'^^r' .^m:
^. -.3..
^>V-^
THE LIBRARY
The Ontario Institute
for Studies in Education
Toronto, Canada
sm^
^" -^^ .:^-vN
^^^,::..; '«■
.^
ÇS^
r.
-w'Sr^:J:.:^
i^' ,v-^-
<^
,..C" ?.v,^' . >■
t:- ^ ^:y-
■^
r"*">^.*^ 1
/=^^-.
lo(^
SOCIÉTÉ DE PROTECTION
DES
APPRENTIS
ET DES
ENFANTS DES MANUFACTURES
Autorisée par décision de S. Exe. le Ministre de l'Intérieur, eu date du 6 décembre 1366, et par arrêté de M. le Préfet de police du 5 janyier
BUI.I.ETIIV
No 1
PARIS
IMPRIMERIE CENTRALE DES CHEMINS DE FER A. CHAIX ET C
KCB BERCÈnE, 20, PRÈS DC O' CBTARD llO:<TMiBTBB.
1867
F.XÉCt'TÉ PAR l'École rROI-ESSlONMiLLE DES JEl'NES TYPOGRAPHES
DE l'imprimerie CENTRALE DES CHEMINS DE FER
A. CHAIX ET C, RIE BERGÈRE, 20, PARIS.
AVANT-PROPOS,
Il y a vingt-cinq ans, l'attention du législateur français se porta pour la première fois sur les profondes souffrances morales et physiques des enfants qui travaillent dans les manufactures. La loi du 22 mars 1841 posa quelques principes, destinés à mettre fin aux abus les plus déplorables signalés par l'opinion et par les fabricants eux-mêmes. Cette loi, qui n'était qu'une « loi d'essai (1) », reconnaissait la première son insuffisance, en décla- rant qu'elle devrait être complétée par des règlements d'adminis- tration publique. Ces règlements, ainsi que l'a dit dernièrement un sénateur (2), a nous les attendons depuis vingt-cinq ans, » — Mais le moment approche, nous pouvons en donner la cer- titude, oiî cette question si longtemps pendante rece^Ta une solution. Pour qu'elle soit aussi favorable que possible à l'inté- rêt commun de l'industrie et de la jeune population ouvrière, il est opportun de produire au jour tous les faits qui touchent à ce problème si délicat et si varié. — Comme introduction à cette enquête publique, d'un intérêt si vital pour l'industrie et pour la prospérité générale du pays, nous voulons simplement aujour- d'hui rappeler avec le plus de rapidité possible les efforts suc- cessifs qui ont été tentés jusqu'à présent pour défendre les en- fants et les adolescents des ateliers et des manufactures contre les dangers qui menacent si gravement leur bien-être et leur dé- veloppement moral.
(1) Expression de M. de Gérando à la Chambre des pairs '22 février 1841), et de M. François Delessert à la Chambre des députés (11 mars 1841).
(2) M. Lebrun, dans la séance du Sénat du 12 juillet 1866.
_ 4 —
^angfâîse"" L'exemple d'une législation spéciale nous est venu d'Angle-
terre. Là où le mal était le plus grand naquit d'abord le remède. Dès le commencement du siècle (1802) un bill présenté par un homme d'État qui était aussi un grand fabricant, Kobert Pee! le père, essaya d'améliorer un peu la situation des enfants- ouvriers qui travaillaient dans les filatvres. Les mesures adop- tées sur sa proposition restèrent à peu près sans effet ; il fallut en 1819 un bill nouveau pour leur donner quelque force d'action. Ce bill à son tour fut développé en J82o, et la législation, crois- sant toujours en étendue et en énergie, arriva enfm à l'acte solennel de 1833, qui marque une époque décisive dans l'his- toire morale de l'industrie anglaise. L'enfance ouvrière eut dès lors son code. S'il était encore incomplet, les vraies bases étaient posées. Après les débats longtemps prolongés, une série de minutieuses prescriptions soigneusement enchaînées régla le temps de l' enfant-ouvrier, et partagea avec une sage modération sa semaine de travail entre l'école et l'atelier. L'abus des forces physiques fut interdit, et la culture des forces intellectuelles fut exigée.
Cette loi, qui pouvait citer avec orgueil parmi ses inspirateurs et ses défenseurs les plus ardents lord Wilberforce et lord Asley, eut un grand retentissement. Elle devait exercer ses bien- faits au delà de l'Angleterre en mettant partout en Europe la question à l'ordre du jour. En France, Sismondi avait déjà fait sentir toute son importance (1). En 1828, M. J.-J. Bourcart, iîla- teur à Guebwiller, l'ava't proposée à l'étude de la Société indus- trielle de Mulhouse, qui venait d'être fondée (2); elle y fut l'objet de plusieurs rapports intéressants. En 1833, i^ur une demande du ministre de l' Instruction publique, la Société indiqua les meil- leurs moyens d'appliquer l'enseignement primaire aux enfants de l'industrie. Er.fm, en 1837, elle résolut d'adresser une pétition aux Chambres. La Société pour V encouragement de V instruction primaire parmi les protestants fit la même démarche. A la même époque, M. Villermé traçait ses lugubres tableaux, et en pleine Académie dénonçait les misères de la population ou- vrière (1839). Ces vœux, venant de tant de côtés et exprimés par des bouches si autorisées, triomphèrent enfm de résistances
(1) Nouveaux Principes déconomie politique, 1819. Tome I.
(2) Séances des 30 novembre ot 26 décembre 1S28.
intéressées; des enquêtes turent ordonnées, et, le 21 mars 1841, fut promulguée la loi suivante, votée par les Chambres après des discussions reprises dans deux sessions successives :
Art. 1^^ — Les enfants ne pourront être employés que sous les conditions déterminées par la présente loi :
1° Dans les manufactures, usines et ateliers à moteur mécanique ou à feu continu, et dans leurs dépendances ;
2° Dans toute fabrique occupant plus de vingt ouvriers réunis en atelier.
Art. 2. — Les enfants devront, pour être admis, avoir au moins huit ans.
De huit à douze ans, ils ne pourront être employés au travail effectif plus de huit heures sur vingt-quatre, divi- sées par un repos.
De douze à seize ans, ils ne pourront être employés au travail effectif plus de douze heures sur vingt-quatre, divi- sées par des repos.
Ce travail ne pourra avoir lieu que de cinq heures du maîin à neuf heures du soir.
L'âge des enfants sera constaté par un certificat délivré, sur papier non timbré et sans frais, par l'officier de l'état civil.
Art. 3. — Tout travail entre neuf heures du soir et cinq heures du matin est considéré comme travail de nuit.
Tout travail de nuit est interdit pour les enfants au-des- sous de treize ans.
Si la conséquence du chômage d'un moteur hydraulique ou des réparations urgentes l'exigent, les enfants au-dessus de treize ans pourront travailler la nuit, en comptant deux- heures pour tix)is, entre neuf heures du soir et cinq heures du matin.
— 6 — Un travail de nuit des enfants ayant plus de treize ans, pareillement supputé, sera toléré, s'il est reconnu indis- pensable, dans les établissements à feu continu dont la marche ne peut pas être suspendue pendant le cours des vingt-quatre heures.
Art. 4. — Les enfants au-dessous de seize ans ne pour- ront être employés les dimanches et jours de fêtes recon- nus par la loi.
Art. 5. — Nul enfant âgé de moins de douze ans ne pourra être admis qu'autant que ses parents ou tuteur justifieront qu*il fréquente actuellement une des écoles publiques ou privées existant dans la localité. Tout enfant admis devra, jusqu'à l'âge de douze ans, suivre une école.
Les enfants âgés de plus de, douze ans seront dispensés de suivre une école, lorsqu'un certificat, donné par le maire de leur résidence, attestera qu'ils ont reçu l'instruction primaire élémentaire.
Art. 6. — Les maires seront tenus de délivrer au père, à la mère ou au tuteur, un livret sur lequel seront portés l'âge, le nom, les prénoms, le heu de naissance et le do- micile de l'enfant, et le temps pendant lequel il aurait suivi l'enseignement primaire.
Les chefs d'établissement inscriront :
1" Sur le livret de chaque enfant, la date de son entrée dans l'établissement et de sa sortie ;
2° Sur un registre spécial, toutes les indications men- tionnées au présent article.
Art. 7. — Des règlements d'administration publique pourront :
l" Étendre à des manufactures, usines ou ateliers, autres que ceux qui sont mentionnés dans l'article l''^, l'appli- cation des dispositions de la présente loi ;
2« Élever le minimum de i'àge et réduire la durée du travail déterminés dans les articles deuxième et troisième à l'égard des genres d'indu-trie où le labeur des enfants excéderait leur force et compromettrait leur santé ;
3' Déterminer les fabriques où, pour cause de danger ou d'insalubrité, les enfants au-dessous de seize ans ne pourront point être employés ;
4'^ Interdire aux enfants, dans les ateliers où ils sont admis, certains genres de travaux dangereux ou nuisibles ;
o° Statuer sur les travaux indispensables à tolérer de la part des enfants, les dimanches et fêtes, dans les usines à feu continu;
6° Statuer sur les cas de travail de nuit, prévus par l'article troisième.
Art. 8. — Des règlements d'administration publique devront :
1" Pourvoir aux mesures nécessaires à l'exécution de présente loi ;
2° Assurer le maintien des bonnes moeurs et de la dé cence publique dans les ateliers, usines et manufactures
3" Assurer l'instruction primaire et l'enseignement reli- gieux des enfants ;
4° Empêcher, à l'égard des enfants, tout mauvais trai- tement et tout châtiment abusif;
&" Assurer les conditions de salubrité et de sûreté né- cessaires à la vie et à la santé des enfants.
Art. 9. — Les chefs des établissements devront faire afficher dans chaque atelier, avec la présente loi et les rè- glements d'administration publique qui y sont relatifs, les règlements intérieurs qu'ils seront tenus de faire pour en assurer l'exécution.
Art. 10. — Le gouvernement établira des inspections pour surveiller et assurer l'exécution de la présente loi. Les inspecteurs pourront, dans chaque établissement, se faire représenter les registres relatifs à l'exécution de la présente loi, les règlements intérieurs, les livrets des en- fants et les enfants eux-mêmes ; ils pourront se faire ac- compagner par un médecin commis par le préfet ou le sous-préfet.
Art. 41. — En cas de contravention les inspecteurs dresseront des procès-verbaux qui feront foi jusqu'à preuve contraire.
Art. 12. — En cas de contravention à la présente loi Ou aux règlements d'administration publique rendus pour son exécution, les propriétaires ou exploitants des éta- blissements seront traduits devant le juge de paix du can- ton et punis d'une amende de simple police qui ne pourra excéder quinze francs.
Les contraventions qui résulteront, soit de l'admission d'enfants au-dessous de l'âge, soit de l'excès de travail, donneront lieu à autant d'amendes qu'il y aura d'enfants indûment admis ou employés, sans que ces amendes réu- nies puissent s'élever au-dessus de deux cents francs.
S'il y a récidive, les propriétaires ou exploitants des éta- blissements seront traduits devant le tribunal de police correctionnelle et condamnés à une amende de seize à cent francs. Dans les cas prévus par le paragraphe second du présent article, les amendes réunies ne pourront ja- mais excéder cinq cents francs.
Il y aura récidive, lorsqu'il aura été rendu contre le contrevenant, dans les douze mois précédents, un pre- mier jugement pour contravention à la présente loi ou aux règlements d'administration publique qu'elle autorise.
— 0 — Art. 13. — La présente loi- ne sera obligatoire que six mois après sa promulgation.
Cette loi, excellente dans son ensemble, renfermait, il faut l'avouer, quelques prescriptions très-attaquables. Le rappor- teur, M. Renouardjl'avait dit lui-même: elle était «fort éloignée de la perfection (l), » et l'expérience devait bientôt le prouver. Elle était d'ailleurs « moins hmnaine et moins généreuse que l'Acte anglais de 1833 (2). » Elle imposait à la surveillance une limite assez singulière en la restreignant aux ateliers « occupant plus de vingt ouvriers (3) ; » elle fixait l'âge d'admission dans les manufactures à huit ans, tandis que la loi anglaise fixait neuf ans; elle faisait commencer l'âge adulte à seize ans, au lieu de dix-huit ; elle admettait en général un travail journalier plus long, et cependant le combinait moins habilement avec les exigences de l'industrie ; enfin et surtout elle laissait pour ainsi dire toutes ses prescriptions désarmées, en n'indiquant pas des moyens efficaces et immédiats pour les exécuter. C'était là le vice le plus grave de la loi, car en 1847 M. le baron Dupin pouvait dire à la Chambre des pairs : « Depuis six ans la loi » échoue. D'abord exécutée un peu, puis de moins en moins, )) on a fini par la déclarer inexécutable, parce que nous n'avions » pas institué des inspecteurs puissants et indépendants. » On avait chargé les préfets de nommer des commissions locales, non salariées, composées d'hommes très-honorables, souvent
(1) Chambre des députés, 11 mars 1841.
(i) Legoyt, Dictionnaire d'Economie politique.
(3; A la Chambre des pairs, M. de Gérando Ot remarquer que « cette dis- » position n'avait été proposée dans aucun des éléments des deux enquêtes; » elle n'avait été conçue dans le sein d'aucun conseil général, chambre de 3) commerce, chambre consultative des arts et métiers, conseil des prud* B hommes; elle n'émanait pas du gouvernement,.... elle s'était produite » inopinément à la fln d'une discussion, et avait été improvisée sans avoir » subi l'épreuve d'un examen approfondi, n (Séance du 22 février 1841.) a Par B suite de cette disposition, disait M. Léoa Faucher en 1844, il arrive fré- » quemment que l'accès de certaines fabriques s'ouvre à l'inspection pendant » l'hiver et se ferme pendant l'été; les enfants se trouvent ainsi protégés du- » rant la moitié de l'année, et abandonnés durant l'autre moitié. L'instruc- 3) tion devient pour eux tantôt obligatoire et tantôt facultive ; la durée du » travail s'abrège ou s'étend ; l'exercice du droit attribué à l'Etat dépend en- > tièrement du hasard, et suit en quelque sorte les oscillations du marché, a
— 10 —
très-dévoués, mais qui, remplissant des fonctions pour ainsi, dire officieuses et honorifiques, ne se sentaient pas assez autorisés pour user du droit de poursuite qui leur était conféré. Le mi- nistre, dans certanis cas, leur adjoignit pour cette partie de leur tâche des agents administratifs, les vérificateurs des poids et mesures. Ce choix est l'indice très-significatif des incertitudes de l'administration. Après avoir longtemps tâtonné, on se ré- solut à revenir sur l'œuvre tentée et à la reprendre dans de meilleurs conditions, car le peu de bien accompli mon- trait qu'une réglementation était aussi nécessaire que bienfai- sante. L'exemple de l'Angleterre, suivi par plusieurs grands Etats, était toujours là comme un stimulant ; l'Acte de 1833 avait été déjà remanié et développé, et nous étions en Europe les moins avancés pour cette partie de la législation. Un nouveau projet de loi fut donc présenté (IS février 1847). Il fut l'objet à la Chambre des pairs d'un rapport de M. le baron Dupin. rapport qui est un véritable traité sur la matière, et qui peut encore aujourd'hui être consulté avec le plus grand profit. S'appuyant sur une étude approfondie des besoin de l'indus- trie et des intérêts de l'enfance, il apportait des compléments très-importants au nouveau projet de loi, qui se trouvait ainsi conçu :
Article l^"". — Les dispositions de la loi du 22 mars 18 il seront appliquées dans les manufactures, les fabriques, les usines, les chan- tiers et ateliers occupant au moins dix personnes de tout âge et de tout sexe, ou cinq personnes, enfants, adolescents ou femmes.
La même application continuera pendant un an, après le jour où ces établissements cesseraient d'occuper l'un ou l'autre de ces deux nombre de travailleurs.
Les nombres ci-dessus pourront être réduits par voie de règlement d'administration publique.
Art. 2. — Toutes les dispositions de la loi du 22 mars 1841, en faveur des enfants de huit à douze ans, et des adolescents de douze à seize ans, sont maintenues. Les dispositions en faveur des adoles- cents de douze à seize ans, et spécialement celle qui limite à douz(! heures leur travail journalier, seront désonnais appliquées aux filles et aux femmes, quel que soit leur âge.
Art. 3. — Le règlement d'administration publique ordonné par l'article 8 de la loi du 22 mars 1841, pour tout ce qui cercerne renseigncinent primaire et religieux, sera publié dans la première année qui suivra la promulgation de la présente loi.
— Il —
Ce règlement, coQcerlé entre les Ministres de l'agriculture et du commerce et de l'instruction publique, coordonnera les heures d'école et les heures de travail. Pendant trois jours ouvrables de chaque se- maine, la durée du travail des adolescents est réduite à onze heures; l'heure du travail supprimée fera partie du temps obligatoirement con- sacré à leur instruction primaire. Une classe du dimanche aura lieu pour l'enseignement religieux des enfants et des adolescents.
Art. 4. — 11 sera nommé quatre inspecteurs généraux. Chacun d'eux ne pourra avoir sous sa direction moins d'un inspecteur divi- sionnaire.
Ces inspecteurs, salariés par l'État, ne pourront remplir aucune autre fonction administrative.
Chaque inspecteur général parcourra, chaque année, les quatre di- visions du ressort qu'il aura dans ses attributions.
Une rotation régulière des inspecteurs généraux leur donnera suc- cessivement la surveillance des quatre grands districts dans lesquels sera divisée la France manufacturière.
Chaque inspecteur général rédigera tous les ans son rapport sur le résultai de son inspection. Le rapport, signé par lui, sera publié en entier pour être, dès l'ouverture de chaque session, distribué aux membres des deux Chambres.
L'organisation des comités d'inspection locale continuera d'être ré- glée par des arrêtés ministériels.
Ces comités seront présidés de droit par les inspecteurs division- naires et généraux dans le ressort desquels ils seront établis et rece- vront d'eux leur direction.
Il appartiendra également aux inspei^teurs de régler l'action des Sociétés de patronage qui pourront être autorisées dans le but louable de concourir à l'instruction et à la protection des enfants dans les manufactures. — Les Sociétés de patronage dont l'expérience aura montré les bons effets pourront, d'après le rapport d'un inspecteur général, être autorisées par voie de règlement d'administration publi- que avec les droits qui s'ensuivent.
La présente loi sera affichée dans les ateliers avec la loi du 22 mars 18il, et les contraventions à ces dispositions punies confor- mément aux articles 10, 11 et 12 de ladite loi.
Ce projet amenait une ainélioralion sérieuse : non-seulement la durée du travail était réduite, mais les établissements soumis à la surveillance devenaient infiniment plus nombreux. M. Dupin n'avait nullement voulu donner la limite qu'il avait fixée comme définitive: xPlus tard, disait-il, on atteindra de moindres ateliers \n mais il avait craint de surcharger tout d'un coup une inspec- tion nouvellement organisée d'un travail ti'op étendu; son désir était d'atteindre bientôt l'industrie tout entière, en procédant couche par couche, et en allant du mal le plus visible au
— 12 —
mal le plus caché, car les ateliers ont d'autant plus de faux- fuyants pour échapper à la loi qu'ils sont moins vastes. Il ne se dissimulait pas que les ateliers laissés pour le moment de côté étaient ceux qui offraient toujours les plus mauvaises con- ditions, où les sévices étaient les plus graves, et qui par cela même auraient dû être inspectés les premiers et non les der- niers ; mais il aimait mieux enraciner d'abord la loi dans tous les établissements où la surveillance était la plus aisée, et lui donner pour ainsi dire une large base d'obéissance avant d'atta- quer les résistances les plus difficiles à vaincre. Pour que la loi avançât sans cesse, il ne voulait la faire marcher que pas à pas, mais en même temps il prenait ses précautions contre l'inertie, qu'il reprochait vivement au passé, en exigeant que le règlement d'administration publique fût publié dans l'année.
Une autre amélioration non moins louable, c'était l'admission des femmes à la protection. — La loi de 1841 avait cru devoir les en exclure, et cependant le sort de la population est inté- ressé à leur santé et à leur moralité au moins autant qu'à celle des enfants. — L'Angleterre l'avait compris avant nous.
La supériorité du texte nouveau se montre aussi dans le soin avec lequel il met en saillie ce principe fondamental, c'est que l'atelier et l'école doivent être soumis à des règlements gui concordent, de façon que l'enfant soit forcément et réguliè- rement conduit de l'un à l'autre. — La loi doit être aussi bien une loi scolaire qu'une loi industrielle. — La surveillance de l'emploi du temps de l'enfant est impossible tant que l'école et l'atelier ne se contrôlent pas mutuellement; il faut donc que le maître d'école et le fabricant soient, comme en Angleterre, mis en relation par la loi, et concourent pour une part égale à défendre l'enfant contre le vagabondage ou contre les abus du fait des parents, qui malheureusement ne sont pas les moins fréquents (1).
Enfin, dernière et importante différence, la nouvelle loi orga- nisait un système d'inspection solide et complet. Instruit par l'exemple de l'Angleterre, où « trente ans de zèle et d'efforts
(1) « 11 faut l'avouer, car les registres de nos tribunaux ne l'attestent que » trop, c'est souvent au sein de la famille elle-même que la plus odieuse » tyrannie épuise les forces de l'enfance.» (M. de Gérando à la Chambre des pairs, 20 février 1841.)
— !3 —
u'avaient conduit qu'à des résultats illusoires, jusqu'au moment où la protection des enfants put être rendue constante, ferme, éclairée et respectée par la création d'inspecteurs, magistrats spéciaux et autorisés, » le baron Dupin attachait le succès de toutes les mesures, quelles qu'elles fussent, à l'abandon de l'ancienne organisation, dont l'impuissance avait été reconnue.
M. le baron Dupin appuyait ses demandes de réforme sur les faits statistiques les plus signilîcatifs. Il montrait que dans les circonscriptions les plus manufacturières de France, contre 1,000 sujets capables de supporter le service militaire, 1,03:2 étaient incapables pour infirmités, difformités, débilité, tandis que, dans les circonscriptions limitrophes, principalement agricoles ou maritimes, contre 1,000 sujets capables 4o9 seulement étaient incapables. L'écart entre ces deux chiffres 1 ,032 et 4o9, était dû en pai-tie, selon M. Dupin, aux ravages énormes causés dans la population par de prétendues nécessités de l'industrie, qui d'ailleurs ne peuvent jamais autoriser « ces dégradations de l'espèce humaine. » — En même temps il calmait les inquié- tudes des fabricants qui se plaignaient de se voir enlever des heures de travail, en démontrant qu'en Angleterre la loi, pour- tant plus sévère, avait augmenté et amélioré la production au lieu de l'amoindrir (1) . A ceux qui prétendaient que le système des relais et du travail à la demi-journée pour les enfants était d'une application impossible, il ne répondait pas davantage par des raisonnements : il montrait simplement ce système en pleine activité dans les contrées qui sont peut-être les plus manufac- turières du monde (2) .
(1) n est même aujourd'hui prouvé qu'il y a intérêt pour le fabricant à ne pas prolonger la journée au delà d'une certaine limite ; la force et l'attention diminuant, le travail effectif diminue très-rapidement de quantité et de qua- lité, et les malfaçons abondent. — La courte journée est donc aussi avanta- geuse au fabricant qu'à l'ouvrier. L'Amérique, qui s'entend en travail, a donné comme la vraie formule : huit heures de travail manuel, huit heures de sommeil, huit heures de liberté. — Cette loi économique est encore plus vraie pour l'enfance. M. Chadwick, dans un mémoire lu à l'Académie des sciences morales, rapporte que le système du demi-temps d'école a produit en Angleterre des résultats tels qu'on doit considérer cette innovation « comme le signal d'un révolution dans les méthodes d'enseignement. » (Paroles de lord Brougham.)
(2) oc Le système des relais, qui s'est trouvé à peu près incompatible avec » les exigences de la loi de 1841, deviendrait très-facile avec l'emploi de » demi-journées. » (Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse n" 110.]
— 14 —
Ce rapport, si remai-quable et si prudent dans ses conclusioias, fut le point de départ d'une discussion consciencieuse qui eut pour résultat de faire emprunter successivement au projet du gouvernement et au projet de la Commission leurs mesures Ifes plus larges. Les propositions de la Société de Mulhouse et les prescriptions du nouvel acte anglais de 1844 passèrent dans la oi, qui fut adoptée sous la rédaction suivante :
AnTicLE PREMIER. — Les dispositions de la loi du 22 mars 1841 seront applicables aux enfants travaillant dans toutes les manufactures, fabriques, usines, chantiers et ateliers.
Art. 2 — De huit à douze ans, la durée effective du travail des enfants ne pourra excéder six heures sur vingt-quatre.
Les dispositions en fiiYeuc des adolescents de douze à seize ans, et spécialement celle qui limite à douze heures leur travail journalier, seront désormais appliquées aux filles et aux femmes, quel que soit leur âge.
Art. 3- — Le règlement d'administration publique, ordonné par l'article 8 de la loi du 22 mars 18 il, pour tout ce qui concerne l'en- seignement primaire et religieux, sera publié dans les deux années qui suivront la promulgation de la présente loi .
Un jour de chaque semaine pour tous les adolescents de douze à seize ans, deux heures seront retirées du travail et consacrées à l'ins- truction primaire.
Deux heures de chaque dimanche seront consacrées à l'instruction primaire et religieuse des adolescents.
Art. 4. — Il sera nommé des inspecteurs salariés pour assurer l'exécution des dispositions relatives au travail des enfants dans les manufactures.
Un règlement d'administration publique déterminera le mode d'organisation des inspections.
Il sera, chaque année, rendu compte aux Chambres des résultats de l'exécution de la présente loi, et de celle du 22 mars 18M.
Art. o. — Ne seront pas soumis aux inspections prescrites par l'article 10 de la loi de 1841 et par l'article 4 de la présente loi, les ateliers des personnes exemptes du droit de patente, en vertu du paragraphe 6 de l'article 13 de la loi de 1844 (1).
(1) Ne sont pas assujettis à la patente :
6" Les commis et toutes les personnes travaillant à gages, à façon et à la journée, dans les maisons, ateliers et boutiques des personnes de leur pro- fession, ainsi que les ouvriers travaillant chez eux ou chez les particuliers, sans compagnons, apprentis, enseigne ni boutique; ne sont point considérés comme compagnons ou apprentis, la femme travaillant avec son mari, ni les enfants non mariés travaillant avec leur père et mère, ni le simple ojanœuvTfc dont le concours est indispensable à l'exercice delà profession.
— io —
Art. g. — La présente loi sera affichée dans les ateliers avec la loi du 22 mars 1841, et les contraventions à ses dispositions seront constatées et punies contbrménient aux articles 10, 11, 12 de ladite loi.
Art. 7. — La loi de iSil continuera d'être exécutée en tout ce qui n'est pas contraire aux dispositions qui précèdent.
Art. 8. — La présente loi ne sera exécutoire que trois mois après sa promulgation.
Cette loi fut votée par la Chambre des pairs le 21 février 1848. Avant qu'elle fût soumise au vote de la Chambre des députés , la révolution éclata.
Quoique favorables à l'amélioration du sort des ouvriers, les pouvoirs nouveaux, préoccupés de questions plus générales, lais- sèrent celle-ci où elle en était, c'est-à-dire dans la confusion. Sauf pour quelques localités, où les fabricants, animés de senti- ments d'humanité et rendus ingénieux et clairvoyants par leur bonté, savaient concilier sans peine leurs intérêts d'industriels avec leurs devoirs de citoyens, la loi était laissée de côté. Quel- ques inspecteurs faisaient de louables et courageux efforts pour l'appliquer, mais cette minorité assez faible était impuissante à résoudre un problème aussi considérable. D'ailleurs l'industrie était dans un état de malaise tel qu'on ne voulait lui apporter aucune espèce de gêne. — Quand, le calme fut rétabli, le gou- vernement se préoccupa vivement de la violation presque géné- rale de la loi de 1841, et il résolut de remédier à ce désorch*e, qui en amène tant d'autres. Le Conseil général des manufac- tures fut consulté, et le résultat de ses délibérations vint ajouter une nouvelle force à tous les eôorts tentés déjà pour élargir la loi de 1841. D'après ce conseil, composé des hommes les plus éminents et les phis capables d'apprécier les meilleures condi- tions pratiques de l'industrie, il fallait :
1° Étendre la loi à toutes les classes de chantiers, d'ateliers, d'usines et manufactures dirigés par des patentés ;
2« Abaisser à six heures la durée du travail, d'abord pour tous les enfants de huit à douze ans ;
3° Assurer aux adolescents de douze ans deux heures d'école du dimanche pour continuer leur enseignement primaire et religieux ;
4° Charger les inspecteurs de l'instruction primaire de la constata tion de l'instruction des enfants qui suivent le travail des ateUers et manufactures ;
— i6 —
5" Adjoindre un agent salarié aux commissions de surveillance établies suivant l'importance des districts manufacturiers par arrondis- sement ou par canton^ pour surveiller l'exécution des lois sur le travail ;
6" Confier à des inspecteurs r/énéraux rétribués, visitant à tour de rôle les différentes parties de la France, la surveillance uniforme et supérieure des établissements placés sous le régime de lois protectrices ;
7° Publier textuellement les rapports annuels des inspecteurs géné- raux;
8° Ordonner que les règlements d'administration publique, complè- tement définis par la loi de 4841, soient promulgués en 1851, pour protéger le travail, la santé, la moralité, l'instruction des enfants et des adolescents ;
9° Étendre ces rassures protectrices au travail des filles et des femmes.
