient passés sur la terre et que conte- naient les livres de Moïse. C'étaient là les objets qu'on se proposait alors d'expliquer, ct ce sont en effet les plus intéressants pour la curiosité humaine (#4).
Pour expliquer ces fails, Saturnin suppo- sait, comme Ménandre, un être inconnu aux hommes ; cet étre avait fait les anges, les archanges et les autres natures spirituelles et célestes.
Sept de ces anges s'étaient soustraits à la puissance du Pére de toutes choses , avaient
(5) Hæres. 55. (4) Iren., I. 1, c. 50, v. 3; 1. n, c. 17, 10. Massuet, Dis in iren., c. 43,
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créé le monde et tout ce qu'il contient, sans que Dieu le Père en eût aucune connaissance.
Dieu descendit pour voir leur ouvrage et parut sous une forme visible ; les anges vou- lurent la saisir, mais elle s'évanouit ; alors ils tinrent conseil et dirent : Faisons des étres sur le modèle de la figure de Dieu ; ils façon- nérent un corps semblable à l'image sous laquelle la Divinité s'était offerle à eux.
Mais l'homme faconné par les anges ne pouvait que ramper sur la terre comme un ver. Dieu fut touché de compassion pour son image et envoya une ótincelle de -vie qui l'anima; l'homme alors se dressa sur ses pieds, marcha, parla, raisonna, et les anges faconnérent d'autres hommes. Il est bien clair que, dans ce sentiment, l'áme dépendait des organes dans lesquels elle s'insinuait ; et que ses fonctions, ses qualitós , ses vices et ses vertus, étaient des suites de la conforma- tion des organes auxquels elle était unie. Par ee moyen, Saturnin expliquait heureu- sement, à ce qu'il croyait, les désordres phy- siques et moraux, sans préjudice de la toute- puissance du Dieu supréme.
Ces anges créateurs du monde en avaient parlagé l'empire et y avaient établi des lois.
Un des sept anges créateurs avait déclaré la guerre aux six autres, et c'était le démon eu Satan qui avait aussi donné des lois et fait paraître des prophètes.
Pour délivrer de la tyrannie des anges et des démons les âmes humaines, l'Etre su- préme avait envoyé son Fils, dont la puis- sance devait détruire l'empire du Dieu des Juifs et sauver les hommes.
Ce Fils n'avait point été soumis à l'empire des anges et n'avait point été enchaîné dans des organes matériels : il n'avait eu un corps qu'en apparence, n'était né, n'avait souffert et n'était mort qu'en apparence. Saturnin croyait par ce moyen couper la difficulté qu'on tirait des souffrances de Jésus-Christ contre sa divinité.
Dans ces principes, l'homme était un être infortuné, l'esclave des anges, livró par eux au crime el plongé dans le malheur. La vie était donc un présent funeste , et le'plaisir qui portait les hommes à faire naître un au- tre homme était un plaisir barbare que l'on devait s'interdire.
Cette loi de continence était un des points fendamentaux de l'hérésie de Saturnin; pour l'observer plus sûrement, ses disciples s'abs- tenaient de manger de la víande et de tout ce qui pouvait porter à l'amour des femmes.
Saturain eut des écoles et des disciples en Syrie ; la mort était, selon eux, le retour de l'âme à Dieu d’où elle était venue (1).
Abulpharage, dans son Histoire des dynas- ties, parle de Saturnin qu'il nomme Saturin: jl lui attribue d'avoir dit que c'est le diable qui a fait dans l'homme et dans les femmes Jes différences des sexes, et que c'est pour cela que les hommes regardent la nudité comme une chose honteuse.
-comme un procès entre
SCE
Ménandre reconnaissait un Etre éternel et infini , et atiribuait à des puissances invisi- bles l'empire du monde:il avait prétendu étre l'envoyé de ces puissances et donner l'immortalité par le moyen d'une espéce de bapténre magique. |
aturnin , son disciple, conserva le fond de son système et s'efforca de le concilier avec la religion chrétienne et reconnut que Jésus- Christ était le Fils de Dieu, qu'il avait été envoyé par son Père pour le salut des home mes ; mais il niait qu'il eüt pris un corps et qu'il eüt souffert.
Je vois dans le changement que Saturnin fait au système de Ménandre :
1° Qu'il était attaché à ce système, et qu'il l'a conservé autant qi lui a été possibles que par conséquent il n'y a fait que les chan- gements qu'il ne pouvait s'empécher de faire, et qu'ainsi il n'a pu s'empécher de reconnat- tre que Jésus-Christ était Fils de Dieu et envoyé par son Père pour le salut des hom- mes,
2* Je vois que Saturnin, pour concilier avec la divinité de Jésus-Christ l'état de soute france dans lequel il était sur la terre, ne lul a attribué qu'un corps fantastique ; que par conséquent Saturnin avait de la répugnance à reconnaître que Jésus-Christ était en effet Fils de Dieu, et qu'il n'en a fait un dogme de son système que parce qu'il lui était impose sible de le nier.
3° Les preuves que les chrétiens donnaient de la divinité de Jésus-Christ étaient des foits que Saturnin était en état de vérifier, puis- qu'il élait dans le temps et sur les lieux où ces faits s'étaient passés ct qu'il est certain que Salurnin a examiné ces faits; on peut sur cela s'en apporter à l'amour-propre. Un homme entété d’un système , comme on voit que Saturnin l'était, n'admet d'étranger à son système que ce qu’il ne peut nier sans une absurdité manifeste.
Nous avons donc dans Saturnin un témoin irréprochable de la vérité des faits qui prou- vent la divinité de Jésus-Christ, et le repro- che qu'on fait ordinairement aux défenseurs dela religion de n'apporter pour témoins que des chrétiens n'a pas lieu contre Satur- nin.
