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PROFESSORJ.S.WILL

CORRESPONDANCE

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RÉFORMATEURS

DAB lis PAYS DE LAK.IiE FRAM.AISE

nKClTRH-UE ET PUIJUKK

AVEC

D'AUTRES LETTRES RELATIVES A LA RÉFORME

KT DES NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES

PAR

A.-L HERMINJARD

TOME HUITIÈME (1549 à 1543)

AVFC UN INDEX ALPHABÉTIQUE PE3 NOMS

GENE\'E, BALE, LYON (iEOiu; c*^ r:<\ lihiiaihks-éditeuhs

PARIS

fi. FISCHRACHER, 33, RUE DR SEINE

1893

CORRESPONDANCE

DES

RÉFORMATEURS

D.US LES rWS IIE l.l\l.lE Fll\.\i:\l)iE

GENÈVE. IMPRIMERIE W. KUXDIG & FILS.

CORRESPONDANCE

DES

RÉFORMATEURS

DA^'S LES PAYS DE LAM.IE FRAMiAISE

RECUEILLIE ET PUBLIEE

AVEC

D'AUTRES LETTRES RELATIVES A LA RÉFORME

ET DES NOTES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES

PAR

A.-L IIERMINJARD

TOME HUITIEME 1542-1548

GENEVE, BALE, LYON

GEOHG & C'«, LIBKAIRES-ÉDITEURS

PARIS

G. FISCHBACHER, 33, RUE DE SEINE

1893

Tous di'oits réservé.-i.

A MONSIEUR LE RECTEUR

ET

A MESSIEURS LES PROFESSEURS

DE

L'UNIVERSITÉ DE GENÈVE

HOMMAGE EESPECTTJEUX

CORRESPONDANCE

RÉFORMATEURS

\ r

SUITE DE LA QUATRIEME PERIODE

Depuis Facceptation des Ordonnanfcs ecclésiasti(|ues à Genève jusqu'à la ruine du parti des Libertins.

154 1 1555

T. YtlI.

1110

GxnLLAUME FAREL à Jean Calvin, à Genève. De Neuchâtel, 2 mai 1542.

Aiitograplie. Bibl. dos pasteurs de Neuchâtel. Calv. 0pp.

Brunsv. XI, 391.

S. Hodie priniïnn iiiihi redditaî fuerunt tuœ literse, et quas scripsit Viretus paulô antè quàm tuas ' : ut mirer tam tardare tabellarios. Quod dicebam priîis ^, idem rursus dico : ne te in scribendo fatiges ueqHe Viretus. Satis et plus satis est qîiod agatis. Utinam addat vobis adjufores Domimis pro remoris istis ^ ut onus tantum levius liât ! Scripsi de cœtu nostro, qui 9. hujus mensis est nohis datus * : cui optarent fratres te vel Viretum adesse, ut jam ad Viretum scripsi. Si fieri potest, sinite

^ Allusion à deux lettres que nous n'avons pas retrouvées.

^ Voyez la lettre de Farel du 19 avril (t. VII, p. 455, lig. 8-16).

' Henri de la Mare, Amé Champereau, et peut-être aussi Jacques Ber- nard, collègues de Calvin et de Viret à Genève (Vn, 328, n. 12; 410-411; 438, 439, 448, 455).

* Tous les pasteurs du comté de Neuchâtel devaient tenir un Synode le mardi 9 mai. Ceux des églises voisines y étaient invités. Il paraît que les assemblées de ce genre ne pouvaient avoir lieu sans la permission du Gou- verneur.

4 GUILLAUME FAREL A JEAN CALVIN, A GENÈVE. 15i2

id à vobis impetrari. Qu» te iirunt non sinunt me quiescere. Dominns nobis aperiat viam qua consuli sanctè possit omnibus ecclesiis, quam omnes sequamur omnibus postpositis. In literis Bnceri video me plurimùm peccare, dum mihi accidit quod ille deflet % nimirum dum linguas malas vitamus, dumque timemus offendere quos optamus in officio continere, non pauca omit- tuntur quse agenda essent. Christus sit nobis propitius, et spiritu consilii, sapientiœ et fortitudinis nos donet !

Audio confessionem Provincialium prohatam fuisse a Rege ^, et factam fuisse copiam Roherto l^teplumo imprimendi Bihlia Gallica '^ : unde conjicio viam satis apertam ad Verbum, si essent qui qua oportet ratione pure et appositè verbum Domini proponerent. Sed vereor multos esse qui si attigerint unum aut

^ La lettre de Martin Bucer que Farel mentionnait le 19 avril (VU, 455, lig. 1-7). Éd. de Brunswick : dum nihil accidit.

® La Confession de foi présentée au parlement de Provence, le 6 avril 1541, par les Vaudois de Mérindol (YLI, 82, n. 6). <■ Or, après la dicte présentation (dit un opuscule de 1555), plusieurs ont désiré plus ample

déclaration de la foy des dicts de Mérindol A ceste cause, les dicts

ont envoyé plus amples articles au Cardinal Sadolet, pour lors Évesque de Carpentras*, aussi aux Syndiques d'Avignon et à l'Évesque de Cavaillon, et à tous ceux qui en ont demandé tant en général que en particulier. Et mesmes le feu Roy Françoys.... voulut savoir et entendre quelle estoit la doctrine que suyvoyent les d. de Mérindol et autres persécutez au pays

de Provence. Et devant sa majesté royale, la dicte confession fut leue

par son Lecteur ordinaire, nommé Castellanus. Et après avoir esté leue de poinct en poinct, le Boy demanda en quel endroict on trouvait faute ou chose à redire en la d. confession de foy. Et nul n'osa ouvrir la bouche pour y contredire. » (Hist. mémorable de la persécution de ceux de Mérin- dol, etc., in-S", p. 41).

Il est difficile de concilier ce témoignage avec le suivant : « Le 17 may 1543 (lit-on dans le plaidoyer de Jacques Aubéry pour les Vaudois. Paris, 1645, p. 52), le Roy envoyé ses Lettres patentes de troisième grâce, » il rappelle « ses précédentes lettres [du 8 février 1541], ausquelles les notez d'hérésie n'ont obéi, parce qu'ils ont envoyé une créance et confession de leur foy par écrit, que la Cour n'a voulu recevoir, comme aussi le Roy n'entendoit qu'elle fust receue. » De deux choses l'une : François I^r oubliait, en 1543, qu'il avait approuvé en 1541 la Confession de foi des Vaudois, ou bien l'auteur de VHistoire mémorable a été induit en erreur.

^ C'était un faux bruit. Renouard (Annales des Estienne) ne mentionne aucune Bible française publiée eu 1542 ou en 1543 par Eobert Estienne.

* Sadolet leur répondit par une lettre très amicale, dont Crespin a publié le soramaii-e, Hist. des martyrs, éd. de 1582, f. 138 verso.

IS42 GUILLAUME FAREL A JEAN CALVIN, A GENÈVE. 5

altoniin abusuni Pontificis, roj)iitent se statim totum Evange- lium ijrœdicasso. Tu qui in hoc valcs ot multos nosti, potes adinonere, ut non dubito facis " : ut istic eniteris rei)urgare (luœ terri non possunt. Is qui oninia potest sua te roboi-et vir- tute, qua possis quod sanctè cupis ! Hannonius non jji'imus nobis iniposuit '•', iiec erit postrenius : ita fucibus [1. fucisj '" saepe adsumus, dum credimus bonis benefacer(\ Hîc felix est Barharinns, neque ego minus, sed i)er familiam, et quia locus non est, pauciores exeipio ". H^iic ''^ quid consilii visuni sit dare, ex eo audies. Tractavit qua'dani euni eo Zehedeus^^, quae non satis probantur. Sed de his aliàs, Vale et omnes saluta, preecipuè Viretum cuni vestris conjugïbns. Fratres mei tibi salutem et omnibus dicunt. Neocomi, 2. Mail 1542.

Farellus tuus totus.

Literas Buceri non remitto nune : statim per aliuni mittam.

(Inscrij)tio :) Christi servo Jo. Calvino, fratri et symmystse quàm chariss. Genevae.

^ Calvin avait donc conservé des relations avec quelques-nns des prédi- cateurs catlioliqucs-romains qu'il avait connus en France.

^ Nous n'avons aucun renseignement sur ce personnage. Il ne faut pas le confondre avec celui qui est appelé Annonius dans la lettre des pasteurs neuchàtelois du 3 décembre 1545.

" La troisième lettre de ce mot a la forme d'un c plutôt que d'une r. Farel a peut-être écrit par inadvertance fucibus au lien de fucis, qui irait bien ici. Les éditeurs des Cnlvuii Opéra ont lu fœcihus.

" Thomas Barbarm, pasteur de Boudri, était dispensé de .donner l'hospitalité aux voyageurs, parce qu'il demeurait assez loin de la grand' route de Neuchàtel. Guillaume Farel ne i)ouvait en recevoir, parce qu'il n'avait pas assez de place dans sa maison, logeaient alors deux ou trois de ses frères.

*^ Au porteur de la présente lettre.

^' Voyez, sur André Zébédée, le N" 1127.

6 LE CONSEIL DE BERNE AU CONSEIL DE NEUCHATEL. 1542

IHl

LE CONSEIL DE BERXE au Gonseïl de Neuchâtel. De Berne, 4 mai 1542.

Minute orig. Arch.de Berne. Samuel de Cliambrier. Descrijjtion de la Mairie de Neuchâtel, 1840, p. 333.

Nobles, saiges, expei'ts, très chiers et féaulx bourgeois ! Les prédicantz et ministres du sainct évangelle de Nostre Seigneur au Contel de Neufchastel nous ont advertis, par la voix de maistre Gnillaume Pharell, de la délibération qu'ilz ont de tenir nng chajJjntre général ou congrégation des frères ministres ', pour le bien, prouffict et advancement de la Parolle du Seigneur, singulièrement pour mectre quelque meilleur ordre au cours et conduicte du Consistoyre de Neufcliastel^,

^ On lit dans le Manuel de Berne du 4 mai : « Pharellus prie mes Sei- gneurs de leur être secourahles pour la tenue d'un Synode, afin qu'une meilleure Censura, conforme à celle de notre Église, soit instituée à Neu- châtel. » « Ensuite, ceux de Cressier demandent un prédicant : ce qu'ils ne peuvent obtenir du Gouverneur sans l'aide de mes gracieux Seigneurs.» (Trad. de l'allemand.) A comparer avec Boyve. Annales hist. de Neuchâtel et Valangin, 1854-58, II, 429.

* Selon Samuel de Chambrier, il fut formé en 1546 un tribunal mixte, dans lequel, sous la présidence du maire de Neuchâtel, représentant l'auto- rité du souverain, les pasteurs de la ville avaient séance, et après eux des hommes d'âge mûr, réputés de mœurs pures,... qualifiés du titre à^ Anciens d'église. A ce tribunal, sous le nom de Consistoire admonitif, étaient dénon- cées les contraventions aux ordonnances ecclésiastiques. Les délinquants y étaient admonestés et censurés, en particulier d'abord, puis devant l'Église, s'ils ne s'amendaient pas, et enfin ils pouvaient être excommuniés. Au Consistoire seigneurial seul il appartenait de condamner à l'amende ou à la prison.

Un consistoire admonitif fut établi dès 1542 dans la seigneurie de Valangin, et plus tard dans chaque paroisse du Comté. Il y eut aussi un consistoire seigneurial à Valangin et un à Môtiers pour tout le Val-de-

loiâ LES CONSEILS DE NEUCHATEL AU CONSEIL DE BERNE. 7

afliii que les vices et scandalles soyeiit tellement chastyés que leur démérite le requiert. A quoy vous j)rions ne vouUoir résister, ains y tenir maiiig^ que le bien soit tousjours avancé et le mal opressé, comme de ce en ayons nostre ])arfaicte con- fiance en vous, et vostre inclination singulière au bien et hon- nestité publicque le porte, affin que les esglises de Dieu, Berne et Keufchastel, sy conjoinctes et voysines, soyent conformes à la réformation que présantement tenons ^ et à l'ayde du Seigneur maingtiendrons. Auquel prions qu'il vous ayt en sa saincte protection. Datum 4" maii 1542.

L'Advoyer ET Conseil de Bernée

4142

LES CONSEILS DE NEUCHATEL au Coiiseil de Beme. Du Landeron, 5 mai 1542.

Inédite. Manuscrit original. Archives de Berne.

Très redoubtez. magnificques et puissans Seigneurs, Vostre bon plaisir sera entendre que jjiesse a ' noz sûmes en pratique avec aumns de ceulx de Landron et Cressier pour les fère recepvoir de [1. le] sçaincf Évangille ^ Et, espérant avoir d'yceulx quelques bonne resj)once, sûmes ici comparus par davant le Conseil de ce lieu. Et comme par si-davant desjà avions faict

Travers et les montagnes qui en dépendent (Cf Boyve, II, 382, 383 ; III, 121-123. ^- Henri Heyer. Guillaume Farel. Essai sur le développement de ses idées théol. Genève, 1872, p. 92, 93).

' Le texte de S. de Chambrier porte : A quoy vous prions de vouloir résister, ainsi tenir la main, etc.

* MM. de Berne avaient déjà adressé la même recommandation aux Neudiâtelois le 15 avril 1538 (lY, 417).

^ La minute porte pour adresse : « An Gubernator, Ministràl und Rhat, » c'est-à-dire : Au Gouverneur, aux Ministraux et Conseil.

' Piéça ou dès piéça signifie longtemps, depuis longtemps.

2 Voyez les t. II, 334-35, Y, 91-96, YII, 385, n. 3 ; 398-401.

8 LES CONSEILS DE NEL'CHATEL AU CONSEIL DE BERNE. 1542

selon nostre pouvoir, avons faict à iceulx les meilleures renions- trances et injunction que noz a esté possible pour les fère venir au dict sçainct etîaict. Lesquelz nous ont respondu que, de dymanche en huit jours ^ ilz assembleront les deux perrouches de Landron et Cressier, et leurs proposseront au mieulx que leurs sera possible ce que leurs avons comuniquer, pour i)uis après incontinant noz fère ceste response.

Très redoubtez, magnifiques et puissans Seigneurs, il y a aucuns des plus apparans des dicts lieux du Landron et Cres- sier, lesquelz jusques à présent ne ce sont déclairé avoir ceste sçaincte dévotion à recepvoir FÉvangille, lesquelz nous ont déclairé que, pour la révérance que le peupple d'ilec a envères vous, vostre bon plaisir estoit de voulloir envoyer voz ambassa- deurs de demain en huit jours ici au gieste, pour [au] lende- main comparoistre ilec davant les dictes deux j)erroiches, et à iceulx voulloir fère les injunction et remonstrancc^ qu'avez de bonne coustume fère par cy-davant à ceulx dont avez esté moyen de prandre FÉvangille. Il leurs semble que vous pouriez estre aussi le moyen de les fère venir à ceste sçaincte Parolle. Et, [au] cas que vous fusse lo[i]sible, desiroint que fussiez con- tant envoyer en vostre dict nom Messieurs le banderet de Oraf- fenried et JJli KocJi, vostre receveur de l'Isle Sçainct- Jehan ^

A ceste cause, congnoissant votre sçainct désir, Fhonneur de Dieu, le salut de tous, et, en exp[é]cialle, envers nostre souve- raine Princesse et ses subgetz, comme avons bonne expériance, cella noz hardi vous escripre ceste présent(\ Vous supi)lliant très humblement estre contant de voulloir attanter, et ainsi envoyer au dict Landron comme dessus : auquel lieu noz esp[é]rons envoyer pour fère en nostre endroit ce que noz sera possible, ])our amener les dessus dicts à ceste sçaincte Parolle. A quoy vous plaira adviser. Que sera [1. ce qui sera] de plus en plus à nostre dicte souveraine Dame et à noz tous à déservir envers vous, comme de ce fère avons bonne vollunté et affection,

' CVst-à-dire, le dimanche 14 mai.

* Ulrich Koch, receveur ou administrateur de l'abbaye de Sf-Jean, sécularisée jiar les Bernois en 1528. Elle est située sur la Thièle, près de la ville de Cerlier, et non loin de l'embouchure de cette rivière dans le lac de Bienne. On l'appelait ordinairement le couvent de Cerlier ou l'île de St-Jean.

loiâ PIERRE TOUSSAIN A GUILLAUME FAREL. 9

en noz recomandaiit tousjours très liumblomont à vostro bonne

grâce et souvenance.

Très redoublez, nia^nyfiques (>t i)uissans Seigneurs, noz

prions Dieu vous donner en toutt(^ j)rosi)érité très bonne vie

et longue. Escript au Landron, le vendredy v" jour de niay,

l'an mil v'^xlh.

Voz très humbles scerviteurs,

Le gouverneur, les gens du Conseil de Madame la

CONTESSE DE NeUFCHASTEL ET CONSEILZ DE LA VILLE DU DICT NeUFCHASTEL.

(Suscrijption :) A très Redoubtez, Magnitiques et puissans Sei- gneurs, Messeigneurs TAvoyer et Conseil de Berrne.

1113

PIERRE TOUSSAIN à Guillaume Farel. (De Montbéliard) 7 mai (154^).

Inédite. Autograjike. Communiquée par M. Henri Lutteroth,

S. Metenses minq^iam fHeriint in majore spe. Precemur Domi- num ut illos respiciat. Ad quos etiam hodie scripsi per .Prxfec- tum nostrum ' . Bernâtes Principi amicè res])ond('runt - , et Frinceps ad illos rursus misit nuntium, quem puto hodie redi- turum, et intellecturos nos quid in ea re facturus sit Dominus. Vale, nam non vacat ut te j)luribus obtundam. 7 Maii (1542 M.

Tuus Toss.

(Tnscriptio :) Farello meo in Christo [objservando fratri.

* A comparer avec la lettre de Toussain du 23 mai 1512.

2 Allusion à la lettre du comte Georges de Wurtemberg du 22 avril 1542 (Vil, 461, n. 5).

* Le millésime nous semble pouvoir être déterminé par la comparaison de la présente lettre avec celle de Toussain du 24 avril (VU, l()l-(i2).

10 THÉODORE DE BÈZE A MACLOU POMPON, A DIJON. 1342

1414

THÉODORE DE BÈZE à Maclou Pompon, à Dijon '. De Paris. 7 mai (1542).

Copie. Bibl. de Zurich. Imi)r. J. W. Baum, o. c. I, 90.

TflEODORUS Bez^us Maclovio Pomponio S. P. D.

Misissem ad te longiorem epistolam et accuratiùs scriptam, si me hic tabellarius pateretiir ea omnia perscribere quse vellem. Audio te vtôya[j.cv esse^, coque iiomine tibi gratulor, quippe ea te prudentia esse scio, ut non nisi multis et gravibus causis motus ad id genus vitcT convolaris. Deindo verô nostet' ille Agiantlms, ut est rerum omnium peritissimus, nunquam te, ut opinor, per- misisset his vinculis conjugii retineri, nisi œquas utrinquo conditiones esse intellexisset. Itaque sic mihi persuadeo tibi in hac re nec consilium nec prudentiam defuisse, quœ tibi tuisque ut bene vertat Dcus Oj). Max. i)recoi'.

Cœterùm, quod ad res meas attinei, una est nohis uxor pMlo- logia, quse quidem illud non habet ubi vos mariti gaudia vestra expletis, sed id quoque secum non adfert unde tôt videmus nata

' Voyez, sur Bèze et Pompon, le t. VI, i)p. 138-141, et, sur Agianihus (Antoine de St.-Flour) et Aquilius (de l'Aigle) les Indices des t. M, "VU.

^ Le mariage de Maclou Pompon fut célébré au mois de mai 1542.

Alexis Gaudinœus lui écrivait de Paris, le 4 juin suivant : « Gratulor tibi

nuptias, prsecor Ista omnia, blanda omnia, et qualia esse soient in ipso

nuptiarum limine Intérim habe quod tibi prpecamur :

Uxor ut faciat tua Proie te eximia patrem, Ludat inque sinu tun Vagiatque Macutulus Quem tibi similem opto.

Quo die literas tuas accepi, nuptiarum triumphum agebas : quo

factura est ut omnis prserepta nobis sit occasio adornandi profectionem »

(Mscr. orig. Bibl. Nationale. Mss. lat. 8585, f. 199.)

\oïi THÉODORE DE BÈZE A MACLOU POMPON, A DIJON. 11

osso divortia. ])ortinaciam dico et caetora id goiuis. Itaquo moiim iiiihi taiii gratiini est con.jugium. ut i)arom til)i fclicitatciii j)i-e- cari non dosinani. Alexis noster et Aqtdlius valent, scripturi ad te simili atque se o])tulerit oui literas ad teeonnnittant : aberant onim donio quo tenipore lia'c ad te dabani.

Quse hîc agantur nec digna sci'iptione judico, iiec seril)ei'e in pra?senti possum, nisi forte illud scire velis, vêtus quod est vohis Testamentum id Lutetiœ novum esse : supiMcatioties ex Senatus cons. décrétas in proxiimon diem reUgionis cmissa ; Academiam nostram (x'.(7or.(iyy(>)-ja factam'-^. Graves certè liomines. quos pili tantopere commoveant ! Sed de liis satis. Epitlialaniion à nobis expecta : intérim vide nt virum agas. \a\(\ et vîovvufr,v mihi iteriim atque iterum saluta. Lutetiae, nonis Maii (1542).

I). Agiantho cupio etiam atque etiam eommendari.

(Inscriptio :) A mon meilleur Amy Monsiinir Pompon. Avocat on Parlement, à Dijon.

* On lit dans Bulaus (Hist. Fniversitatis Parisiensis, VI, 377-379) les paragraphes suivants, qui lixent le millésime de la présente lettre : « Anno 1542, initio, confecti sunt Articuli quidam Beformationis disciplince

Scholasficœ Lecti sunt in pultlicis Comitiis 5 Maii, suntque ejus-

modi : 1. Quôd Discipuli sacrificin [misspp] adesse cogantur, simul ad

lioras Christiparse virginis dicendas 2. Item quôd Praeceptores sint

graves moribus et conditione ])robati, ornati vestitu qui Regentem deceat

8. Item ab impudicis Hsereticorum voluminibus omnino abstineant, et

apud se nuUa sibi servent 11. Item ne prolixa barba, quod maxime

indecorum est, légère permittantur Item quôd secrète interrogentur

Adolescentes, si inter eos immorigeri fuerint aliqui libros habentes sus- pectse Religionis, qui alios in suam sententiam trahere conentur.

« Hsec acta sunt Rectore M. Xicolao du Gast. cui die 23 Junii substi-

tutus est M. Leodegarius a Quercu quo Rectore indicta supplimtio

solemni.s edicto Curisp ad hœreaeot} extirpa fi on cm. Edixit enim Rex contra Lutheranos et Curia Parlamentsea vetuit typis excudi eorum libros; inqui- situm quoque in novatores malè seutientes de fide et curionibus urbis tra- ditae schedulae in quil)us formula continebatur inquisitionis.

« Die ultima Augusti inhibait [Universitas] ne harhani nutrirent :

tune enim invaluerat mos, ut plerique barbati immè harbatissimi videri vellent. »

12 JEAN CALVIN A GUILLAUME FAREL, A NEUCHATEL. 1342

1115

JEAN CALVIN à Guillaume Farel, à Neuchâtel. De Genève, 10 mai 1542.

Calviiii EpistoliE et Rosp., 1575, p. 37. Cal. 0pp. XI, 892.

Postridio aut saltom biduo postqiiam tibi scripsoram*, venif Carmelita Lugdimensis^, à quo non frustra tinniinius. NonfefeUit nos diu : vultu, verhis, toto denique corpore, qiialis esset prodidit. Neque tamen obstitit qiiominus cum eo hunianiter ageremus. Omitto privatabenevolentise testimonia.Quantùniad ministerium ipsum attinet, ut obviàm iremus poriculis omnibus, quœ varia hinc indo instabant, contuUmus cum collegis Nostris, quietunn erga eum ratio tenenda foret. Communitor censuimus euni ad nos vocanduni esse, rogandunique ut nobis consilium suuni exponeret. Condiximus in postorum dimn. Ad prinium postulatuni res])ondit, se eo aninio venisse ut ecclesiae serviret. Tum excusare cœpi, quôd non statim eum reciperemus : ordinem enini esse nobis prsescriptum a Domino, quem in ullius liominis gratiam violari nefas esset : id quoque ad exemphim pertinere, ne admitti se alii quoqu(^ eodem modo i)Ostularent. Hortatus sum ut cogi- taret rem non (sse in manu nostra sitam, cum aperto Dei Verbo conscientiae nostnie constrictae tenerentur. Quôd si tinior Dei nos non imjxHliret, ne per homines quidem licere : quia ejus rei conq)ositam formulam haberennis, cui stare nos oi)orteret. DeprtH'atus sum deind(\ ne contemptu sui aut diffidentia nos difterre existimaret. Addidi ejus quoque imiirimis inter- esse, ne ita subite onus subiret : satins fore nuilto, si ali- quantulum adhuc t(Mnporis ad delil)erandum sil)i sumeret. Tota

* Calvin fait ])rol)al)l<'nif'nt allusion à la lettre que Farel reçut tardive- ment de lui à la lin d'avril (N" 1110, renv. de n. 1).

* Voyez la lettre de Farel du 19 avril (VII, 454, renv. de u. 1 ) et le V 1119.

1342 JEAN CALVIN A GUILLAUME FAREL, A NEUCllATKL. 13

oratio ciiiu erga cuiu honorifica erat, tuiu jjloiia boiK'volentiiB ac luimanitatis. Excepit broviter, so potoro, ut tidos si])i oxt(Miij)lo daretur: duas osso causas cur iiollet susponsus diutius niancro. Nuiic so habere idoneos comités à /]uibus doducerctur. et (mjuo etiam ac viatico instruerctui' : jjosthac non oam sil)i coninio- ditatom foro. Doinde si in Galliani'^ïïn reniigrandnni foret, nihil esse melius quàni id citissiniè fieri, anttMjuani runior de ejus ad nos adventu latiùs manaret.

Jussinius j)aulispei' secedere ex conimuni consilio. Viretus longani et grav(nn orationem de religione ac diligentia qua; in vocandis ministris servanda esset. habuit. Produxit tuni (^x Verbo Doniini, tuni ex veteris Ecclesiiv historiis exenipla, rationes adhibuit quœ ad causani facere videbantur. Erat hujusmodi oratio qua? hominem non lacesseret, et tanien al) importuna illa testinatione retrahere eum deberet: qute denic^ue, si quid haberet jjudoris ingenui, sine exprobratione aliqua p(M-- niovere ad verecundiam posset. Atqui adeô fractus non fuit, ut inde ceperit majorem ferociendi audaciam. « Si Domini, in(|uit. spiritum vos hal)ere putatis, ego eo non sum destitutus. Scio igitur quid liceat. Non liîc sum quidem ut quas à vobis objecta sunt refellam : constat tamen Apostolos non fuisse vicissim probatos alios ab aliis. » Hoc autem j)roferel)at tanto fastu, ut videretui- à refutatione abstinere, quoniam non essemus digni quibuscum experiretur. Addidit se libentcn- id passurum fuisse, si ante proximam Quadragesimam hue veniss(^t. Nunc cum in eeclesia tam vicina^ spécimen sui ediderit, notiorem se debere esse, quàni ut nova ])robatione oi)us halxv'^t. Respondi non esse i]lic eccle- siam ex qua judicium de Pastoribus sumi oporteret. Quôd si alicjuid nominis illic comparasset, mirum non esse : evenire enim Gallis quod ait Salomo, nempe animis famelicis etiam amara esse dulcia. Ad hnec magnam intirmitatem déclarasse in suis concionibus. Nos quidem non exprobrandi aninio hœc comme- morare, sed ineptis ejus jactantiis cogi. Ita discessum est, nisi quôd unusquisque pauca verba subjecit. ad hominem mitigandum : scis (juid profectum fuerit. Paulô post dixit in diversorio, se hîc nullos reperire doctos homines : atque ut videas hominem plané furiosum, dixit nulla occasione. (Aim unus fortasse me et Yiretnm

^ L'église de Lyon.

14 LE CONSEIL DE SOLEURE AUX CONSEILS DE NEUCHATEL. 1542

iiomiiiasset, respondit fastuosè, myriadem esse in Gallia multo doctioruin. Quid refert V inquies. Ego verô istas ineptias, ut par est, rideo. Aniinadverto tamen esse certa argumenta malevoliac maligni aninii. Rogal)is quàm sit doctus qui in alios omnes adeo severus est censor. Vidisti multos asinos, fing(> te unuin ex illis videre.

Dum liaec scribo, literse mihi tuœ aflferuntur, quibus rursum tlagitas ut alter nostrûm istuc veniat. Atqui si scias quàm multa et necessaria nos hîc detineant, facile excusatos habeas. Magnam fratrmn multiiudinem nunc haljemus, qu'ibus in singnJas horas respondendum est. Inter eos duo sunt saltem de quibus non modo bene speramus, sed splendidè nobis pollicemur. Alii sunt etiam non inepti, sed illi duo excellunt \ Nuncius tuus nondum colloquutus est nobiscuni, sed post catechismum ad me veniet. Vale, frater integerrime. Viretus te plurimùm salutat, cujus nomine hsec scri])si, longé plura additurus, si ocium foret, sed jam aliô vocor. Utinam liceret chartam hanc implere : materia enim suppetit et animus non deest, sed abrumpere omnia cogor, Iterum vale. Genevae, x Mail, M. D. XLII.

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LE CONSEIL DE SOLEUEE aux Gonsells de Neuchâtel. De Soieure, 10 mai 1542.

Inédite. Copie officielle contempor'. Arch. de Berne.

Nobles, Magnifticques, lionnorables et sages, très chers et grans amys, à vous de très bon cueur et le plus que faire povons nous nous recommandons.

* Calvin jjarlo f^ncore de ces candidats au ministère dans ses lettres du 16 juin et du 28 juillet.

^ En tête, cette note de la chancellerie de Neuchâtel : « Coppie extraicte sur le vray original de la lettre à nous envoyée par les Seigneurs de Salleurre. »

loi:2 LE CONSEIL DE SOLELRE ALX CONSEILS DE NEUCHATEL. !o

Très c'hors et grans amys ! Pai* noz très chers et ospèciaulx aiiiys, alliez et conibourgeois du Landeron, sommes estez advertiz que, la sepmaine passée, vous vous este transj)ortez au dict Landyron, et leurs avez faict requeste de |)reiidre le ritte de rÉvangille et la Rétbrmatiou d'icelle -, disans que, se le pren- dront, il mettront nostre très lionnorée Dame etCombourgeoise De Longuevïlle de repos ; et que vous. Monsieur le Gouverneur, avez dict que, se ne le vouldront faire, que seriez contrainct de faire chose que ne feriez pas volentiers.

Très chers et gi*ands amys, fions nous esbayons grandement dont peult venir que noz dictz bourgeois sont ainsin par vous journellement perturhez et molestez, contre plusieurs offres de justice que cy-devant vous avons faict, au contenu de la bour- geoisie que avons avecque nostre dicte Dame comjjrins dedans sa ville et pays de Neufcliastel, contre la paix universelle de ce pays, contre toutes promesses, et mesmement ra])])oinctement que vous. Monsieur le Gouverneur, avez faict dernièrement '\ Et eussions pensé que vous promesses et a])poinctemens ne fussent si légières comme ilz se monstrent. Et ne savons pour laquelle chose nostre dicte Dame sera par ce mise en repos, sinon i)ar information des choses aultrement que à l'aventure ne sont, veu qu'elle mesme a escript devant quelque peu de temps le con- traire, concédant aus ditz noz bourgeois vivre à l'ancienne vraye foy catholique, comme se trouvera par ses dictes lettres, et que elle-mesmes vit en icelle foy et relligion.