Une partie des désirs de l'opinion publique, s'exprimant par la voix du Conseil général des manufactures, devait trouver une première satisfaction dans la promulgation de la Loi sur les contrats d'apprentissage (4 mars 18oi ). Pour les enfants qui pouvaient se placer sous la protection du contrat, les condi- tions du travail étaient notablement améliorées par cette loi, dont voici le texte :
SECTION V\
DE LA NATURE ET DE LA FORME DU CONTRAT.
Art. l''^ — Le contrat d'apprentissage est celui par le- ^°comratï^ qucl un fabricant, un chef d'atelier ou un ouvrier s'oblige '^Xm-B^mT' à enseigner la pratique de sa profession à une autre per- sonne, qui s'oblige, en retour, à travailler pour lui; le tout à des conditions et pendant un temps convenus.
Art. 2. — Le contrat d'apprentissage est fait par acte
public ou par acte sous seing privé.
, Il peut aussi être fait verbalement ; mais la preuve tes-
' timoniale n'en est reçue que conformément au titre du
Code civil Des Contrats ou des Obligations conventionnelles en
général.
— 17 —
Les notaires, les secrétaires des conseils de prud'hommes et les greffiers de justice de paix peuvent recevoir l'acte d'apprentiisage..
Cet acte est soumis, pour l'enregistrement, au droit lixe d'un fi^nc, lors même qu'il contiendrait des obligations de sommes ou valeurs mobilières, ou des quittances.
Les honoraires dus aux officiers publics sont fixés à deux francs.
Art. 3. — L'acte d'apprentissage contiendra :
1° Les nom, prénoms, âge, profession et domicile du maître ;
2» Les nom, prénoms, âge et domicile de l'apprenti;
3° Les nom, prénoms, profession et domicile de ses père et mère, de son tuteur, ou de la personne autorisée par les parents, et, à leur défaut, par le juge de paix;
4° La date et la diu'ée du contrat;
5° Les conditions de logement, de nourriture, de prix, et toutes autres arrêtées entre les parties.
Il devra être signé par le maître et par les représentant» de l'apprenti.
SECTION II.
DES CONDITIONS DU CONTRAT.
Art. 4. — Nul ne peut recevoir des apprentis mineur?, s'il n'est âgé de vingt et un ans au moins.
Art. o. — Aucun maître, s il est célibataire ou en état de veuvage, ne peut loger, comme apprenties, des jeunes filles mineures.
Art. g. — Sont incapables de recevoir des apprentis ; Les individus qui ont subi une condamnation pour crime ;
— 18 —
Ceux qui ont été condamnés pour attentat aux mœurs ;
€eux qui ont été condamnés à plus de trois mois d'emprisonnement pour les délits prévus par les arti- cles 388, 401, 405, 406, 407, 408, 423 du Code pénal
Art. 7. — L'incapacité résultant de l'article 6 pourra être levée par le préfet, sur l'avis du maire, quand le condamné, après l'expiration de sa peine, aura résidé pendant trois ans dans la même commune.
A Paris, les incapacités seront levées par le préfet de police.
SECTION III.
DEVOIRS DES MAITRES ET DES APPRENTIS.
Art. 8. — Le maître doit se conduire envers l'apprenti en bon père de famille, surveiller sa conduite et ses mœurs, soit dans la maison, soit au dehors, et avertir ses parents ou leurs représentants des fautes graves qu'il pourrait commettre ou des penchants vicieux qu'il pour- rait manifester.
Il doit aussi les prévenir sans retard, en cas de mala- die, d'absence, ou de tout fait de nature à motiver leur intervention.
11 n'emploiera l'apprenti, sauf conventions contraires, qu'aux travaux et services qui se rattachent à l'exercice de sa profession. Il ne l'emploiera jamais à ceux qui se- raient insalubres ou au-dessus de ses forces.
Art. 9. — La durée du travail effectif des apprentis âgés de moins de quatorze ans ne pourra dépasser dix heures par jour .
Pour les apprentis âgés de quatorze à seize ans, elle ne pourra déoasser douze heures.
— 49 —
Aucun travail de nuit ne peut être im|X)sé aux ap- prentis âgés de moins de seize ans.
Est considéré comme travail de nuit tout travail fait entre neuf heures du soir et cinq heures du matin.
Les dimanches et jours de fêtes reconnues ou légales, les apprentis, dans aucun cas, ne peuvent être tenus, vis- à-vis de leur maître, à aucun travail de leur profession.
Dans le cas où l'apprenti serait obligé, par suite des conventions ou conformément à l'usage, de ranger l'ateUer aux jours ci-dessus marqués, ce travail ne pourra se pro- longer au delà de dix heures du matin.
Il ne pourra être dérogé aux dispositions contenues dans les trois premiers paragraphes du présent article que par un arrêté rendu par le préfet, sur l'avis du maire.
Art. 10. — Si l'apprenti âgé de moins de seize ans ne sait pas lire, écrire et compter, ou s'il n'a pas encore ter- miné sa première éducation religieuse, le maître est tenu de lui laisser prendre, sur la journée de travail, le temps et la liberté nécessaires pour son instruction.
Néanmoins, ce temps ne pourra pas excéder deux heures par jour.
Art. — 11. L'apprenti doit à son maître fidéhté, obéissance et respect ; il doit l'aider, par son travail, dans la mesure de son aptitude et de ses forces.
Il est tenu de remplacer, à la fin de l'apprentissage, le temps qu'il n'a pu employer par suite de maladie ou d'al)- sence ayant duré plus de quinze jours.
Art. 12. — Le maître doit enseigner à l'apprenti, pro- gressivement et complètement, l'ai't, le métier ou la profes- sion spéciale qui fait l'objet du contrat.
Il lui délivrera, à la fin de l'apprentissage, un congé d'acquit, ou certificat constatant l'exécution du contrat.
- 20 — Art. J3. — Tout fahricaïit, chef d'atelier ou ouvriei*, convaincu d'avoir détourné un apprenti de chez son maître, pour l'employer en qualité d'ouvrier, pourra être passible di tout ou partie de l'indemnité à prononcer au profit du maître abandonné.
SECTION IV.
DE LA RÉSOLUTION DU CONTRAT.
Art. 14. — Les deux premiers mois de l'apprentissage sont considérés comme un temps d'essai pendant lequel le con- trat peut être annulé par la seule volonté de l'une des par- ties. Dans ce cas, aucune indemnité ne sera allouée à l'une ou à l'autre partie, à moins de conventions expresses.
Art. 15. — Le contrat d'apprentissage sera résolu de plein droit :
1° Par la mort du maître ou de l'apprenti ;
2° Si l'apprenti ou le maître est appelé au service mili- taire ;
3" Si le maître ou l'apprenti vient à être frappé d'une des condamnations prévues en l'article 6 de la présente loi;
4° Pour les filles mineures, dans le cas de décès de l'é- pouse du maître, ou de toute autre femme de la famille qui dirigeait la maison à l'époque du contrat.
Art. 16. — Le contrat peut être résolu sur la demande des parties ou de l'une d'elles :
1° Dans le cas où l'une des parties manquerait aux sti- pulations du contrat;
2" Pour cause d'mfraction grave ou habituelle aux pres- criptions de la présente loi ;
3° Dans le cas d'inconduite habituelle de la part de l'apprenti ;
— 21 —
4" Si le maître transporte sa résidence dans une autre commune que celle qu'il habitait lors de la convention.
Néanmoins, la demande en résolution de contrat fondée sur ce motif ne sera rccevable que pendant trois mois, à compter du jour où le maître aura changé de résidence.
5^ Si le maître ou l'apprenti encourait une condamna- tion emportant un emprisonnement de plus d'un mois ;
6" Dans le cas où l'apprenti viendrait à contracter ma- riage.
Art. 17. — Si le temps convenu pour la durée de l'appren- tissage dépasse le maximum de la durée consacrée par les usages locaux, ce temps peut être réduit ou le contrat résolu.
TITRE II.
DE LA COMPÉTENCE.
Art. 18. — Toute demande à fin d'exécution ou de ré- solution de contrat sera jugée par le conseil des pru- d'hommes dont le maître est justiciable et, à défaut, par le juge de paix du canton.
Les réclamations qui pourraient être dirigées contre les tiers, en vertu de l'article J3 de la présente loi, seront portées devant le conseil des prud'hommes ou devant le juge de paix du lieu de leur domicile.
Art. 19. — Dans les divers cas de résolution prévus en la section iv du titre I*''', les indemnités ou les restitu- tions qui pourraient être dues à l'une ou à l'autre des parties seront, à défaut de stipulations expresses, régiéeg par le conseil des prud'hommes ou par le juge de paix, dans les cantons qui ne ressortissent point à la juridiction d'un conseil de prud'hommes.
— -2'^ —
Art. 20 — Toute contravention aux articles 4, o, 6, 7, 8, 9, 10 de la présente loi sera poursuivie devant le tri- bunal de police et punie d'une amende de cinq à quinze francs.
Pour les contraventions aux articles 4, 5, 9 et 10, le tribunal de police pourra, dans le cas de récidive, pro- noncer, outre l'amende, un emprisonnement d'un à cinq jours.
En cas de récidive, la contravention à l'article 6 sera poursuivie devant les tribunaux correctionnels, et punie d'un emprisonnement de quinze jours à trois mois, sans préjudice d'une amende, qui pourra s'élever de cinquante francs à trois cents francs.
Art. 21. — Les dispositions de l'article 463 du Code pénal sont applicables aux faits prévus par la présente loi.
Art. 22. — Sont abrogés les articles 9, 10 et \\ de la et du 22 germinal an XI.
Délibéré en séance publique, à Paris, les 22 janvier, 3 et 22 février 1851.
Par une conséquence imprévue, cette loi bienfaisante sur l'apprentissage est venue ajouter encore aux difficultés d'exé- cution de la loi de 1841 . Les deux actes ne se correspondent pas, ce qui crée des situations très-différentes pour des enfants méritant évidemment la même protection. Ces singularités ont été signalées dernièrement dans un travail dont nous devons citer ici un court extrait :
« La loi sur l'apprentissage n'a pas fixé un minimum d'âge. 11 en résulte qu'un fabricant pourrait prétendre qu'il a le droit d'occuper des enfants au-dessous de huit ans, malgré la loi de 1841, à la con- dition de passer contrat avec les ayants droit, et de donner aux en- fants de son atelier le titre d'apprentis. — Un enfant libre de moins de douze ans ne peut travailler plus de huit heures par jour, tandis qu'un apprenti du même âge {moins de quatorze ans, dit la loi) peut être employé dix heures. D'un autre côté, un apprenti de moins de seize ans ne peut être employé la nuit, tandis que le travail de nuit est permis pour les enfants Ubres do treize ans accomplis. — Un
— ;*3 —
entant libre ne peut »'tre employé le dimanche ; un apprenti, si la convention est au contrat, ou si c'est l'habitude de la localité, pent r-tre retenu à l'atelier pour nettoyage pendant cinq heures, c'est-à-dire jusqu'à dix heures du matin. (Le travail de jour peut commencer à cinq heures.) — Si l'apprenti de moins de douze ans n'a pas terminé sa première éducation reUgieuse, s'il ne sait pas lire, écrire, compter, le maître est tenu de lui laisser au minimum deux heures par jour pour acquérir l'instruction rehgieuse et élémentaire. L'enfant libre est- également tenu, s'il n'a pas douze ans, de suivre une école; dans ce cas particulier, la situation est la même; mais quand les deux enfants savent lire, écrire et compter, l'apprenti est dispensé d'aller à l'école, l'enfant libre au contraire est tenu d'y aller. L'enfanl libre au-dessus de douze ans et l'apprenti de cjuatorze ans qui n'ont pas reçu l'ins- truction religieuse et élémentaire sont tenus de suivre l'école; mais pour celui-ci deux heures sont prélevées sur le travail, tandis que l'enfant libre peut être tenu de prendre le moment de s'instruire sur le temps qui lui reste pour son repos (1). »
Ces discordances entre d€QX lois qui devraient être parallèles attestent une fois de plus la nécessité d'un règlement d'admi- nistration publique.
La demande de réforme présentée en 1830 pai* le Conseil géné- ral des manufactures n'avait pu produire pleinement son effet, mais la question était toujours l'objet des préoccupations de l'ad- ministration ; nous en trouvons la preuve dans la circulari'e sui- vante, adressée le 2o septembre 1854 aux préfets par le ministre de Tintérieur :
« Monsieur le préfet, vous savez avec queliatérêt le gouvernement » de l'Empereur a suivi l'exécution de la loi qui protège le travail » de la jeune population des manufactures, usines et ateliers. Il s'est » efforcé d'élargir chaque jour le cercle des améliorations accomplies » et d'en obtenir de nouvelles. Des instructions générales et parti- culières ont été transmises aux préfectures, afin de les mettre à » même de guider, dans une même voie et d'après les mêmes inapi- » rations, l'action des inspecteurs. Comme il importe que les autorités i> locales et les hommes honorables qui portent leur concours à la » surveillance puissent se rendre compte de l'ensemble de leur êe- » voir, j'ai cru utile de grouper en un feisceau les instrucfioire sa^ » térieures en les rattachant aux diverses prescriptions de la loi. »
Et le im*^nistre donnait pour Fâge d'admission des enfants, pour la éurée du traîvaiJ, pour Vc^fiervatiott du repos du diman-
1) Secoml rapport de l'inspecteur du travail des enfants dans les maniifae- Se: ne 1I866).
— 24 —
elle, pour l'instruction, pour les divers moyens d'exécution de la loi, d'excellentes directions. Malgré ce concours de bonnes vo- lontés, les départements manufacturiers continuèrent à se plaindre de l'exécution inégale de la loi et de l'absence des règlements. Ces plaintes se trouvent formulées surtout dans les vœux de plusieurs conseils généraux, qui reviennent avec une périodicité infatigable sur ce sujet. — Voici la liste, année par année, des départements qui de i«o2 à 1864 ont formulé des vœux :
J852. L'Eure, la Seine-Jnférieure.
1853. L'Eure, le Nord, l'Orne, la Seine-Inférieure.
18o4. Le Pas-de-Calais.
\H^6. Le Pas-de-Calais, la Somme.
1857. Le Nord, le Pas-de-Calais, la Somme.
1858. L'Ardèclie, l'Aube, le Calvados, le Pas-de-Calais.
1859. Le Calvados, le Nord, le Pas-de-Calais, le Haut-Rhin.
1860. L'Ardèclie, le Nord, le Pas-de-Calais, le Haut-Rhin.
1861. Le Nord, le Pas-de-Calais, le Haut-Rhin, la Seine (1), la Somme.
1862. Le Pas-de-Calais, le Haut-Rhin, la Seine.
1863. Le Nord, l'Oise, le Pas-de-Calais, le Haut-Rhin, la Seine, les Vosges.
1864. Les Ardennes, le Nord, l'Oise, le Haut-Rhin, la Seine, la Somme, le Tarn, les Vosges.
On peut remarquer que le nombre des départements qui élèvent la voix va en croissant. Cette progression montre que peu à peu tous les yeux s'ouvrent pour reconnaître la nécessité de porter un remède vigoureux à des abus qui, pour avon* été
(1) Ce dernier vœu est ainsi conçu : « La loi du 22 mars 1841, qui a réglé les conditions du travail des enfants, n'a pas reçu jusqu'ici une suffisante exécution, si ce n'est dans quelques communes où les autorités municipales s'en étaient préoccupées dans un louable sentiment de justice et de bienveil- lance. Mais l'administration supérieure a fini par s'émouvoir en voyant se pro- longer cet état de choses ; des études ont été faites, et des commissions d'inspection spécialement chargées de cet important service doivent être créées très-prochainement. Il y a donc lieu d'espérer qu'il sera bientôt porté remède au mal existant et que le crédit porté au budget départemental recevra une utile destination. La commission départementale émet le vœu que les bien- veillantes intentions de M.- le Ministre de l'agriculture et du commerce, en ce qui concerne l'inspection du travail des enfants, soient suivies d'une très- prompte exécution. »
adoucis, ne sont pas moins encore extrêmement graves. Une prouve de la gravité de ces abus se trouve dans les Mémoires des Instituteurs, rédigés en 1861 d'après des observations pré- cises faites sur tous les points de la France. Ces mémoires, entre autres documents, renferment les renseignements les plus pré- cieux sur l'inexécution de la loi de 1841 . Voici quelques-uns de ces témoignages, éloquents par leur monotonie même, et dont l'ensemble forme une espèce d'enquête spontanée sur la situation des enfants.
Somme. — Par avarice, on met l'enfant au rouet à huit ans, au mé- Méniofr'-*d^' tier à dix. — Nous connaissons des pères de famille qui, pour le plus lastiiuteurs." mince salaire qu'ils en retirent, attachent leurs enfants à un métier ^^^^•
dès l'âge de neuf ans et les forcent à travailler plus de douze heures par jour, soit en fabrique, soit à la maison. — De malheureux enfants, dès l'âge le plus tendre, sont avidement exploités par leurs parents.
Nord. — On les met en fabrique à huit ou neuf ans. — Il faut être placé comme nous près du foyer du mal pour juger de ses irrémédiables effets; à dix ans, quelquefois même à neuf ou à huit, de tout chétifs enfants nous sont enlevés pour aller se perdre corps et âme dans la poussière et le désordre des fabriques moyennant quelques sous par jour! — De petits enfants sont livrés à des travaux au-dessus de leurs forces. — Combien de jeunes gens étiolés, malades de corps et d'âme, pour avoir pris le métier trop tôt ! — Les enfants sont exploités, mis en fabrique à huit ou neuf ans; ils s'étiolent dans un air corrompu ; leur corps et leur âme sont viciés. — Nous appelons de tous nos vœux la répression du travail des enfants, qui fait encore à cette heure tant d'innocents martyrs. Un grand nombre de fabriques emploient encore, souvent à des tâches pénibles ou insa- lubres, de petits malheureux qui n'ont pas dix ans. J'ai vu quinze petits garçons employés à une machine à dévider. Ils étaient assis sur des tabourets tres-élevés pour les empêcher de descendre et tenir leur attention plus éveillée. Chacun avait devant soi trois à quatre bobines et en aspirait sans relâche les Hocons. L'un d'eux, un peu moins jeune, tournait la roue, et on voyait son pauvre corps se dévier et la sueur perler sur son visage à l'expression assombrie. Ces exemples sont nombreux. — Les ivrognes, les libertins, les paresseux envoient leurs enfants aux fabriques pour travailler moins eux-mêmes et boire da- vantage; les enfants sont livrés trop jeunes à l'industrie; si l'on n'y met ordre, on verra dépérir les robustes générations françaises. — Il est désolant de voir les enfants entrer dans ces usines meurtrières à un âge où la fatigue les a bientôt rendus impropres à toute autre occupation et même au service militaire.
Ardes.nes. — Les parents sont habitués de longue main à exemp- ter l'avenir de leurs enfants au détriment de leur santé, de leur instruction et même de leur moralité. Le travail des enfants dans
— 20 —
ies ateliers les pervertit de bonne heure. — Certains parents, véri- tables bourreaux de leurs enfants, les occupent à des travaux au- dessus de leur âge, et ce sont souvent les plus aisés qui agissent de cette façon. — 11 y a de pauvres petits êtres que des parents peu hu- mains enlèvent à dix ans des écoles et font travailler du matin au soir pour quelques francs par mois.
Aisne. — Le travail des enfants dans les ateliers est déplorable. 11 y a dans les villages des sucreries où de pauvres petits êtres de sept à huit ans, occupés pendant de longs jours à un travail abrutis- sant, s'étiolent dans un air lourd et sont exposés à la corruption la plus dépravée. — Le travail des enfants dans les ateliers est un grand mal, une source de démoralisation. — Quoi de plus affligeant que de voir tant de petits infortunés abandonner l'école pour aller peupler les ateliers et les fabriques, oii ils ne tardent pas à se dégrader l'âme et le corps?
Oise. — Dès six à sept ans on envoie les enfants aux usines.
Seiise-et-'Oise. — On impose aux enfants des travaux prématurés nuisibles.
Orne, — 11 y a dans ma commune une verrerie où on emploie les enfants à un travail au-dessus de leurs forces.
Calvados, — Dans beaucoup de localités la loi sur le travail des enfants est à l'état de lettre morte ; je ne puis m'expliquer l'avidité des parents et des patrons qui exigent d'un enfant de moins de douze ans un travail effectif de douze heures.
Eure. — Par cupidité, on envoie les enfants en fabrique à huit et neuf ans.
Charenïe-Iwférieire. — La cupidité des parents fait souvent qu'ils iistreignent leurs etrfanls h un travail au-dessus de kur âge, ce qui em fait des êtres étiolés et souffrants toute leur vie.
Basses-Pyrénées. — Les parents emploient trop jeunes leurs en- fants à des travaux funestes pour leur santé.
Ain. — On soumet les enfants à un travail prématuré, nuisible à leur développement physique.
Aube. — Certains pères de famille, malheureusement trop nom- breux, exploitent le travail prématuré de leurs enfants pour se li\ rer à la paresse et à l'ivrognerie. Dans nos villes et dans iios campa- gnes, on rencontre des enfants de dix à douze ans n'ayant de la vie que le souffle et tout contrefaits à la suite d'un travail trop pénible.
Hauïe-Saone. — Dans nos contrées, où l'industrie métallurgique occupe beaucoup de bras, les parents, flattés par l'appât du gain, re- tirent leurs enfants de l'école pour les envoyer aux extractions de mi- nerai. Ce travail et le contact des ouvriers des deux sexes sont pour leurs enfants une cause de démoralisation effrayante. J'ai vu de mes yeux des exemples bien funestes de cette dépravation précoce et qu'on se refuserait peut-être à croire si je les retraçais ici.
Bas- Rhin. — Les enfants sont souvent exploités par des parents .rognes et débauchés qui les obligent, tout petits, pour un salaire m- finie et dérisoire, à faire de la broderie, de la dentelle, des chaussons, des filets. Il v a des communes, surtout sur la lisière des ^osges, où ils font transformer l'école en atelier. Les parents n'y envoient les enfants qu'à la condition expresse qu'on ne leur apprendra ni à lire ni à écrire.
Moselle. — Les parents soumettent souvent les enfants à des tra- vaux qui dépassent leurs forces. — Dans les pays industriels, un père ivrogne, paresseux, orateur de cabaret, exploite ses enfants et les oblige à se livrer à un travail au-dessus de leurs forces pour subvenir à ses dissipations.
En mai 1864, le mal lut encore dénoncé sous une autre forme : une pétition fut adressée au Sénat par M. l'abbé Aubaine, comme jadis on en avait adressé à la Chambre des députés. — A cette occasion M. Dumas, rapixnteur, s'exprima ainsi :
<( La loi de 1841 aurait besoin, pour recevoir sa sincère exé- cution, qu'une surveillance sérieuse tut ort^anisée. Il ne s'agit pas de porter à l'industrie honnête un dommage ou de l'em- bairasser par des tracasseries. Non, mais il peut être opportun de donner satisfaction aux intérêts de l'humanité, d'assnrer l'obéissance à la- loi, et aussi de protéger les industriels qui la respectent contre la concurrence à outrance de ceux qui ne la respectent pas. Pour cela, des inspections locales ne suffisent pas; l'expérience l'a prouvé. Les conseils généraux le constatent chaque année. Plusieurs d'entre eux ont réclamé un concours plus énergique de l'État, Il existait autrefois, et avec bien moins de motifs qu'aujourd'liui, une inspection générale des arts et manufactures. Pourquoi ne pas la rétablir?... Trois ou quatre fonctionnaires de cet ordre parcourant la France imprimeraient à la surveillance locale une activité qui lui manque. Leurs rap- ports feraient connaître la situation. Ils éclaireraient le pays- sur le peu de réalité dos exagérations où se complaisent les auteurs de ces œuvres d'imagination destinées à irriter les souf- frances des classes laborieuses bien plus qu'à en montrer le re- mède; mais aussi ils signaleraient à l'autorité les infractions acidentelles ou permanentes à la loi de 1841, au sujet des- quelles des mesures pourraient être nécessaires à provoquer. — Après avoir rendu le plus éclatant témoignage à l'esprit de
justice, d'humanité, de protection et de bienveillance qui anime l'immense majorité de nos manufacturiers envers les enfants de la population ouvrière qu'ils emploient, il suffit toutefois qu'il y ait des exceptions, que des doutes aient été conçus et énoncés, pour que nous exprimions le vœu que l'inspection générale des manufactures que la France possédait autrefois, et que l'Angle- terre lui a empruntée, soit rétablie : nous ne ferons que re- prendre notre bien... »
M. le baron Dupin, prenant la parole après M. Dumas, s'asso- cia pleinement à ses vœux, et ajouta que l'inspection établie en Angleterre « n'a pas seulement rendu service à la santé, à l'instruction des enfants, mais a été pour l'industrie anglaise une très-grande lumière, et a fourni au gouvernement les ren- seignements les plus précieux... A l'aide de ces documents, on connaît le nombre total et l'importance des manufactures, la valeur des moteurs évaluée en chevaux, dans les filatures le nombre de broches, et enfin le nombre d'hommes, de fem- mes, d'enfants qui y est employé... »
Quelques mois plus tard, lorsque le conseil général de la Seine, présidé par M. Dumas, se réunit, il ne se borna pas à un simple vœu, comme les années précédentes : il agit, c Con- » sidérant que, jusqu'à la promulgation du règlement d'adrainis- » tration publique prévu par la loi, il est du devoir du dépar- » tement d'assurer une vérification temporaire de la situation » du travail des enfants dans les manufactures... » il porta à son budget le traitement d'un inspecteur et d'un inspecteur-adjoint.
A la fin de l'année 186S, l'inspecteur déposa un premier rapport qui fut imprimé, accueilli avec sympathie par la presse, et sur lequel M. Michel Chevalier appela vivement l'attention dans le Journal des Débats, en faisant ressortir l'excellence de la mesure prise par le Conseil général de la Seine. Ce n'était qu'un complément provisoire donné à la loi de 1841, mais les heureux effets amenés dans le département par cette pre- mière année d'inspection sérieuse permettaient de penser que l'administration ne s'en tiendrait pas là, et que le problème allait être abordé résolument. Le rapport établissait que les contraventions à la loi étaient nombreuses, mais en même temps il signalait comme un désir général et comme un mou- vement spontané parmi les facricants et les ouvriers, pour
— 29 —
sorlir de l'ancienne ornière (1). Il constatait que chaque jour un plus grand nombre de chefs d'industrie sentent la nécessité de prendre à cœur le bien-être et le développement moral des enfants qu'ils emploient. Déjà existent des établissements qui, à ce point de vue, sont vraiment admirables. De leur côté, la plupart des enfants montrent pour l'instruction une avidité touchante, et « c'est là, disait M. Michel Chevalier, un des » phénomènes contemporains dont il y a • le plus lieu de se » féliciter ; c'est un des faits par lesquels se prépare un avenir » dont la perspective consolante doit nous faire prendre en » patience bien des misères. »
Parmi les causes qui ont amené ce progrès dans les esprits, le rapporteur signalait l'action utile des sociétés de bienfaisance qui suppléaient depuis longtemps, autant qu'il était en elles, au peu de régularité de l'inspection. L'initiative individuelle a, en effet, souvent rendu moins fâcheuses les lacunes de la législa- tion. Dès 1847, il avait été reconnu quel secours puissant le gouvernement pouvait trouver dans les sociétés de bienfaisance qui voudraient bien l'aider (2) ; les sociétés avaient prouvé que cette confiance n'était pas déméritée en augmentant chaque jour le cercle de leurs bienfaits. Il n'était pas d'année où quelque nouveau groupe d'hommes charitables ne s'ingéniât à remédier à quelque souffrance restée encore sans palliatif ; au- jourd'hui le nombre de ces associations, consacrées à l'enfance ouvrière, est extrêmement considérable ; elles affectent les formes les plus variées, et cette diversité même est avantageuse, car de cette façon elles ont plus de chance pour ne laisser échapper aucune des nuances si variées du malheur ou de la souffrance. Ces associations, souvent bien modestes, n'ont pas la généralité d'action réservée aux institutions qui partent ensemble d'un centre, et vont jusqu'aux extrémités; elles sont plus locales, plus restreintes, mais elles n'en seront pas moins toujours un puissant appui pour l'inspection officielle.