* SCEPTICISME, en fait de religion. C'est la disposition d'un philosophe qui prétend avoir examiné les preuves de la religion, qui soutient qu'elles sont insuffisantes ou balan- cées par des objec(ions d'un poids égal , et qu'il a droit de demeurer dans le doute, jus- qu'à ce qu'il ait trouvé des arguments invin- cibles auxquels il n'y ait rien à opposer. Il est évident que ce doute réfléchi est une ir- réligion formelle ; un incrédule ne s'y tient
que pour étre dispensé de rendre à Dieu au-
cun culte, et de remplir aucun devoir de re- ligion. Nous soutenons que c'est non-seule-
ment une impiété, mais encoreune absurdité.
1° C'en est une de regarder la religion ieu et l'homme ;
' "o Iren , 1. 1, c. 23. Tert , de Anima, c. 25. Philast., de Hær., c. 31. Epiph., ber. 35. Théod., l. 1, e. 5. Aug., 4e
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LA
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comme un combat dans lequel celui-ci a droit
de résister tant qu'il le peut, d'envisager la -
loi divine comme un joug contre lequel nods sommes bien fondés à défendre notre liberté, puisque celle liberté prétendue n'est autre chose que le privilége de suivre sans remords l'instinct des passions. Quiconque ne pense pas que la religion est un bienfait de Dieu, la craint et la déteste déjà ; il est bien sûr de
pe la trouver jamais suffisamment prouvée, .
et d’être toujours plus affecté par les obje- ctions que par les preuves.
2» I] n'est pas moins contraire au bon sens de demander pour la religion des preuves de méme genre que celles qui démontrent les vérités de géométrie ; l'existence méme de Dicu, quoique démontrée, ne porte pas sur ce genre de preuves. Les démonstrations métaphysiques qu’on en donne, quoique très: solides, ne peuvent guère faire impression que sar les esprits exercés et instruits ; elles ne sont point à portée des ignorants.
d* La vérité de la religion chrétienne est appuyée sur des faits ; il en doit être ainsi de toute religion révélée. Puisque la révéla- tion est un fait, il doit être prouvé comme tous les autres faits par des témoignages, par l'histoire, par les monuments : il ne pcut et ne doit pas l'étre autrement. N’est-il pas aussi démontré en son genre que César a existé,
u'il y a eu un peuple romain , que la ville de Roine subsiste encore, qu'il l’est que les trois angles d'un triangle sont égaux à deux angles droits? Un esprit sensé ne peut pas
lus douter d'une de ces vérités que de l'au- re. Il y a plus: on peut être indifférent sur la dernière, ne pas se donner la peine d'en examiner et d'en suivre la démonstration, parce qu'on n'a pas l'esprit accoutumé à ces sortes de spéculations ; on passera tout au lus pour un ignorant ; mais si l'on montrait fa même indifférence sur la vérité des faits si l'on refusait d'avoner que César a exist et que Rome subsiste encore , on serait cer- tainement regardé comme un insensé. Ces faits sont dónc rigoureusement démontrés pour tout homme sensé, par le genre de preuves qui leur conviennent, ct il n'est point d'ignorant asséz stupide pour ne pouvoir pas Jes saisir. | 4° La preuve dela religion la plus convain-
cante pour le commun des hommes est la’
conscience ou le sentiment intérieur. Il n'en est aucun qui ne sente qu'il a besoin d'une religion qui l'instruise, qui le réprime, qui le console. Sans avoir examiné les autres re- ligions, il sent par expérience que le chris- tianisme produit en Jui ces trois effets si essentiels à son bonhcur ; il en trouve donc la vérité au fond de son cœur. fra-t-il cher- cher des doutes, des disputes, des objections, comme font les sceptiques? Si on lui en op- pose, elles feront peu d'impression sur lui ; e sentiment intérieur lui tient fieu de toute autre démonstration.
5° Y a-t-il du bon sens à mettre en ques- lion pendant toute la vie un devoir qui uaît avec uous, qui fait le bonheur des âmes ver- (ueuses, et qui doit décider de notre sort
éternel? Bi nous venons à mourir sans avoir vidé la disputé, aürens-nous lieu de nous féliciter de notre habileté à trouver des ob- jections ? Il n'est que trop prouvé qu'un so- phisme est souvent plus séduisant qu'un raisonnement solide, et qu'il est inutile de vouloir persuader ceux qui ont bien résolu de n'étre jamais convaincus.
6° Les sceptiques prétendent qu'ils ont cherché des preuves, qu’ils les ont exami- nées, que ce n'est pas leur faute si elles ne leür ont pas paru assez solides. N'en croyons rien; ils n'ont cherché et pesé que des ob- jections. Ils ont Iu avec avidité tous les livres écrils contre la religion; ils n'en ont neut- être pas lu un seul composé pour la défen- dre ; s'ils ont jeté un coup d'œil rapide sur quelqu'un de ces derniers, ce n'a été que pour y trouver à reprendre et pour pouvoir se van- ter d'avoir tout lu. Dès qu'il est question d'un fait qui favorise l'incréduiité, ils le croient sur parole et sans examen; ils le co- pient, ils le répétent sur le ton le plus affir- tnatif. Vainement on le réfutera vingt fois ,. ils ne laisseront pas d'y revenir toujours. On lesa vus se fácher contre des critiques qui ont démontré la fausseté de certains faits souvent aváncés par les incrédules ; ces écrivains sincères ont été forcés de faire leur apologie, pour avoir osé enfin découvrir la vérité et confondre le mensonge, et c’est ainsi due nos sceptiques ont cherché de bonne foi à s'instruire; les plus incrédules en fait de preuves sont toujours les plus cré- dules en fait d'objections.
Vous nc croyez à la religion, nous disent- ils, que par préjugé ; soit pour un moment. li nous paraît que le préjugé de la religion est moins blámable que le préjugé d'incrédu« lité; Île premier vient d'un amour sincère pour la vertu, le second d'un penchant dé- cidé pour le vice. La religiou a été le préjugé de tous les grands hommes qui ont vécu de- puis le commencement du monde jusqu'à nous : l'inerédulilé, qui n'est qu'un libéra- teur d'esprit, a été le trávers d'un petit nom- bre de raisonneurs trés- inutiles et souvent lrés-pernicieux, qui ne se sont fail un nom que chez les peuples corrompus.