Sur ce, vous prions et requérons très acertes et le plus que faire povons, qu'il soit de vostre bon plaisir de laisser noz dictz bourgeois en paix et tranquilité, et vivre selon leur plus *

* A comparer avec le N' 1112.

« La convention du 30 octobre 1541 (t. YII, p. 399, n. 5 ; 401, n. 10) ?

* D'après MM. de Soleure, les paroissiens du Landeron auraient déjà fait <f uyi plus, » c'est-à-dire une votation, et se seraient prononcés en ma- jorité pour la messe avant le mois de mai 1542. Et Berne les invitait à voter encore une fois, le dimanche 14 mai (N" 1112, renv. de n. 4), sur la même question ! La cliose devait sembler abusive aux Soleurois (Voy. t. II, p. 403, premier paragraj)he).

Fréd. de Chambrier, qui a connaître la présente lettre, ne ])araît pas avoir admis la réalité de cette première votation des Landeronais. Il s'exprime, en eftet, comme il suit : « Au Landeron, il s'agissait de savoir

16 LE CONSEIL DE SOLEURE AUX CONSEILS DE NKUCHATEL. 1542

et consciences, sans leurs faire ny souffrir faire aulcune violence ou perturbation et molestation, ainsi que la dicte paix universelle, sont conii)rins tous les habitans de ce pays, et rappoinctement dernièrement faict et accordé })ortent. Car cela n'auroit lieu, ou que on leur veuille faire telle tyrannie, tort et violence, en estans advertiz, serions contrains de donner ayde et confort à noz dictz bourgeois, pour les mainctenir en leur bon droict et raison, selon le contenu de la Combourgeoisie que avons avecques eulx. Vous prians nous envoyer sur ce vostre response par le présent porteur, pour nous savoir sur ce conduire, Aultrement, envoye- rons par devers nostre dicte Dame de Longtievïlle, ou luy escrirons pour savoir d'icelle si c'est son opinion de contrevenir à la paix universelle % de rompre tous appoinctemens, promesses et accordz à la combourgeoisie estant entre icelle Dame et nous : de contraindre noz bourgeois contre leurs consciences et la foy : aussi contre les bons privilèges lesquelz ont des Seigneurs et Dames, Contes et Contesses de Neufchastel, dont ilz ont bonnes Lettres : se pour faire tyrannye et tort à ses subjectz, elle sera mise en re])Os V

Et ce pendant veu[i]llez désister et faire désister gens imjjor- tuns, desirans noises et débatz, de toutes innovations et forces : et, si ainsi ne povoit estre, vous contanter de droict et raison, selon les offres cy-dessus faictes. Et quant le pourrions déser- vir envers vous, en toutes choses à nous j)ossibles le ferons de très bon cueur, aydant nostre Créateur, à qui prions qu'il vous doint, chers Seigneurs et grans amys, sa grâce et

qui l'emporterait du patronage politique de Soleure, ou du patronage ecclésiastique de Berne ; on convint d'une assemblée du peuple la plu- ralité déciderait ; selon la tradition, les voix se trouvèrent égales, et on alla chercher aux champs le berger, qui décida pour la messe, 14 mai 1542 » (Hist. de Neuchâtel et Yalangin, 1840, p. 309). Boyve (Annales, II, 428) dit que Berne envoya trois députés à la conférence du 14 mai ; que Farel et quelques frères s'y rencontrèrent avec les quatre ministi-es [1. Ministraux] de la ville de Neuchâtel ; que les suffrages se trouvèrent partagés. « Et quel- qu'un s'étant avisé de dire qu'il y avait encore un bourgeois qui n'avait pas voté et qui était aux champs, on l'amena : c'était le berger du trou- peau, etc. »

* La paix de Bremgarten, signée en 1531 par Zurich le 16 novembre, par les Bernois le 22 novembre (Boyve, II, 327, 329. Ruchat, II, 439, 451. Jean de Muller, X, 493-94).

1542 LES CONSEILS DE NEUCHA.TKL AU CONSEIL DE SOLEURE. 17

très bonne vie. De nostre ville de Salleure, ce x' ^ de may, Tan, etc., xLn.

Les Advoyers et Conseil de la ville de Salleure.

(Suscription :) Aux Nobles et magpnificques, honnorablos et saiges Seigneurs Monsieur le Baillif et Lieutenant général, ensemble les quatre du Conseil de nostre très honnorée Dame et quatre du Conseil de Neufchastel lesqueîz sont estez derniè- rement au Landeron, Noz chers Seigneurs, bons et singuliers amys.

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LES CONSEILS DE NEUCHATEL au Gonseil de Soleil re. De Neuchâtel, Il mai 154:2.

Inédite. Copie officielle contempor. ' Arch. de Berne.

Magnificques et puyssans Seigneurs! Nous avons receu voz lètres par vostre messaigier. Ausquelles gist à considérer, aussi à regarder aux choses par cy-devant faictes, à cause de ce que dictes que vous alliez et combourgeoys du Landeron vous ont advertyr, que Ton les veult forcer à prandre et recepvoir le sainct évangille de Jhésus-Christ. Là-dessus nous vous advisons que en briefz nous assemblerons les gens du Conseil lesqueîz ont par cy-devant traicter avec nous des affayres du dict L«w- ierow; aussi verrons diligemment les Lètres que nostre Dame et Princesse a par sy-devant ordonné sur ce faict. Et, après avoir le tout bien veu, nous vous ferons responce sur vos dictes lètres. Tant y a que vous pouvons dire véritablement qu'avez esté en nostre endroit très mal informez. Car si aucuns vouliont forcer les dicts du Landeron pour le faict dont nous escripvez,

' La lettre originale, conservée aux Arch. d'État de Neuchâtel, est en allemand et datée du 9 mai 1542.

^ Cette copie, faite par le notaire neuchâtelois A. Bretelz, était destinée à MM. de Berne.

T. VIII. 2

18 LES CONSEILS DE NEUCHATEL AU CONSEIL DE BERNE. 1S42

de toute la petite puyssance que Dieu a mis en ce pays, comme de ce fayre avons commandement de nostre d. Dame, avec nostre volunté, les en garderont les premiers: tant s'en fault-il que délibérer ayons de ce fayre, comme dit Tavons aus dits du Landeron. De quoy vous avons bien voulssus advertir, en nous recommandant de bien bon cueur à voz bonnes gnâces. Escript et cacheté, ou nom de nous tous, du séel de moy le dit Gouver- neur. Escript à Neufchastel, ce xi""^ jour de May 1542.

Le GOUVERNEUR ET AUCUNS DES GENS DU CONSEIL DE MA DITE DaME, ET LES CONSEILLIERS DE LA

VILLE DE Neufchastel.

(Suscription :) A Magnificques et puyssans Seigneurs TAdvoyer et Conseil de la ville de Salleure, noz chers Seigneurs et grands amys ^

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LES CONSEILS DE NEUCHATEL au Gonseïl de Berne. De Neuchâtel, il mai 1542.

Inédite. Manuscrit original. Arch. de Berne.

Très redoubtez, Magnificques et très puyssans Seigneurs ! Nous avons veu par la responce qu'il vous a pieu nous fayre sur nostre pétition, comme contynuer [1. continuez] à vostre sainct propos et poursuyvre l'honneur et gloyre de Dieu et le salut de tous, ains que envoyerez vous ambassadeurs au Lande- ron. De quoy vous remertions très humblement. Depuys, les Seigneurs de Salleurre nous ont escript une lettre, de laquelle vous envoyons le double : par lesquelles vous playra voir comme les choses [se] passent. Et ne souffit à leurs lettres ; mais, comme entendons, leurs avoi[e]r et secrétaire sont au dit Landeron,

* Note du chancelier bernois Pierre Giroti : « Neuchâtel. Landeron. Cressier. Evangelii res. »

1342 JEAN CALVIN AUX ÉVANGÉLIQUES DE LYON. \9

faignant il avoir des affayres particulières. De qiioy vous avons bien voulssu advertir. Et vous supplions par ceste, que nous vueilliez fayre saige [1. conseiller], par vos d. ambassadeur, de la responce qu'avons affayres [1. à fdire] ans d. de Salleurre sur les prindpaulx ])oint, pour n'y avoir encores satisfais, comme vous playra voir par le double des lettres, que vous envoyons, de la responce que leurs avons envoyé. Vous supplyant encore une foys avoir ceste mathière pour recommandé et il nous assis- ter, comme de ce nous nous asseurons envers vous en nous re- commandant très humblement à vostre bonne grâce et souve- nance. Escript à Neufchastel, ce xi"* de May 1542.

Voz très humbles serviteurs, le gouverneur, les gens du Conseil de Madame la Contesse de Neufchastel et les

CONSEILLIERS DE LA DITE VILLE DE NeUFCHASTEL.

(Suscription :) A très redoubtez, magniticques, très puyssans Seigneurs Messeigneurs l'Advoyer et Conseil de la Ville de Berne K

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JEAN CALVIN aiix Evangéliques de Lyon. (De Genève, vers le milieu de mai 1542 \)

Minute originale. Bibl. Publ. de Genève. Vol. 145. Jules Bonnet, o. c. I, 57. Calv. 0pp. XI, 396.

La grâce et paix de Dieu nostre père par nostre Seigneur Jésus-Christ, soit et demeure tousjours sur vous par la vertu de son sainct esprit !

Très chers frères, nous désirerions d'avoir matière de vous escripre qui vous i^înt à plus grande consolation. Car quant

^ Cette lettre, écrite par A, Bretelz, porte la note suivante, de la main de P. Giron : « Neuchâtel. Landeron. Soleure. Copie d'une lettre grossière,^ Angaria vernalis. »

^ La lettre de Calvin du 10 mai fournit la date approximative.

20 JEAN CALVIN AUX ÉVANGÉLIQUES DE LYON. 1542

quelque aultre vous contristeroit, nous serions les iwe^niers qui vouldrions mectre paine à vous resjoyr. Mais la nécessité nous contrainct pour ceste heure de user envers vous d'aultre argu- ment que nostre vouloir ne porteroit, si c'estoit à nous à choi- sir. Toutesfois, pource que nous espérons bien que nul de vous ne pensera que nostre intention soit aultre sinon de vous édi- fier, consoler et confermer en Nostre Seigneur, nous ne ferons point plus longues excuses en cest endroict, touchant le contenu des présentes, que vous ne preniez point en maulvaise part ce quil ^ vous pourra apporter plus de fascherie que de resjoys- sance. Nous sçavons bien aussi que c'est chose odieuse de vitupérer ung hoDime qui non-seulement est en bonne réputation, mais a acquis quelque bruit et renommée. Mais quant vous aurez en- tendu les liaisons qui nous meuvent à ce faire, nous ne douhtons point que vous ne vous teniez très contens de nous.

Pour vous advertir en brief, nous avons à vous escripre quel- ques nouvelles ^ touchant le Carme qui a presché le caresme dernier *, lesquelles ne tourneront pas à sa louenge. Ce que nous en faisons n'est point de cupidité que nous ayons de détracter de luy. Car encores que nous ayons quelque occasion qui nous peult induire à cela, nostre courage n'est pas tel, et n'en avons point la coustume. Mais quant nous vous aurons exposé la raison qui nous meut, elle vous pourra plainement satisfaire : d'aultant qu'il s'en est retourné par devers vous mal content du recueil que luy avions faict, comme il a dict à quelques-ungs, nous pensons bien que, estant par delà, il vous pourra fère beaucoup de complainctes, et ne fust que pour se purger de ce qu'il retourne de rechef en l'abisme dont le Seigneur Tavoit délivrée Or nous voyons d'aultre part quelle offence vous pour-

* En corrigeant la présente lettre, qu'il avait dictée, Calvin a ajouté de sa main, les mots suivants : « que vous ne preniez point en maulvaise part ce quil. »

' L'auteur a biflfé les mots quelque chose, et il les a remplacés par quelques nouvelles. Plus bas, au lieu de qui ne tournera, il a écrit lesquelles ne tourneront.

* Voyez la lettre de Farel du 19 avril, premier § (t. VU, p. 454).

* La conduite ultérieure du carme de Lyon prouva, en effet, qu'il était rentré dans l'Église romaine. Lorsqu'il revint en Suisse, ce fut pour se poser hardiment en défenseur de la messe. (Lettre de Yiret, 9 nov. 1544; de Farel, 1er déc. 1544; lettres de Calvin, 13 déc. 1544 et 7 nov. 1545.)

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riez concevoir contre nous, si vous n'estiez deuement advertis de tout l'aifaire^ En tant doncques que nous sommes tenus à vous à cause du lien duquel le Seigneur nous a conjoinctz en- semble, et que nous serions coupabk^s devant Dieu envers vous, si nous ne mections paine d'obvier à tous les scandales que le Diable tasche d'esmouvoir pour nous séparer et aliéner de l'unité que le Seigneur a mise entre nous, il nous a semblé advis bon de vous réciter simplement Thistoire du recueil et traicte- ment que luy avons t'aict, et au contraire comment il s'est porté, pour vous laisser le jugement de ce qui l'a peu esmouvoir à se mescontenter de nous. Ce que nous vous en réciterons sera comme devant Dieu, lequel nous appelions en tesmoing, le priant de manifester la vérité telle qu'elle est, et confondre ceulx qui vouldroient user de mensonge et calumnies aucunes. Quelques jours après qu'il fust arrivé, ayant desjà parlé à luy en particulier, et luy ayant monstre signes de humanité et amy- tié, nous Vappellasmes, estans ensemhle\ pour sçavoir sa délibé- ration. Ap7'ès qu'il nous eust dict qu'il estoit venu pour servir à l'église de Dieu, nous le priasmes de ne p^'endre point en mau- vaise pa7't ce que nous ne luy avions point présenté du premier jour la chaière. Pareillement le priasmes de nous vouloir excu- ser, si nous différions encores quelque temps, et luy remons- trasmes les raisons^ qui nous empeschoient de nous haster. Pre- mièrement, pource que Nostre Seigneur nous a baillé nostre reigle par escript. laquelle il ne nous est licite de oultrepasser : c'est qu'il nous a di^tî'endu de recevoir homme au ministère devant que l'avoir bien et deuement ap])rouvé ; que cest'e reigle nous doibt estre inviolable, si nous voulons avoir bon ordre et police en l'église. Nous l'admonestasmes de considérer combien l'excellence du ministère nous estoit recommandée de Dieu, laquelle seroit vilipendée si on y recevoit ung homme à la volée sans observer forme légitime. Secondement, nous luy remons- trasmes en quelle conséquence cela pourroit venir, si nous

® Au lion de toute la cause, Calvin a écrit tout l'affaire.

'' Probablement, le vendredi 5 mai. La « Congrégation générale, » ou assemblée de tous les pasteurs du territoire genevois, se réunissait ordinai- rement le vendredi matin, pour s'occuper des affaires ecclésiastiques (Voy. la n. 14). Plus tard, le corps des pasteurs fut appelé la Compagnie.

* Dans l'édition de Brunswick, le.s occasions.

22 JEAN CALVIN AUX ÉV ANGÉLIQUES DE LYON. 1542

rintroduisions ainsi hastivement, à sçavoir qu'ung aultre voul- droit estre receu à son exemple, et, en quelque sorte qu'il en advînt, que nous tomberions en une plus grande confusion qu'il n'y a eu le temps passé, faisant dispense à Fung et la dényant à l'aultre : laquelle inéqualité est une ruyne mortelle en l'église de Dieu. Tiercement, nous luy dismes que quant nous aurions si mauvaise conscience de vouloir en sa faveur transgresser le commandement de Dieu, qu'il ne nous seroit point ])ermis néantmoins, j)0urce que nous avons noz loix ecclésiasticques réduictes par escript ^ lesquelles nous chantent une leçon toute diverse. Or il nous les fault observer, veu que tout le peuple à nostre instance s'y est obligé. Pour le quatriesme, nous luy remonstrasmes que c'estoit mesmes son jjrofit que la chose se fît meurement, pource que ce pendant il auroit le loisir de consi- dérer combien la charge est difficile et fâcheuse, afin de prendre conseil sur cela de ce qu'il auroit à fère; semblablement de cognoistre nostre forme et manière, afin de s'y accommoder, de peur de scandaliser le peuple, lequel est tendre et délicat, car les plus rudes sont quelque fois les plus dificiles à contenter. Néantmoins si luy donnasmes-nous bien à entendre que nostre intention n'estoit pas de le tenir long temps en suspend et le fère languir, mais plustost de regarder en brief, et, le plus tost que possible nous sera, de l'ajjplicquer au service de Dieu. Sur cela nous le priasmes d'avoir encores ung petit de patience en actendant que les choses se fissent selon l'ordre de Dieu, et que ce pendant il usast de nous privément comme de ses frères, nous oftrant de luy fère service et })laisir en toute chose que le Sei- gneur auroit mis en nostre main.

Il nous sembloit bien que noz propoz estoient si raisonnables qu'il les debvoit i)rendre en payement. Davantage, nous i)arlfiJons aultant amyablement qu'il eust sceu demander, et sommes cer- tains que tout homme craignant Dieu et ayant bonne conscience eust esté bien satisfaict. Qui plus est, ung homme mesme de mauvais cœur, moyennant qu'il eust eu quelque honnesteté et n'eust pas esté du tout eftVonté, eust eu honte de contredire. Nostre moyne, pour toute response, nous somma de Tasseurer

' Les ordonnances ecclésiastiques adoptées le 20 novembre 1541 ])ar le Conseil général de Genève (VII, 350-51).

1542 JEAN CALVIN AUX ÉVANGÉLIQUES DE LYON. 23

sur-le-champ, nonobstant toutes les raisons que nous avions allé- guées. Et co pour (l(nix causos : la i)reiiiièro, c'est qu'il avoit pour lors compaignio (jui le pouvoit conduire seuromiMit hors des dangers et luy fournir monture et argent, et qu'il n'auroit point tousjours ceste opportunité en main ; la seconde, que s'il avoit à s'en retourner en France, le j)lus tost seroit le meilleur, devant que le bruit de sa venue par deçà fust [)ublié.

Nous vismes bien i)ar ceste response qu'il ne sçavoit que c'estoit ne de l'église, ne du ministère, et que s'il avoit peu d'intelligence, encores avoit-il moins de cœur et de zèle. Toutesfois, l'ayant faict retirer et ayant parlé ensemble entre nous, encores luy fismes- nous une response fort doulce et gracieuse, luy priant qu'il nous pardonnast si nous n'obtempérions point à sa requeste, veu que noz consciences estoient abstrainctes [1. adstrainctes] par la parole de Dieu; et ce qui luy avoit esté dict auparavant luy fust explicqué et confermé davantage tant par tesmoignages de l'Escripture que les exemples de l'église ancienne. On luy fist aussi des exhortations qui le pouvoient bien rompre et réduire à me[i]lleure raison, s'il n'eust esté par trop esgaré, et, affin qu'il ne luy semblast qu'on ne luy tist point l'honneur qui luy appartenoit, nous luy touchasmes qu'on avoit bien usé de telle forme envers ceulx qui le valoient, et que iceulx s'estoient vou- luntiers assubjectis à cela.

Lug, au lieu de se renger, réplicqua plat et court que si nous pensions avoir l'esprit de Dieu, qu'il n'en estait pas destitué, et monstra bien que tout ce que nous avions mis en avant, il le prenoit à mocquerie. Nous luy respondismes premièrement qu'en ceste matière nous avions la parole de Dieu tant clère que noz consciences estoient suffisamment asseurées. Et encores que la chose fust doul)teuse ou que nous en eussions quelque scru- pule, que nostre office estoit de ne rien attenter contre ce que nous penserions estre du vouloir de Dieu. Toutesfois que ce qu(^ nous alléguions estoit si cler qu'il n'estoit mestier d'en fère plus longue dispute. Davantage, (ju'il se debvoit tenir plustost pour suspect que nous, à cause qu'il ne regardoit que son parti- culier, et que de nostre part nous n'avions aultre considération, sinon de suyvre l'oi'donnance de Dieu. Il nous réplicqua aussi que s'il fust venu devant le caresme, il eust bien souffert d' estre examiné, mais plus \\.puis^ qu'il avoit presché en une église si voi-

24 JEAN CALVIN AUX ÉVANGÉLIQLES DE LYON. 1542

sine ^^, qu'on dehvoit bien tenir cela pour approbation. Sur ce point nous luy dismes qu'il en advient en France comme dict Salomon, asçavoir qu'à une âme affamée les choses amères semblent estre doulces ; car le povre peuple est tant affamé de la vraye doc- trine, que quant on luy en touche ung petit mot, et ne fusse qu'à demy, il est tellement ravy et transporté qu'il n'a loisir déjuger. Au reste, touchant ce qu'il se vantoit d'avoir presché, nous luy dismes qu'il n'en dressât point les cornes, et que nous sça- vions bien en quelle infirmité ce avoit esté. Et toutesfois nous protestasmes que ce n'estoit point par reproche, et que nous ne sommes pas si inhumains que nous ne supportions ceulx qui sont aucunement infirmes en tel danger ; mais que c'estoit pour l'induire à se recongnoistre, afin qu'il ne s'enorgueillist point en vain, ayant plus de cause de se humilier. En la fin nous tas- chasmes de rechef de l'adoulcir et luy donner bon courage. Et luy, de sa part, ne fist pas d'aultre semblant d'estre irrité ".

Le lendemain, estant en une taverne en grande compaignie, en laquelle il y avoit envyron une dizainne de prescheurs d'icy alentour *^ après qu'on eust devisé de quelque matière, sans qu"il fust provocqué ne qu'il en eust occasion aucune, comme s'il eust esté un contrerolleur de tout le monde, il dict qu'il n!y avoit point d'iiomme sçavant par deçà, et parla encores plus oui- trageusement que nous ne disons. Et comme la vérité vient tous- jours en lumière avec le temps, nous avons esté depuis adverti& que, du premier jour qu'il estoit entré en ceste ville, il n'avoit cessé de mesdire, maintenant de l'ung ou de l'aultre, mainte- nant de tous, jusqu(>s à prononcer qu'il ne trouvoit nul goust ne nulle édification en toutes noz prédications et lectures. Et toutesfois il estoit si eftrouté, que ce pendant il osoit bien venir

Celle de Lyon.

^^ Ici le secrétaire a posé la plume. Le reste de la lettre a été écrit par lui eu plus petits caractères et relate des faits dont quelques-uns sont pos- térieurs à la lettre de Calvin du 10 mai.

'^ Si la réunion indiquée plus haut (renv. de n. 7) doit s'entendre de la «congrégation générale » du vendredi, cette « dizainne de prescheurs d'icy alentour » désignerait des ministres du territoire bernois (Pays de Vaud, Pays de Gex et Faucigny) voisin de Genève. Ils étaient sans doute venus dans cette ville pour le marché du samedi, et, avant de regagner leur vil- lage, ils dînaient ensemble dans une taverne. Les « restaurants » n'étaient pas encore inventés.

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disner chez nous. Nous voyons bien quelle raison le menoit à cela, c'est que le povre homme est si affamé de gloire qu'il hrusle tout, et néantmoins nous ne voyons pas qu'il ayt rien en quoy il se puisse glorifier. Car quant on a/ira bien espeluché tout ce qu'il a au vontre, on n'y trouvera que pure asnerie. Il sçait ung peu moins en la langue latine q[u']ung enfant de huit ans ne debvroit faire. En TEscripture, il y est aussi ignorant qu'ung caffart, et toutesfois il est si enyvré d'ambition qu'il ne se peult tenir sur ses piedz. Nous vous laissons à réciter plusieurs me- nées qu'il a tenté. Tant y a qu'il n'eust i)as tenu à luy de troubler nostre église, si 1(> temps y eust esté disposé. Mais ce n'est pas ung exemple nouveau, car telle manière de gens a eu ses prédécesseurs dès le temps de S. Paul, qui, par seml)lable artifice, c'est-à-dire en se vantant d'eulx-mesme[s] et détractant le sainct apostre, troubloient tout pour s'advancer, comme nous pouvons voir aux Épistres des Corinthiens et des Gallates.

Sur la fin ce bon preudhomme, ayant délibéré en son cueur de s'en partir, vint à l'ung de nous pour se purger. Et premiè- rement se vouloit justifier de tout ce qu'il nous avoit respondu. Il luy fust dict que ce seroit son profit de bien considérer le tout devant Dieu pour s'accuser et condemner, sans estre tant arresté à maintenir son honneur par parole, après l'avoir de faict et d"œuvre ainsi blessé; que s'il persévéroit à contendre ainsi contre raison et vérité, qu'il viendroit à mauvaise fin, d'aultant qu'il fault que ceste sentence soit vraye : quiconque s'exalte sera humilié. Touchant des foies pai'oles qu'il avoit proférées en la taverne, il vouloit estre creu en les nyant et que on estimast men- teurs tous ceidx qui les avoyent ouyes. Il luy fust respondu qu'il plaidast doncques contre Nostre Seigneur, qui a voulu qu'en la bouche de deux ou trois toute parole fust certaine. Et toutes- fois qu'il n'estoit mestier de se débatre beaucouj) de ce poinct, d'aultant qu'il ne nous chault pas beaucoup combien on prise ou mesprise nostre sçavoir, et que nostre principale gloire est d'estre serviteurs de Dieu. Ainsi que nous tenions cela pour une chose ridicule et de néant, mesmes pource que nous ne luy detïérons pas tant que de le recongnoistre pour juge compétent. Toutesfois que nous appercevions bien en telles paroles que son cœur estoit si enflé et quasi crevé de venin, qu'il fust contrainct de le vomir en parlant ainsi, et que ce signe de malveillance

26 JEAN CALVIN AUX ÉVANGÉLIQUES DE LYON. 1542

nous offençoit, vpu que nous ne luy en avions point donné d'occasion. Touchant le troisiesme poinct, il ne peult pas nyer qu'il n'eust mesdict en quelque sorte de noz iwéàicaiïons, com- bien que il estoit bien difficile qu'il en peult donner certain jugement, encores qu'il eust eu sçavoir pour ce faire. Car soit qu'il y vînt aucunefois par contenance, si est-ce que de peur d'estre veu escouter pour apprendre, il lisoit en ung livre à part : en quoy on peult voir sa foie ambition d'avoir si peur que sa réputation ne diminuast, qu'il ne daignoit ])as faire cest hon- neur à la parole de Dieu de luy donner audience.

ha fin de ce propoz ftist que celuy auquel il s'estait adressé luy dict qu'il ferait assembler ses compagnons pour parler à luy en commun, et luy donna bien à entendre qu'il ne debvoit point craindre que nous voulsissions par vengeance le reculer, non plus que s'il se fust gouverné bien saigement. Sur cela il soupa avec ung de noz compagnons, et luy fi^t acroire qu'il vouloit prendre logis pour s'arrester en ceste ville. Le lendemain matin, il monte à cheval, et en montant mesdict de nous à hride avalée plus que jamais n'avait faict. S'il a eu juste cause ou non. nous vous le laissons à juger, après avoir leu ce récit que nous vous avons faict : lequel nous protestons devant Dieu estre simple- ment faict à la vérité, sans y avoir rien adjousté, et prions le Seigneur de vous donner esprit de discrétion pour congnoistre et droictement juger, afin de ne vous point scandaliser de quelque rapport qu'il vous face ; car nous n'avons eu aultre int(Mîtion en escripvant ces lettres, sinon de vous contenter, comme nostre debvoir est, afin qu'il ne vous semblast que nous eussions esté tro]) inhumains envers luy '^ Car, à la venté, pource qu'il avoit i)leu au Seigneur de se servir par delà de ses prédications, et que quelque édification s'en estoit ensuyvie, nostre vouloir et désir totallement estoit de ne le point rejecter. Mais nostre conscience ne nous permectoit point de le recevoir incontinent, jusques à ce que son orgueil fust ung peu abbatu, qu'il eust apris de se fier ung peu plus en Dieu, et qu'il eust encores profité ung petit pour enseigner fidèlement et pure- ment. Car il avoit trois choses lesq^ielles à bon droict nous des-

" Tout ce qui suit jusques à Quant est de luy a été ajouté daus la marge.

1512 JEAN CALVIN AUX ÉVANGÉLIQL'ES DE LYON. 27

plaisoienf : Premièrement, cède vaine persnamon de aoy-mesme. Secondement, qu'il estait si adonné à la ciiysine, qu'il luy sem- Uoit advis que terre luy dehvoit faillir, comme s'il n'y avait point de Dieu au ciel j)our nourrir les siens. Tiet^cement, il y avait de l'ignorance dont nous fusmes fart eshahis; car en nostro congrégation'*, on lisoit nng texte de S. Paul qui contient belle matière et copieuse, et doibt estr(* fort commun à tous ceux qui preschent par delà, j)ource que cVst Fépistre du pre- mier dimenche de Tadvent '% quant ce vint à son tour, non- seulement il parla maigrement, mais il, renversa tout ce que S. Paul disoit, non i)oint par malice, comme nous pensons, mais par pure bestise. Nous laissons d'aultres vices, comme la vanité mondaine et semblables, afin qu'il ne semble qu(^ nous le poui'- suyvions par baine et inimitié. Ce que nous vous en disons, cVst pour vous advertir, de peur que n'y soyez abusez à vostre dommage. Quant est de luy, nous prions le Seigneur qu'il luy vueille donner esprit d'bumilité et mansuétude, corrigeant la baultesse et foie présumj)tion qu'il a, et surtout qu'il se cognoisse tel qu'il est, car lors il aura bien occasion de s'abbatre. Pour faire fin, très chers frères, nous vous recommanderons à la saincte sauvegarde de nostre Seigneur Jésus, qui est le vray pasteur de tous fidèles. De Villefranche, ce '^

^* La congrégation était le service religieux célébré le vendredi dans le temple de St-Pierre, avant ou après la congrégation générale (note 7). L'un des pasteurs prêchait sur un texte de l'Ecriture Sainte, ou bien il exposait un point de doctrine. Ses collègues faisaient la critique de son discours; après cela, les laïques pouvaient prendre la parole et présenter leurs objections ou leurs doutes.

Il s'agit probablement ici de la congrégation du 5 mai ou de celle du 12.

^^ Le premier diinancbe de l'Avent, on lit : Romains, chap. XIII, ver- sets 11-14, pour l'Épitre, Luc, ch. XXI, v. 25-33, pour l'Évangile.

** Beaucoup de minutes finissent ainsi, sans la date : on attendait pour l'indiquer au bas de la missive, d'avoir ti'ouvé un messager sûr, et le plus souvent on négligeait de reporter la date au bas de la minute.

Au dos, cette note contemporaine : « Lettres contre le Carme. Au bout opposé du même verso, on lit : « Mons^ de Boulencourt » (ou Bonlencourt ?). C'était, sans doute, le pseudonyme du destinataire lyon- nais, ou l'anagramme de son nom.

28 PIERRE FORET AU CONSEIL DE BERNE. 1342"

1120

PIERRE FORET ^ ail Conseil de Berne. Berne, 15-20 mai 1542.

Inédite. Traduct. allemande contenipor. Arcli. de Berne. (Extraits. Traduit de l'allemand.)