Malgré les résultats obtenus par ces sociétés, personne ne sait mieux que les hommes dévoués qui les dirigent combien
(1; Les Conseils généraux qui émirent des vœux en 1865 sont les suivants : l'Àrdèche, les Ardennes, le Loir-et-Cher, la Marne, le Xord, l'Oise, le Pas- de-Calais, le Haut-Rhin, la Seine, la Somme, les Vosges.
2) ^'oir plus haut le projet de loi.
— 30 —
leurs efforts sont insuffisants. Ce sont eux suilout qui demandent que de tous côtés on leur apporte secours et appui, car ils sont souvent tout près de succomber sous leur tâche. L'opinion pu- blique continue cependant à montrer combien elle est favorable à leur développement. Cette année comme les précédentes, les - conseils généraux ont émis des vœux, et le Sénat a reçu une nouvelle pétition, qu'il a également prise en considération, sur les conclusions de J\I. Lebrun (1). Le Conseil général de la Seine, convaincu des résultats excellents obtenus par l'inspection qui fonctionne depuis deux ans, a mis à La disposition de M. le préfet de police les fonds nécessaires pour la création d'un nou- vel emploi d'inspecteur-adjoint. La Seine-Inférieure, le Nord, le Pas-de-Calais, l'Oise, ont voté des allocations pour l'inspection.; ces départements, en adoptant cette mesure comme urgente, ont fait justement remarquer qu'elle leur apporterait un préjudice s'ils n'étaient pas imités, et, en conséquen(;e, ils demandent que l'administration centrale avise à rendre cette inspection générale et uniforme pour toute la France.
L'inspecteur du département de la Seine, en déposant son se- cond rapport, a signalé à notre attention l'enquête anglaise si remarquable qui vient de se terminer et dont les conclusions demandent instamment l'extension de la loi en vigueur. Au- jourd'hui comme il y a vingt-cinq ans, l'Angleterre nous donne un exemple qui ne peut pas être perdu. Nous ne devons pas être moins attentifs à veiller sur le sort de nos populations ouvrières. La constance du mouvement en faveur des enfants autorise désormais le gouvernement à agir sans crainte ; ses règlements, quand ils paraîtront, seront accueillis avec une re- connaissance unanime. iVous ne sommes plus au temps où l'on prétendait que l'industrie nationale ne peut lutter contre la con- currence qu'en imposant aux ouvriers un travail accablant ; on ne compare plus les luttes de l'industrie aux luttes de la guerre qui interdisent la pitié ; des idées plus saines se sont répandues, et les considérations d'humanité, placées maintenant au premier rang, ont conquis et garderont le rang qui leur appartient. On ne veut plus, pour que le pays soit plus riche en produc- tion, l'appauvrir en santé et en force morale. Dans le concours iK)uveau des j)euples, pour emporter le prix, il faut pouvoir
[i] Voir le Moniteur du 13 juillet 1666.
— 31 —
montrer avec la même lierté l'ouvrier à côté de l'œuvre; le plus beau chef-d'œuvre industriel perd, à des yeux ouverts aux lumières de la bienfaisance, presque toute sa valeur s'il a été payé par l'amoindrissement de ce qui dans chaque nation doit être le chef-d'œuvre suprême : l'homme. Telle est aujour- d'hui la conviction de tous. Il faut profiter de cet heureux progrès des mœurs pour faire enfin disparaître partout les misères morales et physiques de l'enfance ouvrière, qui est la réserve et l'espoir de notre avenir. La Société de proleciion des Apprentis et des Enfants des manufactures est née de ce désir généreux.
Le Secrétaire du Comité du Bulletin,
DELEilOT.
— 32 —
SÉANCE PRÉPARATOIRE
Le 22 septembre 1866, à 2 heures et demie, une séance pré- paratoire de la Société de protection des Apprentis et des Enfants des manufactures a été tenue h la mairie du I^"" arrondisse- ment (salle des mariages), sous la présidence de M. le sénateur Dumas, membre de l'Institut, président du Conseil général de la Seine, assisté de M. le docteur Tessereau, maire-adjoint, et de M. Barreswil, remplissant les fonctions de secrétaire.
M. le président a exposé sommairement le but de la Société, et il a donné lecture du projet de statuts. Après délibération, ce projet a été adopté comme base provisoire. Il a été décidé qu'une commission ultérieurement nommée préparerait les sta- tuts définitifs.
L'assemblée a donné mission à M. le président de composer le bureau, d'arrêter avec lui la rédaction des statuts provisoires, et de constituer les différentes commissions avec son concours, de la manière la plus conforme aux intérêts de la Société. Quel- ques noms proposés à la réunion par M. le président, et acceptés par elle, ont été recueillis par le secrétaire. L'administration et la direction provisoires de la Société ainsi instituées fonction- neront jusqu'aux élections générales.
M. le président a été prié de vouloir bien faire auprès de l'autorité les démarches nécessaires pour donner à la Société une existence légale ; il a été invité par le vœu unanime de la réunion à offrir, au nom de la Société, à S. Exe. M. le Ministre DE l'agriculture, DU COMMERCE ET DES TRAVAUX PUBLICS, la pré- sidence d'honneur.
La séance a été levée à 3 heures et demie.
— 33 —
STATUTS PROVISOIRES
( NOUVELLE RÉDACTION - '
Art. l^"". — La Société a pour but d'améliorer la condition des ap- prentis et des enfants employés dans les manufactures, par tous les moyens qui, respectant la liberté de l'industriel et l'autorité du père de famille, agiront en conformité de la pensée des lois sur l'apprentissage et sur le travail des enfants dans les manufactures.
Art. 2. — Le siège de la Société est établi à Paris.
Art. 3. — Le nombre des Sociétaires est illimité; la cotisaliun e;>t fixée à la somme annuelle de dix francs, qui peut être remplacée par un versement imique de cent francs.
Art. 4 — La présidence d'honneur appartient à S. Exe. le Mi- nistre de Tagriculture, du commerce et des travaux publics.
Quatre vice-présidents d'honneur sont nommés par la Société.
Un Conseil d'honneur, également nommé par la Société, est composé de fonctionnaires dont la sympathie lui est acquise, mais que leur posi- tion officielle tient au dehors de son administration ; de légistes, de médecins et d'officiers ministériels; de fondateurs oa de représentants d'oeuvres créées en faveur des enfants employés dans l'industrie.
Art. o. — Le bureau est composé d'un président, de quatre vice- présidents, d'un secrétaire général, d'un secrétaire et d'un tré&Drier.
11 est formé trois Comités et neuf Commissions spéciales de huit membres. Les Comités sont : le Comité des Dépenses, le Comité des Recettes, le Comité da Bulletin. Les neuf Commissions spéciales repré- sentent, par groupes, les diverses industries qui emploient des enfants.
Art. 6. — Tous les ans, dans sa première séance, la Société, con- Toquée à cet effet, procède à la désignation des membres de son bureau et à celle des membres de ses Comités et Commissions, par quart.
Les membres sortants des Comités et Commissions sont désignés par le sort; ils sont rééligibles.
Art. 7. — Le Conseil d'administratioii se compose da Imreâu, des présidents et ^ice-présidents des Comités et Commissions, formant un total de trente-deux membres. En cas de partage, la voix du président est prépondérante.
Art. s. — Cinq censeurs sont élus par la Société. Ils contrôlent les actes du ConseQ, au point de vue de l'observation des statuts. Nommés pour un an , ils sont rééligibles.
Art. 9. — Les ressources de la Société comprennent lia somme des cotisations annuelles, les intérêts des cotisations perpétuelles et
3
— 34 —
des dons ou legs que la Société pourra recevoir, quand elle sera reconnue comme établissement d'utilité publique.
Art. 10. —L'emploi des fonds est déterminé, chaque année, par le Conseil ; il est contrôlé par les censeurs et soumis à l'approbation de la Société.
Art. 11. — Les fonds disponibles sont appliqués :
1° A la publication d'un Bulletin destiné à faire connaître tous les faits relatifs à la condition du travail des enfants employés dans l'in- dustrie en France ou à l'étranger;
2" A aider, à encourager ou à signaler par des récompenses tous ceux qui auront directement assisté, moralisé ou instruit les enfants employés dans la petite industrie et dans la grande, ainsi que tous ceux qui auront coopéré au même résultat par une invention , une ptiblleation, l'institution de coi>cours entï^ apprentis, ou des fondations spéciales.
Art. 12. — L'action de la Société s'exerce plus particulièrement sur le département de la Seine, qu'elle a choisi comme siège de ses pre- mières opérations; mais elle s'étendra toutefois sur ceux des départe- ments 011 il se sera formé, avec son concours , des Comités locaux constitués par ses membres et animés de son esprit.
Les propositions de ces Comités seront discutées par les commis- sions spéciales au moment de la répartition des crédits, encouragements ou récompenses, concurremment avec celles qui intéressent le dépar- tement de la Seine.
SÉANCE D'INAUGDRATION.
La première séance aura lieu dans le courant de février. MM. les Membres de la Société seront convoqués par lettres spéciales.
Ordre du jour.
Exposé de M. le Président. Compte rendu par M. le Secrétaire général. Correspondance par M. le Secrétaire.
Lecture d'une étude sur les pensions d'apprentis, par M. le Secré- taire du Comité du Bulletin.
S'adresser, pour tous renseignements, par lettres affranchies, à 31. Barreswil, Secrétaire provisoire, 16, rue Saint-Florentin.
— 33 —
CONSEIL DE LA SOCIÉTÉ.
1867.
Président d'honneur. S. Exe. îi. îe Ministre de l'agricultare, du commerce et des travaux publics.
Président M. Damas , sénateur, membre de l'Institut ,
président du Conseil général de la Seine, président de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale. Vicff-pré^dettlS' MM. tfe Sovrenllle, conseiller d'État, ^cr^afîre crhomieur. général du ministère de l'agriculture, etc.
lïollfas (Jean), de Mulhouse. l'îetrl, préfet de police. SclineîtSer , vice-présideni du Corps légis- latif. Vice-présidents. . . MM. Bertbier, président, sortant, du Tribunal de commerce. Hlgneret, conseiller d'État, ancien préfet du
Bas-Rhin. Robert (Ch.), conseiller d'État, secrétaire gé- néral du ministère de l'instruction publique. Rolland, directeur général des manufactures de l'État. Secrétaire général. M. ie «lue «le Moucby, prince de Poix, menîbrc de la Commission impériale pour l'Exposition universelle.
Secrétaire M. Barreswil, inspecteur du travail des enfants
pour le département de la Seine.
Trésorier M. Prieur de la Comljle, banquier, maire
du I'^'' arrondissement. Censeurs MM. Arlès-Dufour, membre du conseil supé- rieur pour l'Exposition universelle. Clievaller (Micliel), sénateur, membre de
l'Institut. Dupin (baron Charles), sénateur, membre
de l'Institut. Duvergier, président de section au conseil
d'Etat. Marie, ancien bâtonnier, président, sortant, de la Société élémentaire.
36 —
COMITES.
Président M.
Vice-Président. M.
Secrétaire M.
MM.
Président
M.
Viee- Président. M
Secrétaire M.
MM.
Président . . . Vice-Président.
Secrétaire
COMITE DU BULLETIN.
Banslrillas-t, membre de l'Institut. Slarg^uerin, directeur de l'école Turgot, membre
du jury de l'Exposition universelle. Délerot , attaché à la bibliothèque de l'Arsenal. Ernest Cadet, docteur en droit, rédacteur au
ministère de l'instruction publique. Forqueray, ingénieur civil. Gnillaame Ciuizot, professeur suppléant au
Collège de France. Ijavollée (Ch.), administrateur de la Société
des Omnibus, memb. du jury del'Expos. univers. Pompée, directeur de l'école profess. d'Ivry,
membre du jury, etc.
COMITÉ DES RECETTES.
Alpband, directeur , général des plantations et promenades.
Batîde, admin. des diemins de l'Est.
Bérard, professeur à l'école Turgot.
CieofTroy iSaf us-S2SSaire, directeur du jardin d'acclimatation.
Laurent de Rillé, prés, honor. de l'Orphéon.
l.emoine-MontHgny, directeur du Gymnase.
Mnrg;uerit«e, admin ist. de la Compagnie pari- sienne du gaz.
Pasdeloup, inspecteur du chant dans les écoles et Orphéons de Paris.
COMITÉ DES DÉPENSES. Marbeau, président de la Société des Crèches.
MM.
ancien juj
au tribunal de la maison de
lieroy-Dafour
commerce.
Foucbet (jeune), employé de banque Offroy Fouchet (aîné).
Bouilliet, ingénieur civil, l'un des directeurs de la maison d'orfèvrerie Christofle.
Cliedleu, inspecteur adjoint du travail des en- fants pour le département de la Seine.
Cirellou, négociant, membre du jury pour l'Ex- position universelle.
Ccuibert, propriétaire.
Maurice, inspecteur-adjoint du travail des en- fants pour le département de la Seine.
3- -
COMMISSIONS.
MI.NES. AGRICULTURE, INDUSTRIES AGRICOLES.
Président M . Cliagot, dépu té.. Houillères .
Vice-Président. M. Tliéoard{ baron'», f/e^/n5^ Viticulture.
Secrétaire M. Riclié Industrie de la soie.
MW. C»llon Mines.
Cerfbeer Cultures indust .
Disr<>aa Industrie sucrière.
ILcpJay Trav. de la ferme.
Vilmorin Horticulture.
IMPRIMERIE , APPLICATIONS DHERSES DU P.\PIER.
Président M . Delalaln Typographie .
Vice-présiden t. M . Ha var d Papeterie .
Secrétaire M. Cîsariion (Charles)» Taille-douce.
MM . Almln Cartonnage.
Crillôa Pap. peint mécan.
liemercler Lithographie.
Xewell Papiers fantaisie .
Turquetil Pap . peint à la table.
BIJOUTERIE , HORLOGERIE , MENUS OBJETS EN MÉTAUX.
Président ..... M . Roa vénal Bijouterie .
Vice-président. M. Dietz-Uonin Horlogerie.
Secrétaire M . Veyral fi's Orfèvrerie .
MM. Christofle Dorure, argenture,
Hérlcé Doublé d'or.
llontandon Pendulerie.
Moncbicoars Plumes métalliques.
^Veill Boutons.
INDUSTRIES DE LA FILATURE, DU T'SSAGE ET DE l'iMPRESSION.
Président M. Roy Tissus de coton.
Vice-Président . M. liarsonnier Tissus de laine.
Secrétaire M. Balzan fils Laine cardée, draps.
MM. Cartier-Bresson Coton 1 Filature
Oa% In Laine V et
Hamelin . Soie \ retordage
Kceclilln (Jules). . . Impressions.
Varln fils Tissus de lin.
— 38 —
INDUSTRIES DES TISSUS DIVERS,
Président M. Gautssen Châles.
Vice-Président . M. i»ajou Filet crochet.
Secrétaire. ... M. »e Clermont fils (Ang). Chapellerie.
MM. Deforge» Passementerie.
I^eféBïure fils Dentelles.
lïoisset-Foyc Tapis.
TaitboniM . , Bonneterie.
ITi^roquet Rubans.
INDUSTRIES DES CONFECTIONS DIVERSES.
Président M. Carcenac Confect. lingerie.
Vice- Président . M. Dussautoy Confect. p. hommes.
Secrétaire M. Daycm fils (Julien) Chemises , cravates.
MM. Aguellel, Modes.
Wuï'elleroy Éventails.
ftriiyer Parapluies.
Martenval Fleurs.
Siat^art Chaussure .
INDUSTRIES DIVERSES DU BATIMENT.
Président M. TSiîéliault Applic. du cuivre.
Vice-Président. M. Siuller, de Mulhouse ... Briques, poteries.
Secrétaire M. Ilcrisclaer fils Fumisterie.
MM. ISricaraS Serrurerie.
«rados Couverture.
Haret Menuiserie .
jr. liavcissière Plomberie.
lieclairo Peinture.
INDUSTRIE DES AMEUBLEMENTS ET ACCESSOIRES.
Président M. Boeifemps Verrerie et cristal'*.
Vice-président . M. «uicliartl Dessin industriel.
Secrétaire M . L-acarrEèrc fils Appareils à gaz .
MM . Dommartisa Faïence , porcelaine.
Fourdiiiois Meubles, tapisserie.
Ruingot (Victor) Bronzes.
^l^eber Ebénisterie fine
ITlllEamson Ameublement.
Président
Vice-président. Secrétaire
M.
M
M.
MM.
— 39 —
INDUSTRIES DI\-ERSES.
Woirr Musique.
Jacqnin Mécanique.
Ciantler (fils) Outils.
Dumoulin-Froment.. Instr. de précision.
Cianpillat Amorces,alIuniettes.
«roalt Empaquetage.
E.emaire Optique.
iichlo»;» (Simon) Maroquinerie.
La liste des Membres de la Société composant le Conseil d'honneur, celle de MM. les Donateurs et Souscripteurs perpétuels et la pre- mière liste des Comités départementaux, seront données dans le pro- chain numéro du bulletin.
LISTE ALPHABETIQUE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ
An 31 janvier i867 (1).
MM
Agnellet, manuf. d'art, de modes.
Alabarbe, négociant.
Albert, propriétaire.
Almin, cartonnier.
Alphand, ing. en ch. des p. et ch.
Arlès-Dufour, négociant.
Arnault (M. le curé de Ste-.Marg. .
Arnavon (de .Marseille).
Amavon fils.
Assoc. des maçons (B. C. C'"].
Astruc (M. le rabbin .
Aube, courtier.
Aubert, maire du 15* arrond.
Aubin Georges), planteur.
Auzoux 'le docteur), anatomiste.
Aucoc (Louis), orfèvre.
Bac, manuL de porte-plumes.
Badois, propriétaire.
Badoureau, imprimeur.
MM. Baecque (Ch. de), banquier. Baecque ^Edmond de). Balzan, manuf. de draps. Balzan fils, négociant. Balzan fils, ingénieur civil. Barallon fils, rentier. Barbedienne, manuf. de bron/e. Bardin, manuf. d'ouv. en plumes. Barre s-wil.
Barthe, agent général de houillères. Baube, c. dediv.à la Préf. de pol. Baude, adm. à la Comp. de l'Est. Baudrillard, de l'Institut. Ba3rvet ^Gustave), ingén. manuL Beau (Alexis), propriétaire. Belliommet (de Landernau), man. Bérard, chimiste. Berger (de Goetzenbrnck), man. Berger, professeur.
(l)NoT>.— La liste complète des membres qui sera arrêtée au 30 juin, comprenant les noms, qualités, domiciles, sera publiée dans le Bulletin de juillet.
40
MM. Berteaux, négociant. Berthier (madame). Berthier jeune (madame). Berthier, négociant. Bezançon, manuf. de céruse. Biesta, dir. du Comptoir d'escompte. Bihan (le), de Landernau, manuf. Binder, manuf. de carrosserie. Bing (Lévy), banquier. Bing (Alfred), exportateur, Blache (le docteur). Blanchet, manufact. de pianos. Blanzy, de Boulogne s/m., manuf. Bocca (Paul), manuf. de tissus.
Bois Victor), ingénieur.
Bonasse-Lebel, manuf. d'images.
Bontexnps, anc. manuf. verrier.
Borgnis, propriétaire.
Borie (Paul), manuf. de briques.
Boucherot, maire de Puteaux.
Boucquin, imprimeur typog.
BoTiilhet (Henri), ingénieur civil.
Bouilhet (madame Henri).
Boumard.
Boureuille (de), conseil. d'État.
Boutarel, manufact. teinturier.
Brault, maître de forges.
Bréguet, du bureau des longitudes.
Bricard, manufact. serrurier;
Brives-Jourdan, de Marseille'.
Brochon, de Mont-Levêque
Broglie (Paul de), anc. offic. demar.
Bruzon, de Tours, manufactirrier.
Brunet, s-d. de la Vieille-Montagne.
Burgun, verrier de Meysenthal.
Cadet, docteur en droit.
Gaillaux, orfèvre.
Caillaux, ingénieur civil.
Gallon, de la Soc. d'enc. p. l'ind.nai.
Callot madame). Camus, manuf .produits chimiques. Canouille, manuf. d'amorces. Carcenac, anc. négociant. Cartier-Bresson, manufacturier. Cartier-Bresson fils. Cary, négociant. Castellineau, courtier en sucres. Castor, entrepren. de trav. pub.
M.Al. Cerfbeer, agriculteur. Chagot, député. Chagot (aîné), plumassier. Chaix, imprimeur typog. Ghambon-Lacroizade, manufac. Chapat, manufact. de couleurs. Chardin (E.), manuf. de soieries. Chardin-Hadancourt, parfum. Chardon (Charles), imprimeur. Charrier e, anc. manuf. coutellerie. Chaumette, manufac. brosserie. Chedieu, avocat. Chevalier (Auguste), député. Chevalier (Michel), sénateur. Chiris, négociant en essences.
Christofle, orfèvre.
Christofle (madame Charles).
Christofle (madame Paul).
Clavier, doreur.
Claye, imprimeur typ..
Clerc fds, négociant rafHneur.
Clermont (0 thon de), négociant.
Glermont (Auguste de), fils.
Clostre, )iégociant en drogueries.
Cochin, de l'Institut.
Cogniet, manufacturier.
Cohn i Albert), propriétaire.
Colcombet, manuf. (St-Etienne).
Coste, anc. négociant.
Goster, propriétaire.
Gottreau, propriétaire.
Coulonges (de), propriétaire.
Gourcy (de), administrateur.
Courtois, manuf. de cuirs vernis.
Guvillier, négociant.
Dagron, photographe.
Daguin, négociant
Daudrée, ancien négociant.
David (André), propriétaire.
Davillier, présid. Ch. de commerce.
Davin, filateur en laine.
Debain, manufact. d'orgues.
Deforges, manufact. passementier.
Degousse, batteur d'or.
Degrois, fabricant de bijouterie.
Dejean, orfèvre.
Delagrave, éditeur.
Delalain, imprimeur typog.
— 41 —
Délerot, bibliothécaire. Delettrez, parfumeur. Deleuil, fab. d'inst. de précision. Delicourt, prés, aux prud'hommes. Derbanne, dir. d'assurances. Derriey, tondeur. Desfossés et Karth, manufactur. Desfourneaux, peintre. Dethan, maire-adj. du 8' arrond. Dethan, négociant. Devemay, avocat. Devinck, conseiller municipal. Dheur Alex.; propriétaire. Didot (Paul;, manuf. de papier. Dietz-Monin, manuf. d'horlogerie. Dollfus Jean), de Mulhouse, manuf. DoUfus 'Galine), de Midhouse. Dominartin, négociant. Dopter, éditeur d'estampes. Dorvault, dir. de la pharmacie cent. Doyen, négociant gantier. Drouin, maire du 4* arrond. Drotiin, inspect. au coll. Chaptal. Dubois, ministre de Haïti. Dubrunfaut, chimiste manufact. Ducel fils, fondeur en fer. Ducholet (le docteur). Dufié, manufacturier. Dufreney, négociant. Duluat, négociant en papier peint. Dumas, de l'Institut, sénateur. Dumery, ingénieur. Dumoulin-Froment, inst. depréc. Dupin (le baron), deJ'lnsUtut, séaat. Dupont de l'Eure. Duplay et Repelin, négociants.
Dnponchel, verrier Sars poteries.)
Duquesnay Jl.lecuré de St-Laur.);
Durangel, chef de div. intérieur.
Durand ^Horace , manufacturier.
Durand (François) fils, ingénieur.
Dviruy S. Exe. le ministre.]
Dureau, de Compiègne.
Dussautoy, manuf. d'éqaip. railit.
Duvelleroy, éventailliste.
Dusacq et C% éditeurs.
Duvergier, prés. sect. au C .d'État
Duvivier (le docteur).
Elie Baille, p'.Ch. deC.deNancy Fabius (Joseph), négociant. Fauler, anc. négociant. Favé (le gén.l, aide de camp de S. M. Feray-d'Essonne, manufact. Fère. v. prés. de la Ch.de comm. Ferreire Sylvestre de la), sj-ndic. Forqueray, ingénieur au gaz. Fouché Lepelletier, anc. déput. Fouchet, banquier. Fouchet (Alexandre), jeune. Fourcade, manuf. de prod. chim. Fourdinois, man. en meubles. Fournier, ag. corapt. à la Guerre. Francillon, teinturier. Francillon, négociant. Froment-Meurice, joaillier. Gagneau, manufacturier. Garnier (Charles), négociant, Garnier fils, négociant. Gandillot, manuf. de tubes en fer. Gaudonnet, manufact. de pianos. Gaussen .M. , négociant, Gaupillat, manuf. d'amorces. Gautier, manuf, taillandier. Gautier fils, école d "architecture. Gautier-Bouchard, négociant. Gautrot, man. inst. de cuivre. Gelis, manufact. de prod. ehim. Gellé .Lecaroni, parfumeur. Geoffroy Saint-Hilaire (Albert) Gérard, maire du 8'^ arrond. Gérard, manufact. de caoutchouc. Gérome, peintre artiste. Gerson, ébéniste. Gille, manufact. de porcelaine. Gillou, manufact. de p. peœts. Ginous, propriétaire. Gobley, de l'Acad. de médecine. Godillot (H. , manufacturier. Godin-Lemaire, /le Guise. Goffin, prés, des amis de l'enfance. Gonelle, dessinateur en châles. Gontard, manufact. de Savons. Gosse fils, négociant. Gossin, sculpteur d'ornements. Grados, repousseur en zinc. Grand-Jean (Landemeau), man.
fils
— 42
M?,I. Gratien-Millet. Grellou, négociant. Groult, manulact. de comestibles. Gruner.
Gilis, négociant en draps. Gruyer, manuf. de parapluies. Guerlain (A.), négociant. Guerlain, parfumeur. Guibert, propriétaire. Guichard, président de l'Union. Guizot (Guillaume), professeur. Guyonnet, manufacturier. Guynet (Hipp.), fab. de batiste. Haas, fabricant. Halphen (Charles) orfèvre. Halphen (Georges), propriétaire. Halphen (.Joseph), négociant. Halphen (Salomon) , négociant. Hamelin, manufacturier en soie. Hamelin (madame). Hardy, architecte. Hardy, chimiste. Hardy, mécanicien. Hardy-Milori, manuf. couleurs. Haret, ent. de menuiserie. Havard, négociant. Hayem, manuf. de chem. cravates Hayem (Armand) i Hayem (Charles) Hayem (Georges) Hayem (Julien) Haynin (de), négociant. Hément, professeur à l'éc. Turgot, Hennequin, négociant. Héricé, bijoutier en doublé or. Herscher, ingénieur. Hersent, entrep. travaux publics. Homberg, inspecteur général. Houette, manufact. de cuirs vern, Huillard ahié, droguiste. Htitter, verrier (Rive -de-Gier) . Jacquin, mécanicien. Jessé, propriétaire. Julien, directeur min. agric, etc. Kœchlin (Jules), de Mulhouse, Kœchlin (Alfred), de Mulhouse. Kœchlin (Horace), de Mulhouse. Klotz, négociant.