Dieu, disent encore les sceptiques, ne pu- nira pas l'ignorance ni le doute involontai- res. Nous en sommes persuadés ; mais la disposition des sceptiques n'est poin! uns ignorance involontaire ni un doule innocent, H est réfléchi et délibéré ; ils l'ont recherché avee tout le soin possible, et souvent il ne leur en a pas peu eoûté pour se le procurer. S'il y à un cas dans la vie où la prudence nous dicte de prendre le parti le plus sûr mal- . gré nos doutes, c'est certainement celui-ci ; or, le parti dela religion est évidemment le plus sür. '
David Hume, zélé partisan du scepticisme philosophique, aprés avoir étalé tous les so- phismes qu'ila pu forger pour l'établir, est forcé d’avouer qu'il n'en peut résulter aucun bien, qu'il est ridicule de vouloir détruire la raison par le raisonnement; que la nature, plus forte que l'orgueil philosophique, main-
: 6l SCE
tiendra toujours ses droits contre tontes les spéculations absiraites. Disons hardiment qu'il en sera de méme de la religion , puis- qu'elle est eutée sur la nature ; que si nos mœurs publiques devenaient meilleures, tous les incrédules, sceptiques ou autres, seraient méprisés et détestés.
, Dans les disputes qui ont régné enire les théologiens catholiques et les protestants, ils se sont accusés muluellement de favoriser le sceplicisme en fait de religion. Les premiers ont dit qu'en voulant décider toutes les ques- tions par l'Ecriture sainte, sans un autre se- cours, les protestants exposaient les simples fidèles à un doute universel ; 1° parce que le Irés-grand nombre sont incapables de s'as- surer par eux-mêmes si tel livre de l’Ecri- ture est autbeulique, canonique, inspiré, ou s'il ne l'est pas; s'il est fidélement traduit, s'ils en prennent le vrai sens, ái celui qu'ils y donnent n'est pas contredit par quelque autre passage de l'Ecriture; 2° parce qu'il n'y a aucune question controversée entre les différentes sectes sur laquelle chacune n'al- lègue des passages de l’Écriture pour étayer son opinion ; que le sens de l'Ecriture étant ainsi l'objet de toutes les disputes, il est ab- surde de le regarder comme le moyen de les décider.
Sans prendre la peine de répondre à ces raisons , les prolestants ont répliqué qu'en appelant à l’autorité de l'Eglise, les catholi- ques retombent dans le méme inconvénient; qu'il est aussi difficile de savoir quelle est la véritable Eglise, que de discerner quel est le vrai sens de l’Ecriture ; qu'il n'est pas plus aisé de se convaincre de l'iufaillibilité de l'Eglise que du vrai ou du faux de toute au- tre opinion. Les incrédules n'ont pas man- qué de juger que les deux partis ont raison, que l'un u'a pas un meilleur fondement de 5a foi que l'autre.
Mais nous en avons démontré la diffé- rence (1). 1° Nous avons fait voir que la véri- lable Eglise se fait discerner par un caractère évideat et sensible à tout homme capable de réflexion ; savoir, par la catholicilé, carac- lére qu'aucune secte ne lui conteste, el que toutes lui reprochent même comme un op- probre. [i n'est dans le sein de l'Egliso aucun ignorant qui ne sente que l'enseignement universel de celte Eglise est un moyen d'in- struction plus à sa portée que l'Ecriture sainte, puisque souvent il ne sait pas lire. 9: Nous avons prouvé que l'infaillibilité de l'Eglise est une conséquence directe et im-
E M Foyes Dictionnaire thévlogique de Bergier, au mot js
(2) Sur la philosophie de Fichte, voyez Buhle, Hist. de la phil. moderne, 1. Vl, p. 585 de la trad. franc. — M. Bar- ci:ou de Penhoen, Hist. de la phil. aliemande, t. T, p. 529. — Tenuemann, Manuel de Plast. de la phil., t. 11, p. 264. -- Galuppi, Mémo.res de l'Inst. de Fr. aavants étrangers, 1. 1, p. $2, in-4*, 1841. — losmini, Nuovo S io sul ori- g'ue delle idee, t. 111, p. 120, 265, 236, 296, 505. — Stei- ninger, Esamen critique de (a phil. allem. depuis Kant ; Iréves, 1841, p. 51. — Nouv. Revue germanique, passim. — H. Heine, de l'Allemagne, t. I, p. 175. M. Barchou de l'enhoëa a traduit le livre de Fichte sur la destinée de l'homme ; mais cet ouvrage ne représente qu'une des phases de l'iuéaliune irans-endeptal.
Sur la philosophie de Sclielling, on pourra consulter les
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. médiale de la mission divine des pasteurs,
mission qui se démontre par deux faits pu- blics, par leur succession el par leur ordi- nation. Les protestants ont supposé fausse- ment que celte infaillibilité ne pouvait être prouvée autrement que par l'Ecriture sainte; encore uae fois, nous leur avons démontré le contraire.
C'est par l'événement qu'il faut juger le- quel des deux systémes conduil au scepti- cisme et à l'incrédulité. Ce n'est pas eu sui- vani le principe du catholicisme, mais celul de la prétendue réforme, que les raisonneurs sont devenus sociniens, déistes , scepliques , incrédules. Dans vingt articles de ce Diction- naire, nous avons fait voir que (ous sont pariis de là, et n'ont fait que pousser les conséquences de ce principe jusqu'où clles pouvaient aller. Les incrédules .de toutes les sccles n'ont presque fait autre chose que tourner contre le christianisme en général les objections que les protestants ont faites contre le catholicisme. Ce n'est donc pas à ces derniers qu'il convient de nous reprocher que notre système ou notre méthode condui- sent au doute universel en fail de religion.