Très nobles et honorés Seigneurs, Moi, Pierre Foret, voulant obéir humblement à vos ordres, qui m'ont été transmis par M. le haiUi de Moudon, je me suis présenté ce jour d'hui 15 mai, l'an, etc., 42, pour [m'expliquerj devant Votre Majesté sur les articles qui ont été envoyés contre moi - par très noble et puissant prince, le Seigneur Georges, comte de Wurtemberg et de Montbéliard et seigneur de Blamont, ville dans laquelle le susdit seigneur m'a établi prédicateur de l'Évangile. C'est pourquoi je suis extrêmement réjoui de ce que le moment et l'occasion me sont accordés de répondre sur chaque article, afin que vous, nobles Princes, et aussi M. le Comte, vous puissiez reconnaître que vous avez été renseignés autrement que la vérité ne le comporte.

Quant aux lettres de maître Guillaume Farel, de maître Pierre Viret et de Jacques de Morges'', nous répondons que

* Voyez, sur Pierre Foret, les Indices des t. VI et VII. Au commence- ment de l'année 1542, il était i^asteur à Moudon (VII, 461, 462), d'où il fut transféré à Monipreveyres, village situé à deux lieues et demie de Lausanne, sur la route de Berne (note 5).

2 Ces Articles sont résumés dans le t. VII, p. 237, 238. Foret réussit à. se disculper, le 6 septembre 1541, devant le colloque de Payerne (VII, 239). Mais, ayant été cité à Berne par un ordre daté du 10 mai 1542, il dut encore adresser à LL. EE. la présente Apologie, que nous avons déjà qualifiée (VII, 239, note 5). Chaque paragraphe y est suivi de la Réponse du comte Georges de Wurtemberg. Nous n'en reproduirons que le para- graphe final, qui caractérise le système de défense de Pierre Foret.

Ces lettres sont imprimées dans notre t. VII, pp. 124, 125, 128, 146, 147.

3

1542 PIERRE VIRET A OSWALD MYCONIUS, A BALE. 29

les ministres de Monthéliard les ont instruits pai" d(^s men- songes ; car il n'est aucun peuple à qui j'aie prêché, ni au- cune assemblée [de pasteursj je me sois trouvé, qui ne m'ait désiré et n'ait témoigné de l'affection |)our moi. Si donc les susdits ministres ont quelque chose contre moi, nous sommes prêt i\ les entendre devant vous, très nobles Princes. C'est pourquoi nous avons longuement répondu sur chaque article et les avons mis par écrit, afin qu'il tut prouvé à mon très honoré seigneur le Comte, à quel point il a été mal instruit de la vérité ; car aussitôt qu'il le comprendra, il nous aimera.

Je promets ici de répondre plus tard, quand ce sera nécessaire, car je ne comprends pas les lettres de mon seigneur le Comte, parce qu'elles sont écrites en allemand. Mais j'ai déjà répondu devant les prédicants à Payerne, et je me suis justifié de toutes choses, comme on peut présentement le savoir par la lettre du Doyen de cette Classe, et, m'engageant à maintenir que ces choses sont vraies, j'ai pour attestation de leur vérité apposé ici mon sceau ordinaire, ce xxv'"" ^ jour de mai, l'an, etc., xx,n.

Pierre Foret ^

1121

PIERRE \1RET k Oswald Myconius, à Bâle De Genève, 16 mai 1542.

Autographe. Bibl. de Zurich. Calv. 0pp. XI, 395.

S. gràtia et pax ! Qu6 minus viam nobis excogitare licet qua ^cclesiis consulatur nostrse fidei demandatis, magis angimur

* II faut lire le âO^e et non le 25^^, attendu que la présente Apologie fut envoyée le 23 mai au comte Georges (n. 5). Le copiste ou le traducteur aura pris pour un v (5) l'abréviation de eme qui suivait xx dans l'original.

^ Manuel de Berne du 23 mai : « Écrire au comte de Montbéliard, que mes Seigneurs lui envoient, à cause de sa lettre [du 6 mai], commu- niquée au prédicant de Montprerière, une copie de la réponse présentée par celui-ci et du certificat [des gens de Blamont]. Le dit prédicant ne confesse point les choses » [dont il est accusé]. (Trad. de l'ail.)

30 PIERRE VIRET A OSWALD MYCONIUS, A BALE. 1542

ego et Calvimis, et minor suppetit auxilii et consilii copia. Commissa est nobis ecclesianim cura, quas nec deserere possumus, iiec tameii jjro rerum necessitate adesse. Instat tempus quo Lmisannam sitm revocandiis\ Ego verô qiiorsum me vertam haud satis video. Utcunque sors casiira sit, non possum non involvi inexplicabilibus molestiis ac difticultatibus. Si Getievam desei'o, facile animadverto quaenam secutnra sint incommoda in tanta ministrorum pennria ^ in ecclesia et republica tôt ac tam periculosis vieissitudinibus ac motibus obnoxia, in tanta Calvini imbecillitate, cui tam gravem molem soli sustinendam relicturus sum. Nec abs re dico soli, quem forte solum esse prœstaret^ Videor jam mihi audire fratrum querelas, qui me velut deser- torem ac transfugam habituri sunt, qui non putant me bona conscientia posse ab hac discedere ecclesia, idque multas ob causas, quae mihi quotidie objiciuntur. Nec tamen spes ulla ampliùs, aut si qua est, perexigua omnino superesse videtur, impetrandi a Bernatibus ac denique a Lausannensihus, ut ab eorum ecclesia absim diutius *, banc verô curem. Quod si non liceat bona eorum omnium pace, facile conjicis, opinor, plus inde ecclesiis incom- modi quàm commodi accessurum, et simultates hac ratione potii^is auctum iri, quàm minuendas. Taceo calumnias quœ undique in me struerentur, quas ne sic quidem etïugiam omnes, nec hactenus potui, quamvis Christi negotium ea curaverim simplicitate et synceritate, ut minime dubitem, me candidis animis ac bonorum virorum conscientiis, saltem aliqua ex parte satisfecisse. Crede mihi, valdè perplexus hœreo videorque mihi lupum auribus tenere, incertus quomodo retineam, aut quomodo amittam. Si mea tantiim res ageretur, facillimum mihi esset ex his me tœdiis expedire. Nihil enim mea refert ut ut res accidat, si mei tantùm ratio habenda esset. At nihil minus volo

1 et * Le 7 janvier 1542, le Conseil de Lausanne avait de nouveau prêté Viret à la ville de Genève <■ pour les six mois prochains, mais pas au delà » (Vn, 409, n. 3).

* Quatre candidats au ministère venaient cependant de se présenter a Genève. Mais ils ne furent examinés qu'au milieu de juin (N° 1115, n. 4; lettres du 16 juin et du 28 juillet, à la fin).

' Calvin n'avait aucune confiance dans ses deux collègues ordinaires : Amé Champereau et Henri de la Mare (VU, 410-411; 438, renv. de n. 6; 439, renv. de n. 9). Farel (N° 1110, renv. de n. 3), leur donne l'épithète de remorœ.

1542 PIERRK VIRET A OSWALD MYCONIUS, A BALE. 31

quàm me respici, sod solam Christi ecclesiam, cujus me ministerio semel totiim addixi et consecravi. At vereor ne in plerisque i)lus valeat humaniis affectns, (]iiàni justa Ecclesia? et séria sollicitudo, in tanta temporum iniquitate, et auimis adeô exulceratis. Nec Geneva Ministris, nisl magna Evangelii jactura, car ère imtest, nec Lausanna diutius i)erdurare, nisi sacris prospectum faerit'' , miliique perinde accidit atque ei qui undique videt amieorum œdes conflagrare, pendens animi, anxius ac incertus quô potiùs accurrat, cui potissimùm succurrat, quum peraeque charos habeat omnes. Hoc dumtaxat sedulè precor Dominum, ut me faciat mese vocationis certiorem, extrudat quocunque volet, ac ubicunque mea volet uti 0})era, nec sinat me quicquam meis aut cujusquam hominum indulgere affectibus, meum fortunet suis auspiciis ministerium, ne mea culpa ejus gloriae quicquam valeat derogare. Te verô et reliquos fratres nostros oro et obsecro, ut vestris nos precibus et consiliis juvetis, Dominum precemini, ut ministros sanctos suis prseficiat ecclesiis, ac nos his angustiis liberet. Vale. Genevae. 16. Mail 1542.

Tuus ex asse Petrus Viretus.

(Inscriptio :) Singulari eruditione ac pietate D. Os. Myconio, ecclesise Basiliensis pastori vigilantissimo. Basilese.

* Pendant que Viret était à Genève, Lausanne n'avait qu'un pasteur, Béat Comte, et un diacre. Vital Robert ou Boherti, présenté le 24 janvier 1542. Comte n'était pas un modèle de dévouement (Lettre de Calvin du 28 juillet, à comparer avec le t. Vil, p. 293, renv. de n. 20). Au lieu de se consacrer tout entier à ses fonctions, il s'absentait souvent pour pratiquer la médecine. Il est vrai qu'il était insuffisamment rétribué. Aussi MM. de Berne ordonnaient-ils aux magistrats lausannois, le 7 juin 1542, de cons- tituer une meilleure pension à leurs ministres [ceux de Lausanne, Écu- blens, Crissier, etc.] et de donner un jardin, un pré et un logement à Maître Bobert, prédicant de Montheron, village situé à 2 1. N.-O. de Lau- sanne (Lettre analysée dans un inventaire des Arch. de la ville).

32 LE CONSKIL DE BERNE AU GOUVERNEUR DE NEUCHATEL. 1542

4422

LE CONSEIL DE BERNE au Gouverncur de Neuchâtel. De Berne, 19 mai 1542.

Inédite. Minute originale. Arch. de Berne.

Noble, etc. Nostre banderet de Gh'afemied, estant de retour de la journée tenue au Landiron sus ce 14" de may, nous a relaté tout ce que illecq a esté sans fruict besoingné pour radvancement de la saincte parolle du Seigneur Dieu, sans oblyer la dilli- gence que de vostre part y avés employée, de tous vous efforts, pour faire régner le Seigneur Dieu par sa parolle au dit Landiron'^. De quoy vous remarcions grandement, nous offé- ris[s]ants de le recognoistre. Et puis que au Seigneur n'a pieu de tirer les dits du Landiron, pour ceste fois, à son obeyssance, ne nous convient pour cella cesser ; ains vous prions que, ensuy- vant Tadvis et conseil prins entre vous et nostre d. Banderet, il vous plaise de ordonner et commectre à ceulx de Cressier, qui sont la pluspart à ï Évangelle ^, ung prédicant de bon sçavoir et meur conseil, espérant que ce sera ung bon commancement pour tousjours mieulx avancer l'honneur de Dieu. Et n'en pourrés avoir aulcung reprouche, vehu que la cure est à Madame, et le plus faict [est] pour l'Évangille^

> Voyez les N"' 1112, 1116-1118.

^'* Voyez la lettre des Évangéliques de Cressier du 16 janvier 1542' (Vn, 398-401). Il est vraisemblable que la votation constatant qu'ils étaient en majorité avait eu lieu le dimanche 14 mai (N" 1112, renv. de n. 3-4).

L'établissement d'un x><^steur à Cressier était vivement désiré à Berne. Mais les Évangéliques de ce village neuchâtelois eurent à compter, pendant plusieurs années, avec le mauvais vouloir du Gouverneur, M"" de Prangins, et avec l'hostilité de leurs concitoyens catholiques, des Landeronais et des Soleurois. Ce fut seulement le 14 novembre 1546 que le Gouverneur con- duisit à Cressier le ministre Thomas Barharin. Ils y furent tous deux très mal reçus.

1542 PIERRE TOUSSAIN A GUILLAUME FAREL, A NEUCHATEL. 33

Aultre ne vous oscripvons présentement, sy non qu'ayés tous- jours en recomandation l'honneur de Dieu, pour lequel [vous] vous estes au Landron sy vertueusement employé, que ne le mectrons en oublye. Priant Nostre /Seigneur qu'il vous doinct acroissement de saincte grâce pour continuer au ])Ourehas de sa gloire. Datum xix" maii 1542.

L'Advoyer ET Conseil de Berne*.

1123

PIERRE TOUSSAIN à Guillaume Farel, à Neuchâtel. De Montbéliard, 23 mai 1542.

Inédite. Autographe. Communiquée par M. Henri Lutteroth.

S. Venerunt hue paucis diebus suprà Metenses duo exules, qiibd Jacohum concionantem audissent \ Et nunc agitur adver-

* La minute porte en tête les mots suivants : « Praiigins, Landiron, gôttlich wort » (parole de Dieu).

* Un passage de la lettre de Calvin à Farel du 30 août 1542, nous donne lieu de croire que le Jacobus ici mentionné était Jacques le Coq, pasteur à Morges, dans le Pays de Vaud. L'hostilité du Conseil de Metz contraignait les Évangéliques de cette ville à changer souvent de prédicateur (Voy. t. Xn, p. 491, 492, le N" 1217 renv. de n. 3, et la Sequéte de l'Église de Metz aux Eglises réformées (IbAS) : « Nous sommes en très grande angoisse (y est-il dit) pourtant que quand nous commandons à gouster le pain de la Parolle..., il nous a estéosté, comme tant de fois paravantnous est advenu; car quand il y avoit grande apparance que la Parolle deust avoir son cours entre nous, ceulx qui avoient commencé de prescher, failloient et changeoient propos au second sermon, ou au milieu, ou à la fin du temps qu'ilz preschoient, ne persévérant en vérité, ou il falloit qu'ilz nous aban- donnassent... » (Voy. Farel. Du vray usage de la croix. Genève, J.-G. Fick, 1865, p. 273.)

Depuis l'expulsion de Pierre Brully et de Walrin du Bois, les fidèles de Metz avaient eu, en décembre 1541, « un nouveau dominicain, (^ni prê- chait purement et librement » (ATI, 388). Son nom est ignoré. On ne pour- rait, en tout cas, songer à Pierre Alexandre, qui était carmélite. Au mois de mars 1542, plusieurs jirédicateurs étaient accourus à INIetz, sans y être

T. \aii. 3

34 PIERRE TOUSSAIN A GUILLAUME FAREL, A NEUCHATEL. 1542

SUS Jo. Martinum ^ pientissimum viruiii, qui, convocatis civi- bus aliquot, illum domi suœ de religiono colloquentom audivit, quemque promit Magistratus, ut socios j)i'odat, hoc est eos qui illum unà privatim secum audiveruut, illique authores fuere, ut extra urbem coucionaretur. Nam qui illic reipuhlicie prsesunt, et verbi Domini cursum impediunt, nu])er cum Duce Lotharin- giœ^ sunt colloquuti, et domum reversi uihil spirabaut quàm ciedes et incendia. Et quoniam ïlluc propriuni miseram nun- tium \ admonuit me quidam illic non infimœ sortis % per mu- lierem quandam^ ne id posthac faciam, hoc prœsertim tempore. Adversarii vident se multis vehementer exosos, periclitari(|ue de fortunis omnibus ' : qu£e causa est, ut quibus possint modis veritati reluctentur. Sed est in cœHs Dominus, qui Pharaones et Nerones in ordinem redigit, invitoque mundo Christi regnum l)ropagat. Ubi Prœfedus noster redierit ^ ut hue iUac " Lutzeni- hurgo est rediturus, faciam (volente Domino) ut scias quomodo ïllic habeant omnia'". De Foreto, vereor ne brevi pœnas sua- runi iniquitatuni hiat, ])0steaquam pœnitere nunquam voluit". Quoties Calvino et Vireto scribis, fac illos mihi diligenter sahi- tes. Vale in domino. Monbelgardi, 23 Maii 1542.

TUUS P. TOSSANUS.

(Inscriptio :) [Gujilielmo Farello, fratri suo charo et obser- vando. Neocomi.

appelés : ce que Toussaiii jugeait très défavorable aux intérêts de l'Eglise messine (VII, 451, lignes 6-11).

* C'est probablement le même personnage qui reparaîtra, avec les pré- noms de Jean-Pierre, dans la lettre du 10 avril 1543.

' Antoine, duc de Lorraine, qui régna de 1508 au 14 juin 1544.

* Toussain avait envoyé ce messager le 12 avril (\T^I, 451, reiiv. de n. 7). ^■•^ Veut-il parler de « son cousin François de Tryve » et de la femme

de celui-ci (V, 382, 383)? Tout considéré, il s'agirait plutôt du maître- échevin de Metz Gaspard de Heu, et de sa femme Jeanne de Louvain, qui entra en correspondance avec les Réformateurs.

^ Est-ce une allusion au pillage dont les Catboliques de Metz se disaient menacés par les protestants messins (Vn, 510, lign. 4-6)?

* Le bailli de Montbéliard était parti le 7 mai jiour Luxembourg (N" 1113).

^ C'est-à-dire par Metz.

'" Toussain lui donnera ces nouvelles dans sa lettre du 10 juillet. " Pierre F'oret, jadis pasteur à Blamont, dans le Montbéliard. (Voy. Al, 107, 204, 212, l'Index du t. Yll et le 1120).

154? CHRISTOPHE FAUIII A GUUJ.AUME FAREL, A NEUCHaIEL. 3o

11^24.

CHRISTOPHE FABRi à Guillaume Farci, à Ncuchatel. De Tlionon. 25 mai 1542.

Inédite. Autographe. Bil)liothèque des pasteurs de Neuchâtel.

S. Legati Dominorimi noviss.[imè] hîc fueruut, i)artemque legationis suae, de qua ad te scripseram ', ol)ier(\ altéra i)arte infecta, quod Valesanorum legati non satis anijjlam sibi conces- sam authoritatem causarentur ^ In MarsUiensi ditione'* contro- versiam dirimuernnt, imde circiter 30 familiie, inter Lugri- nenses immixtœ, cogendœ sunt ad reformatioriem * .• quse hade- mfs rebelles f/ierattf. Aherensium % oh Valesanos, sîiS2)ensimi manet negocium. De BeJlevanlx et Vallon cum Rege agitnr^.

' Allusion à uno lettre jierdue.

^ Cette conférence entre les députés de Berne et ceux du Valais avait eu lieu à Thonon le 24 avril (Recès des diètes suisses, vol. de 1541-48, p. 136, 137).

"'* La seigneurie de Maxilly, à une lieue à l'E. d'Évian, était enclavée dans le territoire conquis par les Valaisans en février 1536. Michel de Blonay, propriétaire de cette seigneurie, y avait établi sans difficulté la Réformation : ses paysans ayant demandé avec instance qu'un pasteur prît la place de leur ancien curé (IV, 227, n. 9. Cf. p. 31, n. 1, \il, 351, 11. 11). Mais, en vertu de ce principe usuel de l'époque : cujus est regio, ejus est religio, M. de Blonay, au dire de Fabri, aurait fait décider par la susdite conférence de Tlionon, que les trente familles de Maxilly qui avaient émigré dans le village catholique de Lugrin, seraient contraintes d'embrasser la même religion que leur seigneur (A comparer avec le t. IV, p. 140, renvoi de n. 5; V, 361, lig. 1-5).

^ Habère- Poche et Habère-LuUin, villages situés à 3 lieues sud de Thonon (IV, 405, n. 5). Leur état ecclésiastique fut réglé le 14 juillet 1545 dans une conférence tenue à Évian (Recès, vol. cité, p. 516).

* Los revenus du prieuré de Bénédictins de Bellerau.r et de la char- treuse de Vallon (deux monastères situés au sud de Thonon) avaient donné lieu, dès 1536, à de nombreuses négociations entre François I et MM. de Berne. On voit que le litige durait encore, malgré le traité du 11 juin 1.539 (V, 329, n. 5).

36 CHRISTOPHE FABRI A GUILLAUME FAREL, A NEUCHATEL. 1542

Dominus regiii siii pomeria perpetuô dilatare pergat, nosque omnes ad id urgere !

Novissimè à fratribus Bernnm missus sum, et quse proposui, gratia Domini, exoravi, ut Ajtgustinense Cœnohium ScholcÇ dice- tiir', stipendia Hypodidascalo constitiiantur, domuiim et Minis- troriim ratio liabeatur, etc. Peculiare quoque exoravi : spolium scilicet medici qui superiori anno domi mese defunctus est ^ Unde gratias Domino agimus, quem modis omnibus per pios l)rincipes gloriam suam promovere, et quse desunt corrigere ac restaurare obsecramus. Proxima hebdomade Calvinus et Viretus hue profecturi sunt, sed Viretus per aliquot dies post Calvimmi, si priîis quàm velimus solverit ^ aliquanto plus refocillandarum virium gratia hîc acturus est, si Dominus permiserit. Utinam et tu commode adesse posses : non sanè injucunda et inutilis foret peregrinatio cum Fatone^^, cujus adveutum tam anxiè et tam diu expectavimus et adhuc expectamus : ni velit apud me nullius promissionis tenax haberi. Quamobrem te oro ut eum summè urgeas. Id enim valetudini ipsius pernecessarium esse sentio.

Historiani Joh nostri hîc iniblica conati sunt exprimere comœ- dia *'. Utinam Domino gratius sit quàm nobis! Sed quod Prin- cipes ipsi, ne dicam impuriùs, faciunt '^ in subditis impedire

' L'École protestante de Thonon allait donc être installée dans un ancien couvent de cette ville : le prieuré des Ermites de St-Augustin (W, 58, n. 4).

* Le Manuel de Berne du 27 avril 1541 contient l'article suivant : « Demander au ministre de Thonon quels sont les frais de la maladie du médecin défunt » (Trad. de l'ail.).

^ Le manuscrit porte, après solverit, les mots bahiœi et, que Fahri a biffés. Nous avons vu, t. V, 308, note 27, que ce médecin-pasteur avait commencé en 1539, à utiliser les eaux thermales de la contrée.

1" Jean Fathon, pasteur à Colombier, s'était chargé de la gestion du petit avoir de Fabri et de sa femme dans le comté de Xeuchâtel.

" Deux lettres antérieures de Fabri (IV, 33, 153), montrent que l'Abbaye de la Jeunesse à Thonon aimait les comédies et les farces gro- tesques. Nous supposons que l'auteur de l'Histoire de Job, s'efforçant d'identifier les Catlioli(iues du Chablais avec le malheureux patriarche, et les amis de celui-ci avec les ministres, prodiguait à ces « consolateurs fâ- cheux » les vérités les plus désagréables.

** Le poète bernois Niclaus Manuel, auteur de satires et de drames populaires très goûtés de ses concitoyens, avait eu, ])arait-il, des imitateurs

1542 CHRISTOPHE FABRI A GUILLAUME FAREL, A NEUCHATEL. 37

non valemus, qiiin vd invitis iinbis tînt. Non fuimiis tanicii iiuiti in concioiiibus.

CtÇtorùiu hic nohilis Simon BeU/ardensis ^'\ (\\\n]\ \)vo])è nosti, Bert/am concedit : ciijus nogc^cium sanè piuni et coiiiiiiise- ratione tlignum juvare conaberis, scio. pei- Christuni, cujiis glo- riœ hic insorviit, et nunc, instar i)rodigi illius Evangclici, ad patrem redit, post varias qiiidem serumnas. Dominus illi pro- spicere dignetur, nobisque omnibus !

Vale, salutato Capunculo, Thoma Cuniero ac reliquis fratri- bus, maxime Claudio et Gaucherio cuniuxoribus ac familia'\ meae quoque iixoris. Danielis^^, Pariati, Urhani, Porreti^^, roliquorumque fratrum nostrorum nomine. Si quid de pro- ventu Evangelii audisti, scribere ne graveris, tamc^tsi gravis- simè occupatum te sciam ; sed paucioribus contenti erimus. Dominus te ecclesiae suae diutissimè servet incolumeml Tononii 25 Maii 1542.

à Berne et dans le Pays de Vaud (Voy. t. Y, p. 410, n. 46. Ulric Zwingli et son époque, trad. de J.-J. Hottinger par Aimé Humltert. Lausanne, 1844, p. 276-277).

" Ce personnage, qui appartenait, sans doute, à la même famille que le maître d'hôtel de Valangin, Claude de Bellegarde, avait été l'un des pre- miers partisans de l'Évangile à Thonon (IV, 134, renv. de n. 4-5).

^* Jea}i Chaponneau, collègue de Farel, et Thomnx Cimier, pasteur à Cortaillod ("^) ont ligure dans les t. IV- VIL Claude et Gauchier Farel vivaient alors à Xeuchàtel: le premier avait épousé Louise de Beaurais; le second, Françoise, sœur de Louise (France prot., éd. Bordier, \l, 387).

*^ S'agit-il ici de Daniel Farel, frère du Réformateur? Nous n'osons l'affirmer. Si c'est de lui qu'il est question, on pourrait supposer qu'il avait succédé (1.539) à son frère Claude dans les fonctions d'administrateur du prieuré de Ripaille (IV, 127, V, 369). N'étant pas marié, il aurait vécu dans la maison de Chr. Fabri.

David Ancillon parle de ce frère du Réformateur dans les termes sui- vants : « Daniel Farel est encore aujourd"liuy en bonne odeur en plusieurs églises, sa mémoire est encore en bénédiction, et sa piété, sa pro- bité et sa capacité reçoivent encore aujourd'huy les louanges qu'elles ont méritéf's. Bien que ce Daniel Farel ne se mêlât que des affaires civiles. Dieu bénissoit tellement son employ, qu'il a esté salutaire à des troupeaux entiers. » (L'idée du fidèle ministre de Jésus-Christ. Ou la vie de Guillaume Farel. Amsterdam, 1691, in-12, p. 8).

1* Urbain Chamhoui, pasteur à Fessy, au S.-O. de Thonon, et Michel Porref, qui évangélisait peut- être la paroisse de Végi, nous le trouve- rons en janvier 1552.

38 OSWALD MYCONIUS A J. CALVIN ET A P. VIRET. 1542

Recepi liodie literas a Francisco meo^', qui rectè valet et suo diligenter fiuigitur inunere, gratia Domiiii.

Tuus Christoph. Libertlnls.

(Imcriinio :) Suo Guliehno Farello, Christi Ecclesiœ Ministre fidoli ac diligentissimo, fratri et araico integerrimo. Neocomi.

4125

OSWALD MYCONIUS à J. Galviii et à P. Viret. De Baie, 30 mai 1542.

Autogr. Bil)l. Pul)l. de Genève. Vol. n" 110. Cal. Opp. XI, 405.

S. Nihïl diligeutiA' seu lahoris omisimus, quod attinet ad reti- 7iendmn Viretum K Scripsi nanique ad fratres Bernenses, adii consulem Hostrmn ^ conveni D. Beruhatinm \ Bernenses nihil responderunt hactenus. Consul promisit quod et praestitit. Sena- tus eniui diligenter Bernenses est adhortatus nuncio in hoc etiani niisso. I). Bernharkts similiter nihil officii omisit. Verùm omnia frustra, quôd LaMsannenses dicunt id non permissuros *. Argunientis igitur esset agendum cuni eis. quibus non possent resistere, nisi adfectus audire mallcnt. In veritate dico. mihi sic videri : n(nnin('ni i)iuni contradicere jjosse causis quas ego scripsi et nunc de novo concepi. Taceo si tu, aut alius quispiam qui pars negocii existit, suas esset pro])Ositurus.

Nos de novo taie consiliuni concepimus, in quod et Bernhartns consensit, ut adhuc tent(Mnus siniul, Argentinenses et nos, Eccle- sia' nomine. si quid fieri ])Ossit. FAjjertnnius itaque literas a

1' François du Pont, pasteur Moudon (VIT, ni)? ' Voyez, J). HO, la lettre de Viret du 16 mai. ^ Addher(j Mener ou Meyger, bourgmestre de Baie (Vil, 325). ^ Le banueret Bernard Meyer (N" 1129).

■* Voyez la réponse du Conseil de Lausann(> aux députés de Genève, p. 30, n. 1.

lo'l2 OSWALD MYCONIUS A J. CALVIN ET A P. VIIIKT. 39

Bucero, (iiuis iiostris adjunctis luittcimis, sjjcraiitcs aliqiiid nos sic viribus coUectis iiii|j('traturns. Bert/liarfiis ituiiis Argeidi- vam ciim Bucero corîim agct. luidc is i-c Ix'nc cogiiita tbrsitaii coiiiicict ali(iiii(l. lîogavi. (jiiod la< tiiius est in îrniporc l'aciat : tormiiiuin ciiini Vireti api)ro])in(iuai'('. IN'liquuin est igitur ut. si videbitur consnltiuii. ali(iiiis agat ciini Latisannensilnis, ut consoutiant, si forte Bernenses m cis adlcgaudis vcllfut jxTti- uacitoi- durare. De Comite'% noscio (ptid est ab illis ctiam scrip- tum. iiuod potitioncni senatiis iiosiri iuijxxliit. Quid si et cum hoc ageretur. quod ('■ v<' jjossct csscV Nos profcctô sunius anxii proj)ter ecclesiam isùdii " : timomus cuiin ne (\nu\ niali patiatur, si tibi fuerit tain lidus adjntor adcniptus. Age, precabiniur Do- niinuni ut hîc auxiliuni suum non al)neget.

Vireto gratias ago quôd scri])sit tam faniiliariter. Dein i)la- cct. ut quod maxime, quia ministrum se taleni cxhibet, ut ubi- cunque Dominus opéra ipsius uti voluerit, ])rom])tuni aninium sit inventurus. Decet (Miim nos, quos in Evangelium jjosuit Christus, omnino taies esse. Non enim vohiptas. aut ojjes, aut gloria nobis qua?renda. sed sanctilicatio noniinis I)ei. Ad hanc autem inveniendam non locus facit, sed homines pietatem expe- tentes, quales audio certè multos esse hodie Geneva^. Dominus eis adsit ! Amen.

Credo vos ])rid('m intellexisse de nuptiis Buceri cum Yui- hixinde Cajntonis defuncti ', Féliciter cedunt omnia, et nemo est ([ui non faustum esse cupiat quod factum est. Conflictamus nos hîc cum impietate multorum. ijui contra jusjurandum profecti sunt ad Gallum •* contra Cœsarianos, cumque his qui taies tueri conantur. Sic fructiticat Evangelium apud nos. De Tnrcu nihil audimus, neque de his (jui contra cum |)roficiscuntur, quorum

* Béat Comte, collègue ^h- Virct. ( f. p. 31, j). 5.

* L'église de Genève.

' Wibranâis Bosenblntt, veuve d'un Bâlois, avait épousé en 1528 Jean Œcolanipade, puis en 1532 AVolfgang Ca]nton, qui mourut le 4 novemlire 1541 (II, 118, 135, VII, 344. T. W. Rdhricli. Gescli. der Réf. ini EI- sass, 1832, II, 70). On ne connaît pas exactement la date de son mariage avec Bucer ; mais on jx'ut affirmer qu'il fut célébré en avril ou en mai 1542 (Yoy. la lettre suivante et celle de Sultzer du 31 janvier 1543).

* Malgré leur serment de fidélité et d'obéissance aux magistrats, plu- sieurs Bâlois couraient s'enrôler dans les troupes du roi de France (XM126, n. 7).

40 SÉBASTIEN MUNSTER A GUILLAUME FAREL, A NEUCHATEL. lo42

certè numerus est magnus. Ptumor est tamen illum petere indu- cias, quae si permittentur, timeo fiiturum quod accidit Rliodien- sil)ns\ Sin minus, habet quod de Csesare Qtfratre^^ conquera- tur. Si Christum habebunt ducem, is docebit et ducet qiiô débet et conveniet. Valete in Christo Domino cum vestris et bonis fratribus omnibus. Avocant me négocia, longior alioqui fuissem. Basileœ, 30 Maii, anno 1542.

Os. Myconius vester.

(Inscriptio :) D. Jo. Calvino et Petro Vireto, viris doctiss. et piiss. in Domino fratribus inter primos colendis suis.

1126

SÉBASTIEN Mt'ysTER ^ à Guillaume Farel, à Neuchâtel. De Bàle, 31 mai (1542).