MM. Labélonye, pharmacien. Labouret père, propriétaire. Labouret (Albert). Lacarrière fils, appareils à gaz. Lacroix, fab. de produits chimiques. Lamoureux, imprimeur. Langevin, de La Ferté-Alais. Langlois, prés, du .syndicat génér. Langlois de Neuville, c. dediv. Lanquetin (le docteur). Larenaude, fabricant papetier. Larsonnier, de la Ch. de comraer. Larsonnier, manufacturier. Latry, manufacturier. Laumonnier, man. deFiers(i\ord), Laurent de Rilié, de l'Orphéon. Laveissière (Jules), manufact. Laville, manuf. de chapellerie. Lavollée, administrateur. Lebel, de la ch. de commerce. Lechatelier, ingén. ch. des mines. Le Bègue, architecte. Lebel d ; la Ch. de commerce. Lebel, propriétaire. Leclaire, peintre. Leclert, négociant en bois. Leduc, négociant en chapellerie. Lefébure fils, fab. de dentelles. Lefranc (Jules), anc. négociant. Legentil,ducom. c. des arts et man, Legrand, vice-sec. Amis sciences. Legrelle, homme de lettres. Lejeune, architecte. Lemaire, fabric. de jumelles. Lenxercier, lithographe. Lemoine, manuf. de meubles. Lemoine-Montigny, propriétaire Leplay (Albert), agriculteur. Lequien (J.), dir. c. c. de dessin. Lequien, professeur. Le Roy, agent de change. Le Roy Dufour, anc j. au T. de c. Letestu, manufacturier, pompes. L'Huillier, négociant en fourrures. Lourdel (Charles), joaillier. Louvet, [)rés. du Trib. de comm. Luchaire (Léon), négociant. Lucy-Sédillot de la C. de comm.
— 4;
MM. Lusson, peintre-verrier. Maas, dir. assurances, Union, Ma es, de la Ch. de commerce. Mallet ;Alph.), de la Ch. de conun. Malpas-Duché, manufacturier. Maine, de Tours. Marbeau, président des Crèches. Maréchal, manuf. de pétrole. Mares, de Montpellier. Marguerin, dir. de l'école Turgot. Margueritte, chimiste. Marie, avocat. Marienval, négociant. Martin-Lebas, orfèvre. Massignon, anc. pharmacien. Massy (Robert dei, manuf. distilla. Massy Robert de) fils. Mathieu, ingénieur au ch. du Midi. Mathieu (Ch.;, des tabacs. Mathieu-Plessy, fab. d'encre. Maurice, ingénieur civil. Melun vicomte de), propriétaire. Menier (Emile), négociant. Mérode (comte de), propriétaire. Meyer M. le pasteur). Michal, insp. général, des p. et ch. Michaut, maire-adjoint. Michaut, de Baccarat. Michaut, manufac. de savons. Migneret, conseiller d'État. Millescamps, Ch. de Commerce. Moïana, négociant. • Moisset-Foye, négociant. Mollard, ancien labricant. Mondollot flls, manufacturier. Monot, m^ verrier de Pantin. Montandon, fabricant de ressorts. Montchicourt, fabricant. Monthiers, agriculteur. Monthiers Paul, ingénieur civil. Moreau-Gharlons, administ. Moreau père, cons. municipal. Moreau (ils, juge. trib. commer. Moreno-Henriquez, deladouane. Mouchy duc de, . Moullé aine, négociant. MuUer- Alexandre, manufactur. MuUer, ingénieur.
MM. Nélaton ;le docteur) . Newell, négociant. Neveu île baron;, administrateur. Niel, négociant. Oache, négociant. Ogerdias, insp. d'assurances Ogereau, tanneur. Orsat, fabricant. Oulman, négociant. Paillard (Victorj, fabricant. Pallerot [Joseph; , de St-Étienne. Pamart, négociant. Pamar Victor; . courtier en sucres Paraf, de Thann, manufacturier. Paris Charles-Emile), verrier. Pasdeloup, inspecteur du chant. Pasquier, négociant. Payen, négociant en soie. Pellerin fds, négociant Peltereau Placide), tanneur. Penot 1.' docteur, de Mulhouse. Pereire (Ém.) père, député. Pereire Ém.j fils, député. Pereire (H.), iagénieur civil. Péronne, avoué Perrault-Coxirtois, tanneur. Perrin !e docteur . Pésier, chimiste (Valenciennes . Pétau de Maulette, propriétaire. Petit Charles , négociant. Petit Guillaume), député. Peugeot, maître de forges. Picquefeu T.), négociant. Pietri, préfet de police. Pillet, chef de division inst. publ. Pillevuyt, manuf. de porcelaine. Pinson (Eugène), négociant. Piras, inspecteur gén. des œuvres. Piver, parfumeur. Pleyel--Wolff Plichon, fondeur en fer. Poirier, négociant. Poirrier, chimiste manufacturier. Poisat, chimiste manufacturier. Pommier, chimiste manufacturier. Pompée, dir. de l'Éc. prof. d'Ivry. Porcher, sous-direct, école Turgot. Pottier (Eugène), ingénieur.
u
MM.
Poussielgue-Busan, orfèvre. Prévost, dessinateur industriel. Prevot, avoué, maire adjoint 1" arr. Prieur, directeur de la Pitié. Prieurde la Comble, luaire i" arr. Quénot (L.) manuf. de chapeaux. Raingot frères, manuf. de bronze. Raynaud, parfumeur. Renard, importateur. Rhodé, négociant en .soie. Ribaillier (Mazaroz). entrepren. Bibes (madame Ernest de). Riche, négociant en soie. Riess l'Dieuze), fabric. de gélatine. Riottot, fabricant papîer peint. Robert (Ch.), conseiller d'Etat. Robert et Collin, manufacturiers. Rolland, dir. gén. des man.de l'Et. Roquebert, notaire. Rose.Hlir. des ventes de Baccarat Rothschild (baron de) , banquier. Rothschild (Alphonse de) . Rothschild (Gustave de) Roulhac, de la Chamb. de comm. Rouvenat, joaillier-bijoutier. Roy, négoc, du comité consultatif Saint-Paul (de), député. Saint-Père, architecte. Saint-Père fils. Sainte-Glaire Deville, de l'Inst. Sajou, ancien maire-adjoint. Sallandrouze de Lamornais. Sallandrouze fils, manufacturier. Salleron, manuf. inst. de précision. Sarrebourse, d'Hauteville, raffin. Sauvage, propriétaire. Savart, manuf. de chaussures. Savart, bijoutier. Say (Charles), raffineur. Say (Léon), adm. au ch. du Nord. Scmith, chef de bur. du min.agric. Schneider, v.-p. de la Ch.desdép.
MM. Schloss (Simon), manufacturier. Sciama frères, négociants. Seydoux, manuf. député. Seligmann frères, agents de ch. Singer (Henri), propriétaire. Société de secours ouv . Ledaire . Société de la Vieille-Montagne. Soliliac frères, négociants. Sommier, raffineur de sucre. Suzanne (.1.), propriétaire. Tailbouis, manuf. bonneterie. Tardieu (le docteur). Tavernier, manufact. soierie. Tessereau ( docteur), mai'-e-mlj. Teste, manufacturier à Lyon. Thenard (le baron), de l'Institut. Thiébaut (V.), maire du 10" arr. Thiboumery, conseiller municipa Thurneyssem, administrateur. Trélat, dir. de l'École d'architect. Triquetti (de), artiste sculpteur. Troôst, prof, au lycée Bonaparte. Truelle, droguiste. Turquetil, fabricant papier peint. Vafflard, dir. des pompes funèb. Vaillant (Armand), confectionneur Varin, conseiller municipal. Varin fils, négociant. Vatin, négociant. Veyrat père, orfèvre. Veyrat fils.
Villemain, employé aux finances. "Vilmorin (Henri), hortic. négoc. Viot, manufact., onyx d'Algérie. "Walter (Gilbert), manufacturier, Waroquet, nég. en rubans. Weber, manuf. ébéniste. Weill, anc. manuf. boutons. Widoier, manufact. d'Essonne. Willamson, administrateur. ■Wolff, manufact. (Pleyel-WolfT) . "Wolowski, membre de l'Institut.
Le Secrétaire général,
Duc DE MOUCHT.
IMl'RlMEIllE CEKIUALE DES CHEMKS DE FER. - A ClIAIX ET Ce —RUE BERGÈRK, 20 PAIUS
SÉANCE D'INAUGURATION,
La séance d'inauguration de la Société a été tenue au milieu d'une assistance nombreuse, le 17 mars, à deux heures, dans la salle des séances de la Société d'encoura- gement pour l'industrie nationale, rue Bonaparte, 41.
Au bureau siégeaient M. Dumas, Président; M. de Bou- reuille, l'un des Vice-Présidents d'honneur; MM. Migneret, Charles Robert, Vice-Présidents; M. le duc de Mouchy, Secrétaire général ; M. Barreswil, Secrétaire.
MM. les Présidents et Membres des divers Comités et Commissions, présents à la séance, avaient pris place sur l'estrade.
M. le Président a ouvert la séance par le discours sui- vant :
-Messieurs,
Dans un pays adonné tout entier aux travaux de l'agriculture, nous n'aurions pas à examiner par quels procédés l'enfance pourrait être préservée des dangers de l'extension abusive du travail. La vie des champs répugne aux combinaisons factices. Elle ignore ce gaz qui éclaire pendant la nuit les ateliers de l'Industrie et ce calorifère qui les tiédit en hiver.
C'est la nature elle-même qui fixe les limites du travail du laboure m-. Le lever et le coucher du soleil en rèelent les ^our-
— 46 —
nées ; pour lui comuie pour la teri-e, l'iiiver est la saison du recueillement. La vie humaine, dans ces conditions primitives, plie ses combinaisons au cours des astres. Leurs apparitions mobiles ou leurs aspects changeants commandent les heures de son travail et celles de son repos. "")=?> i--. -i ;
L'enfance de l'ouvrier des campagnes connaît donc cette al- ternance de la fatigue au grand jour et des calmes de la nuit; cette action tonique de la lumière et de l'air; ces épreuves des chaleurs de l'été et des froids de l'hiver, qui retrempent sans cesse la fibre d'une jeune créature en voie de développe- ment.
Au contraire, pour l'ouvrier de l'Industrie élevée à sa dernière puissance, les jours ne différeraient pas; il n'y aurait ni nuits, ni saisons; la machine à vapeur infatigable mettrait sous sa surveillance, pendant toute l'année, dans un atelier tempéré, des métiers qu'elle animerait sans cesse et que le gaz éclairerait toujours. Vie factice, ({ui bientôt lasserait le corps et l'âme, si des repos calculés et des distractions prévues ne venaient en varier le cours monotone et en adoucir la rigueur!
Les lois y ont pourvu pour l'ouvrier adulte et pour l'entant faible et subordonné, qui a besoin d'une protection plus immé- diate encore. L'Angleterre a donné l'exemple et la France l'a suivi. Non que la France se soit montrée moins prompteuient touchée que l'Angleterre des dangers auxquels l'enfance est exposée dans la carrière manufacturière! Mais, s'il est une circonstance oîi l'action des lois puisse trouver son heureux équivalent dans celle des mœurs , c'est celle où il s'agit de la protection due à l'enfance.
Or, pour quiconque a vu de près les ateliers de l'Angleterre et ceux de la France, il est facile de comprendre qu'une loi protectrice des enfants employés dans les manufactures ait été jiécessaire de l'autre côté du détroit longtemps avant que le besoin en fût manifeste dans notre pays, et si l'Angleterre a été la première à mettre en mouvement la loi, c'esst assurément que, sous ce rapport, elle n'avait pas été la première à ressentir le bienfait des mœurs.
En France, pays d'égalité du patron à l'ouvrier et surtout du patron à l'enfant; le preniier mouvement est un sentiment de protection affectueuse ou d'intérêt paternel, qui ne s'efface
— 47 —
qu'au momeirt où ia méliauce du subordonné l'éloigne de son chef. En Angleteire, pays d'aristocratie, la distance est au con- traire soigneusement gardée entre le maître et le travailleur : l'état normal, <;'est la séparation des personnes, des intérêts et des rangs; l'exception, c'est le rapprochement.
3Iais, sous l'influence des traités de commerce qui développent rapidement notre production, n'est-il pas à craindre qu'à leur tour nos mœurs ne se modifient aussi ? Serons-nous toujours -émus à l'aspect trop souvent répété de certaines misères? Lors- que nous serons convaincus de notre hnpuissance à remédier au mal, n'en détournerons-nous pas les yeux, comme d'un spec- tacle pénible qui les blesse "? La lutte n'oblige-t-elle pas ce- pendant l'Industrie française à réduire ses prix , à augmentei* sa production, à accroître son persmmel, et ne voyons-nous pas s'étendre chaque jour le nombre des enfants employés dans les maufactures des villes ou des campagnes?
Xe les confondons pas, toutefois, dans nos sollicitudes; car leur sort est bien diftérent On ie sait, quand on a observé de près les touchantes dispositions prises par nos grandes conipa gnies extra-urbaines, Saint-Gobain, Baccarat, Wesserling, le Creusot, Maubeuge, Anzin, la GrandCombe, Bességes, que je cite comme les plus anciennes ou les plus récentes, car c'est par centaines qu'il faudrait signaler celles qui sont dignes de tous les éloges. Ces compagnies modèles accomplissent envers leui-s ouvriers tous les devoirs du père de famille prévoyant. Elles créi^nt des asiles, des écoles, des hôpitaux, des hospices. Elles construisent des églises. Elles assurent à l'enfance les soins les plus ingénieux, Xons n'avons rien à leur recommunder ; elles servent d'exemple.
Le manufacturier, l'indsisti'iei, le patron, placés au milieu des villes, trouvent aussi, il est vrai, l'asile et l'école de la commune pour les enfants qu'ils emploient. S'ils ont des blessés, des malades, des infirmes, la cité en prend soin. La paroisse offre à leurs ouvriers l'instruction religieuse et l'éducation morale.
Tout est donc semblable en apparence. Mais la compagnie industrielle extra-urbaine n'est pas obligée, comme la commune, d'opérer sous forme abstraite. Pour elle, l'enfant qu'elle élève a un passé, un avenir, un nom. En lui se concentrent des sen- timents reconnaissants, des espérances, des souvenirs. Il repré
— 48 —
sente les anciens services rendus par ses parents, les services qu'il rendra à son tour, et le nom de sa famille fait corps avec celui du village et rappelle le clocher. Dans les soins dont la compagnie entoure l'enfant, elle est donc dirigée, comme la cité, par les devoirs généraux de l'humanité, par l'esprit chré- tien des sociétés modernes, tendre à la faiblesse et pitoyable à la souffrance, mais aussi, par une obligation plus étroite, plus personnelle et comme paternelle.
Si l'enfant partage son temps entre l'atelier et l'école, la sur- veillance le suit: des maîtres ou chefs dont il est connu, qui s'inU'ressent à sa famille et que son avenir touche, ont les yeux sur lui. Sa conduite, sa moralité, sa probité sont la propriété commune. C'est l'enfant de troupe que le drapeau couvre, dont tes fautes entacheraient le régiment, dont les talents et les suc- cès feront l'orgueil des chambrées.
Toute compagnie industrielle extra-urbaine qui comprend ses intérêts et ses devoirs a donc été presque toujours au de- vant des désirs de la loi et des nôtres.
Mais l'enfant employé dans les usines des villes, qui par- tage son temps entre la famille, l'atelier, la rue, l'école, peut- il être considéré comme surveillé, dirigé, redressé au besoin? Le père de famille sait-il ce qui se pa§se à l'atelier? Le patron connaît-il l'intérieur de la famille ? L'un et l'autre ont-ils la juste notion de ce que le jeune apprenti devient dans la rue? quelles leçons il y reçoit? Ne faut-il pas que le mal soit déjà très-avancé pour que son excès le signale, et le remède n'est- il pas bien incertain alors?
Ma conviction est profonde sur ce point. Dans les agglomé- rations industrielles isolées au milieu des campagnes et bien dirigées, l'enfant peut devenir plus instruit, plus habile ou- vrier que son père, sans cesser d'offrir les garanties de mora- lité nécessaires à son propre bonheur et à la sécurité de la société. La situation s'améliore dans ces circonstances, et on ne s'étonne pas d'entendre dire alors que les ouvriers de la nou- velle génération valent mieux que leurs pères.
Au contraire, dans les industries agglomérées des villes, sous une surveillance irresponsable et banale, l'enfant, qui n'est plus qu'un chiffre, peut se trouver délaissé. Le temps alors s'écoule à l'école sans qu'il en devienne plus instruit, à l'atelier sans
— 49 —
qu'il en soit plus habile, dans la famille sans qu'il se montre meilleur, au point de vue des mœurs et de la religion. C'est dans ces conditions regrettables qu'on entend sans cesse ré- péter avec découragement : La société s'en va; les pères va- laient mieux que leurs enfants !
Mais à qui faudrait-il s'en prendre, s'il devait en être ainsi longtemps et toujours? N'est-ce pas à la société elle-même 1 N'aurait-elle pas manqué de prudence, de vigilance et de cœur, si cet affaiblissement moral se réalisait? Le progrès matériel nous emporte dans des voies où il n'est pas facile de l'arrêter; il serait même imprudent de le tenter. Soit! mais n'est-ce pas à la société à se montrer assez forte, assez virile, assez chari- table, tout en laissant au progrès matériel sa route libn^ dans l'espace, pour sauver de la double dégradation des corps et des âmes les générations qui en sont les instruments?
Oui! il faut soigner le corps de ces entants qui auront un jour à défendre la patrie ! il faut soigner l'âme de ces créatures innocentes encore, que l'abandon laisserait en proie aux mé- créants, aux esprits malfaisants et aux cœurs troublés!
Consultez un ouvrier quelconque de l'une de ces compagnies extra-urbaines, prudentes, sages et inspirées de l'amour du bien, que je signalais à vos respects, et il vous dira : « On a veillé sur ma jeunesse, on m'a instruit, on m'a dirigé. Près de moi s'éle- vait celle qui est devenue la compagne et la fierté de ma vie; autrefois, jeune ouvrière honnête et laborieuse ; aujourd'hui, mère croyant en Dieu, pour qui la maternité a été une béné- diction et une joie. » Ce langage n'est pas rare, au milieu de ces populations qui ont appris de bonne heure à aimer le tra- vail, à trouver leur récompense dans le devoir accompli et à demander à l'épargne les satisfactions de leur vie.
Qui se flatterait de l'entendre aussi naturellement sortir de la bouche de l'ouvrier des villes? Parvenu à l'âge d'homme, celui-ci vous dira souvent, je le crains : « La société, qu'a-t-e'le fait pour moi? Ne m'a-t-elle pas laissé en proie dans mon en- fance aux mauvais conseils, aux mauvais penchants, aux oppres- sions, aux séductions? Jeune homme perverti, ma compagne aurait pu me ramener au bien ; mais le milieu où elle vivait n'en avait-il pas fait une créature vaine, pour qui le ménage est un embairas, la maternité un fardeau, le travail et le devoir
— oO —
des chaînes importunes ? L'un et l'autre nous ignomns l'épaF'- gne, notre intérieur sordide nous répugne, nous vivons au jour le jour, certains que la misère et l'hôpital nous attendent. »
Non qu'il ne se trouve aussi des natures défaillantes ou per- verses parmi ces enfants que les compagnies dont les usines sont situées dans les campagnes essaient de diriger vers le bien, et leurs efforts peuvent être trompés; mais, quand ces malheu- reux se détournent de la lx)nne voie et qu'ils sont chassés de ce milieu honnête où ils ne pourraient plus vivre, ne s'en éloignent- ils pas le cœur plein de regrets ou même de remords'? Leur est-il permis de maudire un séjour dont ils sont devenus indi- gnes et d'accuser des soins auxquels ils n'ont pas répondu? Leur conscience leur dit, croyez-le bien, qu'ils sont les vrais, les seuls coupables.
Sans doute, d'autre part, tous les enfants ne se pervertissent pas dans les villes industrielles. Il est des natures bien douées qui résistent aux influences malsaines, comme il est des cons- titutions privilégiées qui bravent les maladies contagieuses. Mais pénétrez dans le détail de ces existences modestes, et vous verrez au prix de quelles sollicitudes maternelles, de quelle surveillance du père , à la faveur de quels sentiments reli- gieux, se sont conservées, dans des âmes heureusement eucoro nombreuses, les idées de respect et celles de devoir.
Interrogez ces enfants que le sort a favorisés, et lorsque, par- venus à l'âge d"homme, ils peuvent apprécier les dangers que leur jeunesse a courus et les efforts persévérants qui l'ont pro- tégée, ils vous parleront avec une reconnaissance émue des soins dont ils ont été l'objet, et avec une immense pitié du mallieur de leurs camarades moins heureux, que la paresse, les vices et la débauche ont mis en guerre avec la société.
Disons-le bien haut, ces enfants de Paris, au cœur droit et à la conduite honnête, ne sont pas si rares. Qu'il s'agisse de l'ou- vrier parisien ou des familles qui constituent dans la grande cité la bourgeoisie ou le monde, il n'y a rien de plus faux que les tableaux qu'en offre le théâtre ou la peinture qu'en trace l'imagination des romanciers.
Paris a son écume; mais, au-tlessous de cette écume flottante et troublée qui attire les yeux, vous trouvez la population nom- breuse, recueillie et calme, de ces familles bourgeoises ([ui
— di —
savent respecter la paix et la dignité du foyer domestique. Celle- là n'occupe d'elle ni les tribunaux ni les gazettes; mais celle-là, pai- l'importance et la force, constitue le vrai Paris.
De même, au-dessous des agitations factices ou vraies de la Bourse et des jeux du hasard, dont les périi^éties troublent tant de fortunes, il y a ce commerce parisien dont la prudence et la loyauté sont connues du monde entier, et qui n'a pas encore appris à considérer ses engagements comme un fardeau qu'on jette sans scrupule, quand il devient trop lourd.
Mais le jour viendra où nous cesserons de nous calomnier nous-mêmes, où l'Europe, qui nous lit encore, reconnaîtra que la population de Paris n'est pas toute bohème ou benoitone. Comme les Anglais, qu'il faudrait imiter davantage en ce point, nous adopterons ces romans de famille qu'un jeune homme, qu'une jeune femme peuvent lire et qui les rendent meilleurs ; car ce qu'ils retracent , c'est la vie domestique avec ses condi- tions, ses chances, ses obligations et ses devoirs. La finesse de l'observation, l'art des nuances, l'honnêteté du sentiment y inté- ressent seuls le lecteur. Le respect de la conscience humaine, le sens moral, dominent la composition. Tout y rappelle qu'il faut une règle à l'homme et que les circonstances ordinaires de la vie, aussi bien que les événemenJs romanesques ou tragiques, peuvent exiger, pour êti'e ti-aversées sans souillure, les eftbrts d'un esprit réfléchi et les convictions loyales d'une àrae droite.
Mais tout Anglais qui voit une idée morale et juste à pro- duire se croit tenu de la manifester. En France, un respect humain mal placé nous arrête, et nous n'osons pas nous enga- ger dans une voie familière même aux hommes d'État de l'An- gleterre, qui ne a-oient jms déi"0ger à écrire des romans populaires .
Eli bieni vous qui déplorez la mauvaise direction du théâtre et de la jM-esse, ayez ce courage; faites des livres pour le peupk! Suscitez des joiuiiaux selon vos convictions! On publie des ro- mains dissolvants : ne soyez pas les premiers à les lireJ On joue des pièces équivoques, n'allez pas les applaudir !
Vous vouchnez le profit sans la peine, la victoire sans l' effort : cela ne se peut ix)int. Vous demanderiez en vain au Gouvenie- ment, à la loi, de redresser l'esprit du jieuple; il faut vous y résigner : c'est vous-mêmes qui devez accomphr cette tâche. Soyez- en sûrs, quaiKl roos aurez inscrit parmi vos dépenses prévues
— 5^2 —
une somme pour encourager les publications hofinêtes ; quand vous aurez fait ligurer dans l'emploi de votre temps quelques journées tous les ans au profit des enfants délaissés , vous aurez fait deux bonnes œuvres et deux sérieux placements.
Gouverner c'est prévoir. N'imitez pas l'ancienne aristocratie française, qui, pour s'être abandonnée elle-même depuis long- temps, a succombé en 1789; imitez l'aristocratie anglaise, qui se maintient parce qu'elle est toujours active, vivante et dirigeante.
Voulez-vous la sympathie de ces masses laborieuses où nous n'avons que des frères ? dévouez-vous à leurs enfants, aimez-les comme les vôtres ! Allez à eux ! Ce sera grande charité et pro- fonde sagesse; car, bien élevés, ils seront la consolation de leur famille et la force de la patrie; mal élevés, ils feront le désespoir de leurs parents et l'inquiétude du pays.
Mais j'entends dire : « 11 y a des lois, pourquoi ne pas se borner à en assurer l'observation, puisqu'elles déterminent l'âge auquel l'enfant pourra être employé dans une manufacture ou mis en apprentissage, qu'elles fixent le nombre d'heures et même la nature de son travail ; puisqu'elles protègent ses mœurs et son instruction If Que peut-on désirer de mieux ou de plus? »
Oui, l'intervention de la loi était nécessaire pour poser des limites au travail des enfants. Mais il ne suffit pas en telle matière, pas plus qu'en beaucoup d'autres, de s'interdire ce qui est défendu. Supposons, ce qui n'est pas le cas, la loi obéie dans tout l'Empire et les inspections régulièrement effectuées; on aurait empêché le mal, mais aurait-on reconnu, signalé, encouragé le bien, le mieux , l'excellent?
Non ! les lois s'occupent de l'enfant dans l'atelier ou la manu- facture; elles y règlent la tâche à ses forces; mais elles laissent à la famille et aux mœurs publiques à s'occuper de lui en dehors des heures du travail ; à veiller à son instruction, à son édu- cation morale, à l'accomplissement de ses devoirs religieux.
Vos statuts, d'accord avec elles, déclarent, dans leur ar- ticle l""", que la Société a pour but d'améliorer la condition des apprentis et des enfants employés dans les manufactures, par tous les moyens qui, respectant la liberté de l'industriel et l'auto- rité du père de famille, agissent en conformité des lois sur l'ap- prentissage et sur le travail des enfants dans les manufactures.
Mais ils ajoutent dans leur article 11, que vos fonds sont appliqués à aider, à encourager, à signaler par des récompenses,
— o3 — tous ceux qui auront directement assisté, moralisé ou instruit les enfants employés dans la petite industrie et dans la grande, ainsi que tous ceux qui auront coopéré au même résultat par une invention, une publication , l'institution de concours entre apprentis ou des fondations spéciales.
Que ces lois soient maintenues et commentées par des règle- ments d'administration publique; qu'elles soient modifiées et améliorées par des lois nouvelles; qu'elles soient obéies et que leur exécution soit surveillée par des inspecteurs gratuits ou sa- lariés , toutes ces suppositions n'atteignent en rien l'objet qui a déterminé la fondation de votre Société.
Il sera toujours utile de proclamer le bien, nécessaire d'en- courager ceux qui le font, profitable de mettre les bons exemples en évidence et d'exciter de la sorte une émulation contagieuse.
Ainsi proclamées, les pratiques les meilleures se propageront ; l'esprit de charité se réveillera de proche en proclie; les enfants délaissés deviendront une exception; leur aspect importunera; la conscience en sera troublée et fera entendre sa voix. On sera conduit par force à s'occuper d'eux et à les élever vers un ni- veau qui, à chaque comparaison nouvelle, tendra de lui-même à monter peu à peu.
Oui, il faut ouvrir aux enfants qui débutent dans la carrière de l'industrie des voies qui préservent leurs jeunes âmes de la chute ; il faut leur apprendre à considérer le travail comme la loi de l'homme, à respecter le devoir et à trouver en soi la règle de l'honneur , l'amour de la famille et de la patrie , la crainte de Dieu ; trois forces nécessaires pour traverser la vie.
Oui , il faut veiller sur les. jeunes filles qui fréquentent les ateliers, et qu'une surveillance vraiment maternelle peut seule préserver du désordre, lorsque les mauvais exemples inquiètent leur imagination , quand les séductions troublent leur inexpé- rience, et que le foyer domestique n'est pas toujours pour elles un lieu de refuge et de protection.
La Société que vous constituez distribuera les encouragements, les éloges, les récompenses aux manufacturiers, aux œuvres cha- ritables qui, dans cette direction, auront mérité la reconnaissance du pays. Elle offrira leur exemple aux autres industriels ou aux contrées qui auront besoin de réformer leurs installations, leurs usages ou leur surveillance.
— o4 —
Elle signalera les dispositions utiles et dignes d'être imitées mises en pratique dans les pays étrangers, et elle s'efforcera, en les faisant connaître, d'en assurer l'adoption dans nos propres manufactures.