* SCHELLING (doctrine de). Schelling et, Hégel sont les chefs de toute la philosophie hétérodoxe au dix-neuviéme siècle. M. Coü- sin, (oudateur de l'école éclectique, leur a fait de nombreux emprunts; mais la plupart des autres rationalistes francais, sans excep- ter ceux mêmes qui l'ont accusé de plagiat, ne sont guére sur ce point moins coupables que lui. ll est donc nécessaire d'étudier sé- rieascment ces deux philosophes. Nous avons parlé de l'un (Voy. HécEL) ; nous allons, avec M. de Valroger, exposer l'ancien et le nouveau systéme de l'autre.
$ I. — Ancien système de Schelling.
I. Son point de départ.Fichte, se plagant au centre du moi, avait voulu en faire sortir tou- tes choses ; il avait posé en principe l'identité substantielle du sujet pensant et de tous les objels de la pensée : c'élait.le panthéisme. Mais Fichte prétendait que les objets de la pensée étaient produits par le sujet pensant : C'est ce qui donnail à son panthéisme un caractère spécial, un caraclère idéaliste et subjectif (2): Schelling garda cette idée que la science repose et doit reposer essenlielle- ment sur l'unité radicale de ce qui sail cl de ce qui est su; mais il voulait expliquer d'une maniére nouvelle cette identité absolue du subjectif et de l'objectif. Le moi absolu ne !ui
ouvrages suivants : Steininger, Examen cril'que dc la phi- losopitie allema:de depuis Kant, p. 65, Trèves, 18H. — H. Heine, de l'Allemagne, t. L, p. 215. — M. Barcho : de Penhoëu, Hist. de La phil. allemande, 1. 11, p. 3. — A. Saintes, Hisl. de lu viset es ouvrages de Spinosa, p. 272, 308, 319.— Rosmini, Naovo Saggio sull origine delle idee, III vol. de la seconde édition, p. 103, 266, 212, 292, 296, 298. — M. Matter, Schelling et la phil. delanature, brochure in-és, Paris, 4842. — Tennemaun, Manuel de l'hist. de la
hil., t. H, p. 284. — M. Cousin indique l'exposition de T'ennemann comme excellente. La philosophie de la na- ture n’est, à propreme.t parler, qu'une partie secondaire du système de Schelling: mais comme elle a été plus dé- veloppée que les autres paries, elle douné son nom à l'eusemble.
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paraissait point assez abstrait; il chercha un principe plus indéterminé, plus insaisissablo encore. Au-dessus de l'idéal et du réel, du moi et de la nature, i! placa donc l'absolu.
Il. Notion de l'absolu. Mais qu'est-ce que l'absolu? Les formules données par Schelling pour le faire concevoir sont (rég-variées , souvent poétiques et ambigués, souvent in- intelligibles, et quelquefois contradictoires, du moins en apparence.:Dans son Bruno, empruntant le langage des gnostiques, il l'appelle le saint abîme duquel sort tout ce qui est, el dans lequel tout retourne, Bruno, p. 66. Ailleurs il déclare qu'il est difficile d'en exprimer la nature dans le langage des morlels, ibid., p. 132. Je le crois sans peine. Recueillons pourtant ses principales défini- tions. L'absolu n'est ni infini, ui fini; ni étre, ni connaltre, ni sujet, ni objet. Qu'est-ce donc? C'est ce en quoi se confondent et dis- paraissent toute opposition, toute diversité, (oute séparation, comme celle de sujet et d'objet, de savoir et d'étre, d'esprit et de na- ture, d'idéal et de réel. C'est la force univer- selle à l’état de simple puissance. Srhelling lui donne quelquefois le nom de Dieu (1). Alors il distingue en Dieu deux états : il y a d'abord Dieu en soi, à l'état d'idée, Deus im- plicitus ; puis Dieu, se révélant dans le monde et par le monde, arrive à une exis- tence accomplie, Deus explicitus.
D'autres fois Schelling ne fait de Dieu u'une des formes de l'absolu, un des points e vue sous lesquels on peut le considérer.
Enfin Schelling paralt avoir concu Dieu comme 1a raison absolue et impersonnelle, comme le monde idéal, l'idée de toules les idées (2). Cette conception, qui peut au fond se ramener à laprécédente, a, comme nous le verrons, servi de base au système de Hégel.
Cetle force unique qui engendre éterneile- ment l'univers; on peut l'appeler natura naturans; elle n'est, à proprement parler, l'univers, natura naturata, qu'autant qu’elle est à l'état de développement ou d'actualité. Mais soit qu'on considére la nature en puis- sance ou en acle, c'est, au fond et toujours, une seule et méme chose : c'est l'absolu. La nature déployée en individus est toujours la nature, et les individus ne sont que ses for- mes, ses phénomènes; car tout est un et le méme (3).
Traduisant ce principe fondamental dans un style mythologique , Schelling appelle l'univers un animal immortel, et les corps célestes des animaux intelligents, des ani- maux bienheureuz, des dieux immortels (4).
lll. Développement de l'absolu. En raison d'un fait primitif, ine£plicable, le moi et le non-moi, le subjectif et l'objectif, l'esprit et la malière, se dégagent du sein de l'absolu;
(1) C'est ainsi que M. Cousin a entendu le principe de sou maire. Aprés avoir dini l'a: solu: « La substances Commun: et le commun idéal du mr i et du non-moi, leur identité, » i! ajoute aussitôt : « Cette ideutité absolue du mor et du uou-moi de l'homme et d: la nature, c'est Dieu. » Frag.-yhilos., préf. de la 2° édit., p. 28.
B Bruuo, pag. 43.
5) L'uuité de l'abs.lu est si rigoureuse, suivant Schel- Bug, que, par rapport aux choses en elles-mêmes, il u'y a
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l’un et l’autre vont parcourir chacun de leur côlé une série de transformations et d’évo- lutions. De là trois parties dans la science générale : la philosophie de la nature ou da réel, la philosophie de l'intelligence ou de l'idéal, puis au - dessus la philosophie de l'absolu.