Inédite. Autograplie. Bibliothèque des pasteurs de Neuchâtel.

Salutem in Domino et prosperum in sanctissimis votis optât successum.

Doctissime Yarelle, cum audirem puerum hinc ad Corderium vestrum transferendum -, volui brevibus tuam humanitatem salutare, memor adhuc qiiàm amicè me tractaris, etiam cum dispendio rei tuie familiaris '. Discedens auteni à te. ubique

' Allusion au siège de Rhodes et à la prise de cette ville par le sultan Soliman (25 décembre 1522). Ferdinand, roi des Romains.

* Voyez, sur Séb. Munster, les Indices des t. précédents, et spéciale- ment le t. Vn, pp. 208, 209, 413.

* La plupart des jeunes Suisses qu'on envoyait dans le Pays romand pour y apprendre la langue française, étaient placés à Lausanne ou à Genève; mais le Collège de Neuchâtel en attirait aussi quelques-uns, à cause de la réputation de Mathurin Cordier.

' Des visiteurs étrangers attestent que Farel exerçait l'hospitalité d'une façon cordiale et généreuse.

1312 SÉBASTIEN MUNSTER A GUILLAUME FAREL, A NEUCHATEL. 41

à doctis majori (iiiàm dignus siim honore fui oxceptus. Losannae tamen Comitem non invoni domi agcntom \ Genevie biduo mansi% rodiique opjjoi'tunè BasiJeam ad prœsmi)tuni tcmpus^ Omnia adhuc n^ctè liîc agnutuVy Concionfdores omnes sani sunt. Civibus omnibus sub capitis pœna intcrdictum est, ne quisquam ad GalUarum regem se transférât '. Elapsi sunt tamen quidam, sed pauci, at plurimi servi relictis artiticiis bellum petierunt illud Loml)ardicuni. De expeditione contra Turcam instructa adhuc nihil certi auditur \ Id certum est, maximum militum numerum jam descendisse in Austriam. Puto te scire, Bucerum jam nujjtias célébrasse cum relicta Caintonis ^ Sed satis sit na^niarum mearum, ne in sanctissimis operibus tibi sini impedimento.Vale et Christi ministros, prsesertim T^.Thomam^^, nomine meo saluta. Basilea?, ultima Maii (1542").

Tuus Sebastianus Munsterus.

(Inscriptio :) Gravissimo viro atque vero Christi ministro Domino W. Varello, Neocomensium concionatori diligentissimo.

* X" 1121, note 5.

* A comparer avec la lettre du 17 avril 1542, Calvin parle de l'ar- rivée de Munster à Genève (Vil, 453).

' C'est-à-dire, pour reprendre ses leçons à l'Université, après les vacances de Pâques (VU, 419, n. 9-10).

' Plusieurs colonnes de soldats mercenaires traversèrent bientôt la Suisse occidentale, pour se rendre en Italie (Ruchat, V, 181, 182). Tout se préparait en France pour la guerre qui fut déclarée à l'Empereur le 10 ou le 12 juillet (Voy. Guiffrey. Chronique de François I, p. 392-396. Sleidan, édit. am Ende, II, 259, 260, 270, 272. Henri Martin. Hist. de France, 4""^^ éd., \TII, 278-280. Gaillard. Hist. de François I, 1819, m, 127).

® La guerre de l'Empire contre les Turcs fut décidée on avril dans la diète de Spire, et l'électeur de Brandeliourg, Joachiin II. fut élu général en chef (VH, 450, 453. Sleidan, II, 260).

9 N" 1125, n. 7.

1" Thomas Barharin, qui aurait fait la connaissance de Séb. Munster àBàle en 1538 (Y, 74, n. 7)?

** Le contenu de la lettre détermine le millésime.

42 ANDRÉ ZÉBÉDÉE AU CONSEIL DE BERNE. 1542

1127

ANDRÉ ZÉBÉDÉE ^ au Conseil de Berne. (Berne, vers la fin de mai) 1542.

Inédite. Autographe. Archives de Berne.

Briefve et simple exposition de responses faites par Andrieu Zébédée aux accusations faites contre luy par le vicaire d'Orbe-. Le tout présenté aux Magnifiques, puyssantz, très redouhtées et christiens seigneurs et princes de Berne.

Les Responses d'Andrieu Zébédée, prédicant d'Orbe, aux accu- sations faites ])ar le vicaire d'Orbe devant les excellens et puys- santz seigneurs et princes de Fribourg, l'an 1542, le lundy devant pentecouste\

Je, Andrieu Zébédée, minister de la parolle de Dieu en la ville d'Orbe, estant devant le Conseil des seigneurs et princes de Fribourg, ayant ouy une grande et aspre accusation faicte de par le vicaire de la dicte ville, en respondant a[y] réduyt la

^ Voyez les Indices des t. Y, VI, VII, et si:)écialement le t. V, p. 98 et le t. M, p. 240, 241.

André Zébédée était natif de la Flandre. Professeur à Bordeaux pendant trois ans, puis, dès 1538, pasteur à Orbe, il avait néanmoins conservé certaines singularités de style et d'orthographe qui annoncent que le fran- çais n'était pas sa langue maternelle; mais il nous semble que, pour la clarté et la rapidité de l'exposition, il n'est point inférieur à ses collègues nés en France ou dans la Suisse romande.

Son caractère se trahit naïvement dans la présente ajiologie. Très zélé, mais présomptueux, tracassier et parfois violent, il n'était guère à sa place dans une ville les Évangéliques, constamment surveillés par les Catholiques-romains, pouvaient, pour la fiuitc la jilus légère, être dénoncés à MM. de Fribourg et sévèrement jjunis.

^ Claude Gui/of (Voyez les Mém. de Pierrefleur. Lausanne, 1856, ]). 1.36, 21()j.

' C'est-à-dire, le 22 mai. Il avait été cité à Fribourg, ainsi que sa partie adverse, jiour le samedi 20 (Pierrefleur, p. 210).

1342 ANDRÉ ZÉBÉDÉE AU CONSEIL DE BERNE. 43

longue accusation on trois ])ointz principaul.x. |)riant les excel- lences et puyssances des mes seigneurs et pi-iiiccs de les bien consider et conférer avecques les responses.

Le primier poinet. J'ay esté trop Ipng au sermon, le dimenche de Pasques liory '^ et au sermon du grand vendredy sainct ', et que je fasoye cela ])ar certaine malice. i)Our empescher le service de prestres, et que toutes les dimenclies je fasoye aultant, et que, quelques remonstrances qu'on me fait, je ne veulx aul- cunement obeïr.

Le second point. Ainsi que le vicaii-e faisoit son office, ce dimenche mesme ^ je suis venu audacieusement. voulant faire ung grand tumulte, le démentir ])uhliquement, et (pie n"a tenu à moy que n'aye eu une grande effusion du sang.

Le troisiesme jwint. L(^ vendredy a])rès TAscension ". en jjlaine ru(\ j"ay appelle le vicaire ahuseiir.

Quant au lyrimier jwud, j'ay respondu : Yen que, pour cer- taines et honestes causes, je presche, les dimenclies, les Évan- giles de la messe, les prestres me pourroient supporter, ainsi qu'ilz avoyent faitz les aultres anné[e]s (car pour lors je n'avoye rien fait de noveau), si, quant les Évangiles de leurs offices sont bien longues, la déclaration aussy soit aulcunement plus longue. Et a[y] ])i'otesté. demandant Dieu en tesmoing, que je faisoye

* Le dimanche de « Pâques tiories » ou des Rameaux, qui lut le 2 avril en 1542.

° 0 Le prédicant Zébédée, se sentant advoué du seigneur Ballif [Conrad Buhy], lequel estoit de Berne, ])ensa mettre empeschement au service divin... le jour du Vendredy sainct, assavoir qu'il se mist à sermonner son sermon, depuis sept heures jusques à onze; et tousjours eust sermonné, si ne fust que le Gouverneur de la ville le tist à descendre de la chaiie, disant qu'il passoit l'heure ordonnée par les Seigneurs » (Pierrefleur, j). 209).

Selon les Ordonnances de Bern<> et de Frihourg du 30 janvier 1532 (II, 401-404) publiées à Orbe le 3 mars suivant, le sermon devait avoir lieu « en temps d'hiver, depuis la St-Michel jusques à Pâques, au matin, de sept heures jusques à huit; en été, de six jusques à sej)!. Aussi, en l'église paroissiale, seront dites, et toujours avant le sermon, les matines et laudes, [et] après [le sermon] les autres heures canoniques, Ja messe, cérémonies et offices de rÉgiise,... par condition que icelles n"enii)échent la prédication, ni aussi la prédication les susdites cérémonies... » (Pierre- fleur, p. 83).

" Le jour de >• Pâ(iues fldrics. » 2 avril.

^ C'est-à-dire, le 19 mai.

44 ANDRÉ ZÉBÉDÉE AU CONSEIL DE BERNE. 1542

point cela par malice, comme le vicaire avoit donné entendre. Mesmement j'api)ellois le chastellain d'Orbe ^ présent, pour testifier et certifier que le vicaire avoit faulsement informé Messieurs, en ce qu'il avoit dict que, quelque remonstrance qu'on me fasoit, je ne voulois aulcunement obeïr; car le chas- tellain sçavoit bien que je m'estoye déporté après sa remons- trance.

Quant au second point, qui est d'avoir démenty le prestre faisant son office dedans l'église, etc., j'ay confessé le fait, mais non pas le mode ne l'intention proposée de par le vicaire. Et j'ay prié les excellences de princes, de me donner audience pai- sible, ainsi comme, de leur grâce, avoyent faict à mon adver- saire. Laquelle chose ayant tellement quellement impétré, j'ay exposé comme je n'estoye point venu alors à l'église pour faire aulcun bruyt, moins encore pour estre cause de quelque effusion du sang, en tant que j'estoye entré au temple tout seul, paisi- blement, sans avoir adverty persone, comme aultre fois j'avoye fait souvent. Et j'ay confessé d' estre bien véritable, que pour lors me suis arresté davantaige, et c'estoit à cause que, après l'évangile chanté et l'offertoire achevé, j'ay veu le vicaire venir pour faire le prosne, comme parlent les prestres, et ainsi je m'arrestoys. Et luy, au lieu de ex])Oser quelque propos de l'épistre ou l'évangile de sa messe, se déportant de cela comme de chose de petitte importance, avise le peuple de cérémonies qui se debvoyent garder en ceste sepmaine-là, qui estoyt la sep- maine saincte ^ : que le jeudy estoyt la commémoration de la saincte cœne, et que le peuple debvroyt faire comme il estoit accoustumé; que le vendredy c'estoit la commémoration de la mort et passion de Nostre Seigneur, et que le peuple debvroit faire selon la coustume; que le sammedy on f(M'oit les bénédic- tions de l'eau du font'", et que le peuple en viendroit prendre et en boire et en garder, comme il avoyt de coustume; que le dimenche, c'est la résurrection de Nostre Seigneur; que doncques

^ François Warnery ou Warney, qui avait succédé en 1535 à Autoine Secretain (Picrrofleur, ]>. 137).

^ On lit à la marge : « le sermon du vicaire. »

"^ Il veut dire : des fonts baptismaux (Voyez le Manuel ou instruction des curez et vicaires... à l'usage de Rome, de Lyon et de Lausanne. Par Pierre Yiret (Lyon, Claude Ravot, 1564, p. 17, 25).

1342 ANDRÉ ZÉBÉDÉE AU CONSEIL DE BERNE. 45

le peuple se disposa à recepvoir son r)i(Hi et son Créateur; et qu'il clebvoit aussy bien j)('nser à décharger ung chascun sa conscience, de payer le rachapt à quoy ilz estoyent tenus et obligés, d'aultant que c'est l'ordinancç de la saincte mère Église, à laquelle il fault obeïr, car il n'y a point de puyssance si non de Dieu, et qui résiste à la puyssance il résiste à Dieu, comme dit TApostre aux Romains.

Sur ce projjos, moy pensant à la droite vérité, et cognossant la vraye intelligence de TEscripture alléguée, voyant aussi la grande et manifeste faulseté du vicaire, que quant il touchoit les grandes choses, comme la cœne saincte de Nostre Seigneur, la mort et la i)assion de Jésus-Christ, il renvoyoit les simples gens à coustumes, disant légièrement et en passant : « Vous ferés ainsi que vous estes acoustumés ; » et quant il vient à parler je ne sais de quel j)ayement du rachapt, qui touche la bourse et fait pour le ventre, alors le vicaire, à l'exemple de Judas, charge les consciences du paovre peuple, en alléguant faulsement la saincte et véritable Escripture, pour establir sa villaine et meschante menterye, moy, dy-je au[x] seigneurs et i)rinces de Fribourg, voyant tout cecy, ay esté esmeu (du quel esprit. Dieu le scet) à crier à haulte voix : « Cela est faulsement allégué et l'a menti/. " Et cant et cant ", ay demandé tous les assistans à la messe en tesmoing du propos que le vicaire sur telle matière avoit tenu. Car je m'offroye devant toute honne justice de x)rover et maintenir qu'il avoit faulsement menty. Et encoire disoye à Messieurs que j'estoye tousjours prest à prouver, devant tous bons juges, que le vicaire eut tenu ce propos, non pas seulement contre les sainctes Escriptures, mais aussy droite- ment et ouvertement contre le droit canon, c'est-à-dire, disoye [-je], contre le droit de son pape.

Et, continuant mon ])ropos, j'ay suj)])lié que, si sambloit aux excellences de Messieurs que je i)arlois trop hardiment et haultement, qu'il pleust à leur bénignes grâces de me supporter en cela; car la vérité seurement congneue et la conscience, de la crainte de Dieu meue^^ en Toffice de la prédication

" Quant et quant, ainsi qu'on l'écrivait ordinairement, signifiait en même temps.

^- On ))(>ut liro menée on menée (mue).

46 ANDRÉ ZÉBÉDÉE AU CONSEIL DE BERNE. 1542

de l'évaiigilo do Jésus, me poussoyent et induisoyent à parler ainsi vivement. Et j'ay requesté davantaige, qu'il pleust à leurs excellences d'avoir esgard à ung certain propos que je desyrois alléguer en manière de similitude. Et proposois ainsi :

Si quelqung des officiers de l'excellence des Messieurs, ayant charge de publier certaines ordinances par leurs seigneuries, mettoit les mandemens de ses princes arri[è]re, et, au lieu de ceulx-là, en publieroit des aultres de sa fantasie, et [qu'il] se trouve par avanture quelqung de subjects asseuré que l'officier ne dit riens ou bien peu de ce qu'il a en charge, mais attribue au prince ce que le prince n'a jamais pensé, si donques l'aultre, bien cognossant cela, vient crier publiquement et sur- le-champs contre ung tel officier, et sauve l'honneur de princes, le démentant devant tout le monde, à sçavoir mon '^ si ung tel subject pouri-oit estrejugé desloyal et séditieux ? Je pense, disoye, que non.

Pareillement, dy-je, seigneurs et i)rinces, est de moy et de ce vicaire icy. Car le vicaire, ayant pris la charge de publier et enseigner les ordinances qui sont ])Our entertenir, avancer et mener à quelque perfection le peuple christien, ne fait rien ou bien peu de tout cela; et. le peu qu'il fait, il le fait indeuement, et aultrement que Dieu n'a commandé, et met en avant des aultres charges, de quoy il n'a nulle charge, ne de Dieu, [ne] de son Église, non obstant qu'il fait cela desoubz le filtre de la saincte mère Église.

Et moy, me trouvant à la fort une ^\ non pas seulement comme subject, mais comme filz de la vraye Église catholique (Car tel me tiens et tel je veulx vivre et morir), si je me suis opposé à ung qui a imposé à l'Eglise saincte ce que elle n'a jamais pensé, l'affaire, si samble, selon la similitude, ne doiht point estre trouvé si rude ne tant estrange, principalement devant cenlx qui vendent aussi estre vrays suhjectz et loyaulx enfans de la saincte Eglise.

Et ainsi que je voulois alléguer ung exemple de l'histoire ecclésiasti(iu(>, pour prouver que je le j)Ouvoye faire cela et m'opposer, on m'a imposé silence. Et j'ay supplié les grâces de

" Mon est ici uiio particule int«^rrogative, signifiant est-ce? " Par un cas fortuit, par hasard.

1542 ANDRÉ ZP'RKDÉE AU CONSEIL DE BERNE. 47

Messieurs qu'on nio laissa rcsijondro au troisicsiuc point de l'accusation : ce qu'on ni"a accordé.

Quant au troisiesme point, qui est d'avoir appcllt'' le vicaire aljuseur, j'ay respondu (ju'il n'y avjsit pas grande difficulté à prouver cela en beauco|) de sortes ; toutefois ([n<' ji" n"avoye })oint dict cela sans cause de par luy donnée. Laciudle cause, combien qu'elle soit assés longu(\ je Fay réduyt, devant les excellences de Messieurs, eu brief, racomptant ainsi :

Le vicaire s'estant allé cant et cant après Pasqucs devant Messieurs, a rapporté c<n'taines lettres à Monsieur le hulUf, par lesquelles on manda que Monsieur le ballif eût à faire citer le vicaire et sa contre-part '^ et Claude MattJùeu^^. Et est chose véritable que le vicaire n'a point voulu donner (Mitendre à Mon- sieur le ballif, ne à son cliastellain quil [1. quij cstoit sa contre- part. Mesmement, quant Monsieur le hallif avoit donné chargea son cliastellain de demander au vicaire quil estoit S(( contre-part, le vicaire a respondu, qu'il ne sçavoit rien, et n'a fait samhlan.t aukun de me demander aulcime chose. Et davantaige a dict à Claude Matthieu, ciui\l] ne s'estoint pas plaint de luij : ce que totalement, à la longue, a esté trouvé estre fardx^'. Car cinq sepmaines après, ayant attendu jusques près d(^ la venue de la journée assignée *^ [il] est venu vers Monsieur le ballif, donnant entendre qu'il ne pouvoit penser d'avoir aulti'e contre-part que

'^ Sa partie adverse.

On lit dans le Manuel de Frihourg, an mardi 23 mai : Claude Ma- thei d'Orbe a dit, en présence du Bailli, selon le rapport du ficaire Que les administracions du S. Sacrement que le d. vicayre fasoit, estoint contre Dieu et la saincte Escripture et qu'elles estoint méchantes; et qu'il voul- loit prouver par la S. Escripture que tous ceulx qui l'ensuyvent que il font contre Dieu et la S. Escripture. r,

'' L'enquête faite à Orbe contre Matthey, le samedi 27 mai 1542, le fut « à l'instance et poursuyte de messire domp Claude fT}ii/ot, prestre et vicaire d'Orbe. »

Deux assistants n'avaient pas entendu les paroles de ]\latthey (Voy. n. 16), et deux des témoins ne soutenaient que la première ])artie de l'ac- cusation. Ainsi l'un de ces derniers, « Domp Guillaume Chollet, prestre d'Orbe, ...interrogé si[l] avoit ouyr dire à Claude Grivat (lue Claude Mat- fheis eusse parler et médictz contre Messieurs de Fribourg, » répondit négativement. Malgré cela, l'accusé ne fut i)oiiit admis à j)roduire ses témoins à décharge (Mscr. orig. Arch. de Fribourg).

'^ Assignée au prédicant d'Orbe et à Cl. Guyot ))onr le 20 mai.

48 ANDRÉ ZÉBÉDÉE AU CONSEIL DE BERNE. 1542

le prédicant d'Orbe '^ De quoy moy estant adverty et i'e[nJcon- trant le vicaire, je l'ay remercyé de ce que à la longue s'estoyt déclaré que j'estoye sa contre-part. « Toutefois, » disoie, « je vous eusse mieulx remercié, si m'eîit esté déclaré plus tost. » A quoy le vicaire respondit en s'en allant, « que ce n'estoit luy ma contre-part, mes que Messieurs de Fribourg me donneront entendre que eulx sont ma contre-part. » Sur quoy je luy res- pondoye « que cela ne se porroit pas sans que luy se fust com- plaint de moy. » Et luy de crier du loing contre moy « qu'il ])arleroit bien à moy. » « Parlons donques, » disoye. « Et de quoy? » dit-il, « De l'évangile et de l'épistre que vous avés hier (c'estoit le jour de l'Ascension ^") chanté à vostre messe : vous dict[es], en language que le peuple n'entend pas, que le corps de Jésus-Christ est osté de nous, tant de nous mains que de nous yeulx. Et toutefois tous les jours vous dites et faites le contraire, disant que vous le tenés en vous mains et que le monstres aux yeulx de povre peuple : lequel tu, ainsi faisant, abuses et séduyts, rien douant entendre de ce que vous dites bien, et faisant à croire ce que vous faites mal, ce que mesmes est contre l'article de la saincte foy. »

Sur ce, avons esté tous renvoyé de par le Conseil -'.

Brief recueil de la parolle du vicaire sur qiioy on Ta démenty.

Le vicaire a dict que le peuple est tenu en sa conscience et obligé de payer le rachapt, car cela estoit l'ordinance de la sainte mère Église ^^

" C'est-à-dire que, selon le Bailli, la partie adverse du vicaire Guyot ne pouvait être que Zébédée lui-même.

20 Le jeudi 18 mai.

*' Nous complétons le récit de Zébédée par celui de Pierrefleur, p. 211 : « finalement, après avoir ouy les propos du d. Vicaire et de luy, [Zébé- dée] fust condamné d'estre mis en forte et estroitte prison, et y demeura vingt-quatre heures. Au sortir, il fist amende honorable, assavoir : crier mercy à Dieu, à la Vierge Marie, à tous les saincts et sainctes de Pa- radis, et aussi... aux Seigneurs de Fribourg, lesquels acceptèrent ainsi la d. mercy, le bannissant de leurs terres et seigneuries, sur peine de la vie. »

Le Manuel de Fribourg omet la comparution, l'emprisonnement et l'amende honorable de Zébédée, et il ne mentionne que cette rétractation : « 5 juin. Chiudi Mathieu d'Orbe a rétracté les paroles citées au 23 mai, et il a dit avoir mal parlé et fait tort à ceux qui sont attachés nu\ saints sacrements et à la messe » (Trad. de l'ail.).

lo42 JEAN BOSSET AU CONSEIL DE BERNE. 49

1428 ^

JEAN BOSSET ^ au Coiiseil de Berne. TDa Val de Tavaunes, l^^« jours de juin) 1542.

Inédite. Autographe. Archives de Berne.

S'ensuit la manière et la mode de vivre et le régime que l'on tient por le présent à la prévosté de Mothié-Grand Vaidx, prin- cipallement envers tons cenlx qui ont receu la sainde parolle de Dieu, et qui se sont conformé et desclérez de voloir tenir hi religion catholique (sic) comment Mess[i]eurs de Berne et leur réformation porte et enseigne, tout selong la sainte parolle de Dieu.

-* Zébédée étant sorti de prison le 23 mai, nous avons lieu de croire qu'il composa cette Apologie à Berne, il se trouvait le 7 juin.

Quatre députés. fribourgeois s'étant présentés le 26 mai devant le Conseil de Berne, celui-ci leur fit des plaintes assez vives sur l'incarcération et le liannissement de Zébédée, et sur la comparution du l)ailli d'Orbe à Fri- iiourg. Le 31, Claude Matthey se plaignit, à Berne, de ce qu'il avait été l'objet d'une enquête (n. 17) et sommé de comparaître devant des magis- trats fribourgeois, qui étaient en même temps juges et parties (Man. de Berne du d. jour).

Le conseiller Crispin Fischer, envoyé à Fribourg, le 3 juin, pour y exposer les griefs des Bernois, reçut l'oi'dre d'insister sur cet argument : qu'on ne pouvait être légalement banni des bailliages-communs d'Orbe et de Grandson qu'en vertu d'une sentence des deux souverains, et non pas d'un seul. Dans le cas Berne suivrait, à l'avenir, l'exemple donné par les Fribourgeois, ceux-ci en ressentiraient autant de chagrin qu'elle-même en éprouvait du bannissement de Zébédée.

Fischer remplit sa mission le 5 juin. MM. de Fribourg lui dirent « que Zébédée avait transgressé maintes fois les ordonnances des deux Villes, et qu'il avait été grossier devant eux en parlant de l'ancienne et vraie reli- gion. Ils consentaient néanmoins à lui rouvrir les bailliages-communs, pourvu qu'il se conduisît avec modération; mais il ne prêcherait plus à Orbe » (Manuel de Fribourg).

MM. de Berne, après avoir entendu, le 7 juin, le rapport de Fischer, furent d'avis que l'enquête contre Zébédée avait été faite d'une manière

T. viir. 4

50 JEAN BOSSET AU CONSEIL DE BERNE. 1542

Et premièrement le vaidx de Tavannes et le vaulx de Motliié- (h'and Yaulx, et le vaulx de Sornetal ^ entre lesqueulx por le présent ont tient pouvre et misérable ordre de vivre selon rÉvangille et la réformation de noz honorez seigneurs Messeurs de Berne.

Item, quant les devant-nommé Ijohs Jiomnips ^ veulent prendre ung homme à serment, au [1. ouj faire jurer ung officier, il jurent et prennent tous jors le nom des sainct et des sainctes, qui est contre Dieu et la réformation de Messeurs de Berne. Item, observent tousjours le d. bons hommes leur hénissons''- comme du temps passez. Item, il sonnent tousjours les cloches après les mortz comme du passez. Item, au jors des nopces et aultre, dances se font la nuytz et le jors. Item, grand y Ivrognerie règne por le présent entre eulx la nuyt et le jors, et des plus grand du pays. Item, iowiQ'^ f estes 'papcdles mwi gardé comme du passez. Item les hahitz deschaplées"^ comme du passez.

irrégulière, insidieuse, et ils décidèrent que ce ministre serait transféré à Yverdon. Thomas Malingre, l'un des pasteurs de cette ville, irait le rem- placer à Orbe. Malingre dut voir dans cette brusque translation une suite de la disgrâce qu'il avait subie quelques jours auparavant. Berne, en effet, avait écrit aux « prédicants » d'Yverdon, le 29 mai : « Le porteur, Hugonin cfArnex, bourgeois d'Orbe, prétend que vous l'avez examiné et reconnu propre à devenir un prédicant. Abstenez-vous, à l'avenir, de pareilles incartades, et remplissez votre office » (Traduct. libre de l'ail. Manuel du d. jour).

' Jean Bosset prêchait à la Neuveville en 1530 (II, 289). Il devint en 1538 pasteur des villages de Maleray, Sorvilier et Court, situés dans le Val de Tavannes, au S.-O. de celui de Moutier-Grandral. Diverses loca- lités de cette contrée sont mentionnées dans le t. Il, N°' 320, 325, 330, 348, 349, 352, 354, et dans le t. M, p. 98, n. 86-88.

* Sornethal désigne en allemand le Val de Sornetan, situé au X. de celui de Tavannes.

' Prud'hommes ou jurés. Il y avait six cours de justice dans la Prévôté de Moutier-Grandval. Chacune d'elles se composait de douze jurés ou asses- seurs, présidés par le maire, lequel était à la nomination du Chapitre (Voyez A. Quiquerez. Hist. des institutions de l'ancien évêché de Bâle. Delémout, 1877, j). 244, 249, 250).

* Bénédictions. La hénechon ou benesson était le nom populaire de la fête du saint d'une paroisse.

^ Voyez, t. M, p. 368, 369, les règlements de Berne contre les habits découpés.

1542 JEAN BOSSET AU CONSEIL DE BERNE. 51

A debvoir escripro toute leur maulvaisc conversations, ilz requiroit ung troup grand livre : et tout sesi à faulte de la Sei- gnorie, qui n'y mest point de ordre ne de cliasteyement, et qui ne fait point son otïice ne son delnojrr.

Item, les bons hommes de Mallerez et Bel Villard ^ au vaulx de Tavanes, ont pris et desrogner et despolié la mellior partie des biens de V église de Sainct-George\ et en ont faict leur propre héritage, desquelx bien soloit vivre ung curé, et de pré- sent img p-édîcant, et ne veullent nullement regardez ne obser- ver la réformations de Messeurs de Berne, mais disent que ont aultant de auctorité de partir les biens de leur église comme Messeurs de Berne en leurs terres et seignorie. Item, a pres- tez ung abher de Bellelée*, tant comment colateurs d(> la d. église, la plusjiart des terres en fied^ au bons hommes : des- quelles terres de[v]roit avoir ung prédicant por en vivre. Item, ne veulent nullement laborez les d. bons hommes por ung prédicant, comme il ont fait por ung curé, mais disent : quand nous dirons la messe, que lal)orerons les terres de l'église.

Court et Sorvelié. Item, les bons hommes de Cort et Sorvélié o[nt] faict semblablement comme ceulx de Mcdlerez et Bel Villard. Item, ont prestez [le] Prévost et CJiapitre de Mothié Ch'ond-vaidx, tant comme coUatours de l'église de Sainct- Vi[n]cens à Cor et Sorvelié, les terres de la d. église en fied héritable : lesquelles terres doibt avoir ung prédicant, et n'en joyst, synon ung pitit de censés.

Sur lesquelles choses nous prions et supplions tant humble- ment noz très chiers, reddoubter et magnitique et puissant Messeurs de Berne, que il leur plaise de voloir remédié et regardé à ces alîaires, por et à celle fin que Thonnour de Dieu soit exaltez et sa sainte parolle mantenue : au fl. ou] altrement tout irat en abisme et ])erdicion. Et que l'ong rescripve au Prévost et à l'ahher de Ballelée, collateurs qui sont des églises,

® Bévilard, villajsp entre Maleray et Sorvilier.

' St. Georges était le patron de l'église de Bévilard.

* Bellelay, abbaye de Prémontrés, située à une lieue à TO. de Sornetan, avait pour chef depuis 1530 Jean Cognai (JV, 64^, V, 422-425).

* C'est-à-dire, en fief (feodum). Saucy (Hist. de Bellelay. Porrentruy, 1869, p. 110, 114-116) cite les noms de plusieurs de ces nouveaux feuda- taires, investis par ./. Cognât.

32 LE CONSEIL DE STRASBOURG AU CONSEIL DE BALE. 1342

que facont par ensemble une prébande souffisante au ministre des églises, à celle fin que puisse faire debvement son office : au altrement i[l] serat contraint de abandonné le lieu '".

Jehan Bosset. de Xuveville,

ministre du sainct évangille de Dieu,

au lieu de Mallerez et Cort et Sorvelier. 1542.

La summe des biens que peult avoir le devant nommez prédicaut, pour la substance de luy et de sa famille, à cause des dues [1. deux] église devant nommée, Mallerez et Court : Sine muytt de froment et sine muyt de avoyue et demy, pour faire 4 cbair de foin, et 14 sol d'argent, et quelque peult de novally [1. uovales] aulcune foys. 1542 ^^

1129

LE coxsEiL DE STRASBOURG au Conseil de Baie. De Strasbourg, 7 juin 1542.

Inédite. Manuscrit original. Arch. de Baie. (Traduit de l'allemand.)

Aux prudents et sages, nos particulièrement bons amis et fidèles chers voisins, le Bourgmestre et le Conseil de Baie, Nous, Hans Bock, chevalier, le Meister et le Conseil de Strasbourg, offrons nos amicaux et empressés services.

^" A comparer avec les notes de la p. 360 du t. II.

" On lit au dos cette note du chancelier bernois : « Prédicant. Moutier- Grandval. Là-dessus, décidé d'envoyer une ambassade, 6 Junii 1542. 23 Julii être » (Trad. de l'ail.). Les instructions des députés bernois envoyés à Moutier leur furent données, en effet, le 20 juillet.