Votre Société ne peut rien de plus; mais ceux qui ont visité les fabriques et qui ont pénétré dans les détails de l'organisation des principales agglomérations industrielles de l'Europe savent quelles différences on observe encore d'une ville à l'autre, d'une usine à l'usine voisine; et combien l'initiative personnelle con- tribue à préparer ou à répandre les bonnes pratiques qu'on y observe.
Depuis plus de douze ans, j'ai l'honneur d'être membre ou président du Conseil municipal de Paris; j'ai pu contribuer, pour ma faible part, à réaliser la volonté de S. M. l'Empereur, et je sais que la Ville, obéissant à sa haute pensée, n'a rien négligé de ce que réclament les besoins des classes laborieuses. Asiles, écoles primaires, elle en a pourvu tous les quartiers et les enfants de Paris y ont tous leur place. L'instruction y est gratuite, même pour le dessin et pour le chant. Des classes d'adultes s'ouvrent chaque soir, sur tous lés points de la cité. Les installations de ces établissements se perfectionnent et les meilleurs types se généralisent.
Les hôpitaux et les hospices reçoivent la plus vive impulsion ; leur construction, leur régime, leur hygiène et tous leurs services améliorés prennent la sérieuse empreinte de l'état avancé des sciences.
Partout, des temples consacrés au culte s'élèvent et offrent à la population pour le recueillement et la prière les asiles de paix ouverts à la piété.
Les moyens ne manquent donc pas pour arracher au désordre les enfants dont l'éducation religieuse, morale ou hitel- lectuelle serait négligée ; pour améliorer la condition physique de ceux dont la santé réclame des soins, dont la faiblesse veut des ménagements; mais, tous ces moyens administratifs, pour être pleinement efficaces, ont besoin que l'esprit de charité en utilise les forces avec opportunité. Lui seul le peut, car lui seul, libre d'étendre son action ou de la restreindre, ne se laisse ni engager par les précédents, ni contraindre par les liens étroits
indispensables à tout service administratif. Au milieu de cir- constances changeantes, il peut se mouvoir avec souplesse à travers les cadrer trop inflexibles du règlement ou de la loi, et, suppléant à leur impuissaBce, il se poite où le besoin l'ap- pelle et remplit le vide qu'ils ont laissé.
L'initiative privée, sans l'appui de la loi, serait insuffisante. La loi, si le concours des citoyens continuait à lui manquer, flot- terait dans le vide, au milieu de ces détails infinis et divers où les contraventions demeurent inaperçues et insaisissables.
C'est parce qu'ils en avaient la conviction, que le Conseil gé- néral de la Seine a provoqué et que M. le Préfet de police a organisé une inspection et une enquête sur le travail des en- tants dans les manufactures. C'est parce que les deux rapports publiés par l'administration ont éclairé vos consciences, que vous vous êtes trouvés spontanément d'accord, prêts avons enten- dre et à vous réunir, pour seconder l'action tutélaire de la loi.
Notre première séance n'était qu'un essai timide, et cepen- dant la pensée qui vous inspire est tellement sympathique et si juste, qu'elle vous a mérité le concours le plus large et le plus empressé des esprits sérieux.
Notre auguste et gracieuse souveraine, S. M. l'Impératrice, qui a donné tant de preuves touchantes de son affection aux enfants de Paris, a voulu que votre Société naissante fût placée sous sa protection et sous celle de son fils bien-aimé, le Pi'ince Impérial. ' Les familles lalwrieuses de la France ne l'oublieront pas : si le travail', Finstiniction , l'éducation morale et religieuse des oi*phelins ou des enfants délaissés que l'industrie occupe sont désormais placés sous une surveillance amicale, dévouée et sympathique, ils le de^TOnt à la bonté de Sa Majesté. Du haut du trône, elle ouvre toujours un cœur maternel à leurs plaintes, et die veut que le Pi-ince Impérial . familier de bonne heure avec leurs vreux et leurs besoins, apprenne à rester un fi"ère ponr eux.
Après ce discours, souvent interrompu par les plus vifs applaudissements, et dont la conclusion a été vivement acclamée, l'Assemblée décide que sa séance publique aura lieu, ckaque aaiiée, le dimanche le plus rapproché du jour anniversaire de la naissance de S. A. le Prince Impérial.
— 50 —
M. le Président donne la parole à M. le Secrétaire général, qui s'exprime en ces termes :
Messieurs,
L'inspection du travail a été rétablie dans le département de la Seine, par M. le Préfet de police, sur le vœu réitéré du Conseil général. Ayant été reconnue insuffisante pour protéger d'une manière efficace les enfants employés dans l'industrie, et principalement les apprentis, il parut nécessaire de lui venir en aide, en créant un mouvement sérieux dans l'opinion, et en mettant en œuvre tous les moyens capables d'entraîner les irré- solus et les indifférents.
Dès le mois de juillet 1865, un projet de Société se proposant cette mission fut soumis à quelques personnes éminentes parmi celles qui ont, dans maintes circonstances, témoigné de leur intérêt pour la classe ouvrière, et principalement pour les enfants. Ce projet disait que l'adhésion de cinquante personnes suffisait pour que la Société fût constituée ; et cent cinquante signatures furént recueillies en quelques jours.
Une assemblée préparatoire eut lieu à la mairie du P'' ar- rondissement le 22 septembre; il y fut décidé que M. le Pré- sident Dumas se chargerait d'offrir à S. Exe. le Ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, la présidence d'honneur.
Cette démarche a été faite, et je m'empresse de dire que la Société doit une égale reconnaissance à M. Béhic et à S. Exe. M. de Forcade la Roquette, qui ont bien voulu accueillir l'hom- mage de la Société et lui donner la preuve éclatante d'une pro- tection efficace. 11 fut décidé, en outre, dans cette première assemblée préparatoire, que M. le Président formerait le conseil charge de représenter tous les intérêts que la Société devait être appelée à servir.
Vous connaissez, Messieurs, par le Bulletin n° 1, la liste des Membres de la Société et les noms des coopérateurs nommés par JM. le Président ou indiqués k son choix par MM. les adhé- rents présents à la réunion préparatoire.
Plusieurs fonctionnaires émincnts parmi ceux qui ont dans leurs attril)utions le ti-avail des enfants étaient restés en dehors de l'administration de notre Société, M. Dumas pense qu'il est important d'obtenir leur collaboration active ; en conséquence, il vous propose d'oôrir en votre nom à M, Dupuy de Lôme, Membre de l'Institut, le titre de A'^ice-Président d'honneur; à M. de Saint-Paul, conseiller d'Etat, directeur général au minis- tère de l'intérieur, celui de Vice-Président ; le titre de censeur à M. Julien, directeur du commerce intérieur au ministère de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, et spéciale- ment chargé de la question du travail des enfants dans les ma- nufactures.
M. le Président vous propose, en outre, de combler une lacune en formant deux comités qui représenteront l'enseignement des enfants tel que le comprend la loi :
4" Le comité d'enseignement religieux, composé de :
MM. Duquesnay (abbé), curé de Saint-Laurent, Président;
Triqueti (de), Président des Œuvres protestantes, Vice- pj'ésident;
Coulonges (de), ancien Président de patronage, Secré- taire ;
Dethan, Vice-Président de la Société pour le placement des Apprentis ; *
Duchollet (le docteur), Vice-Président de la Société des Fabricants et Artisans;
Albert Gohn, Administrateur de la Société pour les Apprentis Israélites ;
Piras, Inspecteur général des Etablissements de bienfai- sance;
Tavernier, Trésorier de l'Œuvre de Saint-Xicolas.
2o Le comité d'enseignement élémentaire, composé de :
IM. Jules Simon, Président de la Société élémentaire, Pré- sident ; Gréard, Inspecteur d'Académie, chargé du service de l'enseignement de la Ville de Paris, Vice-Président; Brongniart, Inspecteur du dessin, Secrétaire;
— m —
MM. Baudime (le F.), Frère de la Doctrine chréîieime ,
Félix Hément, Professeur à l'école Turgot ;
Legentil, Président da patronage de Saint-Charles;
Michel, ancien Chef d'institution;
Râteau, Président de l'OEuvre des Faubourgs. Les statuts portent qu'il sera créé un Conseil d'ho.\neur, com- posé de fonctionnaires publics, d'économistes, de représentants des œuvres créées en faveur des enfants, de g^rands manufac- turiers ou de présidents de grandes sociétés manufacturières dont les apprentis sont l'objet de fondations spéciales; d*hommes ayant concouru d'une manière efficace au but que se propose la Société; enfin, de médecins, d'ingénieurs et d'officiers d'ad- ministration publique, qui vous auront assuré le concours gratuit de leur science ou de leur ministère.
Une première liste a été dressée par les soins de M. le Pré- sident.
Elle comprend : MM. Durangel, Chef de division au ministère de l'intérieur; Pillet, Chef de division au ministère de l'instruction publique ; MM. Favé (ie général), commandant l'Ecole polytechnique; Morin (le général), de l'Institut, Directeur du Conserva- toire des Arts et Métiers ; Perdonnet, directeur de l'Ecoie centrale des Arts et Blanufactures ; MM. Reybaud (Louis), Membre de l'Institut;
Wolowski, Membre de l'Institut; MM. Cochin, Membre de l'Institut, Président de l'OEuvre des Apprentis ; Delessert, de l'Institut, protecteur d'CEuvres protestantes; Devinck, Président de la Société des Employés de
commerce ; Etienne (le R. P.), Supérieur des Lazaristes et des sœurs
de Saint-Vincent de Paul; Goffin, Président de la Société des Amis de l'enfance , Melun (vicomte de). Président de l'OEuvre des Apprentis
et des Jeunes Ouvriers ; Philippe (le F.), Supérieur des Frères de la Doctrine chrétienne ; • ' ' » L^îiO iB:
— 59 —
Rothschild (de), l^rotecteur des Sociétés Israélites ; 3151. Blache, Membre de l'Académie de médecine;
Nélaton, Professeur à la Faculté de médecine de Paris ;
Tardieu, id, id.
3DI. Péronne, Avoué de la Société;
Roquebert, Notaire de la Société;
Le Roy (Charles), Agent de change de la Société.
Cette liste sera continuée à mesure que les rapports de vos commissions vous feront connaître les hommes de bien qui de- vront y prendre place.
Le premier numéro du Bulletin a été adressé à tous les membres de la Société. L'administration provisoire a pensé que ce premier numéro, qui comprend les lois concernant le h^avail des enfants, devait en outre être largement distribué au dehors; il a. été, en conséquence, adressé des exemplaires à LL. Exe. M3(. les Ministres, à MM. les Sénateurs, les Députés, les 3Iembres du Conseil d'Etat, à MM. les Membres du Conseil général de la Seine et du Conseil municipal de Paris, à MM. les Curés, les Maires et les Adjoints, à MM, les Juges de paix, à MM. les Commissaires de police du département de la Seine.
Par ordre de S. Exe. M. de Forcade la Roquette, des exem- plaires accompagnés d'une circulaire du Ministre, recomman- dant notre Société, ont été adressés à MM. les Préfets et Sous- Préfets, à 31G\L les Présidents de Chambres do commerce et de Chambres consultatives, et h MM. les Présidents des conseils de Prud'hommes.
S. Exe. M. Duruy a bien voulu adresser des exemplaires à 3IM. les Recteurs.
Près de trois mille cinq cents Bulletins ont été ainsi répartis. Nous espérons que les frais de cette large distribution seront compensés par les adhésions qu'elle provoquera.
Maintenant que le terrain est préparé, chacun de nous doit mettre en œuvre sou influence personnelle, ce qui est le meilleur moyen de faire des adJiérents. Plus des dix-neuf vingtièmes des membres ont été acquis ainsi par des appels directs : je citerai parmi ceux de nos collègues à qui nous devons le plus d'adhésions MM. Berthier, Bouilhet, Christofle, Guerlain, Lacroix, Maurice, Riche, Charles Robert. M. Carticr-Bresson a inscrit ses
cinq fils et lui-même |comme nicmbres perpétuels. Le nom de 31, Hayem figure cinq fois sur notre liste pour le père et les quatre enfants; les familles Bouilhet, Christofle et Dumoulin- Froment sont au complet parmi nos souscripteurs, etc., etc.
Les ouvriers de la maison Christofle ont retenu sur leur salaire la somme qui assure à leur atelier une souscription perpétuelle. La Société de secours des ouvriers de M. Leclaire et la Progressive ont, en s'inscrivant, témoigné de la sympathie des ouvriers.
M. le Proviseur du lycée Louis-le-Grand a fait inscrire les élèves de ce lycée pour une souscription perpétuelle.
Que chacun des six cents membres de notre Société nous amène deux adhérents, et c'est chose facile, nous aurons une base large et solide.
L'action des Comités locaux sera certainement féconde : nous donnerons dans le Bulletin de mai la première liste des cor- respondants chargés de les organiser. Nous pouvons citer dt\jà quelques noms :
MM. Belhommet, à Landerneau; Bruzon et Mame, à Tours; Chiris, à Nice et Grasse; Colcombet, à Saint-Étienne ; Koech- LiN (Alfred), à Mulhouse; Léon, à Bordeaux; Mares, à Mont- pellier; 3Ielon (vicomte de), à Lille; Teste et Duveugier, à Lyon (Vaise).
La Société comptait, au 1*' mars, 610 adhérents, dont : Membres perpétuels. ... 50 Membres annuels o60
Total... 610
Les recettes s'étaient accomplies avec régularité.
Avaient payé à cette date. . 50 membres perpétuels.
— 420 — annuels.
N'avaient pas encore payé. „ 140 — annuels.
Total... 610
— Ci —
Les dépenses ont été soldées à la date du 28 février : ce sont, pour le plus gros chiffre, des frais d'impression et de ports d'im- primés (1) 1,004 ^
Menus frais 2"o oO
Total... 1,279 50
Il est un capital fort important pour la Société : c'est celui que représenteront ses archivés et ses livres. S. Exe. M. le Mi- nistre de l'Instruction publique a autorisé la Société à faire le dépôt des documents et des livres qui lui seront adressés à la bibliothèque de l'Arsenal. La même facilité a été donnée au groupe 10 du Jury international pour les nombreux documents relatifs à l'enquête que dresse la réunion de ses bureaux, sous la présidence de M. Gonti.
Ces matériaux formeront, avec les legs Enfantin, le noyau d'une bibliothèque spéciale d'économie sociale, qui sera, à un jour donné, nous l'espérons, une collection unique, due à l'initia- tive de votre Société.
La salle principale de la mairie du i*^'' arrondissement à été mise à notre disposition : nous pouvons l'occuper pour nos séances de conseil, si vous ne préférez parcourir successivement les diverses mairies, et porter ainsi votre action dans les divers arrondissements.
La ville de Paris, dans la salle Saint-Jean, la Société d'encou- ragement pour l'industrie nationale, dans la salle de ses séan- ces, ont bien voulu nous assurer une généreuse hospitalité pour nos réunions générales. La Société est administrée par nos secrétaires; nous n'avons pas d'agents salariés.
Résumant les faits accomplis : Les recettes étant de. . . 9,200 » Les dépenses de 1,279 oO
^ Il restait au 28 février. . 7,920 oO
I^B (•) ^'ous sommes en instance, par suite d'une erreur, pour obtenir de la
I^B poste une restitution, et en outre un meilleur régime pour nos expéditions
I^B ultérieures. Nous espérons que la Inenveillanco de M. le Dirceleur ne nons
■^K Cera pas défaut.
— m —
Depuis ce temps il n'a été fait aucune dépense sérieuse, et les recettes assurées par les souscriptions sont d'environ 2,000 francs, sans compter ce que nous réserve l'avenir.
M. le Trésorier vous propose de placer en obligations du Crédit foncier 5 0/0 ou en rentes 3 0 0 les sommes représen- tant les souscriptions perpétuelles, c'est-à-dire S,000 francs j le surplus restera dans sa caisse ou sera déposé au Crédit foncier.
Tels sont, Messieurs, le résumé do notre histoire et l'état actuel de notre Société
L'administration provisoire, avant de se démettre, vous prie de vouloir bien ratifier les engagements pris par elle.
Il a été annoncé qu'une séance solennelle serait tenue dans le mois de mai prochain, à laquelle seront convoqués les ap- prentis et les enfants des manucfactures, garçons et filles patron- nés et pourvus de livrets en règle.
Dans cette séance, il sera fait une distribution des récom- penses qui auront été votées par votre Conseil.
Les Bulletins paraîtront régulièrement tous les deux mois; la matière en est assurée.
Plusieurs articles sont déjà en préparation :
1" M. Guillaume Guizot. — État de la question en Angleterre.
2'' M. Délerot. — Les Lois et les Fondations de l'Allemagne.
3° M. Hayem (Julien). — Jurisprudence des Prud'hommes, d'après le relevé des six dernières années.
4" M. DE Coulonges. — Patronages des garçons dans le dé- partement de la Seine.
go ]y|ue Payen. — Patronages des jeunes filles dans le dépar- tement de la Seine. 6" M. CoRNUDET. — Internats manufacturiers. 7° M. Chaulin. — Patronages institués par les patrons.
S" M. Matiueu. — Les Apprentis des Compagnies de chemins de fer.
— C3 —
9 M. Blache fils. — L'enfant employé au travail manuel, sous le rapport des aptitudes physiques, de l'hygiène, des ma- ladies et dangers inhérents aux professions.
Outre ces articles, qui donneront à notre Bulletin tant de re- lief et tant d'intérêt, il nous a été également promis, au profit de notre Société, un sermon du P, Hyacinthe et une confé- rence de M. Baudrillart, sur la question qui nous intéresse.
Vous allez, Messieurs, entendre Id lecture du rapport de M. Délerot sur les Pensions cV Apprentis : je dois, à cette occa- sion, vous signaler le zèle avec lequel M. Baude, Inspecteur général des ponts et chaussées, notre éminent collègue, a solli- cité de la bienveillante administration des chemins de l'Est un laisser-passer qui a permis à notre Secrétaire du Bulletin de visiter les Pensions d'Apprentis de Strasbourg, Mulhouse et Nancy. Nous aurons quelquefois occasion de recourir ainsi à l'obligeance des Compagnies de chemins de fer ; nous espth-ons qu'elles se montreront aussi libérales que l'a été la Compagnie de l'Est.
A peine notre Société est-elle formée, que déjà elle a ses tristesses: je ne puis terminer. Messieurs, sans vous deman- der un témoignage sympathique pour notre regretté col- lègue, M. Sommier, l'un de nos premiers, l'un de nos plus ardents souscripteurs : ce nom honorable ne disparaîtra pas de notre liste; 31. Sommier fils a demandé son inscription im- médiate.
L'assemblée a écouté ce compte rendu avec l'intérêt le plus soutenu, et a donné à M. le Secrétaire général les marques d'une approbation unanime. Les comptes d:? M. le Trésorier se trouvent ainsi ratifiés, et les proposi- tions de M. le Secrétaire général (l).
(Ij Les noms des Membres perpétuels et des personnes qui, dej)iiis la pu- blication du Bulletin n" I, sont devenus nos adhérents, n'ayant pu être pro- clamés en séance, à cause de leur nombre trop considérable, se trouvent à la fia du présent numéro.
Sur l'invitation de M. le Président, M. Déleuot, Secré- taire du Comité du Bulletin, donne lecture du rapport suivant sur les Pensions (F Apprentis:
Messieurs,
Parmi les procédés ([ue votre Société emploiera pour amener de sérieux, progrès dans la situation des enfants qu'elle a pris &0US sa protection, un des principaux doit être la description précise des institutions déjà existantes à l'aide desquelles, sur certains points de la France ou de l'étranger, une misère, une souffrance particulière a été adoucie ou supprimée. — Nous faire les dénonciateurs du bien, voilà un de nos premiers devoirs. — Nous devons nous tenir au courant de toutes les idées que la science économique ou que l'instinct de la charité découvre chaque jour, pour leur donner toute la publicité dont nous dis- posons et, s'il est possible, les transporter immédiatement par- tout où elles peuvent recevoir une heureuse application. — Quoique votre ambition soit modeste, puisque vous bornez votre protection à un seul groupe de la classe ouvrière, cependant, même sur ce domaine en apparence assez étroit, les problèmes qui se présentent à vous sont de la nature la plus complexe. Ce n'est donc pas une seule formule qui pourra les résoudre : la variété des moyens à mettre en pratique doit répondre à la diversité extrême des difficultés que vous rencontrerez successi- vement, à mesure que vous pénétrerez davantage au cœur de la question industrielle si importante sur laquelle se porte votre étude. Dans une population comme la nôtre, for- mée de tant d'éléments divers, aucun problème ne sup- porte une solution simple : il faut renoncer à l'absolu dès qu'on s'occupe de l'économie sociale avec le désir de l'améliorer sans rien renverser brutalement. Notre réunion ici prouve que nous sommes tous persuadés qu'il y a dans l'organisation de l'industrie, relative aux enfants, de graves imperfections à faire disparaître, mais, pour les faire disparaître, aucun d'entre nous n'a de panacée à proposer et à faire accepter. C'est donc avec ime égale sympathie que vous accueillerez les pensées qui vous
I
— Go — seront soumises, de quelque côté qu'elles viennent, pourvu tou- tefois qu'elles aient la qualité suprême à vos yeux : la facilité d'application.
C'est cette qualité qui recommande essentiellement les Pws/onv iV Apprentis, établissements dont je dois vous entretenir au- jourd'hui. Ces établissements sont venus jusqu'à présent aii secours des enfants les plus misérables, les plus délaissés, et, sans les soustraire artiricielleraent au milieu naturel de travail où ils doivent vivre plus tard, ils leur ont donné une instruc- tion et une éducation qui ont fait d'eux des artisans accomplis, par conséquent des hommes heureux; car une des conditions les plus certaines du bonheur et du repos de l'esprit, c'est de se sen- tir au premier rang dans la classe, quelle qu'elle soit, où la desti- née nous a placés. Cet avenir est celui que prépare à l'enfant h Pension d'Apprentis, parce qu'elle le conduit jusqu'à la iin extrême de l'adolescence en le maintenant à l'état normal, je veux dire le corps et l'esprit dans leur juste et naturel équilibre. C'est là tout ce que vous demandez. V'ous ne voulez en aucune façoi' créer pour l'enfance ouvrière le liroit au repos absolu, qui serait le plus mauvais début et la plus mauvaise préparation pour unt* existence laborieuse ; vous ne prétendez pas davantage enlever à l'industrie des secours auxquels elle est habituée et dont elle ne peut guère se passer; vous désirez simplement ([ueles enfants obligés de travailler travaillent, mais sans cet excès qui réagit sur toute leur existence en compromettant leurs forces physiques trop surmenées et en atrophiant leur esprit laissé trop inerte. Vous désirez que le jeune ouvrier, qui arrive à l'indépendance et devient maître de son avenir, entre dans la vie de la liberté avec ce qui seul fait l'homme libre : l'exercice facile et habituel de la réflexion; or, c'est l'instruction régulière et persévérant*? qui seule peut assurer à l'intelligence le jeu de ce ressort, en le mettant dès le début chaque jour en mouvement. — Vous êtes tous convaincus que, dans notre temps surtout, c'est une néces- sité impérieuse qui ordonne de faire jaillir de l'esprit populaire toutes les saines énergies qu'il recèle, et de lui donner toute la sagacité dont il est capable. Si les vœux qui vous animent se réalisent, si la population ouvrière tout entière reçoit un jour, dès l'enfance, la culture attentive que vous voudriez lui voir accorder, nous pouvons affirmer que les générations qui vien- dront après nous échapperont en grande partie aux épreuves si
dures et aux déceptions si anières que nous avons dû traverser. L'enfant, dit le proverbe, est le père de l'homme : nous avons donc un moyen facile de voir dans nos ateliers, en majorité im-, mense, les hommes de sens et de cœur, c'est de veiller avec un soin intelligent et généreux au développement de l'enfant- ouvrier.
Ainsi font les administrateurs de ces Pensions d'Apprentis, qui sont si rares en France et qui devraient être si nombreuses.
La Pension d'Apprentis est une maison où sont élevés et ins- truits des apprentis de professions diverses, qui s'en vont chaque jour travailler au dehors chez leurs maîtres respectifs et ren- trent à la pension pour les heures de repas et les temps de repos. L'avantage immense de cette organisation, c'est de con- cilier avec la plus grande facilité ce qu'on a cru si longtemps inconciliable : l'enseignement simultané de l'esprit et de la main. Le problème de l'enseignement professionnel trouve là, pour une partie considérable des enfants de l'industrie, une solution d'une simplicité extrême et d'une souplesse parfaite. En effet, l'enfant est chaque jour à son atelier et chaque jour à l'école ; il est ouvrier et élève en même temps; les deux rôles se succèdent régulièrement sans se nuire, et bien loin de là, en se prêtant mutuellement le plus puissant secours : l'enfant est meilleur ouvrier le jour parce qu'il est instruit chaque soir, et il est mieux instruit le soir, parce qu'il dirige ses études dans le sens du métier qu'il a pratiqué sérieusement toute la jour- née.
Permettez-moi, Messieurs, de vous donner en quelques traits rapides une description sommaire de quelques Pensions d'Ap- prentis que j'ai \isitées , sur l'indication de notre dévoué Se- crétaire. Je n'ai été dans cette circonstance que son très-mo- deste délégué, et c'est à lui que vous devez reporter ce qu'il peut y avoir d'utile et de juste dans ce rapport.
La première Pension d'Apprentis dont je^dois vous parler est celle de Strasbourg : elle a pour elle le droit de l'ancienneté et peut-être même de l'invention. Elle a aussi ce caractère d'avoir réussi à faire des ouvriers ou même des artistes très-distingués avec des enfants placés dans les conditions les plus déplorables. En appliquant ses règlements à des enfants placés dans les
— 07 — conditions habituelles, le sutcès soruil donc l>ien plus certain encore.
L'établissement de Strasbourg, <{ui porte le nom d'École des Arts et Métiers, a été fondé en 18-2o pai' quelques israélites à l'esprit large et au cœur bienfaisant; qui voulaient relever leur race aux yeux de la population alsacienne, en arrachant leurs coreUgionnaires pauvres à des habitudes séculaires de petit tratîc peu estimé. Ces habitudes étaient dues chez les Juifs à l'ancienne législation, qui leur interdisait à peu près toute car- rière, sauf le commerce. Cette législation a disparu, mais les vieilles mœurs ont survécu. Pour les combattre et donner à la race juive pauvre le goût du travail manuel et de l'industrie, une société de bienfaisance se forma ; elle alla dans les familles les plus malheureuses, dans les moindres villages, chercher des enfants qu'elle sentait voués d'avance à la mendicité ou aux trafics du brocanteur, et résolut de faire d'eux des ouvriers. Pour cela, il fallait d'abord les mettre en apprentissage, mais il fal- lait en même temps exercer sur eux une active surveillance ; car, si on les avait abandonnés à eux-mêmes, on était à peu près sùi- de les voir bientôt échapper à la règle nouvelle qu'on voulait leur imposer. De là vint l'idée de les réunir dans une maison où ils recevraient chaque jour des soins, des conseils, des leçons, et qu'ils ne quitteraient que pour se rendre à l'ato- lier. Cette œuvre, d'abord ti'ès-humble, et qui commença avec cinq ou six petits délaissés, n'a cessé de grandir. Reconnue en lb47 comme établissement d'utilité publique, elle est installée aujourd'hui dans une maison tres-confortable, léguée par feu M. Ratisbonne, un de ses fondateurs. Elle compte une moyenne de soixante pensionnahes. D'après 11:1 des derniers rapports, je vois que, sur cinquante-six enfaLts, û y avait neuf serruriers, sept liUiographes , chiq iraprimeia--,, deux mécaniciens; les autres étaient ébénistes, tapissitrô, cordonniers, boulangers, chaudronniers, etc. Les professions sont donc en même temps très-variées et très-bien choisies, er. ce sens qu'elles sont parmi celles qui échappent le mieux au chômage. — Les enfants sont admis vers douze ou treize ans. Les places, étant recherchées, sont données au concours. Les épreuves, qui résument et constatent l'enseignement primaire élémentaire, consistent en une dictée français et en allemand, une analyse grammaticale, une lec-
ire à haute voix, des problèmes sur les trois premières règles d'à-
— 68 —
rithmétiquc. — Un classement étant fait d'après ces examens, le comité d'examen compare les certificats d'indigence, qui exercent l'inflaence la plus considérable sur les choix. Les orphelins ont un droit qui prime tous les autres. Ce concours se fait en pré- sence des familles; dans le principe il a fallu, pour ainsi dire, « aller leur arracher les enfants (1); » ils sont maintenant amenés avec empressement et reconnaissance. Malgré le désir de pro- noncer le plus d'admissions qu'il est possible, tous les ans il faut en ajourner un certain nombre, pour ne pas trop charger un budget modeste. Une fois admis, l'enfant est entretenu, nourri et instruit pendant tout son apprentissage, qui ne com- mence pas immédiatement dès son entrée ; pendant quelques mois, on garde l'enfant toute la journée à la pension pour le fortifier dans ses connaissances, noter ses dispositions, étudier ses goûts, afin de lui faire choisir avec réflexion le métier qu'il doit apprendre et sans doute garder comme le compagnon et le soutien de toute sa vie. — Quand l'apprentissage est terminé, l'apprenti devenu ouvrier a le droit de rester encore à la mai- son trois mois , pour que le salaire qu'il gagne pendant ce temps, et qu'il économise tout entier, lui compose un petit pé- cule. 11 a dû déjà, pendant son apprentissage, mettre de côté es légères gratifications que les patrons accordent volontiers chaque semaine aux apprentis dont ils sont contents; l'école Idonne de plus des prix d'apprentissage en argent aux sujets les mieux notés ; le bon apprenti peut donc commencer sa carrière d'ouvrier avec une somme suffisante pour aider ses débuts. — Dans toutes ces dispositions, vous reconnaissez l'esprit le plus pa- ternel et les précautions les mieux conçues pour que l'apprenti soit comme forcé, en dépit de toute mauvaise influence pos- sible, de prendre le bon chemin. 11 part avec un peu d'argent et, ce qui vaut mieux, avec l'habitude de l'épargne, qui est la plus sûre garantie de son indépendance future; car on l'a ré- pété sous toutes les formes, et une voix pleine d'autorité le disait encore dernièrement : « Si pour l'ouvrier l'affranchisse- ment est jamais possible, l'épargne en est le chemin unique et nécessaire (2). »
(1) Rapport de M. Masse, président du comité.