Mais s'il y a distinction et division daes l'absolu, l'identité universelle n'en subsiste pàs moins. Les lois de la nature se retrou- vent au dedans de nous comme lois de la conscience, et réciproquement, les lois de la conscience se retrouvent comme lois de la nalure dans le monde extérieur, où elles se sont objectivées. Au moyen des idées de la raison, nous pouvons donc connaltre l'es- sence et la forme de toute chose : être et connaître étant identiques, la philosophie de la nature peut être construite a priori.
Le développement de l'absolu dans l'idéal et dans le réel, ou l'absolu sous sa forme secondaire, c'est ce que Bruno et Spinosa appelaient natura nalurala.
L'univers matériel est l'ensemble et la combinaison des puissances réelles de l'ab- solu. L'histoire est l'ensemble et la combi- naison de ses puissances idéales.
Schelling a différentes formules pour ex- primer le développement de l'absolu :. il l'appelle tantôt sa division, sa manière de se différencier, tantôt sa révélation spontanée, quelquefois aussi la chute des idées. Dans ces diverses formules, comme dans toute la
hilosophie de Schelling, on reconnait les influences diverses qui l'ont fait passer tour à tour de Spinosa à Bruno, et de Bruno aux néo-platoniciens.
IV. Du réel ou de la nature (5). La matière n'est point, comme on l'imagine cormmuné- ment, quelque chose d'inerte en soi, et qui ne peut étre mis en jeu qu'accidentellement par une influence extérieure. Tout est force et activité. Dans la pierre, la force et l'acti- vité sont en léthargie; mais de ce degré infé- rieur jusqu'aux degrés supérieurs de l'orga- nisalion, il y a une progression continue d'énergie, de spontanéité et de liberté. Ce développement progressif ne se fait pas au inoyen d'une excitation externe, mais par une spontanéité interne toujours croissante. Ce que le vulgaire appelle étre, matiére, substratum des phénomènes, n'est autre chose que cette puissance active de la nature qui s'apparalt à elle-même dans l’homme sous sa forme la plus pure. La nature activo est avec sa forme une seule et méme chose; elle agit sous celte forme, elle est réelle en elle et par elle.
La spontanéité est donc la loi du monde; et cette loi, encore une fois, n'a pas été im- posée du dehors : c'est une loi interne, une
pas de succession. Le temps est purement idéal. Voir Bruno, p. 76. D'où l'on a conclu, par exemple, que la lune, considérée en elle-même, est en inème temps eu conionction et en opposition aee le soleil.
(4) Bruno, pag. 72, 80, 96, 97.
(5) Selielling paraît employer souvent le moL nature cuume synonyine d'absolu; mais ici il restreint sa signif cation, et le prend comme synouyme de réel.
65 sci
uissance et une vie universelle. Méme dans a nature organique, il y a une règle et une puissance, ou, en d'autres termes, idée et eic. Distinction dans ce qui est la non-dis- tinction, déploiement en multiple de ce qui était un, évolution de ce qui était enveloppé, en un mot individuation : voilà la grande régle qui se révéle dans la nature tout en- tiére.
La nature, de ce qu'elle était d'abord, germe de tout, mais germe à l'état de léthar- gie, se fait monde et organisme infini, où l'individu n'est rien par lui et rien pour lui. — Chaque objet détaché est le symbole et la répétition de l'infini. Au début, la vie de lindividu est d'abord enveloppée dans un
erme: elle y sommeille, mais bientôt son activité s'éveille, se déploie et devient par elle-même ce qu'elle doit devenir en vertu de sa nature. Le germe se développe comme s'il suivait un modèle. Même dans le règne végétal et dans le règne animal, il s'efforce de réaliser, dans son développement, un type ou une idée; s'il suit son idéal aveuglément, du moins il le suit exactement. Sans doute nous n'observons ici l'idée que sur un degré inférieur de l'échelle; toutefois elle existe; et si le germe s'y conforme de lui-même, c'est unc preuve manifeste qu'elle est sa loi. Mettez à la place d'un gland ou d'un cuf un sujet plus développé, l'homme, par exemple, il suivra avec une parfaite conscience l'idée de son déploiement, et il comprendra que cette idée n'est autre chose que son instinct interne, sa destinée essentielle. Il se révèle donc dans les individus, aussi bien que dans le grand tout, une loi qui se fait reconnaître comme une irrésistible activité, une néces- sité interne, ou une idée active et vivante. Le monde réel n'est rien autre chose que le 1nonde idéal, passant de la puissance à l'acte, et s'objectivant, se manifestant progressive- ment sous une forme visible et palpable.
Quoiqu'on ne puisse concevoir d'époque où la raison absolue ait existé seule et sans l'univers objectif, quoique l'univers soit la forme éternelle et nécessaire de la raison absolue, il n'y en a pas moins développe- ment et perfectionnement successif dans l'existence du monde. L'imagination de la nature dort dans la pierre, réve dans l'ani- mal, et ne parvient que dans l'homme à une véritable connaissance de soi-méme.
Si l'activité de l'absolu n'a pas conscience de sa fin dans tous les objets. elle n'en pro- cède pas moins dans tous ratlionnellement, et tout le système d'organisation qui se révèle dans le monde n'est autre chose que la rai- son qui y existe. Il suit de là que tout est bien, chaque chose étant ce qu'elle est en vertu d'une raison qui l'oblige d'être ce
u'elle est, et l'empéche d'étre autre chose.
’esl là ce que le disciple le plus célèbre de : Schelling, Hégel, exprimait par ces mots : " Tóut ce qui est réel et rationnel. —La raison humaine est la loi du monde prenant conscience d'elle-móme au moment oü elle atteint le plus haut degré de son développe-
sci . 66
ment. Elle s'annonce déjà dans les règnes inféricurs , et devient perceptible comme instinct sur les derniers degrés de l'échelle, mais c'est seulement en nous qu'elle arrive à une existence compléte.