Manuel du 7 juin : « Sur le rapport des prédicaiits de Moutier-Grandval, on décide d'écrire à l'Évêque [de Bâle] et au Prévôt [de Moutier] qu'il indique, si cela lui convient, le jour d'une conférence. Mes Seigneurs enverront leur ambassade, ])Our procéder à un examen [des choses], afin que les transgresseurs de l'édit de Réformation soient châtiés, et que les amendes passent dans les mains de l'Évêque et du Prévôt » (Trad. de l'ail.). Voyez, au 29 juillet, la lettre des ministres de la Prévôté (N» 1142).

1342 LE CONSEIL DE STRASBOURG AU CONSEIL DE RALE. 53

Chers bons amis et fidèl(^s voisins!

M. 2Iartin Bucer, ministre de la parole de I)i<'U en cette ville, nous a informés qu'il a ai)i)ris^de votn^ Banneret, le pieux Bernard Meijer, que nos bons amis et fidèles voisins de Berne veulent rajjjjeler M. Pierre Tiret, leur prédicateur de Lausanne, qu'ils ont prêté pour un temps à ceux de Genève, rappel très fâclnuix pour ^Monsieur Jean Calvin, j)arce que touf n'est peut- être pas encore ramené au meilleur état autour de lui, et que M. Calvin lui-même, à cause de sa faible santé, ne ])('ut ])as tout faire. Ces circonstances réunies apporteraient du dommage à l'œuvre de l'Évangile. 2£eyer nous a dit (jue, pour cette raison, vous aviez alors décidé d'écrire à nos amis de Be^me de laisser encore ])lus longtem])s le d. ^I. Tiret à Genève, et que vous trouvez bon {pie nous écrivions dans le même sens aux Bernoise C'est, en effet, notre devoir d'avancer surtout et de toutes nos forces l'honneur de Dieu, et nous sommes tout disposés à vous agréer et à vous rendre service amicalement. C'est pourquoi nous écrivons aux susdits nos amis et voisins de Berne la lettre ci-incluse, en vous jjriant de la leur envoyer avec la vôtre. Nous reconnaîtrons ce service, à l'occasion, amicalement et volontiers envers vous, chers amis et voisins. Donné le mercredi, 7'"" de Juin, l'an, etc., xlh.

(Note du secrétaire bâlois : « Relative à M. Pierre Viret, qu'il faut retenir à Genève. Présentée [au Conseil] le 14 [juin] 1542.)))

^ Berne ne s'opposait pas à ce que Tiret prolongeât son séjour à Ge- nève, pourvu que les Lausannois y consentissent (VII, 376, tin de la ii. 22; 409, n. 3). C'est donc à ceux-ci qu'il aurait fallu s'adresser tout d'abord.

54 JEAN CALVIN A GUILLAUME FAREL, A NEUCHATEL. 1542

4130

JEAX CALOTS' à Guillaume Farel, à Neuchâtel. De Genève, 46 Juin 1542.

Calvini Epp. et Resp. 1575, p. 38. Calv. 0pp. XI, 408.

Utinam ita ad prseseiitis vita? contpnii)tum ac sanctae mortis meditationem erudiar, ut hic anniis miiltis piorum funeribus mihi luctuosiis fuit ! Poralis, primus urhis Syndicus, ad Domi- num migrarit : cujus mors nobis, ut par erat, tristis atque acerba fuit. Ipsius verô mortis species, ut nounihil mihi solatii attulit, ita ex adverso mihi dolorem auxit, dum cogito quantum in eo Jiomine perdiderimusK Postridie quàm in morbum inci- derat, cum essemus apud eum ego et Viretus, denuiiciavit se de vita ])ericlitari : morbum enim quem patiebatur familiœ suse esse fatalem. Ha])uimus deinde longum sermonem de rébus variis : sic loquebatur, quasi sana esset ac intégra valetudine. Biduo quod proximè sequutum est acriùs lal)oravit, sic tamen ut ingenio et loquendi dexteritate magis vigeret quàm tota vita : quisquis ad eum visendi causa accesserat, audiebat prœclaram aliquam exhortationem : ac ne putes futilem fuisse loquacita- tem; quantum lieri potuit, aptissimè singulis accommodabat quod illis conveniret ac prodesset. Cœpit inde meliuscuiè ha])ere, ut spes optima esset restitutum propediem iri. Triduum duravit hic status : tandem iterum morbus ingravescere, ut constaret maximum esse periculum. Quô tamen afflictior erat corpore, spiritus vividior fiebat. Taceo médium illud tempus.

Qiio die mortims est, circiter nonam ante meridiem, illuc veni- mus ego et Viretus. Cum ))auca verba fecissem de cruce, de gratia Christi, de spe vitae seternae, nolebamus enim prolixis sermo- nibus eum fatigare, exce])it se acci]iere T)(^i nuncium ut par erat,

^ Celles des lettres d^Ami Forral que nous avons reproduites dans le t. nr, peuvent donner une idée de la sagesse et du patriotisme de ce ma- gistrat.

i542 JEAN CALVIN A GUILLAUME FAREL, A NEUCIIATKL. 55

se enim scire quaiu viin lialx-rot Christi iniuistcrium ad coiifir- mandas consciontias tiddiuiii. Illic de minisferio ac toto illius usu ita splendidè dissernit, ut nos sfiijwre amhos afficeret : ac quotios milii in inoiitom voiiit, adhuc o])stui)esco. Sic cniiii loquel)atiir, ut vidor(>tur oratioiiein ab aliquo iiostrûiu diu ac diligonter meditatam referre. Haiic partom sic concludebat, ut dicpret se reiiiissionem peccatoruni, quani ex uiandato Cliristi polliceremur, non aliter accipere quàni si angélus si])i è cœlo apparuisset. Descendit postea ad unitatem Ecclesiœ, quam miris elogiis commendavit, testatus nullum se habere melius nec certius solatiuni in certamine mortis, quàm quia in illa unitate jam plané confirmatus esset. CoUegas autem nostros ixndb antè vocaverat, ac redierat cmnillis in gratiam^, ne si in illo dissidio ferstiHsset, eo exemplo alii ahuterentur. Dixerat autem nobis : « Cum i)ublica ecclesise sedificatio vos cogat ad illos pro fratribus tolerandos, cur non eadem ratione pro pastoribus agnoscerem?» Adnionuerat tamen eos seriô, ac illis quid peccassent in niemo- riani reduxerat.

Sed redeo ad illam postreniani orationem. Conversus ad eos qui adsta])ant, hortatus est omnes ut ecdesiœ commimionem haberent commendatam ; eos verô qui in caeremoniis et die- bus sunt superstitiosi^ admonuit, ut deposita jjervicacia nobis acquiescèrent : nos enim meliùs ac prud(Mitiùs videre quid ex])e- diret quàm illos : se quoque in illis fuisse magis obstinatum, sed datos sibi demum oculos, ut videret quàmnoxia esset contentio. Postea confessionem edidit hrevem ac gravem ac hœulentam. Inde nos hortatus est, cum ad alias officii partes, tum rerà ad constantiani : nec secùs ac rates aliquis defuturis difficultatihus sermonem hahuit. De repuhlica mirmn quàm sapienter dixerit quod ad rem pertinel)at. Imprimis, ut reconciliandis sociis iirlnhus^ pergeremus operam studiumque impendere commenda- vit. « Quidquid vociferentur claniosi aliqui, dicebat. non oportet vos animis frangi. » Non liabco tantum tem})oris ut omnia per- sequar. Nos ubi aliqua subjecimus, concepimus orationem. Sic

^ Portai, ainsi que plusieurs autres Genevois, s'était refusé à recon- naître comme légitimes les pasteurs qui, en 1538, avaient pris la place de Farel, de Calvin et de Corauld, bannis de Genève.

* A comparer avec le t. V, p. 137, note 9.

* Berne et Genève.

56 JEAN CALVIN A GUILLAUME FAREL. A NEUCHATEL. 1342

discessimus. Secuncla pomericliaiia, cum uxor mea'^ venisset, jiissit « hono animo esse, quidquid accideref : cogitaret se non temere, sed mirahili Dei consilio hue adductam, ut ipsa quoque Evangelio serviret. »

Paulô post deniuiciavit, vocem jam sibi eripi, castcrùm etiam sine voce confessionera se retinere in animo qnam priùs edide- rat, ac in ea moritnruni. Illic reciiato Simeonis cantico, atque eJKS inferjyretatioue ad se upplicata : « Yidi, inqnit, et manu tetigi salutare istud, » atque ita se ad quieteni conii)osuit. Exinde sermone fuit destitutus, nntibus tamen indicabat, se nihil de animi vigore perdidisse. Sub horam quartam veni illuc caini Sgndicis. Cum aliquoties erumpere in sennonem conatus esset, et faucibus im])ediretur, jussi ne si])i molestus ampliiis foret, abunde ejus confessione satisfactum. Cœpi tandem loqui ut potui : audivit vultu admodum composito et tranquillo. Yixdum eramus egressi, cum sanctam animam Christo reddidif^.

Haec narratio vix tibi erit credibilis, si expendas hominis naturani : verùm scito fuisse novo prorsùs spiritu tune donatum. Nunc in deligendis novis coUegis sumus vcddè occu2^ati, eoque magis quôd, dum ]nitamus nobis contigisse aliquem valdè ido- neum, postea deprehendimus nostrœ expectationi non satis respondere. Uln aliquid constituerimus, intelliges. Neque enim, cum absis, juvare nos consilio potes. Vale. xvi. Junii m. u. xlh.

* Idelette de Bure (VI, 275, n. 15).

^ Registre du Conseil du 5 juin : « Par le bon volloir de Dieu, samedi 3 Juin, icelluy nostre bon Dieu et Saulveur retira à luy le seigneur syn- dique For rai, et hier fut mis en sépulture au lieu accoustumé. » Nous empruntons encore à M. A. Roget, H, 39, le § suivant du susdit Registre : « Pource qu'il y a aulcungs qui ont esté après à fère ijlusiours insolences et mocqueries de la mort du syndique Porral, ordonné que soient prises légitimes informations, et selon icelles soient chastiés. »

lol2 PIERRE TOUSS.VIN A GUILLAUME FAREL, A NEUCHATEL. 57

1181.

PIERRE TOUSSAiN à Guillaume Farel, à Neuchâtel. De Montbéliard, 10 juillet 154;2.

Inédite. Autographe. Commuiiiquée par, M. Henri Lutterotli.

S. Statueram descenclero Argentoratum, ])Otissiniinn ut J/e- tenses inviserem et alloquerer; sed Foreti causa\ adversa va- letudn. adventus Diicis Christophori ex])ectatio -, etc., me liîc invituni retinuerunt. LutzemhHrgo ' rediit nudius tertius Prse- fedus noster, qui narrât oninia illic niilitil)us pleua et turbata esse omnia*. ut ])er 2Iediomatrices'' commode redire non potuerit : qui liomini spem fecerant maximam, ut ante suum ad nos redi- tum ali(|uid lyrhnorïbus^ im])etrarent ad gloriam Domini pro- ])agandam; sed bellum hoc, vel saltem tria casti-a niilitum non jn'ocul ab urhe interturbant oninia, cum nondum certô sciatur adversùs quem Rex bellum movcre statuerit '. Bucerus scribit exercitum adversùs Turcas nondum esse totum coactum **, et

' Les griefs du gouvernement et des pasteurs de Montbéliard contre P. Foret, sont consignés dans les lettres suivantes : 2, 10 juillet, 14 août, 6 septembre 1541 (MI, 171, 182, 220, 237), et dans les annotations que le comte Georges fit ajouter à cliacun des articles de Vapolocjie de Foret, composée du 15 au 20 mai 1542 (N" 1120).

* Le duc Christophe de Wurtemberg arriva le 22 juillet à Montbéliard.

* Appelé plus anciennement Luciïiburgum (Voyez R. P. Alexandri AViltbemii Luciliburgensia. Luxemburgi, 1842, p. 148, 151).

■* La guerre entre François I et Charles-Quint était imminente.

' On se servait volontiers du mot Mediomafrices pour désigner la ville de Metz ou son territoire, bien que le nom antique de la villf fût Diro- durum Mediomatricorum (Voy. l'Annuaire de la Soc. des antiquaires de France, 1850, p. 267).

^ Ceux des nobles de la cité de Metz qui avaient du penchant pour la Réforme, mais qui différaient toujours le moment d'agir en sa faveur.

' La déclaration de guerre du roi de France à l'Empereur ne put être connue du public qu'après le 12 juillet.

» V 1126, note 8.

58 PIERRE TOUSSAIN A GUILLAUME FAREL, A NEUCHATEL. 1542

multa alia deflenda, ut velicmenter cœci simus nisi videamus instare diom Doinini.

Princeps hic noster Georgius copiosè respondit ad omnes arti- culos Apologiœ Fore.ti^, et quain qiiidem responsionem misit Dominis Bernatihus ante hebdoinadas très. Ad hœc MichaëV° anteactis his diebiis multùm iiistitit apud nos ut dimitteretur ; sed quoniam nusquam vocatur, et meliùs habet (gratia Christo) quàm habebat cum hue venit, et agit hic proxiiliè, et ecclesias habet uihil propemodum iuter se distantes", et scimus homi- nem sollicitatum à nebu]onil)us quibusdam, et videmus eum hoc prœsertim tempore ecclesiam suam deserere non posse sine magna offensione, non potuimus ulla ratione illius petitioni acquiescere ; quin vehementer miramur qua conscientia id tanto- pere à nobis efflagitet, maxime cum testem habeamus D. Deum nos omnes hominem verè et ex animo amare : ad cujus animum pacandum non incommodum fuerit si nobis scripseritis, vos non in ea esse sententia, ut sine nostro consensu certaque ac légi- tima vocatione ecclesiam suam deserat'^ Vale in Domino et mihi fratres omnes saluta, quorum et tuis sanctis precibus ecclesias et me commendo. Scripsissem copiosiîis, sed divexor adversa valotudine. Iterum vale. Monbelgardi, 10 Jullii 1542.

TUUS TOSSANUS.

(Inscriptio :) Farello fratri meo in Domino colendissimo.

' Voyez la note 1.

10- n ]]fjç},gi J)ol)t. Les deux églises mentionnées sont probablement celles d^ Exincourt et à.^ Audincourt . Elles appartiennent à des localités situées à une lieue environ de Montbéliard.

'* C'est pour cette raison que, le 31 mai 1543, Farel blâma avec tant de rigueur ses collègues de Xeuchâtel d'avoir accueilli MicJiel Dobt pen- dant l'hiver précédent.

1342 EUSTACHE DE KNOBELSDORF A G. CASSANDER, A BRUGES. n9

EUSTACHE DE KNOBELSDORF à Georges Cassaiider, à Hriiges \ De Paris, 10 juillet 1542.

Epistolae selectiores scriptœ vel a Belgis vel ad Belgas. Lugd. Bat. 1617, 8°, p. 37.

(Extrait)

.... Qiiod petis ut distiuctiùs singula perscribain qiuf obiter tum de exKrendis Lniherarm attigi, ex animo faciani, quantum quidem temporis angustia feret. Hoc enim ipso uiouiento quo tuas recipio, respoudere cogor, ni nuntium vacuuni redire nialim. Tum mentionem feci supjjlkatiommi quse lue fiebant, quarum tamen causam neque sciel)am, neque diligentor roquirebam, quôd ox more fieri eas putarem, quum intérim peculiares au- diam fuisse, easque quœ nisi jam rébus deploratis adliibeantur. Plenas Jmmanitatis Rex Oallise ad Senatmn Parisiense^n (quod Parlamentum vocant) niisit literas, quitus vel iniprimis petere visus est, ut suo nomhie decernerentur siqyplicationes ad Deum

' Une traduction française de cette lettre est insérée dans le t. W du Bulletin, p. 420-423.

On ne possède que peu de renseignements sur Knobelsdorf. Il était prussien (Prutenus) et poète, et il publia en 1543 une Description de la ville de Paris (Voy. Bulseus, o. c. Yl. Index illustr. virorum).

Georges Cassanâer (1513-1566) à Bruges ou dans l'île de Cadsan (ou Cassand), au S. de Flessingue, fut professeur de littérature classique à Gand, à Bruges, etc. Il s'appliqua ensuite à l'étude de la théologie, et, après quelques voyages, il s'établit à Cologne avec son ami Cornélius Gualtherus. Cassander s'est rendu célèbre par le livre il essaya de se porter médiateur entre les deux religions, et qui est intitulé : « De otïicio pii ac public?e tranquillitatis verè amautis viri, in hoc religionis dissidio. (Basile*) 1561, » in-S". Accusé d'hérésie par les Catholiques, il mourut « soumis à l'Église romaine . (Voy. Yalerii Andréa^ Biblioth. Belgica, p. 259-262. Le P. Nicérou. Mém. pour servir à l'Hist. des hommes illustres, t. XL, p. 72-87).

60 EUSTACHE DE KNOBELSDORF A G. CASSANDER, A BRUGES. 1542

opt. max. profelici rerum successu^, si vol ipse aliqiiando tandem repotiturus esset patrimoniiun siuim legitimuiii, quod iniqiiis- simo jure nunc ab alienis possidetur, vel ulturus necem legato- rum regioruni, prai'ter jus gentiuin, huiiiauitatein oninem et fidem, occisorum ^ Si quos praiterea Imherent infideparîim sïbi constantes, ut de illis more solito sumerent supplicium *.

Obtemjjeratum est ea in ro régime voluntati diligentissimè, ac post varias, ut vocant, processiones, siipplwatio generalis à toto clero omnique populo magna cum pompta et celehritate perada est'\ Eligebantar conciouutores, qui popuhmi docerent (si Diis placet) in quem iisum prœcipuè pompa illa Jieret, tum ut Régi omnin ex animi sententia succédèrent, tum ut Ecclesise Romanse jam ruinam minitanti succurreretur : ideoque, sacro finito, octo vivos Ignibus exurendos esse, qui in Apostolicam sedem nonnuUa dixissent. Vixdnm suproma manus imposita erat supplicationi, jam vulgus tnnnatim/or^fm Mohertinum^ petehat, ibique victi- mas mactationi destinatas exsijectabat. Verùm oo die nihil actuni est, eo quôd ferebantur Lutlierani illi appollasse Parlamentum.

Duos exuri vidi, quorum ut vita dis])ar erat, ita me mors

2-4-5 ,^ l'occasion de cette lettre du Roi, datée du 2 mai (Sleidaii, II, 270), il y eut déjà une procession à Paris, et l'Université prit, le 5 mai, les mesures que nous avons mentionnées plus haut (N" lllJ, n. 3, au com- mencement).

Le 1" juillet, le Parlement pul)lie un édit qui ordonne, sous peine d'excommunication, de dénoncer avant six jours à certains docteurs de la Sorbonne (savoir : Henri Gervais, Nicolas le Clerc, Pierre Richard, Ro- bert Bouquin, Jean Benoît, P'rançois Picard) tous ceux qui négligent les lois et les cérémonies de l'Église, qui répandent des livres Iiérétiques, et qui fréquentent ou accueillent diez eux des assemblées secrètes. « Quo die divulgatum est hoc edictum [dit Sleidan, p. 274], supplicatio facta fuit ad templa divorum, et regni salutis et conservandje causa religionis, cir- cumgestata fuit Genefeva, tutelaris ipsorum Dea... et his ipsis ferè diebus exusti quidam fuerunt, propter dogma. »

Le 8 juillet, le Parlement décide de faire exhorter le peuple par les curés. Ceux-ci reçoivent un qiu^stionnaire qui les aidera à découvrir les intil seutans de la foi (La Chambre ardente, par N. Weiss. Paris, 1889,

p. XXIV, XXV).

8 Voyez le t. VII, ]). 201, 204.

® La pince Mauhert, de sinistre mémoire, est située au sud et près de la Seine, non loin de l'endroit la rue des Noyers rejoint celle de St.-Victor.

lo'l2 EUSTACIIE DE KNUBELSDORF A G. CASSANDER, A HRUGES. 61

varié affecit. Si hîc adfuissos, niitius gcmis pœna> misons optasses. Erai prior Jwiie juveuis, adlmc plané imberl)is, iiisi (|iiô(l j)rima laiiiigo paiilliilùm jn-niTix'rct, suforis dijusdam hic y77/?r.s', quem i)l('rique viginti noiulnii) aiiiios ha))oro putal)ant". AJfprjam sexar/piHoiHs aiit etiam ultra, affoctus, plané sencx^ facie vencrandus, cana eaqno prolixa barba.

Juvenis ille, qubd nescio qnœ in imagines miracnloms (quas liîc niaxinio concursn non venorantur, sed adorant), incaxtiùa dixerif, nenipe non nmltùni à lajjidois Gentiliuni Diis difforre, ejidendas ox Christianorum tcniplis. si idololatriie subrp])oret vitinni vcl susi)icio. Fertnr pi-a'tcrea qua^dani dixisso non aliéna a Martini'^ sontontia : ob qua^ qnnni {)roductiis esset ut palino- diam ('an(M-ot, illo tantùni aberat à l'ccantando, nt ctiani morte ea quse dixerat se corroboraturum adlirmaret. Productus igitur in cnriani, lata sententia, elingneni. vivumque exurendnm esse, ad quam ille niliil do pi-istino sno vultn remittens, sponte lin- guam carnitici, quam longé potuit, resecandam exeruit. Carni- fex forsice [1. forcijx'J protracta excisaque cnltro lingua, iterum atque iterum f'aciem hominis ea verberabat. Arrii)uisse adhuc palpitantem (ne quid de Gallorum i)ietate dubites) eircumstans turba dieitur, hominique in os jecisse. Levatus inde in currum, ad locum supjjlicii ductus est, eo aninio, ut non supplicium, sed

'■ ^Icrlc (rAuliigné (Hist. de la Réf. au temps de Calvin, VIII, 59) iden- tifie ce « fils d'un cordonnier » avec « le jeune orfèvre » dont Jacques Dryander a décrit le martyre (Lettre du 20 février (1541), et qui, selon toutes les vraisemblances, était Claude le Peintre. Mais Jean Crespin, qui assistait au supjilice de celui-ci et en a publié le récit, l'a placé en 1540 (Actes des Martyrs, 1582, fol. 118 a). Pour établir que cet événement appartient à l'année 1542, il faudrait prouver que la susdite lettre de Jacques Dryander est du 20 février 1543, chose impossible, croyons- nous (Voyez, dans l'Appendice, le 944 a, n. 4, 5).

* Si Claude le Peintre et le jeune homme dont Knobelsdorf vient de parler étaient une seule et même personne, Crespin n'aurait-il pas dit quelque chose de ce « vieillard sexagénaire, » qui devait au même instant attirer ses regards, exciter sa pitié, et qui ne j)ut. même au ]irix d'une abjuration, écha])]ier à la mort? Il nous semble donc qu"il faut maintenir la date du martyre de Claude le Peintre telle que Ta indiquée Jean Cres- pin (Voyez n. 7).

^ S'agit-il ici de Martin Luther ou de Martin Bésard ? Le second résidait depuis plusieurs années à Paris, il était bien connu des étu- diants de la Suisse et de l'Allemagne (t. VL ]i. 305-308, 348).

62 EISTACHE DE KNOBELSDORF A G. CASSANDER, A BRUGES. 1542

convivium petere videretur. Sine monitore, sine duce, descendit de currn, iihi crucem paratam vidit, seque commodissimè pcdo applîccd : cui dum (dUgatxr catena, dicere nonpossum,qiio vultu, qiia prœsentia animi pertiderit insidtantis turhse plausum et oblatrationem. Xidhim incidium edidit sonum; cruorem qui ex recenti amputatione linguse \d>errimè demanahat, siûnnde exspuehat, ocuJosque in cœlum dirigebat, ac si divinitus adhuc quicquam auxilii exspectahat. Siilj)hiire jam instrato capiti, quum carnifex minaciter ignem ostenderet, nihil perterritus, motu qiiodain corporis appetebat incendium. Yix equidem puto, Cassander dulcissinif. Philosophos illos qui tôt de contemiieiida morte li])ros ediderunt, tam prsesente animo adeô crudeles cru- ciatus pertulisse. Ita ille omnem liiiinanitatem mihi exuisse visiis est.

Hahes fatum adolescentis : audi mine senis, quod etsi mitius paullb sit, tamen mihi qiddem longe atrocius videtur. Vetulus ille jam decrepitus, civis Parisinus, multarum prolium pater, sat aliàs lionest£e et spectatae vitae, quum nescio quae in mona- chos de invocatione Sanctorum, liberiùs quàm liîc competit, prseterea, Christianos omnes esse sacerdotes, dixisset, couvictus testibus, in carcerem conjectus est, Quum ibi cum Theologis committeretur, facile vincebatur hoino rusticus disputationum ignarus. Fatebatur igitur errorem, pœnitentiaque se duci asse- verabat : qua palma Theologis nihil optabilius accidere potuit, quôd id genus liominum non rarô etiam praecipuis Magistris nostris summum negotium facessat'". Itaque ut in ea sententia perseveraret monebant : « moriturum enim jam ut Christianum, qui aliter Lutheranus periisset, nisi recantasset. » Vinctus per tortorem sublatus est in currum, cui annectebantur adolescentes duo similibus funibus ligati, indusiis candidis amicti, gerentes faces ardentes in manibus, eo quôd audissent senem in monachos disputantem, neque statim prodidissent. Deducti in templum Deiparae virginis, veniam sceleris impetrarunt, senexque denuè ibi in aurem Divae virginis 7:ahjtùâeîv cogebatur. Hinc rectà ductus adfurcam, ac multa prsefatus, se omnia recantasse, neque

Le Martyrologe de Crespin nous apprend que des hommes très simples, mais qui étaient versés dans la connaissance des Écritures, rédui- sirent plus d'une fois au silence les docteurs de l'Inquisition.

1542 LE CONSEIL DE BERNE A LA. REINE DE NAVARRE. 63

quicquam hserere in se commune cum LxtJiero, repente strangu- latiis est, ac postea semimortuus in ignem coujectiis.

Viclebatur ea pœna miiltis initior a^quo. quôd non vivus exu- reretur, qui si me interrogassont, iiiB/illi diversissiniam senten- tiam iiostram agnovissont. Qnid oniiii indlgnius, qnàm kominem oh quemiis errorem quem mordicus non taetur, flummis tradi, qunm etiam ipsi patres sancti dicant, liseresin non esse nisi in pertinacia. Exustus ost senex ille miser paucos (lies post disccs- sum Cornelii ". Audio innumeros esse quihus eadem sit terenda via^-. Orandus Deiis est, ut si malè sentiuiit, convertantur : sin bene, viriliter pugnent. Sed plus satis : reprimenda enim vox est. Tu extemporalem istam confabulationem sequi bonique consule. Vale ex Lutetia, Anno 1542, die 10 Julii.

EUSTATHILS A IvNOBELSDORF.

(Inscriptio :) Doctissimo Georgio Cassandro, professori pri- mario in Collegio recenter instituto Brugis, amico suo prsecipuo.

1133

LE CONSEIL DE BERNE à la Reine de Navarre. De Berne, 15 juillet 1542.

Inédite. Minute originale. Arch. de Berne.

Blustrissime, excellentissime, très honnorée Dame, à vostre bonne grâce très affectueusement nous recommandons. Noble, illustre Claude de Tornon *, nepveur de Mons' le

" Probablement Cornélius Wouters (en latin Gualtherus), natif de Gand, chanoine à Bruges (Valère André, o. c, p. 151). Le moment il quitta Paris étant inconnu, on ne peut en inférer la date des sui^plices mentionnés par Knobelsdorf. Mais il est évident qu'ils eurent lieu entre le 1" et le 10 juillet.

** Le jour même Knobelsdorf écrivait la présente lettre, Laurent du, Muel, escuyer, seigneur de Fontenil en Normandie, montait, à sou tour, sur le bûcher de la place Maubert (Voyez la France protestante, éd. Henri Bordier, V, 1172).

^ Claude de Tournon, neveu du cardinal et de Claude de Tournon,

64 LE CONSEIL DE BERNE A LA RELNE DE NAVARRE. 1542

Cnrdhial de Tor)io)i, ayant faict domeuranco ot résidence de deux ans rièro nous jjaïs, sy lionnoste ot vertuense. qne tous gens de bi(Mi. principcdlement nous mi)ristres du sainct Evan- ^e/?e de Nostre Saulveur. luy en rendent tosmongnaisre \ nous a exposé qu'il y ayt une dame en vostre court nommée Dame Jeluiune de Rohrac '\ dame de ]\Iolans. hninelle. ])our la part de son filz Antoine Parpalic, luy soit entenue de certaine somme annuelle d'argent, ou soit pension, causant une cession de certains bénétices faicte par le diet Claude de Tornon au dict Parjudier : de laquelle soniuK^ le d. de Tornon n'a esté satis- faict *. T)()iit en est grandement intéressé, non ayant de quoy entretenii' sa feninK^ (^t famille : ayant sur ce son recours à nous. Pour ee vous ])nons voulloir induisre la d. Dame de Bohrac et son tilz, (luil ayent à contanter le d. supliant, ainsy qu'ilz eu sont tenuz et obligés: car la nécessité de son estât le requiert, avecque la raison. Vous asseurants que recognoistrons le bien qu(% ji nostr(^ requeste. luy sera faict. Priants Xostre Seigneur, très illustre Dame, qu'il vous doinct augmentement de son sainct esperit et bonne vie. Datum 15" Julii 1542.

L'Advoyer et Conseil de Berne.

fSuscription :) A illustrissime, excellentissime Dame la Roynue de Novarre {sic\ seur du Roy très chrestien de France, nostrc très honnorée Dame.

évêque do Viviers (mort t-ii 1542), était un aiuiiMi élrvc do Jea)i Pellisson (V, 282, n. 21), dont il ado])ta les croyances évaugéliques. Réfugié à Lmi- sanue en 1540, il ne jnit obtenir la restitution de ses biens confisqués en France. Nous l'inférons du fait que le bailli de Lausanne lui paya, en 1543 et 1544, une pension de la part du aonvernenient bernois. Il mourut en noviMubri^ 154}. Nous ignorons ce qui- devinrent dès lors sa femme et ses enfants.

* Ce détail annoncerait, à lui seul, que Claude de Tuhdjo». ])artageait les convictions religieuses des ministres de Lausanne.

^ Le nom de cette dame ne figure ))as dans le Litre de dépenses de la reine de Navarre (Voyez Mai'guerite d'Angoulême par le comte H. de la Ferrière-Percy. Paris, 1862).

* De ce passage on jieut conclure que (7. de Tourno)! avait été pourvu de bénéfices ecclésiastiques par ses deux oncles, et qu'avant de quitter la France, il avait fiiit cession de ces bénéfices à Parpalier, moyennant une pension annuelle que celui-ci devait lui payer.

1512 LE CONSEIL DE BERNE Al CARDINAL DE TOIRNON. 65

4134 .

LE CONSEIL DE BERNE ail Cardinal de Tournon '.

De Berne, 15 juillet 1542.

Inédite. Miniito originale. Arch. de Berne.