(2) Revue des Deux-Mondes, 1" janvier 1866. Les Sociétés coopératives, par M J. Simon.
J'ai dit que le budg^et qui suffit à faire tant do bien était mo- deste : encore aujourd'hui, il n'autorise qu'une dépense de 13 à 16,000 francs. Cette somme est fournie en grande partie par des souscriptions de personnes bienfaisantes, appartenant à tous les cultes. Le Conseil général, les Conseils municipaux de Stras- bourg et de plusieurs communes du département, des Sociétés de charité, accordent des allocations annuelles. Les anciens ap- prentis parvenus à l'aisance, grâce à l'éducation reçue dans l'école, deviennent ses soutiens et lui envoient leur tribut. Il a été reçu des souscriptions de ce genre qui arrivaient de Ne\\- York et de la Californie : la joie la plus vive, la fierté la plus juste, ont accueilli ces témoignages de reconnaissance qui avaient traversé l'océan ; car ils attestaient à l'humble école cachée dans une petite rue de Strasbourg qu'aux extrémités même du monde elle était aimée et bénie. — D'autres bienfaiteurs de la ville adressent des dons en nature, comme sacs de légumes, étoffes, bois, etc. Certains élèves, dont les parents ont quelques res- sources, paient une partie de leur entretien. D'autres pensions sont payées entièrement par ries personnes cliaritables, qui élèvent ainsi avec la plus grande facilité un ou plusieurs pupilles auxquels ils s'intéressent. — En Alsace et en Lorraine, beaucoup de familleS; à chaque événement heureux ou malheureux qui survient pour elles, ont l'habitude de faire partager leur joie ou d'adoucir en quelque sorte leur douleur en faisant un don charitable important ; l'École des Ai'ts et Métiers profite souvent de cet usage ; elle a été aussi inscrite plus d'une fois sur des testaments. Ces recettes extraordinaires ne sont pas appliquées à l'entretien annuel; elles sont placées et forment aujourd'hui un fonds inaliénable de 4o,000 francs, capital qui, placé sur l'Etat, donne des revenus à l'abri de toute vicissitude. A ces ressources on doit ajouter la maison, qui appartient à l'œuvre, et dont une partie est louée. — La situation financière est donc bonne. — Depuis 48o8, le capital inaliénable a doublé. Il y a là un témoignage nouveau et frappant de cet élan universel qui. depuis quelques années surtout, pousse les classes éclairées et aisées à développer rapidement les institutions qui moralisent par le travail. L'école de Strasbourg remplit admirablement cette condition. Les exemples d'ouvriers élevés par elle et qui sont de- us infidèles à ses leçons sont extrêmement rares; ert revanche, peut montrer une longue liste d'ouvriers qui se sont créé
— 70 — une position excellente et qui, sans son secours, auraient le plus souvent continué à traîner dans la médiocrité ou dans la misère une existence errante, peu honorée et peu honorable. — Les anciens apprentis, devenus patrons influents, sont répandus un peu dans toute la France; dans plusieurs villes importantes, ils se sont faits les correspondants de l'Ecole de Strasbourg, et ils guident et soutiennent les anciens élèves qui leur sont adressés : l'ouvrier peut ainsi faire son tour de France sans la moindre in- quiétude. — A Paris, le correspondant est M, Stern, graveur, qui a si bien profité des le(,'X)ns de dessin de l'école, qu'il porte aujour- d'hui le titre de graveur de l'Empereur. Il témoigne noblement sa gratitude à la maison tutélaire qui l'a élevé en se faisant le protecteur bénévole des ouvriers qui arrivent ici. Grâce à lui, ils trouvent tout de suite de bons conseils et un appui dévoué : mis au courant de la situation de leur industrie, ils sont rapi- dement placés ou établis.
Ces résultats si remanjuables sont dus à l'excellente organisa- tion de l'école, organisation qui est née de l'expérience, s'est modelée sur la nature des choses, et ne tombe dans aucun excès. — L'enfant se.lève à S heures et demie en été, à 6 heures en hiver. Après la prière et la toilette, il se rend chez son pa- tron ; à 8 heures (c'est l'usage à Strasbourg), il vient à la pen- sion manger une soupe et emporte un morceau de pain ; — à midi, il revient i)Our le dîner, qui se compose de viande et de légumes, et s'en retourne avec un morceau de pain pour le goûter de 3 heures. Le soir, à 7 heures, il rentre pour la der- nière fois de l'atelier ; à 8 heures est le souper, qui se compose de soupe et de légumes; après le souper s'ouvre l'école, dont les cours durent une heure ou une heure et demie, et à 10 heures sonne le coucher. — Les courses que l'apprenti fait dans la journée entre la pension et l'atelier sont excellentes et hygiéniques, à la condition qu'elles ne deviennent pas une occasion de vagabondage périodique, et toutes les mesures sont prises pour éviter cet inconvénient. Le retard à la soupe est puni d'abord par la disparition même de la soupière, qui ne revient jamais en arrière, sans compter d'autres punitions dis- ciplinaires plus ou moins graves, suivant le retard. J'ai assisté plusieurs jours aux repas et aux leçons : les apprentis sont aussi assidus, aussi actifs aux uns qu'aux autres, et c'est un vrai plaisir de voir tant de bonne humeur, de bonne santé avec
tant de travail et de docilité. J'avoue que, pour la tenue, pour la convenance, je n'ai aperçu aucune ditiërence marquée entre cette pension, où des apprentis pauvres se préparent à devenir de bons ouvriers, et les pensions où les fils de la classe aisée se préparent aux professions libérales; c'est là un triomphe rare, car c'est réaliser la vraie égalité, celle qui élève.
Ce n'est pas de lui-même et sans etfort persévérant qu'un éta'olissement paieil peut conserver son caractère; rien ne se t'ait tout seul, et sans parler de l'argent, qui a parfois manqué, il faut pom* réussir plus que des souscriptions annuelles, il faut du dévouement de tous les jours. Cette monnaie invisible est la plus indispensable pour l'œuvre, c'est elle qui la soutient véritablement et la fait durer. Si l'École de Strasbourg fait de bons ouvriers, c'est surtout parce qu'elle a de bons administra- teurs, qui savent unir une discipline ferme à une cordialité sympathique. Le règlement est habilement rédigé, mais il se- rait bientôt lettre morte, s'il n'était incarné dans quelques hommes de cœur, qui chaque jour s'occupent de l'œuvre {ju'ils ont choisie pour satisfaire ce besoin inné de bienveillance qui dort dans bien des âmes, mais qui peut se réveiller dans toutes, et qui, dans quelques-unes, est ardent comme une passion. Les hommes distingués qui administrent l'Ecole de Strasbourg, avo- cats, médecins, fonctionnaires, rentiers, forment un comité de 7 membres, entre lesquels se pai-tagent les diverses surveillances. Chacun a choisi celle qui convient le mieux à ses goûts et s'ac- corde le plus facilement avec ses occupations. — Les uns, comme Inspecteurs d'ateliers, sont chargés de faire des visites fréquentes à Tentant dans son atelier même, et, devant ses ca- marades , ils interrogent en détail le patron sur sa conduite et sur ses progrès. Il a été constaté que ces visites étaient d'un eflFet excellent non-seulement sur l'enfant, mais sur l'atelier tout entier. Cette preuve de protection intime et de sympathie persévérante, donnée au plus faible de l'atelier par un homme honorable de la ville, exerce sur les patrons et sur les ou^TÎers une influence très-utile. Sans même s'en rendre compte, ils se sentent entraînés à s'associer pour leur part à cette protection désintéressée dont l'enfant est l'objet, et ils se laissent moins fa- cilement aller à ces rudesses de la mauvaise humeur, à ces injus- tices de la colère dont l'entant apprenti est si souvent la vic- time de la part de ceux qui lui commandent. Ces duretés
— 72 —
imméritées sont parfois la cause la plus directe de la répu- gnance que tel entant aura prise pour son travail, et cette ré- pugnance est le commencement de la plupart des destinées malheureuses. — L'enfant, au contraire, qui peut à chaque instant recevoir dans son atelier la visite de son inspecteur, a son amour-propre excité; il veut se sentir digne de l'espèce de privilège dont il jouit, il est plus laborieux et par consé- quent plus aimé du patron. Et, en effet, les apprentis de Y Ecole, de travail sont extrêmement recherchés à Strasbourg; on se les dispute presque, ce qui permet au Comité de n'accorder les enfants qu'aux patrons dont il est sûr à tous les points de vue. Cette faveur accordée aux enfants de l'école est d'autant plus flatteuse que les obligations du culte juif forcent les administrateurs à mettre dans les conditions du contrat d'apprentissage le chômage du samedi et de certaines fêtes assez longues. Malgré la gêne que cette condition toute parti- culière peut apporter, les patrons gardent la préférence aux apprentis de l'école, parce qu'ils aiment infiniment mieux un peu moins d'heures de travail et plus de docilité et d'intelli- gence.
Tel est le rôle des Inspecteurs d'ateliers.
Les Inspecteurs des études sont chargés de la surveillance des cours, qui se font chaque soir dans l'intérieur de l'établis- sement.
Ces cours sont faits par des professeurs de la ville, et ils sont en si bonne réputation qu'un certain nombre d'enfants pauvres étrangers à la maison et au culte Israélite ont demandé et obteim la permission d'y prendre part. — Les leçons données ont pour objet l'orthographe, le calcul, l'histoire, la géographie,, la géométrie industrielle, le chant, les deux dessins, linéaire et d'imitation. C'est donc un ensemble de connaissances déjà assez complet que l'enfant reçoit, et certains apprentis, par exemple les mécaniciens et les lithographes, exécutent des dessins qui sont vraiment excellents.
Un autre membre du comité, désigné sous le titre de Régis- seur, veille sur l'administration intérieure de la maison. Un trésorier, un secrétaire, un président, ont des fonctions qui s'ex- pliquent par leurs noms. — Le service médical est fait en ce
moment par un membre du Comité. Le service religieux est confié à un des aumôniers du collège de la ville (1).
Sous les ordres de ce Comité supérieur, essentiellement gra- tuit, est placé un Surveillant payé qui habite la maison avec les apprentis, maintient la discipline et fait exécuter tous les règlements. C'est lui qui est, pour ainsi dire, le maître de pen- sion. Le choix de ce surveillant est évidemment de la plus haute importance pour le succès de l'éducation des enfants. Les membres du Comité contrôlent, inspectent, mais le sur- veillant est toujours présent, et de son caractère, de ses habi- tudes doivent dépendre forcément l'allure générale de la maison et jusqu'à un certain point le mode de développement des ap- prentis. Il est le modèle sur lequel ils se régleront en partie, et ses exemples quotidiens auront toujours plus d'influence que tous les avis. — De plus, c'est lui qui fait les achats et sur- veille les domestiques chargés de la préparation des repas. 11 faut donc que sa probité et sa moralité soient parfaites. — Jusqu'à présent, l'école de Strasbourg a été assez heureuse pour trouver des hommes dignes de cet emploi si honorable. Elle a gardé son ancien directeur pendant vingt-cinq ans; il «tait marié, et sa femme s'associait à lui pour soigner les en- fants. Le Comité fait maintenant une pension de retraite à ces deux septuagénaires.
Dans ses fonctions, le Surveillant est aidé très-activement par les apprentis les mieux notés, qui portent les grades de Sergents -et de Caporaux. Le système des récompenses et des punitions est celui des lycées. D'un côté: des prix, des grades; de l'au- tre, les privations de récréations, de promenades, le pain sec, le cachot, la réprimande publique et enfin l'exclusion.
Tel est dans ses traits les plus saillants ce véritable collège professionnel, qui a aujourd'hui conquis en France une réputa- tion méritée. — Il a reçu la visite et les plus vifs éloges du Ministre de l'Instruction publique, M. Duruy, du directeur du Conservatoire des Arts et Jlétiers, M. le général Morin; de tous les recteurs et préfets qui se sont succédé à Strasbourg, no-
(1) Les membres actuels du Comité sont: MM. Masse, avocat; Heymann Weill, négociant; Levy, docteur en médecine; Strauss, greffier du Tribunal de Commerce; Netter, médecin major; Worms, contrôleur des conlributio7is directes; Henri Rat'sbonne, rentier; Weill Gœtz, directeur de Vusine à gaz
taniment de M. Migneret, aujourd'hui conseiller d'État et l'un de nos vice-présidents. — L'établissement est fier de sa renom- mée (1), et le Comité veut la justifier en développant et en for- titiant ses cours. Son ambition est en ce moment de pouvoir former de bons contre-maîtres dans les professions qui exigent les connaissances les plus étendues, telles que celle de mécanicien.
Parmi les services que celte œuvre a déjà rendus dans le passé, il faut mettre au premier rang la naissance de V École de Mulhouse, qui s'est organisée en 1842 à l'imitation de l'École de Strasbourg, et qui aujourd'hui est dans une voie égale de prospérité. Une bonne idée sociale qui vivait dans le voisinage de Mulhouse devait naturellemeut être attirée et prendre racine sur cette terre oîi fleurissent tant d'admirables institutions po- pulaires. Déjà au XVI® siècle, Montaigne, passant à Mulhouse, alors petite république de Mulhausen, disait « avoir pris un plai- sir infini à voir la liberté et bonne police de cette nation. » Le même plaisir attend encore tout voyageur qui passe par les traces de Montaigne, car les vieilles traditions d'équité et d'indépen- dance sont restées vivaces et fécondes au cœur de cette popu- lation, qui a le rare bonheur d'être dirigée par quelques grandes familles, oii les pères transmetlent aux enfants, comme le legs le plus précieux de leur héritage, la noble inquiétude du per- fectionnement social. — Aussi, suivant le mot d'un illustre pu- hliciste, « c'est peut-être à Mulhouse que nous devrons la régé- nération de nos mœurs industrielles. « — L'instinct pratique de cette ville se manifeste pour nous dans les modifications qu'elle a apportées à l'Ecole de Strasbourg. L'ensemble de l'or- ganisation est analogue, et repose sur les mêmes principes; je n'y reviendrai donc pas ; la seule différence que je veuille signa- ler, c'est que le Comité a choisi pour Surveillant uu Instituteur qui peut non-seulement assurer la discipline et soigner l'éduca- tion des enfants, mais aussi concourir pour une large part à leur instruction. De cette façon, le Directeur, se trouvant en relations plus constantes, plus variées, plus complètes, avec les
(1) Art. 3G du Règlement intérieur, lu tous les samedis à haute voix par un sergent : « L'École s' étant attiré l'estime générale au point d'avoir été » citée comme école modèle par les ministres de l'Empereur, les élèves » doivent se faire uu point d'honneur de maintenir toujours celte haute ré- » putation par leur zèle et leur bonne conduite. »
apprentis, jîeut prendre sur eux plus d'empire et par conséquent laisser sur leur esprit une influence plus durable ; or c'est là l'essence môme de l'éducation : le maître a réussi quand il a su graver dans l'âme une empreinte qui ne s'effacera pas. — L'instituteur placé à la tête de l'École de Mulhouse, M. Gimpel, est un homme d'une activité rare, d'une habileté et d'une expé- rience extrêmes, et il a donné à l'établissement qu'il dirige une régularité et une précision de mouvement qu'on ne saurait assez louer. — Dortoirs, salles d'étude, réfectoires, tout révèle les soins attentifs de 31. Gimpel et aussi de M"^ Gimpel, qui s'associe à son mari pour la surveillance intérieure. — Une bibliothèque déjà assez nombreuse a été tonnée et les enfants y puisent avec avidité : l'ou- verture de la précieuse armoire aux livres est attendue par eux, comme pour nous est attendu an théâtre le lever du rideau. — Dans une salle spéciale sont rangés, à côté de dessins qui sont un des produits de l'école du soir, une foule d'objets manufac- turés qui sont des produits de choix de l'atelier. Le serrurier expose là une serrure sans défaut, le tapissier un coussin d'une souplesse irréprochable , le tailleur un gilet accompli, le méca- nicien quelque petit mécanisme de son invention, etc. — • Cette exjwsition si variée et si complète dans sa simplicité est, pour ainsi dire, le symbole pittoresque de l'institution et elle offre un coup d'œil qui ne s'oublie pas. — On regarde ces œuvres avec plus d'intéi-êt peut-être que les créations des ouvriers les plus in- génieux : dues à des mains d'enfant, preuves de leur habileté précoce, elles attirent à elles quelque chose de la sympatliie protonde que l'enfance laborieuse est toujours sûre d'exciter.
Le nombre des élèves est à Mulhouse moins considérable qu'à Strasbourg : il est de 40 en moyenne. La dépense annuelle s'élève à 12,000 francs. Les dépenses sont simplifiées par la générosité du président du comité, M. Lantz, qui fournit régu- lièrement le veloui"s des vêtements. Les recettes se composent de souscriptions, dons, subventions, revenus de capitaux placés et pensions d'élèves payant tout ou partie de leur entretien.
Sans entrer dans les détails de l'enseignement donné par M. Gimpel, enseignement si habile que depuis plusieurs années il n'est pas un seul apprenti devenu ouvrier qui ne se soit créé une position assurée, j'arriverai tout de suite au troisième éta- blissement que j'ai visité. Il n'a été fondé qu'en 1843, mais il
est le plus considérable par le nombre des pensionnaires. Il mérite comme ses aînés la plus sympathique attention, et est digne, lui aussi, d'être pris pour modèle, honneur qui du reste lui est accordé en ce moment même. Ce troisième établissement est la Maison des Apprentis de Nancy. Fondée par un prêtre charitable, organisée par de généreux et habiles administrateurs qui n'ont jamais hésité à faire les plus larges sacrifices pécu- niaires pour la soutenir, elle compte aujourd'hui 80 pension- naires. Elle en a compté jusqu'à 96, à une certaine époque. Sur les 80 pensionnaires actuels, S4 sont apprentis, et 26 sont uvriers. L'apprentissage se terminant vers quinze ou seize ans, les administrateurs ont pensé avec beaucoup de justesse qu'il était encore bien difficile à cet âge d'user sagement d'une absolue liberté, et ils autorisent les jeunes ouvriers qui méritent cette fa- veur par leur bonne conduite à rester dans la maison moyennant une rétribution de 16 francs par mois. Nourris, logés, blanchis, ils n'ont plus ([u'à s'entretenir de linge et de vêtements ; ils sont ainsi mis à même d'économiser très-vite sur leur salaire une somme qui peut servir à leur établissement, quand ils arrivent à l'âge d'homme. Ces 80 pensionnaires sont installés dans une maison qui revient à 80,000 francs. Elle a été ache- tée par le Comité, à ses risques et périls, et aujourd'hui elle est payée presque entièrement. Chaque année elle s'embellit, et pourtant on pourrait dire que rien n'y manque. Chapelle, dor- toirs, gymnase, buanderie, tout se fait remarquer par une tenue irréprochable. Le service intérieur est confié à trois sœurs de Saint-Charles, qui s'en acquittent à merveille. Deux ecclésias- tiques de mérite sont chargés de la direction. Le directeur en chef, M. l'abbé Villemet, est un homme d'une distinction par- faite, d'un dévouement complet, et les apprentis, au contact d'un maître pareil, ne peuvent s'empêcher de prendre des habi- tudes de langage et de conduite qui feraient honneur aux en- fants élevés dans les familles les plus attentives. Les directeurs sont secondés puissamment pour la surveillance à l'école et aux ateliers par le Comité administratif, composé de neuf membres, et présidé par M. Élie Baille, président de la Chambre de com- merce (1). Un soin minutieux est donné dans cette école à l'é-
(1) Les autres membres sont : 3I.M. Werlc, ancien négocianl ( fondateur j; Besval, ancien notaire; Geny, conseiller municipal; Edmond Élie, juge au
ducatioii morale, qui est l'objet d'une comptabilité particulière très-détaillée. Il est tenu un Grand-Livre de la discipline, sur lequel chaque pensionnaire a un compte ouvert par Doit et Avoir : là sont inscrites régulièrement ses bonnes notes et ses fautes. Le dimanche, à une heure, une séance publique est consacrée à l'examen des notes recueillies pendant la semaine : les appren- tis, la veille au soir, ont rapporté un bulletin où leurs patrons donnent des renseignements précis sur leur conduite, leur tra- vail, leur exactitude, et qui indique en même temps à quelle heure l'apprenti sort de l'atelier, y rentre, et quelles gratifica- tions il a reçues. Ces bulletins de semaine sont lus à haute voix. Quand l'élève a été mal noté, soit à l'atelier, soit dans l'inté- rieur de la maison, il est invité à se défendre et à. se justilier, s'il le peut; la punition, appelée réparation, n'est en général prononcée qu'après que l'enfant a reconnu lui-même l'avoir par- faitement méritée. Les punitions les plus graves sont la mise au « banc des mauvais apprentis » et l'isolement dans une chambre ouverte. Les jurés de ce tribunal hebdomadaire sont choisis parmi les meilleurs élèves; les juges sont les membres du comité. Cette espèce de confession libre , de jugement solennel, auquel viennent de temps en temps assister des per- sonnes notables de la ville, offre le spectacle le plus inté- ressant, parfois le plus touchant. La séance du dimanche con- tribue très-heureusement au développement moral des enfants : die maintient chez eux un sentiment énergique de l'honneur, et leur inspire le respect de la loi ; ils s'habituent à l'observer et apprennent peu à peu à l'aimer en l'appliquant eux-mêmes. La discipline trouve là un de ses appuis les plus solides.
Lorsque, pendant vingt-cinq semaines consécutives, un ap- prenti n'a mérité que de bonnes notes, c'est-à-dire a été sans re- proche à l'atelier et à l'école, il reçoit une médaille et 15 francs. La bonne conduite a aussi pour récompense l'obtention des grades auxquels sont attachés des droits de suneillance.
L'instruction est donnée avec le même souci de régularité ponctuelle. Les cours sont faits chaque soir par d'excellents maîtres de la ville, qui se contentent d'un traitement très-mo-
Tribuml de commerce; Duserre, id.; de Feblml, propriétaire; Harraant ancien rtcatre de Nancy fondateur); de 31eixmoron, fabricant d'instruments aratoires, et l'ahbé Mllemet, directeur.
diquc ou. niêine qui n'en acceptent pas. — Les dépenses annuelles s'élèvent environ à 25,000 francs, ce qui met le prix d'entretien de cliaque enfant à 340 francs. Les sources de revenus sont à peu près les mêmes que pour Miilliouse et Strasbourg; les allocations accordées par l'administration sont bien moins fortes ; on y sapplée à l'aide d'une loterie qui rap- porte de 5 à 6,000 francs. — Pendant plusieurs années, le budget s'est soldé par un déficit considérable ; mais les hommes de cœur, les excellents citoyens qui sont à la tête de cette mai- son ont senti leur ardeur de charité redoubler en face de ces difficultés: confiants, avec juste raison, dans leur générosité en cas de péril sérieux, ils ont persévéré, sans se laisser trou- bler par Les obstacles inattendus qu'ils rencontj'aient, et ils sont récompensés aujourd'hui de leur noble imprudence par une situation désormais assurée. La Maison des Apprentis est une fondation qui ne fera que grandir pour le bien de la ville qu'elle sert et qu'elle honore en même temps.
Outre ces trois grands établissements de Strasbourg, de Mul- house et de iNancy, qui sont l'objet spécial de ce rapport, il faut citer au premier rang, parmi les maisons de ce genre les plus remarquables en France, la Pension d'Apprentis d'Arras, dirigée par M. l'abbé Halluin. Pour vous en indiquer l'organisation, je n'ai rien de mieux à faire que de vous lire ce passage d'une lettre qu'il écrivait à noire secrétaire le 14 juillet 1865 : « Il y a dix- » huit ans environ, j'ai essayé de prendre avec moi quelques-uns » des enfants les plus abandonnés d'Arras, et de chercher à leur » faire apprendre des états tout en les tenant chez moi pour le lo- » gement, la nourriture, le vêtement, l'instruction. Je les envoie » travailler aux heures de l'ouvrier, chacun dans l'état qu'ils choi- » sissent, et chaque jour je visite quelques-uns de leurs ateliers » pour constater leur conduite, leurs progrès, leur docilité. Au- » jourd'hui le nombre de ces pauvres enfants est au moins de 260, » divisés à l'intérieur en quatre catégories : une centaine, de huit » à treize ans, restent toute la journée à l'établissement pour re- » cevoir l'instruction primaire donnée par deux frères de la » Doctrine chrétienne; — 70, de treize à seize ans, et 70, de )j seize à dix-huit, vont dans les ateliers comme apprentis ; — » les plus âgés, de dix-huit à vingt-cinq, vont également dans » les ateliers, mais en qualité de jeunes ouvriers. Quoique
— 79 —
» soumis à peu près à la même discipline intérieure, ces divers )) enfants et jeunes gens sont dirigés suivant leur âge et le besoin )) de liberté que les circonstances demandent. Sur 300 ou 400 sor- » tis, la plupart sont aujourd'hui des ouvriers qui gagnent hon- n nêtement leur \ie, et la plupart aussi ont conservé avec celui » qu'ils appellent volontiers leur père et leur bienfaiteur des re- » lations de conliance et d'amitié... Nos ressources sont le gain » des enfants, minime d'ailleurs, les pensions de quelques bien- » taiteui-s, les ressources de la Providence, qui ne manque pas )) d'encourager ceux qui se confient en elle. 11 1 a des moments » difficiles, mais enfin, grâce à Dieu, ceux qui nous entourent » voient les résultats et ne sont pas sourds aux besoins de ces » pauvres enfants. J'ai avec moi trois jeunes prêtres dévoués et ca- » pables, et voilà comment nous marchons, en espérant encore que » l'expérience et l'union nous feront mieux faire que par le passé. » Lyon nous offre une institution analogue, bien moins riche en élèves, mais également très-intéressante. La Maison d'Apprentis est, à Lyon, l'annexe et comme le second degré d'un oi'phelinat où les enfants, admis de trois à cinq ans, restent jusqu'à treize ou quatorze ans, pour recevoir l'instruction primaire et religieuse. A cet âge, ils passent dans l'école d'apprentissage, dirigée entière- ment par les Sœurs de Saint-Vincent de Paul, et administrée par un comité laïque. A Lyon comme à Ai-ras, la classe est faite non le soir, mais le matin, avant le travail et non après. Cette distri- bution de la journée nous parait très-heureuse; la leçon faite le matin doit être mieux écoutée, l'esprit étant tout frais et le corps reposé. « Les enfants se lèvent à o heures du matin, a bien )> voulu nous écrire un des administrateurs, 3L Brac de la Per- )) rière; après la prière, une leçon d'une heure et demie est don- » née par une sœur; à 6 heures 1 ':2, a lieu le déjeuner; à 7 heures ^> les apprentis partent pour les ateliers; ils en reviennent à » 7 heures 1/2 du son-. Une heure leur a été accordée dans » la journée pour leur repas, qu'ils emportent avec eux. — Le » patron paie à l'apprenti une rétribution progressive, qui s'élève » successivement de 0 fr. 2o à 1 fr. oO. — Après le souper, la » soirée est consacrée simplement à une causerie avec la supé- » rieure. Cette causerie maternelle du soir est considérée par » le Comité directeur comme un des éléments de succès les » plus importants de l'éducation des apprentis. — Le dimanche ^ a lieu l'inspection des lits, des habillements, etc. Après les
— 80 —
f> offices religieux, une leçon d'une heure est donnée par un » membre de la Société, qui commence par lire les notes de la » semaine. — Les dortoirs sont surveillés par un adjudant » laïque, placé sous les ordres de la supérieure. Cet adjudant » accompagne les apprentis aux offices, à la promenade, etc. » — Les notes de la supérieure et du patron sont reportées en » résultats généraux sur un livret qui est remis à l'apprenti à » la sortie de la maison, quand il en a été jugé digne. — Les » résultats sont complètement satisfaisants. Jusqu'ici le nombre » des apprentis a varié de quinze à dix-huit. Les ressources ne » permettent pas une extension plus grande. — Les sœurs sont » au nombre de trois. Les dépenses de 1863-18Ô6 ont été de » 7,722 fr. 3o. Les rétributions obtenues des patrons pendant le » même temps se sont élevées à 1,S53 fr. 50. — La dépense » pour l'œuvre est donc de 6,108 fr. 85. »
Vous voyez, Messieurs, par ces exemples divers, combien le principe de l'externat est fécond en combinaisons. Amiens, Nan- tes (1), Auxonne, Boulogne-sur-Mer, Metz, Versailles, nous pré- sentent d'autres maisons organisées sur un plan analogue, avec des nuances variées. Je crois en avoir assez dit pour vous faire apprécier la valeur des services multiples que ces institutions peu- vent rendre. Susceptibles des modifications les plus diverses, suivant les besoins auxquels elles auront à répondre, elles vien- nent combler une lacune essentielle dont nous avons soufiFert plus que nous ne le pensons. Que de malheureux et de coupables ont dû les tristesses et les chutes de leur existence à l'ignorance d'un métier, c'est-à-dire à l'absence d'un apprentissage régulier et surveillé pendant leur enfance! Le plus souvent, cette igno- rance était causée bien moins par une paresse native que par l'influence funeste du milieu où s'était écoulé leur premier âge. Dans les établissements que je vous ai décrits, ainsi que l'a très-bien dit M. Ratisbonne, de Strasbourg, << en même temps » que l'éducation d'ouvriers assure aux enfants une existence » indépendante, des connaissances variées leur ouvrent l'esprit, » et des principes de morale et de religion viennent épurer
(\] Cet établissement très-modeste, qui ne paraît pas avoir encore attiré l'attention de la ville de Nantes, est dirigé par ini vénérable abbé et recueille spécialement les petits ramoneurs.