Cette loi supréme et idéale que suit la na- ture existe nécessairement et par elle-méme ; elle est le seul Dieu que Srhelling reconnût autrefois. I! soutenait en effet de la manière la plus formelle qu'il n'y a en dehors du monde ni créateur ni ordonnateur. S'il con- servait les noms de Dieu et de Providence, c'était en leur donnant un sens tout différent du sens ordinaire. Tout le charme du monde reposait, suivant lui, sur cette antithése que, produit par des forces aveugles, il est néan- moins cn tout et partout rationnel. Dire que la nature est une agrégalion d'atomes sans vie, combinés par le hasard, et dire qu'une puissance étrangére à la nature et souverai- nement intelligente a dispos? le monde comme il est, ce sont là, s'il faut l'en croire, deux erreurs également insoutenables (1).
V. De l'idéal. Le théátre des développe- ments de l'idéal, c'est l'histoire.
Il y a une force supérieure qui domine et dirige tous les développements de l'huma- nité; mais celte force n'est pas un être libre comme le Dieu des chrétiens : c'est une loi nécessaire qui se trouve au sein de l'absolu. Cette loi étant rationnelle ou idéale, on peut a priori déterminer tout le plan de l'histoire. Le développement progressif de l'absolu dans le temps peut être divisé en trois pé- riodes : la première est celle de la fatalité; la seconde, celle de la nature; la troisième, celle de la providence. Nous sommes dans la seconde période, et l'on ne peut dire quand arrivera la troisiéme. Sous ces (rois noms, - Destin, Nature, Providence, il faut reconnaf- - tre un méme principe, toujours identique, mais se manifestant sous des faces différen- tes : en un mot, l'absolu. |
L'art est ]a création libre et spontanée au moyen de laquelle l'esprit humain réalise exlérieurement les intentions de l'éternelle raison. 1l n’est pas moins qu'une continuelle révélation de Dieu dans l'esprit humain.
L'Etat est l'image vivante, animée de la raison ; il est l’œuvre de la raison tendant à se manifester au dehors à mesure qu'elle s'éveille dans les masses populaires; il est la mise en jeu, le résumé le plus sublime d: toutes les puissances de l'idéal. — La réali-
sation de la notion du droit, voilà le dernier
but que doit atteindre l'humanité. Ce sera la
fasion de tous les peuples en un seul peuple,
de tous les Etats en un seul Etat; on ne con« nalira d'autres régles et d'autres lois que ce qui est bon, juste, légitime; le droit sera sur le tróne.
Dans l'histoire : Dieu se fait, Dieu devient. Sortis de l'absolu, le réel et l'idéal viennent
. se confondre dans l'absolu. Au dernier terme
de ses développements, l'absolu fait un effort pour se saisir, se savoir, se comprendre en
tant qu'absolu, en tant que suprême identité.
]! a conscience de cet effort, et alors apparaît
(4) Voyes Matter, pag. 26, 27. Ueber das Verhaelniss der biltenden Künste zur Natur, vol. I, pag. 546,
01 | DICTIONNAIRE DES HERESIES. 63
‘’Ja philosophie; elle est la conscienee que l'absolu a de lui-même.
L'absolu dénué de la conscience de soi-
méme, voilà le point de départ ; l'absolu élevé
^" à la conscience de soi-même, ou bien la
philosophie, Wglà la conclusion dernière de fautes choses. —
VI. Des étres finis. L'absolu n'existe pas en dehors des êtres finis qui sont ses idées ct les formes de ses idées. Comme il n'y a qu'un seul étre, rien de fini n'existe en soi; le fini n'a qu'une réalité apparente. L'apparition des êtres particuliers dans l'étre infini ne constitue pas une véritable division; car, dans l'absolu, le réel et l'idéal se confondent à tel point, que la différence méme entre le réel ct l'idéal n'est qu'idéal (1). — Le corps et l'Àme de l'homme ne sont que deux modes différents, deux- formes d'une essence indivi- sible. Le moi n'a une existence propre que dans ses actes. Notre âme ne peul conserver J'individualité aprés la mort, car sa limita- lion dépend du corps et finit avec lui. L'idée de l'áme est seule éternelle (2).
VH. Conséquences. Telle est en résumé celte philosophie de la nature que M. Cousin appelait encore en 1833 [a vraie philosophie. La voilà dans toute sa rigueur. Or, n'est-ce pas là du panthéisme, el méme le panthéisme le plus complet? C'est en vain que Schelling et ses amis se sont débaltus contre cette accusalion : il est possible qu'ils n'aient jamais été panthéistes ailleurs que dans les écoles et dans les livres; il est possible qu'ils ne le soient plus du tout; mais, dans les écoles et dans les livres, ils l'ont été jadis, ils l'ont été longtemps. À la vérité, il est sans cesse question dans Schelling d'une provi- dence et dun étre supréme; mais qu'est-ce que celle providence? C'est une loi néces- saire. Qu'est-ce que cet étre supréme, cet absolu? C'est la substance universelle, c'est tout ce qui est, car toul est un et le méme. Point de création. 8i Dicu est quelque chose, il n'est plus que l’âme du monde; il se dé- veloppe falalement dans la nature et par la nature, et c'est dans l'humanité seulement qu'il arrive enfin à l'existence personnelle.