Illnstre. très révérend et honnoré Seignenr. 11 n"est de besoing de vous fascher par longs propos de la retraicte de noble illustre Claude de Tornon, vostre nepveur. rière nous pays : car la nécessité et adstraincte de consanguinité souffict et sert de recomandation envers vous, au bien et prouf- fict de ses affaires, qui n'est aultre synon de vous suplier, vehu rhonneste conversation que le dict vostre nepveur, desjà deux ans entiers, a faict rière nous pays, bien renommé et aymé de tous honnestes gens, causant sa vertueuse vie et conversation irrépréhensible, que vostre grâce et bon plaisir soit Thavoii- pour recommandé, et luy faire restituir son liien temporel, soit d"héritaige. patrimoyne. ou suc[cJession, qui justement luy peult venir et apartenir, affin qu'il en puisse jouir et vivre avecque sa femme et enfans. ainsy qu'il s'ai)artient. Et nous ne serons in- gratz de recougnoistre le bien que, à nostre requeste, luy fairés ^

^ François de Tournon (1489-1562) fut successivement abbé de la Chaise-Dieu et de St-Antoine de Viennois, archevêque d'Emlirun, d'Auch, de Bourges, de Lyon, et gouverneur dn Lyonnais. Il était cardinal dejiuis l'an 1530. A plusieurs reprises, il avait rempli, comme ambassadeur, des missions importantes en Espagne, à Rome et en Angleterre. Conseiller, puis ministre de François I, il se distingua toujours par son ardente hos- tilité contre la Réforme; mais il favorisa les savants et les gens de lettres. Blanche de Tournon, sa sœur, fut dame d'honneur de Marguerite de Na- varre, à qui le cardinal de Tournon « fut de tout temps dévoué » (Voyez la Ferrière-Percy, o. c, p. 10, 86).

^ Au moment d'une nouvelle guerre, les requêtes des Bernois avaient plus de chances d'être écoutées de François I et de ses ministres (\Y{. 373, renv. de n. 7). Aussi MM. de Berne écrivaient-ils, le 15 juillet, >• au Roy, qu'il satisface le Conte de ChaUant des sommes par luy levées en ce et aultres pays, à intérest de cinq pour cent, et employées au besoing des affaires du Roy » (Manuel du d. jour).

T. VIII. 5

66 THÉODORE DE BÈZE A MACLOU POMPON, A DIJON. 1542

Priant le Seigneur Dieu, très révérend Seigneur, qu'il vous ayt en sa saincte protection. Datum lô" Julii 1542.

L'Advoyer et Conseil de Berne.

(Suscription :) A très illustre, très révérend Seigneur Fran- çoys, Cardinal de Tornon, nostre très honnoré seigneur et grand amv.

1135

THÉODORE DE BÈZE à Maclou Pompoii * Dijon]. De Paris, 19 juillet (1542).

Copie moderne. Bibl. de Zurich. W. Bauni, o. c. I, 91.

Theodorus Bez-eis Maclovio Pomponio S. D, P. Etsi diu admodum videtur scribendi cousuetudo à me inter- missa, paucis tamen ad te scribam, mi Pomponi. Nam quœ una res omnium paenè literarum magnam partem occupare solet, ea à me prœtermittetur, prœdicatio sinceri amoris et benevolentiae : de qua te quidem dubitare non credo quin eam esse putes quœ hactenus fuerit, atque adeô ita confirmatam ut nulla temporis injuria labefactari possit. De rébus autem meis sic habeto. Fra- trem illum meum qui Aurelise canonicum agehat -, quum illic unà essemus, nuper summo cuni mœrore meo plithisi interiisse, itaque nihil propiùs abfuisse quàm ut vivendi rationem à me institutam commutare cogérer. Quum enim Aurélia discessis- sem. cogitabat jM^pr* futurum ut me statim j;«?«^io velut glebœ adscriptum videret ; verùm cum id nec educatio nec natura mea pateretur, nunquam adduci potui ut sordidi istius lucri gratia philosophiae studium mihi deserendum putarem. i\Iirœ hinc lites, assidua jurgia. Intervenit /ra^er ^ qui causœ mese

» Les lettres précédentes de Bèze (N" 837, 838, 839, 841, 980, 1098, 1114) sont toutes adressées à ce correspondant.

^ "' ■* Son frère aîné, Audebert, chanoine de Ste-Croix à Orléans et prieur de Lougjumeau (VI, 140, 142).

' Pierre de Bèze, bailli à Vézelay, en Bourgogne.

1542 THÉODORE DE BÊZE A MACLOU POMPON, A DIJON. 67

faveret. Parens ubi so à duobus vidit oppugnari, tandeni œciiiior factus, pax iis conditionibus inita, ut f rater et ego doniuni coni- muni siimptu conduceremiis, ille familiae nostrae nogotia curarot, niilii secundùni libertateni vindiciaj darcntur. ltaqu<> unuin atqiio altorinn aiinuin vixi longé, ut opinor, beatissimè, quuiii nec otiuin mihi deesset nec praeceptorum ulluui genus, nec boiio- rum copia nec denique animus ad ea studia ca])essenda quaî niihi, ut nosti, sunimè placuerunt. Sed hujus felicitatis cursum mors fratris immatura pœnè fregit. Statim çmm pater, ad inge- nium reversus, dicere magna se negotiorum mole urgeri, aeta- temque agere provectam : œquum esse ut ego, à quo sunnua omnia expectaret, huic oneri succederem : liortari ut mihi tan- dem et meis consulerem : inarda esse studia quœ tôt annos essem perseqimtus. Ego niulta vi [Lin?] contrariam partem. Pa#n«/s ' velut honorarius arbiter electus. Is paulô sequiorem sententiam tulit. Quandoquidem à foro tam alienus essem, censere se ut cursu semel cœpto pergerem, dederem me tamen in Principis aut magnatis alicujus clientelam ^ à quo spes esset fructum ali- (|uem laborum à me perceptum iri. Quid tum mihi putas animi fuisse, mi PomponiV Egone in aulam, qui nec simulare necadu- lari didici ? Ego hoc vitœ genus tôt tumultibus obnoxium am- plectar, qui in tam honesto otio victurum me sperabam V Sed parendum fuit : jam igitur i)a?nè alterum pedem in Episcopi Constantiensis domum intuleram. quuni ha^ bellorum tempes- tates *, ut hoc institutum si non mutaretur, at differretur certè, in causa fuerunt. Ita factum est ut ad pristinum vita^ genus reverterer, in quo sanè consenescam, nisi me vis aliqua major impedierit, et certè futurum credo, ut tandem posteris testatum i-elinquam : Bezœum olim non prorsùs otiosum vel in summo otio vixisse ^ Quidni hsec enim ego apud te, cui nihil est ànopp-rizùiv caelatum unquam esse volui. Sed de his hactenus. Jam enim imitrudens in Asiatismum incido, qui Laconismum cogitar(>m. Caetera ex Agiantho nostro, cujus quidem viri tum liumanita-

* Claude de Bèze, abbé de Notre-Dame de Froidmoiit, ])rès de Beauvais. ' A comparer avec le t. VI, p. 142, renvoi de n. 6.

' L'évêque de Coutaiices, Philippe de Cossé-Brissac.

* La guerre récemment déclarée par François I à TEmpereur.

® Allusion à ses Poëmata, dont il avait composé une partie à Orléans, et qu'il publia en 1548.

68 PIERRE VIRET A JEAN CALVIN, A GENÈVE. 1542

tem tum oruclitionem singularem sic admiror, ut jam et tibi, cujus alioquin commoda pro meis duco, ejus consuetudineiii invideam. Bene vale. Lutetiœ, 19 Julii (1542) "*.

Pestem SLudio Divio nenses^^ infestare. Dii te servent incolu- mem, mi Pomponi, et pestes illas^^ potiùs rapiant ad su])pli- cium quœ reipublicœ nostrse molestse esse non desimmt.

Tuus Bez^us.

flnscriptio :) Maclovio Pompoiiio meo.

1136

PIERRE VIRET à Jean Calvin, à Genève.

De Lausanne, 21 juillet 1542. Autographe. Bibl. Publ.de Genève. Vol. iril P. Cal. Opp.XI,411.

S. Veni, vidi, obstupui, atque utinam non tam vera essent quse de hujus eœlesiœ statu midiveramus. Eo ipso die ac eadem penè hora qua hue ego appuli ', appulit et canonicus Perrimts ^, cui ob sermonis delitias Chrysostomi cognomentum obtigit, vulgo- que dictus est os aureum, nebulo ut indoctus bonarum litera-

^" L'événement indiqué dans la note 8 détermine l'année.

^^ Les habitants de Dijon.

^^ Pour comprendre quelles étaient « ces pestes, » il suffit de lire le 1132. Th. de Bèze ne pouvait que réprouver le zèle atroce du parle- ment et du clergé de Paris.

' On lit dans le Registre de Genève du samedi 8 juillet : Il est arrivé un ambassadeur de Lausanne, pour redemander M' Viret pour servir à leur église : ce qui lui a été accordé. En conséquence, Viret dut partir sans retard, probablement le lundi 10 juillet (note 6).

Le Conseil général qui se réunit le dimanche 16 décida, que les [quatre] prédicants et diacres présentés par devant tout le peuple jureraient d'an- noncer fidèlement la parole de Dieu, et d'obéir aux lois et ordonnances de la Seigneurie, réservant toujours la liberté de prêcher la parole de Dieu, comme leur office le porte (Voyez, dans A. Roget, o. c. Il, 42-43, la for- mule du serment). Le procès-verbal de cette assemblée se termine comme il suit : « Maistre P. Viret a pris congé de Messieurs, à grand regret de la Seigneurie de son despartement, et luy a-t-on faictz les remerciations

1512 PIERRE VIRET A JEAN CALVIN, A GENÈVE. 69

nim, ita vafer et astutiis. Sed divina utri, iiiihinc an illi, plus lionorifici viiii oblatum sitV Imperitus fueris adniodiim conjec- tor, iiisi divinaris. Qiias voces in vidgus sparserit de sut status restitidione, quïbus vunis pollicitationibns »pem fecerit suse fa- linie homiuihvs, per te satis conjicis. Mihi hominem vidcro non licuit, noc diu liœsit in iirbo. Ejiis advontus coninionni prxfec- fiim ', sed trust m.

Die Mercui'ii \ tVatruni fuit scntcntia ut ad dicni Martis ])i'o- xinunn Viviacum ad Synoduni conveniamus ^ Ul)i rodiorinius, audics quod tua to sciro referet. Gemstohus ^ narravit, opinor, (juid audioi'it cum liîc osset. Die Jovis \ Senatiim adii, qiiem sui quidem admonni officii, sed in génère, ne priùs conqueri viderer tiuàni appulisse, si ad speeies devenissem. Pollicitus sum omnem nieani operani et aniniuni proniptissinunn : videant ipsi mode, suo ne desint muneri. Quie tune speciatim (uhnonere oportuit, id malui a Comité * subjnngi, qui inter reliqua, ineo suasu, ro- gavitut edictum de puhlicis precihus renovaretur, quœ peniths

condigiu's, et a esté ordonné luy donner douze escus*. » Est-ce une com- munication du premier Sjaidic au ("onseil général? Ou faut-il croire que Viret était revenu à Genève tout exprès pour prendre congé? Cette der- nière supposition ne nous paraît pas fondée.

^ Pierre Perriri, chanoine de l'ancien Chapitre de Lausanne. Nous supposons qu'il résidait habituellement à Écian avec la plupart de ses collègues et leur prévôt, Messire François de Lustry (VI, 213, n. 1).

*'' Antoine Tillier, bailli de Lausanne pour les Bernois.

* Le mercredi 12 juillet.

^ Le synode ne put se réunir à Vevey que le 1*'' août.

* Matthieu de Genes-ton, natif du lieu de Geneston, diocèse de Nîmes, était l'un des quatre candidats au saint ministère que les pasteurs de Genève avaient proposés aux magistrats genevois, le 10 juillet, en leur annonçant que « Maistre Pierre Viret, pour la grande nécessité qu'est en l'église de Lausanne, s'est transporté au d. Lausanne » (Reg. du Conseil du d. jour).

^ Le 13 juillet. Le jeudi était le jour siégeait ordinairement le Con- seil des XXIV de Lausanne.

* Béat Comte, second pasteur de Lausanne et collègue de Viret (N" 1121, n. .5).

■•* Une quittance fiançais-e, signée par Viret, le 10 juillet 1542 (sans indication de lieu), existait dans la collection de lettres autographes formée par feu M. de Radowitz, collection acquise en 186-1 par la Bibliothèque royale de Berlin. C'est sans doute la (|uittance des douze écus reçus par Viret du trésorier de Genève, avant son départ pour Lausanne. Selon Ruchot, V, 162, Viret demeura à Genève jusqu'au 12 juillet 1542.

70 PIERRE V[RET A JEAN CALVIN, A GENÈVE. 1542

exoleverant : quod et factum est, ita ut postero die plures solito convenerint ad concionem, sed quie nihil habuit quod à quoti- dianis differret. Dabo autem operam ut proxima hebdomade alla ratio habeatur. Nihildum concionatus sum.

Decrevimus pro2)edieni Psahnos canere ' qxios Oindromis ad mtmeros composuit, vestris imdfo faciUores et suaviores, qnos malim excusos fuisse quàm quihts usi siimus^\ Cogitare cœjyi-

9 Voyez, sur le chmif des- Psaumes, le t. IV, 162, 163; V, 6, 145, ii. 19, 452, n. 20-23 ; M, 279, ii. 5, 289, ii. 5.

^* François Gindron, ancien chanoine de Lausanne (IV, 233, 234, VT, 342. 0. Douen. Clément Marot et le Psautier huguenot. Paris, 1878, I, 613).

" L'église de Lausanne allait donc changer de psautier et adopter celui dont le chanoine Gindron avait composé les mélodies. Nous ne saurions désigner avec certitude le recueil des psaumes qu'elle avait employé précé-- demment ; mais nous supposons que c'était l'un des trois suivants :

I. Celui de Calvin, 1539 (dix-huit psaumes et trois cantiques. Voyez t. VT, p. 58. Douen, o. c. I, 302-306, 355, 617-632).

n. « Psalmes de Dauid, translatez de plusieurs autheurs, et principalle- ment de Cle. Marot. Veu recongneu et corrigé par les théologiens, nom- meement par nostre M. F. Pierre-Alexandre, Concionateur ordinaire de la Royne de Hongrie. L'an M. D. XLI. Cum gratia et priuilegio. » A la tin, on lit : « Imprimé en Anuers, par Antoine des Gois. L'an m. d. xli. » Ce volume, petit in-8°, renferme quarante-cinq pièces de vers : les trente psaumes de Marot (imprimés à Paris, chez Estienne Roffet, sans notes de musique ni timbre, en nov. ou décembre 1541) et quinze de divers auteurs.

On trouve dans ce psautier d'Anvers le timbre de dix psaumes, c'est-à- dire l'indication des airs populaires sur lesquels ils se chantaient * (Voy. Félix Bovet. Hist. du psautier des églises réformées, 1872, p. 247-249. Douen, I, 815-332, H, 506).

ni. « LA MANYE | re de faire prières aux églises Francm/- | ses. tant deua/nt la prédication comme après, \ ensemble pseauhms d' cantiques

fra/nco \ ys qûon clumte ans dictes églises, | (Strasbourg) M. D. XL II»

(petit in-8").

Ce psautier, dont l'impression fut terminée le 12 février, contient qua- rante-quatre morceaux. Trente-deux ont les notes de musique ; pour la plu- part des douze autres, l'auteur indique sur quels psaumes ou sur quels airs populaires on peut les chanter (Communication obligeante de M. Adolphe Gaiffe. F. Bovet, p. 18, 19, 250, 251. Douen, I, 333-347, II, 506, 649-656).

Quelques mois après la publication du susdit psautier de Strasbourg,

*■ Le cxx porte, en tète : « Sur Adieu tout solas [et] plaisir et lytsse. Adam à regress.[u] •» : ce qui nous permet de croire qu'il se chantait sur un air composé par Adam de Retours, pasteur à St-Julien, près de Genève (Voy. notre t. IV, p. 62, 92, 93, 351, V, 233, 235, VII, 439. Douen, I, 317).

1542 PIERRE VIRET A JEAN CALVIN, A GENÈVE. 71

mus de 'prseficiendo Zebedœo huic Coïlegio^^ : quinii sjioro ad diem domiiiit-um hue concessurum ac de robus necessariis iio))is- cum doliberatunim. Scripsi onim ad ij)suin et Farelliim de i-ebus nostris, et nieo à vobis discessu e^t ministrorimi ordinations. Zehedœi et Malingrii negocium suspensum est ad adventiim lega- toram utriusque urhls, ad sitbducendas cum pnefedis ratioties^\ Vetiila quœ ad Malingrimn concosserat, rursuni hîc conduxit hospitium, cujus maritus hinc hodie abiit. Audio non bono intor ipsos convenisse. Cum hœc scriberem, ex insjjerato adv(>nei'unt Jo.[aimes] Tornacus, Franciscus Viviacensis et Christopho- rns^% cum quibus nondum licuit conferre. I])si te plurimùm salutant et nostri omnes. Non licebit nobis, quantum ex ipsis audio, ad diem Martis convenire. Saluta nxorem et amicos omnes nostro nomine. Vale. Laus.[ann8e] 21 Julii, 1542.

TUUS P. VlRETUS.

(Imcriptio :) Doctiss. Jo. Calvino, Verbi ministro tideliss. Gt;- nevse.

parut une nouvelle édition de celui de Calvin (\1I, 409, 410, n. 8, 10). Elle renferme les trente psaumes de Marot et cinq de Calvin ; la musique est notée au premier verset de chaque psaume (Bovet, p. 17-20, 211-214, 249, 250. Douen, I, .347-51, II, 506). Mais il n'est pas probable qu'on ait pu l'utiliser à Lausanne, avant le mois de juillet 1542.

*'^ En conséquence de l'arrêt prononcé contre Zébédée, le 5 juin, par MM. de Fribourg, ce ministre ne pouvait plus exercer de fonctions à Orbe (N° 1127, n. 22). Mais son professorat de Bordeaux (V, 98) pouvait le recom- mander aux Bernois pour la place àt^ liiincipal du Collège de Lausanne.

'* Chaque année, les députés de Berne et de Fribourg, munis de pouvoirs étendus, avaient des conférences avec les baillis d'Orbe et de Grandson, dans lesquelles les revenus et l'administration des deux bailliages-communs étaient l'objet d'un minutieux examen. Souvent les amendes et punitions infligées par l'un des États étaient remises ou diminuées, à la prière de l'autre. Ainsi les procès-verbaux de leurs conférences du 21 août et du 9 octobre annoncent déjà que MM. de Fribourg étaient disposés à gracier Zébédée (n. 12), à la condition que Berne réintégrerait dans ses fonctions le vicaire d'Orbe, Claude Guyot, qui avait été cité à Berne deux fois inuti- lement et déposé pour sa désobéissance (Recès des diètes, vol. de 1541-48, p. 179, 191, 235).

« L'atfaire de Zébédée et de Malingre » se réduisait à cette question : Le premier serait-il autorisé à rentrer dans sa paroisse d'Orbe, et le second à regagner sa cure d'Yverdon ? (Voyez le N" 1127, note 22).

" Jean de Tournai/, jiasteur à Aigle, François' Martoret, qui l'était à Vevey, et Christophe P\ibri, l'un des réformateurs de Thonon.

7^ SIMON SLLTZER A JEAN CALVIN, A GEMÈVE. 1542

1137

SIMON suLTZER ^ à Jean Calvin, à Genève. De Berne, 24 juillet 1542.

Copie. Bibl. Nationale. Collect. du Puy, t. 102. Calv. 0pp. XI. 412.

Si deplorando publicum ecclesiarum statum proficeretur in meliùs, deplorare[m] sanè idque acerbe et vehementer tecum privatum et communem dolorem, propter ademptum, inquam, Viretum nostrmn, cujus ahscessus non potuit non grave pectori tua vulnus infiigere et Ecclesiœ toti mœrorem. Amisisti enim tu dimidiam tui partem, et poptdus Jidnm pastorem. ^^erùni quia consolari prœstat [et] sanare potiùs dolorem quàni memorando refricare, studio prœtereo quse hac in parte meum angunt ani- muni. Praecor autem Doniinuni Jesum ut quod hujus fratris niigratione decessit, alterius alicujus collegae fide operaque sar- dat.ur, quo subsistere tu, mi frater, statione eminenti et pericu- losa queas ad nominis sui profectum : maxime verô uti catho- licam pro ecclesiis sollicitudinem instillare dignetur eorum prsesertim animis qui rerum i)rœsident gubernaculis : in quibus si extinctis aflfectibus ea esset tides, is zelus, qui esse debebat, summa otfendiculorum minus (sic) esset, et uberior feliciorque successus. Nobis certè, utcunque accidat, et patienti et forti animo ferenda simt omnia : qnod \l. quos] ad omnem eventum convenit esse paratos. Quse tu ipse dudum nimirum et sapienter et cordatè dispexisti, ut mea nihil sit monitione magnopere opus. Unum vel [1. verô '?] hoc abs te magnopere contendo, tua- rum ut rerum omnium statum significes mihi, et si quid per me pra?stari in tui gratiam atque Ecclesise velis, contidenter jubeas. Dabo operam ut fidem erga te tuosque Sultzeri cognoscas.

Nos quietè satis agimas, nisi quod negotium sid)inde aliquod

* Voyez, sur Simon SuUzer, le N" 1051 (VII, 284). La co])ie de sa i)ré- sente lettre est très fautive.

1542 SIMON SULTZER A JEAN CALVIN, A GENÈVE. 73

nobis noster ille ^ faelt cum stiis : quanquam tdhil magnopere efficiant, Doiiiini bcMieficio, nisl qudd mspicionïbns sinistris mitoritatem uostram, quasi ad papismum respirantem [l. aspi- rantem] ^ lahefactarit. Sunt gravia/et hœc, sod ^equaniniitate siiporaiida, et iiitondcnda inodis omnibus cautio })ia, ne quid por iiicogitantiain adniittam tanto indignum iniiiistcrio.

BasHeie a Carohtadu ohittt iu mntaam gratiam redeiint fra- tres si/mmystie % ot coit quoquo scJiolœ et cum ipsis et inter se concoi'dia : id quod iiuper non sine singulari volui)tato istic cognovi. Diom obiit inter eos Joanues Luthardus, HospitalifsJ u]'])is minister '. Tiguri verô Léo Judef decessit ^ relictis qua- tuoi' orphanis. Bihliandro autem cum febri est negotium, ut jam

■^ Le pasteur Érasme Bitter était, à Berne, le principal représentant du parti qui soutenait les idées de Zwingli sur ia sainte Cène. Sulfzer, au con- traire, Pierre Kuniz, Béat Gering et Conrad Schmid, ses collègues, avaient adopté la doctrine de Bucer sur les sacrements (VI, 237, renv. de n. 21-24; 424, n. 5 ; 468. Cf. Hundeshagen. Die Contlikte des Zwiiiglianismus, etc., p. 105-109).

Nous ne savons rien des « fréquents embarras » que BUfer aurait sus- cités à ses collègues ; mais, dans une occasion, au moins, ils lui cherchèrent querelle. Ritter se plaignit, le V juillet 1542, de ce que les autres « prédi- cants » refusaient de le laisser prêcher, comme auparavant, deux jours de suite par semaine. Ceux-ci ne voulaient pas qu'il fût censé avoir plus d'oc- cui)ations qu'eux-mêmes, et ils lui reprochèrent sa prébende, plus forte que la leur. Il en résulta, de part et d'autre, des paroles amères, et le Conseil, témoin de cette scène désagréable, exprima aux pasteurs sou vif déplaisir de ce qu'ils ne savaient pas s'accorder même dans les choses secondaires (Manuel du d. jour).

^ Cette accusation atteignit même une fois Erasme BUter. On lit, en eflet, dans le Manuel de Berne, au 2 février 1542 : Fauhj [Strasser\ diacre de cette ville, ayant été envoyé comme pasteur à Berthoud, « Bucerani electimiem damnarunt, quia a Senatu factam, etc., non canonicam alle- gantes. » Le 4, Érasme Bitter, Sim. Sultzer, Gering et le diacre Schmid sont réprimandés par le Conseil, à cause des critiques susmentionnées. Ils demandent un délai, parce que Pierre Kunfs n'a pu comparaître. A la tin de ce paragraphe, le secrétaire a écrit : « Novi papismi lex. »

* A comparer avec le t. VII, p. 420, lignes 16-20.

^ Jean Ltifhard, natif de Lucerne, avait été cordelier à Bâle (I^ndw. Wirz. Helvet. Kirchengesch. V, Th. II, 342, 355).

* Léon Jude était mort le 19 juin (N" 1146, n. 2-3). On conserve aux Archives de Zurich le document intitulé : « Confessio Leonis Judte octiduo antequam moreretur, » et le discours d'adieu qu'il adressa à tous les mi- nistres zuricois ai)])elés aujjrès de lui.

74 SIMON SULTZER A JEAN CALVIN, A GENÈVE. 1542

mensibus aliqiiot vacare pr^electioni sacrée neqiiiverit \ Argen- torati Bncenis non (V) soins molem snstinet et valetudine utitur satis firma, non sine miracnlosa Domini gratia. Interea heUicis adparatïbus tumuUuatur iota Oermania. Nam prïeter expeditio- nem Tnrcicam, qnœ Budam versus panlatim movere dicitur, et ea[in] qnte contra Gallum niagnis paratnr conatil)us, etiam alia bella snrgnnt, quœ partim a Brunswigo et Mognntmo moventur contra nrbes saxonicas Goslariam et Brunswigam, partim a Geldrio contra Mariam ^ Cœsaris pnto sororem. Quare exer- citns 24 millium, à pmestantibus [1. protestantibus?] urbibus atque ordinibus conscriptus, Hesso dnce militabit et comité Gidllelmo a Fnrstemherg, qui ad eam occasioneni servatus segrè dicitur ^ Basilienses legati liodie hw tentant in concordiam redi- gere dnas respiiblicas '" : quorum pio studio adsi)iret totius una-

' Théodore Bibliander (Buchmann), professeur de théologie ù l'École de Zurich (Voy. J.-J. Hottinger, o. c. m, 751).

* Marie, veuve de Louis, roi de Hongrie, gouvernait les Pays-Bas au nom de son frère Charles- Quint.

Guillaume, duc de Gueldre et de Clèves, neveu de François I depuis son mariage avec Jeanne d'Albret (Y, 146, \TI, 184, 200, 201), devait nécessai- rement prendre part à la guerre contre l'Empereur. Dès l'ouverture des hostilités, son maréchal de cour, Martin van Eossem, envahit et ravagea le Brabant et il fut près de s'emparer de Louvain et d'Anvers. Il rejoignit bientôt dans le Luxembourg l'armée française du Nord, commandée par Charles, duc d'Orléans (Sleidan, II, 270, 272. H. Martin. Hist. de France, Vffl, 280).

* Fausse rumeur. Le comte Guillaume de Furstemberg n'exerça pas de commandement dans la guerre contre le duc Henri de Brunswick. Pendant cette courte campagne (13 juillet-12 août), il servait ailleurs et d'une autre manière les intérêts des princes protestants.

En vertu des droits qu'il prétendait posséder sur le bourg de Gorze 3 l. S.-O. de Metz), il y avait introduit une petite garnison et s'y était établi lui-même le 23 juin, bien résolu à prêter, de là, conseil et appui à ses (core- ligionnaires de la Lorraine. Mais sa première visite à la ville de Metz, le dimanche 9 juillet, y avait excité une émeute, dans laquelle succomba l'un des huit gentilshommes qui l'accompagnaient. Le 22 [1. le 12?], par une lettre datée de Gorze, il demandait une réparation aux magistrats messins, et dès lors il ne perdit aucune occasion d'intervenir auprès d'eux en faveur des partisans de l'Évangile (Voyez Meurisse, op. cit., p. 36-42).

'" Berne et Genève (VII, 420, 453, n. 9). Les députés de Bâle étaient les suivants : Christoffel Effimjer, Joder Brand et Blàsy Sthôlli. Les nou- velles qu'ils annoncèrent au Conseil de Berne, le lundi 24 juillet, sont à peu près celles que Sultzer donne plus haut.

loi2 MARTIN BLCER A JEAN CALVIN, A fiENÈVE. 75

nimitatis pacisque oxompluin Christus Josus. Bom^ valc, mi fra- ter, cum tiiis omnibus, pi-îecipuè Jacoho Beniardo ", quom cupio meis verbis sahitos amantor ot diligontcr. Bprna% 24=' .Tiilii. anno 1542. Sahitaiit te CoHt.[.zen\ etJ3eat\)(s] '-.

TlUlS SlLTZERUS totiis.

1138

MARTIN BUCER à Jean Calvin, à Genève.

De Strasbourg. 25 juillet 1542.

Copio contompor. Bil)!. de Zurich. Calv. 0pp. XI, 414.

Gratiam et pacem. Nihil à proximis literis ' accidit cujus rt^- t'erat te certiorem fieri, charissime et mihi colende Calvine, nisi timinltus tyranni Bninsvicensis causa excitotus^. Dum enim ille legatis Ferdinandi, postulantibus eum stare suspensioni proscriptionis à judicio caméra' pridem contra Goslarienses décrétée '\ respondit se id nullo modo facturum, et statim com- parare equitem et peditem instituit, decreverunt ])rincij)es fœ- deris nostri '" et imperatores, Elector Saxonise et Lantc/ravms, illum justo bello coërcere. Nam tyranmts suis quotidianis vexa- tionibus ac direptionibus Goslariam et Bruvsvicnm rede- gerat, ut intra trimestre tempus aut urbibus illis ])otitus esset aut ad eas conditiones compulisset, ut j)aulô pôst jjotiri illis facile potuisset. Diu distulit nostros ini(iuitas temporis hujus

^' Jacques Bernard, précédemment pasteur à Genève (Vil, 410), devait l'être bientôt à Satigrnj, village du territoire genevois. ^■^ Voyez la note 2.

* Allusion à une lettre perdue.

* Sur l'origine et les événements de la guerre de Brunswick, voyez Sleidan, II, 276, 277. C. von Rommel. Philijjp der Grossmiithige. I. 461-65. La déclaration de guerre des princes protestants, datée du 13 juillet 1542 (Spalatini annales, }>. 633-639).

8 Tome V, p. 167, 168; W\, 49, 57, 59 (renv. de n. 27), 61, 90, 95, 97, 175.

* La ligue de Smalkalden, dont les chefs étaient l'Électeur Jean-Frédéric et Philippe, Landgrave de Hesse.

76 MARTIN BUCER A JEAN CALVIN, A GENÈVE. loi2

propter helh ( m Turôicum. Sed extrema iiostrarum urbium néces- sitas, et metus ne tyrannus illis, potitiis vicinia, evaderet intole- rabilis, conipulerunt negligtn'e invidiam hujus temporis.