» leur cœur et compléter pour eux le triple élément de tout » bonheur humain : l'aisance, l'intelligence et la moralité. » — Ouvrir de pareils asiles, c'est évidemment travailler à tarir une des sources les plus abondantes de la misère.
Cependant quelques objections ont été faites. Je dois les exa- miner avec vous. On a dit d'abord : « Vous êtes forcé de sépa- » rer l'enfant de sa famille, et la vie de famille sera toujours » préférable à la vie commune. » — Nous sommes tout à fait de cet avis: rien ne vaut le foyer domestique, quand il est pai- sible et honnête , et la pension n'est pas faite pour les enfants qui ont le bonheur de A-ivre dans une bonne famille où ils sont élevés et instruits avec soin. Mais en dehors de cette élite, n'y a-t-il pas une multitude d'enfants et d'adolescents qui peuvent gagner infiniment en vivant réunis sous une règle attentive ? N'y a-t-il pas des familles indignes de leur mission et des en- fants délaissés, et, dans ces circonstances, n'est-il pas mille fois préférable d'être élevé dans une pension bien tenue, surveillée par des comités d'hommes honorables, que de loger et de vivre au hasard, sans direction aucune, dans des ga nis le plus sou- vent infects, mal famés, et relativement très-coûteux? Un ob- servateur dont on ne peut contester l'exactitude et la pénétration, M. Le Play, l'a dit hautement: « En France, la classe la plus » pernicieuse pour la santé et les mœurs des ouvriers est celle » des cabaretiers, des logeurs et des aubergistes de bas étage; » elle exploite leur imprévoyance avec une finesse et une habi- ^ leté dont on se fait difficilement une idée quand on n'a pas » eu l'occasion d'observer leurs manœuvres (1). » — Qui peut hésiter à éloigner les jeunes ouvriers pauvres de ces refuges malsains où se tient si souvent une école mutuelle de vices?
J'irai plus loin, en disant que la vie dans une pension peut offrir plus de garanties pour l'apprenti que la \ie chez un pa- tron, qui est seul maître de l'enfant et qui trop souvent, vous le savez tous, fait de lui son petit domestique au lieu de 'lui ap- prendre consciencieusement son métier. — Un membre de votre Société dont vous connaissez et appréciez le talent, M. Lavollée, l'écrivait il n'y a pas longtemps: « A Paris, l'apprentissage » n'est pas ce qu'il devrait être. Les parents ne prennent pas
(1) Le Play. Les O'ivriers européens.
— 82 —
» les dispositions nécessaires pour assurer l'éducation industrielle » de l'enfant; les patrons ne se rendent pas compte des devoirs » qu'ils ont à remplir envers les apprentis, et ceux-ci sortent » trop souvent de l'atelier d'apprentissage n'ayant presque rien » appris, La surveillance n'existe pas. » Supposez, au con- traire, l'enfant logé et élevé dans une pension, et apprenant son métier chez un patron; le partage d'autorité entre deux maîtres différents amène forcément un contrôle mutuel quotidien qui empêclie les abus de part et d'autre: la surveillance est or- ganisée.
Il y a une classe d'enfants pour lesquels l'objection que j'ex- pose n'existe pas, et cette classe est une de celles qui méritent la plus vive sympathie: ce sont les orphelins ou les enfants abandonnés. Pour ceux-là, le bienfait des pensions ne peut être mis en doute, et eux seuls en justifieraient la création. Do nos jours, l'ouvrier adulte n'accepte plus aussi volontiers qu'autrefois l'appui de la charité, et cette susceptibilité nouvelle est l'indice de son progrès. Mais si l'aumône, de l'aveu général, a des dan- gers pour l'adulte, elle restera toujours légitime et sainte pour l'enfant sans soutien: elle trouve là une application inattaquable, car il y a chez l'enfant une insuffisance de forces et d'expérience, une faiblesse de capital physique et moral qui, pour la lutte avec la vie, constitue un déficit naturel permanent et nécessite une aumône ou plutôt une avance. Je dis une avance, car nous avons vu que parmi les apprentis élevés gratuitement à l'école de Strasbourg, beaucoup se font plus tard souscripteurs, corres- pondants, donateurs, et remboursent bien aa delà des frais qui ont été faits pour les élever.
En dehors des orphelins, je crois que, dans l'état actuel de nos mœurs, un grand nombre d'autres enfants encore doivent trouver place dans ces pensions : n'y a-t-il pas une foule d'hon- nêtes familles, pauvres, nombreuses et surchargées de travail, qui s'estimeraient très-heureuses, en payant une petite somme, de recourir à ces établissements pour l'éducation d'un ou de plusieurs enfants? Et, en effet, le caractère propre et la nou- veauté originale de ces institutions, c'est d'être l'application à la classe ouvrière d'un système d'éducation qui jusqu'à présent a été réservé à une classe plus aisée: les pensions d'apprentis doivent être complètement analogues aux pensions auxquelles les nécessités de leur profession obligent la plupart des com-
merçants de contier leurs enfants; seulement, ici, au lieu d'al- ler quelques heures au lycée, l'enfant ira une grande partie du jour à l'atelier. — C'est le même mode d'éducation approprié avec habileté à des situations différentes et pénétrant une nou- velle couche sociale.
Une autre objection est CL'lle-ci : « Des enfants ou des ado- » lescents qui ont travaillé il et 12 heures du y !ié-
» tiers souvent très-fatigants ont-ils encore le - de
)) forces pour suivre une leçon avec profit, et cette leçon d'une ) heure ou d'une heure et demie peut-elle leur laisser une ins- » truction assez solide, assez complète, pour leur donner ce .) goût durable de la culture intellectuelle qui est le n'ïultut h- » plus important de tout enseignement scolaire? ^> — L ici ne serait pas aussi satisfaisante qu'on le désiit ai:. rience constate que chez beaucoup d'enfants, d doués, cette heure suffirait presque, parce que k.- '^. .. .., .-. savent toujours découvrir et comme créer du temps pour l'é- lude, mais cependant il y a là un défaut réel. On peut l'atté- nuer beaucoup, comme à l'école de Mulhouse, en utilisant le dimanche, mais il faut surtout compter sur la diminution pro- bable de la journée de travail. Cette diminution profitera aux enfants comme à tout le monde.
D'après ce qui précède, vous êtes, je l'espère. M< -sieurs, d'ac- cord avec votre Conseil pour penser que la fondation de bonnes pensions d'apprentis est un des meilleurs services qu'on puisse rendre aujourd'hui à la jeune classe ouvrière. Elles seront utiles aux enfants appelés par leur situation à en profiter, en leur assu- rant une instruction complète et eu les gardant conire les dangers <|ui les menacent pendant toute la période de Tappren Lissage. — Plus que partout ailleurs, ces dangers sont à craindre à Paris, où tant d'industries sont soumises à des chômages inévitables. — ■ Pendant ces chômages, que deviennent les enfants ou les jeunes ouvriers trop abandonnés à eux-mêmes ? Pour ainsi dire malgré eux, la plupai't prennent lliabitude de l'oisiveté. S'ils étaient élèves d'une pension, ces lacunes dans le travail se- raient pour eux sans inconvénients : pendant les chômages ré- gulièrement périodiques, on pourrait leur faire suivre un second apprentissage et mettre ainsi, comme on dit, deux cordes à leur arc; pendant les cJiôîiia-es aceideniels. le vide niomcTUané dans l'atelier n'auiaiî la
— 84 —
salle de classe de la pension. — Le temps de l'apprentissage, si important dans la carrière de l'ouvrier, ne serait plus livré à tous les hasards qui le rendent aujourd'hui si périlleux pour tant de professions, et ce n'est pas au moment oii le fruit se noue qu'il serait le plus exposé à toutes les mauvaises in- fluences. — Les pensions d'apprentis ne seraient pas moins utiles aux patrons, qui se plaignent si souvent de ne plus trou- ver d'apprentis sur lesquels ils puissent compter. La petite et la grande industrie trouveraient dans ces établissements des ressources précieuses, car les pensions bien dirigées de- viendraient des pépinières constamment fécondes de bons ou- vriers bien élevés et soigneusement pourvus d'une instruction solide, en harmonie parfaite avec leur profession. — Ces pen- sions aideraient aussi à l'exécution de la loi sur le travail des enfants, loi qui ne peut être observée que si elle compte un peu partout des auxiliaires bénévoles et dévoués.
Malgré tant de qualités incontestables, ces établissements sont encore pour ainsi dire ignorés à Paris. Pour l'éducation en commun des apprentis pauvres, on ne connaît que les écoles destinées à un seul genre d'industrie, ou bien, dès qu'il s'agit d'industries diverses, les internats absolus et pour ainsi dire cloîtrés. Ces derniers établissements, qui se rapprochent de ceux dont nous nous occupons, reposent sur de tout autres principes. Ils ont rendu et rendent encore de très-grands . ser- vices, qui vous seront développés à une séance prochaine dans un travail spécial, mais ils me semblent moins généralement applicables. M. Elie Baille, président du Comité de la Maison d'Apprentis de Nancy, a parfaitement exposé les avantages du système, dont il est un des meilleurs organisateurs, dans une page que j'ai du plaisir à vous citer : « Pour l'instruction pro- » fessionnelle de vos enfants, disait-il aux souscripteurs de Nancy, » vous avez adopté l'externat ; vous avez inséré dans votre rè- » glement qu aucune profession ne serait enseignée dans votre » Maison, et vous avez bien fait ; car, en établissant dans l'inté- '•> rieur de la Maison des ateliers travaillant pour le public, vous » n'eussiez pu d'abord, et à grands frais, que réunir un fort » petit nombre de professions, et vous eussiez bientôt créé aux » maîtres ouvriers établis dans la cité une concurrence d'autant^ » plus redoutable que la vie en commun que vous faites prati- » quer permet de réaliser des économies que ne pourra jamais
— 85 —
» atteindre la vie de famille — Vous avez de plus fait éviter » à vos enfants un énonne danger, celui cCêtre élevés en dehon )> de la vie sociale, dans laquelle ils devront rentrer tôt ou tai-d, » et où ils auraient trouvé alors de tristes déceptions. — Avec » votre système mixte, l'apprenti, maintenu dans les habitudes » et les devoirs de la maison par votre continuelle surveillance, » conserve sa vie pure, contracte l'amour de l'ordre, de la so- y> briété et du travail, et n'en est pas moins en contact, dans les » heures consacrées à l'atelier, avec la vie oixiinaire du monde; » il peut en comprendre de bonne heure toutes les exigences » et les dangei's. Il sent bien vite que son avenir dépend de » lui; que, pour devenir un ouvrier habile, capable de gagner » honorablement sa vie, il faut qu'il obtienne, par son exacti- » tude, son intelligence, ses bonnes manières, la bienveillance du » maître qui doit l'instruire, et sans les conseils duquel il ne » peut rien. La vie assurée, facile, de l'intérieur de la maison » ne l'aurait jamais conduit à de pareilles réflexions. — L'ex- » temat sans doute n'est pas exempt de dangers : le choix » des maîtres auxquels on confie la jeunesse est délicat et péril- » leux; leur influence peut favoriser ou anniliiler vos efforts. » — Grâce aux sages prescriptions de votre Règlement , grâce » au dévouement que vous y apportez, grâce aux fréquentes vi- » sites dans les ateUers, les dangers diminuent, et l'apprentis- » sage, pour vous, rentre dans la catégorie de tous les traités, » qu'il faut faire avec prudence et réflexion (1). »
n semble difficile de contester la justesse de ces excellentes réflexions. Comment donc se fait-il qu'il n'y ait pas encore de pensions d'apprentis à Paris? Il n'en existe qu'une seule qui soit florissante, c'est celle que les Israélites ont fondée (rue des Singes) à l'imitation des écoles de Strasbourg et de Mul- house. Encore est-elle bien récente : elle date de I860, ne compte que 18 élèves, et n'est pas encore sortie de la période d'organisation. Les cours du soir ne se font pas encore dans la pension . -— Au Comité luthérien on doit également un essai très-louable (rue de Charonne), qui nous est signalé par M. de Triqueti, l'artiste aussi éminent par sa bienfaisance que par son talent ; mais là aussi l'entreprise est à peine à ses débuts.
[i] Rapport de 1S47. Page 8.
— 8G —
— Il y a quelques mois, les Sœurs de Saint- Vincent de Paul de la rue de Reuilly ont ouvert spontanément un asile pour les enfants les plus misérables du Papier peint, et déjà quelques lits sont occupés dans un dortoir improvisé par une charité aussi ardente qu'ingénieuse. — Voilà tout ce que Paris peut citer aujourd'hui. Heureusement, tout fait espérer d'heureuK progrès. Déjà un des premiers souscripteurs de votre Société, M. Piver, s'est vivement ému de cette situation, et il fonde en ce moment même une pension d'apprentis (rue des Fontaines, n° 5) . Vingt places sont mises à la disposition de fabricants, choibis parmi les plus respectables et les plus en renom, pour y recevoir vingt jeunes gens d'élite, destinés à des états sérieux et, autant que possible, sans chômage périodique. L'administra- tion sera coniiée à un Conseil composé du fondateur et des divers patrons. La direction intérieure est remise à un institu- teur, sous la surveillance de M. Blarguerin, directeur de l'école Turgot. L'instruction religieuse, que demande la loi, appar- tiendra, pour les catholiques, au curé de Sainte-Elisabeth.
Mais, en comptant môme cette fondation si récente, Paris reste encore bien loin de la province, car, en dehors des éta- blissements que j'ai nommés, elle doit bientôt en posséder un nouveau qui sera l'établissement modèle par excellence. C'est la ville de Tours qui va s'enorgueillir de ce privilège. Elle le doit à la générosité d'une testatrice, feu M'"° Tonnelle, qui lui a laissé tout son bien pour être employé en fondations charita- bles. Un vaste terrain et une somme qui dépasse 500,000 francs ont été expressément voués par elle à la construction et à l'en- tretien d'un pensionnat d'apprentis pour lequel, dit son testament, '( la maison de Nancy pourra servir de modèle en beaucoup de » points. » Les plans sont faits et adoptés par le conseil muni- cipal, présidé par M. Auvray, maire de Tours (1).
C'est une heureuse fortune pour votre Société d'avoir à si- gnaler une pareille fondation le jour de sa première réunion, et nous devons un témoignage solennel de gratitude à M'"® Ton- nelle,— ou plutôt, si nous voulons rendre à sa mémoire l'hom-
(1) M. Guérin, l'architecte, a bien voulu nous communiquer une copie de ce plan, que nous joignons à notre rapport. Cet établissement est en voie de construction; dès que sou installation sera terminée, il sera l'objet d'une étude spéciale dans le {?ullelin.
mage qui doit lui être le plus doux, prononçons ici le nom de son lils, Alfred Tonnelle, mort avant elle, à vingt-sept ans. — C'est ce nom qui sera inscrit sur la porte de l'Ecole des appren- tis de Tours: telle est la volonté expresse de la fondatrice. — Elle a voulu s'effacer pour que la reconnaissance publique consacrât le souvenir de cet enfant admirablement doué, autour duquel elle avait vu rayonner des promesses de célébrité, promesses anéanties tout à coup par la mort. Respectons donc les derniers désirs de cette touchante piété maternelle, et proclamons ici le nom du lils pour honorer et remercier la mère. — Alfred Ton- nelle est, du reste, je le crois, connu de plusieurs d'entre vous : le volume de ses œuvres posthumes publié en I808 a été jus- tement remarqué, et lui a donné une place distinguée dans ce groupe sympathique des jeunes talents que la mort vient faire taire avant même qu'ils aient parlé. — Si le nom d'Alfred Tonnelle n'est pas inscrit, comme il promettait de l'être, dans l'histoire de la littérature philosophique, il le sera du moins dans l'histoire de la charité : gloire moins bruyante, mais aussi en- viable. Une école ouvrière de cette importance est un vigou- reux appui donné au grand travail de perfectionnement social qui de nos jours s'accomplit de toutes parts sous nos yeux. Alfred Tonnelle, quoique mort avant d'avoir achevé l'œuvre qu'il avait préparée, aura donc laissé cependant une trace fé- conde et acquitté généreusement sa dette envers son pays. Il sera toujours cité parmi les fondateurs de l'enseignement pro- fessionnel primaire, le plus important peut-être, car c'est celui qui agit sur les masses les plus considérables. Votre Société do^t à Alfred Tonnelle ainsi qu'à sa mère un souvenir reconnaissant : tous deux ont pressenti et devancé vos vœux.
Cet exemple sera-t-il suivi? Il ne faut pas en douter. Cette belle fondation de Tours, faite sous des auspices si intelligents, doit être considérée comme l'inauguration et le début d'un genre nouveau d'institutions qui se popularisera de plus en plus en se phant aux exigences diverses qui se présenteront. De cette façon, au-dessous des hautes écoles qui, depuis longtemps déjà, sont destinées spécialement à former des chefs d'ateliers ou des chefs d'industrie (telles que les écoles de Châlons et de Lyon, l'école de tissage de Mulhouse, etc. ) , viendra se constituer une seconde catégorie d'établissements destinés à former des ouvriers et des contre-maîtres, c'est-à-dire le corps même de l'armée
— 88 —
industrielle. La hiérarchie sera ainsi complétée, et à aucun degré une lacune dans l'éducation professionnelle de l'enfance ouvrière n'amènera une lacune dans les forces de l'homme fait. — Les institutions destinées à la classe la plus nombreuse sont évidemment celles qui sont appelées à prendre le plus vaste développement. II y a donc là, pour les cœurs généreux et prévoyants, un champ nouveau et immense à rendre fertile en bienfaits, et nous devons avoir la certitude qu'il sera bien vite largement ensemencé, si l'initiative individuelle s'y applique avec énergie. C'est à elle qu'il faut surtout s'adresser, car elle est la vraie force, et d'ailleurs elle doit avoir à cœur de conti- nuer l'œuvre qu'elle a si bien commencée. Il y aura bientôt cent ans qu'un des ministres qui ont laissé dans notre histoire la renommée la plus pure, M. de Malesherbes, s'écriait : « Un » heureux enthousisame s'est emparé de tous les esprits et le » temps est venu où tout homme capable de penser... se croit » obligé de diriger ses méditations vers le bien public (1).» Cet heureux enthousiasme n'est pas mort; il a même gagné à vieil- lir : parfois, dans ses premiers et si admirables élans, il s'était égaré à la poursuite de fuyants mirages. Instruits par les le- çons d'une expérience parfois bien sévère, guéris de l'esprit de chimère par l'esprit d'observation, nous avons désormais des ambitions moins vastes et plus précises : aussi les réformes de l'apparence la plus humble sont estimées à une haute valeur quand leur effet est certain, car nous savons maintenant que la rénovation de l'ensemble d'une société n'est possible et du- rable que si elle est précédée de la rénovation de chaque in- dividu. De là l'importance extrême des œuvres dont je vous ai entretenus. Elles sont modestes, mais qu'elles deviennent nombreuses, et elles prouveront une fois de plus la puissance des petits forces accumulées. — A ces œuvres isolées nées d'elles-mêmes, votre Société doit accorder les plus vifs encou- ragements. Faciliter le développement de fJ^reilles œuvres, c'est là un des buts essentiels de votre association, car vous vous êtes groupés spontanément pour tendre une main amie à toutes es institutions et à tous les hommes dévoués à l'enfance ou- vrière. — En leur portant secours et' appui, vous travaillerez pour une forte part à cette application réfléchie et paisible des
(1) Discours de réception à l'Académie française, 1775.
I
— 89 —
idées économiques qui ont été élaborées dans la première moitié de ce siècle, et que la seconde cherche avec tant d'ardeur à réaliser. — H y a de tous côtés de chauds partisans du progrès. Votre Société est, pour ainsi dire, un appareil destiné à transformer cette chaleur en mouvement, c'est-à-dire les bons sentiments en bonnes actions, et les aspirations généreuses en fondations pratiques analogues à celles que j'ai eu l'honneur de vous décrire dans ce rapport. J'ai donc la ferme espérance que votre Conseil jugera digne de ses récompenses les établis- sements que j'ai visités en son nom. Honorer et signaler à la reconnaissance publique ces bienfaits du passé, c'est préparer et fah'e naître ceux de l'avenir.
Avant de prononcer la clôture de la séance , M. le Pré- sident adresse, au nom de l'assemblée et au sien, de vives et sincères félicitations à M. Délerot, dont l'excellent tra- vail inaugure d'une façon si utile et si digne à la fois les études de la Société.
Sur la proposition de son Président, l'assemblée décide qu'une députation désignée par le bureau sollicitera Thon- neur d'être reçue par S. M. l'Impératrice, pour lui offrir l'expression respectueuse de la reconnaissance de la So- ciété pour la faveur unique dont elle a été l'objet, et dont elle espère se montrer digue par son zèle et ses efforts.
(La séance a été levée à trois heures et demie.)
— 90 —
DÉPOUILLEMENT DE LA CORRESPONDANCE
PAR LE SECRÉTAIRE
Des lettres d'excuses ont été adressées par des collègues em- pêchés d'assister à la séance d'inauguration. M. Jean Dollfus, l'un des Vice-Présidents d'honneur, écrit qu'il est retenu à Mulhouse par une affaire imprévue ; M. Boucherot s'excuse par une lettre datée de Nice; M. Guillaume Petit, député; M. Alphand et M. Cerfbeer ont été obligés de s'absenter de Paris; M. Bon- temps, M. Maret et M. Bïarguerin sont malades; M. Wolowski et M. Roliart se doivent tout entiers aux pieuses obligations d'un anniversaire douloureux; de nombreux exposants sont absorbés par les travaux qu'ils pressent ou par les installations qu'ils achèvent.
Plus de cent lettres d'adhésion ont été adressées au Secré- taire, portant l'offre d'un concours sérieux et empressé, parmi lesquelles nous devons citer celle du R. P. Etienne, supérieur des Lazaristes , directeur des sœurs de Saint- Vincent de Paul ; elle se termine ainsi : « Vous pourrez compter que, dans la mesure « de nos moyens, je prêterai de grand cœur à la réussite de cette « œuvre le concours de nos Sœurs. » — Ces lettres seront réunies et déposées à la bibliothèque de l'Arsenal, comme premières archives de la Société.
M. Leroy, chef d'une institution, rue Saint-Jac({ues, impasse de Longue-Avoine, a offert à M. le Président de recevoir pendant les congés de Pâques, à l'occasion de l'Exposition universelle, dix jeunes gens recommandés par les Pensions d'Apprentis des départements, qui seront chez lui logés, nourris et placés sous la surveillance d'un répétiteur. — Reniercîments seront transmis à M. Leroy. Avis sera donné à MM. les directeurs des maisons d'apprentis.
M. Ch. Robert, Vice-Président, a adressé un travail de M. l'Inspecteur de l'instruction primaire à Nancy; ce travail a été renvoyé à la Commission du Bulletin.
La Société a reçu de M. Guillaume Petit, député, une
première communication sur le travail des enfants dans K' département de l'Eure.
Les divers modes connus de venir en aide à la loi, et que nous devons encourager, sont représentés par de nombreuses et intéressantes communications.
Des documents abondants ont été adressés par MM. Piver, Élie Baille, Brac de la Perrière, M. labbé Halluin, etc., ou rapportés par 31. Déleiot, votre Secrétaire de la Commission du Bulletin ; — l'ensemble sera déposé à la bibliothèque.
Je citerai spécialement : le règlement pour la Pension d'Ap- prentis ouverte à Paris, rue des Fontaines, o. Notre collègue, M. Piver, le généreux fondateur, demande l'appui moral de la Société. — Ce règlement sera donné dans le prochain Bulletin.
Des notices ont été adressées au Secrétaire par 3DI. Hamelin, Martin (de Tarare), Savart (fabricant de chaussures), Colcombet, Harmel frères, par M"=* Delaporte ; ces pièces, et celles qui sont attendues de M. Bonnet, de Lyon, et d'autres manufacturiers, seront tenues à la disposition de M. Cornudet, qui doit faire un rapport d'ensemble sur ces charitables entreprises, auxquelles on peut donner le nom d'Internats manufacturiers.
Des brochures, des notes imprimées et des lettres vous font connaître divers types de patronages de garçons du département de la Seine, tels que la Société des Amis de l'enfance, la Société pour le Placement en apprentissage, la Société des Fabricants et Artisans, l'Œuvre des Apprentis, le service spécial de l'Orpheli- nat du Prince-Impérial, celui de la Caisse des Écoles et l'OEuvre des Secours en nature ; l'ensemble de ces documents est adressé à M. de Coulonges, qui veut bien se charger d'en donner l'étude compai-ative. — Les pièces relatives aiLX patronages des filles seront remises à M"* Payen, la fille du célèbre chimiste, notre collègue, qui a promis d'en faire l'objet d'un article pour votre Bulletin, ainsi que l'a annoncé M. le Secrétaire général.
La Société a reçu diverses brochures permettant d'étudier les patronages de patrons, œuvres d'un caractère tout spécial, fon- dées et administrées par les patrons eux-mêmes en faveur des apprentis de leur spécialité : la brochure sur la Société du Bronze, par notre collègue M. Barbedienne, celle sur l'Œuvre des Enfants du Papier peint, par notre collègue M. Biottot, celle sur la Société des Jeunes Ébénistes , par notre collègue
— 9-2 —
M. Lemoine, enfin celle sur la Société pour les Enfants occupés dans l'industrie des fleurs, par notre collègue M. Petit, prési- dent des Chambres syndicales.