VIII. L'identité absolue étant posée en principe, que deviennent la liberté et la res- ponsabilité morale? Logiquement on ne sau- rait plus les admettre. Aussi Schelling s'est- il exprimé plus d'une fois en fataliste. Nous lisons, par exemple, dans Tennemann, qu'il définit la vertu : « un état dans lequel l'âme se conforme, non pas à une loi placée en dehors d'elle-méme, mais bien à la nécessité interne de sa nature.» Cependant ici, comme
(1) Schelling, dont la prudence est proverbiale en Alle- magne, avait soin de dissimuler, par toutes sortes de stra- Logémes, les conséquences naturelles de ses principes ; peut-être aussi t&cbait-il de se faire illusion à lui-même. € L'ábsüld, disait-il, détruit si peu notre personnalité,
' "uam contraire ‘il demeure toujours ímmanent daus fes . personnalitós. qu'il eonstitue; et dès lors elles sont éter- , belles. Dans organisme, de, l'homme, u'y a-t-il pas d'au- tres organ:smes qui ont une sorte de vie indépendante et than? Be ter? Atos Vol dans notre corjs a son :cti- Mité.. eed fonetions,: -ea-eanlé; se3- maladies et sa mort à 1. ». Mais l'ail n'a da. ipouvement. qu'autant que l'âme
ui en imprime. Si l'exemple choisi par Schelling est
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sem ed... € Let be son 882-5 pot
sur les autres points, Schelligg était inépui- sable en ressources pour échapper aux ob- jections : lui reprochaïit-on de détruire Ia distinc!ion entre le vice et la vertu, les idée de mérite et de démérite,... alors il répon- lait: « Il y a quelque chose de plus grand que la verlu et la morale du vulgaire; il y 4 un état de l'âme dans lequel les commande- ments el les récompenses sont inutiles ét in- connues, parce que dans cet état l'âme d'agit que par la nécessifé de sa nature. L'âme, disait-il, n'est vraiment veriueuse que si clle l'est avec une liberté absolue, c'est-à-dire si la vertu est pour elle Ia félicité absolue. Etre malheureux ou se sentir lel, c'est la vérita- ble immortalité, et la félicité n'est pas un accident de la vertu : c'est plutôt Iq vertu elle-même (3). » | ]
IX.. Fichte, Schelling, Hégel et M. Cousin, entendent la liberté comme les jansénistes et les protestants. Logiquement ils le doivent : la liberté, à leur point de vuc, ne peut être que l'affranchissement de toute coaction, et non pas l'offranchissement de la nécessité, Suivant Schelling, il est vrai, dans une sub- jectivité véritable, le développement interne ne présente pas le méme caractère de néces- sité que dans les degrés inférieurs de l'exis- tence ; le déploiement du moi, par exem- ple, est spontané et volontaire. — Mais, il faut bien le remarquer, la spontanéilé et là volonté ne sont pas le libre arbitre, la faculté de choisir. |
M. Matter expose sur ce point la théorie de Schelling d'une manière qui confirme l'opinion que nous venons d’éieitre : « Éntre Ja liberté ct la nécessité, dit-il, il y a la plus grande analogie. Sans doute, elles sont ca- ractérisées par des nuances très-sensibles, mais il n'existe point entre elles de différence de nature; au contraire, ces deux termes désignent au fond une méme loi, uno même puissance, une méme activité : celle du dé- ploiement des germes. La nécessité en vertu de laquelle un objet qui a conscience de lui (c'est-à-dire un sujet) se développe d'une maniére conforme à sa nature, est la liberté au point de vue de ce sujet (^). »
. Ainsi donc il n'y a point de libre arbi- tre : l'homme fait ce qu'il veut, mais il ne peut pas vouloir autre chose que ce qu'il veut. Dés lors point de responsabilité morale; point de vice, mais aussi point de vertg ; point d'enfer, mais aussi point de ciel. — L'âme humaine, dit-ou, est la raison sapréme dans une individualité. Voilà qui est à mer- veillel Mais, si nous sommes des dieux in- carnés, par malbeur nous ne sommes im-
exact, on devra donc dire que notre âme pareillement re« çoit de l'absolu toutes ses délerminalions. C’est en vain que Schelling repousse cette conséquence; ella jui 9st imposée irrésistiblement par son principe de l'idenüté uni- verselle. | ' .
(2) Philos. und Religion, pag. 68.
(8) Phálos, und Religion, pag.60, 61.Cesidées se trouvent aussi dans I Ethique de Spinosa: «Beatitudo non est wir. tutis premium, sed ipsa virtus. . » Part. u, iu fine, part, We propos. 19, 28, et part. v, Prop. 42. .
(4) A Matter, Schelling et la philosophie de la nature j pag. 20.
e ScH
mortels qu'en idée : la mort, en déchirant notre enveloppe personnelle, fait rentrer notre divinité à l'élat latent. Cela est tristel
XI. Ezplication de nos mystères. Sur ce
(ond de doctrines impics, Schelling étendait '
prudemment un voile de formules chrétien- nes. H n'y a pas dans notre symbole un scul mystère qu'il ne prétendft éclairer ct traduire scientifiquement : la Trinité, lepéchéoriginel, l'incarnation, la rédemption, devenaient des métaphores ou des allégories panthéistiques; et tous les fails de l'histoire religieuse subis- saient les transformations les plus inalten- duessousla baguette puissante de ce magicien. Essayons rapidement d'en donner quelque idée. . Déchéance. Notre activité, suivant Schel- ling, ne peut dériver de Dieu tout entière; elle doit avoir une ràcine indépendante, au moins en ce qui concerne la liberté de faire le mal. Mais d'où peut venir celle mauvaise moitié de l'homine, si elle ne vient pas de Dicu? A celte question, voici la réponse du philosophe : Le monde primitif ct absolu éiait tout en Dicu; mais le monde actuel et relatif n'est pas (el qu'il était, et s'il ne l'est ‘plus, c'est précisément pirce qu'il est devenu quelque chose en soi (1;. La réalité du maf apparut avec le premier acte de la volonté bumaine, posée indépendante ou différente e la volonté dívine, et ce premier acte a été Vorigiue de tout le mal qui désale le monde. lci on entrevoit confusément deux systé- mes bien différents : suivant l'un, la chute originelle, source de lout mal, c'est l'indivi- dualité, la personnalité; suivant l'autre, le péché primitif a été un acte de la volonté humaine opposé à la volonté divine. Le premier de ces systèmes a été inspiré par le panthéisme, bien qu'au fond il ne puisse s’accorder avec Jui. Qüaut au second, il est bien clairement encore en contradiction avec le principe de l'identité absolue. Comme les gaostiques el Jacob Boehine, dontilemprunte souvent les idées et méme le langage, Schel- liug, prétend rattacher ses théories les plus bizarres aux texles de nos livres saints ; mais il donne, bien entendu, à ces lextes uue si- gnification dont personne ne s'était jamais avisé. — Poursuivons notre exposition. Réhabilitation. « La chute de l'homme ne brisa pas seulement le lien qui rattachail ses facultés à leur centre; elle eut dans le monde des résullats immenses. Le monde fut en effet, en dehors de Dieu, de Dieu primitif, de Dieu le Père. Il agit désormais comme étre à part, à peu prés comme dans les théories gnostiliques , copix, l'àne du monde, et les génies émanés de son sein. Mais un Sauveur devait ramener au père ce qui était émané du - père; second Adaw, il assembla les puissan- ces disséminées, il rendit à leur primitive harmoniela conscience du mondeet la sienne,
(1) M. Matter ajoute que, suivant Sehelliag, l'absolu a -&onduit le mo:xie de telle sorte, qu'il devint quelque chose por soi; inais alors c'est donc l'absolu qui est coupabte du
éché originel. Voir M. Mauer, p. 52,55. Sc belling avait dit us son Bruno : « S'll arrivo que les êtres que nous nom moss ind:vidueis parviennent à une conscieuce individuelle, c'est lorsqu'ils se séparent de Dieu, et qu'ils vivent aiusi
sci 70
celle de l'identité ; il redevint le Fils de Dieu, sc soumit au Père, et rétablit ainsi dans l'u. nité primilive ct divine tout ce qui est. C'est ainsi que l'infini, Dieu, est rentré dans le fini, le monde. Aussi Dieu, devenu homine, le Christ, aélé nécessairemen{a fin des dicux du paganisme (2). » |
« L'unité rétablie, l'homme ne peut néan- moins se sauver que parla mort del'égoisme, et en participant au sacrifice du Christ. Or, il faut la puissance divine, le Saint-Esprit, pour faire cesser la division de la volonté, et de la pensée humaine. Ibid.»