Décima nona Jiilii indictum belluni est, copiis nostris jam ferè coactis. Miles cupide coniiuxit, utcunque jam Germania delectibus ad bellum contra Turcos, tam dudum a Céesarianis liabitis contra Galhim, et subductione eorum qui ad Gallmn dilapsi sunt, exhausta sit. Socii tyranni ex fœdere adversario ^ adhuc nihil movent, nisi quôd Bavari et Ferdinandici suos provinciales jubent esse in armis et delectus faciunt, Mogunti- fm?(s "^ adhuc nihil prorsîis movet, cumque ditio Moguntina in eo fœdere non sit, per eam nostri milites deducti et arma a])ertè devecta sunt : tyranno [1. tyi-annusj cum maxime voluisset con- ducere, nec pedites tamen nec équités comparare potuit : et bona pars equitatus qui in tyranni ditione est, cum nostris j)a- ciscitur, Itaque creditur tyrannus ])r8eter manum provincialium, et eam parvam. nihil habiturum militum quibus arces suas tue- atur, quarum très tantùm habet munitas. Primam autem, et ipsius sedem, quœ germanicè nomen habet à httrsa lupi', exi- miè munitam. Dabunt nostri summam operam ut provinciales tyranni, quos ipse in extrema ferè deduxit, minimum affligan- tur. Unus metus nostris est, ne diu desidendum sit ad arces quas tyrannus forsan relinquet, et se aliquô dabit unde nostros incendiis et latrociniis vexare possit. An socii ejus eum apertè bello adjuturi sint, adhuc incertum est, nec multi cr(^dunt id eos facile factures. Nostri socii omnes bellum commune habent, praeter unum Virtenihergensem % qui temporis iniquitatem et periculum à fœdere adversario causatus, solus decrevit se non facere belli hujus particijjem. ut scilicet se gratum Lanfgirivio prsestet ". Vos igitur in ecclesiis vestris Dominum rogabitis ut populo suo adsit. Certum enim id est, quidquid inimicitiœ nos-

^ La " ligue sainte » fondée le 10 juin 1538 à Nuremberg, et jurée pour onze ans par les archevêques de Mayence et de Saizbourg et par les ducs Louis et Guillaume de Bavière, Georges de Saxe, Eric et Henri de Bruns- wick (V, 229, n. 11. Banke, o. c, 1843, IV, 111).

® Albert de Brandebourg, archevêque de IVlayence.

^ Wolfenhûltel, l'une des caj)itales du duché de Brunswick.

* Ulric, duc de AVurtemherg.

® C'est-à-dire, sans doute, i)our lui laisser l'honneur du commandement suprême.

1542 MARTIN BUCER A JEAN CALVIN, A GENÈVE. 77

tris cum hoc tyranno extitit, causa Evangolii oxtitisse. Nihil enim prorsùs negotii aliud ois cum illo fuit, iniô Lantgravio fuit conjunctissimus ot ab illo summis boneficiis adjutus. Et Jurant quoquo ambo princii)os (luàni sanct)ssimè. i)roi)tor famosos et blasphemos ejus libellos arma contra eum hoc quidem tomi)oro nequaquam sumi)turos fuisse. Et quod decrevorunt bdlum. una causa tuendi urbos socias suscopisso, cum oas nulla alia rationc servare contra vim tyranni potuerint '".

Exercitus qui contra Tnrcos cogi debuit. ncc hodic crcditur totus convenisso, cum nostri milites tertium jam mensem in castris agant, et prope omnium evangelicorum. Muiti obedien- tium ne hodie quidem suos mittunt. Ferdinandns etiam nihil prope earum rerum prsestitit quas in se recepit : nec enim bom- bardas et quae ad eas necessaria ])arata liabet, nec suas co|)ias. Legofi Turci Viennam nuper vene7~nnt petentes. ut f^rtur. inducias trium annorum. Eas forsan nécessitas nostris extor- quebit, prEesertim cum desm- tantum bellum suscijjiat. Coi)io- sum enim exercitum in Italia habet, quem indies auget. Idem fit in Belgis. Deus respiciat nos. ne sic distractum nosti'um regnum prorsùs desoletur! Certè si unquam tem])us fuit, nunc est, ut veram supplicandi rationem Deo revocemus et quidquid in nostris plebibus aures habet audiendi. in severiorem obedien- tiam Christi adducamus.

Nos hîc satagimus quidem, etiicimus autem adhuc non mul- tum. Instandum itaque precibus est, ut Dominus efficiat nos et sentire ejus plagas et vera cordium nostrorum contritione mise- ricordiam ipsius implorare. Dominus te servet et uxorem totam- que ecclesiam, et omnes fidèles tibi cooperarios. Salutant t(> Hedio, Sturmius et Sevemts^\ meaque uxor, et tuœ precatur ut uterum commode gerat et féliciter exoneret suo tempore. Arg(m- torati, Julii 25. anno 1542.

M. BUCERLS.

( Insci-ijJtio :) Eximio servo Domini D. Joanni Calvino. pastori

'" Les princes protostants affirniont la niénip chose dans leur réponse du 11 août à Ferdinand, qui venait de les exhorter à renoncer à cette guerre (Sleidan, n, 279, 280).

" Gaspard Hédion, pasteur, Jean Sttinn, professeur et Gérard Sève- mis, professeur de grec (Voy. Strobel. Hist. du Gymnase prot. de Stras- bourg, p. 119).

78 JEAN CALVIN A GUILLAUME FAREL, A NEUCHATEL. 1342

ecclesiœ Genevatis, suo in Doiniiio colendo symmystae et fratri chai'issiino.

(Communes Calvhfo, Farello et Myconio.)

1139

JEAN CALVIN à Guillaume Farel, à IVeuchatel. De Genève (^8 juillet 1542).

Autogr. Bibl. Piibl. de Genève. Vol. n" 106. Calv. Opp. XI, 416.

Ego verô meam negligenticmi ex animo accuso damnariqtie Ubenter patiar, ac vix petere veniam audeo : ita nihil est excu- sationis qnod prietexam. Qu5d tamen nihil j)er Corderium ' scripsimus, illnd partim in cansa fuit quôd putavimus illuin vivœ epistolcT. loco fore, partim quia liîc tune ^ nonnulli erant qui dicebant brevi se istuc ituros. Sed hoc habent vitii commu- niter. quôd jam ad iter comparati et accincti abire se denunciant, ac tune rogant num quid ad te velim. In hune modum Sebastia- nus ^ cum nuper istuc profectionem institueret, quain non ab- solvit : venit ad me sub noctem dixitque postridie summo mane se iturum. Ego autem née eo die scribere audebam, ne valetudini officeret, et non soleo tam mane surgere *, ut antevertere mea diligentia ejus celeritatem possem. Adde quôd habenda mihi erat eoncio. Sed istis sermonibus supersedeo, ne excusationem medi- tari videai', quam confessus sum nullam mihi esse.

Nisi Viretus jam est in itinere, non ?dtra diu differet quin Bernam adeat. Sic autem inter nos convenerat, ut te in reditu potiùs inviseret, ne malevoli suo more instructum ahs te calum-

' Mathurin Cordier avait i)rofité des vacances d'été à Neuchâtel pour faire une visite à ses amis de Genève.

'^ Édition de Brunswick, nunc.

^ Sébastien Châieillcm., principal du Collège de Genève (VI, 376, 377, 378, 4(X); VII, 5(;, 159, 359).

* Le 24 octobre 1538, Calvin écrivait à Farel : « Non insomniis modo... divexor, sed enecor etiam pervigiliis, quibus nihil valetudini mese magis adversum habeo » (Voy. aussi t. VI, p. 231).

lo42 JEAN CALVIN A GUILLAUME FAREL, A NEUCHATEL. 79

niarentnr, si quid odiosi afferret : quod nocesso ci-at. \'oluinius orgo te hae invidia sublovare, tôt aliis niodis |)liis satis gmvatiini. Hoc ideo dico, ut si consiliiuii nostnini inij)rol)abis, intelligas tanion ratioiio non carcrc. Qiue anto ejdis disccssuni liîc gossinuis, vel quae nobis contigcnint, oninia tibi mcliùs t'oràni voi-l;)is ox|)0- net : haec causa est cur i)netereain. Fratres quox niiper elegi- nms'-^ speronon ineptosfore : modo accesserit mediocris exerci- tatio. ïametsi qui est omnium doctissimus^ et md trihuimus inter illos primnm locnm, mhdme est popularis. Hab(^t enim confusam dicendi rationem, atque ut ordine ac distincte locjue- retur, sermo tanien ijjse obscurus est. Aliis tribus fœlidter ini- tia snceedunt'', tametsi nihil ad Viretum. Itaque qui protîcere cupiunt, siniul optant me sœpiùs solito concionari. Quod facere incepi facturusque sum, donec alii plus gratiiB sibi coneiliaverint. Proximo die dominico " Catiniaciim ® proficiscor ad Jacobum ordinandum '°. Imj)edioi' in commendatione, sicuti facile con- jicere potes, Verùm quod esse in ediiicationem pojjuli cogno- vero, id sequar.

In lîbello meo'^ hoc miJd displicet, quod non factum est ut optaham et ante très annos statueram. Nempe ut aliqua abs te

^ C'étaient, d'après le Reg. des Conseils du 16 juillet : Philippe Ozias, surnommé de l'Église, natif « du diocèse de Fiezoz » [1. Vierzon, dans le Berri], Pierre Blanchef, du Lucz, même diocèse, Matthieu de Geneston et Louis Treppereau, natif de St-Vincent « de l'archevesché de ïhoraynne » [1. de l'évêché de Térouane, dans l'Artois]. Ces deux derniers furent élus en qualité de diacres.

^ Philipjje Ozias {Ecclesiasticus ou de Ecclesia).

' Voyez le N" 1141, renvoi de n. 1-2.

* Le dimanche 30 juillet (note 10).

^ Satiymj, village paroissial à 2 1. 0. de Genève. Édition de Bruns- wick : Satiniacum.

^^ Jacques Bernard (VII, 40, 42, 410, n. 15). Le lundi 24 juillet, le Con- seil de Genève décida que son installation à Satigny aurait lieu le dimanche suivant, et que M. Calvin s'y rendrait aussi.

'* La Psychopannychia, qui fut imprimée à Strasbourg en 1542, pour la première fois (III, 245, V, lo2, n. 13). Cette édition princeps porte le titre suivant : <• VIVERE | apvd Christvm | non dormire animis sanctos, qui I in fuie Christi decedunt. \ Assertio. \ loannis Caluini. | Argentorati per Vuendelinum \ Bihelium. ^«wom.d.xlii, » 8 et 51 feuillets petit in-S" numérotés, caractères italiques (Voy. les Calvini Opéra. Bruns., t. V, Pro- legom., p. xxxvii).

80 JEAN CALVIN A GUILLAUME FAREL, A NEUCHATEL. 1542

prœfatio adderetur. Nec possum aliud dicere nisi quôd Sathan impedivit quomiiius hoc abs te extorquerem. Puduit enim abs te petere, ne quis aliam in ])artem acciperet. Sed ille pudor non fuit ex prudentia spiritus, quemadmodum nunc certè judicare possum. Quanquam aliud etiam ex obliquo intervenit. Promise- ram enim Michaeli '^ me, simul atque ex conventii Wormadensi rediissemus *^ exemplar '* missurum cum hoc commento. ut ipse in prsefatione diceres te e.jus editionem curasse, Abiit ille '^ Sic tota nostra ratio turbata fuit. Mirum tamen est nisi ille noster enconiiasfes "^ existimat mihi magis doh^re, quôd non illse tam amplse vel potiiis prodigœ laudes quas mihi tribuit, in prima pagina leguntur'". Neque enim tam prudentem, opinor, esse censés, ut non illi hoc in mentem venire queat. De iis quos per- stringit'^ prseterire satins est, ne ejus cupiditati obsequamur. Videmus enim quid captet. Ergo sit illud pro non dicto.

Sîimmarium^^, ubi miseris, libenter percurram, non ut cen- sor, sed unus ex numéro lectorum : nisi quôd, si quas cautiones adhibere potero, ne sit liber obnoxius improborum calumniis, hac parte tibi serviam. Quantum ad meas in Genesim ohserva- tiones^" attinet, si Dominus longiorem vitam dabit et ocium,

12 L'imprimeur Michel du Bois. Il avait apporté à Calvin, à Strasbourg, la première lettre de rappel des magistrats genevois, datée du 13 octobre 1540 (VI, 333).

'' C'est-à-dire, à la fin de janvier 1541 (Vil, 11). ^

" A la suite d^eœemplar, Calvin a écrit hue, puis istuc, et il a biffé ces deux mots.

1^ Allusion à la déconfiture de Michel du Bois, qui le contraignit à quitter Genève dans le courant de l'année 1541 ("STI, 252, n. 3-4).

Personnage inconnu. Peut-être Antoine Pignet (V, 134, n. 19) ou l'un des professeurs de Strasbourg.

" Sur le titre même de la troisième édition latine de V Institution (Ar- gentorati, m, Martio, 1543), Jean Sturm fait un très grand éloge de cet ouvrage. Nous ne savons s'il en fut blâmé par Calvin.

1* La préface composée par « le louangeur » n'existant plus, on ignore à qui se rapportent les mots : De iis quos perstringit, etc.

Le manuscrit préparé pour une nouvelle édition du « Summaire et briefue déclaration daucuns lietix fort nécessaires a vng chascun Chres- tien, » ouvrage que Farel avait fait paraître à Neuchâtel en décembre 1534. Il a été réédité en 1867 par J.-G. Baum.

^^ Allusion aux leçons publiques dans lesquelles Calvin interprétait ce livre de l'Écriture sainte.

i5'i2 JKAN CALVIN A GL'ILLALME FAREL, A NEUCHATEL. 81

fortassis ad ciim laboreiu maiiiiiii adjiciam -'. Sin minus, non habeo niagnani sponi in anditoribus ^-. Hoc miJii pneciimum caput est curarnm, ut secido meo serviam <ic pra'senti vocationi. Si quid est roli(inuni oj)i)ortunitatis/i(l postons imijondorc co- nabor.

Scripturus eram plnyxi, sed cum nxor mine lahoret non sine periculo, animus alib abstrahitur. Hoc addam tanion : semper moderationem tuam plurimi feci inferendo collecja '^'\ teque sem- per hortatus sum idi pergeres. Sed mim audio qualiter se gerat, vihil possiim (diud judicare, nisi (ijjertms esse tradandum. Nam illud romediuni niihi minime placot, ut ab illo cavoatis ac som- per dissimuletis. Nam ille cum suspectum se animadvcrtit -*. oo fit doterior : simpliciter orgo j)otiùs cum monete. Valc, mi cha- rissimo fratcr. Dominus te diu conservet! Saluta fratrcs nostros omnes, tuos etiam cum iixorihus diligontei-.

Lege literas solus vel cum paucis ac remitte, ne quid exeat ^\

(Inscriptio :) Suo Farello

26

^* C'est-à-dire : peut-être publierai-je moi-même un commentaire sur la Genèse, et je répondrai ainsi à votre désir.

-^ Plus tard, ses auditeurs prirent soiu de recueillir et de faire imprimer ses leçons d'exégèse.

^' Il s'agit ici de Jean Chaponneau, second pasteur de Xeuchâtel.

'^* Nous verrons Chajxjuneaii se plaindre avec douceur d'être tenu à l'écart et privé de la confiance de P'arel (N° 1201). « Fateor ingénue (dit- il), jamdudum egrè admodura tulisse, quôd me negledo ad plerosque, de rébus quas me rescire oportebat, profusas scripseris epistolas. »

25 Pfj,-^i^ écrivant à Bucer, le 10 mai 1529, avoue qu'il laisse traîner tous ses pajners, « cum omnia (dit-il) ex])Osita babeam, sineque aliquo secessu omnia omnibus pateaut » (II, 174). A comparer avec le t. Yl, p. 237, renvoi de note 25.

^^ L'adresse n'est pas de la main de Calvin. Farel a écrit au-dessous : 28 Juin 1542.

T. vin.

82 JEAN CALVIN A BENOIT TEXTOR, A NEUCHATEL. 1542

1140

JEAN CAL\TS' à Benoît Textor, à Neuchâtel. (De Genève, 28 juillet 154â.)

Billet autographe, écrit à la lin de la lettre précédente. Calv. 0pp. XI, 419.

D. Textori \ tratri et amico singulari. Priniiini hoc abs te contento [1. contendo] ut, cum te doinuni ^ recipies, hac iter facias : deindc ut circa Neodunum ^ vel xmulb siiprà ah itinere de/lectas ad nohilem quendam, 'pairem ejiis adu- lescentis qui apud mevivit \ Payus ejus vocatur Boursin \ Bollse poterit tibi indicari. Erit illi gratissimus tuus adventus, ac, ut spei'o, beneficium agnoscet. Ego hoc abs te in ejus gratiam impe- tratum esse velim.

1141

JEAN CALVIN à PieiTB Vlret, à Lausanne. (De Genève, 28 juillet 1542.)

Autogr. Bibl. Publ. de Genève. Vol. 106. Calvini Epistola^ et Resp. 1575, p. 368. Calv. 0pp. XI, 420.

S. In quanta anxietate tibi scribani, narrabit hic frater. Uxor enim ])arturit, non sine extremo periculo, quôd nondum utérus

^ Bénédict ou Benoît Textor, médecin, natif de l'ont-de-Vaux, en Bresse, était très considéré à Neuchâtel, il séjourna plusieurs fois assez long- temps (Voy. sa lettre du 19 déc. 1542).

^ C'est-à-dire : lorsque vous irez visiter votre famille à Mâcon.

* La ville de Ni/ou, sur la route de Lausanne à Genève.

*"* D'après un ensemble de probabilités que nous indiquerons à propos

1542 JEAN CALVIN A PIERRE VIREX, A LAUSANNE. 83

])ai'tiii inaturus erat. Secl Doniiiius rcspiciat nos! Nostri omîtes jani fecerunt perioihniL Priinus ' speciiiKMi ad i)0|)uliim dodit, (juale semper expectaviinus. Petrus miiltè a])tior ad docenduin. Oenistomo fœliciter cessit ])i'iiiia coiwio. Quartus ^ spoin nostrain superat. In stipeudiis Iwrum non snmns consocnti quod voleba- miis. Nam dnobns aliis Sénat us sine magna disceptatione decre- vit qnantùm priores habebant : hoc est Henricus et Champerel- lus '\ Permiserant de diaconis consultationeni syndico Coruuensi, Jounni Parvo * et mihi. Yerùm postquani retnliinns, non sunt obsecuti nostro consilio. Ergo Getiistoniùs non ultra ducentos liabet : alter dnntaxat centum ([uinquagiiita '. Spem tamen me- lioris status interea fecerunt. Cum videreni difhciliores in liac re, acriter aurem illis vellicavi de administratione honorum eccle-

d'une lettre subséquente, le gentilhomme vaudois dont parle ici Calvin était François de Senarclens. Il possédait un fief noble et « une maison forte » à Bursins, village situé à 7* de lieue et à l'ouest de la ville de Bolle (Voyez le Dict. hist. du C. de Vaud, par Martign ier et de Crousaz, art. Bursins, p. 131, 132, 133). Celui de ses fils qui vivait chez Calrin s'appe- lait Claude.

'■^ En comparant ces détails avec ceux du X" 1139 (note 5), on s'assure que « le premier » des pasteurs récemment élus était Philippe de l'Église, et « le quatrième, » Louis Treppereau.

* Le procès-verbal du Conseil du 22 juillet nous apprend que l'h. de l'Eglise et Pierre Blattchet devaient recevoir un traitement annuel de 240 florins, égal à celui d^Heiiri de In Mare et d'Ainé Champereau. Le Conseil décida, le même jour, que Geneston aurait 200 florins, parce qu'on le savait capable « de conseiller [au besoin] les aflaires de la ville. »

* Le syndic Amblard Corne et Jean Petit. A notre connaissance^ J. Petit n'était pas membre du Conseil ordinaire.

® Bèze a placé cette phrase entre deux crochets barrés, et il l'a sup- primée dans le texte imprimé. « Alter » désigne Treppereau. Comme il n'avait pas de famille, on fixa pour lui une pension de 140 florins (Roget, 0. c. n, 40).

Nous avons dit (t. ~\^, p. 105, note 130) d'après les calculs de M. Ernest Chavaunes, que le florin de Savoie valait alors 4 fr. .50 de notre monnaie. M. J.-B. G. Galiffe (Quelques pages d'histoire exacte, 1862, p. 88-89) l'éva- lue à 12 fr., ce qui nous paraît excessif. M. Théophile Heyer, directeur des Archives de Genève, s'était arrêté, après de longues recherches, au chiffre de 8 fr., qui est, à 25 centimes près, la moyenne entre 4 fr. 50 et 12 fr. Que l'on calcule, sur cette base, la pension des pasteurs de Genève, en y ajoutant 40 florins à cause de la maison et des meubles très simples que le Conseil leur ])rétait, on arrivera aux sommes suivantes : 1440, 1920, 2240 fr. Leur traitement le plus élevé n'était pas, en 1542, supérieur

84 JEAN CALVIN A PIERRE VIREX, A LAUSANNE. 1542

siasticonim : « in tempore cogitandum illis esse, qualiter Deo et hominibiis rationem redditiiri forent : Papmn fuisse furem et sacrilegum, videndum ne simus successores. » Usus sum autem prîefatione quae attentionem excitaret : « Meliora esse vulnera amici, etc. Item : Ne quœrerent Balaani qui illis in maledictione benediceret. « Res in aliud tempus dilata fuit. Dixi enim omnino oportere brevi ejus tractationem seriam suscipere. Domum tuam volebant relinquere vacuam, sed ego dissuasi, non malis rationi- bus. Itaque Philippo Ecclesiastko data est. Vale ^

(Inscriptio :) Suo Vireto.

de beaucoup à celui de leurs collègues du Pays de Yaud (VI, 105), et aucun d'eux ne pouvait nager dans l'abondance.

On sait d'ailleurs que les magistrats de Berne et ceux de Genève, tou- jours promi^ts à secourir les malades sans famille et les pauvres, n'étaient pas prodigues des deniers publics. Quand ils accordaient une augmentation de paie, c'est qu'il était urgent de l'accorder. Déjà le 20 octobre 1543, les ministres de Genève demandent qu'on augmente leurs gages, « attendu le cher temps. » On les exhorte à patienter. Ils reviennent à la charge trois mois plus tard, et le Conseil répartit douze écus entre cinq d'entre eux. Le 27 novembre 154.S, les gages de Treppereau sont, sur sa demande, portés de 140 à 200 tiorins (Roget, II, 81). Dès le mois de janvier 1558, les ministres de la campagne reçoivent 250 florins (Communication de M. Th. Heyer). Enfin, écoutons Calvin, dont le témoignage offre ici un intérêt particulier. Il écrivait à Renée de France, le 10 mai 1563, en lui recommandant Fraiiciscus Portiis : Ses gaiges sont si petis, comme de nous tous, qu'il luy seroit impossible d'en vivre, s'il n'avoit support d'ail- leurs pour le soulaiger de ses charges » (Voy. Jules Bonnet. Lettres franc, de Calvin, II, 516). Port us avait une fiUe à marier.

Calvin écrivait encore, le 17 oct. 1568, à l'hébraïsant Jean Mercier : « Exiguum quidem stipendium esse fateor. Librae enim ducentie pendun- tur. ^des dantur satis aniœnae et spaciosse. Verùm cogita impensas hîc minores esse quàm apud vos [scil. Parisiis]. »

® Ce dernier mot et l'adresse sont d'une autre main.

1542 LES PASTEURS DE LA PRÉVÔTÉ AU CONSEIL DE BERNE. 85

4142,

LES PASTEUES DE LA PRÉVÔTÉ au Gonseil de Berne. DeMuûliei'-Graiidval, :29 juillet 1542.

Inédite. Manuscrit original. Arch. de Berne.

Grâce, i)aix en Dieu, iiostre bon père le tout-puissant, jjar nostre Seigneur Jésus-Christ soit tout jo[u]rs avec vous! Amen.

Très redoubter et niagnitîique, puissant, honorables Seigneurs Messieurs de Berne ! Nous vous prions tous par en semblés que vous persévérez tout jours, ainsy comme vous avez desjà aulcuns temps jusque ysi, à debvoir mantenir Thonour et la gloyre de Dieu : laquelle chouse Dieu par sa grâce vous doing tous jors force et puissance de le faire! Amen.

Noz honorez Seigneurs, nous avons 'receu vous lettres', des- quelles sommes bien joyeulx les avoir lentes, comment bien co- gnoissont que vous avez fort bon voloir de mantenir l'iionour et la gloire de Dieu, et de mestre hordre entre vous conborgois de la Prévostez, affin que toute abomination soit vuydée et déchas- sez, principallement enver le prcvost- et le peuinle : sus lequeulx mandement vous renvoyons rostre réfornudion ^ escrij)te dens vostre ville de Berne, ay[n]sy que avons atendus [1. entendu] que Tavié composez, por ycelle debvoir gardez et observé. De Mothié grand vaulx, ce xxix" Julii, anno xlii.

Por les vostres bons amy et serviteurs les ^Iinistres

DE LA PAROLLE DE DiEU A LA DITE PrÉVOSTEZ DE MoTHIÉ GRAND VAULX.

(SmcripHon :) Aux très ylustres Princes, magniti(iues Sei- gneurs Mons' l'Avoër et Conseil de la ville de Berne, nouz bons amys.

^ Lettre qu'ils avaient prnlialjlement reçue par l'intermédiaire des dé- putés bernois envoyés à Moûtier-Grandval pour le 23 juillet (N" 1128, n. 10).

^ Le prévôt du Chapitre de Moiitier, Cornélius de Lichtenfels (M, 98, n. 87).

* L'édit de Réforniation publié par M\L de Berne le 24 décembre 1536 (Ruchat, IV, 389, 522-531).

86 PIERRE VIRET A JEAN CALVIN, A GENÈVE. 1542

1143

PIERRE TIRET à Jeaii Calvin, à Genève. De Lausanne, 30 juillet 154:2.

Aiitogr. Bibl. Publ. de Genève. Vol. n'^ IIP. Calv. 0pp. XI, 421.

S. Tain fuerunt mihi grata? tuae literœ ' quàm meum anxit anininm domesfica ista afflictio, qua te Dominns, multis alioqni iisque gravissiniis curis confectum, exercere voluit, nec tantis])er quiescet aniinus dum aliquid nnncii l?etioris ea de re audivero '\ Quicquid tamen eveniat, fortiter standnin est, nec magis animo frangi nos decet quàm sanctum illuin virum Jobnni, quem tôt simul mala oppresserunt. ut videretur Deus penitùs [euin] dese- ruisse, ac totum permisisse Satanîç ludiln-io et liliidini. Sed quid ista tibi occino veterano in hac arena niiliti, qui jam tôt luctibus pridem penitùs exhaustus esses, nisi te fides in niorem Al)raliœ erigeret et fulciret V

Grata fuerunt qu?e de snccessu frafrum scripsisti. praesertim Genistoni, cui prœ cseteris timebam, propter innatum illum pu- dorem et sui diffidentiani. De rébus nostris Gnrinns ^ omnia referet. Conventuri sumus Viviacum ad diem Martis \ Diniisso cœtu, ubi primùm licebit, iter Bernnm aiTij)iain, sed Neocomo iter facturus, prœter nostram utriusque sententiam. Nam id Farellus literis à me postulavit, ac se comitem adjuncturum, si videretur, recepit. Quamvis non levis erat causa quœ secùs mihi faciendum esse suaderet, contigerunt tamen, ex quo abs te dis- cessi, pku'ima, ac multa niilii sunt narrata, quorum causa con- sultius est ut cum FareVo colloquar priusquam Beniam perve-

' Lettro X" lUl.

^ La femme de Calvin lui donna un tils, qui ne vécut que peu de jours (Yoy. la lettre du 19 août).

" Les nouveaux éditeurs de Calvin disent qu'il est ici question de Tho- mas Grwœns, professeur à Berne (V, 56). C'est une erreur. Il s'agissait de Pierre Gitrin : son nom est nettement écrit dans l'original.

" Mardi 1" août.

1342 PIERRE VIRKT A JEAN CALVIN, A GENÈVE. 87

iiiam. Cujusiiiodi cw ros sint, quia non tutô comniittuntur litoris, nec eanini ignoratio j)lnrimiini in pra?S(Mis til)i obrssc pot(^st, nialui difforre tantispoi- oaruni narrationoni, duni aut tu nos aut te nos invisamus. Farelll lit(M-as^ ^d te niitto. (ausani (Tiirjni ut habeas coniniendatissimam oro, quocunque modo lioniini adesse poteris''. Claitdins Francus me etiam oravit ut suam tibi sa^pe commendarem \ quamvis nihil sit opus apud te commenda- tionibus. Saluta uxorem, cui praecor et ejus fœtui " fausta omnia. Saluta omnes fratres meo nomine. Nostri te et tuaiii iixoi-cni omnes salvere jubent. Vale. Lausannae, 80. Julii 1542.

TUUS P. \'|RETUS.

(Tnscriptio:) 8uo Joanni Calvino frati'i et symmystœ conjunc- tiss. Geneva:'.

1144

PIERRE YiRET à Jeaii Calvin, à Genève. De Lausanne, 8 août 1542.

Autogr. Bibl. Publ. de Genève. Vol. n" 111^ Calv. 0pp. XI, 423.

Salutem. De rébus nostris audies tabellarium. Ci-astiuo die

* Cette lettre de Farel n'a pas été conservée.

* Voyez, sur Pierre Gurin, le t. XI, p. 240. note 36. De])ins 15.39 il était domicilié dans le territoire bernois; mais il venait parfois à Genève pour ses procès. Il en eut un à soutenir contre Jehan Barralis, et un deuxième contre Estienne Dadaz (Reg. du Conseil, passhn).

'' Claude Franc, citoyen genevois, fils du conseiller I)omai}ie Franc et d'une sœur du capitaine général Jean Philippe, était Leau-fière du pre- mier syndic Amhlard Cor)ie. Il était l'ami des Articulants fugitifs (Y, 372, 11. 10; M, 199; VII, 412), et, ])ar conséquent, hostile au ])aiti calviniste (.I.-A. Galiffe. Notices, III, 222, 223. A. Roget, 11. lOO)- <»ii voit cepon- dant qu'il ne dédaignait pas, en 1.542, de se recommander aux hons offices de Calvin; et lorsqu'il éjmusa, vers la fin de septembre, même année, la fille du syndic Jean Baux, il invita à ses noces le réformateur Pierre Viret.

* Édition de Brunswick : frafri. Le mot fœfui se lit distinctement. Il n'existe d'ailleurs aucun indice que le frère cVIdelelfe de P>nre (VI, 27.5, n. 15) soit venu à Genève dans ce temps-là.

88 PIERRE VIRET A JEAN CALVIN, A GENÈVE. 1542

cum Holardo \ qui meêie i)rofectioni cornes adjunctus est à fra- tribus, solvam hinc, si ita Doinino visum est, Bernmn comessu- rus: cujiis comitatus, praîter alias rationes, justus milii praetextus erit nostri Neocomo transitus. Nam cum jurejurando, ab hinc aniios decein aut undeciiii, finilms Frïburgensis difionis exula- rit ^ née tutus illi illhac transitus pateat, cogimur, etiam si nulla intercédât causa alia, Neocomo iter facere, aut alias quasrere vise ambages. Nihil aliud addam, nisi ut amicos saintes diligenter et, si qua ratione fieri potest, per hune tabellarium ad me miffas formam disciplmai ecclesiasticœ quam isthic instituimus'^. Hîc nohis coi/ai/tihusmuJfa adrersahimtur,pmicajuvabunt'* : anden-

*"' Jean Holard, natif d'Orbe, ancien chanoine et doyen de la collégiale de St-Nicolas à Frihoiirg, avait été banni de cette ville et du territoire fribourgeois, vers la fin de l'année 1530, à cause de ses opinions religieuses. Le 19 avril 1531, MM. de Berne le firent présenter, en qualité de pasteur, à la paroisse de Moûtier-Grandval. Dès lors il prêcha l'Évangile à la Neu- veville, à Orbe, à Bex, à Corcelles-sur-Chavornay, et de nouveau à Bex (Voy. t. III, p. 11, 12; IV, 451, 452. Pierrefleur, 15, 57, 121.— Ruchat, m, 37, 572).