Ces brochures sont remises à BI. Chaulin, qui nous en rendra compte.
De nombreuses pièces reçues et un plus grand nombre qui sont attendues permettront de faire connaître les écoles profes- sionnelles : celles que patronne M. Jules Simon, celles que dirige M. l'abbé Lantiez; les ateliers d'élèves (MM. Chaix et Fourdi- nois), les ateliers pour V apprentissage (dentelles, tissage, filets de pêche, etc., etc.), les ateliers d\ipprentis à divers échelons de l'industrie, la maison Lemaire pour l'optique, les maisons Savard, Héricé, pour la bijouterie, Courvoisier, pour les gants, etc.
Ces pièces sont réservées à notre Vice-Président, M. Migneret, qu'elles intéressent particulièrement. Nous osons espérer que, dans l'étude approfondie à laquelle se livre M. le Rapporteur de la loi sur l'enseignement technique, il voudra bien réserver quelques notes qui enrichiront notre Bulletin.
M*"® Cohadon, qui a un atelier de jeunes brunisseuses, nous demande pour son établissement notre appui et notre surveil- lance. Trois dames, membres de la Société, ont bien voulu accepter de M. le Président la mission de se constituer en un petit comité auprès de M°'« Cohadon.
M™*" Chertonne aura également recours à nous. Sa maison pour le polissage des mouvements de pendules est en voie de formation. La création de cet atelier normal est dû à la solli- citude de M. Montandon, fabricant de ressorts pour l'horlogerie, membre de l'une de nos Commissions.
Le rapport que nous lira sur ces deux maisons normales (celle de M'»« Cohadon et celle de M""" Chertonne) M. Dietz- Monin fera connaître le touchant épisode qui a été l'occasion de la charitable et intelligente institution de notre excellent collègue. Peut-être bien, j'en ai la confiance, le rapporteur pourra-t-il nous parler d'une autre fondation en projet, à laquelle M. Aubry, MM. Lefébure, M. Monnard, veulent donner le concours de leurs lumières et de leur argent, sous l'impulsion chaleureuse de M. l'abbé Duqucsnay. Espérons que chacune des espèces de notre industrie parisienne aura ainsi sa maison normale.
I
— 93 —
La correspondance nous promet des données intéressantes sur les travaux occasionnels conliés aux. enfants; nous avons déjà reçu une première note de M. Chiris, sur Temploi des entants pour l'épluchage des tleurs. Xous attendons pour l'étude des travaux intermittents une note sur une des maîtresses de Paris, qui applique les enfants à un travail industriel.
M. le Duc de Moucliy s'est réservé les lettres et brochures rela- tives aux travaux confiés ou à confier aux enfants infirmes.
J'ai conservé, pour en rendre compte à la Société, les docu- ments divers sur le travail des enfants dans les manufaotures du Gouvernement.
Un certain noml're de contrats d'apprentissage uous ont été adressés. Je m'efforcerai d'en réunir une collection impor- tante, dont l'étude conduira, je l'espère, à établir des règles ap- plicables en l'absence de conventions contraires, et propres à assurer des garanties sérieuses à l'apprentissage.
Je cite pour mémoire une série de lettres de fabricants qui adhèrent à la Société, déclarant qu'ils s'engagent par cela même au respect de l'esprit des lois qui règlent le travail des enfants. Il va de soi qu'on ne peut se déclarer prolecteur de l'enfance ouvrière, si l'on n'est pas parmi les premiers à appliquer les lois qui la défendent.
Comme correspondance imprimée, la Société a reçu :
De S. Exe. le Ministre des affaires étrangères, le Rapport sur le travail des enfants en Angleterre, o vol. in-folio;
De M. Charles Robert, Vice-Président, la première partie de Y Enquête, ouverte par la réunion des bureaux du dixième groupe des industries représentées à l'Exposition universelle , sur les institutions créées par les chefs d'industrie et les ouvriers pour améliorer la condition morale et physique de la population;
De S. Exe. le Ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, par les soins de M. le Vice-Président d'hon- neur de Boureuille, X Enquête sur l'Enseignement professionnel, et le Rapport de xM. le général Morin à la commission de l'En- seignement technique; 3 vol. gr. in-4».
Communication sera donnée à M. le Vice-Président du dixième groupe des renseignements que nous possédons.
— 94 —
LISTE
MEMBRES PERPÉTUELS
MM.
A
Baccarat (Manuf■^ de cristaux de) Baude, Insp-' gén' des ponts et ch". Berteaux, manufacturier. Bessan, de la Belle-Jardinière. Blache (le docteur). Blanzy, de Boulogne-sur-raer. Brault, maître de forges à Paris. Carcenac, ancien négociant. Cartier-Bresson aîné, anc. nég, Cartier-Bresson jeune, manufacl. Cartier-Bresson îils aiué. Cartier-Bresson (C), ] Cartier-Bresson (.J.), /jjj^ Cartier-Bresson (F.), ( Cartier-Bresson (L.), ) Champonnois, ingénieur civil. Chiris (Léon), manufact. à Grasse. Chiris (Edmond), id.
Colcombetj manufact. à St-Étienne. Courcy, Prés, de la C'« d'Ass. génér. Delicourt, ancien manufacturier. Dorvault, de la Pharmacie Centrale. Dubrunfaut, chimiste. Dumas, sénateur, de l'Institut. Dussautoy, manufacturier. Duvergier, de Lyon (Yaise). Élèves du lycée Louis-le-Grand. Élèves du pens. des Frères, à Passy Guerlain ( A . ) , parfumeur. Guerlain (J.l, chimiste.
MM. Gratien-Millet, manufacturier. Guizot (G.),Prof' auColls^ de France. Hamelin, manufacturier. Hugues, de Grasse. Iiandon-Lemercier, parfumeur. Laumonier, manufacturier. Legrand (Alex""), anc. négociant. Lemaire, opticien. Iiemoine-Montigny, d' du Gymn. Leroy (Isidore), fabricant. Marne, éditeur à Tours. Martin, de Tarare. Mazaroz-Ribailler, entrepreneur. Mercier, à Ourscamps (Oise). Moisset-Foye, manufacturier. Mouchy (le duc de) . Muller (Alex'"^^), ancien manufact. Noailles (F. de) Ouvriers de la mais. Chrisloflo (i). Payen, négociant. Peltereau (Placide) . Peltereau (M™" Auguste). Prevot, avoué. Raingo (Victor), fondeur. Rotschild (le baron), banquier. Schneider, V.-P. de la Chambre. Seydoux, manufacturie»". Teste, de Lyon (Vaise). Vieille -Montagne . Vilmorin, négociant.
1) Les noms des premiers Jonate mai.
(2) La liste des ouvriers souscripteurs est conservée d la Société.
eiont indiqués dans le BuUeîin de les archives de
— 95 —
LISTE
DES
MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ
Inscrits depuis la publication du Bulletin n* 1
MM.
A
Argyll lord d'). Baecqpie (Ch. de) fils. Balây, manufacturier. Bayvet, maroquinier. Bertin Eugène), ag. de change hon. Bessan, négociant. Birauneau, manufacturier. Borie, M. le curé de Saint-Pbilippe. Bourdon, fabricant de colle-forte. Burgun M"').
Calla, de la Chambre de commerce. Caperon (Paulin), du ilorùt. ind''^. Cartier, bijoutier. Cartier-Bresson père. Cartier-Bresson tlls aiaé. Cartier-Bresson C) ]
Cartier-Bresson (J.) (gj^ Cartier-Bresson ,F.) ^ Cartier-Bresson (L.; Cartier-Bresson, anc négociant. Castel (Constant), de Saint-Étienne. Champonnois, ingénieur civil. Chapon Antoine), de Saint-Eti^ne. Charnelet, manufacturier. Charpentier, horloger. Chaulin, avocat. Chiris Léon), de Grasse. Chiris ^Ednaond), de Grasse. Claye, parfumeur. Clémandot, manufacturier. Coignet, ingénieur manufacturier. Cornudet. audit, au conseil d'État. Coudera, de Limoges. Courvoisiâr, manulaelurier.
5DI.
Cousin, bibliothécaire à l'Arsenal. Cousin îM"^).
Daubrée, membre de l'Institut. Dauphin, de Saint-Élienne. Daux, bijoutier. Davanne, chinaiste. Delessert Edouard^. Delettrez, horloger. Desnoia, pharmacien. Desvemay fils, de St-Symphorieu. Didier (Jean), de Saint-Louis. Drouyn-de-L'Huys (>L le sén.). Dubreuil, de Limoges. Dumoulin -Froment vM"*). Dumoulin-Froment fils. Dumoulin-Froment ^M"*). Dupont ^Paul), député. Durangel, du ministère de Fintér. Duval. négociant. Duvergier (Alphonse , ingéiiiear. École Turgot, anciens élèves. Élèves du lycée Louis-le-Grand. Élèves du f>ens. des Frères, à Passy. Essiqué, bijoutier. Falize, bijoutier.
Flamarion J). et C), Vaugiraré. Fontaine, ancien négociant. Fournie, insp. des ponts et chaos. Galet, parfumeur. Gallet. de l'hôtel de \ilte. Garnier, du conseil municipal. Gellé, parfumeur. Gellé M"^).
Geoffiroy-Isnard-Maubert (M"») Godefroy, parfumeur.
— 96-98
Gravelin, négociant. Grohé, manufacturier. Gueugnier, bijoutier. Guichaud, de St-Junien (H.-Vienne) Guillemin, bijoutier. Hachette et O', éditeurs. Halphen (Auguste). Haussmann (M. le baron) , sénateur. Hermann, mécanicien. Hugues, de Grasse. Hussenot, du Trib. de commerce. Israël, négociant. Laboré, de Lyon Lacarrière (Amédée), manufactur. Landon-Lemercier, parfumeur. Latour, manufacturier. Lebaudy, du Conseil municipal. Lebaudy, raffineur. Lebey (Edouard). Lebrun (.M. le sénateur). Lefèvre, entrepreneur de marbrerie. Lehoult, négociant. Lemaigre, tapissier. Le Maréchal (Lucien), Le Maréchal (M"=). Lemoine-Montigny, d' du gymn. Ledoux-Bédu, négociant. Le Roy, a^des Req^" au Cens' d'État Leroy (Isidore), fab. de pap. peints. Leroy, chef d'institution. Letellier-Delafosse, anc. manuf. Letellier-Delafosse, duCréd. fonc. Letrange, manufacturier fondeur. Levier (S.), dir. du Crédit foncier. Levy, maire du X° arrondissement. Linzeler, bijoutier. Marchand, maître verrier. Mariage (Henri), droguiste. Mariage aîné, négociant. Martin, à Tarare. Massières, fab. d'étain en feuilles. Massignon, parfumeur. Maujean, d-^ de Chaptal. May, étudiant en droit.
3IM. Melon, entrepreneur d'éclairage. Melun (C'= de), de Lille. Ménage, négociant. Mercier, à Ourscamps (Oise). Migné, bijoutier. Morel, manufacturier. Mourceau, négociant. Noailles (F. de) . Oudry, manufacturier. Ouvriers de la maison Chrislofle. Fallu, dir. fond, du Vésinet. Pasquier (Paul), fab. de papiers. Payen, de l'Institut. Peltereau (M"'^ Y'= Auguste). Petiteau, joaillier. Philippe, négociant. Philippe, bijoutier. Picault, ancien coutelier, Piednoir, de Laval. Pilter, machines agricoles. Pitet, fabricant de pinceaux. Poyard, dessinateur.
Reuil (M. l'abbé), de Lyon.
Roger.
Rohart, fabricant d'engrais.
Rondeau et Bridault, négociants.
Riess (Martin), de Dieuze.
Rousset, homme de lettres.
Sajou (successeur), fab. de broderies.
Sandras, ancien recteur.
Schlumberger (H.) ,manufacturier.
Société la Progressive.
Sommier, raffineur de sucres.
Tahan, fabricant de nécessaires.
Surloppe, dir. crist, St-Louis.
Tavernier, architecte.
Touaillon, ingénieur.
Trélon, ancien manufacturier.
Trêves (Albert), manufacturier.
Vallée (Oscar de), prem. av. général.
Varennes (le marquis de) .
Vatin fils, négociant.
Vieillard-Migeon, de Morvillars.
IMPRIMERIE CENTRALE DES
k. CHAIi El Cie, RUE BERGÈRE 20, A PARIS — I2S:
SEANCE PUBLIQUE DU 29 FEVRIER 1867
RÉCEPTION
DE LA DEPUTATION DE LA SOCIÉTÉ
PAR S. M. L'IMPÉRATRICE.
Dans la séance d'inauguration, il avait été décidé qu'une dé- putation solliciterait l'honneur d'être reçue par S. M. l'Impé- ratrice, afin de lui offrir l'expression respectueuse de la recon- naissance de la Société pour la faveur unique dont elle a été l'objet lorsque Sa Majesté a bien voulu qu'elle fût placée sous sa protection et sous celle de son fils bien-aimé.
S. M. l'Impératrice a daigné se rendre aux vœux manifestés par la Société, et, le dimanche 26 mai, à 1 heure, la députation a été reçue au palais des Tuileries (1).
Dès que le président eut présenté à Sa Majesté tous les sen- timents de gratitude de la Société, Sa Majesté, prenant la pa- role, exprima de la façon la plus vive la sympathie profonde qu'elle ressentait pour les enfants soumis à un travail trop pro- longé et privés encore des bienfaits de l'instruction. Elle ajouta
(11 Elle se composait: du président de la Société, M. Dumas; d'un des vice-présidents, M. Mignerot; du secrétaire-général, 91. le duc de Mouchy; du secrétaire, M. Barreswil; d'un des secrétaires de comité, M. Délerot, et de deux membres des commissions, MM. Cartier-Bresson et Dietz-Monin. — MM. de Boureuille, Charles Robert, Julien, E. Pereire fils, qui devaient faire partie de la députation, avaient été retenus par divers empêchements. M. de Boureuille présidait à Versailles la distribution des prix d'une Exposition d'horticulture; M. Charles Robert présidait la distribution des prix de YŒuire du Papier peint, où il représentait à la fois le Ministre de l'instruc- tion publique et la Société.
— 100 - qu'elle avait vu avec une joie véritable la création d'une So- ciété qui, née de l'initiative individuelle, prenait pour tâche de remédier à des maux dont on se plaint depuis si longtemps et que la loi semble presque impuissante à faire disparaître. Sa Majesté, après avoir fait sentir les difficultés de la situation actuelle, a ajouté que si une législation plus eflicace devait être adoptée un jour, ce jour serait hâté par les efforts de la Société. » En effet, a dit Sa Majesté, l'action que vous exercez tend à in- » troduire doucement de nouvelles habitudes : de cette façon, la » loi, comme il arrive trop souvent, ne devancera pas les ^) mœurs; ce sont au contraire les mœurs qui amèneront la » loi, dont le succès sera ainsi certain. Votre Société est sem- » blable à celles qui sont multipliées en Angleterre, qui y » font tant de bien, et qui devraient être plus nombreuses en » France. Aussi je souhaite beaucoup que vous réussissiez, et, » autant qu'il sera en moi, je vous prêterai mon concours. »
A ces gracieuses paroles, Sa Majesté a ajouté un grand nombre de questions qui attestaient son désir de connaître tous les faits dans leur détail le plus précis et qui, en même temps, par la façon même dont elles étaient posées, indiquaient combien Elle était déjà familière avec les sujets sur lesquels Elle demandait des éclaircissements. La maison de la rue de Reuilly ayant été nommée, Sa Majesté a dit que depuis longtemps cette œuvre l'intéressait, et que sa visite, retardée malgré Elle, serait très-prochaine. L'entretien a aussi porté sur l'établissement de notre collègue, M. Hamelin, également apprécié de Sa Majesté, qui avait bien voulu prendre une connaissance très-complète des Bulletins de la Société, des deux Rapports de l'inspection du département de la Seine. — L'ex- posé rapide des projets que la Société se propose de réaliser dans l'avenir le plus rapproché ayant été fait à Sa Majesté, Elle a de nouveau exprimé ses vœux de réussite et ses pro- messes d'appui, dans les termes les plus gracieux et les plus affectueusement sympathiques.
Avant que la députation ne se retirât, le président a demandé à Sa Majesté qu'il lui fût permis de La féciliter au nom de la
I
— 101 — Société sur l'heureux rétablissement de S. A. le Prince Impé- rial. — S. M. l'Impératrice a paru accepter avec un grand plaisir ces félicitations, et, avec une émotion de bonheur visi- ble dans tous ses traits, elle a donné elle-même des nouvelles du prince, nouvelles excellentes et qui écartent désormais toute inquiétude,
La députation se sent incapable d'exprimer à la Société com- bien l'accueil de la Souveraine a été gracieux et sympathique; elle peut seulement affirmer que la Société compte désormais dans S. M. l'Impératrice un protecteur dévoué qui suivra avec l'intérêt le plus éclairé ses développements futurs et les aidera de son tout-puissant secours. Cette pensée est le meilleur en- couragement que la Société, encore à sa naissance, puisse rece- voir ; pour le bien qu'elle espère avoir déjà suscité, elle a im- médiatement reçu la récompense la plus précieuse et la plus enviée; il y a dans cet heureux privilège l'augure le plus favo- rable pour son avenir. La Société peut se flatter maintenant d'accomplir pleinement l'œuvre si importante de moralisation qu'elle a entreprise, si elle sait, par son ardeur et son activité, répondre dignement à la sympathie que vient de lui témoigner sa haute Protectrice. Que chacun de nous redouble donc de zèle! il s'agit de soulager l'enfant pauvre de ses plus dures misères, et nous travaillons sous les yeux d'une souveraine dont le cœur n'est étranger à aucun des sentiments de la mère.
— 102
COMPTE RENDU
DE M. LE SECRETAIRE GENERAL
Messieurs,
J'aurais commencé le compte rendu des actes de la So- ciété par le récit de l'audience de S. M. l'Impératrice, si M. le président ne l'avait fait lui-même dans des termes si tou- chants.
Je dirai seulement que Sa Majesté daigne adhérer à nos statuts, et j'ajouterai que nous avons aujourd'hui l'honneur de compter parmi nos sociétaires :
S. A. I. la princesse Mathilde ;
S. A. I. la princesse Clotilde; •S. G. M»"" l'archevêque de Paris;
S. Exe. M. Rouher, ministre d'Etat et des finances;
S. Exe. M. de Forcade la Roquette, ministre de l'agri- culture, du commerce et des travaux publics;
Les adhésions continuent à affluer. Les membres inscrits de- puis la publication du dernier Bulletin sont au nombre de 144, dont 22 perpétuels et 122 annuels, ce qui porte le nombre to- tal des membres à près de 800. Les noms des membres nou- veaux seront insérés au Bulletin n*^ 3 ; et dans celui qui suivra la séance solennelle se trouvera la liste des donateurs.
Nous pouvons espérer un développement plus considérable encore dans les mois qui vont suivre. M. le vice-président Ch. Robert, conseiller d'Etat, secrétaire général du ministre de l'instruction publique, a été autorisé, par S. Exe. M. Duruy, à adresser notre Bulletin n° 2 à tous les proviseurs et princi- paux des lycées et collèges de l'Empire, avec la circulaire offi- cielle suivante:
« Monsieur, » Une société de protection des apprentis et des enfants em- ployés dans les manufactures vient de se former à Paris ; il est
— 103 —
à désirer que les idées qu'elle représente se propagent parmi les jeunes gens destinés aux carrières industrielles. A ce point de vue, il me paraît oppoi'tun de vous adresser sous ce pli le deuxième numéro du Bulletin publié par la Société.
» Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
» Le conseiller d'État, secrétaire général du ministère de riiistnicl ion publique, vice-président de la Société de pro- tection ,
» Charles Robert. »
Un certain nombre de réponses nous sont déjà parvenues apportant des adhésions; il n'est pas douteux que, dans un temps donné, nous n'ayons comme adhérents tous les établissements d'instruction du gouvernement. Les établissements municipaux ou privés viendront aussi grossir nos rangs; déjà le collège Chaptal, l'école Turgot, l'école des frères de Passy, ont ré- pondu à notre appel.
— Pour faciliter l'action personnelle de ceux de nos collègues qui veulent bien nous venir en aide comme correspondants en province ou comme délégués à Paris, M. le président a fait éta- blir des carnets de dix souscriptions à 10 francs. Chaque cor- respondant ou délégué qui en fera la demande recevra un ou plusieurs carnets, et pourra donner directement quittance à la personne dont il aura recueilli la souscription. Un avis imprimé adressé au secrétaire permettra de servir directement le Bulle- tin à ce nouveau collègue. Cent Bulletins, qui peuvent être faci- lement placés, produiront mille souscripteurs, soit, par an, 10,000 francs. Nous demandons à nos collègues leur initiative personnelle ; nous les prions en outre de nous aider à trouver de zélés correspondants : la circonstance de l'Exposition per- met de rencontrer sans dérangement les confrères, les commet- tants, les clients, les amis. C'est une occasion unique qu'il importe de ne pas négliger.
— Vous avez admis. Messieurs, que deux comités représen- teraient dans la Société la question si importante de l'instruction primaire et de l'enseignement religieux, obligatoires en France pour les enfants dont nous nous occupons. 11 a paru à M. le
— 104 —
président que, pour compléter cette pensée, une troisième com- mission devrait être formée, qui s'occuperait de l'enseignement artistique, non inscrit dans la loi, mais qu'imposent les néces- sités de l'industrie, M. le président a décidé la formation de ce comité, et nomme :
M. Denière Président.
M. DiÉTEULE Vice-Président.
M. Froment Meurice. . Secrétaire.
Cette commission est chargée de se recruter elle-même, afm que le nombre de ses membres soit porté à huit. En outre, comme les affaires de notre Société prennent une extension énorme, et que notre secrétaire, malgré ses efforts, ne peut suf- lire à la tâche, M. le président, sur sa demande, nomme deux secrétaires adjoints : M. E. Pereire fils et M. Arnoult Thenard.
Toutes les nominations sont faites à titre provisoire, et jus- qu'à ce que l'assemblée générale qui suivra la reconnaissance de la Société comme établissement d'utilité publique ait pourvu à des élections définitives.
— Jusqu'ici, Messieurs, vos comités et commissions n'ont pas fonctionné : cela a tenu aux préoccupations et aux travaux de l'Exposition universelle. Un projet de règlement élaboré par le bureau vous sera prochainement soumis, et d'ici à peu de temps MM. les présidents et vice-présidents composant le Conseil se- ront convoqués pour une première séance réglementaire, puis les séances des comités et commissions auront lieu d'une ma- nière régulière.
En attendant, la circulaire suivante a été adressée à tous les membres du Conseil, par M. le vice-président Migneret, pour leur demander un travail d'ensemble :
« Mon cher collègue, je viens faire appel à votre dévouement à notre Société et aux intérêts qu'elle représente, en vous priant de vouloir bien vous charger d'un travail très-important que vous pouvez accomplir mieux que tout autre.
» Il s'agit d'établir la situation des enfants dans Vindustiie que vous représentez parmi nous. Pour que ces travaux mar- chent avec quelque unité, je me permets de vous signaler les points importants sur lesquels vous pourriez spécialement faire vos recherches. Les voici :
« Nombre approximatif d'enfants occupés par l'industrie (en temps ordinaires et en chômage). — Nombre approximatif des
— lOo —
manufactures, usines et ateliers les plus importants. — Indi- cation des conditions de l'apprentissage s'il y a lieu, nature et mode de l'engagement, nature et durée du travail, — quotité des salaires, — appréciation des conditions faites aux enfants; hygiène, instruction primaire, enseignement religieux, repos du dimanche.
» Constatation des fondations spéciales et des améliorations introduites.
» Conclusion. — Ce qu'il y a à faire.
» Ce travail, s'il est obtenu de tous et dans un délai assez court, par exemple d'ici au 4" octobre, sera l'un des plus im- portants que puisse produire notre Société; il est l'un des plus utiles que l'on puisse entreprendre.
» Les documents seront recueillis par ^Df. les présidents, lus en comités et imprimés à mesure que les comités les donneront complets.
» J'aurai soin de vous faire parvenir les renseignements que je recevrai directement. » Agréez, etc. »
— Une autre circulaire est adressée par votre secrétaire général à toute personne signalée comme s'occupant, pouvant ou devant s'occuper du bien-être des enfants de l'industrie. La voici :
« Une Société s'est formée à Paris, sous la présidence de M. le sénateur Dumas, de l'Institut, dans le but d'assurer aux apprentis et aux enfants des manufactures les bienfaits d'une protection efficace. Régulièrement constituée, cette Société a commencé ses travaux, et elle place en première ligne la re- cherche de toutes les œuvres si diverees et si méritantes qui ont été entreprises en faveur des enfants de la classe laborieuse.
» Elle se propose d'étudier et de faire connaître, par la voie de son Bulletin, l'organisation, le but et les résultats de ces institutions; ouvrant ainsi, à côté de l'enquête si affligeante des défaillances sociales, une enquête non moins utile, féconde en faits consolants sur le zèle qui combat le mal et encourage le bien avec des etîorts peisévérants. Il importe en effet que tout soit connu : si l'on ne cache pas le mal, il faut que le bien ne soit pas non plus laissé dans l'oubli par un coupable silence
— 106 —
» Là Société fait appel à tous ceux qui ont organisé, en faveur de l'instruction, de la moralisation, de l'apprentissage ou do l'enseignement professionnel des enfants, une œuvre quelconque d'assistance, de direction ou de prévoyance. Elle les prie de lui communiquer les Statuts, Règlements, Programmes et Comptes rendus de ses œuvres. Après une étude attentive, ces docu- ments seront publiés, puis classés dans la bibliothèque parti- culière de la Société, dont S. Exe. le Ministre de l'instruction publique a bien voulu autoriser le dépôt dans le local de la biblio- thèque de l'Arsenal. Ils constitueront rapidement de précieuses archives de la charité et de la prévoyance en faveur de l'enfance laborieuse. Cette collection pourra être consultée avec fruit.
» La Société recevra également avec reconnaissance, outre les documents concernant les œuvres et institutions existantes, les mémoires, renseignements, projets et indications qui lui seront adressés. Elle en fera l'objet de ses études, entrera en corres- pondance avec les auteurs, et les aidera de ses conseils aussi I)ien que de son concours, s'ils sont réclamés.
» Je vous serai reconnaissant des communications que vous voudrez bien me faire, et vous prie d'agréer. Monsieur, l'assu- rance de ma considération la plus distinguée. »
— J'ai encore à vous parler, Messieurs^ de notre bibliothèque, laquelle a reçu de nouveaux dons; je suis heureux de vous apprendre qu'un système d'échange international va être mis en pratique, et que, dans ce but, dix-huit exemplaires de votre Bulletin ont été adressés à M. Ducpétiaux : un a été déposé au Kensington-Museum ; un a été accepté par M. le président de la chambre de commerce de Paris pour la bibliothèque de la chambre, qui voudra bien, nous l'espérons, donner à la Société ses publications spéciales. L'écht^ige a été fait avec la Société élémentaire; il a été demandé par M. le directeur du Bulletin des OEuvres de jeunesse. Dans l'intérêt de notre bibliothèque, nous multiplierons ces échanges.
— Nous avons. Messieurs, à enregistrer de nouveaux deuils pour notre Société : MM. Sallandrouze de Lamornais, député, et Martin Riess de Dieuze, manufacturier, étaient au nombre de nos premiers adhérents et de nos plus zélés collègues; leurs noms ne disparaîtront point de notre liste : leurs fils s'y sont déjà fait inscrire. Nous demandons la permission de consacrer au
— 107 —
procès-verbal un souvenir de reconnaissance envers ces hommes de bien qui ont aidé notre Société à ses débuts, et n'ont pu la suivre dans ses progrès (1).
— Je termine, Messieurs, en vous contirmant ce que M. le président vous a déjà fait espérer. S. M. l'Impératrice a accepté et approuvé la pensée de séance solennelle pour la distribution des récompenses.
Vous savez, Messieurs, que cette séance a été annoncée dans le Bulletin : le programme est à l'étude , et la direction en est confiée à M. Alphand, dont vous connaissez le goût et l'habileté. Tout nous fait espérer que cette réunion populaire pourra avoir lieu dans des conditions dignes du but de notre œuvre, du zèle qui