XII. Histoire de la Religion. — Telleesten substance la théorié de la chute ct dela ré- habilitation imaginée par Schelling. M. Bal- lanche, M. Cousin, et surtoat M.Leroux ont imilé ce nouvcau gnosticisme d'une façon
lus ou moins timide, plus ou moins hétéro- oxe. Mais les vues du' philosophe allemand sur le paganisme ont exercé parmi nous une influence beaucoup plus profonde. Longue- ment développée dans la compilation de MAT. Creuser et Guigniaut, elles apparaissent souvent dans MM. Cousin, E. Quiuet, Leroux et une multitude d'autres écrivains moins importants. Nous allons donc les résumer, . Dans l'intervalle entre la chute et la réha- bilitation, «les facultés de l'hommeagissaient instinclivement dans le sens des puissances de la nature, et lisaient pour ainsi dire daus leurs secrels. » C'est là ce qui explique la divination et le prophétisme, les oracles et les mythologies (3).
- Toutelasubstance de lareligion chrétienne était cachée dans le symbolisine des mystéres païens : elle se faisait graduellementeu vertu de la 10i du progrès, et, dans les derniers siècles qui ont précédé notre ére, elle était à peime enveloppée de quelques voiles trans-
arenls. Ainsi ce n'est pas seulement chez es Juifs et les patriarches que l'on doitcher-
cher les origines de nos croyances. Chaque
peuple de l'antiquité a contribué pour sa part à la formation de notre symbole et de notre culte. Toutes les religions païennes étaient comme les divers chapitres d'une vaste el nécessaire introduction au christia- nisme (kh). Dupuis est un des hommes qui ont le mieux entendu l'histoire des religions
$ II. — Nouveau système de Schelling.
L Variations de Schelling. La pensée de Schelling a subi de nombreuses transforma- lions. Disciple de Fichte, il nes'éloignait guère d'abord de l'enseignementde son maître ; peu à peu cepeudant il se détacha de l'idéalisme
ranscendental et développa sa philusophiede a nature. Suivant un de ses amis les plus in- limes, c'est pendant son enseignement à Iéna qu'il s'éprit d'enthousiasme pour le juif d'Amsterdam, et se fit décidément spinosiste. « Mais voilà qu'il incline peu à peu vers le
à
dans le péché, Mais la vera consiste à faire sbnégation de .
so0 in lividual:té, et à retourner ainsi à Dieu, source éter- nelle des individualités. » Bruno, p. 58 à 68.
(2) Matter, pag. 54.
$) Idem, ibid.
4) Philos. und Religion, psg. 15.
T DICTIONNAIRE DES HERESIES. LE
théisme, sans renoncer pour cela au fond de son système: la lecture de Jacob Boehme parait avoir fait sur lui une vive impression. C'est désormais dans Schelling une lutte entre le théisme el le panthéisme (1). »
JE. Retour au théisme. — Peu à peu il s'est opéré dans son intelligence une révolution dont les résultats définitifs viennent seule-- meut d'être connus. Les causes de cette ré- volution sont nombreuses. Vivement attaqué, Schelling, toui en se défendant, fut contraint de se rapprocher des opinionsqu'on lui oppo- sait, et sans avoir le courage de reconnaître franchement ses erreurs, il devint à la fin si différent de lui-même, que beaucoup de per- souncs crurent à sa conversion. Les rationa- listes l'accusérent avec violence d’avoirtrahi leur cause, el de s'étre fait catholique. Mal- heureusement ce n'était !à qu'une erreur. Toutefois sans revenir complétement à la
vérité, le philosophe modifiait progressive-
ment sa terminologie et sa pensée. Il n'ac- cominodait pas seulement son langage à celui du christianisme, mais il cherchait à ratta- cher ses théories les plus audacieuses aux croyances communes; et bientôt il arriva à des principes manifestement inconciliables avec ceux qui servaient de point de départ à son panthéisme. — De plus un changement heureux survint dans ses études. Aux médi- lations abstraites, aux réveries enthousiastes succédait l'observation des monuments et des faits historiques. Nu jour où sehelling quitta le monde fantastique qu'il s'était créé pour entrer définitivement. dans le monde réel, il dut un peu se désenchanter des ulopies qui avaient absorbé d'abord sa jeune imagina- tion. Les extravagances dans lesquelles tom-