Dans l'un de ses voyages à Berne, vers 1534, Jean Holard avait signalé au professeur Bhellicamis les monuments de la ville à'' Orbe, « prseter alia antiqua rudera et numismata, turrim mirœ vetustatis » renseignement que celui-ci n'eut garde d'omettre dans ses Annotationes sur les Commen- taires de Jules César (Basile», 1543). Il en est résulté, pour le « prédi- cant » d'Orbe, l'honneur très inattendu de voir figurer son nom, à côté des noms d'^gidius Tschudi, d'Alciat, de Rhenanus, de Budé et de cin- quante-deux autres savants, dans la Nomenclature des « auteurs » cités par Rhellicanus.

* L'influence de Calvin et de Viret ayant été grande dans la commission genevoise qui prépara, de septembre à nov. 1541, les Ordonnances ecclé- siastiques (VII, 350, 351. Cornélius. Die Griindung der Calvinischen Kirchenverfassung in Genf). Vii'et pouvait dire à Calvin, sans vanterie : formam disciplinée quam isthic instituimus.

* Il convient de reproduire ici le paragraphe suivant du Manuel de Lausanne du 2 avril 1542 : « Fuerunt producti et lecti certi Articuli, in numéro undecim, emanati a Dominis Verbi Ciiristi Ministris in Viviaco, die 27* mensis Martii... Super quibus fuit... arrestatum, ipsos taies quales Articules respective observari debere quantum J)ossibile erit, et etiam illis respective obviare. Nec non etiam... arrestatum, quod abhinc quicunque insolentias faciet contravenientes bonis moribus et certis statutis hacte- nus... per... Dominos nostros Bernenses factis et jam aliàs publicatis, taies contravenientes, post certas remonstrationes ipsis factas, debeant absentare cillam Lausannœ, juxta casus per ipsos perpetrati exigentiam,

1542 CLAUDE DE SACHINS A JEAN CALVIN, A GENÈVE. 89

diini tamen erit aliquid, et bona sjies est Doniinum t'ortunatiu'iim nostros conatus, Nihildum aggrossus aut conatus suni, sed Ikrna reversîis constitui seriô ac sedulà his ecclesùi' ruinis manuni ad- molù'i. Puto te andivisse qiiid sparsum sit riimoris de ministro- rum Bernatkmi emissione ^ Id eiiim logatis vestris Basiliva rcdeuntibus ^ indicavi, à (quorum disccssu nihil ha])oo coinpo rtius quod ad te sei'il)am. Pra'sens meliùs oniiiia iutelligam. Saluta uxorem lueo iioiiiine, fratrem ' (>t doinesticos omnes et tuos col-

legas. Vale. LausaiiiicB, 8. Augu. 1542.

TUUS P. ViRETUS.

(Inscriptio :) Suo quàm cliaiiss. fratri et symmysta3 Joanni Calvino. Genevœ.

1445

CLAUDE DE SACHiNS ^ à Jean Calvin, à Genève. (D'Asnières, en Bresse ^) 12 août 1542.

Autogr. Bibl. Publ. de Genève. Vol. n" 112. Calv. Opp. XI, 425.

Si magnam aliquando ex ullis amicoriim literis, ex tuis vel maxiniain cippi volii])tateni : noqiie quantum ego existimo id abs re, ut i)ote per quas fœlicibus, ut spero, auspiciis me niJrjl taie

et hoc ad tempus et beiiivolentiam... Doiuiiii Burgi Magistri et Doniino- rum Consiilum Villae Laiisannse. »

^ Ce qui s'était passé à Berne, du 31 juillet au vendredi 4 août, donnait lieu de croire que plusieurs ministres bernois allaient être congédiés (X" 1147, n. 3, p. 96, et la tin de la n. 13, p. 100).

" Les députés genevois Claude Fertemps et Pierre Tissot ayant appris, à Bâle, (jue les ]5crnois n'acceptaient pas les propositions de Genève (\T^I, 453, u. 7-9), ils étaient revenus sur leurs jtas. Viret les avait vus à leur passage par ivausanne.

' Antoine Calvin.

'■'•^"* On a de ce personnage cinq lettres, adressées à Calvin. La seer nde est datée : Hx villa nostra Aneriann, 7 novembris 1545. La quatrième : Ex domo nostra Aner., 9 Oct. 1550. Il y parle des deux prisonniers dont, le 24 septembre, il lui annonçait l'arrestation, et qu'il va recommander au

90 CLAUDE DE SACHINS A JEAN CALVIN, A GENÈVE. 1542

nnerltnm ad amicitiam tum Immaniter invitas^, ad quam sane tyiejam olim ardentissimis vofis aspitr(gse testes mihi sioit quàm j)h(rmii : idquo cum eruditionis multijugîP noinine, quani in te, ut par est, unicè sum semper exosculatiis, tum verô multô magis, quôd gloriam Dei, atquo ijjsum adeô C'hristi iiogocium, syncerè ac diligontor promovere to intelligam. Faxit Dominus Deus ut quod fœlicitor in te cœpit fœlicissimo exitu coronet ! Quod autein, charissinie frater, piorum honiinum sermoni nonnihil deferens, de me prseclariùs sentis, ingenteis per Cliristum tibi gratias ago : non quôd iis laudibus quilnis me oneras miram in modum délec- ter, ut qui me iis ferendis imparem plané agnoscam, sed quôd ea denium occasione Christianum tui animi candorem habeam per- spectum, qui ex aegregiis suis dotil)us aliorum metiatur virtutes. Adde quôd baec haud as])ernanda quidem mihi videtur adhor- tandi ratio, quam sanè perinde ac commode nobis adjectum sti- mulum lubenti aniino amplectimur. Quàm verô aiperem (si ita Domino videretur) sacris istis interesse C07iventihis, in quihus

second président de Chambéri/. Dans la cinquième, écrite « Ex Aneria nostra, nonis maii 1554, » il dit : « Pirater meus... et I). Te.vfnr, qui hîc apud nos est, te salutant. » Tout annonce que l'écrivain habite un pays voisin de Genève et de la Savoie ; mais il s'agit de déterminer exactement le lieu.

La France ne compte pas moins de seize localités du nom d^Anières (ou Asnières). La plus rapprochée de Chambéry est située dans la Bresse, et sur le chemin que Textor avait suivre, à la fin de juillet 1542, pour se rendre de Genève à Mncon (X° 1140). Ce point étant acquis, il suffisait de consulter Guichcnon (Hist. de Bresse et de Bugey. Lyon, 1650, Par- tie ni, p. 339-40) et Edm. Révérend du Mesnil (Armoriai hist. de Bresse. Lyon, 1872, p. 598), pour savoir que Claude de Sachins, seigneur d'Anières, et son frère Fratiçois, seigneur d'Anières, du Saugey et de Chamergy, étaient les derniers représentants de l'une des plus anciennes familles che- valeresques de la Bresse, connue primitivement sous le nom de Sejjf chiens (de septem canibus). Un Claude de Sachins, seigneur de la Mylatière et parent éloigné des deux personnages précédents, exerçait les fonctions de bailli à Po}tt-de-Vaux, ville natale de Textor.

A la Révocation, la famille de Loriol possédait « le château d^Asnières, à moitié chemin de Bourg à Mâcon. C'est la plus belle résidence seigneu- riale (lu moyen-âge qui ait été conservée en Bresse » (Edmond Chévrier. Notice hist. sur le Protestantisme dans le département de l'Ain. Paris, 1883, p. 110. Haag. France ]irot. VII, 128).

Ce fut, sans doute, Benoit Textor qui, partant pour la Bresse, engagea Calvin à écrire au seigneur d'Anières (Voy. les n. 6, 7, et le N" 1140, n. 2).

lo42 CLAUDE DE SACHINS A JEAN CALVIN, A GENÈVE. 91

crehri de rehus divinis serib miscniinr sermones, Ininiaïut con- quiesciod somriid, nhi clniriias n'muhdioms nescia mirificè suas exerit vives, nhi denique no}i fedus ac lacei'us, sed uperius atque intege)' prodii C]irisfHs ' .' Poîior certrfe dios una in ati-iis Doiiiini quàiii mille aiuii vcl in ipsis impiorum palatiis.

0 utinam me posso frui dent uumiiia taiitis Divitiis, quas ampla ppqiiat non co])ia ronfinii !

Sed forte sese aliciuando ntï'civt tcmpus illiul. (luo iiiilii. otsi nune arctiiis irrotito '. olim tainon libero, licebit evolare. Inté- rim quoad spiritus hos rogot artus, pro virili dabimns operam, nt oa necessitudo. qua' Cliristo auspice inter nos fœlicitor est inita, majus in dies accipiat incromentum. Cœterùm qiiod ad eimi attinet, quemnobis (({\\2è tua est humanitas) diligenti cura mi- nistmm exquisiisti •"', quàm maximas possumus ex animo gratias

•• Ce passage prouve que les éditeurs des Caîr/iii Opéra se sont trompés en affirmant (t. XY, p. 133, n. 3) que Claude de Sachms résidait dans le bailliage de Thonon, à Aniere, ])rès de VeUji. Le liameau iVAnière est situé sur la rive gauche du lac Léman et à deux lieues de Genève. U ap- partenait depuis 1530 au territoire bernois, et faisait partie de la paroisse réformée d'Hermance, dont le pasteur, en 1542, était Antoine Bnhier (IN", 364; YI, 275, 404. Yoy. aussi Fr. Mugnier. L"Hôpital d'Hermance, 1542-1733. Thonon (188G) p. 14). Si Claude de Sachins avait habité le susdit hameau, il aurait eu toute facilité de faire la connaissance person- nelle de CalciiK et n'aurait ])as été réduit à soupirer après un culte évan- gélique.

* Il exerçait probablement des fonctions publiques, ainsi que son liomo- nyme, le sieur de la ]MyIatière.

" La suite du discours et. en particulier, cette phrase : <- Det Dominus ut is nobis sit tam commodus, quàm nox ei vicissim apti simus, » sem- bleraient annoncer que le seigneur d'Anières avait fait prier Calvin de choisir pour sa maison, non jias un serviteur quel(on(jue, mais un viinistre de V Evangile. Notre interprétation peut paraître téméraire; mais nous la croyons en partie autorisée par certains traits de l'histoire de la Bresse.

De bonne heure, cette province s'était ressentie du voisinage de Genève et de Lyon. Nous avons vu en Suisse, dès 1531, des Évangéliques bressans : Pierre Masuijer, Claude Bigothier, Angelin Chasnal (II, 375, 424, 425, 489; W\. 287). Alexandre r««M.ç ])rêchait dans la Bresse on 1533 (III, 162). Le duc de Savoie tenta vainement de s'opposer par la force à l'invasion des nouvelles doctrines, et il fut mal secondé par le jiajie l'aul III, qui supprima l'évéché de Bourg (4 janvier 1535). Yers cette époque, on comj)- tait à Bourg trente-cinq bourgeois suspects d'hérésie (Chévrier, o. c. ]). 14- 17). En 1536, François I s'eni])arait de la Bresse, et pendant plusieurs

92 CLAUDE DE SACHINS A JEAN CALVIN, A GENÈVE. 1S42

habemus. Qui hasce perfert " multis noininibus lioiuiiicin nobis commcndavit, idque quantum intelligo non ex auditu, ut quem prsedicet se propiùs habero perspectuni : itaque huic rem totam commisimus. Det Dominus ut is nohis sit tam commodus, quàm nos ei vicissim apti simus! Nihil superest, frater in Domino amantissimo, nisi Christum Dominum ex animo oremus, ut sacris sui spiritus dotibus ministerium tuum magis ac magis in dies illustraro pergat, in quo te cui)io valere. Salutaf te unicè frater- meus ^ Tu verô cura ut nos precibus tuis Domino jugiter com- mendemur. Domi 12. Aug. 1542.

Tuus in Christo Clau. De Sachins K

(Inscriptio :) D. Joanni Calvino fratri et amico singulari

10

années il ne s'occupa de ce pays que pour l'accabler d'impôts. On i)eut même dire qu'en 1538 il y introduisit un ardent ennemi du catholicisme, en garantissant au comte Guillaume de Furstemberg les revenus des sei- gneuries de Bagé et de Pont-de-Veyle, situées près de Mâcon (VI, 239, n. 34).

Les prêtres et moines du chef-lieu prirent-ils au moins la défense de leur religion menacée ? Un historien catholique de la Bresse va nous ré- pondre : « Le clergé de ce temps il faut bien le dire, puisque les registres nous le répètent fréquemment étranger à l'inspiration de la charité chrétienne, aux devoirs de sa sainte mission, vit à part, dans un triste égoïsme, uniquement préoccupé d'intérêts matériels : de prélever la dîme, de s'affranchir de toute contribution, de toute participation à la vie com- mune... Qu'il touche ses prébendes, ses droits paroissiaux, peu lui importe le reste : les choses d'ici-bas ne le concernent point. Si la parole de Dieu est annoncée au peuple, c'est à l'instigation active et persévérante des syn- dics et du Conseil de la ville, sans cesse obligés de lui rappeler son devoir » (Jules Baux. Mémoires hist. de la ville de Bourg. Extraits des registres municipaux de 1536 à 1789. Bourg-en-Bresse, 1868-70, 3 vol., t. I, p. 230. Voyez aussi les pp. 31, 60, 74, 101, 153, 210, 211, 233, 234, 354. A,- C. N. De Lateyssonnière. Recherches hist. sur le département de l'Ain. Bourg, 1838-44, 5 vol., t. IV, p. 414; V, 142, 143, 180, 293).

Dans ces conjonctures, l'établissement d'un pasteur au château d'Anières n'aurait pas éveillé la défiance d'un clergé en majeure partie corrompu et endormi, pas plus que ne l'avait provoquée, en 1539, le séjour d'un « pré- dicant » à Pont-d'Ain, au centre de la Bresse (Voy. Th. Dufour. Notice bibliogr., p. 189).

^ D'ajjrès ce que nous savons du voyage de Textor à Mâcon, à la fin de juillet (N" 1140), il est naturel de croire que c'est lui qui est désigné par ces mots : (^ui Imsce [literus] perfert, etc. Il devait, en effet, repasser par Anières pour retourner en Suisse. C'est bien lui (et non un vulgaire mes-

1542 CONRAD PELLICAN A JEAN CALVIN, A GENÈVE. 93

1446'

CONRAD PELLICAN ^ à Jean Calvin, à Genève. De Zurich. 15 août 1542.

Autogr. Bibl. Pii])l. de Genève. Vol. ii" 110. Calv. Oi)i). XI, 426.

Salutem in Domino salvatorc ! Niliil optabilins aiuliendnni no- bis, amiciss. frater, quàni si cuni ecclosia sancta Dei cni servis, sanctè valeas et ad Dei gloriam prolicias, inque sahiteni anima- rum cum i)ace et coustantia sancta. Nos nostro more Domino adjuti persistimus, corpore imbecilles, qnantîim ad me attinet et Theodorum nostrmn^, sed et Leone nostro amisso natnrœque concesso et vita^ feliciori \ Qnin et aliquando BuJUrigerus del)i-

sager) qui aurait été compétent pour recommander le jiasteur choisi par Calvin; et c'est encore de Textor, son ami, que l'écrivain aurait pu dire : huic rem totain coinmi.'iitnus.

* François de Sachins.

® Ce nom est jjarfois abrégé sous la forme suivante : Cl. D. Sach. Il a été altéré en tète de deux pièces, l'une de dix, l'autre de quinze vers latins, composés en l'honneur du principal ouvrage de Texior, intitulé : « De la Pestilence. Lyon, Jean de Tournes et Guil. Gazeau, M.D.LI, » petit in-8". Ces vers ont pour titre : CL. de Sachivs in ïractatum D. Textoris de Pestilentia.

" Les nouveaux éditeurs de Calvin ajoutent : « Sachins, ■> comme si ce mot faisait partie de. la suscription. C'est tout simplement une note écrite plus tard par l'un des personnages (jui ont étiqueté la correspondance de Calvin.

' Voyez, sur Conrad Pelîican, professeur d'hébreu à Zurich, les Indices des tomes III- VII.

^'^ BuUinger écrivait à Vadian, le 23 juin : « Léo noster... xix hujus mensis, paulô post primam pomeridianam, féliciter migravit ad Dominum, magno omnium bonorum mœrore. Amisit enim ecclesia nostra in?pstima- bilem in hoc homine tliesaurum. (ertè bona pars vitie mefe decessit in morte adaniantissimi Fratris... Decumbit et doctiss. et piissimus vir I). Theodorus Bibliander ac contiictatur graviter cum tertiana. Dmiiinus illum uobis restituât nec dolorem dolori adjiciat! » (Minute orig. Arch. de Zurich. Ilottinger, o. c. III, 751.)

94 CONRAD PELLICAN A JEAN CALVIN, A GENÈVE. lo42

lem se experitur. Omiics tamcn in tide et cliaritate tirmiores, gratia Dei. Mittimus autem pariter clmritati tuai Jmnc eximise eruditionis etpietatis virwn oh Evangelium ex Italia reimlsum ^ ut indicabit. Qui cum nobiscum consistere utiliter ecclesiîe ne- queat, ad te pervenire cui»iens, à nobis tïbi Amice comme ndatur, si quo modo, ut liugua Pedemontanus, goiti vestrœ vicinior, in EvangeVw nunciando proficere possit, vel eciam consistere cum suis ' : de quibus referet non necessariô ^ liîc scrilienda. Videtur prorsîis nobis vir sanctus et idoneus Evangelio i)lantando pu- bliée et privatim. Qua eciam ratione Italia pulsus vel ex Tuscise Luca ■' ab antichristo. plurimos reliquit Christo fidèles testes. Speramus in vestra quoque lingua pihirima ptosse^. Habet comités duos non ])1'0inùs ejusdem lingu^e ^ quos intérim uti poterimus retinel)imus. Hune verô magnopere omnium nostriîm nomine tibi commendamus et ecclesiœ vestr^e : quam cuijimus ex animo proficere in pietate et pace. Yale, Amantissime frater, omnium nostrûm nomine in Christo fœliciter. Tiguri, 15. Augusti 1542.

CoNRADUs Pellicanls tuus in Domino,

cum fratribus reliquis, Bullingero, Theodoro, Megandro,

quibus ])er occupationes non licuit scribere bac vice.

(Inscriptio:) Piissimo Tlieologo Jobanni Calvino, Ecclesiae Genevensis pastori fidelissimo, in Christo Amicissimo fratri suo.

* Celio Secundo Curione (X" 1155, note 1).

® C'est-à-dire, sa femme et ses enfants, qu'il avait laissés en Italie, pen- dant qu'il venait en Suisse pour y chercher une place de professeur.

^ Dans l'édition de Brunswick, nuncio, qui ne s'explique pas.

' Curione était encore au mois de juin à Lucques, d'où il adressait à Fulvio Peregrino Morato son Epistola de pueris pie christiauequeeducan- dis, datée : « Luc*, M. D. XLII quarto idus lunii. » L'auteur la publia en 1544 à la suite de son Aranceus, et une seconde fois en 1549, avec le Ca- téchisme intitulé : « Cselii Secundi Curionis Christianae Religionis Institu- tio, et brevis et dilucida... » (Basilese), 99 pp. petit in-8" (Communication obligeante de M. Charles du Mont, bibliothécaire à Lausanne).

* Nous ne connaissons rien de Curione qui soit écrit en français. Mais nous supposons que s'il avait possédé seulement l'italien et le latin, MM. de Berne ne lui auraient pas confié des fonctions au Collège de Lausanne (Voy. le X" 1159, n. 6).

® C'étaient peut-être ce Turca et ce Georgius mentionnés dans la lettre de Curione du 7 septembre suivant, et qui furent envoyés à Bâle par les Zuricois.

1542 LES CONSEILS DE BERNE AUX PASTELRS DU PAYS ROMAND. 95

1U7 /

LES CONSEILS DE BERXE aiix Pasteurs du Pays Romande De Berne. 15 août 154:2.

Inédite. Copie contciiipoi'. IMbl. des pasteurs de Xeuchâtel.

Nous L"Advoyek, Conseil et Bourgeois de Berne faisons sçavoir par ces présentes : Comme ainsi soit que dijférendz soyent esmeuz entre les Jionnorahles docteurs, noz très chiers et féaulx prédi- cants et ministres de TÉvangile, Pierre Cantzen, Béat Gering^ Symon Sultzer et Cnnradt Schmid, d'une, et Érasme Rytter leur confrère, d'aultre j^urtye, tousclunit leur doctrine et jn-édication, singulièrement en l'article de la Cène de Nostre Seigneur Jésus- Christ - : Lesquels, pour avancement et entretènemeut de ])aix et union entre eulx principallement et nous, aussi noz commu- naultés, iceulx avons évocqués devant nous et ouys, et entenduz leurs proposites, responses et ré])licques ^ Et, sur ce, les [avons]

1 J.-J. Hottinger (Helvet. Kirchengeschichte, IV, Addenda, p. 191-102) donne « ex Archive Ecfl-esi« Bernensis » un résumé du texte allemand de cette pièce, qu'il date du 15 août. La reproduction intégrale du texte fran- çais sera encore plus utile pour l'intelligence des lettres de Calvin et de Viret écrites aux mois d'août et de septembre. L;i copie contemporaine sur laquelle nous l'avons relevé est très incorrecte. Nous en signalerons, seule- ment les fautes principales.

^ La cause de ces « différends » est déjà indiquée dans le X" 11?>1, note 2 (Voy. aussi le t. VI, p- 79-81). Érasme Bitter se plaignait spécialement de ce que Pierre Kvmtz (en latin Concenus ou Conzenus), Simon Sultzer, etc., préoccupés de maintenir le traité de Concorde avec les Luthériens, em- ployaient dans leurs sermons des expressions qui n'étaient pas conformes aux dix Thèses approuvées dans la I)isi)Ute de Berne (Voy. Ruchat, V, 204, 205, 224. Fiislin. Epistolse Reformatorum, 1742, p. 21.5-220. Hun- deshagen. Die Conflikte, etc., p. 157-165).

* Selon J.-J. Hottinger, 1. c. et la Collection Simler, l(>s ministres de la ville de Berne comparurent devant les magistrats le 15 août ; selon Ruchat, V, 205, le22. Hundesliagen, p. 105, IGfi, indique le .81 juillet et le 22 août. Ce dernier historien ne donnant (jne peu de détails sur les journées qui précipitèrent la crise ecclésiastique, nous tenons à préciser les faits et les dates.

96 LES CONSEILS DE BERNE AUX PASTEURS DU PAYS ROMAND. 1542

aniyablcmont ai)pointés. unyz et accordoz, et lour [avons] pres- cript finale résolution et forme, laquelle doibvent observer, comme en la fin des présentes est escript.

Premièrement, estre les dits Concène et ses consors tombés eïi quelque suspition d'avoir presclw, touschant la Cène de Nostre Seigneur, non conformément et contraire et nostre Disjnitation *, ont iceulx, sur nostre demande et interrogation sMlz vou- loyent cy-après tenir et observer nostre dite Disputation, et, touschant la Cène de Nostre Seigneur, selon le contenu d'icelle conformément prescher? premièrement une response et une

Déjà le 31 juillet, le Petit Conseil, alarmé du trouble qui régnait dans l'Église, fit citer devant lui les cinq pasteurs de la ville. Il censura iro- niquement leur désaccord sur la doctrine de la sainte Cène, et déclara qu'il ne tolérerait, à l'avenir, aucune autre doctrine que celle qui était formulée dans les dix Thèses de la Dispute de religion. Les chefs des deux partis théologiques répondirent, le même jour, aux censures du Petit Conseil, et, le lendemain, devant le Conseil des Bourgeois, ils exposèrent librement leur opinion et même leurs griefs réciproques. Dans ces deux séances, Erasme Bitter s'exprima avec la netteté et la vigueur d'un champion sûr de la victoire ; Pierre Kiintz, avec une véhémence pleine d'amertume et de fierté, car il ne dissimula point qu'il donnerait sa démission, si MM. de Berne n'étaient pas contents de lui.

L'arrêté pris par les deux Conseils, à la fin de la séance du 1" août, fut tel qu'on pouvait le prévoir, après la déclaration faite aux ministres le 31 juillet. Il renfermait ce considérant : « Luther n'est pas resté fidèle à la Concorde, » et cette sanction : « Tout pasteur qui n'enseignera pas suivant les dix Thèses de la Dispute et l'édit de Béformation, sera con- gédié. »

Bitter se dit très satisfait. Kuntz, Gering et Sultzer protestèrent contre les entraves qu'on leur imposait. Ils ne voulaient pas, disaient-ils, les laisser imposer aux églises, ni laisser restreindre la liberté de prédication garantie aux pasteurs par le décret du 5 mai 1540. Mais ils oubliaient qu'elle était conditionnelle, c'est-à-dire, que le décret susdit leur interdisait déjà de s'écarter de la doctrine admise dans la Dispute de Berne (Voy. notre t. M, p. 424, note 5).

Les magistrats essayèrent de les rassurer en leur disant, qu'on n'enten- dait nullement les « écarter » de la Parole de Dieu et les réduire à ne prêclier que les dix Thèses; on leur demandait seulement de ne ])as conti- nuer à critiquer celles-ci, qui avaient été établies par la Parole de Dieu ; de ne pas chercher à les interpréter autrement par l'Écriture ; de s'abstenir d'emi)loyer des mots étrangers et [de ceux] de la doctrine de Luther. » Enfin, on leur demanda, ))0ur le lendemain, une « réi)onse écrite et satisfaisante. »

* Voyez, sur la Dispute de religion qui eut lieu à Berne en janvier 1528, et sur les dix Thèses qui y furent discutées et adoptées, le t. II, p. 54-60.

1542 LES CONSEILS DE BERNE AUX PASTEURS DU PAYS ROMAND. 97

confession touschant la Cène de Nostre Seigneur produidz par escript, la tenetir desquelles s'ensuyt'' :

« De Scriptura sacra quse Vêtus nonimiKiiiam Tostaiiiciitum vocatur, ita scntimus : David Ycrbum Doiiiini solum esse lumen certamque viam pronuntiat (jua ad omnis |1. oniiicinj roj^uitio- nem perveniatur. Id i])suni verè Verbum in sacra l)iblicaque Scrij)tura invenitur, qua oninis huuiana atque adeô aiigclica doctrina dignosci ac judicari débet. Ad eam ipsam Christus quo- que tantùm hortatur, banc de se testari affirmans. Esayas item propheta monet ut qui lumino indiget, Lcgem testimoniaque respiciat. Quocirca et contitcnuir et ])rofitoniur, unà cum omni- bus ecclesiis Dci Christi Domini nostri tidelibus, sacram bibli- camque Scrii)turani solaui summam certissimamque voritatem existere, ut cui omnis rcliqua doctrina omniaque scripta sul)jici debeant, ut ipsa habeatur régula ad (juam omnis voritas prol)etur et agnoscatur, quemadmodum eadem prima? apostolicœ Ecclesiœ in usu fuit pridem et esse hodie débet. Ea propter nos ipsos offe- rimus, (}uemadmodum ministerium nostrum conscientiaque co- ram Domino dictât, docturos omnia et concionaturos quae ejus Scripturae sacrée autlioritate per nos ])ossunt probari, juxta pri- mum illud excussumque typis mandatum ". Deinde quod Chris- tianam et laude dignam Disputatiouem [et] Confessionem Ba- sïlese compositam ' attinet, oflferimus nos utramque conservatu- ros, contra nil nec docturos nec locuturos, iisque * pro necessitat(> oportunitateque concionum usuros, ])aci concordiaeque studium

* La Méponse de Sultzer et de ses trois collègues fut présentée et lue par Pierre Kuntz, le 2 août, et leur Confession de foi sur la sainte Cène, le 3 août, devant le Conseil des Bourgeois (Notes 10 et 13).

® Allusion à l'édit Grand et du Petit Conseil de Berne daté du 15 juin 1523, et qui était conçu en ces termes : « Ordonné... que tous les pré- dicateurs prêchent publiquement et sans dissimulation le saint Evangile et la doctrine de Dieu, n'avançant que ce qu'ils peuvent établir par la vé- ritable et sainte Écriture... » (Trad. de l'ail.)

^ Ce n'était pas « la première Confession de Baie, -> composée par Œcolampade en 1530, mais « la seconde, » qui fut l'œuvre commune de BuUinger, Myconius, Simon Grynseus, Léon Jude et Gaspard Megander. Elle avait été préparée en vue de la Concorde avec Luther, et elle fut signée à Bâle, le 3 février 1536, par les députés des églises réformées de la Suisse et de la ville de Strasbourg (Voy. Ruchat, UI, 310, 311 ; IV, 58- 60. Il en donne la traduction, t. IV, pp. 61-76).

* Dans la copie neuchâteloise, idque.

T. VIII. 7

98 LES CONSEILS DE BERNE AUX PASTEURS DU PAYS ROMAND. 1542

omiie impensuros ad aedificationem ecclosise Christi, modo ne qiiis poculiaribus formis verbisque arctiùs ^ nos instituât ads- tringcre '°.

Confessio et Dodrina de Cœna Dominica.

Quô semol et in onine deinceps tempus eam à nobis susi)i- cionem amoliamur qua forte insimulamur, perinde ac quisqnam ex nobis eum errovem foveat, uti vel sentire vel docere instituât, quasi cum pane aut Cœnœ dominiez symbolo naturalo ossen- tiale(iue Christi corpus è cœlo detrahi vel aliquatenus trans- mutari includive, aut ulla ratione hoc ceu naturale corpus honiinis manducari atque pcrcipi debeat, id quod verba Christi « Accipite et comedite, hoc est corpus meum » foris juxta literam prse se ferre videntur, verùm, ut nullum ea opinione christianura verumque doctorem teneri intelligatur, sic rursum asserentes accipimus quod jam inde à principio et verè semper tirmiterque, sicut semper fecimus et docuimus, ho- dieque et eam sententiam tenemus et deinceps etiam, Domino aspirante, conservabimus ac tuebimur : Christum scilicet natu- rali humanoque corpore cœlos ascendisse, ubi et pro naturalis hominis conditione, corpore formaque naturali ad dextram Dei usque ad extremi diem judicii permanet. Unde et sciendum et sentiendum : cum jubet accipere et comedere panem, quare

^ Ibidem : aclinis ou actiuis.

*** Aj^rès la lecture de cette Réponse, le 2 août, MM. de Berae assurèrent encore à ses auteurs, qu'ils ne voulaient pas leur « interdire » la Parole de Dieu, ni endurer des reproches à ce sujet ; on leur demandait seulement d'éviter tout ce qui pouvait faire soupçonner qu'ils ne prêchaient pas con- formément aux dix Thèses. « Mes Seigneurs (fut-il ajouté) reconnaissent que la Confession [de Bâle] est fondée sur la Parole divine, et ils veulent bien que cette Confession subsiste, et que les pasteurs l'emploient, ainsi que les Saintes Écritures, en toute occasion ce sera nécessaire. Mes Seigneurs n'ignorent pas que beaucoup de choses, en dehors des dix Thèses, deman- dent à être confirmées par l'Écriture Sainte. Mais ils veulent que les dix Thèses elles-mêmes restent hors de cause » (Trad. de l'allemand).

La susdite ordonnance fut communiquée oralement, \)',\v l'Avoyer, à Pierre Kuntz et à ses trois collègues. Elle les rassura (Voy. le N" 11G2).

Le 3 août, Pierre Kuntz, accompagné de ses trois collègues, comparut de nouveau devant les Conseils. Il revint sur la réponse faite aux ministres, le !"■ du mois; il exprima leurs ])laintes et il prononça un long discours sur l'autorité de l'Ecriture Sainte. Puis il présenta i)ar écrit la liépnuse

1542 LES CONSEILS I)K RERNE AUX PASTEURS DU PAYS ROMAND. 1)9

corpus ij)sius inanducaiiuis et calicis potii saiigiiiiKMii hibiinus